Chapitre 14
La première semaine de vacances passa rapidement, les jours défilant sans pour autant se ressembler. Percy oscillait entre les journées chez lui à travailler sur ses cours, les séances de sport entre amis et les sorties en tout genre. Il était allé faire un tour chez Léo pour faire un peu de mécanique, puis le lendemain il avait décidé d'aller finir une dissertation à l'aquarium avant passer la soirée chez Piper à regarder des séries, et une autre plus tard avec tout le monde à la pizzeria. La veille, il avait aidé sa mère à ranger tout l'appartement, même s'il avait plus fouillé les vieux cartons que rangé, au grand désespoir de Sally.
Aujourd'hui, il devait se rendre à la bibliothèque en début d'après-midi pour travailler avec Annabeth. Elle l'avait laissé partir avec un nouvel exercice : l'analyse stylistique. Elle lui avait demandé de trouver ce que l'auteur cherchait à véhiculer comme émotions à travers son personnage. Même s'il n'arrivait pas encore à bien réussir ses exercices, il ne se décourageait pas. Petit à petit, il sentait qu'il progressait, et même s'il n'avait pas encore eu la moyenne à un test au lycée, il était passé de sept à neuf. Tout les conseils et astuces qu'elle pouvait lui donner l'aidaient vraiment, et il espérait que pour une fois il aurait tout juste. Annabeth le motivait à toujours chercher plus, à faire plus, à travailler plus. Le passage qu'elle lui avait demandé de travailler avait été assez compliqué, même s'il s'agissait d'un monologue intérieur, et il avait hâte de voir s'il avait réussi à faire quelque chose de potable.
La neige s'était enfin décidée à tomber sur New-York, offrant à ses habitants un décor hivernal magnifique. Les bâtiments avaient une fine couche de neige sur leur bords de fenêtres et devantures, le blanc contrastant avec les lumières colorées des diverses boutiques, et les voitures étaient comme saupoudrés d'une épaisse couche de sucre glace sur le toit. Des enfants couraient un peu partout sur les trottoirs et dans les jardins publics, fabriquant des bonhommes de neige ou des igloos, faisant de la luge et des batailles de boules de neige. Les routes avaient été dégagées au plus vite pour éviter les problèmes de circulation, alors Percy avait pu prendre sa Jeep pour se rendre jusqu'à la bibliothèque. Les voitures allaient tout de même doucement, la prudence étant de mise avec la menace d'une fine couche de verglas accrochée sur le bitume, et il en profitait pour regarder tout autour de lui, souriant devant l'atmosphère joyeuse et paisible des rues.
Une fois arrivé, il ferma sa veste et attrapa son sac avant de sortir de la voiture, le froid l'assaillant à peine la portière ouverte. Ne perdant pas de temps à l'extérieur, le jeune homme marcha à pas rapide vers le petit bâtiment, ouvrant la porte d'un coup avant de s'y enfoncer après avoir tapé des pieds à l'entrée pour retirer la neige collée à ses semelles. Il salua la bibliothécaire assise derrière le bureau de l'accueil et traversa les allées, allant directement vers le fond de la bibliothèque.
Assise à la même table que d'habitude, le coude posé sur la table et le regard penché sur un carnet, Annabeth l'attendait. En faisant le moins de bruit possible, Percy s'installa à côté d'elle.
- Tu n'as pas eu trop de soucis sur la route ? Fit-elle en refermant son carnet.
- Non, tout a été déblayé dans la nuit. Les gens roulent doucement, mais on peut circuler sans problème.
La jeune fille acquiesça avant de sortir ses affaires, vite imitée par Percy.
- Tu sais, j'aurais très bien compris que tu annules le cours d'aujourd'hui pour rester avec ta famille, dit-il.
- Je préfère ne pas être trop chez moi pendant les fêtes de fin d'année, se contenta-t-elle de répondre en évitant son regard.
Percy la fixa un court instant, les sourcils froncés, un air perplexe sur le visage.
- Tu n'aimes pas Noël ?
- Pas tellement non.
- Pourquoi ? Finit-il par demander après une courte hésitation.
Annabeth sembla se refermer davantage, ses muscles se crispant un peu plus.
- Je n'ai pas très envie d'en parler.
- Bien sûr, aucun souci tu n'es pas obligée de me raconter tout, s'empressa de dire Percy en voyant sa gêne.
La jeune fille lui sourit, mais il sentit qu'elle se forçait. Il ne fit pas de commentaire, ne voulant pas la brusquer davantage alors qu'elle semblait d'humeur assez maussade.
- Tu n'as pas eu de difficulté particulière en faisant l'exercice ? Demanda-t-elle en prenant son devoir.
- Je ne pense pas.
– Tu ne sais pas si quelque chose t'as posé problème ?
- A chaque fois que je te dis que tout s'est bien passé, tu lis mon devoir et tu trouves quelque chose qui ne va pas, alors je préfère rester prudent maintenant, sourit-il.
Elle eu un sourire amusé et réprima un rire avant de baisser la tête sur la copie, la lisant avec attention. Percy avait joint les mains et priait pour avoir réussi cette fois, attendant calmement le verdict. Malgré ça, sa jambe tressautant toute seule trahissait sa nervosité, et il ne pouvait pas s'empêcher de jeter des coups d'œil vers Annabeth. Chaque seconde qui passait lui semblait être une éternité, et il commençait à se balancer sur sa chaise quand elle posa sa copie.
- Dis moi juste ce qui ne va pas, qu'on puisse travailler dessus, lâcha-t-il.
Le sourire qui s'étira sur les lèvres de la jeune fille le rendit perplexe, et il ne sut lire la lueur qui brillait dans son regard.
- Pourquoi tant de pessimisme ? Il y a de bonnes choses aussi, fit-elle.
- Tu as dit aussi, ça veut dire qu'il y a des choses qui ne vont pas.
- Je t'ai connu plus positif que ça ! Et pour une fois que j'allais commencer par te féliciter…
- Vraiment ?
Le jeune homme se pencha vers la table, un grand sourire aux lèvres et le regard pétillant de joie. Depuis maintenant trois mois qu'ils travaillaient ensemble au cours de soutien, c'était la première fois qu'elle commençait par le féliciter. Annabeth le laissa attendre encore un peu, se délectant de son expression enfantine.
- Oui, tu as fait quelque chose de plutôt pas mal. Bien sûr qu'il y a des choses à corriger, mais ton analyse stylistique est assez bonne. Tu as bien cerné les figures de style et leurs buts, ton devoir est organisé et on voit le cheminement de ta réflexion. On fait des progrès on dirait, sourit-elle.
A ce stade, Percy se retenait de ne pas sauter partout, se contentant de sourire comme si on lui avait déjà offert ses cadeaux de Noël.
- On dirait bien que oui ! Tout ça c'est grâce à toi.
- Je ne fais que te donner des conseils et corriger tes devoirs, c'est toi qui fait le plus dur, répondit-elle.
- Peut-être, mais sans toi j'aurais probablement lâché la littérature dès le premier contrôle.
- Ça aurait été bien dommage, non ?
- Si.
Le jeune homme n'arrivait pas à se calmer, ses doigts tapant sur la table avec excitation. Voir Percy dans cet état donnait du baume au cœur à Annabeth, qui essaya tout de même de le calmer en voyant les quelques regards en biais de personnes lisant autour d'eux.
- Concentrons-nous maintenant sur ce qu'il faut encore travailler. Tu restes un peu trop subjectif par moment dans l'analyse, et du coup tu as tendance à faire des contresens en voulant démontrer ton point de vue avec des citations qui en fait montrent tout l'inverse de ce que tu dis. Il reste aussi quelques fautes d'orthographe que tu pourrais éviter en restant bien concentré tout le long de ton commentaire et en te relisant.
- D'accord, mais ce que j'ai dit là, c'était bien justifié ?
- Pas toujours. Par moment, tu te laisses emporter par ton explication et tu dépasses le texte pour entrer dans une interprétation complètement subjective qui te coûterait des points en conditions réelles. Prend garde, ce n'est pas parce que tu aimes ou n'aimes pas quelque chose qu'il en va de même pour l'auteur et son personnage.
- Tu peux me montrer un exemple précis dans ce que j'ai écrit ? Je n'arrive pas à bien cerner le problème.
Annabeth s'exécuta et ouvrit la copie, cherchant quelques secondes avant de trouver le passage qui l'intéressait.
- Regarde, à un moment tu as écrit « L'accumulation des détails qui entourent le personnage montre qu'il est heureux d'être à Noël ». Tu dois faire attention à l'ambivalence des descriptions.
- L'accumulation ne montre pas sa joie d'être à Noël ?
- Pas entièrement. L'accumulation ne veut pas seulement dire qu'il est euphorique, c'est une figure de style qui englobe tout un panel d'émotions. C'est utilisé pour montrer qu'un personnage est désarçonné ou paniqué par exemple.
- Mais ici il est serein, il n'y a aucun signe d'émotions extrêmes comme celles-ci.
- Ce n'est pas parce que ce n'est pas montré comme une émotion forte qu'il ne ressent rien. Chaque mot a son importance Percy, ils sont utilisés pour véhiculer une idée, ont un sens. Le personnage du passage éprouve de la joie à l'approche des fêtes de fin d'année, mais on peut aussi clairement voir une certaine mélancolie dans la manière dont il décrit ce qui l'entoure. Il fait systématiquement référence à des souvenirs de son enfance, il sourit mais baisse la tête et soupire à plusieurs reprises.
Le jeune homme ne dit rien, les yeux fixés sur Annabeth qui continuait de lui expliquer son analyse du passage. Elle avait les traits un peu tirés, des cernes et ses cheveux étaient rassemblés en un chignon rapidement fait. Malgré tout ça, il la trouvait toujours aussi belle que d'habitude.
- Si tu faisais un peu plus attention à ça, tu pourrais avoir de très bonnes notes en littérature.
- Je, oui, je ferai attention la prochaine fois.
- Tu ne m'écoutais pas, hein ? Souffla-t-elle.
- Si, bien sûr que si ! J'ai juste eu un moment d'absence.
Annabeth ne répondit pas, mais l'expression sur son visage parlait pour elle.
- Tu veux que je répète quelque chose ?
- Non, j'ai compris ce qu'il fallait que je revois. Tu penses que j'aurais pu avoir combien avec cette copie ? Demanda-t-il.
La jeune fille fronça les sourcils, réexaminant la copie un moment en se mordant la lèvre.
- Je dirais onze, peut-être douze.
- C'est super bien !
- C'est au-dessus de la moyenne, et assez éloigné de ton sept, acquiesça-t-elle.
Percy reprit sa copie et la regarda comme s'il s'agissait du Graal lui-même. Son attitude amusa Annabeth, qui cacha son sourit en baissant la tête vers son cahier.
- Et sur quoi on travaille aujourd'hui ? Finit-il par demander tout sourire.
- Motivé pour deux heures sur les différents registres théâtraux ?
- C'est parti !
Et pendant deux heures, Percy réussit à mettre de côté son hyperactivité et à surpasser sa dyslexie. Plus motivé que jamais, il faisait tout les exercices que lui proposait Annabeth, écoutant avec attention quand elle lui donnait des explications et notant tout proprement. Sa volonté impressionna la jeune fille, et elle remarqua ses facilités à comprendre et repérer les caractéristiques de la tragédie classique.
Le cours se poursuivit sans problème, Percy étant encore plus efficace que d'habitude. Peut-être devrait-elle le féliciter plus souvent ? Mais si elle le félicitait à chaque fois, ces encouragements perdraient de la valeur…
Sans qu'aucun des deux adolescents ne s'en rendent compte, l'après-midi fila et le ciel prit des teintes orangées, annonçant le crépuscule. Quand ils en eurent fini pour cette séance, la tombée de la nuit était proche.
- Bien, je pense qu'on a fini pour aujourd'hui, lança Annabeth en regardant sa montre, je vais te laisser aller retrouver tes proches pour fêter le réveillon.
- Il y a quelque chose que j'aimerais bien faire avec toi si tu veux bien.
- Je ne sais pas, il commence à se faire tard…
- Il est tout juste cinq heures ! S'exclama Percy. S'il te plaît, pour fêter ma réussite à ton exercice.
Comment dire non à sa petite moue et ses yeux suppliants ? Annabeth soupira et leva les mains en signe d'accord. Le jeune homme se leva d'un bond en balançant son sac sur son épaule avant de ranger sa chaise, sautillant sur place.
- Génial, tu verras je suis sûr que tu vas adorer.
Annabeth leva les yeux au ciel mais sentit la commissure de ses lèvres se redresser, suivant le garçon vers la sortie. Percy marcha rapidement jusqu'à sa voiture, lui ouvrant la porte pour la laisser monter avant de faire le tour de la Jeep pour s'installer derrière le volant.
- On va aller se réchauffer un peu, soupira-t-il en se mettant en route, mettant la radio en marche. Occupé à conduire, il sursauta presque en entendant un son qu'il n'avait jamais entendu jusqu'ici. Tournant la tête mine de rien, il se rendit compte qu'Annabeth fredonnait à côté de lui, secouant doucement la tête au rythme de la musique. Le jeune homme ne dit rien, souriant en gardant les yeux rivés sur la route. Ça lui faisait plaisir de la voir se détendre comme ça en sa compagnie, de l'observer s'ouvrir et laisser tomber cette façade froide qu'elle affichait tout le temps au lycée.
- Très jolie voix, se contenta-t-il de dire en lui ouvrant la porte une fois garé.
Annabeth sentit ses joues chauffer mais garda la tête haute, ne croisant pas le regard du brun. Percy rit doucement avant de la mener vers un petit café, faisant tinter une petite cloche en entrant. Quasiment instantanément, une petite serveuse avec un carré chocolat bouclé et des yeux verts s'approcha, saluant chaleureusement Percy avant de sourire à Annabeth.
- Ça faisait un moment qu'on t'avait pas vu ici !
- Je sais, mais il faisait encore trop chaud pour boire un café. Tu travailles le jour du réveillon ?
- Je finis mon service dans une demie-heure. Tu ne me présentes pas ?
- Si bien sûr ! Annabeth, voici Katie, Katie, je te présente Annabeth.
Les filles se sourirent et à la surprise de la blonde, la serveuse la prit dans ses bras comme elle l'avait fait avec Percy à l'instant.
- J'ai beaucoup entendu parler de toi, lui souffla-t-elle en lui faisant un clin d'œil.
Annabeth fronça les sourcils avant de jeter un regard vers Percy, mais ce dernier n'avait pas entendu la jeune fille et regardait déjà les différentes boissons spéciales proposées pour les vacances.
- Venez, je vais vous installer dans un coin, histoire que vous soyez tranquilles.
Agile, Katie prit deux cartes en marchant vers le fond du café, les laissant s'asseoir avant de les leur tendre. Ils les regardèrent rapidement avant de se décider.
- Je prendrai un mocha, fit Annabeth en lui rendant le carton.
- Et un long sucré pour moi. Et si tu pouvais mettre un peu de crème dessus s'il te plaît...
- Comme d'habitude, sourit Katie, je vous apporte ça dès que c'est prêt !
La jeune fille attendit que la serveuse se soit éloignée pour regarder un instant par la fenêtre. Peu de monde marchait dans les rues aujourd'hui, les derniers passants se hâtant de faire quelques courses avant d'aller rejoindre leurs proches pour le réveillon de Noël. Elle aurait voulu être aussi enjouée qu'eux, mais elle n'aimait pas les fêtes de fin d'année. Noël n'était qu'un énorme rappel de ce qu'était sa vie, et elle faisait toujours tout pour passer un minimum de temps avec sa pseudo-famille à ce moment de l'année. Son père avait beau faire son possible pour l'intégrer aux festivités, elle n'arrivait pas à se détendre et être souriante en compagnie d'Isabel. Chacun de ses gestes la faisait frémir intérieurement, et son sourire faussement chaleureux lui donnait envie de vomir. Elle tentait de faire bonne figure pour ses petits frères, mais le fait de les voir tout content avec leur deux parents ne faisait que la blesser encore plus. Eux avaient la chance d'avoir leur père et leur mère dans leur vie, et même si le premier n'était pas toujours présent à la maison, il faisait toujours en sorte qu'ils ne manquent de rien.
Annabeth n'avait pas cette chance.
Depuis toute petite, elle avait l'impression qu'il l'évitait. Il ne la regardait que rarement dans les yeux, et une fois, alors qu'elle tentait de lui parler d'un exposé qu'elle avait préparé et sur lequel elle voulait son avis, elle avait éclaté. Laissant ses larmes couler après s'être tant retenue, elle lui avait demandé pourquoi il la traitait comme un bagage encombrant, pourquoi il ne venait pas pour la journée des métiers à l'école, pourquoi il s'enfermait dans son bureau jusqu'à la laisser seule pour le dîner. Elle n'avait alors que six ans, mais la façon dont il l'avait regardé continuait de la poursuivre encore aujourd'hui. Il s'était contenté de lui caresser la joue en essuyant ses larmes, un sourire triste aux lèvres et le regard fixé dans le sien avant de lui répondre.
Tu ressembles tant à ta mère…
- Et voilà !
Annabeth sursauta en entendant la voix de Katie qui posa les deux tasses sur la table en souriant avant de repartir vers de nouveau clients. Passant ses mains autour du récipient chaud, elle soupira d'aise, essayant d'oublier ses pensées sombres au moins le temps de sa sortie avec Percy.
- Tu aurais pu demander un cappuccino, fit-elle en voyant la crème décorée de quelques pépites bleues.
- Non, il n'y a pas assez de café dans un cappuccino, sourit-il, et puis j'aime bien mon spécial Percy.
- Spécial Percy ?
- Parfaitement ! Spécialité de la maison rien que pour moi.
La jeune fille secoua la tête mais garda son regard posé sur lui, buvant une gorgée de son mocha et frémissant de contentement en sentant le liquide couler le long de sa gorge. Elle faillit s'étrangler en voyant la moustache de crème que Percy avait après avoir bu son café, et tenta de cacher son rire, en vain.
- Qu'est-ce qu'il y a ? Dit Percy en regardant son pull.
Annabeth sourit en le regardant inspecter ses manches sans trouver de tâches, les sourcils froncés. Il regarda même sous la table et par la fenêtre, avant de se tourner vers elle, ne comprenant toujours pas.
- Tu as un peu de mousse sous ton nez, finit-elle par répondre.
- Oh, répondit-il en souriant de toutes ses dents comme un enfant avant de passer la main sur son visage.
- Attends, tu en as encore un peu.
- Là ?
- Plus à gauche, non ta gauche, pas la mienne, s'exclama Annabeth dont le regard scintillait d'amusement.
Voyant qu'il n'arrivait pas à s'essuyer correctement, elle prit une serviette en papier posée sur la table et se redressa, lui attrapant le menton pour lui tourner la tête et enlever le reste de mousse de son visage. Percy se laissa faire, son regard océan scotché sur celui orageux de la jeune fille qui essayait de rester concentrée sur sa tâche le temps de finir avant de se rasseoir.
- Merci, souffla le garçon, la voix légèrement enrouée.
Annabeth hocha de la tête avant de reprendre sa tasse, se cachant derrière celle-ci pour qu'il ne voit pas ses joues rosies. Même si elle avait essayé de ne pas trop y faire attention, ses yeux s'étaient posés sur ses lèvres un instant, et elle n'avait pas pu s'empêcher de se demander si elles étaient aussi douces qu'elles paraissaient l'être.
- Ça fait longtemps que tu connais Katie ? Demanda-t-elle histoire de relancer la conversation.
- Quelques années. On était dans la même classe pendant toutes nos années au collège, et elle a toujours traîné avec les frères Alatir.
- Vraiment ? Elle a l'air calme pourtant…
- Elle l'est, c'est une des victimes préférées de Conor et Travis. Depuis que je les connais, je les vois toujours préparer un plan pour lui faire peur ou l'embêter, et en général on la voit leur courir après en criant dans les minutes qui suivent.
Le jeune homme sourit en se rappelant des nombreuses soirées entre amis où il avait vu Katie courir après Travis jusque sur la terrasse de sa maison où elle prenait souvent un seau d'eau sur la tête.
- Je pense que Travis a un faible pour elle.
- Travis Alatir amoureux ? On aura tout vu, rit Annabeth.
- Ils ont toujours joué au chat et à la souris, ça ne m'étonnerait pas qu'ils se mettent en couple dans peu de temps. Elle le calme, et lui l'aide à s'ouvrir aux autres, ils sont plutôt complémentaires.
Annabeth observa la jeune fille quelques instants, essayant de l'imaginer en train de courir après Travis en lui hurlant dessus, ce dernier riant en évitant tout ce qu'elle pourrait lui jeter à la figure. Cette pensée la fit rire.
- Sans doute, finit-elle par concéder, avant de finir sa tasse.
Percy l'imita, faisant attention de ne pas se remettre de la crème sur le visage avant de reposer sa tasse vide sur la table. Ils restèrent encore un bon quart d'heure à discuter de choses et d'autres avant de se lever, se préparant à repartir dans les rues enneigées. Le jeune homme profita du fait qu'Annabeth prenne un peu de temps à remettre correctement son manteau et son écharpe pour aller payer leurs cafés, puis lui ouvrit la porte.
- J'aime beaucoup cet endroit, merci de m'y avoir emmené, dit-elle en regardant la devanture de la petite boutique.
- Ça m'a fait plaisir. Je ne crois pas avoir bu de meilleur café dans toute la ville, et vu que tu avais l'air d'aimer ça pendant les cours, je m'étais dit que ça serait bien que tu connaisses au moins un café qui serve des boissons dignes de ce nom, sourit-il.
La jeune fille le bouscula gentiment avant de se mettre en route à ses côtés, suivant ses pas en essayant de ne pas glisser sur les plaques d'égout.
- Et maintenant on va où ?
- Dans Central Park.
- Tu sais, ce n'est pas parce que je viens de Californie et que je vis ici depuis à peine deux ans que je ne connais pas Central Park, rétorqua-t-elle.
- Il te reste plein de choses à découvrir encore, et ce n'est pas parce que tu connais Central Park que tu connais tout ses secrets.
- Excuse moi de ne pas être une New-yorkaise pur souche comme toi !
- Excuses acceptées, fit-il avec son sourire en coin.
Annabeth leva les yeux au ciel mais ne dit rien, sachant que si elle répondait il surenchérirait. Le café était quand même assez éloigné du parc, et ils profitèrent du chemin pour traîner un peu dans les rues, jetant des coups d'œil dans les différentes vitrines, faisant des remarques sur les différentes personnes qu'ils croisaient et jouant au jeu des devinettes. Annabeth venait encore de trouver celle de Percy avant qu'il n'ait le temps de finir sa phrase, et se dernier laissa sa tête tomber en arrière, soupirant bruyamment.
- Ok, à ton tour, souffla-t-il en remettant ses mains dans ses poches.
- Tu es sûr que tu veux encore jouer ? Je pense que j'ai assez prouvé ma supériorité à ce jeu.
- Allez, j'attends ta prochaine énigme !
- D'accord d'accord ! Monsieur et Madame Martin ont quatre garçons. Chacun de ces garçons a une sœur. Combien y a-t-il de personnes au minimum dans cette famille ?
Percy fronça les sourcils et se répéta l'énigme en murmurant, comptant sur ses doigts en réfléchissant.
- Si les parents sont deux, qu'il y a quatre garçons donc quatre filles, ils sont dix au minimum !
La jeune fille le laissa faire sa danse de la joie avant de glisser dans un tas de neige. Elle ne put s'empêcher de rire et avança jusqu'à lui, l'aidant à se relever.
- Tu t'es trompé, se contenta-t-elle de dire.
- Mais si ! Deux plus quatre plus quatre ça fait dix !
- Oui, mais ce n'est pas la réponse.
- Je suis peut-être nul en maths, mais je sais encore faire une addition, ronchonna-t-il.
- Ton calcul est bon, mais tu manques de logique.
Annabeth se délectait de le voir se torturer les neurones, trépignant presque en en trouvant pas ce qui n'allait pas dans sa réponse.
- Est-ce que tu peux répéter l'énigme s'il te plaît ?
La jeune fille s'exécuta, le gris de ses pupilles brillant de malice. Percy chercha encore jusqu'à ce qu'ils arrivent au passage piéton qui menait au parc, mais aucune des réponses qu'il pouvait donner n'étaient juste.
- J'abandonne, finit-il par soupirer alors qu'ils attendaient pour pouvoir traverser.
- Je te laisse jusqu'à ce qu'on soit de l'autre côté de la rue pour trouver, et après je te donnerai la réponse.
Le jeune homme tenta une dernière fois au milieu de la route, mais il se trompa encore, et Annabeth secoua la tête en se mordant la lèvre pour ne pas rire.
- Sept, lâcha-t-elle.
- Sept ? Mais pourquoi ?
- Il y a une sœur commune aux quatre frères. Les deux parents, plus les quatre garçons et la fille, ça fait sept.
- Ah d'accord ! S'exclama Percy qui se remit instantanément à sourire.
- C'était pas si compliqué au final, il faut juste réfléchir un petit peu.
Percy lui tira la langue pour faire bonne mesure, marchant dans les allées du parc presque désert à cet instant. Il était maintenant un peu plus de six heures du soir, et la nuit était tombée, les températures chutant encore un peu plus. Les lampadaires s'allumèrent dans Central Park, leur permettant de trouver leur chemin entre les arbres et buissons. Même si elle ne dit rien, Annabeth devait reconnaître qu'elle ne savait pas encore s'orienter dans le parc, et que si jamais Percy décidait de la laisser toute seule, elle aurait du mal à ressortir sans aide.
S'enfonçant encore un peu plus, ils arrivèrent presque au centre du parc. Le silence régnait, même s'il paraissait impossible que le silence puisse exister au cœur de Manhattan. Percy avança encore un peu sur un pont, s'arrêtant au milieu avant de se retourner vers Annabeth, lui faisant signe pour qu'elle le rejoigne. Marchant lentement, elle découvrit petit à petit une vue somptueuse de Central Park qui se perdait dans les buildings, la neige recommençant à tomber doucement. Avant qu'elle ne s'en rende compte, elle était auprès de Percy, perchée au milieu du vieux pont en bois qui surmontait un lac.
- Percy c'est…
Sa phrase resta en suspend, son regard se perdant à l'horizon. Le garçon s'accouda sur la main-courante du pont, un sourire satisfait aux lèvres.
- Je suis peut-être mauvais aux énigmes, mais je trouve que je suis plutôt doué pour faire des surprises.
- Je te laisse au moins ça, sourit-elle.
Un silence paisible s'installa entre eux, et ils regardèrent l'étendue de végétation qui leur faisait face se couvrir lentement d'une couche fine de poudreuse. Du coin de l'œil, Percy observa la jeune fille, regardant son souffle s'échapper de sa bouche en un jet de vapeur. Ses joues et le bout de son nez étaient légèrement colorés par le froid, et elle avait passé ses bras autour d'elle pour se réchauffer, même si son manteau bleu marine semblait bien réussir cette mission.
Sa main effleura le paquet qu'il gardait dans sa poche depuis le début de l'après-midi, et son pouls s'accéléra subitement. Malgré le froid, il sentit ses mains devenir moite, et ses muscles se raidirent. Il ne savait pas trop comment s'y prendre pour lui donner le cadeau qu'il lui avait acheté, et surtout, il stressait à l'idée qu'elle ne l'aime pas.
Prenant son courage à deux mains, il inspira un grand coup et sortit le paquet de sa poche, le fixant un moment avant de se tourner vers Annabeth.
- Je voulais te remercier pour tout ce que tu fais pour moi, commença-t-il, et pas seulement pour les cours de littérature. Je crois que je devrais remercier Paul de nous avoir mis en duo pour le cours de soutien, parce que grâce à ça j'ai pu apprendre à te connaître un petit peu. Tu es quelqu'un de bien Annabeth, et je suis heureux d'avoir eu la chance de te rencontrer. J'adore nos sorties, et tout le monde est content que tu aies rejoint le groupe. Ah et sans oublier l'article que tu as fait sur nous dans le journal du lycée, il était super.
Souriant, il lui tendit le paquet qu'elle prit entre ses deux mains, l'observant comme s'il s'agissait d'un objet non identifié dont elle cherchait à comprendre l'utilité.
- Tu n'étais vraiment pas obligé, je ne fais pas ça pour recevoir des cadeaux.
- S'il te plaît, contente toi d'accepter et de l'ouvrir.
- Mais je n'ai pas de cadeau pour toi !
- Tes cours sont mes cadeaux. Maintenant ouvre-le.
Bien que gênée, elle enleva délicatement le ruban qui entourait le cadeau, le mettant dans la main qu'il lui tendait avant de déchirer l'emballage. Elle découvrit un écrin long et rectangulaire, et le fixa en fronçant les sourcils avant de relever les yeux vers Percy. Ce dernier se balançait sur ses pieds, et il lui fit signe du menton de l'ouvrir, un sourire crispé aux lèvres.
En ouvrant la boite, elle découvrit un bracelet en argent avec une seule pierre montée au centre. Le bijou était simple, mais elle l'adorait.
- J'ai essayé de trouver quelque chose qui te ressemble, mais comme je ne connais pas trop tes goûts, j'ai pas mal tourné. J'espère que ça te plaît, mais si jamais ça ne te plaît pas je peux aller le changer contre quelque chose qui te ferait plaisir. Ne t'inquiète pas, je ne serais pas vexé si tu n'en veux pas, donne moi juste quelques jours le temps de…
Percy ne termina pas son monologue, car quand Annabeth releva la tête vers lui, il aperçut des larmes dans son regard gris. Cette vue le fit taire instantanément, et il paniqua intérieurement à l'idée de la faire pleurer. La jeune fille ouvrit la bouche pour dire quelques chose, mais le son resta bloqué dans sa gorge, refusant de passer la barrière de ses lèvres. Il n'avait pas idée de ce que son cadeau représentait pour elle.
Sans prévenir, elle passa ses bras autour de la taille de Percy, posant sa tête contre sa poitrine en le serrant dans ses bras. Surpris de la voir être l'initiatrice d'un contact physique aussi important, il se reprit rapidement et passa ses bras autour de ses épaules, la serrant contre lui en posant sa joue contre la tempe de sa petite tête blonde. Un sourire se dessina sur son visage alors que les battements de son cœur s'apaisaient. Bougeant légèrement la tête, il se pencha pour être sûr qu'elle puisse l'entendre alors qu'il la gardait contre lui.
- Joyeux Noël Annabeth.
Un peu de Percabeth, je n'ai pas pu résister à l'envie d'écrire sur eux...
Bonjour à tous, j'espère que vous allez bien ! Pour ma part j'ai succombé au rhume après un long combat de trois semaines... Mais ni le rhume ni les cours n'ont pu m'empêcher d'avancer dans ma fanfiction ! Comme d'habitude, j'espère que ce chapitre vous a plu, n'hésitez pas à me laisser un commentaire pour me faire part de vos impressions !
Je vous retrouve pour un nouveau chapitre rapidement, merci et à bientôt !
