Chapitre 37

Annabeth prit son temps après sa rencontre avec sa mère.

La jeune fille avait pris la décision de ne rien dire à son père pour le moment, attendant de voir comment sa relation avec Athéna allait évoluer avant de lui en parler. Celle-ci lui avait envoyé les coordonnées de son avocat comme elle le lui avait dit, lui indiquant tout ce qu'elle devrait faire pour accélérer la procédure. Après avoir passé quelques coups de téléphone, l'architecte avait appris qu'Isabel allait passer devant le juge à la fin du mois, juste avant le début des examens finaux pour Annabeth, ce qui ne la ravit pas.

La mère et la fille s'échangèrent des messages plusieurs fois, Athéna demandant des nouvelles de l'adolescente à plusieurs reprises par jours, s'intéressant à ce qu'elle faisait. Annabeth n'en disait rien, mais elle était touchée par l'attention qu'elle lui portait. Elle avait eu l'air intéressée quand la jeune fille lui avait parlé de ses dessins de New-York et de son projet de maquette, et elle lui avait même proposé de venir la faire dans ses bureaux, où elle lui laisserait tout les outils manuels ou informatiques dont elle aurait besoin pour sa conception. Cette proposition lui avait fait beaucoup de bien, et elle était pressée de pouvoir s'y mettre.

Sa relation avec son père semblait également s'améliorer lentement mais sûrement, chacun avançant l'un vers l'autre un pas à la fois. Plutôt que de s'enfermer dans son bureau pour corriger ses copies d'étudiants pendant des heures sans sortir pour saluer ses enfants, il prenait le temps de leur préparer leurs déjeuners et dîners, restant à table avec eux, profitant du moment pour discuter avec sa fille et ses fils. Il riait toujours en entendant les histoires de Bobby et Matthew, et n'en manquait pas une miette, content que le choc de ne plus voir leur mère ne soit pas trop rude pour eux.

Le soir, une fois que les jumeaux étaient couchés et qu'il leur avait fait la lecture, les laissant lire un passage chacun, il descendait dans le salon, rejoignant Annabeth quand elle n'était pas chez Percy ou en haut avec lui. Ils passaient la fin de la soirée tout les deux, travaillant l'un à côté de l'autre, s'aidant l'un l'autre avec leurs travaux. La jeune fille ne refusait jamais de relire une copie sur laquelle son père hésitait entre deux notes, lui donnant ses impressions. Elle lui faisait lire ses travaux d'histoire et d'anglais, lui demandant son avis par moment, rectifiant au besoin.

La vie recommençait de zéro en quelque sorte pour elle, et c'était à la fois excitant et légèrement effrayant. Elle s'habituait progressivement à ne plus avoir à s'occuper que d'elle et de ses études, à mener sa vie d'adolescente, et jusqu'ici, c'était plutôt plaisant.

Le chirurgien qui s'était occupé de Percy l'avait rappelé samedi soir pour lui demander de venir lundi afin de s'assurer que tout allait bien pour son dos, et après son rendez-vous, le jeune homme avait écopé d'une journée supplémentaire de repos, sa cicatrice n'ayant pas particulièrement aimé son périple en moto. Il avait bien ronchonné, voulant retourner au lycée pour voir ses amis, mais elle l'avait obligé à rester chez lui, passant après les cours pour s'assurer qu'il n'avait pas encore fait des siennes.

Ce fut donc mercredi que Percy fît son grand retour, surexcité à l'idée de sortir de l'appartement. Malgré l'avis d'Annabeth qui aurait préféré qu'il prenne le bus ou le métro, le jeune homme enfourcha sa moto et roula tranquillement jusqu'au lycée, redoublant de vigilance avec toutes les voitures qui déboulaient dans tout les sens.

Grâce à son engin il arriva en avance pour les cours, se garant juste à côté de l'escalier principal. Quelques filles passèrent près de lui avec un regard appréciatif, lui souriant en lui faisant quelques signes de la main. Percy ne fît pas vraiment attention, restant appuyé contre la moto le casque entre les mains jusqu'à ce qu'il aperçoive Annabeth avancer sur le parking. Aussi idiot que ça puisse paraître, il sentit ses genoux mollir tandis qu'elle s'approchait, vêtue d'un simple jeans avec une chemise soigneusement rentrée, ses boucles blondes maintenues en queue de cheval, un livre sous le bras. Il avait l'impression de tomber encore un peu plus amoureux d'elle en la regardant marcher vers lui, si tant est que ce soit possible.

- Bonjour, sourit-elle juste avant de l'embrasser, s'attirant au passage les regards noirs d'autres lycéennes.

- Bonjour, répondit-il en passant son bras autour de sa taille, la ramenant entre ses jambes avec un sourire en coin.

- Tu sais que tu risques d'encore allonger ton temps de cicatrisation à rouler en moto ? Souffla Annabeth.

- Aucun risque, j'ai une infirmière absolument géniale qui m'a fait un bon pansement pour éviter les frottements.

- Le pansement n'empêchera pas tes points de sauter si tu fais un mouvement trop brusque.

- Je suis prudent, c'est promis, fit Percy en la regardant dans les yeux, son sourire toujours aux lèvres.

- Il y a plutôt intérêt ! Je ne retournerai plus jamais dans une chambre d'hôpital, je te préviens.

Le jeune homme rit doucement avant de replacer une petite mèche blonde tombant sur la tempe de l'adolescente, lui prenant la main en se redressant. Annabeth fît un pas en arrière pour le laisser se lever, appréciant au passage son allure de biker, un sourire satisfait au visage.

Le couple monta les escaliers vers le lycée sous le regard de tout leurs camarades, qui se mettaient à chuchoter sur leur passage. Tout le monde était au courant des récents événements les concernant, que ce soit la bagarre entre Percy et Luke ou l'accident du brun. Ce comportement agaçait fortement la blonde, mais la présence de Percy à ses côtés l'aidait à rester calme, et elle se focalisa sur la sensation de leurs mains jointes plutôt que sur les réactions des autres autour eux. Peu importait ce qu'ils pouvaient bien penser et dire dans leurs dos, ils étaient ensemble, et c'était tout ce qui comptait.

Arrivés dans le hall, le couple eut quasiment une haie d'honneur, tout le monde s'écartant sur leur passage. Depuis que Percy avait commencé à changer sa garde-robe, les filles s'étaient montrées encore plus intéressées qu'auparavant, mais là, ça devenait fou. Pas une seule ne le fixait pas quand il passait à leur hauteur, ce qui gonfla l'orgueil et la fierté d'Annabeth, qui plutôt que de se montrer jalouse, sourit d'autant plus en entrelaçant leurs doigts.

Regroupés près de leurs casiers, leurs groupe d'amis discutait, ne s'étant pas rendu compte de ce qui se passait dans les alentours. Les deux adolescents se rapprochèrent tranquillement, des bribes de conversations leurs parvenant de plus en plus clairement au fur et à mesure de leur avancée.

- Ha, regardez qui arrive ! Sourit Katie, la tête tournée vers le couple qui marchait dans le couloir.

- Jackson ! Alors, comment ça va ?

Toute la troupe commença à parler en même temps, Travis donnant une tape sur l'épaule de Percy qui grimaça un petit peu. Malgré ça, il sourit à tout le monde, content de retrouver ses amis.

- Doucement ! S'exclama Annabeth en stoppant les garçons, il a réussi à sortir en un morceau de l'hôpital, et j'aimerais qu'il reste comme ça.

- Ne t'en fais pas, il est costaud notre Percy, n'est-ce pas ? Sourit Léo en passant un bras autour de ses épaules.

L'intéressé repoussa le brun en riant, replaçant son blouson correctement.

- Tu reviens pile à temps pour l'interro de biologie, lança Nico en rejoignant le cercle, évitant un geste de Connor, qui se chamaillait avec son frère.

- Comment ça une interro ? On ne fait plus rien en cours, et les examens sont dans dix jours ! S'exclama-t-il.

- Apparemment madame Benioff trouve que c'est une bonne idée pour s'assurer que tout le monde est près…

Le jeune homme poussa un grognement d'agacement en laissant sa tête tomber contre l'épaule d'Annabeth, qui passa ses doigts dans ses cheveux en souriant pour le consoler.

- Ça va aller, on a travaillé sur tout les cours, tu vas avoir une super note, murmura-t-elle.

- Mais j'ai pas envie d'y aller…

- Allez Percy, on en a bientôt fini avec le lycée ! Plus que deux semaines d'efforts et on sera en vacances.

L'adolescent soupira en se redressant, ne semblant pas complètement convaincu par les paroles d'Annabeth. Piper les surpris en lui sautant presque dessus, manquant de les faire tomber en même temps. L'attaque soudaine fît rire tout le monde, et ils restèrent près des casiers encore un petit moment, avant de se disperser vers leurs salles de cours respectives.

Bien que pas très enchanté à l'idée d'avoir à passer une interrogation à deux semaines des vacances, Percy entra dans la salle de biologie et s'installa en silence, se contentant d'écouter Léo et Nico parler derrière lui. Leur professeur suivit et déposa une feuille noircie de questions sur la table de chacun, leur donnant quelques indications avant de les laisser travailler. Avec les révisions qu'il avait mené auprès d'Annabeth, le jeune homme répondit en deux fois moins de temps que le reste de la classe et rendit sa copie avec un sentiment de fierté. L'assurance d'avoir une bonne note pour son dernier test en biologie de l'année le mît immédiatement de bonne humeur pour la matinée. Celle-ci suivit son cours sans qu'aucun problème ne vienne ternir sa joie, le temps s'écoulant tranquillement. Il profita de la coupure matinale entre ces derniers cours pour être un peu avec tout ses amis, content de retrouver ces moments de complicité avec eux tous. Rester allongé chez lui avait rendu le temps extrêmement long, et avoir un peu d'action autour de lui lui faisait du bien. Même les défis débiles entre les frères Alatir et Léo lui avaient manqué, c'était dire s'il s'était ennuyé.

- Tu devrais venir avec nous, c'est la dernière fois qu'on aura l'occasion de faire une blague au prof de chimie, l'incita Connor.

- J'aimerais éviter d'avoir une heure de colle si près de la fin de l'année, sourit Percy.

- Allez Jackson ! Ils n'auront pas le temps de nous coller de toute façon.

- Et vous comptez faire quoi au juste ?

- Léo a imaginé un plan de génie, ça va être quelque chose, sourit Travis.

Percy soupira avant de se tourner vers le cerveau de la blague, croisant les bras contre la poitrine en s'appuyant contre le mur du couloir, prêt à l'écouter. Le jeune homme fît basculer son sac devant lui et l'ouvrit dans un grand geste, son sourire allant d'une oreille à l'autre.

- Ça fait trois jours que je travaille sur ce projet, et laisse-moi te dire que ça va être le plus gros coup de l'année.

- Mieux que ce que tu avais fait avec le mégaphone du coach ? Demanda Percy.

- Ce n'est rien comparé à ce qui va suivre, crois-moi.

Le brun sortit tout un tas de choses qu'aucun des garçons ne reconnut, mise à part une sorte de télécommande pour voiture téléguidée. Avec les quelques outils qu'il avait toujours avec lui, il régla quelques détails, resserrant des vis et reconnectant des fils qui s'étaient détachés.

- Tiens-moi ça le temps que je fasse un point de soudure, ordonna Léo en tendant un circuit électrique sur une plaque de métal à Percy.

Le jeune homme attrapa l'objet en l'observant d'un air dubitatif, essayant de comprendre à quoi pouvait bien servir des composantes électroniques. Léo fouilla son sac tandis que les frères Alatir s'assuraient que personne ne le voyait fait, barrant la vue aux passants dans le couloir. Après avoir pratiquement retourné tout le contenu de son sac sur le sol, l'adolescent sortit ce qui ressemblait à un gros stylo avec une mine en fer et bascula un petit bouton. La mine ne mît pas longtemps avant de rougir, et il s'approcha de Percy avec, fronçant les sourcils en faisant tourner une tige de métal dans son autre main, cherchant où appliquer le fer.

- Tu peux me dire ce que tu fabriques avec ton stylo ? Finit par l'interroger Percy, un peu inquiet de le voir jouer avec quelque chose qui pourrait le brûler.

- C'est un fer à souder portatif, pas un stylo, rectifia Léo avant de finalement poser la tige de fer sur un point précis du circuit, et je refais un point de soudure dans mon circuit pour m'assurer que l'antenne reste bien en place.

- Tout ça pour une blague de fin d'année ? Tu es bien sûr que ça ne risque pas d'exploser au moins ?

- Ça peut prendre feu si tu continues de bouger dans tout les sens !

Percy s'immobilisa instantanément, la peur de voir ses mains partir en cendre le convaincant de faire ce que lui disait son ami. Attendant patiemment qu'il finisse, le garçon regarda le composant comme s'il s'agissait d'un piège à ours prêt à l'attraper, pressé que son propriétaire le reprenne.

- Parfait, merci du coup de main, Sourit Léo en rangeant tout son matériel avant de prendre son jouet.

- Tu vas me dire à quoi ça sert ?

- Suis-nous si tu veux le savoir ! Lança le jeune homme en partant vers la salle de chimie à pas rapide, toujours caché par ses deux complices.

Percy soupira en les voyant faire, mais l'envie de savoir ce qu'ils trafiquaient fut plus forte et il leur emboîta le pas, jetant des coups d'œil par-dessus son épaules pour s'assurer de ne pas se faire prendre. Quelque chose lui disait que cette blague allait être d'un autre niveau que le lancé de farine sur Drew dont il avait vu la vidéo ou la double projection de peinture sur Piper.

Une fois arrivés à destination, le quatuor se faufila à l'intérieur de la salle, fermant la porte avec précaution. Travis et Connor riaient déjà alors que Léo partait vers le fond de la salle, ouvrant la porte qui liait la classe à une petite pièce. Percy s'assit sur une table, préférant les laisser faire et voir ce qui arriverait.

Après un moment passé dans la salle d'à côté, Léo revînt avec un squelette de biologie. Avec l'aide des Alatir, il le posa à plat ventre sur une table de chimie et observa la colonne, cherchant où placer son circuit. Une fois celui-ci fixé entre les omoplates, il commença à sortir des tas de câbles de son sac, les attachant un peu partout sur le squelette, reliant tout les membres à son circuit. L'opération dura un petit moment, et Percy se demanda s'il allaient finir à temps avant la fin de la pose, scrutant l'heure sur son téléphone pour s'assurer que ce serait le cas.

- On a plus que cinq minutes, j'espère que vous avez bientôt fini, prévînt-il en quittant sa place pour venir voir ce qui leur prenait autant de temps.

Travis aidait Léo à vérifier les connexions alors que son frère préparait des béchers en suivant avec un sérieux inhabituel des instructions inscrites sur un post-it. Une fois le squelette branché, Les garçons le mirent debout et Percy comprit enfin ce qu'ils avaient fait.

- Ne me dit pas que… Commença-t-il.

- C'est exactement ça, sourit Léo en allumant sa télécommande.

Il actionna une manette et le squelette leva la main vers Percy, qui sursauta presque.

- Vous êtes complètement malades…

- C'est du pur génie ! S'exclama Connor en finissant ses mélanges.

- Mais qu'est-ce que vous comptez faire avec un squelette robot et des béchers ?

Le trio de farceurs se regarda en échangeant des sourires entendus, et Léo se tourna vers son ami, jubilant devant ce qu'ils s'apprêtaient à faire.

- Notre ami Georges le squelette va surgir du placard au milieu du cours pour apporter ses petits béchers à notre cher professeur, et il les secouera devant lui pour que les mélanges réagissent.

- Réagissent comment ? L'arrêta Percy.

Comme si c'était le seul problème dans tout le plan des garçons.

- Je ne peux pas tout te révéler, ça gâcherait l'effet de surprise ! Répondit Léo.

- Rangez tout, professeur à l'horizon ! Les alerta Travis en empoignant son sac.

Tout le monde s'activa, Percy aidant à ranger le squelette dans le placard tandis que les deux frères replaçaient les différentes substances chimiques à leur place. Quand la porte s'ouvrit, la bande s'était accroupie sous deux tables, immobiles. Léo écrasait le pied de Connor, et Travis était à moitié avachi sur Percy, mais personne ne bougea, espérant ne pas être découverts.

Malheureusement pour eux, leur professeur de chimie avait l'œil et une certaine expérience en matière de blague, ayant eu le droit à toute sorte de tentatives de leur part.

- Bonjour les garçons, lança-t-il sans même prendre la peine de se baisser pour les regarder, vous pouvez vous relever, le cours va commencer.

Les autres élèves entrèrent dans la salle alors qu'ils se relevaient, échangeant des regards entre eux en tentant de cacher leurs sourires. Piper et Nico s'installèrent près d'eux, les sourcils froncés en observant la brochette.

- Qu'est-ce que vous avez fait ? Demanda discrètement la jeune fille en s'asseyant.

- Absolument rien, se défendit Travis.

- On avait juste besoin de vérifier quelques petites choses, ajouta Léo en faisant tournoyer son stylo entre ses doigts.

- Vérifier quelques petites choses ? Je vous préviens, si je ne sors pas de cette salle dans le même état qu'en y entrant, aucun d'entre vous ne sortira entier d'ici.

La menace de Piper fît exploser de rire les frères Alatir, attirant au passage l'attention de leur professeur qui les avertit du regard. Travis et Connor regagnèrent tant bien que mal leur calme, ne voulant pas être expulsés de cours si près de voir ce que leur blague allait donner.

Tout se passa le plus normalement du monde, les adolescents notant ce que disait l'homme installé au bureau en face d'eux à l'avant de la salle, suivant ses explications avec un sérieux qui était déroutant. Tout le monde leur jetait des coups d'œil, presque inquiets de voir les garçons se tenir aussi bien.

Le quatuor se tînt correctement pendant plus d'une heure et demi, mais à l'approche de la fin de leur matinée de cours, alors que leur professeur écrivait tout un tas de formules sur le tableau, Léo sourit à ses complices et plongea la main dans son sac.

Piper et Nico l'observèrent avec méfiance, sentant la blague arriver. Travis perça une cartouche d'encre et en laissa couler sur sa table, l'étalant un petit peu pour faire bonne mesure.

- Excusez-moi, lança-t-il ensuite, j'ai un problème avec mon stylo !

- Vous savez où sont rangées les éponges monsieur Alatir, se contenta de répondre leur professeur en continuant d'écrire au tableau.

Le jeune homme se leva d'un bond, se retenant de sautiller jusqu'au fond de la salle avec un grand sourire aux lèvres. Certains de ses camarades commencèrent à se recroqueviller sur leurs tables, tandis que d'autres enfilaient leur blouses de chimie, sentant le mauvais coup arriver.

Léo garda les mains sous sa table, tenant sa télécommande en jetant des regards vers son complice, attendant pour commencer la fête. Travis ouvrit la porte de l'armoire et dévoila le squelette en blouse de chimiste avec ses béchers dans les mains.

- On dirait que quelqu'un a un squelette dans son placard, fît-il en se décalant.

Tout le monde se tourna pour voir de quoi il parlait, découvrant qu'il y avait vraiment un squelette dans le placard. La moitié se mit à rire, l'autre moitié leva les yeux au ciel, pensant que c'était tout.

C'est alors que le squelette se mît à bouger.

Plusieurs élèves sursautèrent, ce qui attira l'attention du professeur. Ce dernier se retourna et haussa un sourcil, l'ombre d'un sourire se dessinant sur son visage.

- J'avoue que vous vous améliorez messieurs, dit-il en regardant vers Léo et Connor. Si seulement vous mettiez autant de cœur à l'ouvrage à réviser vos cours qu'à nous préparer des tours, vous seriez en tête de classe à n'en pas douter.

Léo actionna les manettes pour faire avancer le squelette, ce qui impressionna un grand nombre de personnes, Percy y compris. Bien que connaissant les talents de son ami en mécanique et informatique, il ne s'était pas attendu à ce que son plan se déroule aussi bien. Le dénommé Georges marchait presque naturellement, si tant est qu'un squelette électronique puisse avoir une démarche naturelle. Le contenu de ses béchers ne s'agitait pas trop, Connor ayant veillé à ne pas trop les remplir, mais quelques petites bulles se formaient déjà et le jeune homme se demanda s'il ne valait pas mieux pour lui de remballer ses affaires, juste au cas-où.

- Je crois que Georges veut vous aider, rit Léo alors que sa création continuait son chemin.

La classe rigola alors que le squelette arrivait devant le bureau du professeur, et Percy sut à cet instant qu'il fallait tout ranger et se préparer à courir. Travis et Connor avaient déjà tout mis dans leurs sacs et se tenaient prêts à bondir de leurs tabourets, se marrant d'anticipation, les yeux rivés vers les béchers. Léo commença à bouger plusieurs manettes à la fois, et Georges le chimiste se mît à secouer les récipients à un rythme soutenu.

Le résultat ne se fît pas attendre. Le contenu du bécher de gauche, qui était le plus grand des deux, se mit à mousser, alors qu'une fumée bleue commençait à s'échapper du second contenant.

- Sous les tables ! Chuchota Léo à ses amis.

Déjà sur le qui-vive depuis quelques minutes, Piper et Nico s'exécutèrent de suite, vite imités par les Alatir. Percy plongea sous la table en même temps que Léo, qui commençait à faire tournoyer son squelette, arrosant toute la classe d'une mousse rose vif. De là où il était, Percy contempla le désordre semé dans la salle, avec les élèves qui n'avaient pas entendu le conseil de Léo être décorés de rose avant d'être enfumés. La fumée était assez opaque pour qu'on ne distingue plus les murs dans la pièce, et la pagaille s'installa, les gens se rentrant dedans en essayant de sortir.

Écroulés de rire sous leur table, Travis, Connor et Léo se tapèrent dans la main, admirant le résultat de leur blague en se congratulant. Seul leur professeur était resté impassible et immobile sur son estrade derrière son bureau, ses lunettes étant tachées de rose.

Le bazar dura encore un petit peu avant que quelqu'un finisse par trouver la porte de la salle. Les quelques personnes qui marchaient alors dans le couloir virent ainsi des élèves sortir en toussant, les vêtements tâchés de rose alors que la fumée bleue s'échappait en volutes.

La petite troupe à l'origine de l'incident sortit en dernier, éclatant de rire. Toute la classe était dans le couloir, toussant et riant en applaudissant Léo pour ce coup de maître, ce qui le gonfla de fierté. Passé ce moment de gloire personnelle, le jeune homme se tourna et découvrit leur professeur, la chemise moucheté de rose, un carreau de lunette encore embué, les bras croisés.

- Je crois qu'on va avoir des problèmes, souffla Travis en se rapprochant.

Soudainement plus calmes, les farceurs avancèrent ver l'homme qui leur faisait signe, se demandant ce qui allait leur arriver. Une fois en face de leur professeur, les garçons avalèrent leur salives, attendant que la sentence tombe.

Quelle ne fut pas leur surprise quand il éclata de rire avant de tendre la main vers eux.

D'abord hésitant, Léo tendit la main en souriant, finissant par se détendre.

- En vingt-cinq ans de carrière on m'en a fait des blagues, mais vous trois ? Vous avez dépassé tout ce que j'ai pu voir !

N'en revenant pas, les Alatir lui serrèrent la main aussi, le trio expliquant comment il avait réussi son tour. S'il fut surpris par les compétences que Léo avait mobilisé pour créer son squelette télécommandé, il le fut tout autant de constater que Connor avait révisé ses travaux de chimie pour réussir ses mélanges.

- Je sais que vous maîtrisez au moins une partie du programme pour la semaine prochaine ! Peut-être que vous n'irez pas aux rattrapages de physique-chimie finalement…

- La confiance règne !

- Ce n'est pas comme si vous aviez suivi les cours avec une attention phénoménale !

Les adolescents reconnurent ce fait en riant, tandis que les cours se terminaient pour la journée. Les élèves du lycée découvrirent petit à petit ce qui s'était passé, et les exploits de Travis, Connor et Léo firent le tour de l'établissement. Le reste du groupe d'amis arriva bientôt sur la scène du crime, regardant un peu partout histoire de s'assurer que la blague était terminée.

- Je savais que ce n'était pas une bonne idée de vous laisser partir pendant la pause, soupira Annabeth en les rejoignant, sa pochette à dessins sous le bras, qu'est-ce que vous avez fait cette fois ?

- C'était plutôt cool, sourit Piper en approchant de son amie, et ils ont été assez gentils pour attendre la fin du cours avant de lancer leur squelette.

Incrédule, la blonde regarda ceux qui l'entourait, se demandant ce qui avait bien pu se passer.

- Pardon ? Un squelette ?

- Un squelette télécommandé, spécifia Léo en se glissant près d'elle, son petit sourire mutin collé aux lèvres.

- Il a créé tout un circuit pour pouvoir le faire bouger avec une télécommande, et Connor a fait des mélanges que le squelette a secoué. Un bécher a moussé, et l'autre a enfumé la salle, lui expliqua Percy.

La jeune fille n'en croyait pas ses oreilles. Elle connaissait l'imagination de la brochette de farceurs, mais jusque-là leurs blagues étaient restées assez simples et classiques. Celle-ci sortait bien du lot, et avait demandé une préparation qu'elle ne les pensait pas vraiment capables de mener à bien.

- Je dois reconnaître que c'est un joli coup.

- Un joli coup ? C'était un chef-d'œuvre ! S'exclama Connor.

- On ne pouvait pas faire les choses à moitié pour finir le lycée, ajouta Travis avant de rejoindre Katie un peu plus loin.

Les mots du jeune homme provoquèrent une vague de nostalgie chez les adolescents encore présents dans le couloir. Se dire que l'époque du lycée serait bel et bien terminée d'ici une dizaine de jours leur faisait bizarre.

- Le temps est passé tellement vite ici, murmura Piper.

- Surtout cette année, j'ai l'impression que la rentrée était la semaine dernière…

- Allez les filles, soyez positives un peu ! Intervînt Percy en passant un bras autour de chacune d'elles. Ça va être le début d'une nouvelle aventure !

Il les ramena contre lui, les serrant toutes les deux dans ses bras pour leur redonner le sourire, ce qui fonctionna assez bien. La bande d'amis se sépara petit à petit, chacun rentrant chez soi jusqu'à ce qu'il ne reste plus que le trio, occupé à discuter de la mère d'Annabeth.

- Tu veux venir déjeuner à la maison ce midi ? Proposa Percy.

- Je ne vais pas avoir le temps, répondit la blonde, je dois ranger un petit peu la maison avant qu'Athéna n'arrive.

- Vous allez passer l'après-midi chez toi ?

- Je l'ai appelée hier soir pour lui proposer de venir me rendre visite pour qu'on fasse connaissance. Elle avait l'air contente de mon invitation.

- Et toi, tu ne le fais pas seulement pour lui faire plaisir rassure-moi, fit Piper.

- J'ai envie qu'on essaie, lui sourit Annabeth. On a toutes les deux l'air prêtes à s'investir dans une relation mère-fille, et même si on ne peut pas rattraper le temps perdu, on va essayer de tirer le meilleur du présent et des moments à venir.

- Tu veux que je te raccompagne ? Offrit Percy.

- Et risquer qu'elle meure sur ton engin ? Je vais la raccompagner avec ma voiture.

Le jeune homme leva les yeux au ciel avant de se pencher vers Annabeth, déposant un baiser sur son front.

- Je suis là en dix minutes en cas de problème, murmura-t-il avant de se redresser, se dirigeant vers la sortie du lycée, et tu devrais passer à la maison Piper, ma mère se plaint de ne plus beaucoup te voir ces derniers temps !

- Promis je passerai !

Les filles passèrent par leurs casiers avant de marcher vers le parking devant le lycée, grimpant dans la voiture de Piper en discutant un peu de leur présentation pour leur projet final en français qui se ferait vendredi. Tout était prêt, elles avaient déposé leur dossier le matin-même, et il ne leur restait plus qu'à passer l'examen. Malgré tout, la conversation retourna rapidement vers les parents d'Annabeth.

- Tu penses à aller voir ta mère à son cabinet d'architecture ?

- Pourquoi pas ? J'aimerais bien voir dans quel environnement elle évolue. Mais ce n'est pas pour tout de suite, je veux d'abord qu'on fasse un peu connaissance avant d'apparaître sur son lieu de travail.

- Percy m'en a un peu parlé pendant qu'on attendait tout les deux. D'après la description qu'il m'en a fait, c'est un endroit que tu adorerais, sourit Piper.

- J'ai vu quelques photos sur le site du cabinet et c'est vrai que j'aime beaucoup la construction...

- Tu as vraiment l'air plus heureuse depuis votre rencontre, plus sereine. Ça fait plaisir de te voir comme ça.

Annabeth sourit à son amie alors qu'elle se garait sur le bas-côté. Si elle ne devait retenir qu'une rencontre de cette dernière année de lycée, Percy mis à part, ce serait celle-ci. Piper faisait partie de ces personnes dont l'optimisme rayonnait à tel point qu'il débordait sur les autres. Son sourire et sa bonne humeur étaient contagieux, et son soutien sans faille lui avait permis de grandir et de s'affirmer sur tout les plans.

- J'ai l'impression que je le suis, fit-elle en se tournant vers la brune. C'est une nouvelle page qui se tourne, les choses vont pouvoir recommencer du bon pied.

- C'est tout ce que je te souhaite, tu le mérites amplement.

La jeune fille serra son amie dans ses bras avant de récupérer ses affaires, sortant du véhicule.

- Annabeth !

- Oui ?

Elle se retourna vers Piper, les clés dans une main, un livre dans l'autre.

- Si jamais ça ne se passe pas bien, je ne suis pas loin, il n'y pas que Percy, je suis là pour toi aussi.

Touchée par les paroles de la jeune fille, elle sourit en hochant de la tête, la laissant repartir avant de rentrer chez elle. Ses frères étaient au centre de loisirs pour l'après-midi, et son père donnait des cours à Columbia, alors elle avait la maison pour elle seule. C'était pour cette raison qu'elle avait donné rendez-vous à sa mère chez elle, afin d'être dans un environnement familier et pouvoir échanger avec plus d'aisance.

Il lui restait un peu de temps avant qu'Athéna n'arrive, aussi décida-t-elle de faire un peu de rangement, même si la maison n'avait absolument pas besoin d'être nettoyée. Une certaine appréhension commençait à monter en elle, qu'elle essaya de juguler comme elle put, s'occupant pour ne pas laisser son esprit s'emballer.

Athéna sonna peu de temps après qu'elle se soit enfin posée dans le canapé. La jeune fille souffla un coup et se dirigea vers la porte, l'ouvrant en souriant.

- Bonjour, souffla-t-elle en découvrant sa mère, la laissant entrer dans la maison.

- Bonjour Annabeth.

De toute évidence, elle n'était pas la seule à être mal à l'aise. Athéna avança dans le salon et posa son sac à main, se retournant vers sa fille avec un petit sourire.

- Je t'ai apporté quelque chose, j'espère que ça te fera plaisir.

Annabeth prit le paquet qu'elle lui tendait et l'ouvrit. Elle découvrit un magnifique ouvrage sur l'architecture, l'un de ceux qu'elle regardait toujours dans les librairies sans jamais pouvoir se l'offrir.

- Je me souviens qu'il m'avait beaucoup servi durant mes études, j'espère que ça te plaît.

- Si ça me plaît ? J'économisais depuis des mois pour pouvoir me l'acheter ! Merci beaucoup, vraiment.

La jeune fille déposa le livre sur la table du salon avec précaution avant de se tourner vers sa mère, lui souriant en signe de gratitude. Toutes deux s'installèrent dans le canapé, et Athéna regarda un peu dans dans tout les sens, observant la pièce, essayant d'y trouver des informations sur les personnes qui vivaient ici. Avec son père, Annabeth avait retiré les photos où Isabel apparaissait, les rangeant dans un tiroir sans trop savoir quoi en faire. Si l'adolescente ne voulait plus voir le visage de sa belle-mère sur les murs, elle hésitait à jeter ces souvenirs pour ses petits frères. Elle n'avait pas été une bonne mère pour elle, elle n'avait pas été une mère tout court, mais pour Bobby et Matthew, Isabel avait toujours répondu présente. Les années à venir s'annonçaient complexes, personne ne sachant trop comment gérer la situation vis-à-vis des jumeaux. Annabeth était tiraillée entre la volonté de ne pas ternir l'image qu'ils avaient d'elle, et le désir de se montrer totalement honnête envers eux. Elle ne voulait pas tout leur dévoiler maintenant, alors qu'ils étaient aussi jeunes, mais plus tard, quand ils se mettraient à poser sérieusement des questions, elle le leur dirait peut-être.

En faisant un peu de tri dans les photos, Frederick avait retrouvé un album photo qu'il avait fait lors des premières années d'Annabeth. Ils avaient passé la soirée ensemble à les regarder, son père racontant toutes les anecdotes assorties aux clichés, faisant rire la blonde. Ensemble, ils avaient décidé de prendre quelques photos de cet album et de les afficher dans la maison, avec d'autres photos où ils posaient avec les garçons.

Le regard d'Athéna se posa sur la table-basse, où Annabeth avait laissé une pochette de cours.

- Je peux ? Demanda-t-elle.

- Bien sûr, mais ce n'est pas grand-chose, juste quelques cours que je dois encore relire pour les examens…

La brune ouvrit la pochette et parcouru rapidement la première page du regard, souriant en lisant un paragraphe sur la France du XVIIème siècle.

- Ton petit-ami m'a dit que tu étudiais le français quand il est venu me chercher, sourit-elle en tournant les pages, détaillant l'écriture d'Annabeth.

- J'aime beaucoup cette langue, et toute la culture qui l'entoure.

- Tu adorerais visiter Paris, c'est toujours vivant, la nuit comme le jour, avec des ambiances différentes à chaque coin de rues…

- Un peu comme dans toute les grandes villes, répondit Annabeth.

- Oui, mais chaque ville a une atmosphère qui lui est particulière. New-York est extrêmement dynamique et possède les même caractéristiques que Paris, mais Paris a un charme qu'on ne trouve nul part ailleurs. L'Europe a une histoire plus ancienne que nous, et on le ressent bien, surtout dans les anciens centres de civilisations.

- Qu'est-ce que ça doit être en Italie dans ce cas ? Rit la jeune fille. Où en Grèce ?

- Ce sera à toi de le découvrir, fît Athéna avec un sourire malicieux, je ne veux pas influencer ta vision lorsque tu visiteras ces pays par toi-même.

- Parce que tu les as déjà visité ?

La mère d'Annabeth acquiesça avant de reposer les cours de sa fille, celle-ci ayant les yeux légèrement écarquillés.

- Combien de pays as-tu visité exactement ? Questionna-t-elle.

- Je ne sais plus trop, j'ai pas mal voyagé, que ce soit pour trouver de l'inspiration pour mes plans ou pour des contrats internationaux.

- Ça devait être génial tout ces voyages aux quatre coins du monde, souffla l'adolescente.

- Ça l'était, mais…

Athéna marqua un temps d'arrêt, regardant ses mains avant de prendre celle de sa fille entre les siennes, un petit sourire triste au visage.

- Mais ?

- J'aurais préféré t'avoir à mes côtés, finit-elle.

Son aveu toucha profondément Annabeth, qui serra sa main autour de celle de sa mère. Parler du passé serait sans doute toujours douloureux pour l'une comme pour l'autre, mais elles faisaient chacune l'effort afin d'apprendre à se connaître et créer des liens.

- Tu sais où tu iras l'année prochaine ? Demanda Athéna pour changer de sujet.

- J'ai fait le tour d'à peu près toutes les universités qui proposaient un cursus en architecture pendant les vacances de printemps, mais je n'en ai gardé que cinq à qui j'ai envoyé une demande.

- Et tu as choisi lesquelles ?

- Le MIT, Harvard, Berkeley, Columbia et l'UCLA.

- C'est bien, ça te fait un panel de choix. Harvard propose un programme scolaire excellent, et je connais quelques professeurs qui enseignent encore là-bas… Commença Athéna sur un ton enthousiaste.

- Même si je suis acceptée là-bas, je ne suis pas sur de vouloir y étudier, la coupa Annabeth. J'ai surtout fait ma demande par principe, mais vivre sur le même campus que vous avez fréquenté avec papa, où vous vous êtes connus et où…

La jeune fille ne termina pas sa phrase, mais le message passa sans qu'elle en ai besoin. Aller passer quelques années dans un lieu porteur d'autant de souvenirs concernant le passé de ses parents et une partie douloureuse de sa vie n'était sans doute pas une bonne idée. Annabeth ne s'imaginait pas marcher près des résidences universitaires sans pouvoir se demander sur le palier de laquelle elle avait été trouvée par son père, elle ne voulait pas s'encombrer l'esprit avec des fantômes d'un temps révolu.

- Quelle université te plaît le plus alors ?

- Columbia, sourit Annabeth. C'est une université classée parmi les plus grandes pour l'architecture sans être à l'autre bout du pays, avec une formation très complète et des professeurs de renommé dans leur domaine.

- C'est un très bon choix, il n'y a plus qu'à attendre ta lettre d'admission, approuva la brune en hochant de la tête. Mais pourquoi avoir mis Berkeley et l'UCLA dans ta liste si tu cherches des universités à proximité ?

L'adolescente sentit ses joues rosir. C'est vrai qu'au début de ses recherches, les seules universités placées dans sa liste étaient les trois autres, mais elle les avait quand même gardé dans un coin de son esprit pour deux raisons.

- J'ai passé pratiquement toute ma vie là-bas avec papa, je connais bien la Californie alors je ne serais pas arrivée dans un état inconnu.

Athéna l'observa de son regard perçant et sa fille se demanda si elle avait l'air aussi intimidante que sa mère quand elle jaugeait les gens lors d'une conversation. Si c'était le cas, elle comprenait mieux pourquoi tout le monde avait peur de se retrouver contre elle lors des débats en cours…

- Est-ce que je me trompe en pensant que ce n'est pas la raison principale ?

- J'ai aidé Percy pour ses recherches d'universités dans le domaine de la biologie marine, et celle qu'il préfère est à Santa Barbara, qui propose un programme intégrant des stages libres portés sur l'écologie et l'étude de la biodiversité marine. Je me suis dit que ça ne coûtait rien d'envoyer une lettre dans les universités qui m'avaient plu en Californie aussi.

L'avouer à sa mère lui avait demandé plus de courage qu'elle ne l'aurait cru, et elle sentit son rythme cardiaque s'emballer en voyant la pointe de désapprobation dans ses yeux.

- Vous êtes jeunes Annabeth, et il ne faudrait pas que votre relation empiète sur tes études. Qui sait si vous serez encore ensemble à la fin des vacances ? Fit Athéna.

Elle comprenait les interrogations et la prudence de sa mère, mais elle savait aussi qui était Percy, et elle ne voyait absolument aucune raison qui les pousseraient à rompre.

- Je sais que tu ne l'aimes pas beaucoup, et n'essaie pas de me dire le contraire, j'ai vu la manière dont tu le dévisageais quand je vous ai rejoint à Central Park, commença la jeune fille alors que sa mère ouvrait la bouche pour nier. Je comprends que tu t'inquiètes pour moi, mais si tu lui laissais une chance et que tu apprenais un peu à le connaître, je suis sûre que tu pourrais voir à quel point c'est une belle personne. Moi aussi j'ai commis l'erreur de le juger trop vite et seulement sur les apparences, mais je ne connais personne d'aussi doux, gentil, patient et attentionné que lui. C'est mon repère dans tout, mon pilier contre toutes les tempêtes qui ont pu s'abattre sur moi cette année. Il a toujours répondu présent, et je sais qu'il répondra toujours présent quand j'aurai besoin de lui, comme moi je le ferai pour lui. Fais-moi confiance, je ne suis pas en train de me laisser aller au gré d'une petite amourette de lycée. On a pris notre temps pour apprendre à se connaître avant d'aller plus loin, et…

- Attends, est-ce que tu es en train de me dire que vous avez…

- Non, s'exclama Annabeth en s'empourprant violemment devant l'allusion, ce que je voulais dire, c'est qu'on a été amis avant d'être en couple, et qu'on n'a passé ce cap qu'une fois après avoir pris le temps de savoir qui on était. C'est sérieux avec Percy maman.

L'une comme l'autre se figèrent, Annabeth se rendant compte de ce qu'elle venait de dire. Elle s'était non seulement livrée à sa mère à propos de sa relation et de ses sentiments pour Percy, mais elle l'avait aussi appelée maman pour la première fois. Elle n'avait pas calculé son coup, c'était venu naturellement, sans qu'elle y réfléchisse.

Émue, Athéna resta sans voix un moment, se contentant de regarder sa fille, un sourire aux lèvres, les yeux brillants de larmes contenues.

- Je vais me fier à ton jugement alors, souffla-t-elle d'une voix enrouée, mais tu ne peux pas m'empêcher d'avoir ma propre opinion sur le sujet.

- Il te prouvera que j'ai raison.

- Nous verrons bien. Du moment qu'il ne te perturbe pas dans tes études alors je devrais pouvoir laisser couler sans m'en mêler.

Annabeth rit doucement, même si elle savait très bien que sous ce ton léger, sa mère ne plaisantait pas. Athéna lui sourit avant de se laisser aller contre le dossier du canapé, croisant les jambes en posant ses mains sur son genou.

- Parle-moi plutôt de tes projets pour l'été. Tu as prévu quelque chose une fois les examens passés ?

- Pas vraiment, il faut que j'en discute avec papa et…

- Annabeth, tu es rentrée ?

La voix de Frederick les fît sursauter, et Athéna bondit quasiment de sa place pour se retrouver sur ses pieds, le corps tendu par l'appréhension. Quand le père de la jeune fille entra dans le salon, l'atmosphère dans la pièce passa de détendue à électrique.

L'homme se figea à quelques pas d'elles, le regard plongé dans celui d'Athéna sans qu'il puisse l'en détacher. Il ouvrit et referma la bouche à plusieurs reprises avant de réussir à parler.

- Athéna, c'est bien toi ?

- Frederick, murmura-t-elle.

Annabeth les observa l'un l'autre sans savoir comment réagir, se demandant comment les choses allaient tourner. Elle avait bien pensé que cette scène arriverait un jour, elle comptait parler de tout ça à son père, mais plus tard, et sans que sa mère soit directement dans la pièce.

- Qu'est-ce que tu fais là ? Demanda-t-il sur la défensive.

Se cachant derrière un masque d'impassibilité, Athéna croisa les bras, faisant face de plein pied à Frederick. Ce dernier imita sa posture en s'approchant davantage, se mettant auprès de sa fille comme pour la protéger d'un danger qui n'existait pas.

- Le temps ne t'as pas changé à ce que je vois, tu es toujours aussi direct.

- Tu n'as pas répondu à ma question. Qu'est-ce que tu fais dans ma maison avec ma fille ?

Annabeth sentit toute la colère contenue dans la question de son père et avant qu'elle ne puisse prendre la parole pour tenter de calmer les choses et de lui expliquer la situation, sa mère attaqua.

- Ce n'est pas que ta fille, c'est aussi la mienne.

- Comment peux-tu dire ça après l'avoir abandonnée ? Gronda Frederick.

Toute la peine, la tristesse, la colère, la rancœur et les non-dits qu'il avait accumulé depuis près de dix-huit ans semblaient prêts à exploser, et Annabeth ressentit chacune de ses émotions aussi clairement que s'il avait s'agit des siennes.

- J'ai le droit de voir Annabeth, tu ne peux rien y faire, continua Athéna sur un ton égal.

- Tu n'as aucun droit, éclata-t-il, quand on laisse son enfant sur un tapis de porte le seul droit qu'on a c'est de disparaître à jamais. C'est trop facile de revenir après tout ce temps sans n'avoir jamais rien fait pour elle.

- Et c'est toi qui dit ça ? Répliqua la brune dont la voix se faisait glaçante et le regard orageux. Je te l'ai laissée en espérant que tu réussirais à t'occuper d'elle mieux que moi, mais tout ce que tu as fait, c'est la plonger dans un cauchemar avec un quotidien fait de souffrances. Comment n'as-tu pu voir ce que ta femme faisait subir à notre fille toutes ces années ?

- Rien de tout ça ne serait arrivé si tu ne nous avait pas quitté !

- Ça suffit ! S'exclama Annabeth en s'interposant entre ses deux parents. J'en ai assez des cris et des reproches qui ne font pas avancer les choses. J'aurais préféré que tu apprennes les choses différemment papa, mais tu vas devoir t'y faire. J'ai retrouvé ma mère, et je compte faire connaissance avec elle et l'inclure dans ma vie, que ça te plaise ou non. Maman, ça n'arrange pas la situation de remuer tout ce qui s'est passé avec Isabel.

Frederick comme Athéna restèrent crispés dans leurs postures encore un moment avant de se redresser, concentrant leur colère dans leurs regards en gardant les lèvres pincées. L'adolescente prit leur silence pour un signe d'encouragement et s'assit dans le fauteuil, les invitant à faire de même chacun de leur côté.

- Bien, maintenant que vous vous êtes calmés, peut-être qu'on va pouvoir reprendre la discussion par le début.

- Quand est-ce que vous vous êtes rencontrées ? L'interrogea Frederick, les dents serrées.

- Samedi après-midi, répondit Annabeth. Percy l'a retrouvée et nous a organisé un rendez-vous pour qu'on puisse se dire les choses et se donner une chance de se connaître.

- Tout ce que je veux, c'est avoir une place dans la vie de notre fille, Frederick. Je suis consciente de l'erreur monumentale que j'ai faite, et ce que je souhaite à présent, c'est rattraper tout ce temps perdu.

- Si tu penses pouvoir effacer dix-huit ans d'absence en claquant des doigts, tu perds ton temps.

- C'est vrai que tu as fait tellement mieux de ton côté ! Contre-attaqua Athéna.

- Tu ne peux pas juger alors que tu l'as laissée tomber au bout de quelques mois !

Annabeth soupira et sortit son portable de sa poche, fatiguée d'assister à leur dispute.

- Vous savez quoi ? Je vais vous laisser avoir une conversation seul à seul, histoire que vous mettiez les choses à plat une bonne fois pour toute. Je n'ai pas envie de vous voir vous attaquer continuellement alors que j'essaie d'aller de l'avant, alors déballez tout ce que vous avez sur le cœur qu'on puisse passer à autre chose. Je veux vous avoir tout les deux dans ma vie, et ça ne sera pas possible tant que vous vous ferez la guerre pour savoir qui a fait quoi.

- Où est-ce que tu vas ? Lui demanda son père.

- Dans un endroit plus calme. J'ai entendu assez de cris dans ma vie, je veux pouvoir vivre en paix maintenant.

Et sans rien dire de plus, Annabeth quitta le salon, grimpant dans sa chambre pour préparer un sac tout en appelant Percy.

Le jeune homme était dans l'huile de moteur jusqu'aux coudes quand son téléphone sonna.

Sortant la tête de sous le capot de sa Jeep, il attrapa un bout de tissu et s'essuya les mains avant d'attraper son portable.

- Annabeth ? Tout va bien ?

- Ça va, mais il y a eu un petit imprévu. Mon père est rentré plus tôt du travail, et ma mère était encore là. J'ai essayé de les calmer mais ils ne font que se jeter la pierre à tour de rôle. Est-ce que je peux passer la nuit chez toi ?

- Aucun souci, je suis devant chez toi dans un instant.

- Merci Percy.

- Pas de problème, à tout de suite.

Raccrochant, le jeune homme s'essuya le front avant de se tourner vers Léo qui était toujours à moitié plongé dans le moteur de la voiture. Quelques cliquetis et autres bruits inquiétants lui parvinrent, et il se rapprocha de son ami pour voir si tout allait bien.

- Léo ? Appela-t-il.

- Quoi ?

- Je dois y aller, j'ai une urgence. Tu as besoin que je revienne après pour finir de tout remonter ?

- Non ça ira, on a déjà fait le plus gros. Je n'aurai qu'à passer à la casse pour te trouver une nouvelle portière et tu pourras reprendre ta Jeep.

- Génial, t'es le meilleur.

- Dis moi quelque chose que je ne sais pas déjà, soupira le brun de sous le capot avant de se redresser pour le saluer.

Percy lui sourit avant de lui donner une tape sur l'épaule, le laissant s'essuyer les mains avant de regarder l'heure.

- Il faudra que tu viennes à la maison un de ces quatre, lança l'adolescent en enfilant son blouson, ça fait longtemps qu'on ne t'a pas vu chez moi.

- Je passerai dans la semaine alors, sourit Léo, Calypso veut qu'on passe la journée de demain ensemble.

Le sourire du jeune homme et la rougeur qui s'installa sur ses joues fit rire Percy. Il était content de voir son ami heureux en couple, il le méritait amplement.

- Passez une bonne journée ensemble alors, j'y vais !

Ne perdant pas plus de temps, le jeune homme enfourcha sa moto et démarra, suivant la route qui menait chez Annabeth.

Il s'arrêta juste devant la maison, remarquant la berline d'Athéna non loin, ainsi que la voiture du père de la jeune fille. Frederick avait dû avoir une sacrée surprise en rentrant chez lui pour découvrir Annabeth en compagnie de sa mère…

La fenêtre de la chambre de l'adolescente était ouverte, et l'espace d'un instant, Percy voulut grimper pour la rejoindre, comme il l'avait fait si souvent par le passé. Il coupa le moteur de son engin et releva l'écran de son casque, fronçant les sourcils en essayant de voir quelque chose malgré les rideaux. Un mouvement attira son attention à l'étage, et il eut tout juste le temps de voir la tête de la blonde penchée par la fenêtre qu'elle disparut à nouveau. Résistant à son envie de monter la voir, il se redressa et croisa les bras sur le réservoir de sa moto, attendant patiemment.

Annabeth ferma son sac après avoir aperçu Percy en bas, prenant ses clés et son téléphone posés sur son bureau avant de descendre les escaliers vers le rez-de-chaussée.

- Bobby et Matthew rentreront d'ici une demie-heure, annonça-t-elle en pénétrant dans le salon. C'est le temps que vous avez pour vous expliquer ou vous crier dessus si ça vous chante, mais ne faîtes pas une scène devant eux s'il vous plaît, ils n'ont pas besoin de ça en ce moment.

- Annabeth, attend on va…

- Non papa, vous devez avoir ce moment tous les deux. Percy m'attend, je vais y aller.

- Tu vas rester chez lui cette nuit ? Lui demanda sa mère en fronçant les sourcils.

- Oui, je vais rester chez lui jusqu'à demain, répondit la blonde en la défiant du regard. Je vais passer la soirée avec sa famille, alors tu n'as pas à t'inquiéter, il ne se passera rien entre nous.

- Ce n'est pas ce que je voulais dire.

- C'est pas grave, je t'envoie un message dans la soirée, à bientôt.

Annabeth quitta la pièce et sortit de la maison, plantant ses deux parents. Elle descendit les quelques marches du perron et s'avança vers le brun assis sur sa moto avec un sourire au visage.

- Merci d'être venu aussi vite, souffla-t-elle en s'arrêtant sur le bord du trottoir.

- J'étais chez Léo, c'est juste à côté. Je vois que tu as pris un sac à dos, ça va être plus pratique à moto, fît-il en lui tendant un casque.

- Où est-ce que tu as trouvé ça ?

La jeune fille haussa un sourcil en lui prenant le casque des mains, le posant sur la selle de l'engin le temps de passer les bretelles de son sac sur ses épaules.

- J'ai dû aller chercher quelques pièces pour ma voiture dans l'après-midi, et ils vendaient aussi des casques alors j'en ai profité pour t'en prendre un. Allez enfile-le qu'on y aille !

- Du calme, rit Annabeth en grimpant derrière lui, passant ses bras autour de sa taille.

Ses rires continuèrent de retentir dans les rues de New-York alors que Percy roulait entre les voitures, lui faisant instantanément oublier ses problèmes.

Désormais seuls dans le salon de la maison, Athéna et Frederick se firent face en silence, chacun cherchant ce qu'il allait pouvoir dire. Le silence devînt pesant pour l'un comme pour l'autre, l'air étant saturé par toute la colère qu'ils venaient d'évacuer.

- Annabeth a raison, céda Frederick en se rasseyant sur le canapé, se prenant la tête dans les mains.

Athéna s'installa à côté de lui en soupirant, sentant une migraine poindre. Elle non plus n'avait pas voulu que les choses tournent ainsi, et s'était laissée emporter quand sa fierté avait été touchée.

- C'est vrai, nous sommes deux adultes, on devrait réussir à discuter malgré tout ce qui a pu se passer.

- J'ai vraiment besoin de savoir pourquoi tu es partie.

La question mît un coup au cœur de la brune, mais elle fît bonne figure. S'il y avait bien quelqu'un à qui elle devait la vérité autant qu'à Annabeth, c'était bien à lui.

- On était tellement jeunes Frederick, tout est allé si vite…

- Je t'aimais Athéna, la coupa-t-il en se tournant vers elle, la voix cassée par l'émotion.

La femme prit une inspiration brusque, sentant sa gorge se serrer alors que les souvenirs qu'elle avait appris à enfouir au plus profond d'elle-même remontait douloureusement à la surface. Elle détourna le visage, retenant les larmes qui menaçaient de couler après avoir été si longtemps retenues.

- On aurait pu gérer ça ensemble, si seulement tu m'avais parlé. Je savais que quelque chose n'allait pas, je le voyais bien, mais tu restais toujours silencieuse quand j'essayais de t'en parler. Si seulement tu avais accepté de me dire ce qui se passait, si seulement tu t'étais ouverte à moi, on aurait pu faire en sorte que tout se passe bien, on aurait pu…

- J'avais peur ! S'étrangla-t-elle. J'étais terrifiée à l'idée d'être enceinte à la fac alors qu'on était ensemble depuis si peu de temps, je ne savais pas comment tu pouvais réagir, et j'ai paniqué. Je ne voulais pas avorter, mais je ne pouvais pas non plus t'imposer mon choix, alors j'ai préféré partir dès que j'ai pu.

- Je ne t'aurais jamais obligé à faire quoi que ce soit contre ta volonté, j'aurais pris mes responsabilités. J'aurais été tellement heureux avec toi et le bébé, je sais qu'on aurait réussi à gérer la situation ensemble. Tu doutais tellement de moi et de nous que tu as préféré t'enfuir ?

- On n'était pas prêts, je n'étais pas prête pour tout ça, c'était trop de changements d'un coup, répliqua doucement Athéna. Jusqu'à ce qu'on se rencontre, je n'étais jamais tombée amoureuse Frederick, et en quelques mois tu as chamboulé ma vie du tout au tout de la plus belle des manières. J'aurais voulu être à la hauteur de tout l'amour que tu avais pour moi, mais je ne savais pas comment faire.

- Il suffisait que tu restes avec moi.

Sur le point de craquer, Frederick détourna le regard, n'arrivant plus à soutenir celui d'Athéna. Les choses auraient pu être tellement différentes si elle avait réussi à trouver le courage de lui parler toutes ces années auparavant.

- Tu es le grand amour de ma vie, lui avoua-t-il au bout d'un moment. Peu importe les femmes que j'ai pu voir après toi, je n'ai jamais réussi à te remplacer. Même avec Isabel, les choses étaient tellement différentes de ce qu'on a connu tout les deux.

- Comment est-ce que tu es passé à côté de tout ce qu'elle faisait subir à Annabeth ?

La question d'Athéna n'avait plus ce ton accusateur, l'émotion tintant chaque mot qu'elle pouvait prononcer. Chacun ne cherchait plus que la vérité maintenant, peu importe à quelle point elle pourrait être dure à dire ou entendre.

- Tu sais, ça a été vraiment un grand choc quand j'ai découvert notre fille sur le palier de ma porte avec ta lettre, balbutia-t-il. Les premières années ont été très dures, entre le diplôme que je devais décrocher à tout prix pour pouvoir avoir un poste d'enseignant et gagner en stabilité pour pouvoir l'élever correctement et elle dont il fallait s'occuper. Heureusement, c'était un bébé tellement calme que je n'ai pas eu trop de soucis pour la gérer.

Les parents échangèrent un sourire doux amère, chacun se souvenant du temps passé avec Annabeth alors qu'elle ne savait pas encore parler.

- Mais plus elle grandissait, et plus elle te ressemblait, autant physiquement que mentalement. J'avais l'impression de constamment te voir à travers ses yeux gris et ses boucles, même si ses cheveux étaient blonds et non pas bruns comme les tiens. Elle était une petite fille tellement curieuse et intelligente, avide de savoir, obstinée et déterminée. Quand on s'est installés en Californie après que j'aie reçu une proposition de poste là-bas, j'ai pu prendre le temps de m'occuper correctement d'elle. Elle me demandait toujours de lui lire des grands classiques sur la mythologie, c'était sa plus grande passion avec le dessin. Je lui ai appris le grec, et je la retrouvais souvent dans mon bureau en train de lire les cours que je préparais pour mes élèves de l'université. Tu te rends compte, elle avait six ans, et elle arrivait à suivre des leçons pour des adultes sans difficulté. Tout a changé quand j'ai rencontré Isabel.

- Annabeth avait quel âge à ce moment-là ?

- Sept ans. Sur le coup, je ne me suis pas rendu compte de quoi que ce soit, Isabel et Annabeth semblaient bien s'entendre, il n'y avait rien qui pouvait faire croire que les choses pourraient déraper à ce point. Je me suis laissé happer par le travail, ça devenait trop dur de passer du temps avec Annabeth alors qu'elle était ton portrait craché. Elle a essayé de venir vers moi, mais je l'ai délaissée, je l'ai repoussée sous le coup de la douleur, et je l'ai beaucoup faite souffrir en m'écartant d'elle comme ça.

Athéna ne lui reprocha pas ce qu'il avait fait, consciente qu'une partie de ses actions était due à ses propres choix. Elle ne pouvait lui reprocher de ne pas avoir été à la hauteur pour leur fille quand elle-même ne l'avait pas été. Entendre l'histoire du point de vue de Frederick lui fit prendre conscience de tout ce qu'Annabeth avait vécu, en plus des violences d'Isabel, et elle ne fut que plus fière de sa fille. Malgré tout ce qu'ils lui avaient fait subir, elle était devenue une jeune femme admirable avec un avenir radieux devant elle.

- On est revenus à New-York il y a presque deux ans maintenant, après que j'ai obtenu un poste à Columbia. Je m'étais marié et j'avais eu des jumeaux avec Isabel entre temps, je lui faisais une confiance aveugle pour tout ce qui concernait les enfants, et Annabeth n'a jamais rien laissé paraître. Elle s'est renfermée sur elle-même en grandissant, elle ne parlait pas beaucoup, restait souvent enfermée dans sa chambre avec ses livres. Je n'ai jamais vu un seul bleu, aucune coupure ou rien qui aurait pu me faire douter du traitement infligé par Isabel à Annabeth. Je l'ai découvert très récemment, en rentrant d'une conférence. C'est son petit-ami, Percy, qui a donné l'alerte, et qui l'a sortie de tout ça, et je n'ose pas imaginer ce qui aurait pu arriver à notre fille s'il n'avait pas été là.

Frederick souffla un grand coup une fois toute son histoire déballée, et se risqua à jeter un coup d'oeil vers la mère d'Annabeth. Athéna resta muette pendant de longues secondes, qui lui semblèrent être des heures, avant de prendre la parole.

- C'est aussi lui qui m'a retrouvée et qui m'a forcée à le suivre jusqu'à Central Park pour rencontrer Annabeth. J'avais tellement honte de l'avoir abandonnée, de vous avoir abandonnés tout les deux, que je m'étais jurée de ne jamais réapparaître. Je n'ai pas arrêté de me demander ce que vous étiez devenus, mais je n'ai jamais trouvé le courage de venir vous chercher pour avoir des nouvelles. Si seulement je l'avais fait, peut-être que j'aurais pu la sortir de tout ça.

- Rien ne sert de t'accabler, ou de te torturer en te demandant ce qui aurait pu arriver si on avait agi autrement, sourit fébrilement Frederick en tendant une main vers elle, je l'ai fait durant des années et ça n'a rien donné de bon.

La brune s'en saisit avec soulagement et la serra en plongeant son regard dans le sien, revoyant le jeune homme qu'il était autrefois, quand ils s'étaient connus.

- Où es-tu allée après tout ça ?

- Je suis partie en Californie, où j'ai accouché et passé quelques mois. En étant mère célibataire, les choses étaient très complexes, et après t'avoir laissé Annabeth, je suis partie pour New-York, et j'ai fini par fonder mon propre cabinet d'architecture.

- On dirait bien que j'ai passé ma vie à courir derrière toi alors.

- On dirait, oui, sourit-elle.

Cette fois-ci, quand le silence s'installa, il fut beaucoup moins lourd de colère, une certaine mélancolie planant dans la pièce alors que chacun pensait aux années qui s'étaient écoulées.

L'après-midi fît place à la soirée, le ciel ensoleillé étant remplacé par le voile d'une la nuit étoilée. Installée avec Percy dans sa chambre, Annabeth s'était changée, troquant son jeans et sa chemise pour un short et un des tee-shirts du jeune homme. Il n'avait rien dit, se contentant de sourire en la laissant se caler contre lui dans son lit après qu'il aie lancé un film. Elle avait posé sa tête sur son torse, entrelaçant leurs jambes sous la couverture, le bras entourant sa taille alors qu'elle suivait avec attention le dialogue entre les personnages principaux.

Elle lui avait raconté rapidement ce qui s'était passé quand ils étaient arrivés chez lui, avant d'aller discuter avec Sally au sujet de son livre qui était en cours de lecture chez une maison d'édition, le temps qu'il range un peu ses affaires dans l'entrée. Le couple était resté avec les parents de Percy un moment, parlant de tout et de rien, le jeune homme restant toujours aux côtés de sa petite-amie, l'observant du coin de l'œil.

Elle semblait plus paisible et souriante depuis quelques jours, malgré les examens et le procès qui approchaient. Il avait aussi remarqué non sans une certaine satisfaction qu'elle cherchait beaucoup plus son contact, que ce soit en lui tenant la main ou le bras en marchant, en le prenant dans ses bras et en l'embrasant d'elle-même.

Le film en était à plus de la moitié quand il sentit le souffle d'Annabeth se faire plus lent contre lui, et quelques minutes plus tard, il l'entendit soupirer dans son sommeil, frottant sa joue contre son tee-shirt avec un petit sourire alors qu'il passait sa main dans ses cheveux.

Percy fut prit d'un élan de tendresse, frappé par la douceur qu'elle dégageait en dormant. Il ne pouvait voir sa vulnérabilité que dans ces moments-là, et même si elle s'était déjà endormie sur lui auparavant, il avait l'impression de goûter à cette intimité pour la première fois. Son cœur fit un bond dans sa poitrine, et il lui embrassa le front avant de se dégager le plus lentement possible, mu par un désir profond de faire quelque chose qui pourrait la toucher autant qu'elle l'avait touchée en développant si naturellement ce besoin de contact quasi-permanent envers lui.

Essayant autant qu'il le pouvait de rester discret, il s'installa à son bureau, fouillant pour trouver de quoi écrire.

La nuit fut très longue pour Percy qui s'acharna sur ses feuilles, les froissant ou en en faisant des boules dès qu'il faisait une faute ou que ce qu'il écrivait ne lui convenait pas. Les yeux rougis à cause de la lumière de sa lampe et la tête lui faisant mal à cause de la concentration, il réussi enfin à terminer, trouvant une enveloppe et notant le prénom d'Annabeth avant de se lever pour aller poser sa lettre sur le chevet du côté de la jeune fille, éteignant son ordinateur avant de se glisser dans le lit. Il poussa un soupir satisfait et passa ses bras autour de sa taille, nichant sa tête au creux de son cou avant de s'endormir à son tour.

Les premières lueurs du jour réveillèrent Annabeth, lui réchauffant doucement la joue alors qu'elle reprenait peu à peu conscience. La jeune fille sourit en sentant les bras de Percy autour d'elle, entendant son léger ronflement contre sa nuque. Elle garda les yeux clos encore quelques instants, profitant du calme au maximum avant de devoir se lever. Quand elle finit par les ouvrir, elle dut attendre un petit peu le temps que sa vision s'adapte à la luminosité, et porta ses mains sur celles du jeune homme, les caressant des pouces en prenant une grande inspiration, se gonflant les poumons de son odeur marine qui l'enveloppait. Dans un mouvement du regard, elle aperçut quelque chose qui n'était pas là la veille sur le chevet, et se redressa pour mieux voir de quoi il s'agissait. Annabeth reconnut immédiatement l'écriture de Percy et prit l'enveloppe inscrite à son nom entre ses mains, l'observant dans les deux sens avant de l'ouvrir. Elle y découvrit une lettre manuscrite, et s'adossa au mur derrière elle pour pouvoir la lire.

« Mon Puits de Sagesse,

C'est la huitième fois que j'essaie de t'écrire cette lettre, alors j'espère vraiment que je ne vais pas encore faire de fautes ou oublier des mots.

Si on m'avait dit que déposer des papiers dans une salle d'arts plastiques m'aurait mené là où j'en suis aujourd'hui, là où on en est tout les deux, je n'y aurais cru. Je crois que je ne remercierai jamais assez madame Benioff pour ce qu'elle a fait, même si je ne suis pas sûr qu'elle en soit consciente.

Je ne m'en suis pas rendu compte tout de suite, mais je suis tombé amoureux de toi à la seconde où je t'ai vue. Bien sûr, Piper s'en est aperçue dès que je lui ai demandé comment tu t'appelais, et à peu près tout le monde l'a vu sauf moi. Je suis tombé sous le charme de tes longues boucles blondes, tes grands yeux aussi gris qu'un ciel d'orage, de ton sourire, de tout. Heureusement que Paul nous a arrangé des cours particuliers, parce que je ne sais pas si tu aurais accepté de me parler et de me donner une chance sinon. Merci pour tout le temps que tu m'as consacré pour que je comprenne le programme de littérature, et que je te comprenne toi.

Je ne me lasserai jamais de t'écouter parler d'architecture, d'histoire, d'art, de tes frères, de tes cheveux qui ne veulent jamais rester tranquille, de ton envie dévorante de tarte au citron. Peu importe le sujet, tant que tu parles, tant que je peux entendre ta voix.

Il y a plein d'autres choses dont je ne peux plus me passer : ta main dans la mienne quand on marche, quand on discute, quand on regarde un film. Quant tu lèves les yeux au ciel en riant avant de m'embrasser, quand tu tends les bras vers moi sans un mot pour que je te serres contre moi, quand tu joues avec mes cheveux en espérant pouvoir les dompter, quand tu lis un livre à voix haute et que j'ai la tête sur tes genoux, quand on sort faire du sport ensemble, quand tu me bats aux jeux vidéos, quand tu dessines pendant des heures en oubliant tout ce qui t'entoure pour te mettre dans ta bulle, quand tu m'appelles pour que je te sauve d'une araignée…

L'année que je viens de passer à apprendre à te connaître m'a aussi permis de grandir. Grâce à toi, j'ai réussi à prendre confiance en moi, à me dire que je n'étais peut-être pas un débile illettré. Tu réussis à me calmer, à me rassurer, à me consoler quand les choses vont mal. Tu fais de moi quelqu'un de meilleur, tu me tires toujours vers le haut pour que je me surpasse. Tu es l'épaule sur laquelle je peux m'appuyer, et j'espère être à la hauteur quand je suis la tienne. Tu partages tes passions avec moi et tu me fais découvrir de nouvelles choses tout le temps, tu me montres ta vision des choses en acceptant toujours la mienne.

Je pourrais continuer comme ça longtemps, mais la feuille ne serait pas assez grande pour que je note tout, et je découvre tout les jours de nouvelles choses qui me font tomber amoureux de toi encore un peu plus.

On est passés si près de ne pas connaître tout ça à cause des préjugés qui nous collaient à la peau, et je réalise chaque jour un peu plus comme j'ai de la chance de t'avoir à mes côtés.

Je vais m'arrêter là, parce que décrire mes sentiments pour toi est au moins aussi difficile que d'avoir un vingt en anglais pour moi, mais mon amour pour toi est, contrairement à mes talents d'écrivain, infaillible et sans limite dans le temps. Je m'efforcerai toujours de te comprendre et de te surprendre, je t'accepterai toujours comme tu es, avec tes qualités et tes défauts, sans essayer de te changer. Je ferai tout pour te pousser à te dépasser et à devenir meilleure, tout en respectant ton indépendance. Je te soutiendrai dans toutes tes décisions. Je serai là quand tu te réveilleras demain matin, je serai là dans un mois, dans un an, dans dix ans, et plus que ça, tant que tu voudras de moi. Peu importe les problèmes, les disputes, je serai toujours à tes côtés, parce que c'est le seul endroit où je suis totalement heureux.

Je t'aime,

Ta Cervelle d'Algues. »

Absorbée par la lecture de la lettre, Annabeth sentit son cœur battre fort contre sa poitrine alors que les phrases défilaient, son sourire ne quittant pas ses lèvres une seule seconde. Sous le coup de l'émotion, elle resta immobile quand elle lu les derniers mots. Percy s'était souvenu de toute leur conversation du jour de l'an, et il avait réussi à répéter tout ce qu'elle lui avait confié. Connaissant ses soucis de dyslexie, son hyperactivité, sa difficulté à se concentrer et son impatience, elle ne fut que plus touchée par la surprise qu'il lui avait préparé. Percy avait toujours eu plus de facilité à faire comprendre ce qu'il ressentait par ses actes, là où elle avait toujours opté pour la parole de façon naturelle. Le voir essayer de lui communiquer ses émotions par des mots voulait dire quelque chose de fort pour Annabeth.

Posant la lettre à l'endroit où elle l'avait trouvée, la jeune fille se retourna doucement vers le brun, se blottissant contre lui. Percy referma les bras sur elle dans son sommeil, et elle en profita pour poser l'oreille contre sa poitrine, écoutant son cœur battre avec bonheur. Rien n'était plus efficace que ça pour la calmer.

Annabeth passa ses mains dans le dos de son petit-ami, savourant la chaleur qu'il dégageait à travers son tee-shirt en frottant le bout de son nez dans son cou. Son sourire s'accentua quand elle l'entendit soupirer de contentement, et elle ramena ses mains autour de son visage avant de l'embrasser. Le jeune homme ne réagit pas immédiatement, laissant un moment passer avant de répondre à son baiser, prenant une inspiration profonde avant de s'étirer. Il ouvrit doucement les yeux, encore un peu déboussolé.

- Salut, murmura-t-elle en le regardant se battre contre le sommeil qui le rappelait férocement.

- Bonjour, fit-il d'une voix rauque.

Le timbre profond qu'il avait au réveil fit frissonner Annabeth, déjà sous le charme de son air fatigué, de ses petits yeux à peine ouverts, et de ses cheveux en bataille. Ne résistant pas, elle passa ses doigts dans ses mèches sombres, le serrant dans ses bras en attendant que ses idées encore embrumées par le sommeil s'éclaircissent. Percy accepta ses marques d'affection avec joie, gémissant en se calant contre elle sans rien dire. Quand il fut assez réveillé pour pouvoir prononcer une phrase complète, il recula un petit peu de sorte à pouvoir voir le visage d'Annabeth, souriant en la couvant du regard. La jeune fille resta contre lui, continuant ses caresses avec le sourire, les yeux plongés dans les siens.

- Qu'est-ce qui me vaut un si bon réveil ? Questionna-t-il en lui dégageant le front, y déposant un baiser au passage.

- J'ai lu la lettre que tu m'a écrite. C'est un magnifique cadeau, merci beaucoup Percy.

- Je suis prêt à t'écrire un livre si je peux avoir le même réveil tout les jours !

La jeune fille éclata de rire, levant les yeux au ciel avant de l'embrasser, savourant leur instant d'intimité avant de devoir commencer une nouvelle journée.


Un nouveau chapitre, enfin !

Je suis désolée pour l'attente extrêmement longue, j'ai eu quelques soucis qui m'ont empêché d'avancer dans l'écriture du chapitre. J'espère quand même qu'il vous a plu et qu'il aura valu l'attente. Plus que deux et ce sera la fin pour Plus que ça !

Merci à tous pour vos commentaire, ça fait chaud au coeur de voir qu'on est suivi et soutenu, et à bientôt !