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Mémoires de Nabooru la VIe
An 4 avant le Fléau
Le nom de Nabooru résonne loin dans la chaleur du désert. Quand on ne pense pas immédiatement à la Bête Divine Vah'Naboris, il nous évoque de nombreuses reines gerudos, dont l'histoire a été plus ou moins oubliée ou conservée. Aujourd'hui, il ne s'agit plus que d'un prénom banal, qui signifie « force honorable ».
Au cours de mon pèlerinage, j'ai découvert le journal de route d'une femme portant ce nom.
Écrit dans le dialecte d'une vieille langue du désert, en voici aujourd'hui un extrait traduit et restauré en hylien courant.
Aujourd'hui encore, je ne parviens pas à laver de mes vêtements le sang, pas plus que je ne peux sortir de mes narines son odeur. Ce n'est pas quelque chose qui me dérange. Les femmes sont accommodées à la vue du sang, bien plus que n'importe quel homme ne puisse prétendre l'être. Le sang est une habitude. Et désormais, il est pour mon peuple un symbole de justice. Car dans chaque goutte du sang hylien que nous faisons couler, il y a le cri d'une sœur qu'ils ont privée de sa vie… Esclaves, filles de joie, soumises et dociles créatures – voilà ce qu'ils espéraient faire de nous. Jamais notre peuple ne permettra à de telles injustices de se perpétuer. La naissance de mon fils n'est qu'une preuve parmi tant d'autres que les Sept Déesses Guerrières ne nous ont pas abandonnées.
À chaque fort hylien de plus entre nos mains, mes sœurs se réjouissent. Bien sûr, cette révolte a son prix à payer pour nous aussi – combien de mes amies ai-je vu tomber sous les coups des soldats hyliens ? Mais aucune d'entre elles n'est partie en vain. Notre triomphe ne sera que d'autant plus grand.
Le fort Nodens abritait le capitaine le plus infâme qu'il nous ait été donné de laisser en vie. Je n'ai jamais vu plus vil porc que ce Fergus Reid. Combien de mes sœurs a-t-il tuées et violées lorsqu'il détenait le pouvoir ? Ganondorf et moi-même avons dû retenir nos guerrières de trouer son corps avec nos lames, à contre-cœur bien sûr. J'aurais moi-même jubilé de faire couler son sang. Mais sa vie doit avoir de la valeur pour ses semblables – et par semblables, j'entends pourritures… comme le roi d'Hyrule. C'est pour cela que nous sommes contraintes à le garder en vie, jusqu'à ce que nous puissions l'échanger contre quelque chose qui aura bien plus de valeur pour notre peuple.
Notre plus grande inquiétude, à toutes, réside en l'existence de ces Créatures divines… Oui, ces colosses dorés et articulés, que l'on aperçoit parfois depuis notre désert, et que le roi a éveillés dans sa sombre folie. Nous avons bien conscience qu'il suffirait d'un claquement de doigts pour nous rayer de la carte. Même Ganondorf, mon si fort garçon, en tremble… Au point parfois de m'évoquer des légendes taboues qui nous permettraient de venir à bout des colosses. Mais je l'ai mis en garde et continuerai de m'y opposer, tout comme chacune de nos guerrières auxquelles il aurait l'audace d'évoquer son idée. Si le peuple hylien se prétend humain et moral, alors le roi ne pourra envoyer les colosses sur nous. C'est en tout cas ce que j'espère sincèrement. À ce jour, nous détenons près d'une centaine d'otages de tous rangs, âges, et races. En nous annihilant, le roi ne ferait que tirer une croix sur la confiance que lui accorde son peuple… Voilà en tout cas ce que je pense, mais les Guerrières savent que je ne pense pas comme un Hylien ; et que ces monstres n'ont probablement pas le même cœur que moi.
Mais la peur ne nous arrêtera pas. Nous allons continuer de faire tomber les forts hyliens et de reprendre nos cités jusqu'au bout. Tel est le serment qu'a fait Ganondorf à notre peuple. Les Déesses Guerrières veilleront sur notre peuple et la justice qu'il mérite… j'en suis certaine.
