Chapitre 20
Quand Annabeth se réveilla le lendemain matin, elle soupira d'aise. Le lit de Percy était très confortable, et elle avait passé une excellente nuit enveloppée dans ses draps. L'odeur salée du jeune homme l'entourait, la rassurant alors qu'elle ouvrait lentement les yeux, les rayons du soleil illuminant la chambre à travers le store. Il était un peu plus de neuf heures quand elle s'étira, contemplant le plafond un moment en profitant du calme ambiant. Elle finit par se lever en regardant un peu autour d'elle, curieuse de découvrir son nouvel environnement. La pièce ressemblait bien à Percy : accueillante, apaisante, en désordre. Les murs peints en bleu lui donnaient l'impression d'être sur un îlot au milieu de l'océan, ce qui, étrangement, ne l'angoissait pas. Dans un coin, elle aperçut une planche de skate abîmée, ses roues posées dessus. Quelques outils traînaient près du bureau, et des tas de copies s'entassaient sur la surface plane collée au mur. Lui aussi avait attaché quelques photos au-dessus de son bureau, le montrant avec sa mère à l'aquarium, avec ses amis au lycée, dehors, en vacances et pleins d'autres choses. Jeté sur la chaise de bureau, le tee-shirt de l'équipe de handball attendait de partir pour un tour de machine à laver avec quelques autres vêtements. A moitié en boule sous le lit, Annabeth distingua un débardeur. Intriguée, elle s'approcha pour l'attraper, l'examinant de plus près. De toute évidence, ce n'était pas à Percy.
Les pensées de la jeune fille se bousculèrent alors qu'elle fixait le haut féminin dans ses mains, cherchant à comprendre d'où il pouvait venir. Une idée lui vînt alors, idée qu'elle aurait préféré ne pas avoir.
Et si Percy avait une petite-amie ?
Non, il lui en aurait parlé, ils étaient assez proches pour qu'il lui en parle. Ou peut-être qu'il gardait cette relation secrète ? Et si elle la connaissait ? Était-ce une fille du lycée ? Ou peut-être qu'il l'avait rencontré à l'aquarium ou au café ? Ou à la pizzeria ? A un match de hand ?
Alors que tout s'emmêlait dans son esprit, Annabeth essaya de maîtriser la sensation désagréable qui lui plombait l'estomac. Pourquoi se sentait-elle aussi mal pour un pauvre débardeur ? Après tout, Percy avait le droit de sortir avec qui il voulait, il était libre de ses mouvements et décisions, et il méritait d'être heureux avec une fille...
Alors pourquoi se sentait-elle aussi mal ?
Ne voulant pas continuer à s'enfoncer dans sa spirale de pensées et d'hypothèses, Annabeth reposa le haut par terre et descendit au salon, trouvant Percy en train de préparer le petit-déjeuner. Il était dos à elle, vêtu comme la veille d'un simple bas de jogging bas sur les hanches, et il chantonnait en retournant un pancake dans la poêle. Les muscles de ses épaules et de son dos se mouvaient dans un enchaînement parfaitement synchronisé, alors qu'il dansait tout en cuisinant. En tournant sur lui-même, il réalisa qu'Annabeth était dans la pièce et arrêta sa danse, un peu gêné, et lui sourit.
- Bien dormi ?
- Très bien, répondit-elle avant de s'asseoir sur le rebord de la table en croisant les bras contre elle.
- Super. Je prépare le petit-déjeuner, il y a quelque chose en particulier qui te ferait plaisir ?
- Je prendrai comme toi, ne t'embête pas.
Le jeune homme acquiesça avant de se retourner vers la cuisinière, faisant cuire un dernier pancake avant de poser les assiettes sur la table, accompagnées d'une tasse de café.
- Bon appétit ! Lança-t-il en attaquant son plat avec entrain.
Annabeth hocha de la tête sans rien dire de plus, mangeant sans faim. Percy essaya de lancer la conversation à plusieurs reprises, mais elle n'arrivait pas à faire comme si de rien n'était alors qu'elle l'imaginait en couple. Penser qu'il puisse avoir quelqu'un dans sa vie mettait tout de suite un mur entre eux, la mettant mal à l'aise. Avec tout les moments qu'ils avaient partagés et qu'ils partageaient en ce moment, elle avait vraiment du mal à le digérer…
- Annabeth ?
- Hum ?
- Tu es sûre que tout va bien ? Finit par demander Percy. Tu ne dis pas grand-chose depuis que tu t'es levée…
- Oui oui…
L'adolescent fronça les sourcils, finissant sa tasse avant de s'adosser à sa chaise.
- Allez, je sais que quelque chose ne va pas, dis moi ce que c'est.
- Rien, c'est juste…
- Juste ?
Annabeth soupira, lâchant sa fourchette en gardant la tête baissée, cherchant à savoir comment amener le sujet.
- En me levant j'ai trouvé un débardeur de fille à moitié sous ton lit.
- D'accord...Fit Percy en haussant un sourcil.
De toute évidence, il ne voyait aucun problème à ça. Depuis combien de temps était-il avec cette fille pour qu'il ait l'habitude de retrouver ses vêtements dans sa chambre ?
- Écoute, ça me met mal à l'aise de immiscer comme ça dans ta vie privée, je ne veux vraiment pas te déranger ou être un problème pour toi. Tu as tout à fait le droit d'être avec quelqu'un, et je ne voudrais pas être un obstacle entre toi et ta petite-amie…
- Ma petite-amie ? Coupa Percy en manquant de s'étrangler.
Ce fut au tour d'Annabeth de froncer les sourcils, perplexe.
- Oui, je me doute que tu ne mets pas des vêtements de fille, et que si ça se trouvait dans ta chambre…
- Ah non c'est pas du tout ça ! Ça doit être à Piper.
Annabeth écarquilla les yeux, ne comprenant plus rien.
- Attends, tu veux dire que toi et Piper, vous…
Elle se stoppa, incapable de continuer. Non, il devait y avoir une erreur, Piper aimait Jason, jamais elle ne l'aurait trompé…
- Non ! Annabeth, comment tu peux imaginer un truc pareil, c'est comme ma sœur ! Avant que Jason ne se fasse transférer à New-York, elle venait souvent dormir à la maison pour ne pas passer la soirée toute seule chez elle.
La jeune fille soupira discrètement, soulagée que tout ne soit qu'un malentendu. Savoir que Percy était célibataire lui permit de retrouver sa bonne humeur et son sourire.
- Bon, maintenant que tout ça est réglé, est-ce que tu pourrais arrêter de faire la tête ?
- Je ne faisais pas la tête, protesta-t-elle.
- Non bien sûr, tu étais juste occupée à créer une nouvelle théorie sur la question de l'infini et de l'univers, excuse-moi.
Annabeth lui jeta sa serviette de table au visage en lui tirant la langue, avant de continuer son petit-déjeuner. Quand les deux adolescents eurent fini, ils s'occupèrent ensemble de la vaisselle.
- Alors, qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui ?
- C'est à toi de choisir, vu qu'on a fait ce que je voulais hier, sourit Percy.
La blonde ouvrit la bouche puis la referma, hésitant à dire ce qu'elle voulait faire. Le jeune homme s'en rendit compte et lui donna un petit coup d'épaule en la regardant, croisant les bras.
- Allez, dis-moi ce que tu veux faire.
- C'est juste une idée comme ça, mais j'ai vu qu'il y avait une exposition temporaire en ce moment pas loin et…
- Ok, on s'habille et on y va.
- Tu es sûr ?
- Si ça te fait plaisir, alors oui, on le fait.
Annabeth acquiesça en souriant avant de regarder la pendule accrochée au mur. Ils avaient le temps de se préparer avant que le musée n'ouvre.
- Je vais prendre une douche, fit-elle en allant vers les escaliers.
- Ok !
Une fois seule devant le miroir, la jeune fille inspecta son corps, grimaçant devant les coupures sur ses bras. Elle n'aurait pas de mal à les cacher, contrairement à son visage. Le bleu verdâtre sur sa joue allait demander du temps et du fond de teint pour être invisible, et elle allait devoir se contenter d'une grosse écharpe pour aujourd'hui, faute de maquillage sous la main...
Laissant ses soucis de côté pour le moment, elle se glissa dans la douche et laissa l'eau chaude détendre ses muscles noués. Quand elle réapparut dans le salon habillée et coiffée, Percy la remplaça dans la salle de bain, chantant sous la douche, ce qui n'échappa pas à la jeune fille.
Profitant que le garçon soit occupé à l'étage, Annabeth sortit son livre de son sac, bouquinant en attendant qu'il revienne.
Contrairement aux clichés sur les filles et la salle de bain, Percy mis deux fois plus de temps à revenir.
Ses cheveux étaient ébouriffés et encore humides, ce qui faisait ressortir la couleur de ses yeux. Il portait un jean ajusté et un sweat-shirt gris qui le mettaient en valeur avec simplicité. Décidément, Piper avait fait un super boulot sur sa garde-robe…
- C'est bon princesse, on peut y aller ? Demanda-t-elle en riant.
- Attends encore quelques minutes, j'ai une petite chose à faire avant qu'on sorte.
Et sans prévenir, il s'installa pile en face d'elle, son visage à quelques centimètres de celui d'Annabeth. La jeune fille retint son souffle, attendant de voir ce qu'il allait faire.
Prenant son menton entre son pouce et son index, il inspecta son bleu, grimaçant légèrement en voyant sa teinte.
- Ça va pas être facile à cacher, je vais voir ce que je peux faire…
- De quoi tu parles ?
Sans rien ajouter, il ouvrit un tube de fond de teint et en prit un petit peu, l'appliquant avec soin sur sa pommette. Les sourcils froncés, il étala le produit avec concentration et minutie jusqu'à être satisfait du résultat.
- Ça te va ? Fit-il en lui tendant un miroir.
Annabeth prit l'objet de sa main, les yeux écarquillés devant ce qu'avait fait Percy. Le résultat était quasiment parfait, le bleu presque invisible.
- Je ne pourrais pas faire beaucoup mieux, il est quand même foncé…
- C'est déjà super ! Si on ne sait pas ce qu'il m'est arrivé, on ne le remarque même pas. Comment ça se fait que tu t'y connaisses autant en maquillage ?
- Je piquais le fond de teint de ma mère pour couvrir mes bleus avant.
La blonde acquiesça avant de passer le doigt sur son camouflage, souriant.
- Ne passe pas trop les mains dessus, tu vas effacer mon travail !
- Merci Percy.
- C'est rien. Alors, on y va à cette exposition ? Lança-t-il en enfilant sa veste en cuir.
- C'est parti !
L'exposition n'était pas si loin que ça de chez Percy, quelques minutes de voitures et ils étaient arrivés devant les portes, s'insérant dans la file d'attente pour prendre des tickets. Le jeune homme ne s'était jamais rendu dans ce musée, mais il comprenait pourquoi Annabeth voulait venir. Toutes ces colonnades, ces arches, le fronton à l'antique rappelant des temples grecs…
Sa main trouva naturellement le chemin vers celle de la jeune fille, et il la serra, la regardant observer les alentours. Quand elle se tourna vers lui, ils se sourirent, et l'expression dans son regard lui fit plaisir à voir.
- Tu vas voir, ça va être génial ! J'ai lu dans un article que les architectes qui ont travaillé sur le sujet ont créé un double parcours de visite, un chronologique avec des explications sur l'évolution dans les styles de chapiteaux et des exemples de reconstitutions, et un autre thématique avec des statues que des musées ont prêtés exprès pour cette expo. En plus de ça, ils ont travaillé avec des experts en art pour faire un mélange entre architecture antique et peinture française du dix-neuvième siècle. Les musées de Paris ont envoyés des tableaux de Monet et Pissarro ! Et une fille de mon cours d'art plastique m'a dit que la dernière salle était consacrée au classicisme, avec les plus belles copies de modèle gréco-romain antique qu'on connaisse à ce jour.
Annabeth ne s'arrêtait plus, lui racontant tout ce qu'elle savait déjà sur l'exposition. Même s'il ne comprenait qu'un mot sur deux, Percy la laissait faire, heureux de la voir aussi ouverte et bavarde. Ça lui faisait bizarre de la voir aussi agitée, mais il était curieux d'entrer dans son monde et de découvrir ce qui la passionnait dans la vie. Il voulait toujours en savoir plus sur elle, des choses les plus insignifiantes comme le fait qu'elle rentrait ses lacets dans ses chaussures après les avoir noué, jusqu'aux éléments les plus importants, comme son ambition dévorante de devenir la plus grande architecte que New-York ait connu.
Trop occupée à lui parler du nouveau magasin qui allait être construit avec des murs végétaux, elle ne le vit pas payer les tickets. La jeune fille ne s'en rendit compte que lorsqu'il les tendit à l'employé chargé de contrôler l'entrée.
- Percy, ne me dit pas que tu as encore payé…
- Tu me racontais comment les Grecs ont construit le Parthénon avec des systèmes d'agrafes géantes pour maintenir les pierres ensemble, je ne pouvais pas t'interrompre sur ta lancée.
Le vigile rit doucement devant les deux adolescents avant de tendre les tickets à Percy, les invitant à avancer.
- Passez une bonne visite, et essayez de ne pas piquer la vedette à nos guides, sourit-il.
- Je vais la garder comme guide personnel ne vous en faîtes pas, répondit Percy en riant.
Annabeth sourit à son tour avant d'avancer, un sentiment de satisfaction l'envahissant.
- Si jamais tu cherches un petit boulot pour les vacances, je suis sûr qu'ils t'engageront sans problème, lui souffla-t-il à l'oreille alors qu'ils marchaient vers la première salle de l'exposition.
- J'y penserai, ça peut être utile.
Et comme prévu, Annabeth le traîna dans les moindre recoins de l'exposition, lui lisant les pancartes explicatives en faisant de commentaires qui ne manquaient jamais de le faire sourire. Il la laissa le tirer par la main, tentant de suivre ce qu'elle lui disait. De temps en temps, il lui posait des questions, s'assurant de bien comprendre ce qu'elle lui expliquait. A chaque question qu'il posait, Annabeth souriait, le regardant dans les yeux une seconde avant de lui répondre. Elle était tellement heureuse de pouvoir partager sa passion avec quelqu'un, surtout si ce quelqu'un était Percy. Ça lui faisait plaisir qu'il s'intéresse à ce qu'elle aimait, même si ce n'était pas des sujets qu'il maîtrisait. De temps en temps, il disait quelque chose qui la faisait rire sans s'en rendre compte, et son expression perplexe la faisait encore plus rire quand il lui demandait ce qu'il y avait de drôle dans sa question.
- Tout le monde ne sait pas ce qu'est un contrapposto Annabeth, j'aurais pu avoir raison en disant que c'est un plat, marmonna-t-il alors qu'elle était prise dans un fou rire.
Ses sourcils froncés la faisait craquer, on aurait dit un enfant vexé. Elle lâcha sa main pour essuyer les larmes de rire coulant sur ses joues avant de le serrer contre elle pour qu'il arrête de bouder.
- Si je parle de contrapposto en regardant une statue, comment te viens l'idée d'un plat ?
- On ne sait jamais, et puis on est passé devant des mosaïques avec des raisins tout à l'heure, alors la nourriture est bien représentée quelque part.
La jeune fille sentit un autre rire monter dans sa gorge mais se retint, regardant la statue d'Apollon devant eux.
- Le contrapposto est une position du corps pour les statues. Ça montre le balancement des hanches et celui des épaules, comme quand tu marches.
Joignant le geste à la parole, elle lui fit prendre la position de la statue, appuyant son poids sur une jambe et redressant le buste en balançant les épaules.
- Parfait, ne bouge pas, souffla-t-elle en reculant de quelques pas.
- C'est pas si agréable que ça comme position…
- C'est normal, la plupart des postures de statues antiques ne sont pas naturelles, d'ailleurs la proportions des corps n'est parfois pas respectée.
Tout en parlant, elle sortit son portable de sa poche et prit une photo de Percy devant la statue dans la position. La jeune homme s'en rendit compte et reprit une position normale, lui tirant la langue.
- Ça t'amuse de jouer la marionnettiste avec moi ? Fit-il en s'approchant.
- C'est très drôle, et puis la photo n'est pas mal.
- Montre-moi ça, dit-il en se penchant sur son épaule.
Elle lui tendit son téléphone pour qu'il voit la photo, et il hocha la tête, satisfait du résultat.
- Ça me fait deux Apollon pour le prix d'un, sourit Annabeth en reprenant son portable, lui faisant un clin d'œil en le bousculant gentiment.
Percy rougit mais rit en passant son bras autour de ses épaules, se dirigeant vers une reconstitution du Parthénon. Annabeth passa son bras autour de sa taille, la tête penchée vers l'arrière pour tout voir. Elle resta un moment silencieuse, mémorisant chaque détails de décor, chaque frise, chaque colonne. Percy sortit son portable pour prendre une photo d'elle en étant le plus discret possible, mais il avait oublié d'enlever le son et le bruit de l'appareil fit tourner la tête de la blonde.
- Qu'est-ce que tu fais ?
- Rien, s'empressa-t-il de dire.
- Percy, montre-moi ton téléphone.
- Non !
- Allez !
Dans un geste rapide, elle attrapa son poignet et regarda la photo. Le jeune homme parut embarrassé une seconde, mais il se reprit rapidement.
- Après tout, il n'y a pas de raison pour que tu aies des photos de moi et que je n'en aie pas de toi, fit-il.
- Ça me semble assez juste, se contenta-t-elle de répondre.
Elle commençait à s'éloigner quand il resserra sa prise sur sa main, la ramenant contre lui en repassant le bras autour de ses épaules, levant son autre bras avec son portable dans la main.
- Souris !
Annabeth n'eut pas le temps de comprendre ce qu'il faisait qu'un autre clac se fit entendre.
- Voilà, comme ça on a une photo de nous deux, en plus devant le Parthénon, c'est la classe.
- C'est une reproduction, pas le vrai Parthénon, objecta-t-elle.
- Un jour on y ira là-bas ne t'en fait pas, mais en attendant, on a toujours ça.
La jeune fille releva la tête vers le brun et sourit, posant son menton contre son torse. Percy prit encore une photo, mais elle ne s'en rendit pas compte. Il regarda l'écran de son portable un instant, fixant la photo en souriant avant de ranger l'objet dans sa poche.
- En attendant de pouvoir aller en Grèce, que dirais-tu de continuer la visite ? Je suis sûr que tu as encore plein de choses à m'apprendre sur les proportions et les décors des temples.
Pour toute réponse, Annabeth l'entraîna dans la salle suivante.
Jamais une journée au musée ne passa aussi rapidement pour Percy. Lui qui avait d'habitude du mal à rester concentré plus d'une heure d'affilé réussit à peu près à suivre tout ce qu'Annabeth lui racontait. La voir si détendue et joyeuse lui faisait le plus grand bien, et dès qu'elle commençait à s'emporter dans ses explications, il faisait un commentaire ou une blague qui la faisait rire et lui permettait de reprendre son souffle. Percy prit encore quelques photos du musée et d'eux deux, demandant même à un gardien de les prendre en photo devant une reconstitution de la statue d'Athéna Parthénos.
Quand ils sortirent du bâtiment, l'après-midi était déjà bien entamé.
- Ça te dit d'aller prendre un café et un truc à grignoter ? Je commence à avoir faim, sourit Percy en lui ouvrant la porte de la Jeep.
- J'allais te le proposer.
- Parfait !
Heureusement pour eux, Katie ne travaillait pas ce jour-là, ce qui leur évita tout un tas de remarques et questions. Piper avait envoyé un message à Annabeth pour savoir si tout allait bien, et après l'avoir rassurée, la jeune fille avait renvoyé son amie dans les bras de son petit-copain, ce qui n'avait pas été trop compliqué.
- C'est impressionnant le temps qu'ils peuvent passer ensemble, soupira-t-elle en secouant la tête, un sourire aux lèvres.
- C'est vrai, mais je ne m'en plains pas trop.
- Ah oui ? Pas trop triste que ta meilleure amie te laisse de côté ?
Percy lui sourit et son regard vert d'eau se mit à pétiller d'une lueur qu'elle ne réussit pas à analyser.
- Pas vraiment, ça me permet de passer plus de temps avec d'autres personnes, répondit-il.
Le serveur leur apporta leur commande, mais le café dans les mains d'Annabeth ne la réchauffa pas autant que le regard du jeune homme.
- Alors, cette journée ?
- Parfaite, sourit l'adolescente en mordant dans son muffin.
Percy lui sourit en l'imitant, dévorant sa pâtisserie si vite qu'on aurait pu se demander s'il en avait vraiment eu une à un moment. Installés confortablement dans leur café près de la vitre, ils discutèrent ensemble un moment, se lançant des pics pour rire, se chamaillant comme d'habitude. Percy ne quittait pratiquement jamais des yeux la jeune fille, ne voulant rien rater de son sourire, de sa joie, de son regard brillant, de ses mains fines entourant sa tasse, de ses boucles blondes attachées en queue de cheval. Chaque détail était important, participant à sa beauté. Il n'arrêtait pas de faire des remarques qui la faisait rire, illuminant son visage. Il donnerait tout pour la voir ainsi tout les jours.
Une vibration dans sa poche l'extirpa de ses pensées, et il sortit son portable de son jean, jetant un coup d'œil sur son écran avant de se redresser.
- Un message de ma mère, fit Percy entre deux rire causés par la tête d'Annabeth après une de ses remarques.
- Tout va bien ?
- Très bien, il sont sur le chemin du retour. Ils devraient être rentrés d'ici une petite heure.
- On ferait mieux d'y aller alors, on a un peu de ménage à faire, dit Annabeth en finissant son deuxième café.
- Pas faux, laisse-moi juste le temps de régler et on y va.
Annabeth ouvrit la bouche pour protester, avant de sourire mine de rien. Elle prit alors une mine étonnée et regarda par la fenêtre.
- Percy, tu vois ce que je vois ? Demanda-t-elle comme si un concert avait lieu en plein milieu de la route.
- Quoi ? Où ça ?
La jeune fille profita de la diversion pour se lever, allant rapidement au comptoir pour payer leurs consommations. Le temps qu'il se rende compte de la supercherie, la serveuse tendait le ticket à Annabeth.
- Annabeth !
- Oui ? Répondit-elle mine de rien en sortant du café.
- Pourquoi tu ne m'as pas laissé payer ?
- Parce que tu as déjà payé les tickets pour l'exposition, et que tu payes toujours le café. Pour une fois que c'est moi…
- Mais c'est au garçon de s'occuper de ça, répliqua-t-il en montant derrière le volant, une expression consternée au visage qui fit sourire Annabeth.
- C'est galant de ta part, et j'apprécie, mais je peux aussi me débrouiller seule.
- Je le sais, tu n'as pas besoin de le prouver.
- Je n'ai pas envie d'être une fille entretenue, souffla la blonde.
- Ce n'est pas le cas, je veux juste te faire plaisir…
- Et moi je n'ai pas le droit de te faire plaisir ?
Percy ouvrit la bouche, mais il la referma rapidement, à cours d'arguments, comme souvent face à Annabeth. Il appréciait le geste, mais son passé l'obligeait à prendre soin d'Annabeth. Il avait été élevé avec un modèle pitoyable sous les yeux, et il s'était toujours juré de traiter les filles comme elles le méritaient et non pas comme des objets. Il avait commencé avec sa mère, la protégeant au mieux dès son plus jeune âge, avant de poursuivre avec Piper, qu'il avait en quelque sorte prit sous son aile au départ de leur amitié. Cet instinct de protection qu'il avait développé pour ses proches était tout aussi important, si ce n'est plus, pour Annabeth. Il ressentait le besoin constant de veiller sur elle, de s'assurer qu'elle avait tout ce qu'elle souhaitait.
- Tu fais déjà énormément pour moi Percy, laisse-moi te rendre la pareil un petit peu, souffla-t-elle en passant sa main sur son avant-bras.
Le garçon soupira, avant de tourner légèrement la tête vers le siège passager, lui souriant. Annabeth rit, se laissant retomber contre le dossier de son siège en regardant la route. Percy faillit rater l'intersection où ils devaient tourner pour rentrer, braquant le volant pour l'avoir in-extremis. Mis à part ce petit écart, le reste du chemin se passa sans problème, le trafic étant assez fluide pour un dimanche.
Les deux adolescents ne traînèrent pas, remontant rapidement dans l'appartement pour ranger ce qui devait l'être. Pendant que Percy s'occupait de la cuisine, Annabeth passa l'aspirateur dans le salon. Il vint passer un coup sur la table pour finir leur nettoyage express, et quand il revint dans la pièce après s'être essuyé les mains, il trouva la blonde assise sur la surface en bois, balançant les jambes, appuyée sur ses mains, la tête en arrière les yeux fermés. Le jeune homme s'approcha sans faire de bruits, passant entre ses jambes avant d'entourer sa taille de ses bras, penchant la tête sur son épaule en poussant un gros soupir. Annabeth ne tressaillit même pas, gardant les yeux fermés en profitant de son étreinte.
- Je crois que j'ai besoin d'une sieste, marmonna l'adolescent contre son épaule.
- Vraiment ?
- Oui, c'est fatiguant de faire le ménage.
La jeune fille rit et finit par se redresser, passant ses bras autour de ses épaules robustes. Elle n'aurait donné sa place pour rien au monde, et la Terre aurait bien put arrêter de tourner qu'elle n'aurait rien remarqué. Ces moments de proximité faisaient toujours battre son cœur un peu plus vite et ralentissaient le rythme effréné de ses pensées se bousculant habituellement dans son esprit. Avec Percy, tout semblait si simple, si naturel…
Un bruit d'ouverture de porte la ramena brutalement à la réalité, et elle ouvrit les yeux, lâchant la jeune homme en sursautant. Ce dernier s'éloigna dans un même sursaut, faisant volte-face pour trouver Paul et sa mère.
- Salut les jeunes ! Lança-t-elle en mettant la valise sur le côté.
- Salut maman, répondit Percy en s'approchant pour la prendre dans ses bras.
Sally serra son fils contre elle avant d'avancer pour laisser Paul rentrer, allant vers Annabeth pour la saluer à son tour.
- Tout s'est bien passé, rien à signaler ?
- Tout va très bien, sourit Annabeth.
La mère de Percy lui rendit son sourire en passant sa main sur sa joue dans un geste d'affection.
- Contente d'entendre ça. Qu'est-ce que vous avez fait de beau ?
Tout le monde s'installa dans la cuisine, les deux adolescents racontant leur week-end. Ils se reprenaient souvent l'un l'autre, ce qui ne manquait pas de faire rire Sally et Paul.
- Alors comme ça tu as traîné Percy dans un musée ?
- Il n'était pas très difficile à convaincre à vrai dire, fit Annabeth.
- Et comment était l'exposition ? Demanda Paul.
- Génial, ils ont vraiment bien travaillé sur la muséographie ! Et le mélange de moderne et d'antique fonctionnait vraiment bien.
A partir de là, Annabeth et Paul partirent dans une discussion assez technique, laissant Percy et sa mère discuter entre eux et les écouter en riant. Il était quasiment impossible pour quelqu'un de suivre la conversation qu'ils avaient, passionnés qu'ils étaient, mais voir Annabeth aussi vive ravissait tout le monde.
- Et ce week-end alors ?
- On a adoré la Louisiane ! Tout ces anciens bâtiments français, et les jardins...Commença Sally avant de leur raconter leur week-end.
Ils auraient pu continuer encore des heures comme ça, mais Paul monta ranger leurs affaires, et Sally commença à préparer les dîner.
- Tu restes manger avec nous Annabeth ?
- C'est gentil, mais je pense qu'il est temps que je rentre.
Percy fronça immédiatement les sourcils, croisant les bras sur la poitrine.
- Tu es sûre ? La maison t'es ouverte aussi longtemps que tu le souhaites tu sais, tu ne nous gênes pas.
- Il faudra bien que je rentre à un moment, je ne peux pas fuir indéfiniment, et plus j'attends, plus ce sera difficile. Je dois régler ça une bonne fois pour toute.
- Mais…
- Percy, tu sais très bien qu'elle a raison, intervint Sally. Ignorer le problème ne l'aidera pas, il faut y faire face pour en finir.
- Je pourrais te conduire au commissariat si tu veux ? Proposa le garçon.
- Je vais avoir une discussion avec mon père, on va s'occuper de tout ne t'en fait pas.
Le brun n'était pas ravi par ce qu'elle lui disait, mais c'était toujours mieux que ne rien faire.
- D'accord, lâcha-t-il après un moment.
Annabeth lui sourit avant de l'embrasser sur la joue.
- Je vais chercher mon sac et dire au revoir à Paul, j'en ai pour deux secondes.
- Je t'attends là.
Il la regarda sortir de la pièce, avant de se retourner en sentant le regard de sa mère sur lui.
- Tu dois lui faire confiance Percy, c'est une fille forte, elle va s'en sortir.
- Je sais, mais et si son père n'était pas chez elle quand elle va rentrer ? Et si Isabel la frappait encore ? Je ne veux plus jamais la voir comme je l'ai vu vendredi soir…
- Je sais que c'est dur mon ange, mais tu dois la laisser faire.
Annabeth réapparut dans l'embrasure de la porte, son sac à dos sur l'épaule.
- Bon, il est temps d'y aller. Merci pour tout, vraiment, fit-elle en avançant vers Sally.
- Il n'y a pas de quoi, répondit-elle en la prenant dans ses bras, la serrant un moment avant de la lâcher. La porte te sera toujours ouverte.
La jeune fille acquiesça avant de reculer, rejoignant Percy qui enfilait sa veste.
- A bientôt !
- A bientôt Annabeth !
Cette fois, l'ambiance dans l'habitacle fut moins léger. Percy gardait une main crispée sur le volant, l'autre tenant celle d'Annabeth. Il ne la regarda pas une fois, sachant qu'il ferait demi-tour et l'enfermerait chez lui s'il le faisait. La jeune fille tenta de le détendre en caressant ses phalanges de son pouce, chantonnant à voix basse, mais rien n'y faisait.
Le trajet parut trop court pour le brun, qui une fois garé devant la maison, garda sa position crispée.
- Merci pour ces deux jours, c'était génial, souffla Annabeth.
Percy ne répondit pas, se passant la main qui tenait le volant sur le visage en soupirant un grand coup.
- On se voit demain.
- Attends !
Elle avait tout juste ouvert la portière qu'il avait agrippé sa main, la tirant vers lui.
- Percy, tout va bien se passer, je vais régler le problème. Je vais tout avouer à mon père, et bientôt Isabel sera de l'histoire ancienne.
- Mais si jamais quelque chose tourne mal…
- Je t'appelle au moindre souci.
Le jeune homme la regarda dans les yeux un instant avant de serrer les dents, se pinçant l'arête du nez.
- Tu me le promets ?
- Oui, c'est promis.
Voyant bien qu'il ne voulait pas la lâcher, elle dégagea doucement sa main de la sienne, lui caressant la joue un moment avant d'ouvrir une seconde fois la portière. La jeune fille passa son sac sur son épaule et regarda son portable avant de se retourner vers l'intérieur de la voiture, un petit sourire aux lèvres.
- Percy ?
- Oui ? Souffla-t-il.
- Joyeuse Saint-Valentin.
Bonsoir ! Ou bonjour peut-être, vu l'heure à laquelle je poste...
Avant tout, merci infiniment pour les nombreux commentaires au dernier chapitre, vous êtes géniaux ! Merci spécial à la personne qui m'a écrit un pavé, j'adore les longs commentaires (mais tout commentaire me fait plaisir bien sûr). Je ne sais pas encore si je vais pouvoir poster plus rapidement pendant les vacances avec mes révisions, même si j'aimerais beaucoup le faire, on verra bien...
Après un samedi de flemme à la Percy, voici un dimanche de découverte à la Annabeth ! Cette sortie au musée vous a plu ? Et leur rapprochement, vous en pensez quoi maintenant ?
Je file me coucher, merci et à bientôt !
