Kazuya avait commencé à écrire une réponse au texto de son ami quand une voix le figea de terreur. Il resta un instant immobile, paniquant intérieurement. Il était seul. Personne ne viendrait l'aider. Personne n'arrêterait cet homme. Lentement, il se retourna pour lui faire face. Il était incapable de bouger, ni de dire quoi que ce soit. Il regarda les deux hommes s'avancer vers lui avec appréhension. Il faillit protester quand l'un d'entre eux lui arracha la peluche des bras. Il la regarda voler un peu plus loin et atterrir dans la terre. Il espéra un instant qu'elle ne soit pas trop sale avant que ses pensées ne s'envolent lorsqu'il se plia en deux de douleur sous le premier coup.
Les impacts s'enchainèrent et bientôt ses jambes lâchèrent. Étendu au sol, la situation empira. Il essaya de se recroqueviller pour amortir les coups et diminuer la douleur mais rien n'y faisait. Les deux hommes s'acharnaient contre lui. Il ferma les yeux, revoyant derrière ses paupières le visage souriant de Koki. Un coup plus fort que les autres dans le torse lui fit craindre d'avoir une côte cassée.
Dans le brouillard qui envahissait petit à petit son cerveau, il comprit qu'aujourd'hui c'était différent. Peut-être allaient-ils le battre jusqu'à son dernier souffle ? Étonnamment, cette pensée lui fit peur. Il ne voulait pas mourir. C'était étrange mais il avait appris à apprécier cette nouvelle vie depuis que Koki y était entré. Il ne voulait pas que tout se termine ainsi. Il ne voulait pas que Koki soit triste, ou pire qu'il lui en veuille. Pourtant il ne pouvait rien faire. Il était comme paralysé, et même si son cœur lui criait de se débattre, son corps ne lui obéissait pas. Alors il resta là, recroquevillé au sol, attendant que tout s'arrête, d'une façon ou d'une autre.
Tandis qu'il demandait pardon à Koki dans sa tête, les coups cessèrent soudain. Des mains le forcèrent à se redresser et à s'asseoir. Il sentit bientôt un poids contre son dos. En un instant, son bras droit se retrouva tendu et immobilisé et il comprit ce qui allait suivre. Au moins il n'allait pas mourir. Mais le soulagement qu'il ressenti à ce moment-là disparut aussitôt quand il comprit que s'ils lui cassaient le bras, il pouvait dire adieu au baseball. Il ne pouvait pas se permettre ça. Pas encore. Ils seraient fous de rage contre lui s'il était forcé d'arrêter. Peut-être même qu'ils le tueraient ? Dans un sursaut de panique, il tenta de se dégager au moment où il sentit plus qu'il ne la vit la batte s'abaisser vers son bras. Mais l'étau autour de lui était bien trop fort. Il ne pouvait rien faire.
Il laissa sa tête tomber vers le sol, vaincu. Finalement, cette petite période de bonheur aura été de courte durée. Il serra les mâchoires, attendant le choc et la douleur insupportable qui en suivrait certainement. Derrière ses paupières résolument closes, le visage de Koki s'imposa une nouvelle fois à son esprit. Un dernier pardon traversa ses pensées, puis plus rien.
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- ARRETEZ !
Après une seconde de stupéfaction devant la scène qui se jouait devant ses yeux, il réagit au quart de tour et accourut vers le petit groupe.
- Non mais ça va pas la tête ! s'exclama-t-il en arrivant devant Sugiuchi qui avait stoppé son geste au dernier moment sous la surprise.
- Te mêle pas de ça Sakamoto, grogna l'homme, furieux d'avoir été arrêté.
- Hors de question. J'ai rien dit jusqu'à présent mais là tu vas trop loin. Lâche-le !
Sugiuchi sembla hésiter un instant alors il n'eut d'autres choix que de le menacer, espérant qu'il aurait assez d'autorité pour ne pas subir à son tour de représailles.
- Si tu ne le lâche pas j'irai voir Hara. Je pense qu'il sera très intéressé par ce que je vais lui apprendre.
- Bâtard, gronda l'homme entre ses dents.
Hayato se contracta, prêt à se défendre au cas où. Mais il n'en eut pas besoin. Il le vit avec soulagement abaisser sa batte et ordonner aux deux autres de lâcher Kamenashi. Après un regard noir empli de menaces à son intention, les trois hommes disparurent bientôt. Hayato soupira en les regardant s'éloigner avant de se rappeler du blessé. Il se retourna rapidement et s'accroupit devant lui.
- Kamenashi ! Kamenashi est-ce que ça va ? demanda-t-il en posant doucement une main sur son dos.
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Une voix douce et inquiète le tira de l'obscurité dans laquelle il se trouvait. Il releva lentement la tête, grimaçant sous la douleur qui tiraillait son torse. Il sentit quelqu'un l'aider à s'asseoir délicatement. Quoi qu'il se soit passé, c'était fini. Instinctivement, il remua lentement son bras droit et un profond soulagement l'envahit quand il comprit qu'il n'avait rien. Il releva alors lentement le regard vers le visage penché vers lui et reconnut Sakamoto Hayato, l'un de ses coéquipiers. Même s'ils ne s'étaient jamais vraiment parlé, il avait toujours un sourire compatissant et rassurant pour lui, et jamais il n'avait fait quoi que ce soit contre lui.
- Ça va ? demanda celui-ci.
- Hm, acquiesça lentement Kazuya.
Il resta immobile quelques instants, essayant de chasser le brouillard dans ses yeux. Et puis il se souvint de la peluche et la chercha du regard, espérant qu'elle n'ait pas été abîmée.
Comprenant qu'il cherchait quelque chose, le regard d'Hayato se posa sur la peluche un peu plus loin. Il sourit doucement avant de se relever et d'aller la ramasser. Revenu devant Kamenashi, il la lui tendit après l'avoir époussetée et ne put s'empêcher de rire en le voyant l'attraper rapidement et la serrer fortement dans ses bras.
- Merci, murmura Kazuya, la tête à moitié enfouie dans la peluche. Merci de m'avoir aidé.
- Tu n'as pas à me remercier. J'aurais dû réagir plus tôt. Pardon de ne pas les avoir arrêtés plus tôt.
Kazuya secoua lentement la tête de droite à gauche pour lui faire comprendre qu'il ne lui en voulait pas.
- Si j'avais fait quelque chose avant ils n'auraient pas été aussi loin aujourd'hui, continua Hayato.
- Ce n'est pas grave, insista Kazuya en osant relever les yeux et croiser son regard.
Cependant, il rougit instantanément et baissa une nouvelle fois la tête sous la gêne. Et il ne vit pas le jeune homme sourire.
- Tu peux te relever ? demanda celui-ci.
Kazuya acquiesça et avec son aide, il parvint à se tenir debout. Mais quand Sakamoto lui conseilla d'aller voir le médecin, il refusa obstinément. Il ne voulait pas qu'on lui pose des questions sur ce qu'il s'était passé. Hayato abandonna alors et l'aida à marcher jusqu'aux vestiaires désormais presque vide. Il voulut ensuite l'aider à se déshabiller mais Kazuya refusa son aide et il n'insista pas. D'après ce qu'il avait vu tout à l'heure, le jeune homme semblait incroyablement timide, chose qu'il soupçonnait déjà au vu de son comportement. Il ne voulait pas le rendre encore plus mal à l'aise alors il lui laissa son intimité et se dirigea vers ses affaires.
Kazuya réussit avec beaucoup de difficultés et de grimaces de douleur à enlever son uniforme et à enfiler un jogging. Il prendrait sa douche une fois rentré à l'hôtel, loin des regards inquisiteurs. Il tâta néanmoins avec précaution l'endroit de son torse qui le lançait le plus, mais la douleur n'était pas insupportable alors il supposa que sa côte ne devait rien avoir de grave. Cependant, des hématomes commençaient déjà à apparaître un peu partout sur sa peau pâle.
Soupirant, il rangea son portable dans son sac, oubliant qu'il n'avait toujours pas répondu à son ami. Il tenta également d'y caser la peluche, mais étant bien trop grande, il se résolut à la tenir dans ses bras. Il attrapa ensuite son sac et sortit des vestiaires, sentant la présence de Sakamoto dans son dos. En silence, ils se dirigèrent vers le bus qui les ramènerait à l'hôtel. Kazuya trouva une place un peu à l'écart des autres et Sakamoto s'installa non loin de lui. Il força son attention sur la vitre, essayant de ne pas regarder Sugiuchi, installé dans le fond du véhicule. Il sentait d'ici son regard malfaisant et frissonna. Il ferma les yeux, essayant d'oublier la douleur le temps du trajet.
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Une fois arrivés à l'hôtel, Kazuya apprit qu'il allait devoir partager sa chambre avec deux autres joueurs, mais il fut rassuré quand Sakamoto lui annonça qu'il était l'un d'entre eux. Il se sentait apaisé en sa présence et savait qu'il pourrait se détendre.
Sitôt leurs affaires posées dans leur chambre, les deux autres en ressortirent pour se rendre au restaurant de l'hôtel afin de prendre leur repas. Kazuya avait refusé l'invitation de Sakamoto, prétextant qu'il n'avait pas faim. Ce qui était après tout vrai. Il avait l'impression que s'il tentait d'avaler quoi que ce soit, la douleur le lui ferait rejeter immédiatement.
Profitant de la solitude, il s'allongea avec précaution sur son lit, essayant de retenir ses larmes. Il n'était pas passé loin de la catastrophe, et si Sakamoto n'était pas arrivé au bon moment, il n'osait imaginer ce que sa vie serait devenue. Il ferma les yeux d'exhaustion et s'endormit sans s'en rendre compte à peine quelques minutes plus tard.
Lorsqu'il se réveilla, la douleur sembla plus présente. Il eut un mal fou à se relever et à se diriger vers la salle de bain. Les autres n'étaient toujours pas revenus. Il se déshabilla lentement geignant chaque fois qu'il devait lever les bras. Mais il se retrouva bientôt nu et laissa échapper un hoquet lorsqu'il découvrit son torse bleuit en de nombreux endroits dans le miroir. Il soupira une nouvelle fois puis entra dans la cabine de douche. Il ouvrit le jet d'eau et se glissa dessous, laissant la chaleur de l'eau décontracter ses muscles. Il resta de longs instants sans bouger puis entreprit de se laver.
Il ressortait de la cabine quand il entendit du bruit dans la chambre, signe que les autres étaient revenus. Il enfila un peignoir et se séchait les cheveux avec une serviette quand on frappa deux coups à la porte de la salle de bain. Ne sachant trop quoi faire, il resserra les pans de tissus autour de son corps et ouvrit.
- Ça va ? demanda Sakamoto sitôt la porte ouverte.
- Hm ça va.
- Désolé de te déranger mais je t'ai amené ça, continua le jeune homme en lui tendant une boîte d'antidouleur.
- Merci, répondit Kazuya, touché par l'attention.
- Et j'ai ça aussi.
Le joueur lui tendait un tube de pommade.
- Tu devrais en mettre sur tes bleus, ça aidera à les faire passer. Tu veux que je t'aide ? proposa-t-il en voyant son hésitation.
- Non ! Enfin je…
- Ok, si tu as besoin appelle-moi d'accord, répondit-il gentiment.
Il s'apprêtait à faire demi-tour et à refermer la porte quand Kazuya l'arrêta.
- Attends. Tu… tu pourrais m'aider pour mon dos ? demanda celui-ci en baissant le regard.
Hayato ne put s'empêcher une nouvelle fois de sourire devant son comportement. Sans un mot, il referma la porte et lui demanda de s'asseoir sur le tabouret. Se plaçant dans son dos pour le rassurer, il l'aida à enlever le haut de son peignoir et commença à appliquer de la pommade sur ses hématomes le plus délicatement qu'il le put. Par moment, il sentait la peau tressaillir de douleur sous ses gestes.
Lorsqu'il eut finit et qu'il revint en face du jeune homme, il le trouva les yeux fermés et le visage détendu. Il s'agenouilla alors devant lui et entreprit de soigner son torse. Dès que ses doigts le frôlèrent, Kamenashi rouvrit les yeux rapidement et il y discerna de la panique, mais le jeune homme ne dit rien alors il continua doucement.
Au bout de quelques minutes, il eut enfin terminé et il se redressa. Après s'être assuré que Kamenashi pourrait se débrouiller pour la suite, il le laissa seul et sortit sous ses remerciements.
Retrouvé seul, Kazuya s'habilla lentement pour la nuit. Il sentait encore les doigts du joueur sur son corps et il frissonna. Sakamoto-kun était tellement gentils avec lui. Peut-être qu'ils finiraient par devenir amis. A cette pensée, il se rappela Koki et se dépêcha de terminer. Il retourna rapidement dans la chambre plongée dans la pénombre. Le troisième homme semblait déjà dormir, et Sakamoto lisait à la lumière de sa lampe de chevet. Il échangea un rapide sourire avec lui avant de se coucher à son tour, prenant soin de prendre son téléphone portable avec lui.
De sous les couvertures, il envoya un message rassurant à son ami. Il s'en voulut un peu de lui mentir mais il ne voulait pas l'inquiéter. A peine quelques minutes plus tard, son écran s'alluma à nouveau et il découvrit la réponse de Koki. Il ne put retenir ses larmes quand il lut qu'il était rassuré et qu'il lui disait qu'il avait hâte de le retrouver.
Après avoir lu le message, il referma son téléphone et le serra contre lui. Il se cala dans son oreiller tout en essayant de sécher ses larmes et s'endormit une nouvelle fois sans vraiment s'en rendre compte.
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Le lendemain matin, Koki ratissait la terre d'un terrain, perdu dans ses pensées. La veille, il avait été anxieux jusqu'à ce qu'il reçoive enfin une réponse de Kazuya. Dès qu'Eiji était rentré chez lui, il avait vérifié son portable toutes les cinq minutes, attendant un message. Retrouvé seul, il avait repassé les moments du match de Kazuya. Il l'avait enregistré, sans le dire à son meilleur ami qui l'aurait très certainement charrié, et s'en était félicité. En revoyant ses lancers, il avait retrouvé toute la fascination qu'il éprouvait pour le jeune homme. Et quand il avait repassé la réaction de Sugiuchi lorsque l'annonce du changement de lanceur avait été faite, son inquiétude avait augmentée d'un niveau. L'homme paraissait incroyablement furieux, même s'il avait tenté de le cacher face à leur coach.
Quand il eut fini de revisionner la fin du match et qu'il n'avait toujours pas eu de nouvelles de son ami, il avait failli à plusieurs reprises l'appeler, se ravisant à chaque fois au dernier instant. Après tout peut-être était-il occupé. Peut-être fêtait-il la victoire avec ses coéquipiers.
Finalement il avait attendu, jusqu'à ce qu'enfin une réponse arrive. Il s'était sentit un peu rassuré par son contenu, mais pas totalement. Il avait un mauvais pressentiment, et les mots de Kazuya paraissaient vouloir se faire trop convaincants. Au fond de lui il sentait que quelque chose était arrivé, mais il ne pouvait rien faire. Si Kazuya avait décidé de ne pas lui en parler alors il n'avait pas d'autres choix que d'attendre encore. Il avait hâte de le revoir. Et plus la matinée avançait, plus il était impatient. Il ne cessait de lancer des regards en direction des bâtiments contenant les vestiaires des joueurs.
Après une remarque de l'un de ses collègues, qui n'avait pas loupé son petit manège, il essaya de se reconcentrer sur son travail. Mais encore une fois ses pensées dévièrent vers le jeune joueur. Il se demanda pour la énième fois pourquoi il se sentait si inquiet et protecteur vis-à-vis de lui. Au fur et à mesure que les jours passaient, il avait commencé à trouver une ébauche d'explication. En fait, tout au fond de lui, il était sûr d'en connaitre la raison. Mais il refusait de la voir. C'était bien trop étrange. Bien trop déconcertant. Et pourtant les mots d'Eiji lui revenaient constamment en mémoire. Dis donc mon p'tit Koki, tu ne serais pas en train de tomber amoureux toi ? En train de tomber amoureux ? Peut-être qu'il y était déjà ? Non, non c'était impossible. Kazuya était un homme. Il n'avait jamais été attiré par les hommes avant… Mais Kazuya était tellement différent. Si fragile mais en même temps si fort. Il se rappela son visage absolument craquant au réveil, il se rappela son rire le jour où il était tombé. Un ange. Kazuya était comme un ange pour lui.
A cette pensée, il secoua la tête comme pour chasser ces idées stupides. Un ange. Et puis quoi encore ? A quoi pensait-il donc pour faire cette comparaison ? Certes il était mignon, et adorable, et tout ce qu'on voulait, mais de là à dire qu'il était son ange. C'était idiot, non ?
Peu de temps après, ses collègues lui rappelèrent qu'il était l'heure de la pause. Il posa son râteau à terre et avança vers les bâtiments qu'il n'arrêtait pas de surveiller depuis le début de la matinée.
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Ils étaient enfin arrivés. La matinée était bien avancée. Kazuya n'en pouvait déjà plus. Malgré les antidouleurs que Sakamoto lui avait donnés, il avait constamment mal, et le voyage en bus n'avait pas vraiment arrangé les choses. Tout ce qu'il voulait désormais, c'était prendre une bonne douche bien chaude, s'allonger sur un lit bien douillet… et Koki. Il avait hâte de retrouver sa présence rassurante, même s'il avait peur qu'il ne découvre ses blessures.
Il suivit les autres joueurs jusqu'aux vestiaires, y déposant son sac sur le banc. Malheureusement, il ne pourrait pas se reposer tout de suite. L'entrainement reprenait dès cet après-midi. Soupirant de lassitude, il attrapa la peluche orange et sortit du bâtiment, bien décidé à aller voir Koki. Même s'il travaillait et qu'il ne pourrait pas l'approcher, au moins le voir serait pour lui un réconfort. Il prit alors la direction des locaux techniques, ne sachant pas où son ami travaillait en ce moment.
Il était à peu près à la moitié du chemin quand le cauchemar de la veille sembla se répéter. A nouveau, la voix de cet homme s'éleva dans son dos. Il essaya de l'ignorer et de forcer le pas, mais il le rattrapa tout de même.
- Cette fois-ci tu ne t'échapperas pas, menaça Sugiuchi de sa voix haineuse.
Kazuya essaya de dégager son bras que tenait la poigne ferme de l'homme. Dans l'action, il se retrouva face à lui et n'eut pas le temps de réagir avant de recevoir un violent coup de poing dans la mâchoire qui le fit vaciller et tomber à terre. Il releva son visage apeuré vers son assaillant et ses yeux s'écarquillèrent de terreur en voyant la batte qu'il tenait dans la main. Avec un regard presque fou, l'homme la leva au-dessus de sa tête, apparemment bien décidé à le frapper avec.
- Sakamoto ne viendra pas te sauver aujourd'hui, ricana-t-il. Mais ne t'inquiète pas, je ne vais pas te tuer, juste finir ce que j'ai commencé hier.
Conscient que son bras était à découvert, Kazuya le ramena près de son corps et le protégea comme il le put, priant pour que quelqu'un arrive. Priant pour que Koki vienne le sauver.
- Arrêtez s'il-vous-plait, supplia-t-il d'une voix tremblante.
- Personne ne viendra te sauver, répéta l'homme comme s'il cherchait à s'en persuader lui-même.
Voyant la batte commencer à s'abattre vers lui, Kazuya ferma les yeux.
- Tu veux parier ? s'éleva soudain une voix chaude.
Kazuya la reconnut tout de suite, même si elle contenait à cet instant précis une menace qu'il ne connaissait pas. Il ouvrit les yeux et vit Koki, debout au-dessus de lui, le regard noir rivé vers Sugiuchi.
- Kazuya, tu peux te relever ? demanda-t-il doucement sans détourner son regard.
Le jeune joueur acquiesça et se redressa avant de se cacher dans le dos protecteur de son ami. Cependant, celui-ci s'avança et il discerna une aura noire et menaçante l'entourer. Portant son regard sur Sugiuchi, il comprit que lui aussi l'avait senti. Son visage exprimait de l'incertitude et de la peur.
Koki bouillait de rage. Il avait rarement été autant en colère. Mais voir Kazuya au sol, et cet homme lever sa batte au-dessus de lui, son sang n'avait fait qu'un tour. Il avança lentement vers lui, satisfait de voir de la peur au fond de ses yeux.
- Ne t'avise plus de le toucher, bâtard, menaça-t-il sourdement.
L'homme ne répondit pas mais recula d'un pas. Il devait vraiment être effrayant d'après l'expression de son visage, mais peu lui importait. C'était pour protéger Kazuya, et c'était tout ce qui comptait. Il se sentit soudain prêt à tout pour lui.
D'un geste vif, il empoigna le t-shirt du joueur et se rapprocha de lui, bien décidé à faire rencontrer son poing avec la mâchoire de ce salaud, mais une voix l'interrompit.
- C'est bon Koki.
Il reconnut Miura-san et hésita, sans toutefois lâcher sa prise.
- Koki !
Devant l'insistance, il desserra son étreinte, puis le lâcha complètement et recula d'un pas. Mais son regard noir ne quitta pas les yeux de cet homme méprisable.
- Sugiuchi c'est bien ça ? s'éleva à nouveau la voix de son chef tandis que celui-ci s'approchait.
Le joueur ne répondit pas, même si l'envie était grande. Mais ce vieil homme était respecté ici, et il savait qu'il avait l'autorité nécessaire pour lui causer des problèmes.
- Au prochain incident de ce genre, je ne manquerais pas d'en informer mon ami Hara, continua Miura-san d'une voix calme et posée, mais qui ne cachait en rien la menace sous-jacente de ses mots.
Sugiuchi n'en demanda pas plus et disparut rapidement par où il était venu. Il aurait bien d'autres occasions de se venger, pensa-t-il.
Koki avait suivi du regard cet homme jusqu'à ce qu'il soit suffisamment éloigné. Il remercia rapidement Miura-san qui se trouvait à ses côtés. S'il n'était pas intervenu, il l'aurait très certainement frappé et il aurait pu être viré pour cela. Le vieil homme posa une main compréhensive sur son épaule et il s'apprêtait à se retourner quand ses yeux se posèrent sur un homme un peu plus loin. Il reconnut le joueur Sakamoto et se demanda ce qu'il faisait là. Il le vit regarder dans leur direction et, semblant soulagé, faire demi-tour et prendre le même chemin que Sugiuchi.
Il se retourna enfin et son cœur se serra en voyant Kazuya ramasser une peluche et l'épousseter. Il s'agissait sûrement de celle qu'il avait gagnée à la fin du match. Retrouvant un instant le sourire, Koki revint vers lui. Kazuya croisa alors son regard et Koki comprit enfin que son ami tremblait. La peur et le soulagement se lisaient dans ses yeux, et il ne fut qu'à moitié étonné quand, arrivé à quelque pas de lui, son ami se jeta dans ses bras. Koki le serra contre lui, une main posée sur sa nuque et l'autre autour de sa taille. Sentant des gouttes chaudes tomber contre son cou, il lui murmura quelques paroles rassurantes et réconfortantes en le serrant encore un peu plus. Les explications viendraient plus tard. Pour l'instant, tout ce qu'il désirait, c'était protéger celui qu'il aimait.
