Il avait déjà finit sa journée mais eux travaillaient encore. Il était impressionné par leur motivation et leur implication. En les regardant travailler, on pouvait voir leur passion pour ce sport. Kazuya soupira. Lui sa passion, il était en train de la perdre. Chaque jour d'entraînement était devenu pour lui une punition. Seuls les matchs le faisaient encore vibrer, mais pour combien de temps ?

Il ramena ses jambes devant lui et les entoura de ses bras. Il posa ensuite sa tête sur ses genoux et continua à les regarder s'activer sur le terrain en contrebas. Ses yeux se posèrent sur le brun. Il ne l'avait pas vraiment côtoyé depuis ce jour-là où il avait partagé sa solitude. En fait il le fuyait un peu. Il ne savait pas vraiment comment réagir avec lui, alors il préférait garder ses distances. Il était en train de ratisser la terre pour la répartir uniformément. Et à chaque coup de râteau qu'il donnait, son polo se soulevait et Kazuya pouvait voir le bas de son dos. Cela lui rappela cette fois, quand il faisait très chaud, où il l'avait vu travailler torse nu. Il était tombé sur lui par hasard, cherchant un coin tranquille où passer sa pause quand il était arrivé à ce petit terrain où il travaillait. Il s'était caché, avant tout pour ne pas se faire surprendre et avoir à justifier sa présence, mais quand il l'avait vu enlever son haut, il n'avait pu détourner les yeux de la scène. A chaque coup de pioche qu'il donnait, il avait vu les muscles de son dos se contracter et se tendre. Et quand il s'était arrêté pour boire et qu'il avait fini par s'asperger d'eau, Kazuya en avait rougit. Il n'avait pu s'empêcher de regarder les gouttes d'eau dévaler son visage et son torse musclé. Inconsciemment, il avait voulu s'avancer et avait fait du bruit en se cognant contre un grillage, ce qui avait attiré l'attention de l'homme. Il avait alors reprit ses esprits, son cœur battant la chamade de peur d'être découvert. Finalement, il l'avait vu se retourner et s'éloigner avec soulagement et il en avait profité pour s'éclipser.

Kazuya rougit une nouvelle fois à ce souvenir. Pourquoi est-ce qu'il était… attiré… par cet homme ? Et depuis quand était-il attiré par les hommes d'abord ? Mais qu'est-ce qui n'allait pas bien dans sa tête ? se demanda-t-il en la secouant de gauche à droite comme si ce geste suffirait à éloigner ces pensées étranges. Il l'observa encore un moment. Il s'était arrêté dans son travail et avait entreprit de rattacher ses cheveux qui s'étaient échappés de sa minuscule queue sur sa nuque. Kazuya trouvait que ses cheveux longs lui allaient bien… Mais il s'arrêta. Pourquoi est-ce qu'il pensait encore à lui de cette façon ? Déterminé, il détourna les yeux de cet homme et focalisa son attention sur les autres techniciens. Deux d'entre eux travaillaient sur la première base. Ils utilisaient une drôle de machine et Kazuya se demanda à quoi elle pouvait bien servir. Curieux, il se releva et descendit un peu dans les tribunes pour se rapprocher. Mais son geste n'était pas passé inaperçu car l'un des hommes avait tourné la tête vers lui. C'était celui qui l'avait surpris en train de pleurer. Depuis, il avait appris qu'il s'appelait Miura-san et qu'il était responsable de cette équipe. L'homme lui adressa un sourire avant de se détourner. Il le vit interpeller le brun, sans toutefois entendre ce qu'il disait. Celui-ci s'arrêta puis laissa son outil en plan avant de partir. Miura-san pivota à nouveau vers lui et lui fit signe de venir. Kazuya hésita un moment, sa timidité le bloquant, mais le sourire franc sur le visage de l'homme le décida. Il descendit alors des gradins et s'approcha du petit groupe. Il sentait déjà ses joues le chauffer, mais cela ne l'empêcha pas de les saluer poliment quand il arriva à leur niveau.

- Tu avais l'air d'être intéressé, alors j'ai éloigné Koki pour que tu puisses venir, expliqua Miura-san.

- Koki ? ne put s'empêcher de demander Kazuya en relevant un peu les yeux.

- Tanaka Koki, le gars que tu n'arrêtes pas de fixer depuis tout à l'heure, s'amusa le chef.

Kazuya sentit ses joues lui brûler encore plus. Il devait être écarlate.

- Tu sais, même s'il est parfois rude et effrayant, au fond il a un cœur en or, ajouta le chef sur un ton paternel.

Il semblait beaucoup l'apprécier. Kazuya ne répondit rien, ne sachant pas trop quoi dire. Après un silence pesant, il osa prendre la parole.

- Désolé, je vais y aller et vous laisser travailler.

Miura-san tourna son regard vers lui, à la fois surpris et attendris.

- Tu peux rester un peu nous regarder si tu veux. Tu semblais curieux tout à l'heure.

- Je… je me demandais juste à quoi ça servait, répondit-il d'une petite voix en désignant la machine.

- Ah ça, ça sert à tasser la terre, expliqua le chef. Shouta, mets-la en route pour lui montrer.

Le technicien s'exécuta et la machine démarra avec bruit. Le chef Miura s'amusa de voir le regard passionné du jeune joueur. Il semblait revivre tout à coup, et un léger sourire s'étalait sur ses lèvres. Il était content de lui avoir donné un peu de joie au moins pendant quelques instants. Depuis qu'il l'avait vu pleurer, il s'était attaché à lui. Et il espérait bien qu'il se lie d'amitié avec Tanaka. Il semblait y avoir quelque chose entre ces deux-là, et s'il le fallait, il leur donnerait un coup de pouce. Il avait peur que Koki soit trop borné pour avouer qu'il le trouvait sympathique, et que Kamenashi soit trop timide pour faire le premier pas. Il ignorait qu'ils avaient déjà établit une sorte de contact, que leur comportement l'un envers l'autre ne laissait pas du tout deviner. Il sourit davantage en voyant Shouta proposer au jeune homme de tenir la machine. Il avait tout d'abord hésité, puis finalement avait accepté, et à présent, il avait un grand sourire aux lèvres. Une fois la portion terminée, le technicien coupa le contact et félicita le jeune joueur en lui disant qu'il avait bien travaillé. Celui-ci le remercia de lui avoir montré puis se retourna vers lui, et la joie dans ses yeux lui fit chaud au cœur. Il le remercia aussi en s'inclinant, et Miura-san ne put s'empêcher de l'inviter à venir les voir aussi souvent qu'il le désirait. Kamenashi acquiesça avec le sourire et en s'inclinant à nouveau. Mais à ce moment, Koki revint et son sourire disparut. Il s'excusa rapidement, disant qu'il devait y aller. Le chef ne le retint pas et le vit avancer à la rencontre de Tanaka. Cependant, alors qu'ils se croisaient, Kamenashi avait gardé la tête baissée et était passé sans un mot. Il vit Koki, qui avait un sourire avenant au visage, froncer les sourcils et se retourner pour le regarder s'éloigner.

- Qu'est-ce que j'ai fait encore ? se demanda-t-il un peu pour lui-même en arrivant devant son chef.

- C'est rien, ne t'inquiète pas, il lui faut juste un peu de temps pour s'habituer, répondit Miura-san en souriant. Sois gentil avec lui, c'est un brave petit.

- Mais je suis gentil ! s'exclama Koki, indigné.

- Et bien alors continue à l'être, répliqua le chef. Tu as trouvé ce que je t'ai demandé ?

- Ah oui, voilà, répondit le brun en lui tendant l'outil qu'il était allé chercher.

- Merci. Maintenant au travail ! Si on avance bien dans moins d'une heure on aura fini !

xxxx

- Alors Koki, le travail comment ça se passe ?

- Oh, ça peut aller…

- T'as pas l'air en forme, qu'est-ce qu'il se passe ? Tu as des problèmes ?

- Hein ? Ah, non, tout va bien c'est rien, s'empressa-t-il de le rassurer.

- Si tu veux en parler je suis là, proposa gentiment Eiji sans insister plus.

Ils s'étaient tous à nouveau retrouvés pendant leur journée de repos. Aujourd'hui, ils avaient décidé d'aller faire un tour à Shibuya. Ils s'étaient arrêtés sur un large trottoir et discutaient, soit assis sur leur moto, soit sur les bancs qui s'alignaient juste à côté.

Quelques jours avaient passés depuis la fois où il avait croisé Kamenashi sur le terrain. Durant cette période, il avait clairement compris que le châtain l'évitait, mais il ne savait pas pourquoi. Et puis il avait décidé de l'observer. Il voulait voir comment les joueurs le traitaient, et il espérait sincèrement qu'ils ne soient pas tous comme celui de l'autre fois. Malheureusement, la veille il avait dû travailler à proximité de leur lieu d'entraînement, et ses espoirs s'étaient envolés. Quand ce n'était pas son tour, Kamenashi restait seul, à l'écart, essayant probablement de passer inaperçu. Et quand c'était à lui de faire les exercices, il y allait comme à reculons. Et alors que les autres recevaient des encouragements, lui se faisait crier dessus. Koki avait remarqué que ce n'était pas très méchant, mais les responsables étaient là aussi, et il se doutait bien que les coéquipiers du jeune homme se retenaient, de peur d'être réprimandés.

Il ne pouvait pas parler de tout ça à ses amis. D'abord parce qu'il ne voulait pas les inquiéter, mais surtout parce que cela devait rester dans l'équipe. Si cela venait à se savoir, elle aurait des problèmes, et malgré tout, Koki y tenait encore beaucoup.

- Au fait Koki, ça fait longtemps qu'on n'a pas vu Mariko, comment elle va ? demanda soudain un de ses amis, le sortant de ses pensées.

- Naoki, ferme-la! lança Eiji.

- Hein ? Pourquoi ?

Mais ce ne fut pas Eiji qui répondit, mais Koki.

- J'en sais rien. On n'est plus ensemble.

- Ah merde, désolé Koki je ne savais pas.

- C'est rien t'inquiète, c'est moi qui ait cassé.

- Hein ? Mais pourquoi ? Elle était mignonne et gentille…

- Et égoïste. J'en avais marre qu'elle ne s'intéresse qu'à elle. Chaque fois qu'on se voyait c'était pour parler d'elle, de ses amies que je ne connais même pas, de ses problèmes, de ce qu'elle aimait… C'était vraiment saoulant à force.

- Pourtant elle a duré plus longtemps que les autres celle-ci, remarqua Naoki.

Koki ne répondit pas. C'était vrai qu'il les enchainait un peu. Mais ce n'était pas de sa faute si ça ne collait jamais. Alors quand il avait rompu avec elle, il avait décidé de rester célibataire, au moins pendant quelques temps.

- L'autre avant Mariko était bien aussi, continua Naoki. Erika c'est ça ? Pourquoi tu l'avais virée celle-là ?

- C'est elle qui est partie, rappela Koki avec lassitude. Son ami pouvait être lourd par moment. Je travaillais trop d'après elle.

- Ah oui, c'est vrai. Mais ne t'inquiète pas, beau gosse comme tu es, tu finiras bien par en trouver une qui te convient, pas comme nous…

Koki haussa un sourcil. Lui, beau gosse ? Et puis quoi encore ?

- Fais pas cette tête mon Koki, c'est vrai que t'es le plus beau d'entre nous, confirma Eiji en passant un bras autour de son cou et en s'appuyant lourdement sur lui, ce qui le déséquilibra un peu et fit vaciller sa moto.

- Et les gars, y'en a qui vont avoir des problèmes de l'autre côté de la rue, remarqua soudain Hideo.

Ils tournèrent tous leur regard dans la direction indiquée. Trois hommes, en costards trop colorés pour être d'honnêtes salarymen, attendaient sous un porche, cigarette à la main. Koki reporta son attention sur la rue en fronçant les sourcils. Le prochain passant était un jeune homme qui marchait tête baissée. Koki se redressa brusquement. Il reconnaissait cette silhouette, même s'il n'avait pas sa tenue habituelle.

- Kamenashi ? murmura-t-il.

Il arriva au niveau du porche et passa devant sans voir les hommes. Ceux-ci ne réagirent pas immédiatement, mais soudain, ils entrèrent en action. Deux d'entre eux se mirent de chaque côté du joueur et le poussèrent contre le mur, tandis que le dernier se rapprochait de lui en lui parlant. Kamenashi semblait apeuré et comme à son habitude, il ne regardait pas l'homme en face. Mais malgré tout, Koki le voyait répondre. Après quelques instants, le gars en costard sembla perdre patience et attrapa le portefeuille du jeune homme, qu'il gardait dans la poche arrière de son jean. Il le vit en retirer quelque chose, probablement de l'argent.

Hideo se releva. Il avait entendu Koki, et s'il le connaissait, alors il devait aller l'aider. Mais Eiji l'arrêta en posant une main sur son torse tout en continuant à regarder la scène.

- N'y va pas, ces gars sont plus forts que nous, et ça ne m'étonnerait pas qu'ils soient armés.

- Tu les connais ?

- Je crois que ce sont des hommes de la famille Sugiyama.

A ce nom, Koki reporta son attention sur le châtain, inquiet. Mais à ce moment-là, un camion s'arrêta juste devant eux et leur boucha la vue. Quand il redémarra enfin, les trois hommes avaient disparu et Kamenashi avait repris sa route. Son pas était plus rapide, mais il n'avait pas l'air trop remué, ce qui étonna un peu Koki.

- La famille Sugiyama, c'est celle qui a le monopole sur les salles de pachinko du coin c'est ça ? demanda Naoki alors que le jeune joueur disparaissait de leurs champs de vision.

- Pas que ça, ils ont aussi tous les bordels, et ils contrôlent les trafics d'armes et de drogues aussi. C'est une des dernières grandes familles yakuza de Tokyo, expliqua Eiji.

- Tu le connais ce gars Koki ? chercha à confirmer Hideo.

Koki, qui n'avait rien dit depuis le début, sembla se réveiller.

- Oui, c'est un joueur de l'équipe.

- Le nouveau, tu sais celui qui est super doué, continua Eiji qui lui en avait sûrement déjà parlé. Mais d'après Koki ce gars est super arrogant.

- Il n'est pas arrogant !

- Hein ? s'étonna son ami. Pourtant l'autre jour tu n'arrêtais pas de le dire, et de dire que tu le détestais.

- Je m'étais trompé, répondit Koki assez sèchement.

- Bref, en tout cas ils lui ont pris du fric à ce type, coupa Naoki voulant éviter une dispute.

- Ouais enfin ce n'est pas comme s'il en manquait non ? remarqua Ryûsuke en se tournant vers son voisin.

- Oui c'est vrai que les pros sont bien payés, admit Naoki.

Eiji laissa les deux amis débattre sur le salaire des sportifs professionnels et se retourna vers Koki.

- Ça va ? Tu n'as vraiment pas l'air dans ton assiette aujourd'hui, s'enquit-il, surpris par son manque de réaction vis à vis de ce qu'il venait de se passer.

- Tu crois que c'est déjà arrivé ?

- Eh ? Tu crois que ce n'est pas la première fois ?

- Je ne sais pas, ils avaient l'air de se connaître non ? Kamenashi n'est pas du genre à parler avec des gens qu'il ne connait pas.

Depuis quand Koki en connaissait autant sur cet homme ? La dernière fois qu'il l'avait vu il le traitait de tous les noms, et là il semblait s'inquiéter pour lui.

- Peut-être, répondit-il simplement. S'ils savent qu'il est joueur pro, ils peuvent très bien le racketter fréquemment, c'est une source d'argent facile pour eux. Mais je pense que c'était juste le hasard que ce soit tombé sur lui.

Le brun ne répondit pas, mais il n'était pas convaincu. Il y avait quelque chose de louche dans cette histoire. Et même si ce n'était pas ses affaires, il ne pouvait s'empêcher d'être inquiet. Son opinion sur Kamenashi avait complètement changée par rapport à la première fois où il l'avait vu. Il avait compris que c'était quelqu'un de gentils et d'effacé, le genre d'homme qui ne ferait de mal à personne, et qui ne demandait rien. Quelqu'un qui vivait sa vie tant bien que mal sans demander d'aide. Quand Koki le regardait, il avait l'impression qu'un énorme poids pesait sur ses épaules. Et sans trop savoir pourquoi, il avait envie de faire un geste vers lui. L'aider même si c'était seulement lui tenir compagnie pour qu'il se sente moins seul. Mais encore fallait-il qu'il le laisse l'approcher…