Sous la surprise, Koki lâcha son couteau qui retomba sur la planche avec un grand bruit. Il se retourna rapidement et son regard tomba sur Kazuya, son sac à la main et un sourire aux lèvres.
- Merci pour tout, répéta celui-ci en faisant quelque pas en avant.
- Tu… tu t'en vas déjà ? compris Koki.
Il ne voulait pas qu'il s'en aille, pas encore.
- Oui, ça fait déjà une semaine que je t'embête, je pense que j'ai suffisamment profité de ta générosité.
- Tu ne m'embête pas, contesta Koki tristement.
Il savait qu'il ne pouvait l'empêcher de retourner chez lui et son cœur se serra dans sa poitrine.
- C'est gentil, mais c'est mieux que je rentre chez moi. Ne t'inquiète pas, je vais bien maintenant, le rassura Kazuya en voyant son regard tracassé.
Koki ne trouva rien à répondre et après quelques instants où ils se regardèrent, Kazuya détourna la tête et se dirigea vers l'entrée.
- Attends ! se réveilla Koki. Tu… tu pars maintenant ? Je veux dire, tu ne veux pas rester au moins pour le petit déjeuner ?
Son ami sembla hésiter, mais finalement, il posa son sac et revint vers la cuisine en souriant.
- D'accord, après tout ce serait incorrect de partir alors que tu t'es donné du mal pour le préparer, accepta le jeune joueur.
Ils échangèrent un sourire et Koki se dépêcha de terminer tandis que son ami s'installait au bar. Il ne reprit la parole que lorsqu'il s'installa à côté de lui après avoir déposé son repas devant lui.
- Ça va vraiment aller ?
- Oui, ne t'inquiète pas, et puis ce n'est pas comme si on ne se reverra plus tu sais, s'amusa Kazuya. On se verra toujours au travail.
- Hm, c'est vrai, reconnut Koki en se traitant mentalement d'imbécile.
Pourquoi cela l'attristait-il tant qu'il rentre chez lui ?
- Comment tu feras lundi ? demanda-t-il soudain. Tu veux que je continue à t'emmener ?
- Non, je prendrais le train comme avant, ne t'occupe pas de moi.
- Tu es sûr ? insista le technicien.
- Hm. Sauf si tu tiens vraiment à m'emmener, insinua-t-il en souriant.
- Non… enfin pas vraiment, c'est juste que c'est plus rapide en moto. Mais c'est vrai que ça te ferais commencer plus tôt et finir plus tard…
- Ce n'est pas un problème ça…
Kazuya sembla réfléchir un instant, puis continua.
- Alors d'accord, lundi tu m'emmènes, mais je te préviens ce ne sera pas tous les jours.
- D'accord, ça me va, acquiesça Koki en souriant.
Ils continuèrent de manger en silence, et au moment de débarrasser, le jeune technicien pensa soudain à quelque chose.
- Tu pourrais me donner ton numéro de téléphone ?
- Hein ? Pourquoi ?
- Bah si j'ai un problème ou quelque chose du genre, que je puisse te prévenir, expliqua Koki.
- Ah, d'accord… mais je n'ai pas de téléphone.
- Quoi ?! ne put-il s'empêcher de s'exclamer. Tu n'as pas de portable ? Ni de fixe ?
- Non, à quoi ça servirait ?
Koki ne répondit rien et en resta sans voix pendant quelques secondes. Il était donc si seul que ça ? N'avait-il pas d'amis, de famille ou même de simples connaissances qui voudraient le contacter, prendre de ses nouvelles ?
- Ça ne va pas ça…, réfléchit-il tout haut. Il va falloir y remédier…
Kazuya ne répondit rien et se contenta de le regarder en silence. C'était la première fois qu'on lui demandait son numéro de téléphone. Enfin pas vraiment, ils lui avaient demandé au travail, mais c'était différent. Peut-être que Koki avait raison, peut-être qu'il était temps qu'il s'en achète un. Mais il n'y connaissait rien…
- Tu es libre cet après-midi ? demanda soudain Koki. Tu veux qu'on aille en acheter un ensemble ?
Son ami le regarda avec surprise.
- Enfin je ne veux pas te forcer non plus hein, après tout ça ne me regarde pas, s'empressa-t-il de se reprendre, embarrassé.
- D'accord.
- Hein ?
- Je ne fais rien cet après-midi, et j'allais te demander si tu pouvais m'aider, expliqua Kazuya en souriant.
- Oh, bien, parfait…
Pour se donner une contenance, il attrapa la vaisselle sale et l'emmena dans l'évier. Pourquoi était-il aussi nerveux ? Quelque chose ne tournait vraiment pas rond dans sa tête.
- Alors on se voit tout à l'heure ?
Koki se retourna et s'aperçut que Kazuya était à nouveau dans l'entrée.
- Ok, 14h devant le garage ça te va ?
- Parfait, acquiesça son ami en souriant.
Celui-ci se releva après avoir enfilé ses chaussures et empoigna son sac.
- A tout à l'heure alors.
- Hm, à tout à l'heure, répondit Koki qui était venu le retrouver.
Kazuya ouvrit la porte et sortit sur le palier, et Koki le regarda partir depuis le seuil. Avant de disparaitre de son champ de vision, son ami se retourna et ils échangèrent un petit signe. Koki resta encore quelques instants puis referma la porte. Il soupira fortement, puis retourna faire la vaisselle histoire de s'occuper jusqu'à l'heure du rendez-vous. Il venait tout juste de le quitter et pourtant il avait déjà hâte de le revoir.
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A 13h30, Koki se trouvait déjà dans le garage. Il ne tenait plus en place à l'appartement, alors il avait décidé de venir ici et d'en profiter pour bichonner sa bécane. Il terminait de lustrer le cuir de la selle quand Kazuya arriva. Il ne l'avait pas entendu venir et sursauta quand il remarqua sa présence en se redressant.
- Ça fait longtemps que tu es là ? demanda-t-il gentiment.
- Non je viens d'arriver, répondit Kazuya en souriant. Tu as l'air de beaucoup y tenir à ta moto.
- C'est vrai, admit Koki en souriant et en la regardant tendrement. Ça doit être ce que j'ai de plus précieux.
- C'est pour ça que tu en prends soin comme ça ?
- Oui, tu sais une moto ça se bichonne comme une femme, plaisanta-t-il en rangeant son chiffon sur une étagère.
Il se retourna vers son ami et frappa dans ses mains.
- Bon, on y va ?
Kazuya acquiesça puis attrapa son casque que venait de lui tendre Koki. Celui-ci sortit la moto du garage puis referma le volet métallique derrière lui.
- Ah par contre on va faire un détour par la pompe, je suis presque à sec.
- Pas de problème. Et on va où après ?
- J'ai pensé Akihabara. C'est un peu loin mais là-bas on trouve de tout et à pas très cher, répondit le jeune technicien.
Sur ces mots, il enfourcha sa bécane, puis Kazuya s'installa derrière lui. Ils se dirigèrent tout d'abord vers la station-service la plus proche, puis après avoir rempli le réservoir, ils firent route vers le quartier de l'électronique. Koki se gara dans une petite rue parallèle sur un parking moto, puis ils franchirent à pied les quelques mètres qui les séparaient de l'artère principale du quartier où étaient regroupés la plupart des commerces.
Le jeune technicien guida son ami et ils s'engouffrèrent bientôt dans un immeuble. Au troisième étage de celui-ci, ils entrèrent dans un magasin qui proposait un peu de tout et n'importe quoi. Ils se dirigèrent rapidement vers le rayon téléphonie et Koki commença à expliquer à Kazuya ce qui lui conviendrait le mieux. Après plusieurs minutes passées à dénicher la perle rare qui lui plairait, Koki appela un vendeur. Sentant Kazuya intimidé face à cet homme qu'il ne connaissait pas, il s'occupa de toutes les formalités, posant certaines questions au vendeur quand il voyait que son ami ne comprenait pas.
Ils s'apprêtaient à passer en caisse quand Kazuya le tira par la manche pour l'arrêter.
- Attends. Il y a autre chose que j'aimerais, expliqua-t-il devant son regard interrogateur. Je crois que je vais acheter un téléphone fixe. Et j'aimerais bien avoir internet aussi.
Koki ne put s'empêcher de sourire devant son expression. Il ressemblait à un enfant découvrant le monde. Il était totalement adorable.
Ils retournèrent donc dans les rayons et partirent à la recherche de tout ce qu'il fallait. Presque une heure plus tard, ils ressortirent enfin du magasin, les mains pleines de sacs. Kazuya avait insisté pour passer au rayon appareil photo et il avait passé plusieurs minutes à contempler les différents modèles et accessoires sous le regard amusé de Koki.
- On va boire quelque chose ? demanda celui-ci en ressortant du bâtiment.
L'après-midi avait bien avancé et la chaleur régnant dans le magasin l'avait assoiffé. Kazuya acquiesça et ils se dirigèrent vers un café que Koki connaissait, un peu plus loin dans une rue latérale moins animée.
Ils s'installèrent côte à côte sur la banquette en cuir rouge un peu défraîchie du premier box qu'ils trouvèrent vide. Une serveuse arriva rapidement, puis disparut après avoir pris leur commande. En patientant, Kazuya sortit la boîte de son téléphone portable et ne put s'empêcher de l'ouvrir pour découvrir son nouveau jouet.
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- Eh Eiji ! Eiji !
- Quoi ? répondit celui-ci en relevant le nez de son écran de portable.
- C'est pas Koki là ? continua Naoki en parlant à voix basse.
Curieux, Eiji se retourna sur son siège et regarda dans la direction qu'indiquait son ami. Sa bouche s'ouvrit sous la surprise. Il s'agissait bien de Koki, assis quelques box plus loin, mais il n'était pas seul. Surprenant Naoki, il se releva rapidement et s'installa à côté de lui afin d'avoir une meilleure vue.
- C'est qui ce mec ? demanda Naoki une pointe de jalousie dans la voix. Quand je l'ai appelé tout à l'heure il m'a dit qu'il était trop occupé pour venir avec nous.
- C'est Kamenashi, répondit Eiji.
- Le Giants ?!
Naoki fronça les sourcils et se pencha en avant par-dessus la table, essayant de reconnaitre ce Kamenashi.
- Ah, t'as raison c'est lui ! Je ne savais pas qu'ils étaient amis au point de trainer ensemble…
- Je crois que Koki est amoureux, lâcha Eiji le plus sérieusement du monde.
Et comme pour corroborer sa déclaration, ils virent les deux hommes éclater de rire et échanger des regards éclatants de joie. Koki se pencha ensuite et sembla montrer quelque chose sur le portable que Kamenashi tenait dans les mains.
- Un parfait petit couple, acquiesça Naoki qui n'avait rien perdu de la scène. Alors comme ça Koki a changé de bord ?
- Non je ne crois pas, rétorqua son ami. Ce Kamenashi… il a quelque chose de spécial. Je l'ai rencontré l'autre jour.
Il s'interrompit un instant en tournant la tête vers Naoki qui le regardait étonné puis continua.
- Ce mec est super timide, mais il est aussi super adorable et mignon. Koki ne le lâchait pas du regard.
- Il est atteint ?
- Hm… enfin tout ça pour dire que moi aussi il me fait quelque chose ce mec, et pourtant je ne suis pas gay, certifia-t-il.
- C'est un sorcier envoûteur ? demanda naïvement Naoki.
Eiji explosa de rire. Son ami était bien le seul à faire ce genre de remarque en étant le plus sérieux du monde.
- T'es con, répondit-il simplement.
- Et ce Kamenashi, il est gay lui ?
- Tu rigoles ? Je ne sais même pas s'il sait ce que c'est être amoureux. Ce gars est aussi innocent qu'un nouveau-né.
Un léger silence se fit pendant lequel ils continuèrent d'observer les deux hommes un peu plus loin.
- En tout cas ils sont mignons tous les deux, reconnut Naoki. Je suis pas vraiment à l'aise avec ce genre de chose mais si Koki se mets à sortir avec lui je pense que ça ne me dérangerait pas.
- Moi non plus, acquiesça Eiji. S'il peut être plus heureux comme ça, peu importe que ce soit un homme.
- Hm. C'est vrai qu'il n'a jamais eu beaucoup de chance niveau amour le Koki.
- C'est le moins qu'on puisse dire, concéda Eiji. Merde, ils s'en vont !
Il se cacha comme il put en se tournant vers son ami, mais cette précaution fut inutile, les deux hommes sortirent par l'autre côté et disparurent bientôt de leur champ de vision, leur permettant de relâcher la pression.
- Ah, par contre Naoki, pas un mot aux autres d'accord ? Ils pourraient tout faire capoter entre eux, ce serait dommage.
- Pas de problème, j'emporterais ce secret dans la tombe, répondit illico le jeune homme en faisant mine de zipper une fermeture éclair sur sa bouche.
Satisfait, Eiji laissa de la monnaie sur la table puis se leva, bientôt suivit par son ami.
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De retour dans la rue Kazuya et Koki flânèrent un peu le long des boutiques jusqu'au parking où était garée la moto, puis ils rentrèrent dans leur quartier. Ils laissèrent la bécane au garage, puis Koki accompagna son ami chez lui. Il s'était proposé pour l'aider à installer son matériel et le jeune joueur n'avait hésité que quelques instants.
Ils marchaient à présent en direction de son appartement. Koki était heureux de découvrir l'endroit où son ami habitait. Il se demandait à quoi un logement de joueur pro pouvait bien ressembler. De son côté Kazuya était un peu anxieux. Il espérait que la voie soit libre et qu'ils ne les rencontrent pas. Il savait qu'ils ne feraient rien s'il était accompagné, mais il ne voulait pas qu'ils apprennent l'existence de Koki. Les connaissant, ils risqueraient de s'en prendre à lui pour l'atteindre si tout ne se passait pas comme prévu. Et c'était quelque chose qu'il refusait.
Mais heureusement, la rue était déserte. Il s'amusa de voir la surprise sur le visage de son ami quand il lui révéla que cet immeuble vieillot était le sien. Cependant celui-ci ne fit pas de remarques alors il le guida dans l'escalier puis dans le petit couloir extérieur menant à sa porte. Sitôt celle-ci ouverte, il l'invita à entrer puis le suivit. Il le regarda se déchausser et faire quelques pas timides dans le salon.
Koki en restait bouche bée. Il s'attendait à quelque chose d'un peu plus luxueux, ou du moins plus grand. Mais il avait devant les yeux un appartement encore plus petit que le sien. Le salon comportait en tout et pour tout un canapé, une table-basse et deux bibliothèques accolées remplies de livres. Sur la petite table, plusieurs photos étaient éparpillées, probablement les siennes, et un reflex numérique les accompagnait. Sur les murs, hormis les cadres comportant d'autres photos, principalement de paysages, étaient accrochés des posters de joueurs de baseball, pour la plupart évoluant en Ligue Majeur. Sur une petite étagère, il repéra également un gant ainsi qu'une balle dédicacée.
Cette simple pièce permettait à Koki de comprendre ce qui passionnait Kazuya : le baseball, la photo, et les livres. Et il eut la triste impression que sa vie se résumait à ça.
- Alors ?
La voix de son ami sembla le réveiller et il se retourna vers lui en souriant.
- Disons que ce n'est pas ce que j'avais imaginé, avoua-t-il.
- C'est moins chaleureux que chez toi, sembla regretter Kazuya en déposant les sacs sur le canapé. Tu veux boire quelque chose ?
Koki accepta et continua à lui parler tandis qu'il préparait leurs boissons dans la cuisine attenante.
- Elles sont toutes de toi ? demanda-t-il en observant les photos encadrées.
- Oui.
- Tu es doué.
- Tu trouves ?
- Oui, s'amusa Koki. On ressent quelque chose en les regardant.
- Pourtant elles ont toutes été prises à Tokyo, il n'y a rien de bien extraordinaire, rétorqua Kazuya en revenant dans le salon.
- Au contraire, le point de vue est intéressant, on n'a presque pas l'impression d'être à Tokyo. C'est comme si on redécouvrait la ville.
- Merci, répondit son ami d'une petite voix.
Il se sentait embarrassé de tant de compliments, d'autant plus qu'il n'estimait pas les mériter. Il essaya alors de détourner la conversation en le remerciant une nouvelle fois de l'avoir accompagné et de l'avoir aidé dans ses achats. Ils s'assirent dans le canapé et burent tranquillement leur boisson en discutant, puis Koki se mit à la tâche d'installer son téléphone fixe puis la box pour internet. Il appela même la compagnie des téléphones pour ouvrir la ligne et une fois terminé, il expliqua à Kazuya qu'il n'avait plus qu'à attendre que cela soit fait pour pouvoir s'en servir.
Kazuya ne savait plus quoi faire pour le remercier. Il se sentait gêné mais à la fois heureux d'avoir à présent quelqu'un comme lui sur qui il pouvait compter. La soirée ayant bien avancée, il lui proposa de rester dîner, mais Koki refusa poliment. Devant la petite moue déçue de son ami, il lui promit de revenir une prochaine fois profiter de ses talents de cuisinier, lui faisant retrouver le sourire.
Ils se quittèrent avec la promesse de s'appeler et Koki prit lentement la direction de chez lui, guidé par les quelques étoiles qui brillaient dans le ciel. Au fond de lui, il aurait aimé rester un peu plus, mais il ne voulait pas paraitre envahissant. Ils venaient de passer une semaine complète ensemble et Kazuya avait sûrement envie d'un peu de tranquillité et d'intimité. Soupirant face à l'étrangeté de son propre comportement, Koki gravit deux à deux les marches de son immeuble et ouvrit la porte sur la solitude nouvelle de son appartement.
