Une fois isolé dans son salon, Koki appela son chef pour le prévenir de son absence le lundi suivant. Il lui parla aussi de Kamenashi, et Miura-san lui dit qu'il se chargerait de transmettre l'information. Après lui avoir conseillé de se reposer et de prendre soin de son nouvel ami, celui-ci raccrocha. Koki ne lui avait pas parlé de la tentative de suicide du jeune joueur, mais il avait bien sentit que son chef se posait des questions. Cependant, se sentant au bord du malaise, il retourna dans sa chambre et se rallongea. Kazuya n'avait pas bougé, et encore une fois, il le serra contre lui avant de s'endormir.

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Il émergea quelques heures plus tard avec toujours cette même sensation désagréable dans le corps. Quand il tourna la tête vers la droite, il comprit qu'il était sur le dos, et que Kazuya lui tournait une nouvelle fois le dos. Il n'avait pas l'air de s'être réveillé. Il soupira puis entreprit de se lever. Son estomac lui criait son besoin de nourriture et sa bouche était desséchée. Avant de sortir de la pièce toutefois, il s'approcha de son ami et posa sa main sur son front. La fièvre était toujours là. En se dirigeant vers sa cuisine, il se rappela qu'il devrait appeler Eiji pour lui demander de passer à la pharmacie. En frissonnant, il prit un verre dans un placard et se servit de l'eau. Mais à peine en avait-il bu une gorgée qu'on frappa à la porte. Il reposa alors son verre près de l'évier et alla ouvrir, se demandant qui cela pouvait bien être.

- Miura-san ? s'exclama-t-il. Que faites-vous ici ?

Cependant, avant d'attendre une réponse, il l'invita à entrer et referma la porte.

- Alors, comment tu vas Koki ? demanda son chef. Ton appel m'a un peu inquiété je dois dire, toi qui n'es jamais malade…

- Ça peut aller, mais rassurez-vous, ça va vite passer.

- C'est un coup de froid, c'est ça que tu me disais ?

- Oui, rien de grave, une fois la fièvre passée je pourrais reprendre le travail.

- Ne t'avise pas de revenir avant la date indiquée par le médecin, je te préviens.

- Hm hm, acquiesça simplement le jeune technicien, penaud.

Décidemment, il allait vraiment être obligé de rester ici deux jours de plus. Dans un sens, cela lui allait, mais il n'aimait pas manquer le travail.

- Tu devrais t'asseoir, tu es vraiment pâle.

Ils s'installèrent alors dans le canapé, et Koki en profita pour s'enrouler dans une couverture. Il commençait à nouveau à avoir froid. Voyant les papiers qu'il avait posé sur la table, il prit son arrêt de travail ainsi que celui de son ami dans les mains et les confia ensuite à son chef. Il savait que les questions n'allaient pas tarder, encore plus quand ils entendirent bouger légèrement dans la pièce d'à côté. Il n'avait pas fermé la porte en sortant et il espérait ne pas l'avoir réveillé, même si cela le soulagerait de le savoir conscient.

- Alors c'est bien ce que j'avais cru comprendre, commença Miura-san. Kamenashi est ici n'est-ce pas ?

- Oui, confirma-t-il.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda le vieil homme en se relevant et en allant se poster dans l'embrasure de la porte de la chambre.

Koki le rejoignit, et il constata avec un peu de déception que le jeune joueur paraissait encore dormir.

- On était ensemble hier et on est restés un peu trop longtemps sous la pluie…

Il ne savait pas vraiment s'il pouvait lui parler librement ou pas. Il avait confiance en lui, mais il avait peur que Kazuya lui reproche un jour d'en avoir parlé autour de lui. Mais Miura-san tourna un regard rassurant vers lui, et il comprit qu'il pouvait lui en parler.

-Vous aviez dit l'autre jour qu'il avait été déclaré psychologiquement instable, est-ce que vous savez pourquoi ?

-Pas exactement non, c'est ce qui a été décelé lors des sélections de recrutement. Pourquoi tu me poses cette question soudainement ?

- Il a fait une tentative de suicide hier soir. Je l'ai vu d'ici, il était prêt à sauter du haut du pont. Heureusement, je suis arrivé à temps.

- Je n'aurais pas cru qu'il en était à ce point-là, remarqua Miura-san après être revenu de sa surprise.

- Il m'en avait déjà parlé…

- Qu'il voulait se tuer ?

- Oui, et c'était effrayant parce qu'il avait vraiment l'air déterminé. Et j'ai peur qu'il recommence.

- Alors tu dois être là pour lui.

- Bien sûr ! C'est mon ami, je ne le laisserais pas faire ça, répondit Koki avec conviction.

- Je suis content d'entendre ça Koki. C'est un brave garçon qui mérite un peu plus d'attention. Tu lui as demandé pourquoi il avait fait ça ?

- C'est qu'il ne s'est pas réveillé depuis hier soir…

- Tu en es sûr ?

- Et bien je suppose oui, à chaque fois que je suis réveillé il paraît dormir profondément.

- Il paraît dormir ? Donc tu n'en es pas certain.

- Non, c'est vrai…

- Tu devrais t'en assurer Koki, conseilla-t-il en posant une main amicale sur son épaule avant de revenir vers le salon.

Koki observa encore un moment la silhouette endormie de Kazuya puis rejoignit son supérieur.

- Tu as déjà commencé un traitement ? demanda celui-ci en montrant les ordonnances sur la table basse.

- Non, pas encore, j'attends qu'un ami finisse son travail pour lui demander d'aller chercher les médicaments, le médecin m'a déconseillé de sortir.

- Inutile de le déranger, je vais y aller, se proposa Miura-san.

- Non c'est bon, vous n'allez quand même pas…

- Koki, ça fait déjà quelques temps qu'on se connait, et je te considère un peu comme mon fils, alors laisse-moi au moins faire ça pour toi.

Emu, le technicien ne sut quoi répondre. Il ne protesta pas plus et lui confia les ordonnances. Il expliqua ensuite brièvement à Miura-san où se trouvait la pharmacie la plus proche et celui-ci quitta l'appartement, lui ordonnant de retourner se coucher en attendant son retour. Après son départ, Koki ne se fit pas prier et retourna dans la chambre. Il avait oublié sa faim pour un temps. Il sentait qu'il avait besoin de repos. Il s'allongea de manière à faire face à Kazuya, et le regarda dormir pendant un long moment. Il repensa à ce que lui avait dit son chef, mais rien n'indiquait qu'il pouvait être réveillé. Il passa une main sur sa joue et il n'eut aucune réaction, le confortant dans son idée. Il s'endormit avec la résolution de le réveiller quoi qu'il arrive une fois les médicaments en sa possession.

Il eut l'impression de ne pas avoir dormit du tout quand il se réveilla un peu plus tard. Il avait la sensation d'être observé, alors il ouvrit les yeux. Miura-san les regardait depuis la porte de la chambre. Il ne l'avait pas entendu rentrer et il espérait qu'il n'avait pas attendu trop longtemps son réveil. Il se releva alors assez rapidement et sans un mot, ils se dirigèrent vers le salon. A voix basse, son supérieur lui désigna les deux pochettes de médicaments posées sur la petite table et rapporta les conseils de la pharmacienne. Il partit peu de temps plus tard, après s'être assuré que Koki avait commencé son traitement. Avant de disparaitre dans le couloir, il lui avait renouvelé ses recommandations, lui intimant de prendre du repos et de bien s'occuper de son ami. Koki était vraiment touché par la sollicitude de Miura-san, et cela le conforta encore un peu plus dans ce qu'il pensait du vieil homme.

Songeur, il revint vers la chambre. Il se rappela la conversation qu'il avait eu un peu plus tôt avec celui-ci, et maintenant qu'il y repensait, un détail le marqua. Miura-san n'avait pas posé de question quand il lui avait dit qu'il l'avait empêché de sauter du pont. Savait-il qu'il habitait le quartier ? A moins que la surprise et l'inquiétude provoquées par la nouvelle lui avait fait oublier ce point ? Jugeant que c'était de toute façon sans importance, il se détourna à nouveau et partit préparer quelque chose à manger. La faim le rattrapait finalement. Mais avant, il prit le temps de remplir la gamelle de sa petite chatte, qui sauta presque dessus. Il fouilla ensuite dans son frigo et décida de faire des yakiudon, il avait tout ce qu'il fallait et cela serait assez rapide à préparer. Il se mit rapidement à la tâche, et bientôt une agréable odeur s'éleva dans l'appartement, lui donnant encore plus d'appétit. Une fois le plat terminé, il le maintint au chaud puis retourna voir Kazuya. Il était à présent sur le dos et Koki cru qu'il était réveillé, même si ses yeux étaient toujours résolument fermés. Il s'assit sur le matelas tout près de lui et l'observa un instant. Son visage était paisible.

- Kazuya ? appela-t-il doucement en replaçant quelques mèches de cheveux le long de son visage.

Il n'eut pas de réponse alors il recommença, appuyant un peu plus ses caresses sur sa joue. Le jeune homme réagit enfin, lui assurant qu'il était réveillé.

- Kazuya tu m'entends ?

Il attendit encore un peu et il esquissa enfin un sourire en voyant ses paupières se soulever doucement. Il parut perdu l'espace d'un instant, mais quand il croisa son regard il comprit qu'il savait où il était, et qu'il se souvenait de ce qui était arrivé.

- Ça va ? demanda-t-il doucement, ne voulant pas le brusquer.

Il acquiesça d'un timide signe de tête en détournant le regard. Koki le vit observer autour de lui, avec un brin de curiosité dans les yeux. Il lui laissa quelques minutes puis reprit la parole.

- Tu peux t'asseoir ? Il faudrait que tu prennes ça, ajouta-t-il en désignant le verre d'eau et le médicament qu'il avait posés sur la table de nuit.

Mais il fut surpris en croisant ses yeux noisette, car il y décela comme de la peur, alors il le rassura.

- Tu as de la fièvre Kazuya. Tu dois le sentir non ? C'est juste pour la faire partir. Fais-moi confiance.

Un autre regard lui apprit qu'il était tranquillisé. Koki pensa avec tristesse qu'il avait sûrement cru qu'il lui donnait des antidépresseurs ou quelque chose comme ça. Après ce qu'il avait essayé de faire, il devait s'attendre à ce qu'on le considère comme une bombe à retardement. Mais tant qu'il pourrait l'éviter, Koki refusait de l'emmener voir un psychologue et de lui faire subir un traitement. Il n'était pas sûr que cela puisse vraiment l'aider. Même s'il n'y connaissait pas grand-chose, il était persuadé qu'il était différent des autres, qu'il avait une manière presque rationnelle de penser au suicide. Et il voulait croire qu'il puisse le faire changer d'avis, lui redonner goût à la vie.

Il le regarda avaler son médicament et vider son verre, et il se rappela soudain ce que le médecin avait dit. Il lui remplit alors à nouveau le gobelet avec la bouteille d'eau qu'il avait amenée, lui conseillant de boire aussi souvent qu'il le pouvait.

- Tu as faim ? proposa-t-il ensuite.

Avec un sourire satisfait, il le vit une nouvelle fois dire oui de la tête. Il se releva donc et s'apprêtait à partir mais une main attrapa la sienne et le retint. Il se retourna, interrogateur. Mais Kazuya ne disait rien et paraissait gêné, fuyant son regard. Il n'avait pas prononcé un mot depuis qu'il était réveillé et Koki avait peur qu'il refuse de parler. Il ne chercha donc pas à deviner ce qu'il voulait, désirant le forcer à le demander de lui-même. Ce qu'il fit après encore quelques hésitations.

- Je… j'aurais besoin d'aller aux toilettes… s'il-te-plaît, demanda-t-il d'une voix si faible qu'il eut presque du mal à l'entendre.

Koki se retint de rire devant son expression embarrassée qui lui donnait un air très enfantin. Mais il se contenta de l'aider à se relever et le conduisit jusqu'à la porte de la salle de bain, voisine de la chambre. Après s'être assuré qu'il s'en sortirait seul, il ferma la porte et revint dans sa cuisine. Il remua un peu la préparation avec ses baguettes avant d'éteindre le feu. Il sortait deux bols de son placard quand il le vit ressortir. Ils échangèrent un sourire tandis qu'il se rapprochait.

- Tu devrais retourner te coucher si tu ne tiens pas debout, s'amusa Koki en le voyant se soutenir au petit comptoir qui séparait la cuisine du salon.

Kazuya sembla prêt à protester alors il lui expliqua qu'il amènerait tout dans la chambre, puisque de toute façon lui aussi devait se reposer. Le jeune joueur consentit finalement à retourner dans le lit, et Koki le suivit peu de temps après.

Ils commencèrent à manger en silence, assis l'un à côté de l'autre sous la couette, le dos callé dans leur oreiller. Koki jetait de temps en temps des coups d'œil à son voisin et était content de voir sa mine réjouie.

- Tu cuisines super bien, lui dit celui-ci en sentant son regard sur lui. C'est vraiment bon.

- Merci, mais c'est une des rares choses que je sache faire, plaisanta-t-il.

L'autre sourit à cette remarque puis continua à manger.

- Pourquoi tu fais tout ça pour moi ? osa-t-il demander après un silence. Tu aurais pu me ramener chez moi…

- Et qui se serait occupé de toi ? riposta Koki. Tu sais, je ne me force pas à faire tout ça. Tu es mon ami, tu as besoin d'aide, alors je suis là. D'ailleurs en parlant de ça, tu vas rester ici quelques temps.

- Quoi ?

- Oui, je serais plus rassuré. C'est mieux d'avoir quelqu'un avec soi quand on a de la fièvre.

- Merci…, murmura-t-il.

- Tu n'as pas à me remercier, contente toi d'aller mieux et de sourire.

Lorsque leurs yeux se croisèrent à nouveau, Koki y décela quelques larmes.

- Qu'est-ce que je viens de dire ? fit-il semblant de s'offusquer.

Kazuya sourit alors largement et s'excusa. Mais il perdit à nouveau le sourire quand il pensa à quelque chose.

- Et pour le travail…

- Ah oui, le médecin t'a arrêté jusqu'à jeudi pour l'instant, et Miura-san s'occupe de ton arrêt de travail.

- Je ne veux pas y retourner, avoua-t-il en baissant la tête.

- Je m'en doute. Mais n'y pense pas pour l'instant d'accord ? Profite du temps que tu as pour te reposer. J'ai deux jours aussi, donc tu vas devoir me supporter pendant les trois prochains jours !

Il réussit son coup puisqu'il lui arracha un nouveau sourire. Sourire qui s'intensifia quelques instants après, mais pas grâce à lui. Yuki-chan venait enfin de faire son apparition dans la chambre. Elle était montée lestement sur le matelas d'un saut gracieux, et s'approchait maintenant du jeune inconnu en ronronnant.

- Je te présente Yuki-chan, la reine des lieux, s'amusa-t-il en regardant sa chatte se frotter contre Kazuya. On dirait qu'elle t'a déjà adopté.

- Elle est trop mignonne, s'extasia le jeune homme en lui caressant la tête.

- Tu aimes les animaux ?

- Oui beaucoup, répondit-il en souriant alors que le félin s'était allongé contre lui et tentait à présent de lui attraper la main avec ses pattes de velours.

Ils prirent plaisir encore un moment à regarder les pitreries de la chatte tout en discutant, puis ils se reposèrent à nouveau. Koki avait proposé à Kazuya d'aller dormir dans le canapé, maintenant qu'il était réveillé, il se sentait un peu gêné de partager le même lit, mais celui-ci refusa, lui disant que cela ne le dérangeait pas. Et puis il avait affirmé qu'il était hors de question que ce soit lui qui prenne le canapé. Il était chez lui, sa place était dans son lit. Mais comme Koki refusait également que le plus jeune prenne le divan, ils en étaient revenus au point de départ, ce qui les avait amusés. Et c'est le cœur léger qu'ils s'endormirent chacun leur tour, la petite chatte allongée entre eux, collée contre la tête de son maître.