CHAPITRE 3 : Un trouble inconnu.
Cela faisait plus d'une heure que l'agent Blake et le capitaine Carter essayaient de dresser une liste des suspects, mais elles n'avançaient pas vraiment. Alex avait d'abord proposé à la jeune femme de voir parmi les autres soldats. Celle-ci avait immédiatement dit que c'était impossible, aucun soldat ne pouvait être le coupable. Alex comprenait sa réaction, ces hommes et ces femmes s'engageaient pour servir leur pays et risquaient leur vie. Il existe un lien indéfectible entre eux, ils mettent leur vie entre les mains de personnes qu'ils ne connaissent pas, vivant ensemble des mois durant, devenant de véritables frères d'armes. Malheureusement, elle ne pouvait se permettre d'écarter aucune hypothèse. Riley se résigna, comprenant qu'elle avait raison. Elles passèrent donc en revus les soldats les plus proches du capitaine, ainsi que ceux avec qui elle avait eu quelques altercations. La plupart étant encore déployés, elles demandèrent à Garcia de vérifier s'ils étaient bien tous encore en Afghanistan et où se trouvaient les quelques autres. Rien. Aucun d'eux ne pouvait être le coupable.
« _ On y arrivera jamais …
_ Mais si -dit Alex en se levant pour aller chercher du café-. On a peut-être pas encore trouvé de suspects mais au moins on sait que le coupable n'est pas parmi les soldats.
_ Vous êtes toujours aussi optimiste ? -lui demanda Riley quand elle revint s'asseoir avec deux cafés-.
_ J'essaie oui -lui sourit-elle-. »
Elles se souriaient mutuellement et avant de continuer leur recherche, elles restèrent quelques minutes silencieuses, réfléchissant chacune de leur côté, lorsque l'agent Blake rompit le silence :
« _ Comment ça se passe là-bas ?
_ Comme ici je suppose -Carter avait mit un certain temps avant de répondre, ne sachant pas de quoi Alex lui parlait-. Nous enquêtons parmi les civils et les soldats, nous faisons des interrogatoires, nous établissons un profil et nous essayons de les coincer.
_ Ils coopèrent bien ? Je veux dire, les soldats et les civils.
_ En ce qui concerne les soldats, il n'y a pas eu de problèmes, comme nous en sommes aussi, ils étaient à l'aise. Par contre il est vrai que les civils ont mis plusieurs semaines avant de coopérer sans problèmes. Mais au bout de quelques temps, quand ils ont comprit que nous étions là pour les aider, il n'y avait plus de soucis.
_ Ce n'est pas trop dur avec la guerre qui fait rage en même temps ?
_ Si, bien sûr, ce n'est pas une chose à laquelle on s'habitue, mais on a pas le choix. Il y a des dizaines de millier de soldats déployés dans ce pays, ils doivent faire face à des choses bien plus horribles. Alors si eux peuvent le faire, nous aussi. Et puis il y a les civils aussi, les habitants des villages sont la cible préférée des tortionnaires, c'est pour eux que nous le faisons. Voir dans leurs yeux toute la reconnaissance et sur leur visage un grand sourire, c'est notre plus grande récompense -Riley avait le regard dans le vide, elle semblait perdue dans de lointains souvenirs-.
_ Je suis désolée, je ne voulais pas être indiscrète.
_ Non -dit-elle en sortant de ses pensées-, ça ne me dérange pas -sourit-elle-.
_ Vous êtes vraiment courageuse -dit Alex, pleine d'admiration-.
_ Ce n'est pas une question de courage, j'ai fait un choix de vie il y plusieurs années, j'essaie de m'y tenir.
_ Eh bien je trouve ça très courageux -sourit Blake en lui pressant le bras-. On continue ?
_ Oui -elle lui rendit son sourire-. »
Tous les coéquipiers de l'agent Blake étaient de retour à l'heure prévue. Elle et Carter étaient toujours en train de chercher d'éventuels suspects mais elles n'en avaient toujours aucun. Et les autres membres de l'équipe du FBI n'avaient pas trouvé la moindre piste. Ils étaient face à une impasse et Aaron Hotchner savait très bien à quel point c'était perturbant. Il décida donc qu'ils en resteraient là pour aujourd'hui, il était vingt heures trente lorsque l'équipe regagna l'hôtel. Carter voulu rester sur place pour continuer les recherches malgré les avis défavorables des autres profileurs. Elle ne pouvait pas rester les bras croiser. Avant de partir, Alex vint la voir :
« _Vous devriez rentrer, vous reposer un peu.
_ Ne vous inquiétez pas, je n'ai pas besoin de beaucoup d'heures de sommeil -sourit-elle-.
_ Très bien, à demain dans ce cas, -elle se retourna avant de sortir- mais sortez au moins d'ici et allez quelque part, faire un tour, prendre l'air -Riley sourit et Alex partit-. »
L'agent Blake regagna aussitôt sa chambre d'hôtel, elle s'allongea sur le lit sans se changer et pensa au capitaine Carter. Elle avait peur que Riley ne s'implique définitivement trop dans cette enquête, même si elle pouvait comprendre la réaction de la jeune femme. Près d'une heure plus tard, on frappa à sa porte de chambre. Elle regarda l'heure par réflexe et se dirigea vers la-dite porte pour l'ouvrir. Personne. Elle regarda à gauche, puis à droite et enfin elle posa les yeux sur le sol, elle y vit une grande boîte blanche fermée d'un ruban rouge. Elle s'en saisie et retourna dans sa chambre pour s'asseoir sur le lit et ouvrir le paquet. Il renfermait un magnifique bouquet de vingt-quatre roses jaunes accompagné d'une enveloppe. Elle en prit une et la porta à son visage pour en humer le parfum, elle sentait divinement bon. Elle la reposa délicatement et prit l'enveloppe, elle l'ouvrit et en sortit une carte en se dirigeant vers la fenêtre qui donnée sur la ville. Elle eu un tendre sourire en lisant les quelques lignes manuscrites écrites à l'encre noire : « Je tenais à vous remercier pour votre aide et votre écoute. Vous avez raison, il faut parfois lâcher prise ». Son sourire s'agrandit et elle regarda la ville qui semblait doucement plonger dans l'effervescence de la nuit.
À quelques rues de là, Riley était dans son appartement, assise sur le rebord de la fenêtre ouverte, un verre à la main. Elle regardait les gens se déplacer dans la rue, certains semblaient pressés alors que d'autres prenaient leur temps. Elle était au onzième étage d'un grand immeuble de la ville avec une vue imprenable sur Central Park. Elle pensa à l'enquête, se disant que le coupable était là, quelque part, se promenant impunément dans les rues de New York, peut-être même était-il l'un des passants qu'elle observait depuis plus d'une heure maintenant. Elle releva la tête et soupira un grand coup. Son regard se posa sur l'horizon, elle pensa alors à l'agent Blake. La pression de sa main sur son verre se relâcha à cette pensée. Elle l'appréciait beaucoup malgré le fait qu'elle ne la connaisse que depuis quelques heures. Il y avait quelque chose chez cette femme qui ne la laissait pas indifférente, elle avait envie de la connaître et en même temps, elle avait peur. Elle n'avait pas ressenti quelque chose comme ça depuis une éternité. À bien y réfléchir, elle ne se souvenait pas de la dernière fois qu'elle avait ressenti de telles choses pour quelqu'un. Depuis plus de dix ans, elle ne faisait que travailler, elle n'avait pas de vie privée et n'en voulait d'ailleurs pas. Ses plus proches amis étaient les membres de son ancienne équipe, et côté cœur, elle n'avait pas eu la moindre relation sérieuse depuis le lycée et elle n'avait durée qu'un an. En repensant à cette époque, une larme lui échappa ; elle pensa à la jeune fille qu'elle était, et à la femme qu'elle était devenue et constata qu'elle n'avait plus rien en commun avec l'adolescente qu'elle avait été. Elle secoua la tête pour ne plus y penser et se dirigea vers sa chambre. Elle se demanda comment Alex avait réagi en ouvrant le paquet refermant les fleurs. Elle ne savait pas ce qui lui était passé par la tête, elle avait eu envie de la remercier pour aujourd'hui, pour ne pas l'avoir jugée après qu'elle lui ai raconté la raison de sa démission et pour sa douceur. Elle ne l'avait jamais brusquée, même lorsque Riley semblait se refermer, elle était restée délicate, essayant de la rassurer. Le capitaine avait perdu l'habitude de la douceur. Elle vivait depuis quatre ans en Afghanistan où régnait la terreur et la violence.
Elles étaient toutes deux allongées dans leur lit respectif, Riley pensa à Alex jusqu'à ce que la fatigue ne l'emporte. Quand à l'agent Blake, elle s'endormit avec un doux sourire sur les lèvres. Elle appréciait définitivement beaucoup le capitaine Carter.
Le lendemain matin, il était sept heures lorsqu'Alex Blake entra dans la grande salle de travail du commissariat. Elle balaya l'endroit du regard jusqu'à ce qu'elle tombe sur la silhouette d'une femme en polo rouge qui se tenait debout, près de la fenêtre. Elle sourit, se servit un café et alla rejoindre Carter. Elle la regarda du coin de l'œil, elle semblait perdue dans ses pensées, fatiguée aussi mais plus sereine que la veille.
« _ Vous êtes du genre matinale à ce que je vois agent Blake -dit doucement Riley, sans quitter la ville des yeux-.
_ Je pourrais vous dire la même chose capitaine -sourit Alex en prenant une gorgée de son café-.
_ Appelez-moi Riley, officiellement je ne suis plus capitaine.
_ Uniquement si vous m'appelez Alex. »
Leurs regards se croisèrent et elles échangèrent un sourire qui d'un point de vu extérieur semblait tout à fait complice. Elles restèrent quelques secondes comme ça, se regardant en silence, avant de reposer leurs yeux sur la ville.
« _ Merci pour les fleurs, elles sont magnifiques -dit Blake en regardant le fond de sa tasse-.
_ Non, merci à vous -lui répondit Carter qui s'était retournée pour la regarder-.
_ Pourquoi ? -lui demanda-t-elle en se retournant à son tour-.
_ Pour votre gentillesse et votre compréhension. J'ai passé tellement de temps dans un environnement fait de violence et d'injustice, que j'oublie parfois qu'il existe encore de la douceur dans ce monde. »
Elles se faisaient face, chacune était plongée dans le regard de l'autre. Alex voyait dans les yeux de Riley tant de douleur et de peine, qu'elle ne put empêcher sa main de venir se poser sur le bras de cette dernière, toujours sans la quitter des yeux. Elle fut alors surprise du changement qui s'opérait dans son regard. La douleur et la peine laissèrent place à une grande fragilité, ses yeux devenaient intensément plus sombres. Elle comprit à quel point Riley avait manqué de gestes tendres durant ces dernières années. Elle se surprit à avoir l'envie soudaine de la prendre dans ses bras pour lui donner toute la tendresse qu'elle pouvait alors ressentir pour elle à ce moment là. Et elle aurait sans doute cédé si la porte de la pièce ne s'était ouverte d'un geste rapide, laissant apparaître Hotch qui semblait pressé. Il s'adressa alors aux deux femmes qui s'étaient éloignées d'un pas :
« _ On a un autre corps. Carter, vous venez avec nous. »
Elles échangèrent un dernier regard et suivirent Hotchner pour rejoindre le reste de l'équipe et ainsi se rendre sur la scène de crime.
