Rappel : Si vous avez une idée de OS que vous aimeriez me voir écrire, n'hésitez pas à m'en faire part dans les commentaires !
Chapitre 33
Des médecins vinrent chercher Percy le lendemain matin pour lui faire passer d'autres tests et un nouveau scanner afin d'évaluer avec plus de précision le degrés de gravité de ses blessures. Annabeth émergea au moment où des brancardiers arrivèrent pour le sortir de la chambre, se rappelant petit à petit des événements de la nuit. Piper dormait toujours derrière elle sur sa chaise, sa veste lui servant de couverture. Sally était debout près de la porte, un café dans la main, observant le personnel de l'hôpital s'affairer autour de son fils. La jeune fille se leva, prête à les suivre quand ils sortirent le lit de la pièce, mais la mère de son petit-ami lui fit un signe.
- Réveille-toi tranquillement, je vais les suivre, lui fit-elle en souriant. On reviendra vite, ne t'en fait pas, profite-en pour manger quelque chose.
L'adolescente acquiesça, la regardant partir avant de s'étirer. La chambre était totalement silencieuse maintenant que les diverses machines présentes dans la pièce n'étaient plus reliées à Percy, ce qui lui parut étrange après les avoir entendu biper toute la nuit en bruit de fond.
Une fois bien réveillée, elle sortit en prenant soin de fermer la porte le plus doucement possible derrière elle pour ne pas déranger Piper et se dirigea vers l'ascenseur pour rejoindre le rez-de-chaussée avec sa cafétéria. En attendant que la cabine arrive à destination, elle regarda son portable, lisant les messages que lui avait envoyé Jason. Comme elle l'avait prédit, Bobby et Matthew s'étaient réveillés dans la nuit, réclamant leurs parents. Jason avait réussi à contrôler la situation, mais il se posait des questions, ce qu'elle pouvait comprendre.
L'ascenseur se stoppa et elle descendit, marchant en suivant l'odeur du café et des pâtisseries. La cafétéria était ouverte depuis peu, et pourtant elle était déjà à moitié pleine, plusieurs tables étant occupées par des personnes qui avaient aussi mauvaise mine qu'elle. Ne souhaitant pas s'attarder, la jeune fille commanda un café à emporter puis se dirigea vers la sortie de l'hôpital en espérant que prendre l'air lui ferait un peu de bien et l'aiderait à supporter la journée qui s'annonçait bien longue.
Le soleil était encore assez bas dans le ciel clairsemé de nuages blancs, et il faisait frais. Annabeth pris une grande inspiration, profitant du changement de température entre l'intérieur et l'extérieur pour s'éclaircir les idées, observant les gens qui se mouvaient autour d'elle en buvant quelques gorgées de son café. Profitant du fait qu'elle soit à peu près calme, elle appela Jason, désireuse d'avoir des nouvelles de ses petits frères de vive voix.
- Allô ? Entendit-elle à l'autre bout du fils.
- Salut Jason, c'est Annabeth.
- Oh salut, tout va bien, il y a du nouveau pour Percy ?
- Ça peut aller, on vient de l'emmener pour lui faire passer de nouveaux examens.
- Piper m'a dit que le diagnostic vital n'était pas engagé, tout devrait bien se passer.
- J'espère, soupira la jeune fille, je n'en peux plus de toute cette situation.
- Au fait, commença Jason sur un ton hésitant, tes frères m'ont posé des questions sur leur mère. Je n'ai pas tout compris, ils étaient assez agités, mais ils parlaient de la police, et des pansements que tu avais hier…
Annabeth réfléchit un instant, hésitant entre inventer quelque chose ou lui raconter la vérité. Après tout, Jason lui avait rendu service sans lui poser de question cette nuit, et Piper lui en parlerait certainement, alors autant le lui dire par elle-même.
- Oui, c'est un peu long à expliquer par téléphone, mais ma belle-mère me frappait, et Percy a appelé la police hier soir. Ils sont venus l'arrêter, et les garçons l'ont vu se faire embarquer.
Jason ne répondit pas tout de suite, encaissant la nouvelle. Annabeth lui laissa un peu de temps, regardant un camion d'urgentistes arriver en débarquant leur patient, filant vers le service de réanimation.
- Je suis désolé que tu aies eu à vivre ça, finit par dire le jeune homme.
- Ce n'est rien, j'ai survécu. Bobby et Matthew sont réveillés ?
- Non, ils dorment toujours. Ils doivent être fatigués avec tout ce qui s'est passé, je ne pense pas qu'ils pourront aller à l'école aujourd'hui.
- Tant pis, je vais appeler leur maîtresse pour les excuser. Au fait, dis-moi si jamais tu ne peux pas les garder plus longtemps, je me débrouillerai ne t'en fait pas.
- J'ai tout mon temps, il ne me reste que les tests sportifs à passer dans dix jours. Je veux pouvoir t'aider, et si ça te permet de rester auprès de Percy, je le fais avec plaisir.
- Merci beaucoup, vraiment, répondit l'adolescente avant de jeter son gobelet, se rapprochant des portes coulissantes de l'hôpital.
- C'est à ça que servent les amis, et puis tu aurais fait pareil pour moi. Piper est près de toi ?
- Elle dormait dans la chambre quand je suis descendue.
- Je comprends mieux pourquoi je n'ai pas de réponse à mes messages.
Sa remarque fit sourire Annabeth, lui faisant oublier un instant toute la situation dans laquelle elle se trouvait.
- Je vais retourner auprès d'elle, on te tient au courant si jamais il y a du nouveau.
- Ça marche, bon courage.
- Toi aussi.
Après avoir raccroché, la jeune fille repartit vers la cafétéria, reprenant un café avant de marcher vers l'ascenseur, se préparant à retourner dans la chambre de Percy. Il était tout juste sept heures du matin, et déjà tout le personnel s'agitait, montant et descendant les différents étages du bâtiment pour venir en aide aux patients le plus efficacement possible.
L'adolescente ne fît pas vraiment attention aux personnes qu'elle croisa dans le couloir une fois sortie de l'ascenseur, cherchant dans son répertoire le numéro de l'école de ses petits frères pour pouvoir les prévenir avant de retourner veiller son petit-ami. La tête penchée sur l'écran de son portable, elle ne vît pas son père à l'autre bout du couloir, et elle sursauta quasiment en entendant sa voix.
- Annabeth ?
Frederick se rapprocha, les yeux fixés sur sa fille qui se figea en le voyant marcher vers elle. Elle ne l'avait pas remarqué, mais les coups d'Isabel avaient laissé quelques traces visibles sur l'ensemble de son corps, et elle portait seulement un tee-shirt comme haut. Personne ne l'avait regardée bizarrement ici à cause de ses bleus, mais c'était sans doute parce qu'elle se trouvait dans un hôpital, et que les personnes blessées étaient monnaie courante. Cette indifférence lui avait fait oublier qu'elle avait des hématomes, mais le regard de son père le lui rappela amèrement.
- Qu'est-ce que tu fais là ? Finit-elle par demander.
- Une de tes amies m'a appelé pour me dire que tu étais à l'hôpital, que Percy avait eu un accident de voiture. Tu vas bien ? Le choc n'a pas été trop violent ? Et ton ami n'avait pas bu au moins avant de conduire avec toi dans la voiture ?
Abasourdie par sa présence et toutes les questions qu'il lui posait, Annabeth le fixa sans rien dire, essayant de tout bien comprendre en contrôlant la colère qu'elle sentait monter en elle. Se calmant, elle essaya de procéder de manière logique, sans se laisser emporter.
- Percy n'est pas juste un ami, c'est mon petit-ami, et non, il n'avait rien bu quand il a prit la route. C'est lui qui a eu un accident de voiture, je n'étais pas avec lui.
- Quoi ? Mais alors comment ça se fait que tu aies tout ces bleus ?
Faisant un autre pas vers elle, Frederick jeta des regards de chaque côtés, comme pour s'assurer que personne ne l'entende parler à sa fille.
- Il te frappe ? Demanda-t-il.
- Quoi ?! Bien sûr que non, Percy ne ferait jamais ça !
- Il ne faut pas que tu aies peur Annabeth, il ne peut pas te faire de mal, je suis là pour te protéger.
Ce fut la goutte d'eau qui fît déborder le vase. Comment son père pouvait se montrer aussi aveugle et hypocrite ?
- Et quand est-ce que tu étais là quand Isabel me frappait ?!
- Mais qu'est-ce que tu racontes, Isabel t'as toujours traitée comme sa propre fille, elle t'a élevée et s'est occupée de toi depuis tes sept ans.
- Elle ne m'a jamais considérée comme sa fille, mais plutôt comme une erreur, un fardeau dont elle aurait préféré se débarrasser. Je me suis occupée de moi-même dès qu'elle est venue vivre chez nous, et elle m'a fait vivre un enfer.
Le père de la jeune fille fronça les sourcils, la bouche entre-ouverte, tiraillé entre l'image qu'il avait de sa femme, et les mots qu'avaient prononcé sa fille. Comment est-ce que ça pouvait être possible ? Non, Isabel s'était toujours montrée gentille envers Annabeth, ferme certes, mais elle l'avait élevée, elle avait prit soin d'elle quand il n'était pas là. Il ne pouvait pas s'être trompé à ce point sur la femme qu'il avait épousé, la mère de deux de ses trois enfants...
- On en discutera plus tard, lâcha-t-il, pour le moment je voudrais voir un médecin pour savoir ce que tu as exactement…
- Non ! Je suis fatiguée d'attendre plus tard pour pouvoir te parler ! Tu as passé ta vie à me repousser, alors tu vas me faire le plaisir de m'accorder un peu de ton précieux temps. Pourquoi est-ce que je ne peux pas être ta priorité ne serait-ce qu'un instant ? Est-ce vraiment trop demandé ? J'ai toujours essayé d'être la fille parfaite pour toi, j'ai tout fait pour te rendre fier, mais tu t'es toujours dérobé ! Tu te rends compte que tu étais tellement obnubilé par ton travail et tes stupides conférences que tu n'as jamais rien vu ! Elle me frappait depuis des années et tu ne t'en ais jamais rendu compte !
Frederick resta planté devant elle, muet. Le pire dans tout ça, c'était que tout ce qu'Annabeth lui jetait à la figure était vrai. Elle avait essayé, elle avait tout fait pour qu'il lui accorde son attention, mais elle ressemblait tant à sa mère qu'il lui était douloureux de la regarder ou de l'écouter parler. Elle avait cette confiance, cette intelligence et cet aplomb qu'avait toujours possédé celle qu'il avait aimé. Ses yeux gris possédaient la même étincelle curieuse et un brin mutine que ceux d'Athéna, et Annabeth mordillait sa lèvre inférieure exactement comme elle quand elle était en pleine réflexion ou s'inquiétait. Sa fille n'avait hérité de lui que sa chevelure blonde, mais même ses boucles lui venaient de sa mère, et c'était juste trop dur pour lui. Malgré son mariage, il ne s'était jamais complètement remis de sa rupture avec son premier amour, et il s'était jeté à corps perdu dans son métier pour tenter d'oublier. Il fallait toujours qu'il travaille plus, plus longtemps, plus loin pour ne pas être constamment ramené à Athéna. S'il avait réussi à tenir le coup au début, voir Annabeth grandir et ressembler de plus en plus à la femme qu'il avait le plus aimé de sa vie avait été trop dur à supporter, alors il avait petit à petit abandonné. Il avait laissé tomber sa propre fille, sans se rendre compte de la souffrance grandissante de cette dernière.
- Percy s'est rendu compte que quelque chose n'allait pas, et il l'a vu faire. Un week-end, quand tu étais encore parti pour une de tes conférences à l'autre bout du pays, Isabel m'a frappée tellement fort que j'avais le visage en sang et des traces un peu partout. D'habitude, elle faisait en sorte de ne frapper qu'à des endroits qui ne se voyaient pas, mais elle a complètement craqué. Là encore, c'est Percy qui m'a aidée. Il m'a ramenée chez lui, a pris soin de moi avec sa mère, m'a redonnée le sourire. Ils m'ont convaincue de tout te dire, mais encore une fois, quand tu es rentré, tu ne m'as pas accordée ton attention plus de quelques minutes, et dès que Bobby et Matthew sont arrivés dans ton bureau, tu as préféré les écouter eux plutôt que moi. Je ne t'en veux pas de t'occuper d'eux, mais j'aurais voulu que tu t'occupes autant de moi que d'eux…
- Je suis désolé Annabeth, je…
L'homme fit un pas en avant, mais sa fille en fît un en arrière, croisant les bras en détournant le regard. Sa réaction blessa son père, mais il comprenait. Il avait passé trop de temps à la repousser pour qu'elle accepte un rapprochement maintenant.
- Hier soir, Percy est venu à la maison pour passer un peu de temps avec moi et réviser. Isabel m'a appelée et quand je suis descendue, elle m'a frappée parce que j'étais trop lente pour lui servir son dîner. Si Percy n'avait pas réagi en appelant la police, je ne sais pas dans quel état je serais aujourd'hui. Je comptais attendre jusqu'à la fin de l'année pour tout te dire, pour que tu puisses te préparer et préparer les garçons au mieux, mais les choses se sont passées autrement. Matthew et Bobby ont vu Isabel se faire embarquer, et je ne sais pas comment son départ va les affecter. Pour le moment c'est un de mes amis les garde, mais il faudra bien leur annoncer la nouvelle à un moment ou un autre. Tu vas certainement recevoir un appel du commissariat, puisque j'ai porté plainte, et il y aura sans doute un entretien avec les services sociaux pour s'assurer que je suis bien la seule concernée par les violences et que tu es apte à conserver la garde tout seul.
- Tu n'auras plus jamais à vivre ça, je te le promets, répondit Frederick. Les choses vont changer, je vais être plus présent à la maison, je vais faire des efforts.
- J'espère, se contenta de dire Annabeth en le regardant dans les yeux.
Le père de l'adolescente ne répondit rien d'autre, ne sachant trop comment réagir face à tout ce qu'il venait d'apprendre. Il était encore secoué par les nouvelles, profondément choqué de ne rien avoir vu. Comment est-ce que tout ça avait pu arriver sans qu'il ne se rende compte de rien ?
Remarquant le tumulte des émotions qui assaillait son père sans être capable pour autant de le soutenir, Annabeth resta plantée sur place, se mordillant la lèvre. Consciente du temps qui passait, la jeune fille finit par se racler la gorge, attirant l'attention de Frederick.
- Je vais aller voir si Percy est de nouveau dans sa chambre. Si tu veux m'accompagner…
- Oui bien sûr.
La jeune fille se mit en route vers la porte, et son père lui emboîta le pas, restant quand même à une certaine distance. Annabeth entra la première dans la chambre, ne regardant pas derrière elle pour s'assurer que son père la suivait. Percy était de nouveau là, tout comme Sally. Piper elle avait disparu, et la mère du jeune homme l'informa qu'elle s'était réveillée peu de temps avant qu'elle revienne. Elle était partie se dégourdir les jambes, et sans doute prendre un café, et peut-être allait elle en profiter pour prendre des nouvelles de son petit-ami.
- Les médecins ont dit quoi ? Demanda l'adolescente en serrant sa tasse de café contre elle.
- Les nouvelles sont plutôt rassurantes, la commotion cérébrale n'est pas très grave, il va avoir mal à la tête en se réveillant, une migraine de quelques jours et des étourdissements, mais rien de plus à priori. Sa plaie ne s'est pas infectée, la cicatrisation a même commencé dans son dos. Les tests de motricité n'ont montré aucun autre trauma, rien de cassé, pas d'entorse ni même de foulure, c'est un vrai miracle.
- Je suis assez d'accord...
Sally lui sourit et lui embrassa le front quand Annabeth s'approcha d'elle, lui frottant le dos un instant avant de relever la tête pour voir qui était entré en même temps que la jeune fille. Frederick se tenait à l'autre bout de la pièce, ne sachant trop quoi faire. Annabeth suivit son regard et se redressa, posant son gobelet sur la petite table à côté de la chaise qu'elle avait occupé toute la nuit.
- Sally, je te présente mon père. Papa, voici la mère de Percy.
L'homme avança en tendant la main, que Sally serra en souriant.
- Sally Jackson, fit-elle en relâchant sa poigne.
- Frederick Chase. Je suis désolé pour votre fils.
- Ce sont des choses qui arrivent, et il y a eu plus de peur que de mal, ne vous en faîtes pas.
Le silence retomba entre les deux adultes, dont les regards glissèrent vers le lit d'hôpital. Annabeth s'était rassise près du jeune homme, une main tenant son café, l'autre caressant l'avant-bras de Percy. Elle ne quittait pas des yeux son visage, un sourire tendre aux lèvres, et voir sa fille ainsi remua profondément Frederick. Il ne savait pas encore comment avait fait le jeune homme allongé sur le lit d'hôpital, mais il avait réussi à faire quelque chose que personne jusque-là n'avait réussi : briser la carapace d'Annabeth. Rien que pour ça, il lui était reconnaissant.
Une part de honte aussi l'habitait en voyant sa fille installée près de ce lit, veillant son petit-ami inconscient. Tout ce qu'avait fait Percy, le soutien et l'aide qu'il avait apporté à Annabeth, c'était ce que lui aurait toujours dû faire. Il avait failli comme père en ne protégeant pas son enfant, et maintenant il allait devoir apprendre à vivre avec.
Sally perçut la tension encore importante entre le père et sa fille, comprenant la position de chacun et compatissant avec Frederick. Elle aussi avait connu, sous d'autres circonstances, la honte et l'impuissance face à la vue de son enfant blessé. Certes, elle avait été témoin des violences vécues par Percy, mais son incapacité à lutter contre Gabe la renvoyait à la même position que le père d'Annabeth, qui n'avait été au courant de rien et n'avait pu agir.
- Je vais aller prendre un café pour me réveiller un petit peu, annonça-t-elle, vous vous joignez à moi ?
- Oh, euh, je ne sais pas…
Le regard de Frederick allait et venait entre Sally et Annabeth alors qu'il hésitait à sortir de la pièce. Comment est-ce que sa fille interpréterait ça ? Comme une preuve de lâcheté ? Une nouvelle fuite face aux problèmes ?
- Ça ne te dérange pas si on te laisse seule un petit moment dans la chambre ? Demanda Sally à la jeune fille.
- Du tout, allez-y.
Les deux adultes hochèrent de la tête et Frederick laissa passer Sally devant lui, regardant encore un instant sa fille avant de refermer la porte, rejoignant la mère de Percy.
- Votre fille est quelqu'un de remarquable, sourit-elle en montant dans l'ascenseur.
- Elle tient ça de sa mère.
- Je suis certaine qu'elle tient beaucoup plus de choses venant de vous que vous ne l'imaginez.
- Je ne sais pas, et même si c'était le cas, je ne pense pas qu'elle me laissera découvrir beaucoup de choses sur elle maintenant. J'ai trop attendu, elle restera toujours fermée face à moi.
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent et ils descendirent, allant s'installer à une table libre près d'une fenêtre donnant sur le petit parc de l'hôpital.
- Pour le moment elle ne veut peut-être pas vous parler, mais d'ici quelques temps les choses iront mieux, vous verrez.
- Je ne pense pas que je puisse récupérer près de dix-huit ans d'absence, soupira-t-il en buvant une gorgée du café qu'on venait de leur apporter.
- Il n'est jamais trop tard pour recommencer de zéro. Laissez-vous une chance, parce que je sais qu'Annabeth vous la laissera. Vous avez une fille absolument formidable, et je ne parle pas seulement de son intelligence. C'est une personne qui a un grand cœur, et qui est prête à s'ouvrir pour peu qu'on lui laisse le temps de retirer l'armure derrière laquelle elle se cache. Prouvez-lui qu'elle peut vous faire confiance à partir d'aujourd'hui, soyez patient avec elle, et laissez le temps faire son œuvre. Je ne dis pas que ce sera facile, ou que tout sera tout beau tout rose, mais ça en vaut le coup, vous ne pensez pas ?
D'habitude si sûr de lui, Frederick avait du mal à gérer tout ce qui se passait. Le regard fixé sur le fond de sa tasse, il réfléchissait à ce que venait de lui dire la femme assise en face de lui. Elle semblait connaître sa fille tellement mieux que lui que s'en était presque risible, mais plutôt que de lui jeter la pierre ou de l'accabler pour son absence et son ignorance, elle l'aidait et l'encourageait à essayer de nouer le contact. Il commençait à comprendre pourquoi Annabeth semblait aussi à l'aise avec elle, et si son fils tenait d'elle, il comprenait aisément qu'elle soit tombée amoureuse de lui.
- Je suis prêt à me battre pour ma fille, mais est-ce que je mérite vraiment sa confiance ? Ne serait-il pas mieux que je garde mes distances pour ne pas la gêner ?
- Vous voulez l'abandonner à nouveau ?
- Non ! Répliqua-t-il énergiquement, ce n'est pas ce que je veux, pas du tout, mais si c'est ce qu'elle souhaite, alors je me plierai à sa volonté. Elle mérite bien ça après ce que je lui ai fait vivre.
- Croyez-en mon expérience, ce dont Annabeth a besoin, c'est d'un parent qui soit là pour elle, de quelqu'un qui l'aime et prenne soin d'elle. Elle a besoin de redevenir une adolescente, de retrouver un peu de son innocence, et vous pouvez l'aider en reprenant votre vraie place à ses côtés.
Sally posa sa main sur son avant-bras en signe de soutien et lui sourit, et il vit toute la bonté dont rayonnait cette femme qu'il connaissait à peine. Il ne savait pas par quoi elle était passée, mais une telle sagesse et une telle capacité à prendre du recul face à ce type de situation lui faisait dire qu'elle n'avait pas connu que des jours heureux. Cela dit, elle semblait s'en être sortie, alors peut-être pouvait-il espérer une fin tout aussi positive.
- On vous a déjà dit que vous êtes de très bon conseil ? Fît-il avec un petit sourire.
Sally rit doucement avant de boire son café, puis la discussion dériva vers Percy, Frederick souhaitant en savoir un petit peu plus sur le petit-ami de sa fille.
Quelques étages plus haut, Annabeth veillait toujours Percy, sa main ne quittant jamais celle du jeune homme. Le bip régulier des machines qui les entouraient remplissait la pièce alors qu'elle l'observait en silence, passant ses doigts à l'endroit où on pouvait encore sentir les quelques cicatrices de brûlures laissées par Gabe.
- C'est quand même fou que je n'ai jamais remarqué ces cicatrices, murmura-t-elle au garçon endormi. J'aimerais que tu me racontes ce qui se cache derrière chacune d'elles, parce que je suis sûre que tu en cache d'autres. Moi aussi je te raconterai tout sur chacune de celles que je porte, comme ça je n'aurai plus de secrets pour toi. C'est fini les cachotteries et les mensonges, promis. Je suis désolée de m'être emportée contre toi, je suis désolée de m'être défoulée sur toi, tout ça parce que la situation a échappé à mon contrôle…
Annabeth se laissa retomber contre le dossier de sa chaise en soupirant, sentant une migraine poindre. Ses yeux la brûlaient à cause de la fatigue, et elle avait des courbatures à force d'être restée plusieurs heures d'affiler sans bouger, recroquevillée dans sa chaise.
- Tu vas vraiment réussir à me rendre folle, tu sais, continua-t-elle en se passant une main sur le visage. Je te promets que si tu ne te réveilles pas dans la journée, je vais te botter les fesses…
- J'ai essayé les menaces, mais ça n'a pas fonctionné, sourit Piper en entrant dans la pièce.
Annabeth lui rendit son sourire et la laissa s'installer, observant son amie rapprocher la deuxième chaise à côté d'elle avant de se laisser tomber sur l'assise.
- C'est toi qui a appelé mon père ? Demanda-t-elle.
Elle connaissait déjà la réponse, mais elle était curieuse de savoir pourquoi son amie avait fait ça.
- Effectivement. Tu ne peux pas endurer tout ça toute seule Annabeth, tu ne peux pas gérer l'accident de Percy, tes petits frères et ta belle-mère de front sans un peu de soutien.
- Tu as raison.
Sa réponse surpris la brune, qui haussa les sourcils, se laissant aller contre le dossier de sa chaise en conservant son air stupéfait. Elle s'était préparée à affronter un coup de colère de la jeune fille, à une dispute et à avoir à justifier son action, mais pas à ce qu'Annabeth admette qu'elle avait raison.
- Je sais que tu n'es pas en très bons termes avec ton père, mais il fallait qu'il soit au courant. Il va pouvoir reprendre sa place de parent, et s'occuper de tes petits frères et de toi.
- Je suis d'accord pour ce qui est de mes frères, mais je ne suis pas sûre de vouloir lui laisser une chance Piper…
- Crois-moi, je sais ce que c'est d'avoir un père absent, je sais que ça fait mal, mais si tu lui laisses une chance, il pourrait peut-être se rattraper.
- Je ne sais pas, il a passé des années à me repousser alors je ne pense pas que je puisse lui faire confiance de sitôt.
- Essaie Annabeth, même si ça doit prendre du temps, donne-toi la chance d'avoir un vrai parent dans ta vie.
C'est à cet instant que la jeune fille réalisa que Piper n'avait jamais parlé de sa mère. Au final, leur situation était assez semblable, avec un père absent et une mère inconnue. Elle n'avait jamais posé trop de questions, tout comme Piper n'avait jamais trop insisté sur le sujet de sa famille, mais si elle avait la chance de récupérer son père, alors peut-être devait-elle tenter le coup…
Frederick et Sally ne tardèrent pas à remonter, les rejoignant pour veiller Percy le reste de la journée. Plusieurs médecins et membres du personnel hospitalier vinrent vérifier les constantes du jeune homme, rassurant ses proches sur son état avant de partir vers d'autres patients, laissant le petit groupe attendre son réveil. Le père d'Annabeth resta jusqu'à la fin de l'après-midi, couvant du regard sa fille sans trouver le courage d'entamer une discussion directe avec elle. Il se contentait de répondre quand elle demandait l'heure, et il lui avait apporté quelque chose à manger le midi, ainsi qu'un café un peu plus tard, mais leurs échanges s'étaient arrêtés là. Au moins elle n'avait pas refusé ce qu'il lui avait donné, alors peut-être avait-il une chance, le temps le lui dirait.
Presque tout leur groupe d'amis rejoignit les deux filles dans la chambre, passant prendre des nouvelles après leur journée de cours. Tout le monde s'était inquiété en ne voyant ni Annabeth, ni Percy en cours, et l'absence en plus de Piper avait fini de les convaincre que quelque chose était arrivé. Les deux filles expliquèrent dans les grandes lignes l'accident et ce que les médecins leur avaient dit, omettant volontairement ce qui était arrivé à Annabeth et toute l'histoire avec sa belle-mère. Peut-être qu'un jour elle pourrait en parler librement et ouvertement à tout ses amis, mais pour le moment, il était encore trop tôt.
Piper repartit avec Jason plus tard en début de soirée, et Annabeth se retrouva seule aux côtés de Percy avec sa maman. Sally lui proposa de rentrer chez elle auprès de son père et de ses petits frères pour se reposer, mais la jeune fille refusa. Elle refusa même quand elle lui offrit de la ramener chez elle si le fait de se retrouver avec sa famille la mettait mal à l'aise, préférant rester près de son petit-ami. Sa patience était bien usée quand la nuit tomba, et elle sentait une nouvelle migraine poindre, mais l'adolescente resta assise à côté du jeune homme, les yeux papillonnant de fatigue. Avant de complètement sombrer, elle se positionna au mieux, posant sa tête sur le matelas en enserrant la main de Percy entre les siennes. Elle sentit Sally déposer une couverture sur elle, et le bruit des machines la firent plonger dans le sommeil.
La nuit était déjà bien avancée quand Sally décida de prendre une pause dans sa veille, allant prendre un énième café pour s'assurer de tenir jusqu'au matin. Annabeth était toujours étendue sur sa chaise, la tête posée près de ses mains rassemblées autour de celle de Percy, et elle dormait sans agitation, sa respiration gardant un rythme lent et constant.
C'est dans ce calme ambiant que le jeune homme reprit peu à peu conscience, inspirant profondément en avalant sa salive avant d'ouvrir lentement les yeux. Les lampes et moniteurs allumés autour de lui le désorientèrent et l'aveuglèrent, et chacun de ses muscles le faisait souffrir alors qu'il n'avait pas encore esquissé un mouvement.
Prenant le temps de s'habituer à la luminosité, Percy regarda rapidement autour de lui pour tenter de savoir où il se trouvait, et comment il était arrivé dans cet endroit. En voyant la transfusion et le bracelet avec son nom et son prénom inscrits dessus, il comprit tout de suite qu'il se trouvait dans une chambre d'hôpital. Faisant un effort de concentration, il essaya de comprendre comment il était arrivé là, la panique commençant à le gagner alors que des bribes de souvenirs lui revenaient, accentuant sa confusion plus qu'autre chose.
Dans la panique, son regard se posa sur un amas de boucles blondes, et son rythme cardiaque redescendit instantanément. Le jeune homme se remémora toute la soirée passée chez sa petite-amie, les traces de coups qu'il avait vu sur son corps, la police embarquant Isabel, leur dispute. Il se revit derrière le volant de sa Jeep, se rendant compte trop tard qu'on lui fonçait dessus, mais après l'impact, c'était le trou noir. Il n'avait aucune idée de la manière dont on l'avait retrouvé, du temps qu'il avait passé inconscient, de ce qu'il avait comme blessures.
Mais toutes ces questions pouvaient attendre, parce qu'à cet instant, sa priorité était Annabeth. En voulant se redresser, il remarqua qu'elle lui tenait la main entre les siennes, la tête posée à côté de sa jambe, les yeux clos. De larges cernes pesaient sous ses paupières, lui laissant deviner qu'elle avait peu dormi récemment. Ses boucles étaient légèrement emmêlées, et elle avait globalement l'air malade avec son teint pâle, mais Percy la trouvait aussi belle que le jour où il l'avait découverte dans la salle d'art plastique du lycée. Un petit sourire souleva ses lèvres alors qu'il l'observait en silence, profitant simplement de la chaleur de leurs mains entrelacées pour remettre de l'ordre dans ses pensées. Il se sentait un peu vaseux, et il avait l'impression désagréable d'être entouré dans du coton, mais il essaya de passer outre pour savoir combien de temps il avait passé inerte dans ce lit, cherchant un calendrier, une feuille, n'importe quoi avec la date actuelle. Le jeune homme souhaitait avant tout savoir la date pour connaître le laps de temps qu'Annabeth avait passé à gérer tout ses problèmes de famille seule, et il espérait vraiment ne pas avoir dépassé la semaine.
Après un petit moment passé à chercher la date en vain, il retourna à sa contemplation première, se demandant comment allait réagir la jeune fille en se réveillant. Lui en voudrait-elle toujours pour avoir appelé la police ? Isabel était-elle encore en garde à vue ? Son père était-il au courant ? Etait-il rentré ?
L'inquiétude le gagnait, et il essaya de se calmer en se disant que si elle était là, c'est que tout était plus ou moins sous contrôle en ce qui concernait sa famille, et qu'elle tenait assez à lui pour dormir recroquevillée sur une chaise plutôt que chez elle. Un élan d'affection le traversa et il lui serra la main, souhaitant la réchauffer.
Annabeth fronça les sourcils en sentant une pression autour de ses doigts suivie d'une caresse familière, et ouvrit un œil. Quand elle se rendit compte qu'il s'agissait de Percy, toute fatigue s'envola et elle se redressa d'un bond, prenant une inspiration brusque. Le jeune homme lui sourit, mais elle lu de l'inquiétude dans son regard. N'y tenant plus, elle se jeta quasiment sur lui, serrant les bras autour de son cou en passant une de ses mains dans ses cheveux, se retenant avec difficulté de pleurer.
- Tout va bien Annabeth ? Murmura-t-il en l'entourant de son bras libre. Comment vont Bobby et Matthew ?
La jeune fille rit dans ces bras avant de reculer, posant les mains sur les joues du garçon en lui souriant.
- Tu n'es pas croyable, même dans un lit d'hôpital tu fais passer les autres avant toi…
Percy resta silencieux, attendant sa réponse avec une pointe d'angoisse. Elle prit quelques secondes pour souffler, réalisant qu'il était réveillé, qu'il avait tout ses souvenirs, que tout allait bien.
- Ils sont encore un peu sonnés, mais ça va. Jason les a surveillé quand je suis arrivée à l'hôpital, et mon père a prit le relais maintenant.
- Il est chez toi ?
- Oui, je lui ai tout dit, pour de vrai cette fois, c'est promis.
L'adolescent hocha de la tête en gardant les yeux rivés sur Annabeth, n'osant pas bouger. Il aurait voulu être là pour elle quand elle avait fait face à son père pour la soutenir.
- Je suis désolé, fit-il, j'aurais dû être plus prudent avec tes petits frères et m'assurer qu'ils ne voient pas leur mère se faire arrêter, je comprends ton point de vue, et je ne veux pas que tu penses que je suis comme Luke. Je ne cherche pas à tout contrôler…
- Stop, non Percy, le coupa-t-elle, tu n'as pas à t'excuser.
Le jeune homme referma la bouche, ne comprenant pas très bien où voulait en venir Annabeth.
- C'est à moi de te présenter mes excuses, continua-t-elle. Je suis désolée de m'être emportée alors que tu as fait ce qu'il fallait pour ma propre sécurité. Je suis désolée pour tout ce qui s'est passé mardi soir, mes paroles ont dépassé ma pensée, et je regrette sincèrement tout ce que j'ai pu te dire sous le coup de la colère. Je n'aurais jamais dû réagir comme ça, tu avais absolument raison de faire ce que tu as fait, et j'aurais dû t'en remercier plutôt que de te jeter à la porte comme je l'ai fait.
Percy l'écouta sans l'interrompre, les yeux brillants sous le coup de l'émotion. Il savait ce que représentait ces excuses pour Annabeth, et ce que ça lui demandait de les faire. Savoir qu'elle était prête à mettre sa fierté de côté pour lui demander pardon lui faisait chaud au cœur, et voir cette nouvelle Annabeth lui faisait on ne peux plus plaisir.
Sans un mot, il posa sa main sur la joue de sa petite-amie et l'attira à lui, l'embrassant avec toute la tendresse qu'il avait en lui. La jeune fille se laissa faire avec contentement, lui rendant son baiser en souriant contre ses lèvres, soulagée de voir ses excuses acceptées.
Les deux adolescents se séparèrent sans pour autant trop s'éloigner, Annabeth caressant le front du jeune homme, lui dégageant les yeux en se mordillant la lèvre, ce qui le fit sourire. Elle plongea ensuite son regard dans le sien, se laissant entraîner dans les tourbillons de ces pupilles océans qui la faisaient toujours autant chavirer.
- Je t'aime, murmura-t-elle.
Le choc coupa le souffle au jeune homme, qui resta un instant sans bouger, avant de lui sourire avec un regard attendri et de l'embrasser à nouveau, passant sa main dans ses boucles.
- Il aura fallu que je sois dans un lit d'hôpital pour que tu me le dises, souffla-t-il en s'écartant.
- Il faut croire que te voir ici m'a fait réaliser certaines choses.
- Ah oui ? Comme quoi par exemple ?
- J'ai réalisé que j'avais des amis incroyables et un petit-ami en or, que j'étais entourée et aimée, et qu'il fallait que j'apprenne à dire à ces gens ce que je ressens.
- Si j'avais su qu'il suffisait d'un petit accident de voiture pour te faire comprendre ça, je me serais débrouillé pour me faire rentrer dedans plus tôt, rit le jeune homme.
Annabeth secoua la tête avant de déposer un autre baiser sur ses lèvres, puis se retourna en entendant la porte s'ouvrir. Sally failli lâcher son gobelet en voyant son fils en train de discuter avec la jeune fille, et elle s'empressa de refermer la porte avant d'avancer vers le lit, prenant la place qu'Annabeth lui céda.
- Oh mon dieu Percy, tu m'as fait une de ces peurs ! S'exclama-t-elle avant de le prendre dans ses bras.
- Tout va bien maman, j'ai la tête dure, il faut plus que ça pour se débarrasser de moi.
La mère du jeune homme éclata de rire tout en laissant couler des larmes de joie sur ses joues, serrant son fils dans ses bras. Debout à côté d'eux, Annabeth sourit devant la scène, contente que tout soit enfin terminé, et Percy lui fît un clin d'œil, curieux de voir ce que leur réservait l'avenir après toutes ces épreuves.
Bonjour ! Alors, que pensez-vous de ce chapitre ?
Merci à tout ceux qui m'ont félicité dans les commentaires pour mes résultats d'examens, et merci pour celles qui ont partagé leurs idées de OS dans les commentaires ! J'accepte toujours vos propositions, alors n'hésitez pas !
On m'a demandé (ou plutôt Gaëlle m'a demandé ;)) si le séquel suivrait directement la fin de Plus que ça. C'est une très bonne question, que je n'ai pas encore tranché de façon définitive. Je pense quand même que je ferai une pause entre les deux, en publiant notamment mes OS le temps de bien mettre en place le séquel.
Il est temps pour moi d'aller dormir, alors je vous dis à bientôt et merci !
