Chapitre 8
Le reste de la semaine s'était bien passé, tout le monde suivant son quotidien sans que rien ne vienne perturber leur routine. Percy était resté chez lui quasiment tout le week-end, travaillant sur ses cours avec l'aide de Paul et de sa mère, ne s'éclipsant qu'une grosse heure pour rejoindre Léo chez lui. Il avait commencé à travailler sur sa moto, démontant le moteur pour évaluer les dégâts. A son plus grand soulagement, ils n'avaient rien trouvé qui ne puisse pas être réparé.
Quand il alla en cours le lendemain, il fut un peu déçu d'apprendre que monsieur Brunner ne revenait que le jour prochain. Il adorait les cours d'histoire avec ce professeur, il sentait qu'il était passionné par son métier, ce qui rendait ses cours beaucoup plus intéressant.
Plus intéressant que ses cours de maths par exemple.
Une fois ne fut pas coutume, il rentra chez lui lundi soir avec deux pages d'exos de maths à faire. Il y passa la soirée, essayant tant bien que mal de finir le tout le plus proprement possible.
Le lendemain matin, Percy se réveilla de bonne humeur, sautant de son lit pour rejoindre sa mère dans la cuisine.
- Percy ! Déjà debout ? Demanda Sally.
- Comme tu peux le voir, sourit-il en jouant avec une pomme, la lançant dans les airs avant de s'asseoir, attaquant son petit-déjeuner.
- Et de bonne humeur un matin en semaine de cours ? Qu'est-ce que j'ai loupé ?
- Monsieur Brunner revient aujourd'hui, les cours d'histoire reprennent enfin !
- Ah, je comprends mieux.
Sally se leva et ébouriffa les cheveux de son fils, le faisant ronchonner avant de le laisser finir tranquillement, triant des papiers dans le salon.
- Maman, appela Percy en passant l'encadrement de la porte.
- Oui ?
- Tu ne saurais pas quelle note j'ai eu à mon contrôle de littérature par hasard ?
- Quand bien même je le saurais, je ne te le dirais pas. Ce n'est pas parce que tu vis avec ton professeur que tu as le droit à des privilèges Percy.
Le jeune homme soupira, baissant la tête en traînant des pieds vers l'escalier.
- Qui ne tente rien n'a rien n'est-ce pas…
- Va plutôt te préparer, plus vite tu seras au lycée, plus vite tu connaîtras ta note !
Percy trottina jusque dans sa chambre, ouvrant son placard pour trouver de quoi s'habiller avant d'aller à la salle de bain. Il n'avait pas à aller chercher Piper ce matin, alors il prit son temps sous la douche, chantonnant en se rinçant.
Attrapant sa casquette après avoir embrassé sa mère, il descendit dans les rues de New-York, grimpant dans sa voiture pour se rendre tranquillement en cours. Le parking était bien occupé, mais il trouva quand même sa place près des grands escaliers menant au hall d'entrée. C'était assez marrant à voir, parce qu'il n'avait jamais demandé à avoir une place privée, mais tout le monde semblait s'être mis d'accord pour la lui laisser. Il ne s'en plaignait pas, loin de là, c'était plutôt cool de ne pas avoir à trop marcher pour entrer dans le lycée.
- Percy !
Sa meilleure amie arrivait juste derrière lui, sautillant dans les escaliers en faisant balancer son sac et les quelques tresses qu'elle avait dans les cheveux. Il l'attendit au milieu des marches, esquivant les élèves qui se bousculaient pour rentrer dans l'établissement.
- Salut Piper. Comment ça va ?
- Figures-toi que j'allais plutôt bien, jusqu'à ce que je te vois.
Percy faillit rater la dernière marche, regardant la jeune fille en fronçant les sourcils, la laissant entrer en première.
- Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda-t-il, perplexe.
- Mes rétines ont grillé, il est probable que tu m'aies rendu aveugle.
- Comment ça ?
- Percy, on va bientôt être en Octobre, et même s'il fait encore bon, tu dois vraiment arrêter de mettre un short pour les cours. En plus, tu as mis des chaussettes longues !
Comprenant qu'il n'y avait rien de grave, le jeune homme explosa de rire, passant un bras autour des épaules de Piper, lui coinçant la tête en ébouriffant ses cheveux, la faisant crier.
- Arrêtes ça tout de suite, rit-elle en essayant de se dégager.
- Ça t'apprendras à te moquer de mon style vestimentaire !
- Mais j'essaye juste de t'aider moi !
Percy finit par la lâcher, faisant basculer son sac devant lui pour poser ses livres dans son casier.
- En fait, j'ai oublié de descendre mon linge à ma mère ce week-end, du coup j'ai pris ce qui me tombait sous la main.
- Ah, je comprends mieux. C'est dommage, parce qu'avec un jean, ta chemise ouverte sur tee-shirt blanc rendrait super bien, sourit Piper en rangeant ses propres affaires.
- Je prends note.
- J'espère bien, parce qu'avec le potentiel que tu as, on pourrait faire des merveilles !
C'était assez drôle de l'entendre parler comme ça, et Percy aimait toujours quand ce côté de sa personnalité ressortait. Enfin presque toujours, parce que quand elle commençait ses expertises, il ne pouvait plus l'arrêter.
- Tu as passé trop de temps avec des designers et dans les boutiques quand tu étais petite, il faut arrêter ça tout de suite.
Piper ouvrit grand la bouche, prête à lui répondre quand Drew passa avec sa bande. Elle baissa ses lunettes de soleil sur son nez, l'observant de bas en haut avec un sourire malicieux.
- Vraiment pas mal ce short Percy, lança-t-elle, surtout vu de dos.
Ses amies gloussèrent, alors que le garçon piquait un fard, tirant sur sa chemise à l'arrière.
- Tu vois, je ne suis pas la seule à trouver qu'on pourrait faire quelque chose de toi.
- Je croyais que tu détestais Drew.
- C'est le cas, mais je sais reconnaître quand quelqu'un a raison. Tu sais ce que j'ai envie de faire ?
Oh non, il voyait très bien vers où elle l'entraînait, et ça ne le tentait pas du tout.
- Tu veux qu'on aille en cours pour récupérer nos contrôles? Très bonne idée, allons-y.
- J'ai envie d'un après-midi shopping !
Et voilà, il était fichu maintenant. Percy soupira discrètement en marchant dans les couloirs, se rendant au premier étage pour le cours de littérature.
- On va passer un marché, fit-il.
- Je t'écoute…
- Si ce soir tu mets plus de buts que moi, je te suis jeudi après-midi au centre commercial.
Le regard de Piper s'illumina, alors qu'elle applaudissait en sautillant.
- Mais si j'en mets plus, reprit Percy pour la calmer, tu me payes une pizza et on regarde Némo chez moi.
- D'accord Jackson, prépares-toi à marcher jeudi, parce que je vais t'atomiser.
Le jeune homme leva les yeux au ciel, avant d'aller s'asseoir à sa place. Monsieur Blofis était déjà dans la salle, alors le cours commença dès que le dernier élève fut assis.
- Bonjour à tous, commença-t-il, je vais vous rendre vos copies avant de commencer la séquence. La correction vous sera envoyé la semaine prochaine, et si vous avez des questions, vous pouvez m'envoyer un mail ou venir me voir à la fin du cours.
Sans s'attarder plus longtemps, il commença à marcher à travers les rangées de tables, rendant les contrôles un à un. Plus le temps passait et plus Percy stressait. Franchement, Paul n'aurait pas pu mettre sa copie sur le haut de la pile histoire que le calvaire ne dure pas trop longtemps ?
Il ne lui restait plus que quelques copies dans les mains quand il s'avança vers lui. Il regarda un instant la feuille avant de la poser sur son bureau, lui laissant le temps de digérer son sept.
- Viens me voir à la fin de l'heure, lui souffla monsieur Blofis avant de rendre les dernière copies.
Génial, splendide. Percy soupira en se laissant glisser sur sa chaise, déçu par sa note. Pourquoi n'arrivait-il pas à avoir ne serait-ce que la moyenne en littérature ? Ce n'était pas faute d'essayer et de travailler, mais il y avait comme une sorte de barrière entre lui et les mots. Une barrière qui restait pour le moment infranchissable…
L'heure passa terriblement lentement pour le jeune homme, qui était un peu découragé. La sonnerie de fin de cours fut accueillie avec le plus grand soulagement, même s'il ne se pressa pas pour ranger ses affaires. Une fois que tout le monde fut sorti, Percy avança vers le bureau de son beau-père, son contrôle à la main.
- Alors Percy, tu as encore un peu de mal avec la lecture ?
- Apparemment…
- Il ne faut pas que tu te décourages, à force de persévérer tu vas réussir !
- Mais ça fait un an que j'essaie ! Je lis tout les livres, je me fais aider par Piper, tu m'as même entraîné cet été, mais ça ne fonctionne pas…
- Courage, je sais que tu peux le faire ! Tu es un garçon brillant, il faut juste que tu trouves une méthode de travail qui te convienne et avec laquelle tu sois à l'aise. C'est pour ça que je t'ai demandé de rester après le cours.
- Encore une nouvelle méthode ? Grimaça Percy.
- J'ai mis en place un nouveau système d'aide entre élèves : les volontaires parmi les meilleurs élèves aideront ceux qui sont en difficulté pour qu'ils puissent remonter leurs notes.
- Piper en fait parti ?
- Oui, mais je ne t'ai pas mis en binôme avec elle, répondit monsieur Blofis.
- Pourquoi ?
- Tu as déjà essayé avec elle l'année dernière et ça n'a pas marché. Elle est très douée, mais peut-être pas assez strict pour toi.
Percy fronça les sourcils en croisant les bras, attendant de savoir la suite.
- Alors qui sera mon professeur ?
- Annabeth Chase. Elle est excellente en analyse de texte, et très carré dans la méthode, parfait pour toi.
- Et elle a accepté ?
- Je ne vois pas pourquoi elle refuserait, répliqua son professeur en haussant les sourcils.
Bien sûr, aucune raison de refuser. En dehors du fait qu'elle lui adressait à peine la parole, qu'elle semblait vouloir l'éviter pour une raison qui lui était inconnue, il n'y avait aucune raison qu'elle refuse de lui donner des cours…
- D'accord, si elle accepte alors moi aussi, finit-il par dire.
- Bien, c'est tout ce que je voulais te dire, tu peux y aller.
- A ce soir.
- A ce soir, conclu Paul.
Les cours de sciences qui suivirent lui permirent de se détendre et d'oublier les heures de cours particuliers qui se profilaient dans un futur proche. Non pas qu'il ne veuille pas y aller, il était plutôt content de pouvoir participer à ce système d'aide. Il était juste un peu stressé à l'idée de se retrouver seul avec Annabeth pendant un certain temps. Elle l'intimidait, quand il se trouvait près d'elle il avait du mal à former des pensées cohérentes et faire des phrases claires. Le fait qu'elle soit aussi impassible avec lui ne l'aidait pas, mais il n'osait pas lui demander ce qu'il avait fait pour mériter ce traitement.
Le repas passa plutôt rapidement, Piper n'étant pas avec eux ce midi. Nico et Frank durent calmer Percy, qui sautillait pratiquement dans les couloirs en attendant que les cours reprennent.
- C'est bon, on a compris que tu étais content d'aller en histoire, tenta Frank en le rattrapant par le sac.
Le jeune homme lui sourit en tenant son sac par les bretelles.
- Enfin un bon cours, ça m'avait manqué.
- Et la biologie avancée ? Objecta Nico.
- C'est cool, mais madame Benioff n'est pas monsieur Brunner. Avec elle, si on aime pas la biologie, y a aucune chance d'accrocher, regarde Léo, répondit Percy.
Le brun acquiesça à la réponse de son ami, ajustant la position de sa veste sur ses épaules.
- Essaie d'être sage, au moins le premier cours, rit Frank alors qu'ils arrivaient devant la salle où s'arrêtait Percy.
- Je ne promets rien, rit-il en les laissant continuer leur chemin, se tournant pour entrer dans la salle.
Monsieur Brunner était là, derrière son bureau à les attendre. Personne de son groupe d'amis ne s'était arrêté avec lui pour entrer, ce qui voulait dire qu'il allait passer l'année tout seul.
Ou peut-être pas.
Alors qu'il perdait un peu son sourire à l'idée de cours en solitaire, il aperçu Annabeth poser son sac au premier rang. Alors cette année, il aurait anglais et histoire avec elle ? Le destin lui serait-il finalement favorable ?
- Salut, lança-t-il en s'arrêtant devant sa table, posant son sac à ses pieds.
- Percy, le salua-t-elle en sortant ses affaires.
- Tu as vu Piper ce midi ? Demanda-t-il sans trop savoir quoi dire.
- On a déjeuné ensemble.
- Ah, vous auriez dû venir avec nous, ça aurait été l'occasion de rencontrer tout le monde, fit-il.
- On devait voir quelque chose pour le cours de français, mais je lui ai promis de venir au prochain repas.
- J'allais oublier, s'exclama Percy en se frappant le front, où est-ce que tu veux qu'on se voit pour l'aide en littérature ?
- Quatorze heures à la bibliothèque au coin de la rue, ça te convient ? Proposa-t-elle.
- Parfait.
- Monsieur Jackson s'il vous plaît, vous aurez tout le temps de discuter avec mademoiselle Chase plus tard, installez-vous je vous prie.
Le jeune homme s'exécuta sans attendre, s'asseyant à la seule place disponible, juste derrière Annabeth. Elle sentit d'ailleurs sa présence et se redressa, tendue comme à chaque fois que Percy était dans les parages. La jeune fille tourna la tête et vit le garçon adossé à sa chaise, qui lui sourit quand leurs regards se croisèrent. Elle soupira en se tournant et se concentra sur le cours pour tenter de se détendre.
Percy de son côté avait un peu de mal à se concentrer. Rien de très inhabituel pour quelqu'un ayant un trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité, mais là son manque de concentration n'était pas lié à ça. Il était plutôt lié à la fille aux longs cheveux blonds installée juste devant lui. En fait, il trouvait très intéressant la manière dont les rayons de lumière venaient se refléter dans ses boucles rassemblées en une queue de cheval. Plus intéressant que le cours, et pourtant il s'agissait du cours de monsieur Brunner.
Perdu dans sa contemplation, il prit peu de notes et fut surpris par la sonnerie, se redressant d'un coup sur sa chaise. Il rangea rapidement ses affaires et rattrapa Annabeth qui était déjà sortie, allant vers son prochain cours. Percy posa sa main au creux de son coude pour la stopper. Le tressaillement qu'il sentit contre sa paume fut presque imperceptible, alors qu'elle faisait volte-face.
- Qu'est-ce qu'il y a ? Fit-elle en se dégageant.
- Tu viens toujours à l'entraînement de ce soir pour les filles ?
- Oui, je prépare leur article.
- Ok, à toute à l'heure alors, tenta-t-il avec un sourire.
Pour toute réponse, Annabeth le salua de la main, repartant de son côté en le laissant dans le couloir. Perplexe, il continua quand même sa journée, suivant ses cours en attendant la fin des cours pour pouvoir aller s'entraîner.
Comme prévu, Annabeth était là, discutant avec Reyna dans les gradins pendant que tout le monde s'échauffait. Le coach Hedge remit en place la même séance que la semaine précédente, et Piper lui rappela le marché qu'ils avaient passé tout les deux plus tôt. Il l'avait rarement vu aussi motivée, et ses tirs en suspension trouvaient systématiquement le chemin des filets. Percy dû se donner au maximum pour coller au score, et il réussit même à prendre de l'avance quand elle partit voir Annabeth pour le journal. Malheureusement, Charles aussi devait être en forme ce soir, parce qu'à la fin de la séance, il arrêta deux tirs alors que Piper continuait son sans faute.
Quand l'entraîneur siffla la fin de l'entraînement, Percy secoua la tête en soupirant, alors que sa meilleure amie sautillait vers lui.
- Qui va venir au centre commercial avec moi jeudi ? Sourit-elle.
- T'as gagné, lâcha le jeune homme, mais s'il te plaît ne nous fait pas faire un marathon de boutiques.
- Tout dépend de ce qu'il y aura dans les boutiques, répondit-elle avant de partir au vestiaire.
- Génial...Soupira Percy en allant se changer.
Le lendemain après-midi, Percy se rendit à la bibliothèque comme prévu, arrivant pile à quatorze heures. Annabeth était déjà assise à une table, un livre dans les mains, des fiches sorties sur la table qui lui faisait face. Totalement absorbée par sa lecture, elle ne l'entendit pas s'approcher.
- Salut, sourit-il une fois arrivé à la table.
- Prêt pour notre cours ?
- Absolument.
Percy s'assit en face de la jeune fille, sortant son livre et de quoi écrire. Une fois prêt, il leva les yeux vers Annabeth, attendant ses instructions.
- Pour le premier cours, je pense qu'on pourrait s'occuper de corriger le contrôle. Ça te va ? Demanda-t-elle.
- C'est parfait, fit-il en cherchant sa feuille.
Une fois qu'il l'eut trouvée, il la tendit à la jeune fille, attendant qu'elle la lise. Tandis qu'elle parcourait sa copie d'un œil attentif, Percy observa un peu la bibliothèque. Il était déjà venu une ou deux fois, mais elle venait d'être rénovée. Des tables étaient alignées près des fenêtres, laissant voir la cour intérieure du bâtiment. L'ambiance cosy l'aida à se relaxer : le silence régnait dans la pièce, le seul bruit audible étant le bruissement de papier quand Annabeth tournait les pages de son contrôle.
- Le point positif, c'est que je suis sûre que tu as lu le livre, finit-elle par dire en reposant la copie sur la table, je comprends mieux pourquoi Piper se plaignait de toi.
- C'est à ce point ? Grimaça Percy.
- Ce n'est pas sans espoir, mais il va y avoir du travail, beaucoup de travail.
- Je suis motivé, répondit-il d'un air sérieux.
Annabeth ne dit rien, le jaugeant de son regard perçant. Percy ne cilla pas, les bras appuyés sur la table en la fixant.
- D'accord, alors commençons. Prends ton livre et relis le passage du contrôle. Je te laisse une vingtaine de minutes pour me dire quels sont les sentiments du personnage principal.
Le jeune homme acquiesça et se mit directement au travail, fronçant les sourcils en se concentrant autant que possible pour lire. Le passage était centré sur un monologue interne du personnage principal, soldat durant la guerre du Vietnam. Comme lors du contrôle, Percy ne comprit pas l'importance de ce passage en particulier, mais chercha malgré tout à répondre à la question d'Annabeth, griffonnant des notes.
Les vingts minutes passèrent rapidement, et quand il tendit sa feuille pour se faire corriger il sourit, content de lui. Il n'avait pas tout rédigé, mais en même temps, vingts minutes, c'était peu pour rendre un vrai commentaire.
La blonde se pencha sur sa réponse, restant impassible le temps de sa lecture. Percy remarqua qu'elle se mordillait la lèvre, sans doute un tic.
Profitant qu'elle soit concentrée, il l'observa plus en détail. Ses mains aux longs doigts étaient fines, tout comme ses poignets. Ses bras étaient recouverts par les manches de son gilet gris, qui faisait ressortir le blond de ses cheveux.
- Le problème, lâcha-t-elle, ramenant Percy au cours, c'est que tu concentres trop ton attention sur ce qui est évident, pas sur ce qui est essentiel.
- Comment ça ?
- Et bien, tout ce que tu dis est vrai, mais tu ne nous apprends rien de nouveau. Oui, le soldat est effrayé, mais on le savait déjà puisqu'il l'a révélé à son commandant deux pages plus tôt.
Percy se tut, essayant de se remémorer le chapitre dans son ensemble.
- Regarde, continua Annabeth en déplaçant sa chaise pour se rapprocher de lui, concentre toi sur chaque mot, ils ont une signification, l'auteur ne les a pas employé pour rien, au hasard. Quand le soldat pense « Le plus beau des cadeaux serait-il la vie ou la mort ? A cet instant précis, accroupi dans un trou, je n'en savais rien. », il n'est pas seulement effrayé. Je vais te donner un conseil qui marche plutôt bien dans les analyses de texte quand il s'agit d'un monologue : met toi à la place du personnage. Garde en tête le contexte, et réfléchis comme lui. Imagine toi au beau milieu d'une île du Vietnam, loin de chez toi, à mener une guerre atroce. Tu es seul, caché dans un trou en pleine nuit. Tu ne sais plus ce que signifie le sommeil, tu as faim, tu as soif, tu es à bout aussi bien physiquement que moralement. Tu sais très bien ce qu'il t'arriveras si tu es attrapé par l'ennemi : au mieux tu seras tué, au pire, tu seras torturé jusqu'à ce que la douleur soit telle que tu en meurs. Alors oui, la vie, la vrai vie, serait le plus beau des cadeaux. Tu serais enfin de retour chez toi, près des gens que tu aimes, sans arme, avec un toit au-dessus de la tête, un lit, une douche, de la nourriture, de l'eau. Mais d'un autre côté, serait-ce vraiment un cadeau de te renvoyer chez toi ? Tu as passé tellement de temps à combattre que la violence est devenue ton quotidien. Chaque bruit te ferait tressaillir en ville, tu ne pourrais pas dormir, parce que le stress post-traumatique te tiendrait éveillé. Les images de bombardements, de corps sans vie, de coups de feu tourneraient à jamais dans ton esprit, te torturant jusqu'à ce que tu craques. C'est le premier axe de réflexion du livre : Comment peux-t-on vivre après un épisode traumatique de cette ampleur ? Le soldat, par cette simple réflexion, montre aussi qu'il remet en cause la vie elle-même au sens premier du terme. Il sait pertinemment que ses chances de s'en sortir son infimes. La guerre est un véritable massacre, personne n'était préparé à ce degrés d'horreur. Durant des mois il a marché sur cette île, à l'affût du moindre mouvement suspect. Son bataillon a été décimé, il a entendu certains de ses camarades hurler pendant des heures de douleur. Chaque instant est un enfer, et la mort devient plus tentante chaque jour qui passe. Pourquoi ne pas en finir tout de suite, plutôt que d'attendre qu'on vienne le chercher ? On dit que la vie est le plus précieux des cadeaux, et qu'on doit respecter ça et vivre coûte que coûte, mais vivre dans ces conditions, peut-on appeler ça une vie ? La vie vaut-elle la peine d'être vécue, quand il s'agit uniquement de survivre ? La valeur de la vie représente le second axe de réflexion global.
Tout le temps qu'Annabeth avait parlé, Percy avait gardé les yeux rivés devant lui, s'immergeant complètement. Quand elle eut fini son explication, il avait la chair de poule sur les bras. Tout devenait beaucoup plus clair maintenant qu'elle lui avait montré son fil de réflexion. Il s'était mis dans la peau du pauvre soldat recroquevillé dans la terre.
- Percy ? L'appela-t-elle en tournant la tête vers lui.
En entendant son prénom, il revînt directement à la réalité, la fixant d'un air hébété.
- J'ai compris, dit-il en se frottant le bras.
- Bien, sourit-elle brièvement. Mais tu n'as pas pris de notes.
Le jeune homme regarda la table, remarquant sa feuille restée blanche.
- Je suis désolé, je t'écoutais et je me suis laissé embarquer par ce que tu disais.
- Je te fais un résumé ?
- S'il te plaît.
Annabeth hocha de la tête avant de prendre une fiche bristol dans son cahier, lui résumant les points essentiels sur la méthode et le texte. Percy écouta attentivement, notant tout ce qu'elle disait avec soin. Il posa ensuite quelques questions, auxquelles elle répondit sans problème.
- Bon, le cours est terminé, fit-elle après avoir regardé l'heure sur son téléphone, tu as d'autres questions ?
- Non c'est bon, je crois que j'ai tout compris.
- D'accord, alors pour le prochain cours, essaie de me dire quels sont les sentiments des différents personnages dans cet extrait, lui montra-t-elle dans leur livre de cours.
Percy acquiesça et nota la page et la question de la jeune fille, avant de fermer son cahier et de ranger ses affaires. Annabeth l'imita avant de se lever, et ils avancèrent vers la sortie, saluant la dame au comptoir. Le jeune homme poussa la porte, laissant passer Annabeth devant lui avant de tenir la porte pour qu'elle ne claque pas.
- Je te ramène ? Proposa-t-il en faisant tourner sa clé autour de son index.
- Non c'est bon, j'habite pas loin.
- Ok, merci pour le cours et à demain, sourit Percy en lui faisant un signe de la main avant de marcher vers sa voiture.
Annabeth le salua avant de partir dans la direction opposée, marchant à grandes enjambées. Elle allait aussi vite qu'elle pouvait, mais sa cheville la lançait, et elle boitait légèrement. Un regard sur son portable et le stress qu'elle ressentait monta encore d'un cran. Le cours s'était bien passé, mais il avait duré dix minutes de plus que prévu. Sur le coup elle n'y avait pas prêté attention, parce que Percy était vraiment concentré et faisait des efforts pour comprendre, mais maintenant, elle était en retard.
Seize heures sept. Il ne lui restait plus que huit minutes pour être chez elle.
Courant dans les escaliers du métro, elle remonta dans la rue, slalomant entre les piétons. Elle sentait les secondes qui s'égrainaient, passant bien trop vite à son goût. Plus que deux minutes, c'était impossible. Elle devait encore remonter trois blocs, et pour un mercredi après-midi, les rues étaient bondées. Il lui devînt rapidement impossible de courir, et elle prit son mal en patience, se mordant la lèvre en essayant d'aller le plus vite possible.
Gagner du temps, il fallait qu'elle gagne du temps. Plus qu'un bloc, et elle avait déjà trois minutes de retard. Son souffle se faisait plus irrégulier, et une pellicule de sueur se formait sur son front. Sa queue de cheval se balançait de gauche à droite alors qu'elle évitait de justesse de rentrer dans un groupe de touristes marchant à contresens.
Quand elle passa la porte de la maison, elle avait près de dix minutes de retard. Priant pour que personne ne soit là, elle enleva ses chaussures et grimpa dans l'escalier en se faisant la plus discrète possible. Malheureusement, une marche grinça dès qu'elle posa le pied dessus.
- Annabeth, tu es rentrée ?
Se maudissant, elle redescendit, serrant les dents d'appréhension. Elle savait très bien ce qui l'attendait. Passant la porte de la cuisine, elle s'avança en essayant de paraître calme, priant intérieurement pour que tout se passe bien. Sa belle-mère était debout en train de préparer un gâteau.
- Tu es en retard, fit-elle en étirant la pâte.
- Je sais, mais j'aidais un élève avec son contrôle de littérature et…
- Annabeth, qu'est-ce qu'on avait dit à propos des excuses ?
- Elles ne servent à rien.
- Bien.
La femme se retourna, se frottant les mains en soupirant. Bien que terrorisée, Annabeth lui fit face, croisant les bras contre elle. Elle ne connaissait que trop bien ce soupir. Tout ceci n'était qu'une mascarade, une mise en scène pour en arriver là où elle voulait.
- Tu m'as désobéi. Tu connais les conséquences, lâcha-t-elle sèchement en attrapant son rouleau à pâtisserie.
Annabeth sentit son souffle se couper, et elle eu toute la peine du monde à se retenir de faire un pas en arrière.
- Isabel, je suis désolée...Tenta-t-elle en regardant l'objet avec peur.
- Je me fiche bien que tu sois désolée ! Cria la femme en brandissant son rouleau, l'abaissant avec force sur le dos de sa belle-fille.
Annabeth retint un gémissement, s'arquant sous la douleur. Non, aujourd'hui ne serait pas un jour de chance. Pas plus qu'hier, que la semaine ou le mois dernier. Quoi qu'elle fasse, il y avait toujours un prétexte, un détail valable pour justifier le traitement qu'elle subissait.
Les coups se multiplièrent. Se tenant contre le mur, les mains protégeant sa tête, Annabeth ferma les yeux, comptant mentalement sans faire attention à ce que lui hurlait Isabel.
Quatre, cinq, six…
Alors, qui s'y attendait ? J'avais placé quelques indices dans les chapitre précédents, et je sais que certains d'entre vous les avaient remarqués. Comme d'habitude, je vous invite à me dire ce que vous avez pensé du chapitre car j'aime connaître l'avis de mes lecteurs, et je repars écrire ! Merci et à bientôt !
