Chapitre 18
- Allô, Percy ?
- Piper, que puis-je faire pour toi ? Sourit le garçon.
- Est-ce que tu peux me passer Annabeth s'il te plaît ?
- Et qu'est ce qui te dit qu'elle est avec moi ?
- Tu dois l'accaparer vu qu'elle ne répond pas quand je l'appelle.
Jusque-là affalé dans le canapé du salon, Percy se redressa, en alerte. Un mois s'était écoulé depuis la nuit où il avait rendu visite à Annabeth dans sa chambre. C'était d'ailleurs devenu une habitude, il allait toujours la voir le soir au moins deux fois par semaine pour s'assurer qu'elle allait bien et passer du temps avec elle. Ces soirées avaient permis à la jeune fille de s'ouvrir à lui, et ils avaient noué une vrai complicité. Même lorsqu'ils étaient en public, elle n'hésitait plus à lui faire un câlin de temps en temps, et il avait pris la manie de lui tenir la main quand il l'accompagnait en cours ou vers la cantine. Ces gestes affectueux leur avaient valu quelques remarques et regards, mais ils n'y avaient pas prêté attention. Annabeth avait le droit aux pics et regards noirs de certaines filles du lycée mais elle les ignorait, souriant au garçon quand il voyait une fille de l'équipe de gym la regarder de haut en bas avec dégoût et qu'il serrait sa main plus fort dans la sienne.
Les choses semblaient s'être calmées quand Bobby et Matthew étaient rentrés de leur voyage, et Isabel n'avait plus autant d'occasions de lui hurler dessus ou de la frapper. A chaque fois qu'il remarquait une trace de coup, ils partaient dans une longue discussion, qui se finissait toujours de la même manière : Percy serrait les dents et promettait de ne rien dire, et Annabeth passait à autre chose pour alléger le ton. Il devenait cependant plus dur pour lui de tenir sa promesse chaque fois qu'il constatait de nouvelles traces de coups, et elle devait redoubler d'efforts pour qu'il se tienne tranquille.
- C'est bizarre, elle répond toujours d'habitude, souffla-t-il en fronçant les sourcils.
- Je sais, c'est pour ça que je me suis demandée si elle n'était pas avec toi, ça aurait expliqué pourquoi elle ne décroche pas.
Le jeune homme réfléchit un instant, tentant de trouver une explication en vain.
- Je vais essayer de l'appeler, je t'envoie un message si j'ai des nouvelles.
- D'accord, je te tiens au courant si j'ai quelque chose de mon côté, répondit Piper.
Percy raccrocha et composa rapidement le numéro d'Annabeth, attendant le téléphone à l'oreille en l'écoutant sonner dans le vide. Il tomba une première fois sur la messagerie, et réessaya, pour obtenir le même résultat. Il insista encore un peu sans plus de succès, ce qui l'inquiéta.
- Qu'est-ce qu'il se passe ? Demanda Sally en entrant dans le salon.
- Piper m'a appelé pour me dire qu'Annabeth ne répond pas au téléphone. J'ai aussi essayé mais je tombe toujours sur le répondeur.
La mère du jeune homme s'installa à côté de lui dans le canapé, la même mine inquiète que son fils au visage.
- C'est étrange, elle n'a pas l'habitude de faire ça. Vous vous êtes disputés avec elle ?
- Non, tout va très bien. Je l'ai vu encore ce midi à la cantine, elle a mangé avec nous avant d'aller en art plastique.
- Peut-être qu'elle travaille et qu'elle a posé son portable dans un coin, ou qu'il est en silencieux, essaya Sally.
- Elle le garde toujours près d'elle quand elle révise, justement pour voir si quelqu'un lui envoie un message ou l'appelle. C'est pas ça…
Sa mère se trouva à court d'arguments, tentant avec son fils de trouver une raison à cette attitude. Après un moment de réflexion, Percy se leva, rangeant son portable dans une poche de son pantalon avant d'aller mettre ses chaussures.
- Qu'est-ce que tu fais ?
- J'ai un mauvais pressentiment, je vais aller voir chez elle, fit-il en enfilant sa veste en cuir avant d'attraper ses clés dans le bol de l'entrée.
- Fais attention, et tiens-moi au courant. J'espère qu'il ne lui est rien arrivé…
- J'espère aussi.
Sur ces mots, il passa le pas de la porte et descendit les escaliers deux à deux jusqu'au rez-de-chaussée, marchant à grandes enjambées jusqu'à sa voiture. La nuit était tombée depuis quelques heures déjà, et le froid était mordant ce soir-là.
Grimpant au volant de sa Jeep, il se mit en route vers la maison d'Annabeth, son hyperactivité le titillant. Il voulait aller plus vite, doubler tout le monde et griller les feux, mais il réussit à se contenir et à respecter le code de la route. Tout Manhattan était agitée en ce vendredi soir, et le trafic était chargé. Les automobilistes s'énervaient derrière leurs volants, klaxonnant et faisant des queues de poisson à tout-va. Malgré le froid de la nuit, des foules marchaient sur les trottoirs, emmitouflées dans d'épaisses couches de vêtements.
Percy profita d'un arrêt à un feu rouge pour jeter un coup d'œil à son téléphone, mais ni Piper ni Annabeth ne l'avaient contacté. Faisant vrombir le moteur, il dérapa presque sur le bitume quand le feu passa au vert, se dépêchant pour arriver au plus vite à l'adresse de son amie.
Une fois dans la rue, il se gara rapidement et sauta de son siège, trottinant jusqu'à la maison, passant sur le côté pour que personne ne le voit. Essayant de ne pas faire trop de bruits, il grimpa à la gouttière qui menait à la chambre d'Annabeth, espérant l'y trouver endormie ou perdue dans un livre. Chaque pas ne faisait que resserrer le nœud dans son estomac, et quand sa tête arriva au niveau de la fenêtre, il retînt sa respiration. La pièce semblait être plongée dans le noir, alors le jeune homme se débrouilla pour ouvrir la fenêtre comme il put, se glissant dans la pièce la tête la première.
Se relevant en étouffant un juron, il attrapa son portable et alluma sa lampe torche, se tournant vers le lit. Les draps étaient froissés, mais personne ne dormait. Annabeth détestait que son lit ne soit pas fait quand elle n'était pas dessus, elle avait souvent râlé après lui parce qu'il mettait le bazar et ne rangeait rien derrière.
Un vent de panique traversa Percy, et cette panique ne fit que s'accentuer quand il se tourna, découvrant le désordre qui régnait dans la pièce. Faisant rapidement le tour de la pièce, il ramassa machinalement les cahiers éparpillés sur le sol, les empilant sur le bureau avant de tirer les draps et de reclasser les livres dans la bibliothèque. Il savait pertinemment que ranger sa chambre ne lui dirait pas où se trouvait Annabeth, mais il ne savait pas quoi faire d'autre, et tout remettre en ordre l'aidait à se calmer.
Il recommençait à avoir des pensées logiques quand il s'approcha de l'armoire de la jeune fille. Un de ses pots à crayons en verre était éclaté par terre. Des gouttes de sang perlaient de certains morceaux, colorant le sol.
Il s'était passé quelque chose.
Quelque chose était arrivé, et Annabeth était sûrement blessée. Cette pensée balaya toute idée rationnelle du cerveau de Percy, qui sauta pratiquement de la fenêtre avant de courir vers sa voiture, démarrant en trombe. Annabeth était quelque part dans la ville, et il devait la retrouver, et vite.
Tout en conduisant, il se fit une liste des différents endroits où elle aurait pu aller. Il décida d'aller vérifier au lycée en premier, puis à la bibliothèque, mais elle n'était à aucun de ces endroits. Il réessaya de l'appeler, laissant plusieurs messages sur son répondeur avant de poursuivre ses recherches. Piper lui demanda des nouvelles, mais il fit mine de ne rien savoir de plus que toute à l'heure, ne voulant pas l'inquiéter. Il n'était pas sûr qu'Annabeth lui ait parlé de sa belle-mère, alors il garda le silence.
- Mais où es-tu Annabeth, soupira-t-il en arrivant à Central Park après avoir vérifié l'aquarium.
Il faisait le tour de Manhattan depuis plus d'une heure et demie, et il n'avait toujours aucune réponse à ses appels. A ce stade, son hyperactivité avec pris le dessus sur lui, et il était tout juste conscient de ce qu'il faisait quand il conduisait. A chaque nouveau lieu vérifié sans succès, son anxiété montait d'un cran, et il perdait petit à petit son sang froid.
Il n'avait plus aucune idée quand il remonta dans sa Jeep, tapant nerveusement son volant avec ses doigts, tournant dans les rues dans l'espoir de l'apercevoir. Il allait se décider à appeler la police quand une idée lui vint subitement. Il restait un endroit où il n'était pas allé, une dernière possibilité.
Se garant les roues à moitié sur le trottoir, il écarta les passants et se faufila jusqu'au café où il allait de temps en temps avec Annabeth.
Le jeune homme ouvrit la porte d'un coup, le regard scrutant le visage des clients à la recherche de son amie. Tout au fond, à leur table habituelle, une fille était assise, des boucles blondes dépassant d'une casquette bleu marine.
Elle était là, il l'avait retrouvée.
Poussant un soupir tremblant, il avança vers elle, saluant les serveurs.
- Hey, murmura-t-il en s'arrêtant devant Annabeth.
Au son de sa voix, elle releva la tête, ses yeux rougis par les pleurs croisant ceux de Percy. Instinctivement, il s'accroupit et la prit dans ses bras comme pour la protéger, la berçant alors qu'elle nouait ses bras autour de son cou, le corps secoué par des sanglots. Le bruit de ses pleurs étranglés fendit le cœur du garçon, qui tenta de la calmer comme il put, lui chuchotant des mots rassurants à l'oreille.
- Annabeth regarde-moi, qu'est-ce qu'il s'est passé ?
Il tînt son visage entre ses mains et vit sa lèvre fendue et le début d'ecchymose sur sa pommette. Jamais elle n'avait eu de marques au visage.
- C'est Isabel, souffla-t-elle, j'étais dans ma chambre et elle est arrivée comme une furie. Elle hurlait encore plus fort que d'habitude, je ne sais pas pourquoi elle était autant en colère. Je n'ai pas eu le temps de la voir venir, elle a commencé à me frapper, et elle lançait tout ce qu'elle avait sous la main sur moi. Je n'en peux plus Percy, c'est trop…
Le jeune homme l'écouta en silence, la regardant dans les yeux en essuyant ses larmes du pouce.
- Dès qu'elle est sortie de ma chambre, j'ai pris un sac avec quelques affaires et je suis partie. Je ne savais pas où aller, et j'avais froid…
Percy prit ses mains glacées entre les siennes et essaya de les réchauffer, retirant les petits bouts de verre qu'il voyait.
- Ça va aller, je suis avec toi.
Sans attendre plus longtemps, il se redressa et attrapa son sac à dos en le passant sur son épaule. Personne ne leur prêtait attention, ce dont il fut satisfait. Annabeth ne supporterait pas d'être vue à cet instant de faiblesse. Il passa son bras autour de ses épaules et la ramena contre lui, sortant du café pour monter dans sa voiture. Il attrapa une couverture à l'arrière et la plaça sur Annabeth avant de les conduire chez lui, jetant des coups d'œil vers la jeune fille toutes les deux secondes.
Le temps parut être une éternité sur la route, rien n'allant assez vite. Il voulait la conduire le plus rapidement possible dans un endroit sûr, où elle pourrait enfin se sentir en sécurité.
Son portable se mit à sonner dans sa poche au moment où il descendit du véhicule, Piper essayant de l'appeler.
- Tu veux que je fasse quoi ? Demanda-t-il en se tournant vers Annabeth.
- Je ne peux pas te forcer à lui mentir, mais j'aimerais que tu ne lui parles pas de mes problèmes s'il te plaît…
Percy acquiesça, commençant à monter les escaliers avec la jeune fille derrière lui. Il envoya un message vague à Piper, lui disant qu'il l'avait trouvé mais qu'elle ne voulait pas être dérangée pour le moment parce qu'elle était occupée. Arrivés devant la porte, il tourna la tête vers Annabeth, se demandant comment elle allait réagir en voyant sa mère, et vice versa. De toute façon, il était trop tard pour faire demi-tour, et avoir une présence féminine apaisante ne pouvait que faire du bien à la blonde.
Inspirant, il ouvrit la porte et se décala après être entré pour laisser de la place à la jeune fille. Il posa son sac au sol et lui fit signe d'avancer quand Sally apparut près de l'entrée.
- Percy te voilà ! Je commençais à m'inquiéter, tu aurais pu m'envoyer un message ! Comment va...
Son regard bleu passa de son fils à la jeune fille à moitié cachée derrière lui, et elle cessa instantanément de parler. Percy se tourna vers Annabeth, lui laissant le choix d'avancer plus loin ou non. Elle mit quelques secondes à relever la tête, laissant la mère du garçon voir son visage. La jeune fille retrouva dans son regard tout ce qu'elle avait vu dans celui de Percy le jour où il avait appris ce qui lui arrivait.
S'approchant d'elle, Sally lui retira sa casquette et la posa sur le porte-manteau avant d'inspecter de plus près son visage, les sourcils légèrement froncés.
- Percy, va chercher la pharmacie et une serviette dans la salle de bain s'il te plaît, et ramène quelque chose de chaud pour Annabeth, dit-elle avant de reporter son attention vers la jeune fille, l'emmenant vers une chaise dans la cuisine.
Percy retira sa veste et partit vers les escaliers pour aller chercher ce que sa mère venait de lui demander. Il trouva rapidement la trousse de secours et une serviette avant de se diriger vers sa chambre, fouillant dans son armoire avant de trouver un sweat-shirt et un short propre. Il redescendit avec le tout, posant le change sur le dossier du canapé avant de rejoindre sa mère et Annabeth dans la cuisine. Il se figea un instant en voyant les manches ensanglantées du tee-shirt de la jeune fille, avant de poser la trousse à côté de sa mère avec la serviette propre, s'installant à côté d'Annabeth.
- Ca fait dix ans que ça dure, mais jamais elle n'avait été aussi loin. Je ne pensais pas qu'elle était capable de faire preuve d'autant de méchanceté et de violence…
- On ne se doute jamais de quoi est capable quelqu'un jusqu'à ce qu'il ne soit trop tard, répondit Sally.
- Quand mon père me l'a présentée la première fois, elle était toute gentille et souriante. Mais une fois qu'elle a eu mes deux frères, les choses ont changé petit à petit. Au début, c'était une remarque par-ci, un geste un peu brusque par-là, et elle s'excusait toujours, prétextant toujours que c'était le stress de devoir s'occuper de jumeaux qui lui faisait dire et faire ces choses…
- Et avec le temps, les remarques sont devenues plus incisives, puis il y a eu la première gifle, qui n'était pas volontaire, et puis le premier coup de poing, les insultes, et sans t'en rendre compte tu t'es retrouvée coincée dans cette situation.
Annabeth fronça les sourcils, laissant Sally désinfecter ses coupures en regardant tour à tour les Jackson. Sally perçut l'incompréhension de la jeune fille, et tout en continuant ses soins, elle se tourna vers son fils.
- Tu ne lui as rien dit ?
- Dit quoi ? Fit Annabeth en fixant le garçon assis à côté d'elle.
Percy, dont le regard était fixé sur les avant bras de son amie, se redressa.
- Nous aussi, on a connu ce que tu vis. Jusqu'à ce qu'il y a quelques années, ma mère était mariée à un homme violent et alcoolique. Il nous frappait et nous insultait, passait ses journées à boire et à jouer au poker. Dans ses mauvais jours, il m'attrapait et me cognait la tête contre les murs, et j'avais le droit au lancer de bouteilles.
Pour illustrer ses paroles, il releva la manche de son pull et lui montra une longue cicatrice à peine visible près de son coude. Annabeth passa le doigt sur le trait fin, se laissant le temps de digérer l'information. C'est pour ça qu'il la comprenait aussi bien, qu'il faisait autant attention à ses gestes et ses paroles. Elle le comprenait soudain beaucoup mieux.
- Comment vous en êtes-vous débarrassés ?
- Ça n'a pas été facile, mais Percy m'a convaincu d'aller voir la police après une soirée où il s'était montré particulièrement violent. Ils l'ont arrêtés et il va finir sa vie en prison.
- Je ne peux pas faire ça. Les enfants n'auraient plus leur mère, mon père se retrouverait à nouveau seul…
- Il y a des moments dans la vie où il faut savoir faire passer sa sécurité avant le bien-être des autres Annabeth, lui souffla Sally en finissant de mettre des pansements sur ses blessures, tu ne peux pas accepter qu'on te traite de cette façon. Je sais que c'est difficile, et que tu as peur, mais c'est dans l'intérêt de tous.
La jeune fille ne répondit pas, le regard baissé alors qu'elle réfléchissait à ce qu'elle pourrait faire. Percy glissa sa main dans la sienne et la serra doucement, prenant soin de ne pas appuyer trop fort. Il lui souriait, la soutenant silencieusement.
- Va te mettre à l'aise, je m'occuperai de tes vêtements, sourit Sally.
Annabeth se leva, laissant Percy la guider dans l'appartement. Il lui tendit la tenue qu'il lui avait descendu et lui indiqua le chemin vers la salle de bain.
- Si jamais tu veux autre chose, je peux te trouver un jogging ou un tee-shirt, peu importe.
- C'est très bien comme ça, merci Percy, fit-elle en prenant les vêtements, montant les premières marches de l'escalier pour aller se changer.
- Je t'attends ici, prend ton temps surtout.
- Et tu peux rester ici autant de temps que tu le souhaites, ajouta Sally.
Annabeth hocha de la tête en signe de gratitude avant d'aller enfiler les vêtements de Percy. Ils étaient trop grands pour elle, mais c'était très confortable de se noyer dans un sweat. Quand elle redescendit, Percy était assis dans le canapé et sa mère dans un fauteuil attenant. Les deux se tournèrent vers elle, lui souriant alors qu'elle avançait timidement.
- Viens par ici, offrit le jeune homme en tapotant la place à côté de lui.
La blonde s'avança jusqu'à la place qu'il lui proposait, se laissant tomber dans le canapé en se calant confortablement.
- Tu veux que je prévienne ton père que tu es là ? Proposa Sally.
- C'est inutile, il est en séminaire pour le week-end et Isabel ne lui dira pas que je suis partie si elle s'en aperçoit.
Percy passa le bras autour de ses épaules et l'amena contre lui, tandis que sa mère acquiesça avant de se lever, posant son livre et ses lunettes sur la table du salon.
- Je vais me coucher. Si jamais tu as besoin de quoi que ce soit, n'hésite pas à le demander à Percy ou à moi. Essaie de te reposer.
A sa surprise, elle s'avança vers le canapé et lui embrassa le front, avant de faire pareil à son fils et de monter dormir. Ce simple geste d'affection lui réchauffa le cœur et lui permit de se détendre. Elle se blottit contre le jeune homme, posant sa tête sur son épaule et un bras autour de sa taille, fixant le film qu'il avait lancé en essayant de laisser son esprit vagabonder vers autre chose que sa belle-mère. Ses pensées se dirigèrent vers Percy, et malgré toute sa bonne volonté, elle ne put retenir de se poser des questions.
- Percy ?
- Hun, souffla le garçon sans quitter l'écran des yeux.
- Tu avais quel âge quand ça a commencé ?
Elle n'eut pas besoin de préciser de quoi elle parlait, il comprit tout de suite. Après avoir pris une grande inspiration, il se redressa et tourna la tête vers la jeune fille.
- Ma mère s'est mariée quand j'avais cinq ans. Il a commencé quelque mois après.
Savoir que Percy avait connu la même chose qu'elle encore plus jeune la peina, et elle resserra son bras autour de sa taille.
- Il frappait aussi ta mère je suppose…
- Oui, il lui a cassé les côtes à deux reprises. Dès que j'ai compris qu'il s'en prenait à elle en plus de moi, j'ai décidé que je ferais tout pour devenir son centre d'attention. Il a vite compris et dès qu'il voulait passer ses nerfs sur moi et que je me rebellais, il me disait que c'était moi ou ma mère. J'ai les os solides maintenant, à force de les avoir eu fêlés, cassés ou fracturés.
- Il t'a brisé les os ? Frémit Annabeth en s'imaginant la scène.
- Il avait de gros poings, et même saoul il savait comment les utiliser, sourit le jeune homme.
Sa remarque ne fit pas rire Annabeth, dont les sourcils étaient froncés. Malgré tout ce qu'Isabel pouvait lui faire, elle n'avait jamais réussi à lui casser quelque chose. Elle l'avait poussé dans un escalier, ce qui lui avait valu une cheville foulée mal soignée, mais elle n'avait pas la force physique de faire beaucoup plus. Percy n'avait pas eu cette chance, si tant est qu'on puisse appeler ça de la chance…
- Tu as dû être souvent à l'hôpital, comment ça se fait que personne ne se soit rendu compte de quelque chose ?
- Gabe ne nous laissait aller à l'hôpital qu'une fois sûr qu'on ne dirait rien. Comme je suis hyperactif, c'était facile de faire croire que j'étais juste un gosse turbulent qui n'arrêtait pas de tomber. Ils ont eu des doutes quand j'ai eu un commotion cérébrale après un soir où je m'étais battu avec lui en rentrant un soir après les cours à quatorze ans. Il était vraiment énervé ce soir-là, et il secouait ma mère dans tout les sens. J'ai vu rouge, et je lui ai foncé dessus sans réfléchir au fait que j'étais une brindille face à lui, et il m'a frappé jusqu'à ce que je ne vois plus rien. Une fois qu'il en a eu assez, ma mère m'a traîné jusqu'à la voiture pour m'emmener à l'hôpital. On a fait croire que je m'étais fait renversé par une voiture alors que je faisais du skate sans casque, mais le lendemain, mes bleus avaient la forme de poings, alors on a eu du mal à les convaincre de mon accident. C'est après ça que j'ai réussi à convaincre ma mère qu'il fallait que ça s'arrête, pour notre bien à tout les deux. On est partis au commissariat dès que j'ai pu sortir de l'hôpital, et vu mon état et le sien, il n'a pas fallu longtemps pour qu'ils aillent l'arrêter.
La jeune fille avait reposé sa tête contre l'épaule du brun, s'imaginant ce qu'avait dû être sa vie avec sa mère durant toutes ces années. Personne ne méritait autant de violence, mais Percy, il le méritait encore moins. Comment avait-il réussi à devenir celui qu'il était malgré tout ?
Et d'un coup, tout s'éclaira dans son esprit. S'il était aujourd'hui un garçon attentionné et joyeux, c'était justement parce qu'il avait vécu tout ça. Comme elle, il refusait de laisser ce que son beau-père lui avait fait subir le transformer à son tour en un monstre ou le réduire à un garçon apeuré ou renfermé. Toute cette gentillesse, cette prévenance étaient comme un pied de nez à celui qui l'avait battu. Malgré des années très dures, il refusait de se laisser abattre et abordait le futur dans l'espoir de quelque chose de meilleur.
- Pourquoi tu ne m'as jamais parlé de ton beau-père violent ? Demanda-t-elle au bout d'un moment.
- Je ne voulais pas ajouter un poids sur tes épaules. Et puis ça ne t'aurais rien apporté de le savoir.
- Je pense que si.
Percy tourna la tête vers elle, la mine perplexe.
- Et en quoi ça t'aurais aidé de savoir que j'étais battu moi aussi ?
- Je t'aurais mieux compris plus tôt, souffla-t-elle en tournant la tête vers l'écran.
Le jeune homme sourit avant de l'imiter, posant sa joue contre la tête de la blonde. Après ça, ils n'échangèrent plus un mot, se contentant de regarder la télé l'un contre l'autre alors que la nuit se poursuivait.
Bonjour ! Voici le dix-huitième chapitre pour vous, qu'en avez-vous pensé ? J'attends vos commentaires avec impatience, d'autant que réussir à tenir le timing cette semaine m'a demandé pas mal d'efforts je l'avoue ^^
Sur ce, je m'attaque de suite au prochain chapitre et vous dit merci et à bientôt !
