Chapitre 26

Percy avait l'impression de flotter sur un petit nuage depuis vendredi soir. Rien ne pouvait ternir sa joie et sa bonne humeur, ni un DM de maths, ni se lever dimanche matin pour faire les courses avec sa mère. Celle-ci fut assez étonnée et lui demanda à plusieurs reprises ce qu'il lui arrivait, mais il gardait le silence, souriant en secouant la tête. Il lui avait raconté le gros de la soirée passée au bal, mais avait gardé pour lui le baiser échangé avec Annabeth. Il ne savait pas trop pourquoi, mais il avait envie de garder ce moment pour lui, de se le remémorer encore et encore à longueur de temps en secret. Le jeune homme passait son temps à regarder toutes les photos qu'ils avaient prises depuis qu'ils se connaissaient, souriant sans cesse. Les souvenirs de la soirée passée aux côtés d'Annabeth revenaient souvent dans sa tête, et il lui tardait de retourner en cours pour la revoir.

Il n'avait reçu aucun message de sa part depuis vendredi soir et n'osait pas en envoyer, et la situation le rendait un peu nerveux. Il en venait presque à douter de ses propres souvenirs, se demandant s'ils s'étaient vraiment embrassés. Cependant, le doute ne restait pas longtemps dans son esprit, la sensation de ses lèvres contre les siennes faisant battre son cœur plus vite.

- Percy, je te parle !

Sursautant en entendant Paul l'appeler, il se leva d'un bond de son lit et ouvrit la porte de sa chambre, passant la tête par l'embrasure de la porte.

- Oui ?

- Tu peux descendre s'il te plaît ? J'aimerais qu'on parle de ton dernier devoir de littérature.

Fronçant les sourcils, le jeune homme mit son portable dans sa poche et descendit l'escalier pour arriver dans le salon. Sa mère était installée à un bout de la table, des feuilles éparpillées partout autour d'elle alors qu'elle travaillait sur son roman, tandis que Paul était installé un peu plus loin, un paquet de copies sous le coude.

- Viens par ici, lui fit-il en souriant.

- Peu importe ce que c'est, c'est pas de ma faute.

Son beau-père éclata de rire, alors que sa mère relevait la tête en souriant.

- Je ne t'ai pas fait descendre pour t'accuser de quoi que ce soit Percy.

- Mais alors…

- Je voulais juste te féliciter pour ton analyse sur le dernier test, c'était très bien mené. Tu as réussi a bien voir les enjeux de l'extrait et à dégager les axes majeurs, je suis fier de toi.

L'adolescent sourit de toutes ses dents, n'en revenant pas. Il avait eu l'impression de s'en être plutôt bien sorti sur son interro effectivement, mais il ne s'attendait pas à recevoir de tels compliments.

- Oh, euh merci, balbutia-t-il, Annabeth est une super prof.

- En effet, on dirait qu'elle a trouvé comment t'aider à bien analyser des textes, je savais qu'elle était faite pour toi.

Percy rougit en entendant ce que Paul lui disait, d'autant plus que sa mère lui coulait un regard malicieux par-dessus ses lunettes.

- Sans doute, avec elle, tout a l'air plus simple.

- Elle est très bonne pédagogue, sourit le beau-père à son beau-fils, je suis sûr que tu auras ton diplôme avec elle à tes côtés.

- Parce que tu ne pensais pas que je pourrais l'avoir sans elle ?

Paul rit doucement avant de noter sa dernière copie et de mettre en ordre son tas.

- Si, je sais que tu t'en serais sorti tout seul, mais disons qu'elle va te permettre d'avoir des résultats encore meilleurs, et plus de chances d'être accepté dans l'université que tu choisiras.

Ah oui, l'université. Ils allaient bientôt devoir s'occuper sérieusement de ça…

- Au fait, je n'ai pas encore eu l'occasion de te le demander, mais comment c'est passé le bal de fin d'année ?

- Très bien.

- C'est tout ? Après toutes les soirées que tu as passé à nous parler de ça, tu n'as rien d'autre à dire ?

- Il ne te dira rien de plus, intervînt Sally, j'ai passé le week-end à lui poser des questions mais je n'en ai pas appris beaucoup plus…

Le portable de Percy vibra dans sa poche, et il se hâta de l'attraper, espérant voir le nom d'Annabeth apparaître.

Ce ne fut pas le cas, mais sa déception fut de courte durée. Il venait de recevoir un mail de la part de la photographe du bal, avec les photos qu'il avait faite avec Annabeth. Un sourire illumina son visage alors qu'il faisait défiler les clichés.

- Qu'est-ce que c'est ? L'interrogea sa mère.

- On vient de m'envoyer les photos du bal. Vous voulez les voir ?

- Et tu oses poser la question ! Fit-elle. Dépêche-toi de venir par ici !

Percy rit en avançant vers sa mère, lui tendant son portable pour qu'elle puisse voir les photos par elle-même. Elle les regarda avec un sourire bienveillant, les yeux brillant.

- Elle est vraiment belle… Souffla-t-elle en s'attardant sur le cliché où Percy et Annabeth se regardaient dans les yeux, enlacés.

- Ouais, magnifique…

Paul fit mine de ne pas avoir entendu et se leva pour aller ranger ses affaires, alors que Sally relevait la tête vers son fils, posant sa main sur son avant-bras.

- Tu dois la chérir Percy, c'est le genre de fille qu'on ne rencontre qu'une fois dans toute une vie.

- Je sais maman, je sais…

Sally garda le téléphone dans ses mains encore un moment, un sourire aux lèvres alors qu'elle faisait à nouveau défiler les photos sur l'écran.

- Tu es sûr que tu n'as rien à me dire à propos de cette soirée ? Fit-elle en lui rendant son portable.

- Maman…

Le jeune homme cacha comme il put la rougeur de ses joues, mais sa mère n'était pas dupe. Elle secoua la tête avant de retourner à ses papiers, remettant ses lunettes avant d'attraper son stylo.

- Très bien, de toute façon je le saurai bien un jour ou l'autre…

Percy leva les yeux au ciel avant de repartir dans sa chambre, manquant de tomber dans l'escalier, trop occupé à regarder ses photos pour faire attention à où il mettait les pieds.

Le lendemain matin, le garçon bondit du lit une demie-heure plus tôt que d'habitude. Il fonça prendre sa douche, chantonnant sous l'eau, dansant en se séchant les cheveux. Il prit quelques minutes pour choisir sa tenue, optant pour un jean et un tee-shirt de la même couleur que ses yeux, avant de descendre prendre son petit-déjeuner. Sa mère, qui prenait son café en lisant le journal, fut étonnée de le voir arriver aussi tôt, et haussa les sourcils.

- Si j'avais su que tu serais à l'heure pour une fois, je t'aurais préparé tes pancakes, dit-elle en commençant à se lever.

- Ne bouge pas, fit le brun et posant sa main sur son épaule, je m'occupe de tout ! Tu en veux ?

L'étonnement de Sally s'accentua, à tel point qu'elle en resta scotchée sur sa chaise. Percy n'était pas un adolescent qui refusait de donner un coup de main dans les tâches domestiques, mais il n'était pas du matin. Le voir aussi actif à cette heure aurait presque pu l'inquiéter s'il n'avait pas été aussi souriant.

- C'est si rare, j'aurais tord de refuser !

Le jeune homme s'activa rapidement derrière les fourneaux, leur préparant à manger avant de les servir, sifflotant tout du long.

- Prêt pour ta semaine ? L'interrogea Sally après l'avoir remercier pour son assiette.

- Super prêt ! Je sens que ça va être une bonne semaine.

- Ravie de te voir aussi enthousiaste, espérons que ça dure…

Percy rit doucement avec de verser du sirop sur sa nourriture, tirant le bout de la langue, concentré. Il attrapa sa fourchette et son couteau et dévora ses pancakes sous les yeux de sa mère, qui mangeait à un rythme plus tranquille. Quand il se leva pour faire sa vaisselle, elle en était à peine à la moitié. Il se servit un jus de fruits et l'avala en trois gorgées, avant de rincer son verre, regardant l'horloge de la cuisine pour savoir combien de temps il lui restait.

- Ralentis Percy, tu as le temps !

- Ouais, je… Ouais.

- Qu'est-ce qu'il t'arrive ? Tu as l'air… stressé. Quelque chose te tracasse ?

L'adolescent se cala contre un meuble de cuisine, croisant les bras sur la poitrine en essayant de se calmer.

- Non, tout va bien, je suis juste pressé d'aller en cours. On a prévu pas mal de choses avec Léo, et on devrait bientôt en avoir fini avec nos motos…

- Ah, ces engins de malheur.

- Maman, une moto n'est pas plus dangereuse qu'une voiture sur la route, tenta Percy.

- Tu peux dire ce que tu veux, ça ne m'empêchera pas de penser que rouler sur un deux roues dans les rues de Manhattan c'est de la folie.

Le jeune homme n'insista pas, connaissant l'obstination de sa mère. Il avait hérité de ce trait de caractère, et il était trop tôt pour se lancer dans un débat sur la dangerosité des deux roues en ville.

- Bien, sur ce, je vais y aller, sinon je vais réussir à arriver en retard, fit-il en enfilant une veste.

- Ce serait dommage après t'être levé aussi tôt !

- A ce soir !

- Passe une bonne journée !

Percy sauta dans sa voiture, mettant la musique à fond et baissant les fenêtre pour profiter des températures assez douces du mois d'avril. Il se gara à sa place après une dizaine de minutes et rejoignit Léo au parking moto un peu plus loin.

- Yo Jackson ! T'as l'air en forme pour un lundi matin !

- Il fait beau, on a pas maths et on est qualifiés pour la finale nationale de hand, alors oui, ça va plutôt bien, sourit-il.

- Parce que tu doutais de notre réussite ? C'était sûr qu'on allait se qualifier, avec l'équipe de titans qu'on a, les autres n'avaient aucune chance !

- Ce n'est pas la modestie qui t'étouffe au moins…

- Je dis juste la vérité, répliqua Léo.

Mais son ami ne l'écoutait déjà plus que d'une oreille, son attention presque entièrement tournée vers une tête blonde qui gravissait les marches menant au hall du lycée. Percy sentit son rythme cardiaque s'emballer et il manqua de tomber en accélérant le pas.

- Hé doucement, ça va ? Demanda son ami.

- Ouais, excuse-moi je voulais juste…

- Rejoindre Annabeth ?

Percy fit volte-face pour regarder le jeune homme, se demandant s'il avait bien entendu.

- Quoi ?

- Me prends pas pour une bille, tout le monde sait ce qu'il s'est passé entre vous deux.

- Quoi ?

- « On va rentrer », « je suis crevée », fit Léo en imitant la voix de ses deux camarades, vous croyiez vraiment qu'on allait rien voir ?

- Quoi ?

Léo se stoppa, levant un sourcil en regardant Percy.

- Ah ouais, quand même, t'es bien accro toi. Pire que moi quand on s'est embrassés pour la première fois avec Calypso…

Secouant la tête, il donna une tape à l'épaule du brun et reprit sa marche, rapidement rejoint par Percy, qui prenait soin d'éviter son regard, histoire de ne pas s'enfoncer d'avantage.

En arrivant dans le hall, il chercha Annabeth de tout les côtés, en vain. Elle s'était volatilisée dans la foule, et les cours allaient bientôt commencer. Il allait devoir attendre leur pause…

- Bon, on ferait mieux d'aller en bio, j'ai pas envie d'avoir une autre étude des batraciens à faire à cause d'un retard.

- Vois le bon côté des choses, répondit Percy, ça te fait réviser pour les examens de fin d'année.

- Ouais, si on veut…

Nico était déjà assis à sa place quand ils entrèrent dans la salle, comme la moitié des élèves. Ils avaient encore quelques minutes avant le début du cours, alors chacun s'occupa comme il voulait. Léo décida de taquiner Nico, lui piquant sa console de jeux avant de prendre un coup de coude dans les côtes. Percy s'installa plus calmement, vérifiant son téléphone toutes les deux secondes dans l'espoir de voir un message d'Annabeth apparaître. Malheureusement, quand madame Benioff entra dans la classe, il n'avait toujours rien reçu.

- Bien, nous allons nous occuper de la correction du dernier devoir, et il y a de quoi faire, alors tout le monde s'installe rapidement s'il vous plaît !

Le jeune homme rangea son téléphone, et sa jambe se mit à remuer toute seule alors qu'il stressait pour son contrôle. Leur professeur passa dans les rangs pour rendre les copies, et le temps parut très long pour le garçon. Quand elle arriva enfin près de sa table, il retînt son souffle, puis manqua de sauter de joie en voyant sa note. La journée commençait bien !

- Vous souhaitez faire quoi l'année prochaine ? Demanda madame Benioff.

- Je voudrais partir en fac pour étudier la biologie marine.

- Très bon choix, vous en avez les capacités.

- Merci, sourit-il.

Elle s'éloigna pour commencer la correction, tandis que Percy relisait tranquillement sa copie pour voir où il pourrait récupérer des points la prochaine fois.

Comme d'habitude, Léo passa les deux heures du cours à râler dans son coin, copiant la correction d'un air ronchon. Nico tenta de lui expliquer à plusieurs reprises pourquoi il n'avait pas eu les points, mais il lâcha rapidement l'affaire devant la mauvaise foi de son ami pour se concentrer sur son devoir, copiant silencieusement alors que Percy jouait avec son stylo d'un air absent.

Le problème, avec sa bonne note, c'était qu'il n'avait pas grand-chose à corriger, ce qui lui laissait beaucoup trop de temps pour réfléchir à son goût. Il lui tardait de pouvoir être près d'Annabeth, de pouvoir l'entendre rire et la serrer dans ses bras, et en même temps, il ne savait pas comment il allait réagir quand ils se trouveraient enfin l'un en face de l'autre…

La sonnerie le fit sursauter, et il en fit tomber son stylo.

- Tiens, fit Nico avant de fermer son sac.

- Merci.

- Ça va ? T'avais l'air… Ailleurs pendant le cours.

- Ça va très bien, j'ai juste quelque chose à faire, je dois y aller.

Ne laissant pas le temps à Léo ou Nico de continuer à le cuisiner, le jeune homme fila, allant vers le casier d'Annabeth, où elle passerait forcément pendant la pause.

Les élèves se bousculaient comme tout les jours pour accéder à leur casiers, et la foule n'aidait pas Percy à retrouver la jeune fille qui l'intéressait tant. Il finit par se caler dans un coin le temps que le plus gros du flux soit passé, avant de reprendre ses recherches, tendant le cou de tout le côtés.

Après quelques secondes de recherche, un regard gris accrocha le sien à une petite dizaine de mètres de lui. Les deux adolescents étaient au milieu du couloir, et le brun fit un pas en avant. Annabeth l'imita avant de se figer, tournant la tête vers la gauche en fronçant les sourcils. Piper apparut dans le champ de vision de Percy, et avant qu'il n'ai put les rejoindre, la brune entraîna l'adolescente loin de lui.

Stupéfait, il regarda les deux filles partir au loin, le doute l'assaillant.

Est-ce qu'il avait fait quelque chose de mal ? Annabeth avait-elle des problèmes dont elle ne lui aurait pas parlé ? Et si elle l'évitait ?

Sentant la panique monter, il repartit tout seul vers le hall, rejoignant ses amis l'air renfrogné.

- Hey Percy ! Quelque chose ne va pas ? Fit Travis en le voyant arriver.

- Non, je, c'est juste…

Aucun des garçons ne fit de blague, percevant la détresse de leur ami. Le jeune homme prit une grande inspiration en se frottant la tête, avant de se lancer.

- On s'est embrassés avec Annabeth quand je l'ai ramené chez elle après le bal, lâcha-t-il.

- Bien joué !

- Oui, enfin c'est pas une nouvelle, on s'y attendait tous, répondit Léo.

- Mais si vous vous êtes embrassés, pourquoi tu fais cette tête ?

- C'est là que je voulais en venir. Depuis vendredi soir, je n'ai pas eu de nouvelles, et quand je l'ai enfin trouvée, elle a filé.

Les garçons se regardèrent en fronçant les sourcils, perplexes.

- Il s'est passé quelque chose après votre baiser ?

- Non, son père a ouvert la porte, on s'est présenté et il est reparti. On s'est dit bonne nuit avec Annabeth et je suis parti. J'ai gaffé, c'est ça ?

- Étonnamment, non, fit Beckendorf, tu es sûr que tu n'oublies rien ?

Percy croisa les bras et se laissa aller contre un pilier du hall, se repassant leur vendredi soir et le début de cette journée, en vain. Il secoua la tête en guise de réponse, totalement désemparé.

- Et tu es sûr qu'elle t'a vu toute à l'heure quand tu l'a trouvée ?

- On s'est regardés dans les yeux, donc oui j'en suis certain. Elle a fait un pas vers moi, et Piper est apparue et l'a emmenée je ne sais où.

Travis soupira, alors que Beckendorf se mettait à rire.

- A mon avis tu n'a pas à t'en faire, dit ce dernier, elle a juste eu un contretemps avec Piper, rien de grave te concernant.

- Mais avoue que c'est étrange qu'elle soit partie sans même lui dire bonjour, objecta Léo.

Les différentes réponses que Percy recevait ne l'aidait pas beaucoup, et au final, il ressortait de leur discussion aussi perdu que lorsqu'il les avait rejoint.

- Bon tu sais quoi ? Finit par trancher Travis, fais comme si de rien n'était. La prochaine fois que vous êtes tout les deux au même endroit, joue-la relax, fais comme si vous ne vous étiez pas embrassés, et laisse-la faire le travaille. Si jamais Beckendorf a raison, elle aura un geste d'affection envers toi, et tu pourras arrêter de pleurer pour rien, et si c'est Léo qui a raison…

Le garçon ne finit pas sa phrase, mais Percy avait très bien compris où il voulait en venir. Si jamais elle ne venait pas vers lui, alors leur baiser ne voudrait rien dire, ce serait juste un geste qu'elle aurait initié sur le moment.

- D'accord, merci les gars.

- C'est normal, on se serre les coudes entre potes ! Sourit Léo.

Il donna une tape amicale à Percy, imité par les autres garçons du groupe avant de retourner en cours. Si leur discussion l'avait aidée, ça ne l'avait pas vraiment rassuré. Il était stressé à l'idée que leur baiser ne soit qu'une courte parenthèse, et qu'il perde sa proximité avec Annabeth pour ça. Tout ce qu'il voulait, c'était être proche d'elle, et si pour ça il devait mettre ses sentiments de côtés, alors soit.

Le cours d'espagnol passa bien trop lentement pour l'adolescent, et la sonnerie fut une véritable délivrance. En se dirigeant vers la cafétéria, il tomba presque littéralement sur Piper, qui fonçait vers le même endroit.

La rattrapant de justesse avant qu'elle ne bascule, le brun jeta un rapide coup d'œil par-dessus l'épaule de son amie, cherchant Annabeth sans succès.

- On dirait que quelqu'un est pressé, rigola la jeune fille en replaçant sa bretelle de sac à dos.

- Désolé, j'avais juste faim.

- Bien sûr… Annabeth finit un devoir d'art plastique, elle nous rejoint à la table.

- Oh, d'accord.

Un peu embarrassé d'avoir été démasqué aussi facilement, il suivit son amie vers le reste du groupe, s'installant en gardant une place à côté de lui pour Annabeth, regardant son plateau sans grand appétit.

Tout le monde commença à discuter, échangeant sur leur matinée. Percy avait sorti le livre qu'ils étudiaient en littérature, relisant une fiche-résumé tout en mangeant, histoire de s'occuper l'esprit et de ne pas être interrogé par ses amis. Quelque chose frôla son épaule, et avant qu'il ait compris ce qu'il se passait, Annabeth s'était assise à ses côtés avec son plateau, saluant tout le monde en souriant. Le jeune homme rangea immédiatement son livre, pris de court par l'apparition soudaine de la blonde.

- Salut, souffla-t-il sans bouger.

- Salut.

Percy commençait à nouveau à paniquer, d'autant plus qu'il sentait le regard de leurs amis sur eux. Se rappelant les conseils que lui avait donné Charles, il se contenta de sourire, attendant de voir ce qu'allait faire Annabeth. Celle-ci fronça les sourcils un instant avant de commencer son plat, prenant part aux discussions en restant proche de Percy tout le long du repas. Le garçon se retînt à grande peine de lui prendre la main, attendant qu'elle fasse un pas vers lui pour se laisser aller.

Ce qu'il ignorait, c'était que de son côté, Annabeth était tout aussi déstabilisée. Elle avait attendu tout le week-end pour revoir le jeune homme, s'imaginant l'embrasser à nouveau, souriant comme une idiote dans sa chambre en regardant leur photos de bal. Quand elle l'avait vu dans les couloirs à l'heure de la pause, son cœur s'était emballé, et elle n'avait eu qu'une envie, le prendre dans ses bras. Seulement voilà, Piper en avait décidé autrement et l'avait réquisitionnée pour l'accompagner en salle des professeurs, histoire de faire reculer leur test de français de deux jours.

En arrivant à table, elle s'était doutée que Percy n'irait pas jusqu'à l'embrasser, mais elle s'était attendue à ce qu'il lui prenne au moins la main, ou quelque chose dans le genre. Son attitude presque distante la laissait perplexe, et elle ne savait plus comment réagir, hésitant entre aller vers lui et faire comme si rien ne s'était passé. Après tout, peut-être qu'elle était allée trop loin vendredi soir en l'embrassant. Piper avait peut-être eu tord en lui assurant que le jeune homme était amoureux d'elle, et elle venait peut-être de mettre en péril l'amitié qui comptait le plus à ses yeux.

Refusant de se laisser déborder par la peur qui la tenaillait, elle décida d'attendre que Percy face un pas vers elle. Normalement, il ne se passait jamais un repas sans qu'il la touche d'une façon ou d'une autre, que ce soit en lui prenant la main ou en remplaçant une mèche de ses cheveux derrière son oreille.

Prenant son mal en patience, elle attendit. Et attendit. Et attendit.

La pause-déjeuner se termina sans qu'il ne cherche son contact, et elle avait la nette impression qu'il évitait son regard. La déception avait un goût amer et lui tombait lourdement dans l'estomac quand elle se leva en suivant le mouvement de tous, sortant de la cantine. Percy garda ses mains dans ses poches tout le long du trajet vers les couloirs, et malgré son ton faussement détendu, Annabeth sentait bien que quelque chose n'allait pas.

- Annabeth ?

Leurs amis s'étaient éloignés, et elle sursauta en l'entendant prononcer son prénom. La dernière fois qu'il avait fait ça, c'était juste avant qu'elle ne l'embrasse…

- Oui ? Fit-elle en s'éclaircissant la gorge.

- Paul m'a félicité pour le dernier devoir de littérature. Apparemment, j'ai enfin réussi à rendre quelque chose de potable, sourit-il.

- Tant mieux, après presque un an passé sur les livres, on a enfin réussi à faire quelque chose.

Elle tenta de mettre de l'entrain dans sa voix, mais plus le temps passait, et plus la déception prenait le dessus. Elle s'en voulait de l'avoir embrassé et provoqué ce malaise entre eux, elle s'en voulait d'avoir brisé leur complicité, elle s'en voulait de s'être trop exposée une fois de plus, et par-dessus tout, elle s'en voulait d'être tombée amoureuse de son meilleur ami.

Ravalant toute cette rancœur qui lui prenait la gorge, elle se força à sourire, affichant un masque qu'elle avait perfectionné pendant des années. Percy ne sembla pas voir au travers, comme il avait su le faire tant de fois auparavant, ce qui la blessa d'autant plus. Peut-être ne voulait-il simplement pas voir au-delà de ce qu'elle prétendait ressentir cette fois-ci, peut-être que ça l'aidait à oublier leur dérapage…

- Tout ça c'est grâce à toi, alors merci pour tout…

Le jeune homme ne put s'empêcher de poser sa main sur son bras, et sa caresse lui fit un grand bien.

- De rien, c'est vraiment un plaisir de t'aider, murmura-t-elle en se mordillant la lèvre.

La main de Percy s'attarda sur son bras, et la jeune fille nota son regard oscillant entre ses yeux et ses lèvres, mais il ne fit rien de plus. La sonnerie les rappela à l'ordre, et c'est avec regret qu'Annabeth regarda le brun faire un pas en arrière.

- Je dois y aller, je…

Percy hésita un instant, se frottant la nuque en la regardant furtivement, avant de renfoncer ses mains dans ses poches en baissant la tête.

- On se voit plus tard ? Finit-il par dire.

- Ouais, à toute à l'heure.

L'étincelle d'espoir qui s'était allumée dans l'esprit d'Annabeth la brûla, et le nœud déjà présent dans sa gorge depuis quelques minutes grossit, manquant de l'étrangler. Rassemblant la volonté qui lui restait, elle partit de son côté, rejoignant Piper pour leur cours de français le cœur lourd. Traînant des pieds, elle monta lentement les escaliers vers leur salle, affichant un petit sourire en voyant son amie.

- Heureusement qu'on a réussi à faire décaler le contrôle, entre le bal et le week-end surprise passé avec Jason, j'ai à peine eu le temps de relire le dernier cours, sourit Piper une fois la blonde près d'elle devant la porte.

- Tu t'en serais très bien tirée sans ça, on dirait que le français est davantage ta langue que l'anglais…

- Ok, qu'est-ce qu'il t'arrive ?

- Rien, tout va bien.

- A d'autres Annabeth. Il s'est passé quelque chose avec Percy, ça crève les yeux.

Annabeth se pinça le nez en s'adossant au mur du couloir, sentant la migraine venir. Pourquoi tout devait être si compliqué ? Avec Percy, tout avait toujours été si simple, qu'est-ce qu'il s'était passé pour que du jour au lendemain, tout parte à volo ?

- Je l'ai embrassé, lâcha-t-elle.

- Quoi ? Mais c'est super ! Enfin ! Je suis tellement contente pour vous, c'est génial, c'est…

Son ami la fusilla du regard, ce qui stoppa l'élan de joie de Piper qui commençait à s'agiter dans tout les sens.

- On s'est embrassés vendredi soir, et depuis, plus rien.

- Comment ça plus rien ?

Leur professeur arriva au même moment, et les deux filles ne perdirent pas de temps en s'installant, voulant poursuivre leur conversation.

- Je n'ai reçu aucun message ce week-end.

- Tu connais Percy, il a probablement juste paniqué. Je pense qu'il avait simplement peur de faire quelque chose de mal…

- C'est ce que je me suis dit, mais tu as bien vu comment il était ce midi ! C'est tout juste s'il m'a adressé la parole.

- Tu ne l'avais pas vu avant ça ?

Annabeth fit passer sa copie avec celle d'autres camarades tout en réfléchissant, se rappelant de leur pause le matin-même.

- On s'est croisés dans les couloirs, juste avant que tu n'arrives. J'allais le voir quand tu m'a embarquée d'ailleurs.

- Mais pourquoi tu ne me l'a pas dit ?! Je me serais débrouillée toute seule pour le contrôle !

- Mesdemoiselles, pourriez vous stopper votre conversation et suivre le cours s'il vous plaît ? Les interrompit leur professeur.

Les deux adolescentes hochèrent de la tête et se firent petites quelques minutes avant de reprendre là où elles s'étaient arrêtées.

- Je pensais que tu l'avais vu, murmura Annabeth.

- Mais si je l'avais vu je serais restée en retrait pour vous voir vous embrassé, je vous aurais sauté dessus et après seulement je t'aurais embarquée !

Piper se frappa le front du plat de la main en fermant les yeux, énervée contre elle-même.

- C'est de ma faute, il a du penser que tu le fuyais ou quelque chose dans le genre, et maintenant il ne doit plus savoir quoi faire de peur de te voir partir loin de lui. Il est amoureux de toi, je le sais Annabeth.

- Si c'était vraiment le cas, il aurait fait quelque chose ce midi, il m'en aurait directement parlé. Au pire, il lui aurait suffit d'être comme d'habitude, mais au lieu de ça il m'a à peine regardé de tout le repas.

- Mais puisque je te dis qu'il a peur ! Il tient tellement à toi qu'il est prêt à cacher ses sentiments pour rester proche de toi.

- On est pas proche, plus maintenant…

- Alors là non Annabeth ! Je n'ai pas passé toute l'année à vous pousser l'un vers l'autre pour que vous reculiez maintenant ! C'est hors de question !

- Piper McLean ! Qu'est-ce qu'il vous arrive ?

La jeune fille se tourna vers l'homme en costume trois pièces qui leur faisait cours, refoulant sa colère comme elle put.

- Rien, marmonna-t-elle.

- Alors suivez le cours ! C'est mon dernier avertissement, si je vous entends encore une fois, je vous colle un devoir pour la semaine prochaine !

Piper se mordit la langue et croisa les bras, se retenant à grande peine de lui dire ce qu'elle pensait. La seule raison pour laquelle elle ne lui crachait pas ses quatre vérités en pleine face, c'était Annabeth. Elles devaient finir leur discussion, et si elle s'énervait contre leur professeur, elle se ferait virer à coup sûr de la salle.

- Maintenant tu vas m'écouter Chase, souffla-t-elle entre ses dents, ouvre bien tes oreilles, parce que j'en ai marre de vous entendre dire n'importe quoi chacun de votre côté. Percy est fou de toi, et il l'a toujours été, depuis le jour où il t'a vu. Il est complètement fasciné par toi, il ne jure que par toi, il ne pense qu'à toi, il ne veux que toi. Il est peut-être maladroit, mais il t'aime, il t'aime tellement qu'il fait absolument tout passer après toi, y compris lui-même. Je suis sûre qu'en ce moment, il est aussi blessé que toi, alors s'il te plaît, je t'en supplie, fais quelque chose. Retourne l'embrasser, parle-lui, crie-lui même dessus si tu veux, mais montre lui que tu l'aimes, montre lui que ces sentiments qu'il cachent sont réciproques.

Annabeth ne répondit pas, dessinant sur son cahier en écoutant sa meilleure amie. Elle était complètement déchirée entre ce que lui disait sa tête et ce que lui criait son cœur à cet instant. Si le premier lui rappelait qu'avouer ses sentiments à Percy, s'était être vulnérable et se mettre en danger, le second ne demandait que ça. Elle en avait marre d'être tiraillée entre ces deux envies contradictoires, marre de toujours se poser des questions sur sa relation avec Percy, marre de toutes ces complications…

- Bien, fit-elle en posant son stylo, je vais faire un effort et ne pas me fermer complètement. Mais ne me demande pas d'aller vers lui, j'ai déjà fait le premier pas une fois, c'est à lui de venir vers moi maintenant.

La journée parue bien triste et longue pour Percy, qui faisait à peine attention à ce que ses professeurs pouvaient dire. Son esprit tout entier était tourné vers Annabeth, et à ce qu'il s'était passé le midi même, ou plutôt ce qu'il ne s'était pas passé. Il s'était comporté comme un idiot, et le regard d'Annabeth quand il était parti sans lui donner d'explications…

Quand son dernier cours se termina, il partit sans un mot, claquant la portière de sa Jeep une fois à l'intérieur. Laissant la colère monter, il donna un coup dans son volant avant de démarrer. Si seulement il avait pu prendre son courage à deux mains pour une fois, s'il avait pu lui dire tout ce qu'il avait à lui dire, quitte à s'entendre dire qu'elle ne ressentait pas la même chose. Son sourire ne l'avait pas dupé, il avait très bien vu qu'il l'avait blessée toute à l'heure, mais il avait tellement peur. Il était terrifié à l'idée de faire une erreur et de la perdre, et il ne savait pas quoi faire. Il s'était retenu durant tout le déjeuner de lui prendre la main ou de passer son bras autour d'elle, et l'envie de la prendre dans ses bras dans le couloir avait été si forte qu'il avait du garder ses mains profondément enfouies dans ses poches pour ne pas craquer.

Il ne voulait pas la blesser, mais il ne savait pas s'ils pouvaient encore faire tout ce qu'ils faisaient avant de s'embrasser sans la mettre mal à l'aise. Tout ce qu'il voulait, c'était qu'elle soit heureuse…

Montant péniblement les escaliers jusque chez lui, il poussa la porte d'entrée avant de lâcher son sac et de se laisser tomber dans le canapé.

- Bonsoir ! Tu as passé une bonne journée ? Demanda Sally en le rejoignant dans le salon.

- Non.

- Comment ça non ?

- Je… J'ai fait n'importe quoi maman. Je me suis conduis comme un idiot, j'ai tout raté, comme d'habitude…

La mère du jeune homme fronça les sourcils avant de s'approcher de son fils, lui caressant les cheveux en essayant de le détendre.

- Ne dis pas ça Percy, peu importe ce qu'il s'est passé, je suis sûre que tu peux y remédier.

- Je ne sais pas…

- Raconte-moi.

Le jeune homme raconta toute sa journée à sa mère, se mettant à déambuler dans la pièce. Sally le laissa faire, s'asseyant dans le fauteuil tout en le regardant, ne disant rien tant qu'il parlait. Après un moment, Percy s'arrêta de marcher et se tourna vers elle, légèrement essoufflé.

- Alors, qu'est-ce que tu en penses ?

- Ce que j'en pense, sourit-elle, c'est que vous êtes deux adolescents amoureux et maladroits.

- Quoi ? Non, tu ne m'as pas écouté, Annabeth est partie quand elle m'a vu ce matin, elle…

- Annabeth est une jeune fille intelligente, et qui ne fait rien sans avoir réfléchi aux conséquences de ses actes. Si elle t'a embrassé vendredi, c'est qu'elle savait très bien ce que ça impliquait. Tu m'as dit qu'elle allait te rejoindre quand Piper est apparue, crois-tu vraiment qu'elle aurait avancé vers toi si elle avait vraiment voulu t'éviter ? Tout ça n'est qu'un gros malentendu, ce n'est rien de grave. Par contre, tu risques de la perdre si tu ne rectifies pas le tir rapidement. Elle est amoureuse de toi, ça ne fait aucun doute, tout comme tu es amoureux d'elle, mais elle n'hésitera pas à se renfermer si elle crois que ses sentiments ne sont pas réciproques, et si jamais elle se renferme, tu ne pourras plus rien faire. Sois courageux mon fils, et dis-lui les choses clairement.

Percy se passa les mains sur le visage en soupirant, la tête prête à exploser. Pourquoi tout était si clair pour les personnes extérieures, et si compliqué pour lui ?

- Il faut que je trouve comment lui avouer ce que je ressens, je ne peux pas faire ça dans un couloir au milieu d'élèves ou sur un parking. Il faut que ce soit parfait.

Recommençant à faire les cent pas, il réfléchit à une manière de faire. Il aurait bien fait ça à l'aquarium, mais il craignait de tomber au moment d'une sortie scolaire. La bibliothèque était exclue d'office, avec tout ses livres qui le rendait nerveux. Central Park était une bonne idée, il trouverait facilement un coin isolé pour parler, mais il lui avait déjà fait une surprise là-bas. Il voulait quelque chose de nouveau, qui la surprenne et les mette tout les deux à l'aise…

L'idée surgit comme un éclair dans la nuit, et il se tourna vers sa mère tout en commençant des recherches sur son portable.

- Dis-moi, tu ne connaîtrais pas la recette de la tarte au citron meringuée ?


Bonjour ! Me voici avec quelques jours de retard, encore. Je suis vraiment désolée pour le manque de ponctualité dont je fais preuve depuis deux chapitres, mais pour ne rien vous cacher, la fatigue des cours est assez pesante ces temps-ci (mes dernières et seules vacances remontent à Noël), je commence mes révisions pour mes examens de fin d'année, et j'ai des problèmes de connexion internet. Je tenais juste à vous rassurer, ce n'est pas parce que je mets plus de temps à poster que j'arrête, ce n'est pas dans mes habitudes de commencer quelque chose et de ne pas terminer, alors ne vous inquiétez pas.

J'espère malgré tout que ce chapitre vous a plu, merci pour tout vos gentils reviews, et j'attends vos réactions avec impatience !

Enfin, voici les réponses aux questions de Gaëlle (que j'embrasse bien fort pour ses magnifiques commentaires qui ne manquent jamais de me faire sourire !) :

- En commençant le chapitre précédent, je ne savais pas quelle taille réserver au bal. J'ai conscience que le passage au bal à proprement parlé n'est pas aussi long que le reste, mais je considère que le chapitre entier traite du bal, et que la préparation comme le baiser font partie intégrante du dit bal :)

- Je comprends ta curiosité sur le sequel, ça me fait plaisir que tu sois intéressée par la suite de cette fanfiction, mais je ne donnerais des informations sur cette suite qu'au moment venu, il faudra être patiente donc ;)

C'est tout pour le moment, je vous poste la suite au plus vite, à bientôt et merci !