Chapitre 35

En se réveillant le lendemain matin, Annabeth resta un instant dans son lit à fixer le plafond.

Quand elle était rentrée la veille au soir, elle avait été surprise en découvrant son père dans la cuisine, les garçons installés à table. La scène avait paru à la fois si naturelle et si surréaliste qu'elle s'était stoppée dans l'encadrement de la porte, les fixant sans trop savoir quoi dire ou faire. Son père s'était alors retourné et lui avait souri, encore incertain du comportement à adopter avec sa fille. Elle lui avait rendu son sourire, encore sous le choc, et il l'avait invitée à s'asseoir, lui assurant que tout était sous contrôle.

Ne pas avoir à tout préparer pour le dîner et se laisser servir lui avait paru étrange, mais dans un bon sens, et elle en avait profité pour discuter un peu avec Bobby et Matthew, qui étaient curieux de savoir pourquoi elle s'était absentée ces derniers jours. Il semblait que, même s'ils n'avaient vu Percy qu'une seule fois, ils l'apprécient déjà, et ils s'étaient montrés très inquiets en apprenant son accident. Annabeth s'était occupée de les rassurer, donnant les informations à son père par la même occasion.

Le repas s'était passé dans le calme, sans regards noirs ou sous-entendus comme elle avait pu en avoir durant des années. Le sujet d'Isabel avait été évité soigneusement, Frederick s'intéressant à la journée de ses fils à l'école, les écoutant attentivement quand ils racontèrent leurs péripéties. Il avait écouté tout aussi attentivement sa fille parler de sa journée, posant quelques questions sur Percy, cherchant à en savoir un peu plus sur son petit-ami, sa famille et leur relation. Si elle avait été un peu gênée au début de la conversation, l'adolescente s'était détendue rapidement, heureuse de l'intérêt nouveau de son père pour elle.

Une fois que tout le monde avait fini de manger, Annabeth et Frederick s'étaient occupés de faire la vaisselle tandis que les garçons avaient profité du temps qu'il leur restait pour aller regarder un peu la télévision avant de devoir monter se coucher. L'ambiance paisible qui régnait alors dans la maison avait fait un bien fou à la jeune fille, qui s'était demandée si elle n'était pas en train de rêver. Elle goûtait enfin à une vie normale, sans cris, pleurs, menaces et coups, le tout ayant été remplacé par la discussion, les rires, les blagues et la bonne humeur.

Les tâches ménagères achevées, tout le monde était monté à l'étage, les garçons fonçant dans leur lits en attendant leur père pour leur histoire du soir. Par réflexe, Annabeth s'était dirigée vers la pièce une fois changée dans une tenue plus confortable et s'était arrêtée au pas de la porte, souriant en voyant son père lire le mythe d'Icare. Il lui avait aussi lu ce genre de chose quand elle était plus jeune, surtout quand elle faisait des cauchemars. En la voyant, Matthew lui avait proposé de venir s'asseoir à côté de lui pour pouvoir mieux entendre l'histoire, et il s'était assoupi quelques minutes après dans ses bras.

Quittant la chambre sans bruit, la jeune fille et son père étaient chacun partis de leur côté, vacant à leurs occupations. Frederick était descendu au rez-de-chaussée, tandis qu'Annabeth s'était dirigée vers sa chambre, préparant ses affaires pour le lendemain, faisant un peu de rangement dans la pièce qui était dans un désordre assez inhabituel. Une fois satisfaite, la blonde était descendue avec son ordinateur, se préparant pour une fin de soirée devant la télévision avec son devoir de physique pour l'accompagner. Elle fut surprise de découvrir son père installé dans le salon, regardant un documentaire sur l'empereur Néron. Annabeth s'était attendue à ce qu'il soit dans son bureau, en train de travailler comme d'habitude, alors elle n'avait pas trop su quoi faire.

Tout aussi surpris qu'elle, il lui avait proposé de venir s'installer près de lui dans le canapé plutôt que de rester seule sur la table. La jeune fille avait hésité un instant avant d'aller s'installer devant la télévision auprès de lui, allumant son ordinateur en évitant son regard. Il l'avait laissée tranquille, regardant le documentaire sans rien dire de plus, jetant un coup d'œil à son écran pour voir ce qu'elle faisait. Ils étaient restés silencieux un moment, jusqu'à ce que l'homme fasse un commentaire sur ce que disait l'un des spécialistes, marmonnant des corrections. Par réflexe, Annabeth avait complété ses dires, continuant son devoir sans se rendre compte qu'elle discutait le plus normalement du monde avec son père sur un sujet qui les passionnait tout les deux.

Lorsqu'elle s'en était rendue compte, elle s'était figée, gardant la fin de la phrase qu'elle avait commencé en suspens un moment avant de la finir. Ce genre de conversation lui avait rappelé les moments qu'elle avait passé avec son père quand elle était encore petite et qu'elle fouinait dans son bureau pour regarder les cours qu'il préparait pour l'université. Après avoir terminé son devoir, elle était restée en bas pour regarder le documentaire avec son père, échangeant quelques remarques de temps à autre avant d'aller se coucher.

Ce matin, elle prit donc le temps de se réveiller tranquillement, traînant au lit avant de filer vers la salle de bain pour se préparer. Une fois habillée et coiffée, elle se laissa entraîner au rez-de-chaussée par une odeur de bacon et toasts grillés, découvrant une nouvelle fois son père derrière les fourneaux.

- Bonjour Annabeth ! La salua-t-il. Tu as bien dormi ?

- Très bien merci, et toi ?

- Bien aussi. Je ne savais pas trop ce que tu préférais manger au petit déjeuner, alors j'ai fait un peu de tout…

Effectivement, plusieurs plats reposaient sur la table avec toutes sortes de nourriture : le bacon et les toasts qu'elle avait senti plus tôt, mais aussi des œufs brouillés, des céréales, du café, du thé, des jus de fruits. Toutes ces odeurs se mélangeant la firent saliver, et elle s'assit en prenant une tasse de café, réfléchissant à ce qu'elle allait manger.

Matthew et Bobby arrivèrent dans la cuisine peu de temps après, faisant la course et se chamaillant pour prendre place autour de la table. Leurs yeux s'écarquillèrent quand ils découvrirent le festin que leur père leur avait préparé, et ils ne purent s'empêcher de faire quelques remarques.

- Ça à l'air super bon ! S'exclama l'un d'eux en attaquant la pile de pancakes.

- C'est mieux quand c'est toi qui nous fait à manger, renchérit le deuxième jumeau.

- Ah oui ?

- Oui ! Annabeth nous faisait juste des tartines au beurre de cacahuète, et des pancakes pour le dimanche matin !

- Hé ! Vous êtes déjà bien chanceux que je vous prépare votre petit-ami déjeuner à votre âge ! Se défendit la jeune fille.

Frederick rit en voyant ses enfants se chamailler, s'asseyant aux côtés de sa fille avec une tasse de thé dans les mains alors que cette dernière remplissait son assiette avec un peu de tout ce qui lui était proposé.

- Allez les garçons, laissez votre sœur tranquille et mangez, vous devez encore aller vous préparer pour l'école.

- On est vraiment obligés d'aller à l'école aujourd'hui ? Demanda Matthew.

- Oui, vous ne pouvez pas rester à la maison indéfiniment, et plus vous loupez de jours de classe, plus vous allez devoir travailler ce week-end pour ne pas être à la traîne.

- Mais c'est juste un jour de plus, allez papa, supplia le jeune garçon avec son regard de chien battu.

- Non Matthew, ce n'est pas négociable, maintenant finis tes céréales et monte t'habiller.

Le petit frère d'Annabeth commença à bouder, et elle vit l'hésitation dans le regard de son père. Ce dernier avait raison, il ne fallait pas laisser les garçons rester à la maison plus longtemps. Ils devaient reprendre des marques stables dans leur vies, et l'école était un des piliers nécessaires à leur bon développement. Plutôt que de sermonner son petit frère, elle décida de le taquiner un peu, histoire de détendre l'atmosphère.

- Ne fais pas cette tête, fit-elle en lui souriant, tu vas retrouver tout tes copains à l'école, et tu vas pouvoir revoir… Sarah si je ne me trompe pas ?

Matthew rougit violemment en entendant sa sœur prononcer ce prénom, alors que Bobby riait en mangeant un pancake.

- Je ne savais pas que tu avais une amoureuse, dit Frederick en tentant de cacher son sourire.

- Je n'ai pas d'amoureuse !

- Menteur ! S'exclama son jumeau. Même que tu lui donnes ton goûter presque tout les jours !

- C'est pas vrai !

- Du calme, tempéra Annabeth, ce n'est pas une honte tu sais. Je laisse souvent Percy piocher dans mon assiette le midi, c'est quelque chose de normal, quand tu aimes quelqu'un tu partages ce que tu as avec lui.

Matthew releva la tête de ses céréales, les sourcils haussés par la surprise.

- Vraiment, toi aussi tu partages ta nourriture avec lui ?

- Oui, rit la jeune fille devant l'expression de son petit frère.

- Tu as dit toi aussi ! Fit remarquer Bobby.

Le rouge remonta aussitôt aux oreilles de son jumeau, qui se dépêcha de finir son bol avant de se lever de table, marmonnant des paroles que personne ne comprit mais qui firent rire tout le monde. Bobby l'imita rapidement, courant dans les escaliers, manquant de tomber dans sa course. Annabeth se laissa aller contre le dossier de sa chaise, savourant son café en regardant le quartier s'animer par la fenêtre. Son père se mit à lire un paquet de copies qu'il avait ramené de l'université pour les corriger, les partiels étant terminés pour ses élèves. Il allait certainement avoir beaucoup de travail avec les corrections et les rattrapages à la fin du mois, au moment où elle passerait ses examens, mais elle espérait qu'il ne se servirait pas de ça comme excuse pour replonger dans ses travers…

L'heure arriva pour elle de partir au lycée, et elle refusa quand son père lui proposa de l'y emmener, préférant marcher jusque là-bas. Annabeth ne savait toujours pas ce qu'elle allait dire au reste de ses amis. Elle n'était pas sûre d'avoir envie d'étaler toute sa vie au groupe dans sa totalité, et envisageait plutôt de s'en tenir aux grandes lignes sans pour autant leur mentir. Avoir Piper et Jason au courant lui suffisait pour le moment, et si elle sentait le besoin d'en parler à d'autres personnes, alors elle aviserait.

Retrouver le lycée lui fit le plus grand bien. En avançant à travers le parking devant l'entrée du lycée, Annabeth se sentait dans son élément, en sécurité. L'école avait toujours constitué un refuge pour elle au cours des années passées, et Goode ne faisait pas exception. L'établissement avait même une place toute particulière dans son cœur, c'était un lieu où elle avait beaucoup appris sur elle-même et où elle avait réussi à s'ouvrir, à trouver un peu d'espoir et de joie dans les moments les plus durs.

- Annabeth ! La salua Piper en arrêtant son skate juste devant elle. Comment ça va ? Et Percy ?

- Salut Piper, sourit la blonde en prenant son amie dans les bras, ça va très bien pour moi, Percy doit encore attendre un peu avant de revenir, le temps de bien éliminer tout les anesthésiants qu'on lui a administré.

- Super, alors tout va enfin pour le mieux, tu ne caches plus rien hein ?

La jeune fille avait dit ça en souriant, mais Annabeth se sentit légèrement gênée. Piper le remarqua et passa son bras autour de ses épaules en riant, la guidant vers les escaliers où certains de leurs amis les attendaient déjà. Hazel, Léo et Katie étaient tout les trois réunis et discutaient entre eux, les regardant monter en souriant.

- Une revenante ! S'exclama Léo en lui sautant presque dessus.

- Comment ça va ? Rit la blonde en manquant de basculer vers l'arrière.

- C'est plutôt à toi qu'il faut demander ça ! C'est quoi ces égratignures sur ton bras, je croyais que Percy était tout seul quand il a eu son accident ?

La question de Katie donna des sueurs froides à Annabeth, qui se figea un instant en réfléchissant à ce qu'elle allait leur dire. Elle ne voulait pas leur mentir, mais tout dire n'était pas dans ses plans.

- Il était bien tout seul, j'ai eu un petit incident domestique.

- Oh, rien de grave j'espère…

- Ne t'en fait pas, ce n'est rien, éluda Annabeth. Où sont les Alatir ?

- En retard, comme d'habitude, sourit Hazel en réajustant la bretelle de son sac.

- Incapable d'arriver à l'heure jusqu'au bout, on ne les changera pas…

La sonnerie annonçant le début de la journée retentit, et le petit groupe entra dans l'établissement, se dispersant pour aller dans leurs salles. La matinée fut plutôt calme pour Annabeth, qui suivit d'une oreille lointaine les différents cours auxquels elle assistait. Piper resta avec elle pendant les deux premières heures en français, puis elle partit de son côté après la pause pour aller en physique tandis que la blonde s'en allait vers sa salle d'espagnol. Les professeurs la laissèrent tranquille, ne lui demandant même pas de leur montrer un justificatif d'absence. Sans doute Paul avait-il couvert ses arrières en plus de l'appel de son père, ce qui lui évitait bien des questions.

Le rythme était encore plus lent que d'habitude avec l'approche des examens finaux, ce qui la frustrait particulièrement. Déjà qu'en temps normal elle s'ennuyait et trouvait toujours les cours longs, mais les dernières semaines s'annonçaient compliquées si les professeurs continuaient à ralentir encore et encore. Elle adorait les cours, apprendre de nouvelles choses dans différents domaines, mais devoir s'adapter au rythme des autres élèves lui demandait plus d'efforts que de comprendre ce qu'on leur enseignait. Annabeth avait d'ailleurs fini par devenir autodidacte dans quasiment toutes les matières, avançant chez elle ou à la bibliothèque avec les livres de cours. Le français lui demandait plus d'efforts, et elle était encore loin d'atteindre le niveau de prononciation et l'aisance de Piper, mais la difficulté ne lui faisait pas peur. Loin de se décourager, elle en faisait un challenge personnel, et sa meilleure amie ne manquait jamais de lui parler en français de temps en temps en sachant qu'elle ne comprenait pas toujours, rien que pour l'agacer. Une fois, la brune lui avait demandé si elle pouvait lui donner l'heure à table, et Annabeth lui avait tendu le beurre en pensant que c'était ce qu'elle voulait. Ce genre de blague faisait toujours beaucoup rire Piper, et quiconque se trouvait avec elles dans ces moments, mais petit à petit, la blonde enregistrait les mots, et il était de plus en plus dur pour son amie de la piéger.

- N'oubliez pas que vos examens approchent à grands pas, alors je ne saurais que trop vous conseiller de vous mettre à réviser ! Lança son professeur quand arriva la fin de son cours.

Les élèves ne prêtèrent que peu d'intérêt aux conseils de l'homme, préférant partir à toute allure vers la cafétéria pour manger. Les premières années avaient déjà fini les cours, ce qui allégeait considérablement le nombre d'élèves présents dans l'établissement et permettait une circulation un peu plus calme dans les couloirs.

Bien sûr, c'était sans compter sur Léo, Connor et Travis.

- Pardon, écartez-vous ! Entendit-elle au loin.

Annabeth sortait tout juste de sa salle de cours quand les cris lui parvinrent, et elle dût jouer des coudes pour se faire une place parmi ses camarades massés devant la sortie pour admirer le dernier tour joué par le trio infernal à ce jour.

Les garçons n'y étaient pas allés de main morte : les poursuivant telle une furie enragée, Piper hurlait, proférant tout un tas de menaces contre les acolytes qui accouraient en slalomant agilement entre les élèves, se tenant les côtes en riant. La brune, moins amusée, avait eu le droit à un rafraîchissement en bonne et due forme. Non contente d'être trempée de la tête aux pieds, les garçons avaient eu l'idée lumineuse de lui balancer des pigments en poudre, ce qui donnait l'impression qu'une tornade verte, rouge et violette les pourchassait.

- Vous allez voir, je vais vous écraser ! Criait-elle alors que la foule la regardait passer en riant, s'écartant pour ne pas être éclaboussée.

Connor se faufila et réussit à s'enfuir hors de portée de Piper. En tournant dans un couloir adjacent, Travis tomba sur Katie et manqua de peu de lui rentrer dedans. Leur rencontre fortuite lui permit cependant d'avoir un bouclier humain, lui assurant d'éviter les représailles de l'adolescente, du moins pour le moment. Léo se retrouva donc tout seul contre son amie, et après quelques minutes passées à essayer d'échapper à sa prise et à trouver un refuge, elle réussit à lui sauter dessus et prit un malin plaisir à s'essuyer sur lui, le barbouillant de pigments.

- Lâche-moi Piper ! Tenta-t-il, en vain.

- C'est à cause de toi si je suis un arc-en-ciel ambulant !

Toute le monde autour d'eux riait, filmant la scène. Connor avait rejoint son frère auprès de Katie, assistant tranquillement aux chamailleries entre leurs deux amis.

- Vous ne payez rien pour attendre, leur lança Annabeth en arrivant auprès d'eux. Quand elle en aura fini avec Valdez, elle va vous chercher.

- Mais elle n'oserait pas s'attaquer à Katie, sourit Travis, les bras passés autour de la taille de sa petite-amie.

- Oh non, objecta cette dernière, je ne te servirai pas de bouclier, tu te débrouilles tout seul !

- Mais Katie !

- Non, il n'y a pas de Katie qui tienne ! Tu as voulu jouer, tu assumes les conséquences !

Ce fut au tour d'Annabeth de rire devant la tête médusée de Travis, qui essayait comme il pouvait d'obtenir le soutien de Katie. La foule se dissipa, retournant à ses occupations, et Piper finit par lâcher Léo, le laissant courir après les frères Alatir pour partager la punition avec eux. Ces derniers se sauvèrent, et les filles se retrouvèrent seules dans le couloir, les observant un moment.

- Bon, je ferais mieux de nettoyer un peu tout ça si on veut pouvoir passer les portes de la cafétéria, souffla Piper en s'essuyant le visage.

- Tu as de quoi te changer ?

- Heureusement pour eux que oui ! On a cours de sport cet après-midi, mon sac est dans mon casier.

- Et on fait comment pour tes cheveux ? Demanda Katie en regardant des gouttes d'eau colorées tomber sur le sol depuis ses petites tresses.

- Oh, je devrais pouvoir me les rincer dans un labo de physique, ils ont des bacs plutôt grands.

Katie et Annabeth partirent chercher le sac de sport de leur amie qui avait trouvé une salle de cours ouverte pour pouvoir se nettoyer. Les pigments utilisés par les garçons étaient de bonne qualité, ce qui ne les aida pas. Il fallut un bon quart d'heure avant que les cheveux de Piper ne retrouvent leur couleur naturelle, et le bac dans lequel elle s'était rincée était dans un sale état. Une blouse et quelques torchons trouvés dans un placard au fond de la salle lui permirent de se sécher, et Katie et Annabeth s'occupèrent de mettre un coup d'éponge sur la table de cours pendant qu'elle se changeait, enfilant son jogging et son tee-shirt.

- Bien, soupira-t-elle, ça fera l'affaire. Je te préviens Katie, si j'attrape Travis, je ne donne pas cher de sa peau…

- Tu as carte blanche ! Rit la jeune fille.

La petite troupe sortit ni vue ni connue de la salle, Katie et Annabeth marchant de part et d'autre de Piper qui poussait une serpillière pour effacer les traces qu'elle avait fait un peu plus tôt. Après leur séance ménage dans les couloirs du lycée, les trois adolescentes purent enfin rejoindre le reste du groupe à la cafétéria, passant à la toute fin du service. Heureusement pour elles, on leur avait gardé des places à leur table habituelle.

- Vous en avez mis du temps ! Où est-ce que vous étiez ?

- Demande à la brochette assise à côté de toi Hazel, répondit Piper en attaquant rageusement son assiette.

La jeune fille se tourna vers les garçons, un sourcil levé en attendant une explication. Plutôt que de lui répondre, Connor sortit son portable et le lui tendit, laissant tout ceux qui n'avaient pas assister à ce moment regarder la vidéo qu'il avait filmé en caméra embarquée.

- Vous abusez les gars, sourit Frank.

- Avoue que c'était drôle ! Et puis si on ne le fait pas maintenant, quand est-ce que tu veux qu'on le fasse ? C'est la fin de l'année, c'est la fin du lycée, allez quoi !

- Je m'en souviendrai, fit Piper entre deux bouchées, j'aurai ma vengeance, je peux vous l'assurer.

- J'attends ça avec impatience, répondit Léo avec un sourire mutin.

- Il faut absolument envoyer la vidéo à Percy !

- D'ailleurs, comment ça va lui ? Demanda Travis.

Tout les regards se tournèrent naturellement vers Annabeth qui mangeait tranquillement, suivant la conversation en silence.

- Ça va, les médecins n'ont rien décelé de grave, mais il doit se reposer pour le moment, histoire de se remettre complètement de l'anesthésie. En parlant de lui, poursuivit-elle, quelqu'un saurait où a atterri sa voiture ? Il devient dingue à force d'appeler les casses et fourrières.

- Je l'ai ramené chez moi, répondit Léo. Celui qui lui est rentré dedans l'a bien amochée, j'ai déjà bien entamé sa rénovation, mais il ne pourra pas la conduire avant quelque temps…

Annabeth lui sourit en lui frottant le bras en guise de remerciement. Elle savait que le garçon ne montrait que très peu ses sentiments, mais il avait dû avoir peur en voyant l'état de la Jeep, et tout le monde savait que la mécanique était pour lui un moyen d'évacuer la pression.

- C'est gentil, il va être content de savoir qu'elle n'a pas fini écrasée par une grosse pince.

- Tu sais quand est-ce qu'il pourra revenir ?

- On a dû pas mal négocier avec Sally, rit l'adolescente, et il a accepté d'attendre lundi pour revenir.

- Le connaissant, il ne doit pas tenir en place à l'appartement, ajouta Piper en finissant son plat.

- Il a arrêté de me harceler par message il y a une petite heure, alors il doit avoir trouvé quelque chose à faire.

- Ou alors Sally a craqué et l'a assommé, plaisanta Katie.

La tablée acquiesça en riant, avant de poursuivre leurs conversations. Les dernières arrivées terminèrent rapidement leur repas, mais les cours les appelèrent de nouveau, et ils reprirent le chemin des salles de cours pour certains, du gymnase pour d'autres.

De son côté, Percy ne s'ennuyait pas.

Après avoir passé la mâtinée à discuter avec Annabeth par messages, il avait fini par se lever de son lit peu avant midi. Paul était parti depuis plusieurs heures pour le lycée, et sa mère n'allait pas tarder à rentrer pour sa pause déjeuner, aussi en avait-il profité pour prendre une douche et s'habiller.

Sally était rentrée pile au moment où il descendait dans le salon, alors ils en avaient profité pour manger ensemble, savourant leur petit moment tout les deux, discutant de tout et de rien, avant que le travail ne rappelle la mère du jeune homme.

Une fois la vaisselle faite et rangée, la table nettoyée, et sa chambre rangée, Percy ressortit le prospectus trouvé la veille dans la pile de courrier. Il était presque certain qu'il s'agissait de la mère d'Annabeth sur ce bout de papier, mais mieux valait en être sûr avant de faire quoi que ce soit.

A partir de là, il s'était mis au travail, allumant l'ordinateur pour faire quelques recherches. Il commença par l'université où les parents de la jeune fille s'étaient rencontrés, cherchant dans la rubrique des anciens élèves, mais il n'y trouva aucune information. Les réseaux sociaux pouvaient aussi être une bonne source de renseignements, aussi poursuivit il de ce côté.

Le temps filait plus vite qu'il ne l'aurait souhaité, et il commençait à désespérer de trouver quelque chose. Poussant un soupir de frustration en s'étirant, Percy décida de faire une petite pause pour reprendre des forces et se leva en attendant que le site sur lequel il avait cliqué s'affiche, partant se servir un café.

A son retour, le site affichait un logo semblable à celui présent sur le prospectus, et il se retînt de se mettre une claque, s'asseyant en buvant une grande gorgée de café.

- Pourquoi est-ce que je n'ai pas commencé par ça… Grommela-t-il pour lui même en parcourant le site en transversal.

Après une recherche minutieuse sur l'ensemble des onglets, il en trouva un qui donnait des informations sur le cabinet d'architecture, ainsi qu'un petit paragraphe sur sa créatrice et directrice.

- Athéna hein ? Intéressant comme prénom…

En plus du prénom de la femme, il trouva une photo d'elle assise derrière son bureau, penchée sur une dossier, des lunettes sur le nez. Aucun doute n'était plus possible, il avait passé trop de temps à regarder Annabeth travailler pour ne pas voir les similitudes dans leurs positions, leur regard, leurs sourcils froncés.

Percy ouvrit une autre fenêtre sur son navigateur et rentra le nom de la femme. Immédiatement, il trouva son profil dans certains réseaux sociaux, qu'il inspecta pour tenter d'en apprendre davantage sur cette mystérieuse architecte. Comme sa fille, elle avait l'air du genre plutôt discrète sur sa vie privée, la grande majorité de ses contenus étant en lien avec son travail. Il scruta méticuleusement les quelques photos qu'elle avait posté, notant qu'elle ne portait pas d'alliance. Il ne lui semblait pas non plus qu'elle ait des enfants autre qu'Annabeth, ce qui le rassura un peu. Savoir que sa mère avait poursuivi sa vie tranquillement de son côté, qu'elle avait eu des enfants qu'elle avait élevé et vu grandir aurait anéanti sa petite-amie, et il ne l'aurait pas supporté.

Retournant sur le site du cabinet d'architecture, il trouva un numéro de téléphone et le composa sur son portable, se laissant encore un temps de réflexion. Après quelques secondes d'hésitation, il appuya sur la touche appeler et porta le téléphone à son oreille, attendant que quelqu'un décroche.

- Cabinet d'architecture l'Agora, que puis-je pour vous ?

- Bonjour, est-ce que je pourrais parler à votre directrice s'il vous plaît ?

- Je suis désolée, elle n'est pas joignable pour le moment. Puis-je prendre un message pour vous ?

Percy s'apprêtait à répondre quand il entendit frapper à la porte. Laissant son téléphone sur la table après s'être excusé, il avança vers l'entrée et découvrit Annabeth en ouvrant. Un vent de panique souffla en lui pendant un instant, mais il réussit à se reprendre et lui sourit, ouvrant la porte en grand.

- Je ne t'attendais pas de sitôt, fit-il.

La jeune fille haussa un sourcil et croisa les bras devant elle, assez surprise par l'accueil que lui faisait son petit-ami.

- Je peux aussi repartir si je te gêne, répliqua-t-elle.

Percy lui sourit et passa un bras autour de sa taille avant de l'amener contre lui, l'embrassant jusqu'à ce qu'elle se détende et sourisse contre ses lèvres avant de s'écarter.

- Je préfère ça, souffla-t-elle en lui volant un baiser avant d'avancer dans l'appartement, posant son sac sur la table du salon pour en sortir les cours qu'elle avait récupéré pour lui.

Le jeune homme avança en vitesse vers la table pour fermer son ordinateur, tentant de garder un air calme en rangeant le prospectus incognito, faisant place nette en reprenant son portable.

- Je remonte ça, j'en ai pour une seconde, lança-t-il en grimpant les escaliers.

Arrivé dans sa chambre, Percy prit soin de fermer la porte derrière lui, cachant son ordinateur avec le prospectus dans un tiroir de son bureau avant de reprendre son portable.

- Allô ?

- Oui excusez-moi, fit-il, je rappellerai plus tard si elle n'est pas disponible, merci.

- D'accord, bonne fin de journée !

- Vous aussi, au revoir.

Après avoir raccroché, le jeune homme prit une grande inspiration, se calmant avant de redescendre. Annabeth était installée dans le salon, entourée de feuilles et de livres de cours, prête à plonger dedans.

- Comment s'est passée ta journée ? Lui demanda-t-elle en le voyant revenir.

- Bien, je n'ai pas vu le temps passer à vrai dire.

- Ah oui, tu ne t'es pas trop ennuyé ?

- Non, je me suis occupé en rangeant un peu tout dans l'appartement.

- Une vraie fée du logis, se moqua gentiment Annabeth en posant son menton au creux de sa paume.

Percy lui sourit avant d'aller dans la cuisine, lui préparant une tasse de thé. Le temps que l'eau boue, il revînt près d'elle, jetant un coup d'œil aux cours par dessus son épaule.

- Ça va, je m'attendais à pire.

- Les profs sont tellement lents, se plaignit-elle en laissant sa tête retomber contre le jeune homme.

Le brun rit avant d'encadrer son visage de ses mains, se penchant pour lui embrasser le front avant de lui masser les épaules un instant. Annabeth se laissa faire avec plaisir, la tension s'envolant grâce aux soins de Percy qui se débrouillait à merveille. Si elle avait connu son talent pour les massages plus tôt, elle lui en aurait demandé bien avant !

- Courage, c'est la fin, souffla-t-il avant de partir pour lui ramener son thé.

- Pile ce qui me fallait, merci.

La blonde dégagea un peu de place entre toutes ses affaires pour qu'il puisse poser la tasse, puis le regarda s'installer sur la chaise juste à côté d'elle, prenant un stylo en le faisant tourner entre ses doigts.

- Bon, par quoi on commence ?

- Qui êtes-vous et qu'avez-vous fait de mon petit-ami ? Répliqua l'adolescente, un sourire malicieux aux lèvres.

Sa réponse arracha un sourire à Percy, qui laissa échapper un petit rire avant de se redresser, évitant de trop s'appuyer contre le dossier pour ne pas réveiller la douleur dans son dos.

- Plus vite je m'y mets, et plus vite on aura fini, commença-t-il. Et plus vite on a fini les cours, plus vite je peux t'avoir pour moi tout seul sans livres ou cahiers…

- Ça c'est de la logique, murmura Annabeth en le laissant passer un bras autour de sa taille, lui embrassant le cou.

- J'apprends vite…

- C'est ce qu'on va voir.

La jeune fille le repoussa et plaça une pochette devant lui, le regardant ronchonner devant les feuilles empilées, se retenant de rire avant de se concentrer sur son examen blanc de biologie. Percy tenta encore de la prendre dans ses bras pour l'arracher à ses exercices, mais elle repoussa ses mains en riant, lui tendant son stylo pour qu'il se mette au travail. Le jeune homme finit par s'y mettre, comprenant que rien ne fonctionnerait tant qu'elle n'aurait pas fini de noircir la totalité de ses copies. Résigné, il s'attaqua à ses cours de mathématiques, déterminé à arriver au bout de la page d'équations et autres problèmes le plus rapidement possible.

Le lendemain matin, Percy se leva tôt. Après avoir passé son vendredi soir avec Annabeth, il était parti se coucher avec un plan précis en tête, plan qu'il comptait bien mettre en pratique aujourd'hui.

Il était seulement huit heures quand il partit vers la salle de bain pour se préparer, ce qui montrait sa motivation. Sans faire de bruit, le jeune homme s'habilla et tenta d'arranger ses cheveux au mieux, notant au passage qu'une petite coupe ne serait sans doute pas de trop. Le silence régnait dans tout l'appartement, aussi fit-il attention en descendant dans le salon, grignotant un petit peu avant d'enfiler ses tennis et son blouson en cuir, attrapant ses clés avant de sortir, refermant la porte derrière lui sans la faire claquer.

Par réflexe, il chercha sa voiture du regard une fois sorti de l'immeuble, avant de se rappeler qu'elle était chez Léo pour réparation. Il se mit donc en marche, remontant l'avenue à pieds, regardant un peu les vitrines des boutiques sur son chemin. L'anniversaire d'Annabeth était le mois prochain, ce qui lui laissait encore le temps de trouver le cadeau idéal, mais il préférait se montrer prévoyant et commencer à chercher des idées dès à présent histoire de ne pas paniquer une semaine avant la date fatidique.

Heureusement pour lui, Léo n'habitait pas si loin que ça de chez lui, et en coupant par Central Park, il n'en eu que pour une grosse vingtaine de minutes avant d'arriver devant la petite maison. Il frappa à la porte et attendit quelques instants avant que son ami ne vienne lui ouvrir, les yeux encore lourds de sommeil.

- On est pas intéressés par les… Oh, Percy ! S'exclama le garçon.

- Salut Léo, je te réveille on dirait ?

- Tu es au courant qu'il n'est même pas neuf heures, et qu'on est samedi ?

- Je sais, je sais, rit Percy avant de suivre son ami à l'intérieur. Mais j'ai des choses à faire ce matin.

- Tu dois juste te reposer d'après ce que je sais, répliqua Léo en se servant un café.

Percy ne répondit pas, acceptant la tasse que lui donna le brun avant d'en boire une gorgée. Le jeune homme répondit aux questions de son ami, lui racontant ce dont il se souvenait de l'accident, puis son réveil à l'hôpital. Il le félicita ensuite pour la blague qu'il avait fait à Piper avec l'aide des frères Alatir, éclatant de rire en revisionnant la vidéo.

- J'aurais tellement aimé voir ça en vrai ! Sourit-il en reposant sa tasse.

- C'est vrai que c'était l'un de nos plus beau coup de l'année, mais ne t'en fait pas, on en a encore quelques un en réserve, histoire de finir l'année en beauté.

- J'ai hâte de voir ça…

- Travis voulait qu'on fasse ça à Annabeth tu sais, mais on tient trop à notre vie avec Connor, du coup on a changé de victime.

- Sage décision, commenta Percy.

- Mais dis-moi Jackson, qu'est-ce qui t'amène chez moi ? Si c'est pour récupérer ta Jeep, je suis désolé mais je n'ai pas encore fini, il va falloir attendre que j'aille faire un tour à la casse pour trouver une nouvelle portière.

- Je ne suis pas là pour la Jeep, je suis là pour la moto.

Léo faillit s'étouffer en finissant son café, et il pencha la tête au-dessus de l'évier pour ne pas en mettre partout, toussant après avoir avalé de travers.

- Tu rigoles, n'est-ce pas ? Finit-il par dire.

- Non, pourquoi ?

- Tu viens d'avoir un accident, et tu veux reprendre la route avec une moto ?

- C'est ça.

Le jeune homme fixa le latino en faisant mine de ne pas comprendre ce qui clochait, haussant les sourcils en attendant qu'il réagisse. Léo grommela en espagnol, faisant de grands gestes des mains en marchant dans la cuisine, se parlant un moment avant de finalement se tourner vers Percy.

- Tu es complètement cinglé, tu le sais ça ? Tu sais que si tu as un nouvel accident, tu pourrais aggraver tes blessures ? Pire encore, je pourrais me faire tuer par ta mère pour t'avoir laissé partir, et puis je ressusciterai pour me faire à nouveau tuer par Annabeth !

- Premièrement, il ne m'arrivera rien du tout, et deuxièmement, c'est justement pour Annabeth que j'ai besoin de ma moto maintenant.

- C'est marrant, mais je ne suis pas sûr qu'un tour en moto soit dans sa liste des choses à faire ce week-end avec toi…

- Je n'ai pas dit qu'elle serait avec moi. En fait, ça serait bien que tu gardes tout ça pour toi, ajouta Percy avant de passer devant le brun, se dirigeant vers la porte du garage.

Léo recommença à geindre derrière lui sur toutes les façons dont il pourrait se faire tuer par Annabeth si elle apprenait qu'il l'avait laissé partir, mais il ne l'écouta pas, soulevant le drap qui recouvrait sa moto. Un sourire se dessina sur ses lèvres quand il découvrit la machine noire et rouge, prête à rouler. Une chance pour lui qu'il ait fini de la retaper une dizaine de jours avant, sinon sa mission aurait été plus compliquée à mener à bien.

- C'est le moment de t'essayer, souffla-t-il en posant sa main sur la selle, impatient de grimper dessus. Tu peux me passer mon casque s'il te plaît ?

Résigné, Léo s'exécuta. Il lui fallut un petit moment pour mettre la main dessus dans le bazar de son atelier, puis il le tendit à Percy, ouvrant le garage pour le laisser sortir l'engin. Le jeune homme posa le casque sur la moto après être monté dessus, le tenant en équilibre sur le réservoir le temps de manœuvrer. La peinture brillait d'autant plus au soleil, ce qui accentua l'excitation de Percy, qui souriait comme un enfant le jour de Noël. Il mit le contact et la démarra, tournant un peu l'accélérateur pour entendre le moteur vrombir.

- Super, elle est nickel, prête pour son baptême de la route !

- Fais attention, je tiens vraiment à ma vie, marmonna Léo en croisant les bras, le regard brillant cependant de curiosité à l'idée de voir la moto rouler pour la première fois.

- Merci, et ne t'inquiète pas, je vais la bichonner ! Sourit Percy en prenant le casque entre ses mains. Et n'oublie pas, pas un mot à Annabeth !

Léo lui fît un signe de la main et l'accompagna jusqu'au trottoir, lui faisant signe quand la route fut dégagée. Enclenchant la première, le jeune homme salua une dernière fois son ami, puis se mit en route, profitant des nouvelles sensations tout en restant concentré sur son objectif. Les douleurs dans son dos et son bras gauche lui firent grincer des dents, mais il tînt bon durant tout le trajet, ne s'arrêtant pas avant d'être arrivé à destination. L'adresse indiquée sur le prospectus était à l'opposé de New-York, et il lui avait fallu une heure pour relier la maison de Léo au cabinet d'architecture, mais il comprenait maintenant pourquoi la mère d'Annabeth se permettait de se faire de la pub dans toute la ville plutôt que de se concentrer sur un district.

La façade tranchait clairement avec les bâtiments de béton et de verre qui l'entourait, sans pour autant jurer dans son environnement. Ses courbes avaient quelque chose d'aérien, et le style de certains détails rappelaient au jeune homme certaines photos qu'il avait pu voir dans les livres d'architecture antique qu'il avait feuilleté. Le mélange d'ancien et de moderne rendait à merveille, et il sourit en repensant à la sortie au musée faite avec Annabeth plusieurs mois auparavant.

Le casque à la main, il franchit les portes de l'édifice, prenant une seconde pour observer l'intérieur. Il ne fallait pas chercher bien loin pour savoir de qui Annabeth tenait ses goûts en termes d'architecture et de design…

- Bonjour, est-ce que je peux vous renseigner ? Lui demanda l'hôtesse d'accueil.

- Bonjour, je voudrais voir votre directrice générale s'il vous plaît.

- Vous aviez rendez-vous ?

- Non.

- Je suis désolée, mais elle est très occupée en ce moment, et de ce fait ne peut recevoir personne en dehors de ses rendez-vous. Si vous le souhaitez, nous pouvons trouver une date.

Percy se retînt de soupirer et serra son casque dans sa main, tentant de ne pas avoir l'air trop agacé. Après tout, cette femme faisait son travail, ce n'était pas de sa faute.

- Bien, c'est assez urgent, il faudrait que je la vois au plus vite, répondit-il.

- Je peux vous proposer le dix-sept septembre, quatorze heures.

- D'accord, laissez tomber, je vais régler ça moi-même, souffla le jeune homme en se pinçant l'arête du nez.

Ne voulant pas perdre plus de temps, il planta la femme à son bureau, ne prêtant pas attention à ce qu'elle lui disait. S'aidant des plaques au mur, il grimpa les escaliers deux à deux, tournant plusieurs fois dans le bâtiment jusqu'à trouver un ascenseur avec les pôles indiqués au-dessus du numéro des étages. Il appuya sur le bouton du dernier étage et fila jusqu'à la direction, essayant de contenir son impatience.

Quand les portes s'ouvrirent enfin, il avança à grands pas, passant devant plusieurs bureaux aux parois de verre jusqu'à atteindre celui qui l'intéressait. Une plaque rectangulaire dorée donnait le nom de la femme à la tête de tout ce cabinet, Athéna Pallas. Son bureau était le seul à posséder de vrais murs et une porte opaque, aussi ignorait-il tout de ce qui se passait à l'intérieur.

Par prudence, il frappa, attendant qu'on l'autorise à entrer, ou que la porte s'ouvre, en vain. Il fît une seconde tentative, puis perdit toute patience et tourna la poignée, s'invitant à l'intérieur de la pièce.

Assise derrière un imposant bureau, occupée à dessiner sur une grande feuille bleue, se tenait la mère d'Annabeth, l'ignorant complètement. Percy se racla la gorge pour signifier sa présence, et elle releva la tête un quart de seconde avant de retourner à sa tâche, l'air totalement impassible.

- Je ne crois pas avoir de rendez-vous ce matin, dit-elle tout en continuant sa tâche.

- Effectivement, mais ce que j'ai à vous dire est très important, et…

- Je suis sûre que tout ça est passionnant, et je vous aurais bien reçu si j'en avais eu le loisir, mais comme vous pouvez le voir, je suis occupée. Renseignez-vous à l'accueil pour obtenir un rendez-vous. D'ici-là, passez une bonne journée.

Scié par le flegme dont elle faisait preuve, Percy resta bouche bée, cherchant ses mots, la regardant travailler le plus calmement du monde, faisant comme s'il était déjà reparti.

- Vous ne comprenez pas, commença-t-il.

- Je crois plutôt que c'est vous qui ne comprenez pas, répliqua-t-elle en retirant ses lunettes, son regard gris se plantant dans le sien, le figeant sur place malgré la distance, je suis actuellement indisponible, il vous faudra donc revenir.

- Ce n'est pas possible ! S'exclama-t-il sur le coup de la frustration.

Athéna posa son crayon sur sa feuille et croisa lentement les mains sur son bureau, gardant son air impassible. Quelque chose lui disait que quiconque la connaissait un tant soit peu aurait vu dans son geste le signe que quelque chose de désagréable allait se passer, mais il n'avait pas fait tout ce chemin pour rien, et il était hors de question qu'il attende des mois pour faire bouger les choses. Annabeth avait besoin de sa mère maintenant, pas en septembre !

- Vous allez écouter ce que j'ai à vous dire maintenant, continua Percy, parce que c'est bien plus important que vos dessins.

Quelque chose dans le haussement de sourcils d'Athéna lui fit dire que peu étaient ceux qui avaient un jour osé lui donner un ordre, et le peu qui s'y étaient risqué n'avaient pas dû le faire deux fois.

- Je ne sais pas qui vous êtes, jeune homme, mais il est évident que vous manquez cruellement d'éducation. Mes agents de sécurité vont vous raccompagner vers la sortie, et je ne saurais que trop vous conseiller de partir sans faire de scandale.

La femme fît un geste de la main, et deux hommes en costard qu'il n'avait jusque-là pas remarqué l'empoignèrent, prêt à l'embarquer loin du bureau.

- Lâchez-moi ! Je ne partirai pas tant que vous ne m'aurez pas laissé parler !

- Vous en avez déjà assez dit, hors de ma vue maintenant, trancha Athéna.

- Je suis là au sujet d'Annabeth !


Bonjour ! Je sais que j'avais dit sept à dix jours, et que ça fait deux semaines, je suis désolée pour ce retard. Dernièrement, vingt-quatre heures ne me suffisent plus pour terminer tout ce que j'avais prévu en une journée, j'espère que vous ne m'en tiendrez pas trop rigueur. Peut-être aussi qu'inconsciemment je n'ai pas envie de finir cette fanfiction, je ne sais pas...

J'espère aussi que ce chapitre, à défaut de sortir à l'heure, vous aura plu, j'attends avec impatience de pouvoir lire vos commentaires !

Je vous dis à bientôt, et merci de me soutenir jusqu'à le fin !