Chapitre 17

Percy n'était pas discret. Il ne l'avait jamais été, et ne le serait sans doute jamais. C'est pourquoi il abandonna toute tentative et grimpa à la gouttière sans se préoccuper des grincements de celle-ci. De toute façon, il faisait nuit, alors personne ne le verrait. Arrivé au niveau de la chambre, il se cala comme il put et passa la main dans l'espace entre la fenêtre et le rebord, la relevant d'un coup avant de passer une jambe dans la pièce, puis l'autre, se redressant et s'époussetant avant de refermer la fenêtre.

- Percy ? Mais qu'est-ce que tu fais ici ?!

Assise en tailleur sur son lit avec son ordinateur, Annabeth le fixa, incrédule. Il sourit et avança dans la pièce, regardant rapidement autour de lui.

- Et bien, puisque tu ne voulais pas discuter ce midi, je me suis dit que j'allais te rendre visite dans la soirée pour qu'on parle tout les deux.

- Et moi qui pensais que c'était juste le vent qui faisait bouger la gouttière… Soupira la blonde en se levant.

Elle portait un tee-shirt et un short avec des chaussettes et une veste, et ses cheveux étaient relevés dans un chignon serré par un crayon. Consciente qu'il pouvait voir des parties de son corps qu'elle dissimulait habituellement, elle se cacha à demi derrière le coin de son bureau, s'appuyant contre le mur dans une position faussement nonchalante.

- Qu'est-ce que tu veux savoir ?

- Tout. Tu te caches, tu ne parles jamais de toi, de ta famille, de ta vie en Californie, de tes passions. Je ne sais quasiment rien sur toi, et ça fait des mois qu'on se parle. Tu manies très bien l'art de l'esquive, mais comme tu peux le voir, je sais contre-attaquer.

Annabeth le défia du regard, mais le brun ne faiblit pas. Il garda les yeux rivés dans les siens, attendant une réponse.

- J'ai mes raisons, lâcha-t-elle en se détournant.

- C'est tout ? Je croyais qu'on était amis Annabeth.

- On est amis ! J'ai quand même le droit de conserver une part de ma vie pour moi.

- Mais tu gardes toute ta vie pour toi !

La jeune fille prit un air paniqué et lui intima l'ordre de se taire, lui couvrant la bouche de sa main en lui jetant un regard noir. Une fois sûre qu'il ne se remettrait pas à crier dans sa chambre, elle recula et s'assit en tailleur sur son lit, cachant ses jambes avec un plaid.

- Bien, si tu ne veux rien me dire, je découvrirai des choses sur toi par moi-même, lança Percy en regardant la pièce, se mettant à marcher tranquillement. Après tout, quoi de mieux pour apprendre à connaître quelqu'un que de découvrir son espace personnel ?

Il s'approcha du bureau, jetant un œil vers les différents papiers et photos accrochés sur le mur. Entre les post-it et listes de livres, il aperçut une photo. Poussé par la curiosité, il la détacha du mur et l'observa un instant. Une femme se tenait devant la tour Eiffel, les mains sur les hanches et un sourire aux lèvres. Ses cheveux bruns bouclés volaient dans le vent, et son regard empli de détermination inspirait une impression de déjà-vu à Percy.

- Qui est-ce ? Fit-il en se tournant vers Annabeth.

Il s'approcha du lit et lui montra le cliché. Le regard de la jeune fille devint mélancolique, et elle lui prit le morceau de papier glacé des mains, passant le bout du doigt sur la silhouette de la femme.

- C'est ma mère.

- Pourquoi ce regard triste ?

Elle soupira et lui fit signe de s'asseoir à côté d'elle, acceptant finalement de s'ouvrir à lui.

- Mes parents se sont rencontrés à l'université, et sont tombés amoureux l'un de l'autre quasiment au premier regard. Ma mère est tombée enceinte jeune, alors qu'ils n'avaient pas encore fini leurs études. Elle a décidé de me garder et a rompu avec mon père sans rien lui dire à propos de moi. Elle a disparu en coupant complètement les ponts, et un soir, peu après ma naissance, elle m'a posé sur le pas de la porte de mon père et est partie. Quand il a ouvert la porte en entendant sonner, il m'a trouvé dans mon couffin, avec une lettre qui lui expliquait que j'étais sa fille. Il m'a élevé seul pendant sept ans, a obtenu son diplôme, et s'est marié à ma belle-mère Isabel. Ils ont eu des jumeaux ensemble, mes demi-frères Bobby et Matthew.

Percy garda le silence un instant, ne voulant pas accabler son amie de questions alors qu'elle semblait déjà peinée. Il posa sa main sur son genou, le tapotant en signe de réconfort alors qu'elle fixait toujours la photo.

- Alors toi aussi tu ne connais pas l'un de tes parents, souffla-t-il.

Annabeth secoua la tête, avant de poser la photo sur le plaid qui la couvrait, prenant une grande inspiration pour se calmer.

- Je n'ai jamais eu de nouvelles. Elle n'a jamais essayé de me contacter, et je n'ai aucun souvenir d'elle. Elle est quelque part, elle vit sa vie, mais sans moi…

- Il doit bien y avoir une raison, je suis sûr qu'une mère n'abandonnerait pas son enfant comme ça, tenta le garçon.

- Aucune raison ne justifie d'abandonner sa fille sur un tapis de porte ! Si elle ne voulait pas de moi, elle n'avait qu'à pas me faire ! Elle s'est enfuie pour m'avoir, et quand elle m'a eu elle m'a abandonné !

Percy voulait la consoler, il voulait trouver les mots justes pour calmer sa douleur, mais rien ne venait. Même s'il avait perdu son père tout jeune, lui savait qu'il avait été voulu et aimé, et qu'il n'était pas parti de son gré.

- Même mon père ne m'a pas choisi. Je crois qu'il ne me voulait pas non plus. Il travaillait toujours, d'ailleurs ça continue, et il m'évitait au maximum. Un jour je lui ai demandé pourquoi il ne passait pas de temps avec moi, et il m'a dit que je ressemblais à ma mère. Je lui rappelle tellement son échec amoureux qu'il m'évite. Mon propre père m'évite…

Sa tristesse transperça le cœur du jeune homme. Son regard gris empli de souvenirs aigres et de douleur lui faisait mal à voir, il sentit sa poitrine se comprimer. Sans réfléchir, il avança la main vers son visage pour remettre une mèche blonde derrière son oreille.

- Il ne se rend pas compte de la chance qu'il a d'avoir une fille aussi exceptionnelle que toi alors, murmura-t-il en laissant traîner sa main sur sa joue une seconde. Tu es l'une des personnes les plus digne d'attention que je connaisse, et si lui ne veux pas passer du temps avec toi, je serais là. Je sais que ça ne remplacera pas l'absence de ton père ou de ta mère, mais tu n'es pas seule pour autant.

Annabeth se laissa faire, la tête tournée vers le garçon, les yeux plongés dans les siens, immobile. Le contact de ses doigts sur sa joue la picotait agréablement, et elle regretta qu'il retire sa main.

Percy se releva pour rattacher la photo à sa place, continuant son petit tour en silence. Sur le psyché placé un peu plus loin, il reconnut sa casquette bleue qu'il lui avait donné il y avait quelque temps. En-dessous, il aperçut une autre casquette, quasiment identique. Il s'approcha pour l'observer, regardant le symbole des Yankees.

- Tu aimes le baseball ?

- C'est tout ce que j'ai de ma mère avec sa photo. Mon père la lui avait offerte à leur premier rendez-vous.

Ne voulant pas insister, il replaça l'objet sans poser plus de questions. Il avait presque fini de faire le tour de la chambre quand quelque chose tomba juste devant lui. Le jeune homme ramassa le bout de papier, le fixant sans rien dire. Cette fois-ci, la photo montrait Annabeth, toute souriante dans les bras d'un garçon. Elle était légèrement plus jeune, la photo datait de l'époque où elle vivait encore en Californie.

Sans comprendre pourquoi, une sensation désagréable le gagna, et il fusilla du regard le blond qui se tenait derrière Annabeth sur le cliché. Elle avait l'air tellement heureuse, épanouie auprès de lui…

- Ça vient de tomber, fit-il en revenant vers la jeune fille.

- Je croyais l'avoir jetée…

Percy n'eut pas le temps de dire quoi que ce soit qu'elle prit la photo et la déchira avec énergie, en faisant une boule de papier avant de la jeter dans un coin sans se tourner.

- Le garçon sur la photo…

- C'était il y a longtemps, une erreur.

- C'était ton ex n'est-ce pas ?

- Oui, et je ne veux pas en parler, le coupa-t-elle en regardant rageusement son plaid.

- Pourquoi est-ce que tu es autant en colère ? Qu'est-ce qu'il t'a fait ?

Percy ne savait rien de lui, mais il le détestait déjà. Peu importe la raison de leur rupture, de qui il était, ce qu'il faisait dans la vie, il ressentait une forte antipathie pour lui. Savoir qu'il avait eu la chance d'avoir Annabeth et qu'il l'avait sûrement blessée faisait bouillir une colère en lui qu'il ne se connaissait pas.

- Au début tout allait bien, il s'est montré gentil, prévenant, le garçon parfait. On est devenus amis très rapidement, il me défendait contre ses amis qui se moquaient de moi, et je suis tombée amoureuse de lui. On s'est mis ensemble, et j'ai cru que c'était le bon, mais je me suis trompée. Il m'a menti, il m'a trompé. J'ai appris que je n'étais qu'un pari entre lui et ses amis, il devait réussir à sortir avec moi avant la fin de l'année pour gagner, mais qu'il voyait d'autres filles pendant qu'on était en couple. C'était la première fois que je m'ouvrais comme ça à quelqu'un, que je partageais des choses personnelles, et je me suis faite avoir.

Combien de fois avait-elle été trahie dans sa vie ? D'abord sa mère, puis son père, et son petit-ami. Toute sa vie n'était qu'une succession de déception, il comprenait mieux pourquoi elle s'était repliée sur elle à ce point. Percy ferma les poings sur ses genoux, serrant les mâchoires.

- C'est injuste, tu ne méritais pas ça…

- Personne ne mérite ça.

- Je te promets que moi je ne te trahirai jamais, que je ne ferai jamais rien pour te blesser. Tu peux compter sur moi.

- Je sais, j'ai confiance en toi, répondit-elle en souriant, passant sa main sur son avant-bras.

Percy releva la tête, surpris pas son contact. C'était assez ironique qu'elle soit là à le consoler alors que c'était elle qui avait vécu toutes ces choses. Il ouvrait la bouche pour parler quand elle tourna vivement la tête vers la porte, se levant d'un bond.

- Cache toi.

- Quoi ? Mais pourquoi ?

- Percy s'il te plaît, fais ce que je te dis !

- D'accord d'accord, je me cache où ?

Annabeth semblait de plus en plus paniquée, ce qui ne faisait que l'inquiéter. De quoi avait-elle peur à ce point ?

Elle le tira du bras vers le dessous de son lit, et il rampa rapidement, veillant à ce que ses pieds ne dépassent pas. Pile au moment où il s'immobilisait, la porte s'ouvrit d'un coup. D'où il était, il ne vit que des pieds avancer dans la chambre, et le garçon hésita même à respirer de peur de faire trop de bruit.

- Oui ? Lança Annabeth.

- A qui est-ce que tu parlais ? Demanda une femme.

- A personne, j'étais juste au téléphone.

- Alors tu parlais avec quelqu'un, c'était qui ?

- Piper, elle voulait me poser des questions à propos de notre devoir de français.

Un court silence succéda cet échange froid, et un instant, Percy pensa qu'ils s'étaient fait prendre. Il ne le voyait pas, mais à ce moment, Annabeth fixait sa belle-mère dans les yeux, priant pour qu'elle ne remarque pas l'adolescent sous son lit.

Isabel plissa les yeux mais n'insista pas, changeant de sujet.

- Je t'avais demandé de faire la vaisselle ce soir, lança-t-elle sèchement.

- Je l'ai faite dès que je suis rentrée de cours.

- Ah oui ?

La menace qui pesait sous cette simple question lui fit froid dans le dos, et elle sentit son souffle se faire plus rapide alors qu'elle tentait de se maîtriser. Elle se tint immobile, préférant ne pas répondre.

- Tu appelles ça faire la vaisselle ?

La claque qui suivit prit Annabeth de court. Elle ne l'avait pas vu esquisser le moindre geste, et le coup lui décrocha la mâchoire.

- Tu te moques de moi ! Tout traîne sur l'évier, tu n'as rien essuyé !

Chaque phrase était ponctuée d'un coup, lui meurtrissant les bras et les cuisses. Dans sa colère, Isabel fit voler d'un geste les pots de crayons posés sur le bureau, le tout s'éparpillant à travers la pièce.

- Tu n'es bonne à rien, je ne comprendrai jamais pourquoi ton père ne t'a pas laissé sur le pas de la porte ! Toute notre famille se porterait bien mieux sans un boulet comme toi !

Le ton montait de plus en plus, tout comme l'intensité des coups. Le dernier fut si fort qu'elle tomba à terre, dos au lit. La jeune fille ferma les yeux un instant en prenant un coup de pied, consciente que, recroquevillé à quelques centimètres d'elle, Percy assistait à tout ce qui se passait.

- Tu ferais mieux de ne pas recommencer, est-ce que tu as compris ?

Annabeth se releva, le souffle coupé par le dernier coup. Elle acquiesça de la tête, mais le regard mauvais de la femme en face d'elle lui indiqua que ce n'était pas assez.

- Je n'ai rien entendu, est-ce que tu as compris ? Redemanda-t-elle.

- Oui.

- Bien.

Et sans lui accorder plus d'importance, elle se retourna et sortit de la pièce, claquant la porte derrière elle.

Un silence pesant suivit sa sortie, les secondes s'égrenant tellement lentement que la jeune fille crut voir une éternité passer avant d'entendre du mouvement près d'elle. Percy sortit de sous le lit, se relevant sans un mot alors qu'Annabeth se frottait le bras, à l'endroit où Isabel l'avait frappé. Elle redoutait cet instant, elle avait prié tout les dieux pour que ce jour n'arrive jamais, et maintenant Percy savait tout.

- Tu peux y aller, je vais ranger, ce contenta-t-elle de dire.

Elle gardait la tête tournée vers la porte, ne voulant pas voir la pitié dans le regard de son ami. Elle ne supporterait pas qu'il la voie comme un petit animal blessé, une pauvre fille en détresse. Leur amitié n'y survivrait pas.

Quand elle osa enfin risquer un coup d'oeil vers Percy, elle ne vit pas une once de pitié dans son regard. Elle y trouva une immense tristesse, enflammée par de la colère. Elle pouvait voir qu'il réfléchissait à toutes les fois où elle lui avait menti, toutes les fois où elle s'était presque sauvée en courant. Annabeth vit de la culpabilité dans ces pupilles bleu océan, alors qu'il l'avait tant aidé.

Sans un mot, Percy s'approcha d'elle et d'un mouvement lent, passa sa main sur son bras, lui attrapant la main avec douceur. Il avait toujours été très doux dans ses mouvements.

- Annabeth, souffla-t-il en serrant sa main, je ne vais nulle part.

Cette phrase, qui sonnait comme une promesse pour la jeune fille, lui fit un bien énorme. Elle poussa un soupir tremblant en le regardant dans les yeux, la tête légèrement penchée à cause de leur proximité.

- Tu n'es pas obligé de rester, je me suis débrouillée toute seule jusque-là, je peux continuer.

- Hors de question de te laisser seule face à… ça.

- Tu ne sais pas dans quoi tu t'engages…

Le jeune homme ne répondit pas tout de suite, s'asseyant sur le lit d'Annabeth et gardant sa main dans la sienne. Il l'amena auprès de lui dans un geste souple et la laissa s'asseoir à ses côtés, le regard baissé sur leurs mains.

- Je sais parfaitement ce qui m'attend.

- Tu n'as aucune idée de tout ce que je vis depuis qu'elle est là.

- Alors raconte-le moi.

Serrant sa main, il l'encouragea à se confier. Annabeth déglutit avec difficulté, la gorge nouée, avant de finalement tout lui dire. Elle lui raconta comment à sept ans, elle avait accueilli cette femme dans sa vie, toutes les violences qu'elle avait vécues, toutes les insultes qu'elle avait essuyées. Ce ne fut un moment agréable pour personne, mais c'était nécessaire. Ils restèrent de longues heures assis l'un près de l'autre, Percy passant son bras autour des épaules de son amie et inspectant les endroits où elle avait été frappée.

- Ton père ne sait pas ce qu'il se passe je suppose, fit-il les sourcils froncés, caressant le dos de sa main de son pouce.

- Il ne l'a jamais remarqué, en même temps elle se débrouille toujours pour que rien ne se voit.

- Je suis tellement désolé de ne pas avoir remarqué tout ce que tu vivais plus tôt, si seulement je m'en étais aperçu, j'aurais peut-être pu…

- Tu n'as rien à te reprocher Percy, tu m'as déjà beaucoup aidé depuis que je te connais. C'est en grande partie grâce à toi que j'arrive à rester forte.

Le jeune homme lui sourit, mais son sourire n'atteignit pas ses yeux.

- Annabeth, il faut que tu préviennes la police, ça ne peut plus durer.

- Je ne peux pas faire ça, c'est impossible.

- Pourquoi ? Elle t'a menacé si jamais tu le faisais ?

- Je ne peux pas priver mes frères de leur mère ! Si jamais je le dis à la police, les services sociaux vont s'en mêler, et imagine s'ils retirent la garde des enfants à leur deux parents ? Je ne peux pas leur faire ça.

- Tu n'as pas à t'infliger ça, on trouvera un moyen pour que tes frères restent avec ton père et toi, mais elle ne peut pas rester ici à te frapper et t'insulter. Je refuse qu'elle touche à un de tes cheveux une fois de plus.

Annabeth lui sourit et serra sa main entre les siennes, se sentant soulagée de l''avoir près d'elle. Malheureusement, sa présence ne changerait pas grand-chose à ses problèmes.

- Tout ce que j'ai à faire, c'est tenir jusqu'à la fin de l'année. Après ça, je partirai à l'université et je n'habiterai plus ici, elle ne pourra plus rien me faire.

Percy ne semblait pas convaincu, mais il ne protesta pas. Il ne pouvait rien faire contre son avis, ce serait briser sa confiance. Il garda le silence un moment, réfléchissant à toute allure pour trouver comment sortir Annabeth de sa situation. Il ne voulait pas la laisser comme ça, à souffrir.

- Je veux que tu me préviennes quand ça ne va pas, quand il se passe quelque chose, quand elle te menace. Je veux être là pour toi.

- Percy, tu n'as pas besoin de faire tout ça je t'assure…

- Promet-le moi, insista-t-il en la regardant dans les yeux.

La jeune fille le fixa un moment, hésitant. Elle ne voulait pas qu'il s'en fasse encore plus, elle s'en voudrait. En même temps, elle sentait qu'il faisait de gros efforts en acceptant de ne pas prévenir les autorités.

- D'accord, souffla-t-elle.

Le brun acquiesça en soupirant avant de se passer sa main libre sur le visage. Elle l'observa un moment, notant les mouvements de ses mâchoires qui se contractaient et des muscles de son bras qui roulaient sous son pull. Il regardait le sol à côté d'elle, son regard lui inspirant l'océan lors d'une tempête. Lentement, elle approcha sa main de son visage.

- Tu es mignon quand tu t'inquiètes, fit-elle en faisant glisser ses doigts sur sa joue, tes sourcils sont tout froncés.

Percy ouvrit la bouche pour répondre et la referma, encore choqué par son geste. Il plongea son regard dans le sien, se laissant faire sans bouger. Elle qui répugnait à lui prendre la main quelques semaines auparavant, elle osait le toucher et ne se dégageait pas de sa prise.

Sans dire un mot, il s'approcha et la prit dans ses bras, la serrant contre lui. Annabeth passa ses mains dans le dos musclé du garçon, posant sa tête sur son épaule en fermant les yeux. Elle inspira un grand coup, profitant de leur proximité. Percy avait ce don de la calmer en un rien de temps. Il ne fallait jamais grand-chose : un regard, un sourire, un bref contact, et elle se sentait apaisée. Alors qu'elle n'aimait pas qu'on la touche, elle ne refusait plus de prendre sa main ou de lui faire un câlin. Comment avait-il réussi ce tour de force ? Jamais, à aucun moment, elle n'aurait cru qu'elle pourrait être aussi complice avec quelqu'un, de surcroît un garçon.

- Il faut que je range Percy, souffla-t-elle en se dégageant à contrecœur.

- Attend ne bouge pas, je m'en occupe.

- Tu ne vas pas ranger mes crayons. Tu ne sais même pas comment je les trie !

- Laisse-moi essayer, sourit-il en se mettant à quatre pattes pour aller chercher les crayons sous le lit.

L'adolescente croisa les jambes sous elle et resta assise dans son lit, regardant son ami ramper aux quatre coins de sa chambre. Une fois que tout les crayons furent ramassés et rassemblés sur le lit, il récupéra les différents pots et commença à faire des tas. C'était assez impressionnant le nombre de bout de bois différent qu'elle avait !

Au bout d'une dizaine de minutes, il plaça ses tas dans les pots, et les posa devant Annabeth, attendant son verdict.

- Alors ?

- Comment tu as fait ? Demanda-t-elle en observant les pots sans un crayon rangé au mauvais endroit.

- Tu ne parles peut-être pas beaucoup de toi, mais la manière dont tu agis le fait pour toi. Tu es quelqu'un d'organisé, de carré, mais qui a un sens esthétique développé. Alors j'ai opté pour une séparation entre couleurs froides et chaudes, et des divisions par nuances.

La jeune fille reposa les pots sur son bureau, recréant son arc-en-ciel avec un petit sourire.

- Je ne savais pas que tu faisais autant attention à moi, lança-t-elle en se retournant.

Percy rougit vivement et se passa la main sur la nuque en riant.

- Je fais attention aux gens qui comptent pour moi.

- Alors je compte pour toi ?

Percy prit une teinte de rouge de plus, au plus grand plaisir d'Annabeth. Elle adorait le taquiner, ça fonctionnait à chaque fois.

- Bien sûr que tu comptes pour moi, dit-il d'une voix mal assurée. Et maintenant que Piper a retrouvé Jason, tu vas m'avoir sur le dos encore plus souvent qu'avant.

- Comme si je ne te voyais pas déjà assez.

Le brun prit un air blessé et posa la main sur sa poitrine, faisant rire la jeune fille qui le bouscula gentiment. Il resta encore un petit peu, tenant à ce qu'Annabeth finisse la soirée sur une note positive. Au bout d'un moment, son portable vibra dans sa poche de jean, et il répondit rapidement à un message avant de regarder son amie.

- C'est ma mère, je dois y aller.

- C'est vrai qu'il est tard, et on a cours demain, sourit-elle en défaisant son chignon, laissant ses boucles blondes cascader dans son dos.

Percy acquiesça en regardant ses longs cheveux d'un air distrait, résistant à l'envie de passer ses doigts dedans.

- Bonne nuit Annabeth, on se voit demain, fit-il en la prenant brièvement dans ses bras, lui embrassant la tempe au passage.

- Bonne nuit Percy, fais attention sur le chemin du retour.

- Je garde mon portable près de moi, si jamais ça ne va pas…

La jeune fille hocha de la tête avant de le suivre vers la fenêtre. Il l'ouvrit et l'enjamba, prêt à partir, avant de se stopper dans son mouvement, regardant Annabeth.

- Tu as oublié quelque chose ? Questionna-t-elle en se tournant vers sa chambre.

- Non non, juste… n'hésite pas si tu veux parler à quelqu'un, peu importe l'heure, si tu m'appelles je répondrai.

- D'accord, merci pour tout Percy.

- Pas de quoi, sourit-il avant d'agripper la gouttière.

Sur ce, il retourna vers sa voiture et rentra chez lui. Annabeth le regarda partir avant de se coucher, soulagée que quelqu'un connaisse enfin toute la vérité. Elle n'aurait plus à mentir ou à se cacher. Enfin, elle n'allait plus être seule.


Bonjour ! Voilà, Percy est finalement au courant pour Annabeth... J'espère que ce chapitre vous a plu, j'attends vos impressions avec impatience!

Je ne sais pas encore combien de chapitres il y aura au final pour la fiction, comme ça je dirais environ 30, mais ça peut varier ^^

Merci à toutes les personnes qui commentent mes chapitres, vous êtes ma motivation ! A bientôt !