Chapitre 32
Annabeth sursauta en entendant son portable sonner et se redressa dans le canapé, prenant quelques secondes pour se réveiller avant de décrocher. Après le départ de Percy, elle avait rangé le désordre de la cuisine et s'était retrouvée seule dans la maison à présent silencieuse. La colère redescendue, elle s'était laissée aller dans le canapé et s'était endormie sans s'en rendre compte.
- Annabeth ? C'est Sally, je suis désolée, je te réveille ?
- Ce n'est rien, tout va bien ?
- Ça va, mais est-ce que tu pourrais dire à Percy qu'il doit rentrer maintenant ? Je lui avait donné la permission de onze heures et il est une heure du matin.
- Percy n'est pas rentré ?
- Non, et comme il ne répond pas à mes messages et qu'il ne décroche pas son téléphone, je pensais qu'il était toujours avec toi.
- Il est parti depuis un moment, et ça ne lui ressemble pas de ne pas te répondre…
Une sonnerie de téléphone raisonna dans le haut-parleur du portable d'Annabeth alors qu'elle commençait à s'inquiéter, se demandant où pouvait bien être Percy à cette heure-ci. Peut-être avait-il décidé de faire un tour pour se calmer, plutôt que de rentrer chez lui. Oui, sans doute était-il allé à Central Park pour marcher un peu en oubliant son portable dans sa voiture.
- J'ai un double-appel, je te reprends dans un instant, lui fit Sally.
Annabeth attendit, sa patience étant mise à rude épreuve. Elle avait beau essayer de se rassurer en se racontant des histoires, elle savait bien que ce n'était pas normal. Rien de ce qui s'était passé ce soir n'était normal.
Le temps lui sembla horriblement long, et elle se retrouva à tourner dans le salon, résistant à l'envie de se ronger les ongles. Où était Percy ? Qu'était-il en train de faire ?
- Annabeth ? Appela Sally d'une voix légèrement tremblante.
- Oui ?
- C'était l'hôpital, Percy a eu un accident.
Tout se stoppa autour de la jeune fille. Elle se figea, incapable de comprendre ce qu'on venait de lui annoncer.
- Comment ça, qu'est-ce qui s'est passé ? Réussit-il à articuler.
- Je n'en sais pas plus, ils l'ont retrouvé inconscient au croisement d'une rue, je pars le rejoindre.
- D'accord.
La mère du jeune homme raccrocha, et Annabeth se retrouva seule, réalisant petit à petit. Percy avait eu un accident, et il était à l'hôpital. Il avait eu un accident en partant de chez elle.
Son cerveau se mit en pilotage automatique, et elle appela Piper, luttant contre le flot d'émotions qui menaçait de la submerger à tout instant.
- Allô ?
- Je suis désolée de te réveiller, mais je ne savais pas qui appeler d'autre. Je, c'est Percy, il a eu un accident de voiture, l'hôpital vient d'appeler Sally, il était inconscient…
- Ralentis Annabeth, lui demanda son amie. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- Je ne sais pas, Sally vient de partir le rejoindre.
- Je m'habille et je viens te chercher.
- Je suis toute seule avec mes petits frères.
- Je réveille Jason, il restera chez toi pendant qu'on sera à l'hôpital.
- D'accord.
L'appel terminé, elle monta se changer. Beaucoup trop de choses se mélangeaient dans sa tête, et elle se sentait sur le point de craquer pour de bon. La jeune fille était à fleur de peau, et elle craignait que ce soit la chose de trop qui lui fasse perdre le contrôle. Après avoir refoulé ses sentiments pendant toutes ces années, elle ne savait plus comment réagir face à elles, et elle se retrouvait à présent au bord d'un précipice dont elle ne voyait pas le fond. Tout semblait distendu, le temps comme l'espace, et elle avait l'impression très désagréable d'être là sans être là.
Quelqu'un toqua à la porte, ce qui la sortit de sa torpeur, et elle se leva pour aller l'ouvrir, découvrant Jason en jogging et tee-shirt, les cheveux en bataille.
- Salut, comment ça va ?
- Je… Je ne sais pas, je crois que j'ai du mal à réaliser.
- Je comprends. Piper t'attends dans la voiture, tu peux partir tranquillement. Je me chargerai de veiller sur tes petits frères.
- Merci pour ton aide.
- C'est normal, tu aurais fait pareil à ma place.
Le jeune homme lui posa la main sur l'épaule en signe de soutien, se voulant rassurant. Annabeth hocha de la tête pour le remercier, avant de jeter un coup d'œil à l'heure.
- Ils risquent de faire des cauchemars, et ils seront sûrement secoués demain matin, la soirée a été un peu spéciale. Ils peuvent m'appeler quand ils veulent, et s'ils ne veulent pas aller à l'école, ils peuvent rester à la maison. Si jamais tu croises mon père, dis-lui de m'appeler, histoire que je le mette au courant des derniers événements.
- Ça marche, ne t'inquiète pas je me charge de tout ici. Je te donnerai des nouvelles par messages, tiens-moi au courant pour Percy.
- C'est promis. Merci encore pour ton aide, répondit la blonde avant de filer.
Piper était garée juste devant la maison, la fenêtre baissée en attendant que son amie la rejoigne pour partir vers l'hôpital. Jason n'avait sans doute pas vu ses bandages et autres pansements à cause de la pénombre de la nuit, mais avec la lumière dans l'habitacle du véhicule, son amie ne put les manquer.
- Mon dieu Annabeth, qu'est-ce qu'il t'est arrivée ?
- Ce serait trop long à expliquer. On doit rejoindre Sally à l'hôpital, je veux savoir comment va Percy, souffla-t-elle en s'attachant.
- On est deux dans ce cas, mais je veux aussi savoir ce qu'il t'est arrivée.
- Piper, s'il te plaît. La soirée a été assez compliquée comme ça, tout ce que je veux c'est m'assurer que mon petit-ami va bien.
- Et moi j'aimerais savoir pourquoi ma meilleure amie a des blessures sur tout le corps et pourquoi mon meilleur ami s'est retrouvé à l'hôpital ! Répliqua la jeune fille.
- Ma belle-mère m'a frappé !
Annabeth se figea dans son siège et fixa la brune assise à ses côtés, se sentant tout à coup épuisée. Elle n'avait plus la force de se battre pour cacher quoi que ce soit, elle se sentait à bout de force, le poids de toutes les années passées l'accablant, pesant sur ses épaules comme une chape de plomb qu'elle ne pouvait plus porter.
Piper resta silencieuse, la bouche entre-ouverte sans qu'un son ne passe la barrière de ses lèvres. Se laissant emporter par son aveu, Annabeth prit une grande inspiration et se lança.
- Ma belle-mère me bat depuis que j'ai sept ans. Mon père n'est pas au courant, il n'est pas souvent chez moi, et quand il est là, elle se tient. Elle évitait d'y aller trop fort quand mes petits frères étaient là, mais depuis quelques temps, elle ne retient plus ses coups.
- Percy est au courant ?
Annabeth devina dans l'intonation de sa voix que l'adolescente était au courant de l'enfance qu'avait eu le jeune homme.
- Oui, il était caché sous mon lit un soir où Isabel est venue dans ma chambre. Je l'ai convaincu de ne pas intervenir.
La jeune fille accusa le coup, fronçant les sourcils, les mains posées sur les cuisses. Elle avait toujours su qu'Annabeth lui cachait quelque chose, mais elle n'en revenait pas de ne rien avoir vu. Pourtant, elle avait souvent vu des bleus ou des griffures, ça aurait dû la mettre sur la voie…
- Je suis désolée Annabeth, murmura-t-elle. J'aurais dû le voir par moi-même, tout était sous mes yeux.
- Ne t'excuse pas, j'ai tout fait pour que personne n'apprenne rien, et si j'avais bien fait les choses, Percy n'aurait jamais rien su de tout ça et on n'en serait pas là…
- De quoi tu parles ? Demanda la brune en démarrant, partant enfin pour l'hôpital.
Annabeth garda le silence, et cette fois son amie la laissa tranquille, se concentrant sur la route. Toute la soirée repassa dans sa tête, avec tout ce qu'elle avait pu dire à Percy. Réalisant les paroles qu'elle lui avaient adressé sous le coup de la colère, elle laissa sa tête aller contre la vitre. Le remord commença à la ronger, mélangé à la culpabilité. Si elle ne s'était pas énervée, ils ne se seraient pas disputés, et si elle n'avait pas viré Percy de chez elle comme un malpropre, il n'aurait pas eu d'accident.
- Annabeth, on est arrivées.
Relevant la tête, elle réalisa que la voiture était garée sur le parking. La jeune fille se détacha et sortit du véhicule, accueillant la brise fraîche avec gratitude. Piper l'attendit le temps qu'elle fasse le tour de la voiture, et elles marchèrent jusqu'aux portes de l'accueil de l'hôpital. Une bouffée de panique envahit Annabeth, qui peina à mettre un pied devant l'autre une fois entrée dans le bâtiment. Elle tenta de se ressaisir et passa les bras autour de son buste pour se rassurer, mais les murs blancs, les néons et les sirènes de pompiers ne faisaient rien pour arranger les choses.
- Percy est toujours au bloc, ils n'ont pas fini de s'occuper de lui, l'informa Piper en revenant vers elle.
- Où est Sally ?
- Je ne sais pas, elle a dû réussir à passer avant qu'on arrive. On la retrouvera quand Percy sera sorti de la salle d'opération.
L'adolescente hocha de la tête, le regard dans le vide, ce qui inquiéta Piper. Elle s'approcha de son amie, posant sa main sur son bras pour attirer son attention.
- Tu es sûre que ça va ?
- Non ça ne va pas Piper, tout ce qui lui est arrivé est de ma faute ! C'est à cause de moi s'il est à l'hôpital, si je n'avais pas été là il n'aurait jamais eu tout ces problèmes.
- Mais qu'est-ce que tu racontes ? Vous n'étiez même pas ensemble quand il a eu son accident !
Annabeth se laissa tomber sur un des bancs vides du couloir, luttant contre sa gorge qui se serrait à cause de l'émotion.
- Percy est venu à la maison ce soir, on a révisé, et on se chamaillait quand tout a dérapé. Il a vu une coupure sur mon bras et un bleu sur mes côtes qu'Isabel m'a fait, et il m'a tout de suite demandé si elle était toujours là. Je lui avait dit qu'elle était partie il y a quelques mois, j'espérais pouvoir tenir jusqu'à la fin de l'année, et une fois sûre d'avoir ma place en fac loin d'elle, je l'aurais dénoncée. Je voulais que mon père puisse avoir le temps de préparer mes petits frères à la nouvelle, que les choses se fassent le plus sereinement possible. Isabel m'a appelée, et Percy m'a demandée de rester avec lui, mais je suis descendue. Les choses se sont envenimées, elle s'est mise à me frapper, et il a appelé la police. Ma belle-mère a été arrêtée, mais mes petits frères l'ont vu se faire embarquer par les agents, ils pleuraient et criaient dans l'entrée. Quand les secours sont enfin partis, je me suis occupée d'eux, je les ai recouché, et j'ai rejoint Percy en bas. On s'est disputés, et je l'ai viré de chez moi. Si je n'avais pas fait ça, il n'aurait pas repris la route à ce moment, et il n'aurait pas eu d'accident.
Piper lui prit la main et la serra dans la sienne en lui souriant, tentant de la rassurer. Bien qu'heureuse du soutien de sa meilleure amie, Annabeth garda la tête baissée. Pour l'instant elle était auprès d'elle, mais quand elle allait apprendre ce qu'elle avait dit à Percy avant de le mettre à la porte, la jeune fille n'était pas sûre que la brune continue de la soutenir.
Les deux adolescentes restèrent dans la salle d'attente pendant un long moment, une éternité selon Annabeth. Le bruit des portes s'ouvrant et se fermant au rythme du personnel et des patients, de la sonnerie du téléphone, de la télévision qui diffusait un vieux reportage sur la construction d'immeubles new-yorkais la rendaient folle. Elle ne supportait plus ce calme ambiant qui était bien loin de son trouble intérieur, et serrait les dents en attendant avec impatience qu'on lui apporte des nouvelles de Percy, relevant la tête à chaque fois que quelqu'un passait près d'elle. Piper faisait ce qu'elle pouvait pour la rassurer, mais elle aussi était inquiète pour son meilleur ami, et elle avait tout autant de mal à se tenir tranquille, si ce n'est plus.
Deux patients furent admis et une personne arrivée après les deux jeune filles repartait quand un médecin avança enfin vers elles.
- Vous êtes des proches de Persée Jackson ? Leur demanda-t-il, un dossier dans la main.
- Comment va-t-il ? Souffla Annabeth en se levant.
Piper l'imita, croisant les bras en se mordant l'intérieur de la joue, attendant de savoir où se trouvait le jeune homme pour aller le voir.
- La collision avec l'autre véhicule a été violente, le conducteur qui lui est rentré dedans était ivre et ne s'est pas arrêté au feu. Heureusement que votre ami avait attaché sa ceinture, ou l'accident aurait pu lui être fatal. Les pompiers l'ont retrouvé inconscient dans sa voiture, il avait une entaille au niveau de la tête qui a nécessité quelques points de suture, ainsi que des coupures superficielles sur tout son corps. Il a été emmené en chirurgie d'urgence à cause de l'éclat de taule qui l'a transpercé.
Déjà mal en point, Annabeth se sentit blêmir et son souffle se coupa.
- Comment ça transpercé ? Demanda-t-elle.
- Un morceau de métal était logé dans son dos quand il est arrivé. A quelques centimètres près, l'éclat touchait la colonne vertébrale et il était paralysé.
- Oh mon dieu…
- Il a aussi un traumatisme crânien, on va encore devoir lui faire passer quelques tests pour connaître la gravité du trauma. Je sais que les informations que je vous donne ne sont pas très encourageantes, mais sachez que le diagnostic vital n'est pas engagé. Nous allons devoir surveiller les lésions potentielles quand il se réveillera, mais il vivra dans tout les cas.
- Est-ce qu'on peut aller le voir ?
- Bien sûr, sa chambre est au cinquième étage, chambre 303. Il ne se réveillera pas avant demain soir au mieux, voire après-demain à cause du choc à la tête et de l'anesthésie pour l'opération. Sa mère se trouve déjà avec lui, elle a suivi le déroulement de l'opération depuis la salle d'attente du bloc.
Piper remercia le chirurgien qui leur sourit avant de repartir vers d'autres patients, et se tourna en parlant à Annabeth, lui prenant le bras pour la tirer vers l'ascenseur. La jeune fille voyait les lèvres de son amie bouger, mais elle n'entendait pas un mot de ce qu'elle lui disait, prenant conscience de tout ce qu'avait dit le chirurgien. Des images de Percy en sang, tout seul dans la nuit, recroquevillé dans sa voiture, le dos transpercé l'assaillaient, sans qu'elle puisse rien faire pour les arrêter. Elle s'imaginait assister à l'accident depuis un trottoir voisin, voyant la voiture foncer sur celle de Percy, impuissante. Elle avait beau crier, le prévenir, rien n'y faisait. Emprisonnée dans ses pensées, elle s'approchait de lui pour découvrir son visage écrasé contre la portière, son tee-shirt montrant une tâche rouge s'agrandissant à chaque seconde qui passait. Ses mains pendaient mollement à ses côtés, il ne répondait pas quand elle lui parlait.
- C'est la prochaine porte à gauche, on y est presque, lui fit Piper.
- Je ne peux pas.
La jeune fille s'arrêta net et se retourna, découvrant le visage ruisselant de larmes d'Annabeth. Depuis qu'elle la connaissait, elle ne l'avait jamais vu pleurer. La voir aussi fragile la déstabilisait, et pourtant elle était habituée à voir les gens craquer. On se tournait naturellement vers elle quand on cherchait du réconfort, surtout à cause des peines de cœur, mais Annabeth ? Pas une seule fois. Sa meilleure amie ne s'était jamais montrée aussi vulnérable face à elle.
- Hey, souffla-t-elle en faisant un pas vers elle, arrête de t'en vouloir, tu n'as rien fais de mal. Entre dans cette chambre, ça lui fera du bien de t'avoir à ses côtés. J'ai souvent entendu dire que même inconscientes ou dans le coma, les victimes ressentent la présence de leurs proches.
- Je lui ai dit qu'il ne valait pas mieux que Luke.
Annabeth fixa son amie, les yeux écarquillés par ce qu'elle venait de dire. Le prononcer à voix haute lui faisait prendre conscience de la dureté et de la méchanceté avec laquelle elle avait traité le jeune homme, ce qui ne fit qu'accentuer sa culpabilité, faisant grimper sa crise de panique d'un cran.
- Piper, qu'est-ce que j'ai fait ? S'étrangla-t-elle, commençant à faire les cents pas dans le couloir. Percy voulait m'aider, et moi je lui ai balancé des atrocités au visage ! A chaque fois qu'il essaye de faire quelque chose pour moi, à chaque fois qu'il cherche à me protéger, je le repousse ! Même quand je lui ai dit qu'il ne valait pas mieux que Luke, il m'a dit qu'il voulait mon bonheur, que je sois heureuse. Je l'ai mis à la porte alors qu'il faisait ce qu'il fallait pour moi, ce que je n'ai jamais réussi à faire. Ma fierté et mon orgueil l'ont conduit ici, regarde ce que j'ai fait !
Piper réussit à lui attraper le bras quand elle passa devant elle et la ramena devant elle, la forçant à se tenir immobile en prenant son visage entre ses mains.
- Ecoute-moi bien Annabeth, tu vas respirer un grand coup et tu vas te calmer. En temps normal, je t'aurais passé un savon pour ton attitude envers mon meilleur ami, mais le fait est que nous ne sommes pas en temps normal, alors tu vas te reprendre, tu vas rentrer dans cette chambre, et tu vas veiller sur Percy. Vous réglerez tout ces soucis d'ego quand il se sera réveillé, mais en attendant, va le voir, sois à ses côtés comme lui a été à tes côtés quand tu en avais besoin.
Annabeth hocha la tête et la brune lui essuya ses larmes avant de la lâcher, la poussant doucement vers la porte de la chambre. Encore secouée, la jeune fille fixa le numéro de la chambre peint sur la porte en avalant sa salive, cherchant le courage d'entrer. Elle tourna la tête pour s'assurer que Piper la suivait, mais cette dernière avait sorti son portable de son jeans et faisait un pas dans la direction inverse.
- Tu viens avec moi ? Questionna la blonde.
- Je vais appeler Jason pour lui donner des nouvelles et savoir si tout se passe bien de son côté, je remonte dans un instant.
Elle ne donna pas le choix à Annabeth, partant de son côté en la laissant seule face à cette porte qu'elle avait si peur de passer. Prenant son courage à deux mains, la jeune fille frappa et attendit que Sally réponde pour abaisser la poignée, faisant un pas en avant.
Percy était étendu dans un lit d'hôpital, des bandages lui entourant le crâne et le torse, plusieurs pansements couvrant diverses coupures sur ses bras et son visage. Ses jambes étaient couvertes par une couverture, mais elle n'avait aucun mal à imaginer leur état. Une perfusion était reliée à sa main droite, et un électrocardiogramme sonnait à intervalle régulier dans la chambre blanche.
Annabeth recula d'un pas, se couvrant la bouche de la main en retenant ses larmes du mieux qu'elle put devant la vue de son petit-ami inconscient. Quand elle osa enfin regarder Sally, elle se rendit compte que cette dernière l'observait déjà, les bras noués autour de son corps, les yeux légèrement rougis et cernés par la peur et la fatigue.
- Je suis tellement désolée, murmura l'adolescente d'une voix étranglée.
La mère du jeune homme lui sourit avant de lui ouvrir les bras, et elle se précipita contre elle, éclatant en sanglots alors que Sally l'étreignait, la berçant doucement d'un côté à l'autre en lui caressant les cheveux.
- Calme-toi Annabeth, ce n'est pas ta faute. Il va s'en sortir, il a la tête dure ne t'inquiète pas, souffla-t-elle à son oreille en lui frottant le dos.
La jeune fille laissa s'échapper tout le stress, toute la culpabilité et la peur qu'elle avait gardé en elle jusque-là, et les pleurs finirent par s'espacer. Elle desserra sa prise autour de la mère de Percy et accepta le mouchoir qu'elle lui tendit, reprenant lentement ses esprits.
- Pourquoi as-tu tout ces pansements toi aussi ? Qu'est-ce qui t'est arrivée ? S'inquiéta-t-elle en observant Annabeth.
Attendant encore quelques secondes que sa respiration reprenne un rythme plus posé, la jeune fille lui expliqua tout ce qui s'était passé durant la soirée, depuis l'arrivée de Percy jusqu'à son départ, n'omettant aucun détail. Si elle avait craint que Sally lui en veuille en apprenant comment elle avait réagi après l'arrestation d'Isabel, elle fut soulagée de voir qu'elle ne lui en tenait pas rigueur. Quand elle eut terminé, elle s'approcha du lit et se pencha un petit peu en avant pour observer le visage de Percy, passant ses doigts dans ses cheveux en se faisant la plus douce possible.
- Les disputes font parti de la vie de couple tu sais, c'est comme ça, ça arrive. Il ne faut pas t'en vouloir pour l'accident, ce n'est pas toi qui conduisait la voiture et qui lui est rentré dedans. Ce qui est fait est fait, il faut aller de l'avant à présent.
Annabeth fît du mieux qu'elle put pour sourire, mais elle avait le cœur trop lourd pour ça. Rapprochant une chaise près du lit, elle s'assit juste à côté de Percy et lui prit la main, l'approchant de ses lèvres en posant le menton sur le matelas, gardant le regard rivé vers son visage en fronçant les sourcils. Pourquoi les choses finissaient toujours mal ? Pourquoi toutes les personnes à qui elle tenait finissaient par souffrir ? Par sa faute, ses parents s'étaient séparés. Sa mère avait fui son père à cause d'elle, et quand elle avait réalisé le fardeau qu'elle représentait, elle l'avait abandonnée sur un perron. Son père avait été forcé de l'élever, elle, le produit d'un amour brisé sans explications, et pour soulager sa douleur, il s'était noyé dans le travail. Ses petits frères avaient vu leur mère se faire arrêter à cause d'elle, et ils allaient grandir sans pilier maternel, comme elle. Son petit-ami se retrouvait dans un lit d'hôpital après l'avoir aidé. Qui serait le prochain, qu'arriverait-il ensuite ?
- Ne te torture pas l'esprit Annabeth, ça ne sert à rien, lui dit Sally en posant ses mains sur ses épaules. Il ne faut pas réfléchir dans ces moments-là, ton esprit est en train de s'emballer, tu ne dois pas le laisser t'emporter vers le fond. Tout ce qui nous reste à faire, c'est attendre que Percy se réveille. S'il y a bien quelque chose que je sais, c'est qu'il ne voudrait pas que tu te sentes coupable pour ce qu'il lui est arrivé, et il ne voudrait sûrement pas te voir pleurer. Tout va bien se passer, il en a vu d'autres.
Cette dernière phrase attira l'attention de l'adolescente, qui tourna la tête vers Sally. Percy ne lui avait jamais raconté les détails de son enfance passée avec son premier beau-père, prenant toujours soin d'éluder ses questions, riant ou déviant la conversation, restant vague quand il acceptait de répondre. Elle avait respecté son silence, sachant que raconter son expérience le replongerait dans son passé, le forcerait à revivre ces années de calvaire.
- Regarde bien sa main, indiqua Sally quand la jeune fille la questionna du regard.
Annabeth s'exécuta, approchant un peu plus la main de Percy qu'elle tenait entre les siennes pour mieux la voir. En faisant jouer la lumière, elle aperçut quelques petites traces de brûlures circulaires, principalement dans l'espace entre son pouce et son index. Les cicatrices étaient presque entièrement guéries, et elles étaient à peine visibles. Elle n'y avait jamais prêté attention, mais elle comprenait maintenant pourquoi ses mains étaient légèrement calleuses. Elle avait pensé que c'était dû au sport et à toutes ses activités en dehors des cours, mais l'explication était toute autre.
- C'est Gabe qui lui a fait ça ?
La femme postée au-dessus d'elle acquiesça, et Annabeth passa le pouce sur les marques comme pour essayer de les effacer, hésitant à demander plus de détails.
- Il avait neuf ans la première fois qu'il a fait ça, lui expliqua Sally. Percy venait de rentrer de l'école alors qu'il jouait au poker sur son ordinateur, et il l'a accusé de l'avoir fait perdre en faisant trop de bruit en défaisant ses chaussures. J'étais dans la salle de bain quand je l'ai entendu crier de douleur, et quand je suis arrivée, il avait des traces de brûlures sur la main et la joue rouge à cause de la gifle qu'il avait prise. Je lui ai mis de la crème pour éviter qu'il soit trop marqué, je suis restée auprès de lui pour l'aider avec ses devoirs, et je suis redescendue quand Gabe m'a appelée.
Ses yeux brillaient à cause des larmes, et Annabeth s'imaginait à peine l'horreur qu'elle avait dû vivre. Émue par ce qu'elle lui racontait, la jeune fille plaça une de ses mains sur celle posée sur son épaule, soutenant en silence la femme à ses côtés.
Sally garda sa main posée sur son épaule en faisant un pas sur le côté vers la tête de son fils, l'observant un moment en silence.
- Je l'ai déjà emmené à l'hôpital pour une coupure au crâne, ce ne sera pas sa première cicatrice à la tête, poursuivit-elle. Quand il avait onze ans, il s'est interposé entre moi et Gabe, qu'il s'apprêtait à me frapper. Percy a pris le coup à ma place, et sa tête a heurté le coin de la table assez fort pour l'ouvrir juste derrière l'oreille. Il a eu sept points de suture pour m'avoir protégé.
Annabeth tenta de s'imaginer le jeune homme à onze ans, alors qu'il n'était qu'un enfant, affronter une brute qui devait faire trois têtes de plus que lui et peser au minimum le double de son poids, si ce n'est plus. Elle l'admira pour le courage dont il avait fait preuve, et dont il continuait à faire preuve tout les jours.
- Je ne me suis jamais entièrement pardonnée de lui avoir fait vivre tout ça pendant si longtemps, et même s'il ne me l'a jamais reproché, je sait que j'aurais pu lui éviter tellement de coups et d'insultes, si j'avais trouvé la force de faire bouger les choses. Il a été fort quand j'étais faible, et il a su m'aider à remonter la pente. Il tient ça de son père tu sais, sourit Sally sans quitter des yeux le garçon allongé et inconscient. Lui aussi faisait toujours preuve d'un optimisme sans fin et d'une force de caractère hors du commun.
- Je ne savais pas tout ça, répondit Annabeth.
- Si je te le raconte, c'est pour que tu réalises que tu n'es pas seule à avoir traversé des épreuves, que je comprends la culpabilité que tu ressens, mais aussi que peu importe ce que tu feras, Percy sera toujours là et fera absolument tout ce qui est en son pouvoir pour te protéger, quitte à aller contre ton avis. Il faudra que tu apprennes à l'accepter, à accepter le fait que vous ne serez pas toujours d'accord, que vous vous disputerez parce que vous êtes deux forte-têtes obstinées, mais que vous surmonterez ces obstacles.
La jeune fille ne répondit pas, intégrant tout ce que lui avait dit Sally en silence, continuant sans en avoir conscience de caresser les cicatrices de Percy. Piper les rejoignit quelques minutes plus tard et elles discutèrent entre elles un moment avant que la brune ne s'assoit sur une chaise le long du mur, les yeux se fermant tout seul à cause de la fatigue. Sally s'installa en face d'Annabeth de l'autre côté du lit et se mit à lire à voix haute un roman trouvé dans le fond de son sac à main. Le ton et les inflexions de sa voix calmèrent la jeune fille, qui laissa sa tête aller contre les draps du lit d'hôpital, le regard porté vers le visage de Percy, sa main serrant toujours celle du garçon. Le stress et la tension étant redescendus, elle se fit rattraper par le manque de sommeil qui la fît doucement chavirer, et elle se laissa entraîner vers d'autres rivages, fermant les yeux, bercée par les récits de Sally.
Bonjour à tous ! Me voilà avec un nouveau chapitre, posté un peu plus tard que ce que je pensais pouvoir faire, mais j'ai eu des petits imprévus et la chaleur m'a ralenti. Le point positif, c'est que j'en ai fini avec les examens, alors je vais enfin pouvoir me consacrer à l'écriture ! Je vais revenir à un rythme de publication entre 7 et 10 jours, et d'après mes plans, il reste 5-6 chapitres avant la fin de cette fanfiction.
Petite Annonce : Pour fêter la presque fin de cette fanfiction et vous remercier de m'avoir accompagnée près d'un an, je vous propose de me faire part dans les commentaires d'une idée de OS que vous aimeriez me voir écrire ! Je sélectionnerai celles qui m'inspirent le plus et les publieraient dès que possible :)
WisePhoenix : les informations sur le séquel ne vont plus tarder à arriver, patience !
Gaëlle : Comme toujours, ton commentaire m'a fait plaisir, je n'ai pas du tout mal pris tes critiques, je savais que ce chapitre n'aurait pas un avis unanime, c'était un peu ce que je recherchais aussi ;) Merci pour ton inquiétude au sujet de mes examens, j'ai eu les résultats hier et j'ai validé mon année ! Pour ce qui est de Luke, je préfère te prévenir tout de suite histoire que tu ne sois pas déçue : il ne réapparaîtra pas, je l'ai plus utilisé comme un médium pour montrer le côté un peu sombre de Percy, mais je n'ai rien prévu d'autre pour lui dans cette fanfiction. Tout les OS que j'ai imaginé jusque-là portent sur Percabeth, mais je n'exclue pas d'en écrire sur d'autres personnages/couples.
Je crois que je n'ai rien oublié, alors je vous dit à bientôt et merci !
