Chapitre 36
Athéna se figea en entendant le prénom de sa fille, fixant Percy d'un regard gris perçant. Le jeune homme n'aurait su dire ce qu'elle pensait à cet instant, son visage demeurant impassible, mais il savait qu'il avait attisé quelque chose en elle.
Les agents de sécurité le maintenaient toujours fermement, l'empêchant d'avancer. Ils restèrent immobiles, attendant les ordres un moment avant que la femme ne leur dise de le lâcher.
- Laissez-nous je vous prie, finit-elle par dire en faisant un signe de la main aux deux hommes.
Les colosses lâchèrent aussitôt Percy et reculèrent jusqu'à sortir de la pièce, refermant la porte derrière eux. Le jeune homme se retrouva seul avec Athéna, qui resta assise à son bureau, les mains jointes devant elle. Elle semblait le jauger, les paupières légèrement plissées, les yeux braqués sur lui.
Percy affronta son regard sans broncher, planté sur ses deux pieds, le casque dans une main, la tête haute. La femme était impressionnante, mais il ne se laissa pas intimider, bien décidé à se faire entendre.
L'affrontement muet dura encore, ni l'un ni l'autre ne voulant craquer, et ce fut Athéna qui réagit la première, soupirant discrètement avant de s'appuyer contre son dossier, croisant les bras sur son buste.
- Qui êtes-vous ?
- Je m'appelle Percy Jackson.
- D'où connaissez-vous ce prénom ? Demanda-t-elle, la voix emplie de méfiance.
- Annabeth est ma petite-amie, répondit Percy, restant immobile.
Athéna ne s'attendait certainement pas à ça, à en croire son haussement de sourcil un brin désapprobateur. L'adolescent aurait d'ailleurs juré que la femme assise plus loin en face de lui se retenait à grande peine de faire un commentaire, ce qui le fît sourire intérieurement.
- Venez vous asseoir, se contenta-t-elle de dire, l'invitant de la main à prendre place dans l'un des fauteuils installés face à son bureau.
Percy s'exécuta, posant son casque dans le second fauteuil avant de prendre place. La mère d'Annabeth était encore plus intimidante de près, mais il se sentait la force de l'affronter. La désapprobation qu'il avait lu dans son regard l'instant précédent semblait s'être accentuée dans les pupilles de son interlocutrice, qui avait esquissé une petite moue en le voyant poser son casque. Cependant, et comme tout à l'heure, elle s'abstînt de tout commentaire, préférant l'analyser en silence.
- Si vous êtes là, j'en déduis que vous connaissez le lien qui nous unis, Annabeth et moi.
- Oui, c'est la raison de ma présence.
- Que savez-vous exactement ? Questionna-t-elle, le regard étréci.
Percy voyait presque les rouages du cerveau d'Athéna tourner à plein régime, cherchant à savoir comment il l'avait trouvée, ce qu'il lui voulait. Il dût faire un effort pour ne pas lui dire à quel point sa fille lui ressemblait, encore incertain de la réaction qu'elle pourrait avoir.
- Je sais que vous êtes tombée enceinte jeune, que vous vous êtes volatilisée après avoir rompu avec son père sans rien lui dire à propos de votre grossesse, et que quelques temps après sa naissance, vous avez déposé Annabeth sur le pas de la porte de votre ex-compagnon avant de disparaître pour de bon.
- C'est plus compliqué que ça, se défendit-elle.
- Sans doute, mais les conséquences pour Annabeth sont les mêmes, peu importe la complexité de l'histoire.
La femme le foudroya du regard, la colère et sans doute une pointe de remord montant en elle. Le jeune homme resta impassible, les mains posées sur le bord du bureau, attendant patiemment de voir ce qu'elle allait faire.
- Je n'ai pas à me justifier de mes actes, surtout pas auprès de vous.
- Effectivement, c'est à votre fille que vous devez des explications, pas à moi. Je ne suis pas là pour obtenir des informations, ou pour savoir pourquoi vous avez fait ce que vous avez fait. Je suis là pour vous raconter ce qu'elle a vécu pendant votre absence. Si je suis venu aujourd'hui, c'est pour vous parler des conséquences de vos actes.
- Quelque chose est arrivé à Annabeth ? Demanda immédiatement Athéna en se redressant.
Percy ne put retenir un rire amer, et il serra ses mains l'une contre l'autre, canalisant la colère qu'il ressentait.
- Vous n'avez même pas essayé de prendre des nouvelles de votre fille indirectement, répondit-il, acide. Elle a vécu un enfer, voilà ce qui lui est arrivé. Son père l'a délaissée, sa belle-mère l'a rabaissée, insultée, frappée quotidiennement, pendant que vous viviez votre vie de votre côté.
- Pourquoi devrais-je vous croire ?
- Je l'ai vu de mes propres yeux, je l'ai réconfortée moi-même, j'ai soigné ses blessures.
Le jeune homme s'arrêta brutalement, serrant les dents en tentant de se contenir. Tout les souvenirs refaisaient surface en même temps, toutes les images lui revenaient d'un coup, et entendre cette femme douter de ses paroles l'enrageait.
- Comment est-ce possible ? Pourquoi Frederick n'a pas réagi ? Souffla la brune, la voix moins claire que précédemment.
- Ce n'est pas à moi de tout vous raconter, vous allez devoir chercher les réponses à leurs sources.
- C'est impossible.
- Vous n'en avez vraiment rien à faire de ce qui peut arriver à Annabeth, hein ? Commença Percy en s'énervant. Votre fille est la personne la plus fantastique que j'aie jamais connu, elle a tout pour elle, et elle ne le doit qu'à elle-même, parce qu'elle n'a eu aucun pilier sur lequel s'appuyer. Elle a une photo de vous dans sa chambre, accrochée au-dessus de son bureau. Cette photo, c'est la seule chose qu'elle possède qui lui permette de mettre un visage sur une personne qu'elle n'a jamais connu, et qu'elle admire pourtant. Elle ne l'a jamais dit tout haut, mais malgré votre abandon, vous représentez un modèle à ses yeux. Annabeth marche dans vos pas, mais ça, vous vous en fichez, n'est-ce pas ? Elle étudie le français, parce que son père lui a parlé de votre amour pour la France, et comme vous, elle est passionnée d'architecture. C'est ce qu'elle partira étudier à la rentrée universitaire, pour devenir architecte. Mais je ferais peut-être mieux d'économiser ma salive, puisqu'à vos yeux elle n'existe pas.
- Annabeth est ma fille !
- A quel moment avez-vous été sa mère ?! Rétorqua l'adolescent.
Le silence retomba soudainement, Athéna ne trouvant rien à répondre à l'attaque de Percy, ce qui ne devait pas lui arriver souvent dans sa vie. La tension était palpable entre les deux interlocuteurs, et tout deux arrivaient au point de rupture. La discussion menaçait de tourner à la dispute, ce qui n'arrangerait rien.
- Je vous ai défendu quand elle m'a racontée ce que vous aviez fait, je lui ai dit que vous deviez avoir une bonne raison pour l'avoir abandonnée, alors j'espère sincèrement que vous n'allez pas me faire mentir. Annabeth a eu son lot de souffrance, si je suis là, c'est dans l'espoir que vous puissiez lui apporter ce que vous n'avez jamais fait jusqu'ici. Elle a besoin de vous, maintenant.
Visiblement tiraillée, Athéna garda les yeux fixés sur lui, les mains jointes devant son visage. Percy n'était pas tout à fait sûr de lui, mais il lui semblait déceler une once de peur dans son regard.
- Je me suis fait la promesse de rester à l'écart, vous me demandez beaucoup, je ne sais pas si vous en avez conscience, finit-elle par dire.
- Je sais que ce n'est pas quelque chose qui doit être simple à gérer pour vous, mais vous devez penser à votre fille, à son bonheur et son bien-être. Je peux vous assurer que si j'avais le moindre doute sur le fait que vous puissiez l'aider à aller de l'avant, je ne serais pas venu.
Athéna tritura son stylo un moment en regardant dans le vide, semblant peser le pour et le contre avant de se lever de sa chaise, faisant quelques pas vers la baie vitrée. La ligne d''horizon ressemblait à celle qu'Annabeth dessinait souvent, avec tout ces buildings, quelques squares, la rivière Hudson à peine visible. Le quartier ressemblait à une fourmilière avec les mouvements incessants des New-yorkais dans les rues, imageant à la perfection ce à quoi devait ressembler son esprit à ce moment.
Après l'avoir laissée seule quelques instants, Percy se leva à son tour et s'approcha silencieusement de la vitre, croisant les bras contre son torse en imitant la position de la femme à un mètre de lui. La vue depuis la pièce lui inspirait un sentiment de force tranquille, de contrôle sur l'ensemble de la ville, ce que devait ressentir l'architecte avec qui il discutait depuis un moment déjà.
- Est-ce qu'elle est au courant de notre rencontre ?
- J'ai fait mes recherches tout seul, elle ne sait même pas que je vous ai retrouvé.
La mère d'Annabeth le regarda du coin de l'œil, quelque chose ayant changé dans sa manière de le faire. Le changement était subtile, mais il avait l'impression que son opinion sur lui était légèrement plus positive maintenant.
- Et vous êtes sûr qu'elle veut me voir ?
- Non, avoua-t-il, mais je suis sûr qu'elle vit un moment compliqué, avec des changements assez déstabilisants pour elle, et qu'un pilier stable l'aiderait beaucoup. Mais je vous préviens, si vous acceptez uniquement par curiosité ou pitié, et que vous ne comptez pas rester auprès d'elle, ce n'est pas la peine de venir. Annabeth n'a pas besoin d'une autre déception.
Son regard bleu-vert affronta celui d'Athéna, déterminé à ce qu'elle comprenne bien qu'une fois entrée dans la vie de sa fille, elle n'avait pas intérêt à en ressortir comme si de rien n'était. Il se tourna ensuite vers l'intérieur du bureau, étudiant la décoration en lui laissant un temps de réflexion.
La pièce était claire et lumineuse, presque aérienne. Quelques cadres de bois clair étaient accrochés sur les murs blancs, montrant des photos de bâtiments qu'elle avait probablement créé. Une grande bibliothèque était appuyée contre le mur en face de la baie vitrée, chargée de gros ouvrages sur l'architecture. Sur le bureau, tout était méticuleusement organisé, le dossier sur lequel elle travaillait avant qu'il n'entre étant ouvert avec quelques feuilles détachées et une feuille de dessin étant posée juste à côté. Tout était impeccable, mais très impersonnel, on aurait dit un modèle d'exposition, une pièce préparée pour un magasine de décoration intérieure. Il n'y avait aucune photo personnelle, et presque aucune trace de vie, mise à part une tasse de café sur le coin du bureau. Tout semblait indiquer que cette femme ne vivait que pour son travail, dans lequel elle excellait, mais le soir quand elle rentrait chez elle, elle était probablement seule. Sa vie toute entière ne devait tourner qu'autour de ce cabinet d'architecture, et ses employés et clients devaient être les seules personnes à qui elle parlait dans sa journée.
Ce constat inquiéta un peu Percy. Avait-il vraiment fait le bon choix en venant la chercher ? Annabeth avait besoin de quelqu'un qui pourrait l'aimer, quelqu'un qui se montrerait à l'écoute, qui saurait être patient et doux. Athéna n'avait pas l'air d'être une femme patiente, et son attitude froide le faisait douter de l'existence d'une quelconque douceur chez elle. Mais peut-être était-elle comme sa fille, méfiante avant tout, cherchant à connaître les intentions des autres pour sa propre sécurité. Avec un peu de chance, ce qu'elle lui montrait n'était qu'un masque, qu'elle ôterait en voyant Annabeth.
Mieux valait pour lui qu'il ait raison, parce qu'en cas de déception, il n'était pas certain qu'elle lui pardonne cette nouvelle initiative.
- Si j'accepte, la rencontre se ferait quand ?
- Cet après-midi.
- Pardon ?
- Je vous l'ai dit, Annabeth a besoin de vous maintenant.
- J'ai des rendez-vous à assurer aujourd'hui, mon emploi du temps est extrêmement chargé.
- A vous de voir quels sont vos priorités, la coupa Percy.
Athéna soupira en se pinçant les ailes du nez, les lèvres pincées. De toute évidence, il l'agaçait, mais peu lui importait. Il se fichait complètement qu'elle ne l'apprécie pas, du moment qu'elle aidait Annabeth.
L'architecte retourna près de son bureau et reprit ses lunettes, observant ses projets en cours et jetant un coup d'œil à son agenda. Munie de son stylo, elle griffonna sur plusieurs feuilles, faisant quelques pauses en regardant un peu partout dans ses papiers. Au bout de quelques minutes, elle se redressa en retirant ses verres, prenant son sac à main pour les ranger dans leur boite.
- Bien, allons-y, conclut-elle en avançant vers la porte.
Percy reprit son casque et la suivit, repassant devant l'ensemble des bureaux aux murs de verre. Les employés parurent étonnés de voir leur directrice de cabinet sortir de son bureau escortée par un adolescent, et tous suivirent son cheminement du regard, attendant qu'ils soient montés dans l'ascenseur pour commencer à discuter entre eux.
Arrivés dans le hall d'accueil, Athéna se dirigea vers l'hôtesse, qui était également sa secrétaire principale. Cette dernière déglutit avec difficulté en voyant sa supérieure accompagnée de Percy, qu'elle n'avait pas réussi à arrêter dans sa poursuite.
- Madame ? Fit-elle d'une petite voix.
- Annulez tout mes rendez-vous de la journée et répartissez-les sur la semaine prochaine s'il vous plaît.
- Mais madame, ce sont nos plus gros clients que vous devez rencontrer aujourd'hui !
- Je sais, mais j'ai une urgence plus importante. Trouvez de nouvelles dates pour les rendez-vous annulés, et passez un bon week-end, je vous revoie lundi.
La pauvre secrétaire n'eut pas le temps d'objecter qu'Athéna s'éloignait déjà, s'entretenant rapidement avec un homme avant de revenir près de Percy, lui indiquant la sortie de la main. Ils sortirent tout deux du bâtiment, se retrouvant sur le parvis du cabinet, légèrement en hauteur par rapport au niveau de la rue.
- Où allons-nous ? Demanda-t-elle en descendant les quelques marches menant au trottoir.
- A Central Park. Je vous aurez bien proposé de vous conduire, mais…
- Ne vous en fait pas pour ça, j'ai mon propre moyen de locomotion.
Une berline gris métallisé se gara à cet instant juste devant eux, l'homme auquel elle avait parlé sortant de l'habitacle pour lui laisser sa place. Elle s'approcha, posant la main sur la portière avant de se stopper, remerciant son employé, attendant qu'il se soit éloigné pour reprendre leur discussion.
- Je vous ouvre le chemin, lança Percy avant de sortir son portable de sa poche.
Athéna acquiesça avant de s'installer derrière le volant, démarrant la voiture en l'attendant. Soufflant un grand coup, le jeune homme envoya un message à Piper, qui était en compagnie d'Annabeth pour la journée, attendant sa réponse avant d'enfiler son casque, démarrant sa moto avant de s'engager sur la route.
« S'il te plaît, ne montre pas ce message à Annabeth, et ne lui en parle pas. Il faudrait que tu la conduises à Central Park. On se rejoint là-bas dans une heure et demie, merci pour ton aide. »
Le ton sérieux du message de Percy dissuada Piper de rire ou de lui en demander plus. Elle était allongée dans le canapé alors qu'Annabeth dessinait quelque chose, installée sur la table du salon. Les deux jeunes filles avaient passé la matinée ensemble à travailler sur leur projet de fin d'année pour le cours de français avant de déjeuner à l'extérieur sur la terrasse d'un petit restaurant près de chez Piper. Après ça, elles étaient retournées chez l'adolescente, profitant du reste de leur journée pour se détendre entre filles. En plein milieu d'un film, Annabeth avait eu une idée pour un dessin architectural, et son amie avait regardé la fin du film de son côté avant de venir voir ce qu'elle faisait. Elle lui avait posé quelques questions, cherchant à savoir d'où lui venait son inspiration soudaine, avant de la laisser travailler tranquillement, s'allongeant dans le canapé avec son portable. C'est à ce moment que la jeune fille avait reçu un message de son meilleur ami, lui demandant d'embarquer Annabeth sans autres explications.
Charge à elle de la faire sortir maintenant…
- Annabeth ? Appela-t-elle.
- Hum ?
Piper roula sur elle-même dans le canapé, se mettant sur le ventre pour mieux voir son amie derrière elle.
- Et si on sortait ?
- Je croyais que tu étais fatiguée et que tu voulais rester à l'intérieur aujourd'hui, répondit la blonde sans quitter sa feuille des yeux.
La jeune fille soupira, laissant sa tête tomber dans l'accoudoir. Pourquoi fallait-il que ça tombe sur elle ? Percy ne pouvait-il pas appeler directement Annabeth et lui proposer une sortie tout les deux ? - J'ai changé d'avis, et je me suis reposée pendant que tu dessinais ta façade à colonnes.
- Pilastres, rectifia Annabeth.
- Si tu veux, de toute façon je ne comprends qu'un mot sur deux quand tu commences à parler d'architecture.
La jeune fille rit en relevant la tête un instant, avant d'attraper le crayon logé derrière son oreille pour continuer son entreprise. Décidant de passer à la vitesse supérieure, Piper se leva et avança vers la table, s'appuyant contre le bord en croisant les bras.
- Allez Chase, tu auras tout le temps de dessiner tes monuments et buildings quand on sera à la fac !
- Et qu'est-ce que tu proposes ?
- Pourquoi pas une promenade ? Il n'y a pas beaucoup de soleil, mais il fait bon dehors, et tu feras autre chose que travailler pour une fois dans la journée, sourit la brune.
- On a regardé un film ! Se défendit la jeune fille.
- Tu as regardé la moitié du film, et tu es repartie travailler.
- Ce n'est pas du travail, c'est…
- Qu'est-ce que c'est, Annabeth ?
Piper posa son menton dans le creux de sa paume, attendant de voir ce que son amie allait répondre, sachant qu'elle allait gagner de toute façon. Annabeth leva les yeux au ciel mais sourit, posant son crayon en s'adossant à sa chaise en guise de capitulation.
- C'est une occupation, finit-elle par répondre, avant de ranger les esquisses.
- Alors dans ce cas lâche ton occupation et viens avec moi dehors ! Je pourrais essayer de t'apprendre à faire du skate !
- Percy a déjà essayé, et je crois que ce n'est pas pour moi.
- Par tout les dieux de l'Olympe, s'exclama Piper sur un ton théâtral, aurait-on enfin trouver un domaine dans lequel Annabeth Chase n'excelle pas ?
La jeune fille se leva et bouscula gentiment son amie, partant leur servir un verre d'eau. Piper prit le verre qu'elle lui tendait et le but d'un coup, attendant qu'elle en fasse de même avant de la traîner dans l'entrée.
- Allez, enfile tes chaussures, on va réessayer avec le skate, je sens qu'aujourd'hui c'est la bonne !
- Je peux toujours marcher pendant que tu roules.
- Mais ce n'est pas aussi drôle, et je veux te voir rater quelque chose pour une fois que j'en ai la chance, rétorqua Piper en ouvrant la porte, attrapant son skate au passage.
Annabeth secoua la tête mais suivit l'adolescente, la laissant la guider dans les rues de New-York sans vraiment faire attention aux chemins qu'elles empruntaient, essayant plutôt de tenir en équilibre sur la planche. Piper l'amena lentement mais sûrement vers Central Park, vérifiant l'heure de temps en temps pour être sûre de ne pas être trop en avance ou en retard pour le rendez-vous.
- En fait tu avais raison, lança Annabeth en glissant sur le bitume au niveau du passage piéton, c'est pas si compliqué que ça le skate !
- Le jour où quelque chose sera compliqué pour toi, n'oublie pas de me le dire, sourit la jeune cherokee en trottinant à côté d'elle, s'assurant qu'aucune voiture ne venait sur elles.
Au moment de repasser sur le trottoir, les roues de la planches se bloquèrent contre le rebord, stoppant net la progression de l'adolescente. Annabeth manqua de tomber, et Piper la rattrapa in extremis, lui tenant l'avant-bras pour l'empêcher d'embrasser le goudron en riant.
- Je crois qu'il va encore falloir un peu d'entraînement avant que tu puisses nous accompagner sur un skate parc.
- Je crois aussi, sourit la jeune fille avant de tendre la planche à sa propriétaire, mais je peux toujours entrer dans Central Park sans soucis !
Heureuse de la transition offerte sur un plateau par son amie, Piper hocha de la tête, entrant à ses côtés dans le grand parc new-yorkais, essayant de repérer Percy avant qu'Annabeth le fasse. Pour un samedi, l'endroit était assez calme, les nuages ayant certainement dissuadé la plupart des habitants de venir profiter de ce coin de verdure en pleine ville.
Les deux adolescentes s'avancèrent dans une contre-allée ombragée, discutant d'un peu de tout, Piper s'efforçant de rester discrète dans sa recherche. Elles tournèrent un moment dans le parc avant qu'elle n'aperçoive la silhouette familière de son meilleur ami au loin. Un coup d'œil vers Annabeth lui indiqua qu'elle avait elle aussi reconnue Percy devant elles, et elle se mordit la joue, espérant qu'il avait bien préparé son coup.
- Qu'est-ce que Percy fait ici ? Demanda Annabeth en fronçant les sourcils, essayant de voir plus nettement son petit-ami.
- Aucune idée, on a qu'à aller voir.
- Tu as fait exprès, n'est-ce pas ?
- De quoi tu parles ? Fit Piper en tentant d'avoir l'air innocente, prenant un air faussement surpris.
- C'est pour ça que tu voulais qu'on sorte cet après-midi, et que tu nous a emmené dans Central Park ? Qu'est-ce que vous préparez tout les deux ?
- Pour commencer, c'est toi qui a décidé d'entrer dans le parc, pas moi, objecta la brune, et on ne prépare rien du tout.
- A d'autres Piper.
Annabeth regarda son amie, essayant de la faire craquer pour avoir des informations, en vain. La jeune fille leva les mains en secouant la tête, gardant le silence alors qu'elles s'approchaient de Percy. Il se tenait debout près d'un banc, un casque de moto dans la main, ce qui déplut fortement à Annabeth et inquiéta Piper.
- Percy, qu'est-ce que tu fais là ?
- Annabeth ! Sourit le jeune homme en la voyant approcher.
Il parcourut les quelques mètres qui les séparaient et passa sa main libre dans son dos, l'amenant à lui pour l'embrasser avant de saluer son amie, la prenant dans ses bras un instant.
- Ça fait plaisir de te revoir, souffla Piper.
- Ouais, ça me fait plaisir de te voir aussi McLean.
- Pourquoi tu as un casque dans la main ? Lui demanda sa petite-amie.
- J'ai dû faire pas mal de route ce matin, et comme ma voiture n'est pas en état, j'ai utilisé ma moto.
- Mais et ton dos ? Tu as pensé à tes points de sutures ? Tu aurais pu rouvrir la plaie, sans compter les risques d'accident !
Percy l'écouta lui faire la moral sans la quitter des yeux, un petit sourire aux lèvres avant de poser sa main sur sa nuque, l'interrompant avec un baiser, le faisant durer jusqu'à ce qu'il la sente se détendre.
- Ne t'en fais pas, j'ai fait attention, murmura-t-il en posant son front contre le sien. Et je l'ai fait pour toi.
- Ah oui ?
Le jeune homme acquiesça avant de faire un pas en arrière, lui prenant la main. Il recula encore un petit peu avant de tourner la tête, faisant un signe à quelqu'un. Annabeth réalisa alors qu'une femme était assise sur le banc près d'eux, les observant en silence.
Une femme avec de longs cheveux bruns et bouclés, des yeux gris perçant. Un coup d'œil lui suffit à l'identifier, et un masque impassible remplaça son sourire.
- Qu'est-ce que… commença-t-elle.
- J'ai mené quelques recherches ces derniers jours, lui expliqua Percy en caressant ses phalanges de son pouce pour l'apaiser, et j'ai réussi à retrouver ta mère. Vu tout ce qui s'est passé dernièrement, je me suis dit que la rencontrer pourrait te faire du bien.
Annabeth ne répondit pas, l'observant un moment les sourcils légèrement froncés avant de tourner la tête vers celle qui l'avait mise au monde. Athéna tenta un sourire, et l'adolescente vit d'emblée à quel point elles se ressemblaient physiquement.
- Je suis tellement heureuse de te rencontrer, fit-elle en faisant un pas vers le couple.
La jeune fille eut un mouvement de recul par réflexe et serra un peu plus fort la main de Percy, son souffle se bloquant. Son geste sembla blesser Athéna, dont le masque se fissura pour la première fois depuis que Percy l'avait trouvée derrière son bureau.
- Elle est venue rien que pour toi, tu devrais lui laisser une chance, insista-t-il.
- Percy, je ne suis pas sûre…
- Fais-le Annabeth. Va discuter avec elle, même si tu ne veux pas la revoir après, ça te permettra d'avoir des réponses à toutes les questions que tu te poses depuis toute petite.
L'adolescente resta silencieuse quelques secondes, le regard rivé dans celui du brun, les sourcils froncés par l'appréhension. La curiosité et le besoin d'informations la poussaient à parler avec sa mère, mais un embryon de peur lui tordait l'estomac. Les explications pourraient l'aider comme la faire s'effondrer, c'était un risque qu'elle n'était pas sûre de pouvoir assumer si les choses tournaient mal.
Mais cette femme avait quand même fait la route jusqu'à elle, alors elle se devait d'essayer, quitte à le regretter.
- D'accord.
Percy lui sourit avant de lui embrasser le front, desserrant sa main, s'apprêtant à reculer pour laisser Athéna avancer, mais la jeune fille resserra sa prise autour de ses doigts, ne voulant pas le laisser partir.
- Attends, reste un peu s'il te plaît, souffla-t-elle en jetant un petit coup d'œil vers sa mère.
- Vous avez des choses à vous dire, et je ne pense pas que vous pourrez le faire si je suis là. Ne t'en fais pas, je ne serai pas loin avec Piper, tu n'as qu'à m'appeler si quelque chose ne va pas et je viens de suite, ok ?
Annabeth se mordit la lèvre avant d'acquiescer, lâchant petit à petit la main du garçon, le regardant s'éloigner avec son amie. Il lui fit un clin d'œil juste avant de se tourner, essayant de la détendre avant de la laisser face à Athéna, mais lui non plus n'était pas des plus serein. Qu'arriverait-il si les choses tournaient mal ? Si la mère d'Annabeth finissait par la rejeter ?
- Tu as bien fait, lui dit Piper alors qu'ils retrouvaient la sortie du parc, retournant dans les rues de Manhattan.
- Tu penses ?
- Sans aucun doute. C'est ce qui lui fallait maintenant.
La jeune fille lui sourit, et il tenta d'en faire de même, mais l'inquiétude commençait à monter en lui. Piper les conduisit vers un café dans la rue située en face de Central Park, histoire de pouvoir y retourner rapidement en cas d'appel d'Annabeth, et ils s'installèrent près de la fenêtre, leur cafés posés devant eux. Percy posa son portable sur la table, écoutant d'une oreille distraite ce que sa meilleure amie lui racontait, les yeux revenant sans cesse sur l'écran.
- Percy ! S'exclama la brune.
- Oui ?
- Arrête de regarder ton téléphone toutes les deux secondes, tout va bien !
- Mais et si jamais… Commença l'adolescent.
- Si jamais Annabeth a besoin d'aide, l'interrompit-elle, elle appellera. En attendant, ça serait sympa de pouvoir avoir quelqu'un qui m'écoute et me répond quand je lui parle.
Percy regarda son portable encore un petit peu, sa jambe tressautant à cause du stress, puis il poussa l'appareil sur le côté, s'étirant de tout son long pour essayer de détendre ses muscles endoloris par ses blessures, le trajet et l'anxiété.
- Tu as raison, je t'écoute, fit-il en posant ses mains jointes sur la table, se penchant en avant.
- Tu vois quand tu veux, sourit Piper.
Le jeune homme leva les yeux au ciel tout en souriant, attrapant sa tasse pour boire une gorgée de café, grimaçant en découvrant l'absence de sucre dans sa boisson.
- Ça fait du bien de te revoir tu sais. Je n'en ai pas trop parlé avec Annabeth, elle était déjà assez mal comme ça, mais tu m'as fait une sacrée frayeur.
- Désolé, s'excusa-t-il, en même temps ce n'est pas comme si j'avais demandé à me faire rentrer dedans.
- Certes.
- Annabeth a vraiment réagi comme tu le dis ? L'interrogea-t-il, curieux de savoir ce qui s'était passé pendant qu'il était inconscient.
La jeune fille lui avait confié l'inquiétude qui l'avait envahie durant tout le temps où il avait été inconscient, mais il n'avait pas voulu revenir sur cet épisode pour le moment, préférant profiter de ses retrouvailles avec elle plutôt que de la questionner. Il était à présent curieux de savoir comment sa réaction avait été perçue de l'extérieur, de quoi elle avait eu l'air durant ce laps de temps.
- Si tu savais tout ce qui s'est passé, commença Piper avant de boire son café. Jamais je n'avais vu Annabeth dans cet état. J'avais aperçu sa vulnérabilité pendant certaines de nos conversations, je savais qu'il y avait bien plus que le masque impassible et presque froid qu'elle présente en surface, mais ça ? C'était quelque chose Percy. Elle est devenue blême en apprenant que tu avais été transpercé par de l'acier, et elle s'en voulait tellement qu'elle ne voulait pas entrer dans ta chambre, elle a fait une crise d'angoisse devant la porte. Je n'avais jamais vu Annabeth pleurer avant ça, je ne l'avais jamais vu aussi peu sûre d'elle, aussi perdue. C'est à ce moment-là que j'ai pu constater l'ampleur de son amour pour toi, et mon Dieu, je n'ai jamais vu deux personnes s'aimer autant que vous deux.
Le sourire de Percy s'élargit en entendant la jeune fille parler, et ses joues se colorèrent légèrement, prenant une teinte rosée.
- Elle m'a dit qu'elle m'aimait le soir où je me suis réveillé. C'était la première fois qu'elle me le disait, et elle s'était excusée juste avant pour ce qu'elle m'avait dit avant que j'aie mon accident.
- Ça ne m'étonne même pas, vu l'état dans lequel elle était quand elle te veillait. On a tous senti la différence quand elle est revenue en cours, elle était plus légère, plus sereine. Ça m'a bien rassurée, étant donné que vous aviez tout les deux décidés de couper toute communication avec moi à ton réveil.
- Ne dis pas ça, rit Percy, elle t'a prévenue que je n'avais rien de grave et que j'étais de nouveau conscient, il n'y avait pas de quoi s'inquiéter. On voulait juste se retrouver rien que tout les deux un petit peu.
- Et pendant que vous faisiez je ne sais quoi tout les deux, je me faisais un sang d'encre ! Jason a sans doute eu des problèmes à cause de moi tellement je passais de temps à lui envoyer des messages pour tenter de contrôler mon anxiété.
Le jeune homme rougit violemment à cause du début de la tirade de son amie, mais celle-ci lui fournit une porte de secours magnifique.
- En parlant de Jason, comment ça se passe entre vous deux ?
- Très bien, répondit Piper en s'adossant à sa chaise, ne pouvant s'empêcher de sourire. Il continue ses examens professionnels pour le moment, du coup on ne s'est pas vu beaucoup ces derniers temps, mais on essaie de s'organiser des cessions de révisions au moins un jour sur deux. D'après ce que je sais, il est classé parmi les premiers de sa promo.
- Il sera premier d'ici la fin de ses examens. Il veut toujours s'engager dans l'armée de l'air ?
- Oui, il partira en formation à l'automne.
A l'entendre, Percy devina qu'elle n'était pas ravie qu'il le fasse. S'engager signifiait qu'il risquait fortement de partir en mission en dehors du pays, pour plusieurs mois, et il se pourrait qu'ils ne puissent pas communiquer pendant de longues périodes. Tout ça devait lui rappeler sa relation avec son père dans un certain sens, et il comprenait très bien pourquoi elle était aussi peu enjouée face aux projets de son petit-ami.
- Ça ira, souffla-t-il en lui prenant la main, ne pense pas trop à ça pour le moment. L'été n'a même pas commencé, profite du présent tant que tu le peux, on verra bien ce qui se passera après.
- Tu as raison, concentrons-nous sur une chose à la fois.
Le portable de l'adolescent sonna et il sursauta presque, se retenant à grande peine de sauter sur l'appareil. Pendant une fraction de seconde, il crut que c'était Annabeth qui lui envoyait un message pour leur demander de venir, que les choses ne s'étaient pas enchaînées comme prévu, mais il s'agissait juste d'une notification d'application. Le jeune homme reprit sa respiration avant de se rasseoir correctement, demandant un verre d'eau à un serveur.
- Tu devrais appliquer les conseils que tu me donnes Percy, souffla Piper en posant la main sur son avant-bras. Laisse les choses se faire, tu ne peux pas agir sur ce qui se passe alors attend. Je suis persuadée que tout va bien aller, alors essaie de te détendre, s'il te plaît.
- J'aimerais bien t'y voir, marmonna-t-il.
- Je te rappelle qu'Annabeth est aussi ma meilleure amie, alors je suis aussi inquiète que toi. Moi aussi je ne veux pas qu'elle soit blessée une fois encore, mais la discussion qu'elle est en train d'avoir est nécessaire à son développement personnel, alors tout ce qu'on peut faire c'est attendre.
Le brun leva la tête et regarda la jeune fille dans les yeux, cherchant du réconfort dans ses pupilles aux couleurs instables. S'il y avait bien quelque chose pour lequel il n'était pas doué, c'était attendre, d'autant plus quand il s'agissait de quelqu'un à qui il tenait.
- J'espère vraiment que ça va bien se passer… Murmura-t-il en posant son menton dans sa main, essayant d'imaginer ce qu'Annabeth et Athéna pouvaient se dire à ce moment.
Restées seules dans Central Park, la mère et la fille se regardèrent sans un mot, aucune n'osant aller vers l'autre. Annabeth dévisageait la femme qui se tenait en face d'elle, remarquant comme elle avait peu changé en un peu moins de vingts ans. Elle était quasiment la même que sur la photo que l'adolescente conservait dans sa chambre au-dessus de son bureau, le temps semblant ne pas l'avoir affectée. Elle mesurait d'autant plus à quel point elles étaient semblables physiquement, car mise à part la couleur de ses cheveux, elle était une copie quasi-conforme de sa mère.
- Comme tu as grandi, tu es tellement belle… Murmura Athéna.
La jeune fille ne répondit pas, encore trop déstabilisée par la rencontre soudaine. Se retrouver face à sa mère après en avoir tant rêvé était quelque peu troublant, et elle ne savait pas par où commencer.
- Tu veux qu'on aille quelque part d'autre peut-être ? Où tu aimes être à l'extérieur ?
- On peut s'asseoir à côté, répondit la blonde, s'éclaircissant la gorge.
Athéna acquiesça et la laissa s'installer à une table de pic-nique, croisant les mains devant elle. Annabeth l'imita, essayant de ne pas paraître trop mal à l'aise. Elle ne savait pas trop par quoi commencer, trop de choses se bousculant dans sa tête en même temps.
- Je me doute que tu dois être surprise de me voir aujourd'hui, après tout ce temps…
- C'est le moins qu'on puisse dire… Répliqua-t-elle.
La brune soupira, le regard posé sur ses mains, se tordant les doigts. A la voir, la jeune fille devina qu'elle ne se retrouvait jamais dans ce genre de position, où elle n'avait aucun contrôle sur ce qui pouvait se produire. Sa réaction la rassura un petit peu, lui rappelant qu'elle n'était pas la seule à se sentir anxieuse.
- Tu dois probablement être en colère contre moi, et je comprends…
- Je ne suis pas en colère, souffla Annabeth, du moins plus maintenant.
Sa réponse étonna Athéna, qui ouvrit la bouche avant de la refermer, prise de court. Elle s'était attendue à de la rancœur, des cris, des accusations, et elle méritait tout ça. Elle s'était préparée à un rejet pur et simple, s'imaginant que sa fille allait vider son sac, se déchaîner contre elle avant de la planter sur place.
De toute évidence, elle ne connaissait pas Annabeth.
Ce constat lui fit un pincement au cœur, et les remords qu'elle gardait enfouis en elle depuis presque dix-huit ans revenaient à la surface, ravivant de vieilles blessures qu'elle aurait préféré garder fermées.
- J'ai été en colère, c'est vrai, continua l'adolescente, je t'en ai voulu à un point, si tu savais. Je me suis posée tout un tas de questions, j'ai même essayé de demander des informations à papa, mais il n'a jamais dit grand-chose. Il avait toujours cette lueur triste dans le regard quand je lui parlais de toi, et à chaque fois que j'essayais d'en savoir plus, tout ce qu'il me disait, c'était « tu ressembles tellement à ta mère». Je sais où et comment vous vous êtes rencontrés, je sais que tu étudiais l'architecture et lui l'histoire, je sais que tu l'as quitté sans rien lui dire à propos de moi, et qu'il n'a appris mon existence que le jour où tu m'as déposée sur le paillasson de sa porte.
- Je n'ai pas fait ça de gaieté de cœur, ça a été la décision la plus difficile que j'aie eu à prendre de toute ma vie.
- Et de tout ce que j'ai pu apprendre, c'est ce qui m'a fait le plus de mal.
Le silence retomba, chacune déviant le regard. Parler à cœur ouvert n'était pas un exercice facile ou même agréable pour la mère et la fille, et revenir sur ces événements-là étaient particulièrement douloureux. L'abandon les avait toutes les deux marqué d'une façon différente, laissant cependant la même cicatrice.
- Pourquoi ? J'étais un fardeau tellement lourd que je ne valais pas mieux qu'un pas de porte ? Tu avais honte de moi ?
- Non ! Annabeth mon Dieu non, ce n'est absolument pas ça, s'exclama Athéna, dont le regard se fixa sur le visage de sa fille.
- Alors quoi ? Pourquoi tu nous as abandonné ?!
Athéna sentit sa gorge se serrer et avala difficilement sa salive, se sentant terriblement impuissante. Ne supportant pas de voir celle qu'elle avait mise au monde dans un tel état, elle baissa la tête sur ses mains, se mordant la lèvre en cherchant les bons mots.
- Avec Frederick on s'est tout de suite entendus, et on était jeunes. Les choses sont allées très vite, trop vite, ni lui ni moi n'avions le contrôle sur ce qui se passait. On aurait dû se douter qu'il allait se passer quelque chose à un moment donné, mais on était amoureux et insouciants. J'ai tout de suite compris que j'étais enceinte quand j'ai commencé à avoir des nausées, alors que je n'étais jamais malade, mais j'ai fait un test pour m'en assurer. Moi qui était la plus sérieuse des élèves, la plus responsable, celle qui prévenait tout le monde de faire attention à soi, je suis tombée enceinte à vingts ans, et c'est quelque chose d'extrêmement troublant de se retrouver dans cette situation alors que j'étais celle qui mettait tout le monde en garde.
Annabeth resta immobile, écoutant l'histoire qu'elle connaissait à la fois par cœur et à peine. L'entendre du point de vue de son père et l'entendre de la bouche de sa mère ne donnait pas du tout le même rendu. Elle s'imagina l'espace d'un instant se retrouver à sa place, enceinte sans être encore diplômée, sans avoir d'emploi, sans aucune stabilité. La jeune fille comprenait que sa mère ait pu avoir peur, mais elle ne comprenait toujours pas ses actions. A quoi bon s'enfuir pour ensuite la laisser et continuer sa vie ?
- Il faut que tu saches qu'à aucun moment je n'ai pensé à avorter, tu n'étais pas prévue, mais je t'ai aimé dès que j'ai su que tu étais là, lui assura Athéna. Je ne savais pas comment ton père pouvait prendre la nouvelle, il était encore trop tôt dans notre relation, on n'avait jamais parlé du fait d'avoir des enfants, et je ne savais absolument pas comment il allait réagir. On est restés ensemble encore quelques mois, mais j'étais de plus en plus distante, je cherchais un moyen de tout concilier entre ma grossesse, mes études, mon couple, et tout gérer de front s'est avéré plus complexe que ce que j'avais pu imaginer. Je ne sais pas si Frederick ne s'est pas rendu compte que je m'éloignais progressivement de lui, ou s'il le voyait mais décidait de fermer les yeux sur mon comportement pour rester avec moi. Quand je suis arrivée à quatre mois de grossesse, mon ventre commençait à s'arrondir, et je ne pouvais plus le cacher. J'étais très sportive, alors la bosse s'est rapidement vue. Au début je portais des vêtements un peu plus amples, je ne rentrais plus mes hauts, mais ça ne suffisait plus, et Frederick avait remarqué que mon corps changeait. Je disais toujours que j'avais trop mangé, et je mettais sur le compte du stress mes envies un peu bizarres. Harvard est une très bonne université, mais elle demande beaucoup de travail, alors il y a cru. J'ai attendu jusqu'en mars avant de partir pour la Californie après avoir su que l'université possédait un système d'étude pas correspondance. Là-bas, j'ai loué un petit appartement, j'ai trouvé un travail qui me permettait de continuer mes études en parallèle. C'était un moment particulièrement stressant, j'essayais de mettre un peu d'argent de côté, je dormais très peu, je mangeais à peine. Heureusement, tu ne bougeais pas trop, alors je n'étais pas malade, et je pouvais avoir un peu de repos. J'avais tout juste reçu mon diplôme quand tu es née, avec un mois d'avance, le douze juillet.
Athéna s'arrêta un instant, un petit sourire aux lèvres en ce remémorant le jour de son accouchement. Suspendue à ses mots, Annabeth restait toujours silencieuse, ne voulant pas perdre une miette de ces explications si longtemps attendues. Sa mère fouilla un peu dans son sac à main, ouvrant son portefeuille avant d'en sortir une photo pliée en deux et abîmée par le temps. Elle la regarda un petit peu en passant son pouce dessus avant de la tendre à sa fille. L'adolescente prit le morceau de papier glacé avec délicatesse, ses yeux se posant sur l'image d'une jeune femme allongée dans un lit d'hôpital, un air fatigué au visage, un sourire au visage, tenant un nouveau-né dans ses bras. Elle fut soufflée par la ressemblance entre sa mère à vingts ans, et elle actuellement.
- Quand je t'ai tenu pour la première fois, j'étais aux anges. J'aurais préféré que Frederick soit avec moi bien sûr, mais je ne voulais pas lui imposer mon choix. Tu étais un bébé adorable, je n'aurais pas pu demander mieux. Tu pleurais à peine, tu te réveillais quasiment à des heures régulières dans la nuit, et tu t'endormais presque immédiatement quand je commençais à te bercer.
Annabeth s'arracha à sa contemplation pour observer sa mère, ayant l'impression de se regarder dans un miroir. Malgré leur tentative de cacher leurs émotions, toutes les deux étaient à fleur de peau dans cette conversation, peinant à se canaliser. La jeune fille se racla la gorge, ne voulant pas montrer sa vulnérabilité en s'adressant à Athéna.
- Si tout se passait aussi bien que ça, pourquoi m'avoir laissé à mon père ?
Quelque chose dans le regard de sa mère se ternit, la tendresse laissant place à une autre émotion, moins joyeuse. Elle se redressa et ramena ses mains surs ses genoux, se refermant un peu.
- Aussi cliché que ça puisse paraître, le problème n'était pas toi, mais moi. Tu étais parfaite, mais il fallait quand même que je travaille pour tout payer, et c'était difficile de tout concilier toute seule. Aucun cabinet ne voulait de moi parce que j'étais mère célibataire et que je manquais d'expérience. Les gens que j'ai pu rencontrer se permettaient des remarques assez dures, me disant que j'étais complètement irresponsable de te garder, que j'étais trop jeune pour être mère, et que tu serais malheureuse si je continuais comme ça. Je ne les écoutais pas au début, mais ce type de remarques revenait encore et encore, et c'était dur moralement de tenir quand tout le monde me fermait la porte. Je jonglais entre différents emplois pour pouvoir t'acheter ce dont tu avais besoin, mais j'étais épuisée et j'ai commencé à avoir peur pour toi et ton avenir. Si j'arrivais tout juste à prendre soin de moi, comment est-ce que je pouvais correctement m'occuper de toi ? Entendre sans cesse que je ferais mieux de te laisser à l'adoption pour que des gens avec une situation stable puissent bien s'occuper de toi finissait par user ma confiance en mes capacités. Un matin où j'étais pressée par le temps, je me suis préparée à la hâte, j'ai sauté sur mes affaires et j'ai claqué la porte pour partir travailler. Quand je suis arrivée au rez-de-chaussée de l'immeuble, je me suis rendue compte que je t'avais oubliée dans le salon. Avec du recul, je me dis que ça aurait pu arriver à n'importe qui, y compris une mère de famille lambda, mais avec toute la pression qu'on me mettait et que je me mettais moi-même, ça m'a fait l'effet d'un électrochoc. En remontant, je me suis dit que je n'y arriverais pas, que tu méritais mieux que ce que je pouvais t'offrir, et que pour ton bien, il valait mieux que je cède ma place.
Jusqu'aujourd'hui, Annabeth ne s'était jamais vraiment demandé comment sa mère en était venue à l'abandonner, pensant qu'elle s'était juste lassée d'elle après avoir joué à la poupée un peu plus de trois mois. Elle mesurait seulement maintenant à quel point sa décision avait dû lui coûter, et plus important encore, elle se rendait compte qu'elle avait essayé, qu'elle s'était battue pour la garder.
- Je suis rentrée sur la côte est, me disant que j'aurais sans doute plus de chance de trouver un travail, mais les réactions étaient les mêmes, que ce soit en Californie ou à New-York. J'ai essayé autant que j'ai pu, mais j'ai fini par me convaincre que je n'étais pas à la hauteur pour toi. J'ai fait la route de nuit jusqu'à Harvard en espérant que ton père y soit encore, et après avoir discuté avec d'anciennes connaissances, j'ai appris qu'il avait continué son cursus à l'université. J'ai écrit une lettre que j'ai glissé dans le couffin pour lui expliquer qui tu étais, pourquoi j'étais partie, et je t'ai déposé sur le devant de la porte avant de m'enfuir pour de bon. J'ai été lâche, j'avais trop peur de sa réaction pour lui faire face, alors je suis partie avant qu'il n'ait le temps d'ouvrir. J'ai attendu en veillant de loin à ce qu'il te prenne bien avec lui, et une fois qu'il a refermé la porte en t'ayant emportée, je suis repartie pour New-York. J'ai finis mes études en architecture, et j'ai ouvert mon propre cabinet.
- Pourquoi n'as-tu jamais donné de nouvelles ? As-tu même cherché à en avoir ? Lui demanda Annabeth en ravalant ses larmes.
- Le jour où je t'ai posée sur ce paillasson, je me suis jurée de ne pas intervenir dans ta vie, déclara-t-elle. La tentation était immense, mais je ne pouvais pas le faire. Je ne me voyais pas te dire ou dire à ton père que je continuais ma vie de mon côté alors que je vous avais tout les deux laissé derrière. Avoir des nouvelles était encore plus compliqué, je ne voulais pas que plus de monde que nécessaire soit au courant de ta naissance, et je ne pouvais pas demander des nouvelles directement à Frederick alors que je l'avais mis devant le fait accompli. Je pensais que sortir complètement de vos vies était la meilleure chose à faire, alors je me suis effacée.
L'amertume remonta en Annabeth, qui se laissa aller à quelques songes, s'imaginant ce qu'aurait pu être sa vie si Athéna avait eu la force de la garder, ou si elle s'était renseignée ne serait-ce qu'une fois sur elle. Comme sa vie aurait été différente si on l'avait extirpée des griffes d'Isabel plus tôt…
- Pas un jour n'est passé sans que je pense à toi, Annabeth. Je me demandais constamment à quoi tu pouvais ressemblais en grandissant, ce que tu aimais faire, quelles étaient tes passions, tes projets pour plus tard. Si seulement j'avais su ce que tu vivais, je serais intervenue.
- Qu'est-ce que tu sais de ce que j'ai vécu ?
Son ton fut plus cinglant qu'elle ne l'aurait souhaité, mais elle ne s'en excusa pas. C'était toujours facile de dire ce genre de choses une fois les problèmes réglés, et même si sa mère n'y était pour rien dans ce qu'elle avait subir, elle ne pouvait s'empêcher de ressentir une pointe de rancœur envers elle. Athéna encaissa sans broncher, consciente de ses blessures laissées par des années de maltraitance.
- Le jeune homme qui est venu me trouver m'a dit rapidement ce que tu avais eu à endurer.
- Percy m'a beaucoup aidé cette année, fit Annabeth en se radoucissant, c'est grâce à lui si je suis débarrassée d'Isabel aujourd'hui.
- Que s'est-il passé ?
L'adolescente se redressa et souffla, se demandant comment elle allait aborder le sujet avec une personne qu'elle connaissait à peine. Il lui avait fallu beaucoup de temps pour réussir à en parler à Percy, et elle ne savait pas par où commencer. Elle savait cependant qu'en parler l'aidait à aller mieux, alors elle se força à lever la tête, et commença.
- Jusqu'à mes sept ans, on était seuls avec papa. Après ses études, on s'est installés en Californie, il travaillait beaucoup, et il passait peu de temps avec moi. J'étais un peu livrée à moi-même, je suis devenue autonome assez rapidement, j'ai appris à me débrouiller seule. Je me suis souvent demandée s'il m'évitait parce que je te ressemblais, où parce qu'il me considérait comme un fardeau qu'il n'avait jamais demandé à avoir et qu'il gardait parce qu'il se sentait obligé de le faire. Il essayait de temps en temps de passer quelques moments avec moi, il me lisait Les Métamorphoses d'Ovide pour m'endormir, et il me faisait réciter l'alphabet grec. Les choses se sont gâtées quand il s'est marié avec Isabel, mon ex belle-mère. Tout allait bien au début, elle ne faisait rien de mal, j'aurais presque pu l'apprécier. Les choses se sont dégradées petit à petit, ça s'est empiré avec la naissance de mes demi-frères. C'était d'abord des insultes, des remarques, des regards noirs, et elle a fini par me frapper. Papa ne voyait rien, elle le faisait toujours quand il était absent, et elle frappait à des endroits invisibles quand j'étais habillée, souvent aux côtes ou sur le dos. Il ne s'en est jamais rendu compte, personne n'a jamais rien vu. Quand elle s'emportait vraiment, je masquais les traces avec du maquillage pour éviter les questions. Je me suis renfermée, je ne parlais à personne. On est venu s'installer à New-York il y a deux ans parce que Columbia avait besoin d'un professeur d'histoire, et les choses ont continué exactement comme en Californie la première année. Les choses s'empiraient, elle me frappait de plus en plus souvent et fort. J'ai commencé à donner des cours de soutien à Percy en littérature, c'est comme ça qu'on a appris à se connaître. A force de le fréquenter, j'ai commencé à m'ouvrir aux autres, j'ai sympathisé avec une fille de mon cours de français, Piper, c'est elle qui était avec moi quand je suis arrivée. Je me suis fait des amis, j'ai commencé à sourire, à me détendre, à baisser la garde. C'est Percy le premier qui a compris que quelque chose clochait, et il a fini par découvrir ce que je cachais. Il voulait prévenir la police, mais je l'en ai empêché, parce que je ne voulais pas que les enfants grandissent sans leur mère comme moi. J'ai eu beaucoup de mal à le convaincre, et à chaque fois qu'il voyait une nouvelle trace de coup, on se disputait presque jusqu'à ce que j'arrive à le faire changer d'avis. Je comptais attendre la fin du lycée pour la dénoncer, après avoir prévenu papa pour qu'il puisse faire ce qu'il fallait pour mes petits frères, mais cette semaine, un soir où Percy était à la maison, Isabel m'a appelée pour que je lui fasse à manger. Les choses ont fini par dégénérer, et il a appelé la police. Quand ils sont arrivés, j'étais par terre dans la cuisine, et elle me hurlait dessus en me donnant des coups de pieds. Ils l'ont embarquée devant les petits, et elle a été placée en préventive jusqu'à son procès. Papa est rentré peu de temps après d'un séminaire, et il a eu du mal à y croire. Il s'en veut beaucoup de ne rien avoir vu, je le sens quand il me regarde ou qu'il me parle.
Athéna regardait sa fille sans rien dire, ne trouvant pas les mots. Apprendre que sa fille avait passé une décennie à vivre avec un monstre de cruauté sans que personne ne fasse rien lui était insupportable, et la culpabilité la submergeait. A tout moment elle aurait pu la sortir de cet enfer en allant la voir, en lui parlant, en prenant de ses nouvelles. Sa lâcheté avait coûté son enfance à son fille, et rien de ce qu'elle pourrait faire ne pourrait la lui rendre.
- Je… Je suis tellement désolée, si j'avais su, souffla-t-elle.
Son regard se posa sur les bras de l'adolescente, et elle remarqua seulement maintenant quelques traces légèrement rouges, comme des griffures ou des coupures. Sans rien dire de plus, elle avança la main vers une égratignure, hésitant un instant avant de passer l'index dessus. Elle sentit Annabeth tressaillir, mais la jeune fille ne la repoussa pas, serrant les poings.
- C'est elle qui t'a fait ça ?
Annabeth hocha de la tête, gardant les yeux rivés sur elle. Athéna eut du mal à soutenir son regard, la honte pesant de plus en plus lourd.
- Ce n'est rien, j'ai eu pire, se contenta de répondre l'adolescente avant de reculer un petit peu.
- Elle ne s'en tirera pas comme ça, elle va payer pour ce qu'elle t'a fait, je te le promets.
- J'ai eu ce que je voulais, elle a été arrêté et va faire de la prison.
- Je veux qu'elle y reste le plus longtemps possible, répondit la mère d'Annabeth, le regard tellement foncé qu'il semblait noir. Je connais de très bons avocats qui se chargeront de ça, tu peux me faire confiance.
C'était peut-être méchant, mais Annabeth se sentit soulagée. La vengeance ne servait à rien, mais savoir que l'on ferait tout pour empêcher la femme qui l'avait maltraitée toutes ces années de sortir de sitôt lui fit du bien. Elle sourit fébrilement à sa mère pour la remercier, et cette dernière l'imita. Le silence retomba finalement entre elles, chacune réfléchissant à ce qui venait d'être dit. Elles avaient beaucoup échangé, et même s'il restait beaucoup de choses à voir, c'était déjà un grand pas en avant.
Le téléphone d'Athéna se mit à sonner, et la femme décrocha rapidement, se levant pour répondre aux quelques questions qu'on lui posa. Elle revînt auprès de sa fille après quelques minutes, la mine penaude.
- Je suis désolée, on me réclame de toute urgence à mon cabinet, déclara-t-elle. Je vais faire l'aller-retour au plus vite, on peut manger ensemble ce soir, tu n'as qu'à choisir un restaurant et on ira là-bas dès que je serai revenue…
- Je préférerais en rester là pour cette fois, la coupa gentiment Annabeth, néanmoins touchée par la proposition de sa mère.
La brune se figea un instant en la regardant, et même si elle tenta de le cacher, sa fille se rendit compte qu'elle était blessée par sa réponse. Elle s'en voulut de refuser sa proposition, mais elle avait besoin de souffler un petit peu et de réfléchir à la place qu'elle était prête à lui accorder dans sa vie.
- Oh, d'accord, je comprends.
- Ce n'est pas du tout contre toi, lui assura la blonde, j'ai juste besoin de digérer tout ce qui vient d'arriver. Ce n'est pas tout les jours qu'on retrouve sa mère, et j'ai beaucoup de choses à gérer en plus.
Un sourire se dessina sur les lèvres d'Athéna alors qu'elle replaçait son sac à main sur son épaule. Annabeth se leva et fit un pas vers elle, ne sachant pas trop quoi faire. Sa mère la regarda un peu plus, fière de voir que sa fille était devenue une belle jeune femme.
- Bien, on fera les choses à ton rythme. Quoi que tu décides, je me plierai à ta volonté.
La jeune fille apprécia qu'elle n'insiste pas et sourit à son tour, entrelaçant ses mains devant elle. L'architecte avança vers sa fille, son sourire toujours présent sur son visage. Elle sortit une petite carte de son sac ainsi qu'un stylo, et se pencha vers la table à côté d'elles, replaçant une mèche bouclée derrière son oreille avant de griffonner quelque chose.
- Prend ça, fit-elle en se redressant, et appelle au numéro que je t'ai noté, c'est mon numéro personnel. Si jamais je ne réponds pas, appelle le numéro inscrit sur la carte. Je vais prévenir ma secrétaire, tu n'auras qu'à lui dire ton prénom et elle me transmettra immédiatement l'appel, peu importe le moment. Tu peux aussi venir au cabinet quand tu le souhaites, l'adresse est à l'arrière de la carte, ce serait un plaisir de te faire visiter les lieux.
Annabeth acquiesça en prenant le petit morceau de carton, l'examinant un petit peu.
- Préviens-moi quand tu auras envie de me revoir. Ne te force pas, fais-le quand tu te sentiras prête, j'attendrai autant de temps qu'il le faudra.
- Je le ferai, murmura l'adolescente. Merci d'être venue me rencontrer.
- Merci à toi d'avoir accepté de discuter.
Athéna tendit la main vers sa joue et la posa dessus avec douceur, la lui caressant tendrement. Annabeth resta bouche bée, se laissant faire sans bouger d'un cil. Si elles se ressemblaient autant qu'elle le pensait, ce simple acte d'affection avait du lui demander du courage. Elle avait pris sur elle pour lui montrer sa vulnérabilité et avait pris le risque de se faire repousser.
- J'espère te revoir très vite, souffla la mère avant de reculer sa main.
- Moi aussi.
Athéna la regarda encore un moment, le regard brillant, avant de s'éloigner, repartant vers son cabinet. Annabeth resta un peu sur place après le départ de sa mère, figée dans sa position, la carte entre les mains. Elle finit par la ranger et appela Percy, qui sembla rassuré d'entendre que tout s'était bien passé. Il la rejoignit en quelques minutes avec Piper, et elle leur raconta dans les grandes lignes sa rencontre avec sa mère. Ils restèrent à Central Park jusqu'à ce que le soleil se couche, puis le trio reprit la route, Percy sur sa moto devant Piper et Annabeth dans la voiture de la première. La jeune cherokee déposa l'adolescente avant de reprendre la route, déclinant leur invitation à venir dîner avec eux chez Percy.
En rentrant dans l'appartement, le jeune homme trouva un post-it sur la table, l'informant que sa mère et son beau-père étaient sortis pour la soirée.
- On est tout seul pour ce soir, dit-il en se retournant, trouvant Annabeth en train de se déchausser, il y a quelque chose en particulier qui te fais envie pour le repas ?
- Choisis ce qui te fais plaisir, répondit-elle en avançant dans le salon tout en s'étirant.
- Ça fait un moment que je n'ai pas mangé chinois…
- Alors commande du chinois.
Le garçon attrapa son téléphone et passa la commande en quelques minutes, puis s'attela à faire un peu de rangement avant que le livreur n'arrive. Annabeth lui prêta main-forte, regroupant les papiers laissés un peu partout dans la pièce par Sally tandis que Percy faisait le tri dans les journaux. Perdu dans sa tâche, il ne vît pas Annabeth passer dans son dos, ne se rendant compte de sa présence que lorsqu'elle passa ses bras autour de sa taille, posant la tête contre son dos.
Il arrêta son activité et se redressa en douceur, posant ses mains sur celles posées sur son ventre, en caressant les phalanges avant de se retourner dans les bras de la jeune fille, passant ses mains dans ses cheveux alors qu'elle se laissait aller contre lui, fermant les yeux.
- Tout va bien ? Lui demanda-t-il.
- Merci pour ce que tu as fait aujourd'hui, articula-t-elle dans son tee-shirt.
Soulagé, Percy embrassa le sommet de son crâne avant de passer ses bras autour de ses épaules, la serrant contre lui en souriant.
- J'avais vraiment peur que tu m'en veuilles d'avoir agi sans te prévenir.
- Tu m'as permis de rencontrer ma mère, et d'obtenir les réponses à des questions que je me posais depuis longtemps, je ne peux pas t'en vouloir.
- Content de l'entendre.
- Tu es le meilleur, ajouta-t-elle en écartant le visage de son torse.
- Je le sais bien, rit Percy en plongeant son regard dans le sien.
Annabeth leva les yeux au ciel en souriant, puis se hissa sur la pointe des pieds, attendant qu'il parcoure la distance les séparant. Le jeune homme ne se fit pas prier, se penchant sur sa bouche en encadrant son visage de ses paumes, profitant du calme ambiant. La journée avait été très longue, et il avait eu vraiment peur que quelque chose tourne mal et qu'il perde Annabeth, ce qu'il n'aurait pas supporter.
Maintenant que tout était fini, ils allaient pouvoir profiter l'un de l'autre sans que rien ne vienne ternir leur bonheur. Cette pensée le réjouit, et il déposa des baisers légers sur tout le visage de la jeune fille, se délectant de ses rires en la tenant contre lui.
Bonjour à tous !
Je sais que je suis un peu (beaucoup ?) en retard, mais ce chapitre fait la taille de deux chapitres habituels, alors ça me rattrape un peu, non ? J'ai aussi un peu revu l'organisation de la fin de cette fanfiction, et il reste en fait 3 chapitres, et non 2, en espérant que ça vous fasse plaisir ! Je suis aussi en train de travailler sur un OS en même temps que cette fanfiction, ce qui a contribué à mon retard, je suis désolée de ne pas avoir tenu les délais.
Merci à tout ceux qui continuent de me laisser un commentaire à la fin de chaque chapitre, vous êtes géniaux ! J'espère que ce chapitre vous a plu, j'ai hâte de savoir ce que vous en avez pensé.
Merci de continuer à me lire et à me soutenir, je vous dis à bientôt !
