Deux jours plus tard, un orage éclata au-dessus de Tokyo, amenant avec lui une perturbation. Mais le mauvais temps n'empêcha pas les sportifs de s'entraîner, leur prochain match devant se dérouler en fin de semaine. Pendant ces quelques jours, la pression s'accentua sur Kamenashi, et se fut encore pire quand le coach annonça sa stratégie pour le match. Il avait décidé de confier au jeune homme un rôle clé. Il sera celui qui, par son talent, sauvera son équipe ou écrasera l'adversaire suivant la tournure que le jeu aura pris. D'habitude, on confiait ce rôle à des joueurs expérimentés alors cette annonce créa une petite tempête au sein de l'équipe. Et même si l'entraineur avait rappelé ses hommes à l'ordre, cela ne les empêcha pas de s'en prendre à Kazuya dès qu'ils se retrouvaient entre eux. Celui qui lui en voulait le plus était le lanceur à qui l'on donnait cette place d'ordinaire. Il alla même jusqu'à le menacer un jour où ils s'étaient retrouvés seuls dans un couloir. Une fois, il avait aussi retrouvé ses affaires trempées dans les douches. Le moral de Kamenashi était au plus bas, et à cause du mauvais temps, il ne pouvait plus se rendre dans les tribunes pour décompresser un peu au cours de la journée. Il aurait tellement aimé que tout cela s'arrête…

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A cause de la pluie, Koki finissait relativement tôt ces derniers temps. L'avant-veille du match, il sortait du centre à moto quand il aperçut quelques mètres plus loin la silhouette de Kamenashi. Il s'arrêta alors à son niveau.

- Je te ramène ? demanda-t-il en relevant la visière de son casque.

- C'est bon merci, je vais prendre le train.

- Mais la station est assez loin non ? Et tu es déjà trempé. Allez monte, ça ira plus vite !

Le châtain se laissa finalement convaincre. Satisfait, Koki sourit puis enleva son casque avant de le lui tendre.

- Mais et toi ?

- Ne t'inquiète pas pour moi, mets-le et discute pas, répondit Koki avec un sourire rassurant.

Kamenashi s'exécuta alors, puis s'installa derrière le technicien. Celui-ci démarra en douceur mais il fut tout de même un peu surpris. Il passa ses bras autour de la taille de Koki et se serra contre son dos. C'était la première fois qu'il montait sur ce genre d'engin et il n'était pas vraiment rassuré. Cependant, le jeune technicien était bon pilote et le trajet passa rapidement malgré la distance à parcourir pour rejoindre leur quartier.

Mais en arrivant sur le pont, Koki se rendit compte qu'il ne savait pas exactement où il habitait, alors il décida de se rendre au garage. Il s'arrêta devant le rideau métallique et demanda à Kamenashi de descendre avant lui. Il releva ensuite rapidement la porte et poussa sa moto à l'intérieur en invitant le jeune joueur à entrer à son tour. Une fois garée, il prit sur l'établi un chiffon sec et le passa rapidement sur le siège de sa moto afin d'enlever toute trace d'eau et éviter ainsi que le cuir ne s'abîme. Du coin de l'œil, il regardait Kamenashi, qui se tenait debout, sans bouger, mais il pouvait voir son regard balayer la pièce. Et quand il se retourna, il le retrouva les yeux fermés, une expression de bonheur simple sur le visage. Koki ne put s'empêcher de sourire à cette vision. Mais le jeune homme rouvrit les yeux en se sentant observé.

- J'aime cette odeur, expliqua-t-il en rougissant un peu.

- Ça te rappelle des souvenirs ?

- Non pas vraiment, c'est juste que je trouve que ça sent bon.

Koki sourit davantage. Lui aussi aimait cette odeur, un mélange d'huile, de carburant, de cambouis aussi. Une odeur familière et rassurante pour lui.

- Elle est aussi à toi celle-ci ? demanda le châtain en montrant une deuxième moto garée à côté.

- Non, c'est celle de mon ami. On partage ce garage et donc le loyer. Tu viens, on va monter un peu ? proposa-t-il ensuite en désignant l'escalier métallique sur la gauche du garage.

Il conduisait à un étage, qui correspondait probablement aux anciens bureaux, et qui donnait sur la pièce en contrebas par un alignement de parois, vitrées à mi-hauteur. Koki passa devant puis ouvrit la porte et le laissa entrer. Le joueur découvrit alors la pièce, assez petite, mais qui comportait tout de même un canapé un peu défraîchit, une table basse bricolée en bois de palettes, un petit frigo, ainsi qu'un bureau et quelques étagères encombrés.

- Fais comme chez toi, je reviens tout de suite, invita Koki avant de redescendre rapidement.

Il se dirigea vers un petit placard et en sortit deux couvertures, puis chercha un peu partout. Il était sûr qu'il avait amené un parapluie une fois, mais il n'arrivait pas à se rappeler où il l'avait posé. Après cinq minutes de recherches, il le trouva enfin et remonta les bras chargés. Il trouva Kamenashi debout, quasiment au même endroit où il l'avait laissé.

- Tu aurais dû t'asseoir, le gronda-t-il amicalement.

- Mais je suis trempé et ton canapé…

- En a vu d'autre, ne t'inquiète pas pour ça, le coupa-t-il en riant.

Il lui passa une couverture autour des épaules et le força à s'asseoir avant de faire de même.

- C'est agréable ici, remarqua son voisin sans cesser d'observer autour de lui.

- Oui, c'est un peu notre repère avec mon pote.

- Oh ! s'exclama soudain Kazuya avant de se relever et de se diriger vers le bureau. C'est toi ?

- Oui, avec Eiji, mon ami, confirma Koki en le suivant.

Le joueur désignait un cadre posé sur la table, où l'on pouvait voir deux gamins s'amuser à se lancer des balles dans ce qui semblait être un terrain vague près d'une rivière.

- Tu fais du baseball toi aussi ?

- Non, enfin j'en ai fait mais j'ai arrêté il y a longtemps.

- Pourquoi ? s'étonna le jeune homme en relevant le regard vers lui.

- Parce que je ne suis pas aussi doué que toi, voilà pourquoi, s'amusa-t-il.

- Arrête, je ne suis pas si doué que ça, répliqua-t-il en baissant à nouveau les yeux sur la photo.

Koki retourna s'asseoir dans le canapé avant de continuer.

- A cette époque, je voulais devenir pro. C'était mon rêve.

Etonné, Kazuya lui lança un coup d'œil avant de détourner le regard, gêné. Cet homme voulait devenir pro et il n'avait pas pu, alors que lui, il était pro, même si…

- Pardon…, murmura-t-il tristement.

- Eh ? Pourquoi tu t'excuses ?

- Parce que je suis pro, et pas toi…

- Tu n'as pas à t'excuser pour ça, toi tu as le talent. Tu sais, même si j'avais continué, je n'aurais pas été bien loin, alors c'est mieux comme ça, relativisa-t-il.

- Mais c'était ton rêve, insista Kazuya en revenant s'asseoir à côté de lui.

- Même si je ne suis pas joueur, je travaille quand même dans le milieu du baseball, donc tout va bien, le rassura-t-il.

- Tu travailles là depuis longtemps ?

- Deux ans déjà.

- Tu as l'air d'aimer ça…

- Oui, même si j'ai été déçu dernièrement…

Le jeune joueur le fixa soudain. Est-ce qu'il avait compris qu'il parlait de lui ?

- Tu vas bien ces derniers temps ? ne put-il s'empêcher de demander timidement.

Un long silence se fit, et Koki cru qu'il ne répondrait pas, mais bientôt une voix faible s'éleva.

- Oui, ça peut aller.

Il mentait. Bien sûr qu'il mentait. Comment il pourrait lui avouer qu'il allait mal, très mal. L'autre fois, il avait paru inquiet pour lui alors il ne voulait pas l'ennuyer davantage. Le match était dans deux jours et pourtant il n'en ressentait aucune excitation, aucune joie. Quand on lui parlait de baseball, la seule chose à laquelle il pensait désormais était tout ce que ces joueurs lui faisaient. Au début, il avait cru qu'il pourrait passer au travers de tout ça, faire comme si tout allait bien. Mais finalement, ça lui pesait tellement. Chaque regard qu'il croisait était agressif, chaque geste qu'il faisait était critiqué et moqué. Chaque raillerie, chaque humiliation l'enfonçait un peu plus chaque jour dans les ténèbres. Et si seulement il n'y avait que ça, mais il y avait aussi… Finalement, il n'en était peut-être pas si éloigné que ça, de la fin du chemin. Mais il sursauta quand une main compréhensive et réconfortante vint recouvrir la sienne, posée sur son genou. Il semblait savoir.

Son pouce caressait machinalement le dos de sa main. Koki ne savait pas pourquoi il avait eu ce geste. Mais quelque chose dans l'attitude du jeune homme lui avait fait comprendre qu'il en avait besoin. Il voulait l'aider, mais il ne savait pas comment s'y prendre. S'il ne se confiait pas à lui, comment pourrait-il le rassurer, le réconforter. Son cœur se serra en pensant à ce qu'il pourrait faire. Il resserra inconsciemment sa prise sur sa main, comme pour lui dire de s'accrocher, de ne pas lâcher.

- Tu peux venir me voir quand tu veux d'accord, tu sais où me trouver maintenant. Même si c'est juste… tu sais… pour ne pas rester seul. Enfin je ne sais pas, tu as peut être déjà quelqu'un comme ça, mais sinon…

- Merci, le coupa-t-il, touché par son soudain embarras. Je… je n'ai personne, alors merci.

Ils échangèrent un triste sourire, puis Kazuya dévia rapidement le regard. Et c'est à ce moment-là que Koki le vit trembler. L'imbécile, il avait complètement oublié qu'il était trempé, qu'ils étaient tous les deux trempés. Il allait tomber malade s'il restait ainsi, et il ne pourrait plus disputer le match.

- Tu devrais rentrer chez toi et prendre une bonne douche chaude, conseilla-t-il alors. Tu trembles comme une feuille.

- Ah oui, je… je vais rentrer, répondit le châtain en se relevant.

Il commençait à enlever la couverture de ses épaules, mais le technicien l'arrêta.

- Garde là, tu me la rendras plus tard. Et prends ça aussi, ajouta-t-il en lui tendant le parapluie.

- Non ça ira, je n'habite pas si loin…

- Prends j'ai dit, me force pas à m'énerver, insista Koki en souriant.

- D'accord, merci.

- Par contre tu as intérêt à me les ramener hein, j'y tiens mine de rien, plaisanta-t-il.

Kazuya le regarda un moment. Il avait compris. Il savait qu'il lui disait ça pour… pour ne pas qu'il…

- Promis.

- Super ! Allez maintenant vas-y sinon tu vas vraiment finir par choper la crève.

Ils descendirent l'un derrière l'autre, puis se saluèrent, et Koki regarda du pas de la porte de son garage le jeune homme s'éloigner, caché sous son parapluie. Quand il fut hors de sa vue, il rentra et vint se planter devant sa moto, se disant qu'il allait vraiment falloir qu'il pense à quelque chose de concret pour l'aider et lui remonter le moral. Parce que même s'il ne pouvait rien faire au centre, si à l'extérieur il pouvait l'aider à décompresser et s'amuser, peut être supporterait-il plus facilement ce qu'il subissait là-bas. Du moins c'était ce qu'il espérait. Après quelques minutes de réflexions, il nota mentalement qu'il allait devoir se rendre chez le vendeur d'accessoire de moto lors de son prochain jour de congé. Il avait déjà sa petite idée.

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Le lendemain était une journée chargée. Comme toutes les veilles de match qui se disputaient à domicile, l'équipe technique devait bichonner le terrain. Ce genre de journée avait toujours son lot de stress quand un problème inattendu se manifestait, mais Koki avait appris à le gérer. Ce matin, il était passé au centre avant de venir ici, et il avait croisé Kamenashi qui lui avait souri. Rassuré, il était monté dans le bus technique avec le sourire, et avait profité du trajet pour discuter avec ses collègues. Mais sitôt arrivé au Tokyo Dôme, le sérieux avait repris le dessus, ils n'avaient droit à aucune erreur, et le chef Miura y veillait. Cependant, tout se déroula parfaitement bien, et il ne rentra pas aussi tard qu'il l'avait craint. La pluie qui s'était atténuée dans la journée semblait avoir repris dans la soirée. Après avoir mangé et s'être occupé de sa petite chatte, le jeune homme s'installa confortablement devant sa télé. Mais à peine une heure plus tard, sentant qu'il s'endormait, il l'éteignit et rejoignit sa chambre. Il avait hâte d'être au lendemain et de revoir les magnifiques lancers de Kamenashi.

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Lorsque les joueurs arrivèrent à leur tour au stade, Koki était déjà au travail, aidant ses collègues des autres équipes à mettre en place les filets d'entraînement. Une fois cela fait, il eut une période creuse, et en profita pour observer les sportifs s'échauffer. C'était un moment qu'il avait toujours apprécié et ses yeux passaient d'un groupe à un autre. Et puis son regard s'arrêta sur Kamenashi, qui faisait des étirements à l'écart des autres. Il l'avait vu faire quelques lancers avec ses coéquipiers un peu plus tôt. Ils avaient l'air de se tenir à carreaux aujourd'hui. Il fallait dire que certains journalistes étaient déjà présents, alors ils ne pouvaient pas prendre le risque d'être vus. Mais son attention fut détournée par l'équipe adverse qui arriva et investit à son tour une partie du terrain pour se préparer au match. Il s'éloigna alors un peu et se dirigea vers un coin inoccupé pour ne pas gêner les sportifs, attendant un signe de son chef pour reprendre le travail.

Mais alors qu'il faisait demi-tour pour se diriger vers sa bouteille d'eau qu'il avait posée un peu plus loin, son pieds se posa sur quelque chose de dur, et de rond, et il n'eut pas le temps de réagir qu'il se retrouva à terre percutant douloureusement le sol avec ses fesses. Il s'apprêtait à pousser le juron le plus mémorable de sa carrière quand un son l'en empêcha. Un rire. Magnifique. Curieux, il se retourna et ses yeux se posèrent sur Kamenashi, presque plié en deux tellement il riait. Il se moquait ouvertement de lui, mais bizarrement Koki n'en avait rien à faire. Il était hypnotisé. Le rire d'un ange ne devait être rien comparé au sien. Il pensa que son rire devait être comme un cadeau qu'il n'offrait qu'à très peu d'élus, et Koki se sentit soudain privilégié. Ce rire qui retombait en cascade jusque ses oreilles était la plus belle chose qui lui avait été donnée d'entendre, et il en oublia sa mésaventure. Il n'avait d'yeux que pour lui, n'entendait que lui. Le temps semblait s'être figé, mais il reprit son mouvement quand son rire se tarit. Le châtain le regardait maintenant en souriant, intrigué. Koki se dit qu'il devait être comique à regarder. Il espérait simplement qu'il n'avait pas la bouche grande ouverte. Il sentit la douleur dans le bas de son dos revenir, mais il se dit que cela n'était pas cher payé pour avoir eu le privilège de l'entendre rire. Il lui sourit alors en retour, sincèrement heureux. Il se releva difficilement sans détourner ses yeux de son visage épanouit, mais il en fut bien obligé quand on l'appela.

- Tanaka ! Arrête de faire le pitre et retourne travailler !

- Oui chef ! lança-t-il en réponse.

Toujours avec le sourire, il s'excusa auprès du jeune joueur et partit reprendre son poste, non sans oublier de se retourner de temps en temps. Kamenashi le suivait des yeux, un sourire toujours accroché au visage, et Koki sentit son cœur battre un peu plus vite tout à coup.

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Le match débuta une heure plus tard, en tout début d'après-midi. Rapidement, les Giants menèrent le jeu, laissant peu d'opportunités à leurs adversaires. Au final, Kamenashi avait eu un rôle moins important qu'attendu. Néanmoins, ses lancers furent impeccables de précision et d'efficacité. Koki n'en revenait toujours pas. Mais il ne put pourtant s'empêcher de remarquer comme une baisse de concentration par rapport au match précédent. En effet, son deuxième lancer n'avais pas été aussi rapide qu'habituellement et si le frappeur n'avait pas hésité une seconde de trop, il lui aurait été facile de toucher la balle, et probablement de faire un home run. Pourtant, la rencontre se termina sur une victoire écrasante des Giants et les joueurs regagnèrent les vestiaires. Les techniciens se mirent rapidement au travail, alors même que le public n'était pas encore complètement parti. Les réparations mineures furent faites, les plus grosses étant notées et confiées plus tard à une équipe de permanents du stade. En retournant dans l'une de leurs pièces réservées, Koki croisa deux joueurs qui se dépêchaient vers le parking où le bus devait les attendre. Il entendit une partie de leur conversation au passage, l'un d'eux disant qu'ils y avaient été un peu fort. Cependant, il ne comprit pas vraiment de quoi ils parlaient, et ce n'était de toute façon pas ses affaires. Il entra dans la pièce et se servit un café, pus alla s'asseoir sur une chaise, prenant un repos bien mérité.

Dix minutes plus tard, il alla retrouver ses collègues sur le parking du Tokyo Dôme pour prendre à nouveau le bus qui les ramèneraient au centre. Cependant, à peine arrivé, son attention fut attirée par quelque chose et, sous la pluie battante, il s'écarta un peu de son chemin. Ce qu'il découvrit le laissa un moment stupéfait. A quelques mètres, se trouvait Kamenashi, alors qu'il aurait déjà dû être arrivé au centre, ou du moins être encore dans le bus des joueurs. Mais c'était bien lui, Koki en était persuadé. Il n'était pas seul, trois hommes l'entouraient, et il ne fallut pas longtemps au technicien pour les reconnaître. C'était ceux qui lui avait déjà pris de l'argent la fois où il l'avait aperçu de l'autre côté de la rue à Shibuya. Aujourd'hui encore, le joueur semblait parlementer avec eux, et il paraissait assez désespéré. Soudain, l'un des hommes le plaqua contre le grillage en le tenant par le col, dans une tentative évidente d'intimidation. Ils parlèrent encore quelques instants, puis l'homme le relâcha et ils s'éloignèrent rapidement entre les voitures, jetant des coups d'œil aux alentours. Koki reporta son attention sur le jeune homme, qui s'était écroulé au sol. Même d'ici et malgré la pluie, il pouvait voir les larmes inonder son visage, le décidant enfin à réagir. Pourtant, il avait à peine fait quelques pas dans sa direction qu'il le voyait déjà se relever avant de s'enfuir en courant. Koki l'appela et tenta de le rattraper, mais en vain. Il avait disparu. Inquiet, il retourna sur ses pas et se dirigea vers le bus. Il n'aimait pas ça. Il avait un mauvais pressentiment mais ne pouvait rien faire. Il n'avait jamais pensé à lui demander son numéro de téléphone, et il ne connaissait pas non plus son adresse. Sombrement, il monta dans le véhicule et s'installa à l'écart, priant intérieurement pour que rien de tragique n'arrive.

De retour au centre, il avait rapidement récupéré ses affaires et sa moto et s'était dirigé vers son quartier. En passant sur le pont désert, il s'était arrêté quelques instants et avait regardé avec appréhension par-dessus la rambarde, pour finalement ne rien découvrir. Un peu soulagé, il avait continué jusqu'au garage, y avait laissé sa moto, puis était rentré immédiatement chez lui. Il était encore une fois trempé, alors il prit une douche chaude et se changea, enfilant un t-shirt et un jeans secs. En sortant de la salle de bain, il se fit un café puis, la tasse chaude dans les mains, il s'avança vers sa fenêtre. Il pleuvait à verse et il se demanda combien de temps encore ce mauvais temps allait durer. Il soupira et avant de s'éloigner de la vitre, il jeta un regard machinal au pont qu'il pouvait voir sur sa gauche. Et là il se figea. Une silhouette solitaire se trouvait au milieu. Debout sur la rambarde…