Son portable sonna de façon lancinante dans le silence confortable de la chambre. En premier réflexe, Koki grogna de mécontentement d'avoir été réveillé, puis il se rappela le programme de la journée et se trouva tout à coup en forme et motivé. Il éteignit le réveil de son téléphone puis se tourna vers Kazuya. Un sourire attendrit se forma sur ses lèvres en le voyant toujours profondément endormis. Il l'observa quelques secondes puis commença à le secouer doucement tout en l'appelant. A son tour, Kazuya grommela, mais sans ouvrir les yeux.
- Allez debout feignant ! lança-t-il en le secouant une dernière fois avant de se lever.
Il se rendit directement dans la cuisine en sifflant joyeusement pour commencer à préparer le petit déjeuner.
Kazuya lui, ronchonna encore une fois puis enfouit son visage dans l'oreiller de Koki, cherchant la chaleur que son corps avait laissé sur les draps. Il était trop bien pour se lever. Il était sur le point de se rendormir quand il sentit le matelas s'affaisser et remuer au fur et à mesure que Koki avançait vers lui. Mais il ne bougea pas pour autant, bien décidé à grappiller la moindre petite seconde. Il se fit secouer à nouveau gentiment et soupira.
- Encore cinq minutes…
- Kazuya, ça fait déjà dix minutes. Tu te souviens de ce qu'on a dit qu'on ferait aujourd'hui ?
- Veux plus y aller.
- Kazuya s'il-te-plait, je te promets que tu ne regretteras pas, tenta de l'amadouer Koki.
Mais il n'eut aucune réponse alors il employa les grands moyens. Il tira brusquement sur la couette, décachant son ami qui se recroquevilla instantanément à cette perte de chaleur. Celui-ci tenta ensuite de ramener les draps vers lui, mais Koki maintenait fermement sa prise. En soupirant à nouveau, Kazuya se redressa enfin en position assise et Koki cru fondre en le regardant s'éveiller lentement. Les cheveux en désordre, il se frottait de sa main son œil droit tandis que le gauche était encore fermé, et un bâillement contestataire déforma adorablement sa bouche. Il ne manquait plus que le nounours en peluche pour compléter le tableau du petit garçon se réveillant après une longue nuit de sommeil. Il était à croquer et Koki ne pouvait plus détourner son regard.
- Quoi ? demanda Kazuya en remarquant qu'il l'observait étrangement.
- Rien. Le petit déj' est bientôt prêt, dépêche-toi de te lever, répondit Koki en se relevant précipitamment et en retournant dans la cuisine.
Il ressentait des choses de plus en plus bizarres vis-à-vis de Kazuya, et ça lui faisait un peu peur. Il se demandait si tout cela était bien normal. Peut-être que ce n'était pas une si bonne idée de dormir dans le même lit ? Pourtant, quand il le vit sortir de la chambre l'air encore ensommeillé, il comprit qu'il ne pourrait jamais le laisser dormir ailleurs. Il ne pouvait pas nier que cette sensation de s'endormir et de se réveiller aux côtés de quelqu'un, même si c'était un autre homme, était très agréable.
Le plat enfin prêt, il chassa ces pensées de sa tête et s'installa au comptoir, où Kazuya avait déjà disposé quelques éléments. Ils mangèrent en silence, échangeant parfois des regards ou des sourires qui leur disaient que chacun appréciait ce moment simple.
Kazuya alla ensuite se préparer dans la salle de bain, tandis que Koki dressait les bentos. En plein milieu cependant, il se rappela de quelque chose et retourna fouiller dans le placard de sa chambre, si bien que lorsque son ami ressortit fin prêt, il n'avait pas eu le temps de terminer.
- Tu veux que je t'aide ? proposa gentiment Kazuya.
- Si tu veux, tu n'as qu'à faire celui-là, lui indiqua-t-il en poussant vers lui une boîte vide.
- C'est le tien ?
- Je ne sais pas, comme tu veux, répondit Koki un peu surpris par la question.
- Alors c'est le tien, confirma Kazuya en souriant et en se mettant à la tâche.
Koki le fixa un moment et, le sien terminé, il remplit la gamelle de Yuki-chan puis alla à son tour se préparer. Kazuya s'appliqua à rendre le bento destiné à Koki le plus beau possible. C'était une façon pour lui de lui montrer sa reconnaissance, et de lui dire ce qu'il avait du mal à avouer en face de lui. Il n'avait jamais été très doué pour exprimer ce qu'il ressentait. Et un simple merci restait bien souvent coincé dans sa gorge sans qu'il ne puisse s'en déloger. A cause de cela, beaucoup de monde autour de lui le trouvait froid et distant, et c'était une des raisons pour lesquelles il était constamment seul. La langue coincée entre ses lèvres sous la concentration, il mit la touche finale à sa création et se recula d'un pas pour mieux contempler son œuvre. C'était parfait. Il se dépêcha de refermer le couvercle en entendant la porte de la salle de bain s'ouvrir, puis déposa la boîte dans le même sac que l'autre. Il finissait de le refermer quand Koki sortit de la chambre avec un blouson en cuir sous le bras et des bottes dans les mains.
- Tiens, essaye ça, lui dit-il en les posant sur le canapé. Et je t'ai mis un autre jean sur le lit.
- Hein ? Celui-là ne va pas ? s'étonna Kazuya en baissant les yeux vers son pantalon.
- Non, il a des trous.
- Mais hier…
- Hier on n'a pas fait de moto, expliqua Koki en souriant devant son incompréhension. C'est plus prudent.
- Ah, c'est en cas d'accident ? comprit le jeune homme.
- Oui, et ça évitera aussi qu'une bête rentre dedans et te pique, ajouta-t-il en s'approchant de lui et en le dardant de son doigt tendu.
Kazuya tenta de s'enfuir en riant et parfois en criant quand il parvenait à le toucher. Il parvint finalement dans la chambre et Koki abandonna la poursuite, le laissant se changer.
Quand Kazuya revint dans le salon quelques instants plus tard, il essaya les bottes, puis le blouson, pendant que Koki préparait les derniers paquets.
- Alors, ça te va ? demanda-t-il en se retournant.
- Les bottes oui, mais le blouson je ne sais pas trop, répondit-il en faisant la grimace.
- Qu'est-ce qui ne te plait pas ? Il a l'air de t'aller, remarqua Koki en se rapprochant et en le faisant se retourner pour voir le dos. Ferme-le pour voir.
Kazuya s'exécuta et lui fit de nouveau face.
- Bah c'est parfait…
- Moi je trouve que ça fait bizarre, bouda Kazuya.
- Tu ne t'es même pas regardé dans une glace, comment tu peux dire ça ? s'amusa Koki. Et puis ce n'est pas l'apparence qui compte, le principal c'est que ça te protège comme il faut.
- Oui enfin si je pouvais éviter d'être ridicule ce serait encore mieux, bougonna Kazuya qui ne voulait pas qu'on se moque de lui.
- Tu n'es pas ridicule, insista Koki. Va dans la chambre et tu verras.
Kazuya fit une nouvelle moue avant de se décider à suivre son conseil.
- Ah ouais, c'est pas si mal, reconnut-il de la pièce d'à côté.
Koki avança vers la porte et s'appuya contre le chambranle, le regardant s'observer sous toutes les coutures dans le miroir. Son ami manquait vraiment de confiance en lui, parce qu'il était tout simplement à tomber.
- Parfait, maintenant on peut y aller, c'est qu'on a de la route ! s'exclama Koki en revenant dans le salon.
Ils prirent tout ce dont ils auraient besoin puis quittèrent enfin l'appartement pour se diriger vers le garage. Là, Koki accrocha des sacoches de chaque côté de sa moto et ils les remplirent avec leurs sacs. Le technicien la sortit ensuite en la poussant puis referma le rideau de fer derrière lui. Ils mirent leurs casques puis montèrent chacun leur tour sur la bécane et partirent enfin.
Koki sentait les bras de Kazuya se crisper autour de sa taille. Il devait avoir un peu peur alors il roula doucement et prudemment. Il savait qu'il se détendrait rapidement. Et puis de toute façon, tant qu'ils n'auraient pas quitté Tokyo, il ne pourrait pas rouler. Entre les feux et les embouteillages, il fallait souvent s'arrêter, ou du moins réduire la vitesse.
Ce n'est qu'après presque une heure qu'ils quittèrent enfin la vaste capitale. Les immeubles laissèrent place à des maisons individuelles, et les premiers champs commencèrent à apparaitre. Ils roulaient maintenant sur une voie rapide et Koki sentit que Kazuya avait desserré son étreinte autour de lui. Et il sourit en le voyant à travers le rétroviseur tourner la tête à droite et à gauche, son regard balayant les vastes étendues qu'ils traversaient. Après plusieurs kilomètres, il quitta la route principale et s'enfonça dans le dédale des petites voies campagnardes, traversant des villages de plus en plus typiques. Et bientôt, il prit un chemin de terre et ralentit, profitant du temps clément et des herbes sauvages qui leurs frôlaient les jambes. Il s'arrêta enfin sur la droite du chemin et gara la moto près d'un vieil arbre solitaire. Devant eux s'étendait une vaste prairie garnie d'herbes hautes. Un peu plus loin, des arbustes puis des arbres s'élevaient, leur bouchant l'horizon. Le ciel était d'un bleu profond, presque sans aucun nuage, et Kazuya sourit fortement en enlevant son casque et en percevant le silence de l'endroit, simplement brisé par le chant des oiseaux et des insectes et par le bruissement du vent passant à travers les branches de l'arbre.
Ils accrochèrent leurs casques et leurs blousons au guidon puis firent quelques pas. Koki étira ses bras en l'air et s'emplit les poumons de l'odeur des fleurs sauvages et de bois.
- Alors ? demanda-t-il en se tournant vers son ami.
- C'est magnifique, répondit celui-ci, les yeux pétillants de joie devant la beauté de l'endroit.
- Je savais que ça te plairait, se vanta Koki sur un ton fanfaron, ce qui lui valut de se faire pincer le flanc par Kazuya.
Ils échangèrent un sourire puis les mains de Koki se posèrent sur son ventre.
- Je meurs de faim ! s'exclama-t-il.
Il retourna vers la moto et commença à sortir quelques sacs des sacoches. Kazuya approcha à son tour pour l'aider après avoir fait quelques pas au milieu des herbes hautes.
- Il fait chaud, constata-t-il en sentant le contraste de température entre le plein soleil et l'ombre de l'arbre.
- Hm, ça va être une belle journée, confirma Koki. J'ai amené des tongs si tu veux enlever tes bottes.
- Oh super ! s'exclama Kazuya qui ne se le fit pas dire deux fois.
Koki lui tendit une paire et le jeune joueur se dépêcha d'enlever ses bottes bien trop chaudes. Son ami l'imita peu de temps après et ils s'installèrent bientôt au pied du vieil arbre et sortirent leur bentos, affamés.
Quand Koki ouvrit le sien, il en resta un instant bouche bée. Il remercia chaleureusement son ami, tout en se lamentant du fait que celui qu'il avait fait faisait désormais bien pâle figure à côté du sien. Mais Kazuya le rassura en lui disant qu'il était parfait, parce qu'il lui ressemblait, et que même s'il n'était pas aussi bien présenté que le sien, il savait que Koki s'était appliqué et que c'était tout ce qui importait.
Toujours était-il que Koki hésitait à l'entamer, n'ayant pas envie de gâcher le travail de Kazuya. C'est alors qu'il eut une idée. Il sortit son portable et prit une photo pour immortaliser ce chef d'œuvre. Son ami s'en amusa et se moqua un peu de lui. Pour se venger, Koki braqua son téléphone vers lui et le prit en photo avant qu'il n'ait eu le temps de protester ou de se cacher. Il vérifia rapidement les clichés sur l'écran et sourit en pensant que c'était la première photo qu'il avait de Kazuya.
Ils commencèrent finalement leur repas, qu'ils mangèrent rapidement, profitant du calme et de la vue qu'offrait ce morceau de campagne. Après avoir rangé les boîtes vides dans les sacs, ils s'autorisèrent un peu de repos. Koki s'assit en s'appuyant contre le tronc de l'arbre, étendant les jambes devant lui. Il regardait les feuilles frissonner sous le vent au-dessus de lui quand il sentit un poids sur sa cuisse. Il baissa les yeux et faillit rougir en comprenant que Kazuya venait de s'allonger à la perpendiculaire et avait posé sa tête sur ses jambes. Celui-ci soupira d'aise en fermant les yeux, appréciant la caresse d'une petite brise sur ses joues. Mais une autre caresse tout aussi agréable ne tarda pas à se faire sentir dans ses cheveux. Il n'eut pas besoin d'ouvrir les yeux pour comprendre que Koki y passait doucement sa main.
Le jeune technicien ne pouvait détacher son regard du visage de son ami. Il ne l'avait jamais vu autant apaisé, ni autant heureux, et il sentait son cœur battre un peu plus vite que d'habitude. Une nouvelle fois, il sortit son téléphone de sa poche et s'appliqua à prendre en photo son ami. Il en fit plusieurs, espérant avoir capté l'émotion du moment dans l'une d'entre elles.
- Dis, moi aussi je peux te prendre en photo ? demanda soudain Kazuya d'une voix assoupie.
Koki en sursauta. Il était persuadé qu'il dormait.
- Euh oui, si tu veux, répondit-il un peu gêné d'avoir été pris sur le fait.
Kazuya ouvrit les yeux et se redressa. Il attrapa le téléphone de son ami et après s'en être fait expliquer le fonctionnement, il le prit à son tour en photo.
- On aurait dû passer chez moi, j'aurais pu prendre mon appareil photo, remarqua-t-il tout en se concentrant sur l'écran pour trouver le meilleur cadrage.
- Tu fais de la photo ? demanda Koki, curieux.
- Hm. J'aime beaucoup ça.
Après quelques clichés supplémentaires, il le lui rendit et s'assit à côté de lui. Koki passa un bras autour de ses épaules et l'attira contre lui, braquant sur eux son téléphone à bout de bras. Il appuya plusieurs fois sur le déclencheur, puis ils regardèrent ensemble le résultat.
- Celle-ci est trop belle, s'exclama Kazuya à la vue de l'une d'entre elles.
Koki acquiesça mais ne répliqua rien, rangeant dans un coin de sa tête l'idée de la faire imprimer et de la lui donner plus tard.
- Ça te dit d'aller faire un tour ? proposa-t-il ensuite. Il y a un coin très joli là-bas, sous les arbres, et en plus il fait plus frais qu'ici.
Kazuya accepta et ils se levèrent tous deux. Koki prit la tête et instinctivement il attrapa la main de son ami dans la sienne. Ils se dirigèrent ainsi vers le petit bois au pas de promenade. Légèrement en retrait, Kazuya souriait en regardant parfois leurs mains jointes, appréciant la sensation de cette paume chaude contre la sienne qui le ramenait lentement à la vie.
- Fais attention aux serpents, lança soudain Koki en le ramenant à la réalité.
- Hein ?
- J'en ai déjà vu par ici, ajouta-t-il simplement.
Un sourire étira les lèvres du technicien quand il sentit la prise sur sa main se resserrer et son ami se rapprocher de lui.
Mais ils arrivèrent finalement à l'orée du bosquet sans avoir rencontré le moindre reptile. Ayant besoin de ses deux mains pour écarter les branches et pouvoir passer, il lâcha celle de Kazuya. Ils se frayèrent un passage au milieu des arbustes et le jeune joueur pouvait à présent entendre un gargouillis. Ils débouchèrent bientôt sur un endroit plus ouvert et il en resta bouche bée. L'endroit était magnifique. A leurs pieds coulait une petite rivière, qui serpentait au milieu de rochers moussus et de pierres polies. De nombreux arbres les entouraient et leurs branches formaient une voûte de verdure au-dessus d'eux, laissant passer une lumière verte presque magique. Kazuya s'attendait quasiment à voir de petits lutins ou de petites fées sortir de derrière un tronc d'arbre ou d'un rocher.
- C'est sublime, et presque féérique, remarqua Kazuya à voix basse, comme pour ne pas briser la magie du lieu.
- N'est-ce pas ? J'aime beaucoup cet endroit.
Ils avancèrent de quelques pas jusqu'à se retrouver au bord de l'eau.
- Il n'y a pas de serpents ici ? s'inquiéta Kazuya.
- Non, mais il y a des kappas.
- Des kappas ?
- Hm.
Kazuya fixa Koki en silence. Il avait l'air sérieux et il n'osait pas rire.
- Tu crois aux kappas ? demanda-t-il alors prudemment.
- Bien sûr, pas toi ?
- Euh… non, avoua Kazuya en ayant peur de le décevoir.
- Ce serait bien qu'on en voit un alors, ce serait l'occasion rêvée de te prouver qu'ils existent, ajouta Koki le plus sérieusement du monde.
Kazuya regarda à nouveau son ami, qui scrutait déjà la rivière à la recherche de ce petit être légendaire. Il sourit en le voyant si sérieux. Dans un sens c'était mignon qu'il y croit avec autant de conviction.
- Tiens, regarde là, il y en a un ! s'exclama soudain Koki à voix basse.
Curieux, Kazuya regarda dans la direction qu'il indiquait. Un peu plus loin sur leur gauche, des rochers formaient comme une petite piscine naturelle. Le technicien lui certifiait que la petite chose qui en dépassait était un kappa.
- Tu es sûr que ce n'est pas un rocher ? demanda doucement Kazuya, sceptique.
- Non, c'est un kappa.
- Pourquoi il ne bouge pas ?
- Parce qu'il nous a vu et qu'il a peur.
Koki se retourna vers son ami et en voyant son air dubitatif, il voulut lui prouver que c'était bel et bien un kappa qui se tenait là, un peu plus loin. Il se pencha et remonta son jean puis enleva ses tongs et descendit prudemment dans l'eau.
- Tu vas voir, quand je vais m'approcher il va s'enfuir.
Kazuya le regarda faire en souriant. Koki avançait doucement en direction de la piscine, cependant, la forme ne bougeait pas. Arrivé à quelques pas, il le vit s'arrêter et ne plus bouger pendant quelques secondes. Kazuya se retenait tant bien que mal de rire. Et puis Koki se retourna enfin vers lui, une moue boudeuse et déçue au visage.
- Tu avais raison, ce n'est qu'un rocher, reconnut-il tristement.
Cette fois-ci Kazuya ne put se retenir plus longtemps et explosa de rire.
- C'est ça vas-y moque toi, bougonna Koki en revenant vers lui.
- Je ne me moque pas, c'est juste que… tu verrais ta tête, t'es trop mignon, s'expliqua le jeune homme entre deux éclats de rire.
Il vit son ami rougir légèrement, puis celui-ci participa à son hilarité. Quand ils se furent calmés, Kazuya imita Koki puis s'assit sur un rocher, trempant ses pieds dans l'eau fraîche. La sensation était très agréable. Koki s'assit à côté de lui et ils contemplèrent un instant le paysage en silence. En perdant son regard dans l'eau, Kazuya aperçut même quelques petits poissons. Et puis soudain, il se souvient d'une autre rivière, beaucoup plus grande, et instinctivement, il se colla contre Koki. Voyant son trouble, celui-ci lui attrapa la main et la serra doucement dans les siennes pour lui montrer qu'il était là.
- Merci, murmura Kazuya. Merci de m'avoir sauvé ce jour-là.
- Tu n'as pas à me remercier pour ça tu sais…
- Si, j'y tiens, je te suis reconnaissant de m'avoir arrêté à temps.
- Alors tu ne recommenceras plus ? demanda Koki avec espoir.
- Je ne peux rien promettre, mais je vais essayer, confirma son ami.
Heureux d'entendre ça, Koki se dit qu'il avait bien fait de l'emmener ici. Mais Kazuya n'avait pas fini, il se sentait soudain le courage de lui dire ce qu'il avait sur le cœur.
- Merci aussi de t'occuper de moi comme tu le fais, et merci de m'avoir amené ici.
- C'est rien tout ça, répliqua Koki, plus embarrassé qu'il ne l'aurait cru.
- Non, c'est beaucoup au contraire, le reprit Kazuya. Tu sais, c'est la première fois que je sors de Tokyo.
- Quoi ? C'est vrai ? s'étonna le jeune technicien.
- Hm, je n'en ai jamais eu l'occasion.
- Même pour le baseball ?
Une ombre plana au-dessus d'eux et Koki regretta immédiatement sa question. Pourquoi avait-il fallut qu'il lui rappelle ça dans un moment comme celui-ci ?
- Hm, même pour le baseball, même si ça va bientôt changer. Le prochain match est à l'extérieur.
Kazuya garda pour lui-même le fait qu'il était heureux que ce soit lui qui lui ait fait découvrir ça. En soupirant, il posa doucement sa tête sur l'épaule de Koki.
- Si on reste suffisamment longtemps tu crois qu'on va en voir ?
- Des kappas ? Mais tu n'as pas dit que tu n'y croyais pas ?
- Peut être que si j'en vois un j'y croirais, remarqua Kazuya en souriant. Tu sais, j'ai toujours cru que je passerais ma vie seul, sans amis, et puis tu es arrivé…
Le cœur de Koki manqua un battement.
- Depuis que je te connais, ma vie a déjà tellement changé.
Son regard se posa sur leurs mains jointes. Il appréciait tellement cette sensation de chaleur contre sa paume. Et puis le pouce de Koki caressait lentement le dos de sa main et ça aussi, c'était vraiment très agréable.
Koki ne savait pas quoi répondre alors il préféra rester silencieux. Il était touché par ses mots, et cela lui donnait encore plus envie de le voir heureux et épanouit. Il ne savait pas vraiment pourquoi il avait commencé à s'impliquer dans sa vie. Il l'appréciait beaucoup bien sûr, mais est-ce qu'il n'y avait pas quelque chose d'autre ? Dire qu'avant de le connaitre il le détestait. Aujourd'hui, il se demandait comment il avait pu ressentir ça pour lui, qui était si adorable et attachant.
Ils restèrent de longues minutes ainsi, appréciant simplement le calme de l'endroit et la présence de l'autre. Et puis sentant Kazuya frissonner, Koki reprit la parole.
- On devrait y aller, on va finir par retomber malade.
Il sentit son ami resserrer sa prise sur sa main, comme s'il ne voulait pas partir.
- On retourne juste près de la moto, il est encore tôt pour rentrer, continua alors Koki pour le rassurer.
Kazuya accepta finalement et se releva en premier. Ils remirent leurs tongs et après un dernier regard derrière eux, ils firent le chemin inverse à travers la végétation. Et en effet, quand ils arrivèrent là où le soleil tapait, il faisait vraiment très chaud. Il n'y avait pas un nuage dans le ciel et les cigales et sauterelles s'en donnaient à cœur joie et emplissaient l'air étouffant de leurs chants. Après avoir marqués une pause, Koki reprit son avancée mais sursauta quand il sentit une main douce se faufiler dans la sienne. Il se retourna vers son ami, mais celui-ci avait la tête baissée, les yeux braqués obstinément vers le sol. Mais Koki pouvait tout de même discerner que ses joues avaient pris une jolie teinte rosée et il sourit en reprenant sa route, serrant doucement cette main dans la sienne.
Quand ils arrivèrent à la moto, ils s'installèrent à nouveau à l'ombre du vieil arbre et après avoir parlé un peu, ils s'endormirent, l'un à côté de l'autre. Lorsqu'ils se réveillèrent, quasiment en même temps, l'après-midi était déjà bien avancée et la chaleur un peu plus supportable. Koki proposa une petite marche. Ils revinrent vers le petit chemin de terre par lequel ils étaient arrivés puis s'enfoncèrent encore plus dans la campagne. La plupart du temps, ils marchaient en silence, mais parfois ils parlaient pendant quelques minutes, Koki racontant quelques anecdotes que tel endroit lui rappelait. Il semblait venir ici depuis qu'il était très jeune, avec ses parents et parfois toute sa famille.
Mais voyant le soleil décliner dans le ciel, ils finirent par faire demi-tour et revinrent lentement vers la moto, appréciant la couleur orangée dont les rayons couchants teintaient les herbes hautes autour d'eux.
Après avoir rangé leurs affaires dans les sacoches et avoir remis bottes et blousons, ils quittèrent cet endroit si particulier et reprirent la route. Il faisait nuit quand ils arrivèrent enfin à Tokyo, et le spectacle des lumières de la ville terminèrent cette journée parfaite.
Ils rentrèrent à pied à l'appartement de Koki après avoir laissé la moto au garage, puis, après s'être à tour de rôle délassés sous la douche, ils se couchèrent enfin, fatigués mais heureux.
- Merci. Tu avais raison, ça valait le coup que je me lève ce matin, remercia Kazuya d'une voix douce, la tête posée nonchalamment sur l'épaule de Koki.
- Je suis content que ça t'ai plu. Et je suis content de t'avoir fait découvrir autre chose que Tokyo.
- Moi aussi, je suis heureux.
- La prochaine fois, je t'emmènerais voir le Mont Fuji.
- C'est vrai ? s'exclama Kazuya en se redressant et en regardant son ami. J'ai toujours rêvé de le voir de plus près !
- Vraiment ? Alors c'est décidé, la prochaine fois on ira là-bas, décréta Koki en souriant.
Kazuya acquiesça puis se recala contre le jeune homme. Celui-ci éteignit la lumière et, après s'être souhaité une bonne nuit, le silence se fit et ils ne tardèrent pas à s'endormir, des images de cette journée plein les yeux et des souvenirs plein la tête.
