Les jours s'écoulèrent tranquillement depuis ce soir-là, et bientôt une semaine passa. Assis dans son canapé, caressant inconsciemment Yuki qui était lovée sur ses genoux, Koki repensait à ce qu'il s'était passé pendant cette période.
Aujourd'hui, il était en congé et avait pensé emmener Kazuya faire une sortie en moto. Mais celui-ci était à l'instant même avec Sakamoto. Encore. Apparemment son équipier lui avait demandé de l'accompagner quelque part, Koki n'en savait pas plus. Tout ce qu'il savait, c'était qu'il se sentait irrité et déçu. Kazuya passait de plus en plus de temps avec le joueur et en plus de la jalousie qu'il ressentait pour cet homme et qu'il ne cachait plus, il se sentait seul, presque abandonné. Et il se trouvait stupide et immature de penser ainsi. Kazuya ne lui appartenait pas. Et même s'il aurait aimé pouvoir passer chaque instant en sa compagnie, il savait qu'il devait le partager. Il se détestait vraiment ces derniers temps, à cause de ces sentiments paradoxaux.
Tout avait commencé quand Kazuya avait accepté d'aller boire un verre avec Sakamoto après l'entrainement. Ce soir-là, il était prévu que Koki raccompagne Kazuya, mais celui-ci était venu le prévenir qu'il sortait et était repartit rapidement. Il s'était vraiment senti mal à ce moment-là. Tout au long du trajet solitaire, il avait revu le sourire de Kazuya quand il s'était détourné de lui. Le jeune homme semblait tellement heureux. Peut-être que c'était la première fois qu'il sortait comme ça avec un ami, et le cœur de Koki s'était encore plus serré à cette pensée. L'idée qu'il découvre ça avec quelqu'un d'autre que lui lui était insoutenable. Et pourtant il n'avait rien dit. Il n'avait pas le droit de s'y opposer. Au contraire, il avait essayé de se sentir heureux pour Kazuya. Cela avait marché quelques temps, mais quand il lui avait annoncé qu'aujourd'hui ils ne pourraient pas se voir, tous ces sentiments contradictoires avaient repris le dessus.
Fourrageant de ses deux mains dans sa tignasse brune, Koki tenta de penser à autre chose. Il se remémora les quelques instants qu'ils avaient tout de même partagés. Il avait continué à l'aider à mettre de la pommade encore quelques jours, puis les hématomes s'étaient estompés.
Aujourd'hui, ils étaient bien moins impressionnants et bientôt ils auraient complètement disparut. Et il se sentait soulagé. D'autant plus que Sugiuchi n'avait pas tenté de l'approcher pendant tout ce temps. Koki espérait que la menace de Miura-san avait porté ses fruits. Il ne voulait pas qu'un soir il voit Kazuya revenir vers lui avec un bras cassé. Cela signifierait la fin de la carrière du jeune homme et cette pensée était suffisamment effrayante pour qu'il ne s'y attarde pas.
Finalement, il se releva de son canapé, réveillant la petite chatte qui miaula de mécontentement avant d'aller se réfugier dans la chambre. Décidant qu'il était inutile de se morfondre sur son propre sort, surtout quand c'était injustifié, il enfila son blouson en cuir, attrapa ses clés, et se résolut à aller embêter Eiji.
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Deux jours plus tard, son mal être était toujours là et se réveillait chaque fois qu'il voyait Kazuya, encore plus quand il s'agissait de Sakamoto. Pourtant, il essayait de ne pas le montrer. Son ami semblait d'incroyable bonne humeur ces derniers temps, et il ne voulait pas enlever ce sourire accroché presque constamment à ses lèvres. Et puis malgré tout, il ne pouvait s'empêcher de partager sa joie. Le jeune homme semblait vraiment plus sûr de lui, mieux dans sa peau. Il était loin le temps où Koki l'avait retenu de s'envoler de ce pont. Pourtant quand il y réfléchissait, cela ne faisait pas si longtemps que ça. Il sentit une pointe de fierté en pensant qu'il était peut être la cause de ce changement. Et puis il le sentait plus proche aussi. Moins réservé. Même s'il ne lui avait encore jamais vraiment parlé de lui. Il ne savait presque rien de son passé, de sa famille. Mais par-dessus tout il y avait ces regards qu'il ne destinait qu'à lui, ces petits gestes qui lui réchauffaient le cœur à chaque fois.
Un sourire niais au visage à ces pensées, le corps penché sur son râteau, il ne l'entendit pas approcher.
- Pourquoi tu souris ? demanda soudain une voix douce et amusée.
Il sursauta violement, ses joues se teintant de rose à une vitesse incroyable.
- P… pour rien, bégaya-t-il en évitant son regard.
Mais il releva la tête quand un petit rire s'échappa d'entre les lèvres rosées de son ami. Il ne se lasserait jamais de ce son cristallin et en resta un instant sans voix, à le regarder intensément.
- Dis, est-ce que tu as prévu quelque chose ce soir ? demanda Kazuya avec précaution après un instant.
- Euh non, répondit-il en se demandant le but de sa question. Pourquoi ?
- Et bien, comment dire, Hayato-kun m'a invité à manger et…
- Tu l'appelles par son prénom maintenant ? ne put s'empêcher de l'interrompre Koki assez sèchement.
Réalisant ce qu'il venait de dire, il s'apprêta à s'excuser mais Kazuya prit la parole avant lui.
- Oui, on a pensé que c'était plus convivial comme ça, expliqua-t-il d'une petite voix.
- Et lui il t'appelle comment ? Kazuya ?
Sans trop savoir pourquoi, cette pensée l'insupportait.
- Non, je n'ai pas voulu, répliqua son ami avec conviction. Il n'y a que toi qui aies le droit de m'appeler comme ça.
Koki le regarda hébété. A son tour, Kazuya rougit à ce qu'il venait de dire. C'était assez embarrassant mais après tout c'était ce qu'il pensait. Alors autant être franc non ?
- Alors… alors il t'appelle comment ? continua Koki, soudain le cœur plus léger.
- Kame-chan, répondit Kazuya en faisant une petite moue craquante.
Koki ne put s'empêcher de rire.
- Ne te moque pas, protesta le jeune joueur. Je ne sais même pas d'où il sort ça.
- Il faut avouer que c'est mignon quand même, approuva Koki toujours en riant malgré la moue boudeuse de Kazuya.
- Ah mais désolé, je t'ai coupé du coup, tu voulais me dire quelque chose ? reprit-il une fois un peu calmé.
- Ah oui, donc je disais qu'il m'a invité à manger, et je lui ai demandé si tu pouvais venir. J'aimerais vraiment que vous fassiez connaissance tous les deux, tenta Kazuya en le fixant avec appréhension.
Koki prit quelques secondes avant de réfléchir. Il avait peur de ne pas pouvoir se contenir s'il y allait, mais après ce que Kazuya venait de lui avouer, il ne pouvait pas refuser.
- Ok, répondit-il simplement.
Un grand sourire illumina le visage de son ami à sa réponse. Il semblait vraiment soulagé, ce qui conforta Koki dans son choix. Après tout, peut-être qu'en le connaissant un peu mieux, il serait moins jaloux.
Après s'être promis de se retrouver au local technique en fin de journée, Kazuya repartit pour la dernière partie de l'entrainement du jour. Koki reprit son travail, à la fois heureux de passer du temps avec son ami, et inquiet de ce qui allait se passer au cours de ce repas.
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- On est en avance, remarqua Kazuya tout en s'asseyant à la table qu'un serveur leur avait indiquée.
Koki s'assit à côté de lui en silence. Il se sentait nerveux depuis qu'il était passé chercher Kazuya chez lui. Regardant autour de lui pour tenter de se détendre, il constata que la salle était encore presque vide. Le restaurant était simple et convivial mais d'après Kazuya, il était populaire et la cuisine était excellente.
Il sursauta quand une main chaude se posa sur la sienne, qu'il passait nerveusement sur ses genoux depuis qu'ils étaient arrivés. Il releva son visage vers son ami et se perdit dans ses yeux. Il se sentit touché par le fait que Kazuya ait perçut sa nervosité, et qu'il essaye ainsi de le rassurer. Après un sourire échangé, Kazuya détourna le regard vers l'entrée du restaurant.
- Ah, ils arrivent, avertit-il après quelques secondes.
Ils ? Etaient-ils plusieurs se demanda Koki en tournant à son tour la tête. Il sentit la chaleur disparaitre de sa main alors que son ami se relevait pour accueillir les nouveaux arrivants, que le corps de Kazuya lui cachait encore.
Et puis celui-ci se retourna vers lui pour le présenter et il les vit enfin. Il reconnut Sakamoto, même s'il lui semblait différent sans son uniforme, ainsi qu'une femme magnifique accrochée à son bras. Il entendit Kazuya la lui présenter comme étant Haruka, la fiancée de son équipier et tout en la saluant poliment, il se traita mentalement, pour ce qui lui semblait être la millième fois, d'idiot fini.
Ils s'installèrent tous les quatre à la table et Koki profita de ce que Kazuya et Sakamoto échangeaient quelques mots pour observer discrètement la jeune femme qui s'était installée en face de lui. De grands yeux noisette, soulignés par un maquillage discret, de longs cheveux ébène tombant sur ses épaules, une peau blanche et veloutée, il devait bien avouer que ce Sakamoto avait bon goût. Prenant le fil de la conversation en cours, il comprit que Kazuya la rencontrait également pour la première fois. Et il ne fut pas étonné de le voir ne pas oser la regarder directement, ou de rougir quand elle lui adressait la parole. Sa timidité était encore bien présente malgré ses récents progrès.
Ils avaient commandés et attendaient leurs plats, les deux joueurs parlant de baseball entre eux, quand Haruka s'adressa à lui.
- Et vous Koki-kun, vous avez quelqu'un ? s'intéressa-t-elle.
- Non, je n'ai personne en ce moment, répondit-il aussitôt.
- C'est dommage, remarqua-t-elle.
- Je ne pense pas, c'est volontaire, j'ai décidé de faire une pause et de me consacrer à mon travail et à mes amis.
- Oh, expérience douloureuse ?
- Non… on ne peut pas vraiment dire ça, juste que…, réfléchit-il.
- Vous attendez la bonne personne, termina Haruka sur un ton entendu.
- Oui, reconnut Koki.
- Et donc vous n'avez personne dans votre cœur ?
- Euh je… pas vraiment… enfin je veux dire… non, bredouilla-t-il.
La jeune femme sourit devant son hésitation mais ne répliqua pas. A la place, Koki la vit lancer un regard à son voisin, qui discutait toujours avec son fiancé. Pourquoi avait-elle tourné ses yeux vers Kazuya avec cet air déçu sur le visage ? Que s'imaginait-elle ? Ou plutôt que savait-elle ? Est-ce que Sakamoto lui avait parlé ? se demanda Koki en tournant son regard vers le jeune homme. Mais si lui-même lui avait parlé, n'était-ce pas parce que Kazuya s'était confié à lui ? Il tourna la tête vers son ami et le fixa un moment.
Est-ce qu'il se faisait des idées ? Est-ce qu'il ne voulait pas voir quelque chose qui n'existait pas ? Est-ce qu'il espérait tant que ça que son amour soit partagé ? Une minute… son amour ? Est-ce qu'il avait bien pensé « amour » ? Il ouvrit grand les yeux sur sa découverte, toujours occupé à fixer Kazuya. Alors il l'aimait… au fond, il l'avait plus ou moins sentis, mais de là à finalement l'avouer… Il aimait Kazuya… un homme ! Qui l'aurait cru ? Certainement pas lui. Il sursauta légèrement quand l'objet de ses pensées tourna un visage interrogateur vers lui.
- Ça va Koki ? demanda-t-il légèrement inquiet.
- Oui oui, désolé, je réfléchissais à quelque chose, répondit précipitamment Koki en détournant les yeux d'embarras.
Il sentit le regard de la jeune femme sur lui mais l'ignora et se concentra sur son assiette qui venait de lui être apportée. Il avait du mal à se remettre de cette révélation. Tout un tas de questions se pressaient maintenant dans son esprit, et la première et non moins importante : que pensais Kazuya ? En se remémorant leur comportement, il réalisa que leur relation était ambiguë depuis déjà longtemps. Est-ce que de simples amis dormaient enlacés l'un contre l'autre ? Personnellement, il ne se voyait pas dormir ainsi avec Eiji. Et puis il y avait tous ces gestes et ces regards qu'il appréciait tant. Cela non plus on ne pouvait pas le qualifier de simple amitié. Finalement Eiji avait raison, déjà à ce moment-là il devait ressentir quelque chose pour Kazuya.
Une pression sur ses côtes le sortit soudain de ses pensées et il se tourna une nouvelle fois vers son ami.
- Hein ?
- Je disais à Hayato-kun que tu avais une moto, répéta Kazuya en fronçant les sourcils.
- Ah oui, se reprit-il immédiatement. Vous aimez les motos ?
- Oui, je suis en train de passer le permis, répondit le jeune joueur, le regard illuminé.
Kazuya laissa la conversation continuer tranquillement. Il était heureux que ses deux seuls amis aient trouvé un point commun. Tournant discrètement les yeux vers Koki, il se demanda une nouvelle fois si tout allait bien pour lui. Il avait paru tout à coup songeur et préoccupé et Kazuya n'aimait pas le voir ainsi. Il préférait largement son sourire éclatant, comme en ce moment alors qu'il parlait de sa moto avec animation.
Il s'autorisa à l'observer un peu plus longtemps que la limite du convenable. Il se sentait tellement heureux ce soir. L'avoir à ses côtés, passer du temps avec lui en dehors du travail. Cela lui avait tout de même manqué ces derniers jours, même s'il appréciait aussi passer du temps avec Hayato-kun. Mais Koki aurait toujours une place particulière dans son cœur. Il était son meilleur ami, son sauveur aussi. Il était celui qui le rassurait et l'apaisait d'un simple regard. Celui qui lui remontait le moral d'un simple sourire. Il aimerait tellement pouvoir passer tout son temps libre avec lui. Mais il n'osait pas le demander, et puis il ne voulait pas trop l'embêter non plus. Il avait ses propres amis, sa vie à lui. Il ne pouvait pas le monopoliser, même s'il aurait vraiment aimé pouvoir le garder pour lui.
Il détourna finalement le regard et croisa celui d'Haruka. Un regard étrange, trouva-t-il. Comme si elle avait compris ce qu'il était en train de penser, et c'était assez dérangeant. Malgré cela, elle ne fit aucune remarque et se replongea dans la conversation, et Kazuya finit par se demander s'il ne s'était pas trompé.
Le repas se termina agréablement, et ils se séparèrent joyeusement à la sortie du restaurant. Les deux amis se dirigèrent alors lentement vers le parking où était garée la moto, appréciant le calme et la douceur de la nuit.
Après à peine quelque pas, Koki sentit la main de Kazuya se glisser dans la sienne, et leurs corps se rapprocher. Il se tendit un peu, soudain nerveux de cette proximité après sa découverte récente.
- Merci, s'éleva doucement la voix de Kazuya.
- Pourquoi ?
- D'être venu. Je suis content que vous vous entendiez bien.
- J'avoue qu'il est agréable, remarqua Koki en souriant.
Lui-même s'étonnait de l'avoir tant apprécié. Une fois sa jalousie mise de côté, il avait reconnu prendre du plaisir à discuter avec le joueur.
- Je suis content, répéta Kazuya en souriant.
Un court silence se fit, puis il reprit.
- Tu sais avant-hier, si je ne pouvais pas te voir c'est parce qu'il voulait mon avis pour la bague de fiançailles.
- Vraiment ? C'est tout récent alors, s'étonna Koki qui s'en voulut encore plus d'avoir critiqué Sakamoto.
- Oui, il lui a fait sa demande hier, confia Kazuya.
- Ils ont l'air heureux, ça fait plaisir à voir.
Kazuya acquiesça et posa sa tête sur l'épaule de Koki tout en continuant à marcher. Après encore quelques mètres, ils arrivèrent au parking, et Kazuya tenta de lâcher la main de son ami afin d'enfiler son casque, cependant, à sa grande surprise, celui-ci l'en empêcha. Il l'attira même contre lui et Kazuya se retrouva bientôt dans ses bras. Il se laissa aller dans ce cocon de bien-être, appréciant les douces caresses dans ses cheveux. Il ne savait pas pourquoi son ami faisait ça, mais c'était tellement agréable qu'il ne chercha même pas à protester.
Sa joue chaude collée contre la sienne, il le sentit respirer son odeur dans ses cheveux, ses lèvres caressant par mégarde le lobe de son oreille. Kazuya frissonna et il sentit ses joues se réchauffer. Mais soudain, un frisson d'une autre nature le parcourut. Koki s'était décalé vivement.
- Je… désolé, je ne sais pas ce qui m'a pris, s'exclama-t-il en mettant de la distance entre eux.
Kazuya resta un instant abasourdi par sa réaction avant de répondre d'une petite voix gênée.
- Ça ne me dérange pas, avoua-t-il le visage baissé. Au contraire, c'est… c'est très agréable.
Il releva la tête pour croiser le regard de son ami. Ses joues devaient maintenant être écarlates, mais il s'en fichait. Il ne voulait pas que Koki se sente en faute alors qu'il avait apprécié ce moment. Il le vit rougir aussi, ne sachant apparemment pas quoi lui répondre.
- On y va ? proposa-t-il finalement en souriant.
Kazuya acquiesça en silence. Après avoir mis son casque, il monta derrière Koki et passa ses bras autour de sa taille, se collant contre son dos et se permettant de le serrer un peu plus fort que d'habitude. Il voulait ainsi lui faire comprendre qu'il ne lui en voulait pas et qu'au contraire, lui aussi recherchait cette proximité avec lui, même s'il n'oserait certainement jamais le lui dire directement.
Après quelques dizaines de minutes de route, ils arrivèrent dans leur quartier. Ils rangèrent la moto et les casques dans le garage, puis Koki insista pour raccompagner Kazuya chez lui. Il était tard et il ne voulait pas qu'il fasse une mauvaise rencontre. Le jeune joueur finit par accepter, heureux dans un sens de pouvoir encore profiter de sa présence quelques minutes de plus.
Une nouvelle fois, ils marchèrent en silence dans les rues désertes, mais cette fois-ci, Kazuya n'osa pas glisser sa main dans la sienne. Ils se contentèrent d'avancer côte à côte jusqu'à ce qu'ils arrivent au pied de l'immeuble de Kazuya.
- Bon… et bien bonne nuit, souhaita Koki après s'être arrêté.
- Merci de m'avoir raccompagné.
- C'est rien ne t'inquiète pas pour ça, s'amusa-t-il.
- Bonne nuit, souhaita alors à son tour Kazuya.
Koki le vit commencer à faire demi-tour avant de se raviser. Il se demandait ce qu'il se passait quand son ami s'approcha vivement de lui et déposa un bisou sur sa joue. Stupéfait, il échangea un rapide regard avec lui avant que son ami ne se détourne une nouvelle fois et monte les escaliers menant à son appartement. Sur le balcon, il se retourna pourtant une dernière fois et lui fit un petit salut de la main avant de rentrer chez lui. Koki le lui rendit comme dans un rêve. Il ne réalisa que la porte s'était refermée sur Kazuya que plusieurs minutes après. Rêveusement, il passa ses doigts sur sa joue, à l'endroit où Kazuya avait déposé ses lèvres. Un sourire niais étira les siennes et il se détourna à son tour pour rentrer chez lui.
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Koki était pourtant vite redescendu de son nuage. Le lendemain, Kazuya avait agi parfaitement normalement avec lui et il n'avait osé tenter quoi que ce soit de son côté. Après réflexion, il se disait que son ami l'avait embrassé pour le remercier, ou bien par reconnaissance, ou peut-être les deux. En tout cas, il avait dû agir par simple amitié, sans se douter qu'il ferait ainsi accélérer dangereusement le cœur de Koki.
C'était pour cela que Koki se sépara de son ami avec soulagement devant le garage ce soir-là. Il se sentait perdu et avait besoin de temps pour réfléchir calmement à la situation. En soupirant, il releva le rideau métallique et poussa sa moto à l'intérieur. Il y découvrit Eiji occupé à bricoler la sienne.
- Yo Koki ! lança celui-ci avec entrain en se retournant pour voir le nouvel arrivant.
- Salut mon vieux. Un problème ? demanda Koki en désignant la bécane.
- Non, juste une petite révision, le rassura son ami avant de continuer là où il s'était arrêté.
N'ayant rien d'autre à faire, Koki attrapa un chiffon et commença à lustrer sa selle. Cela faisait quelques temps déjà qu'il ne l'avait pas fait. Pour les chromes, il attendrait que la moto soit froide avant de s'y atteler.
Après de nombreuses minutes d'occupation silencieuse, Eiji se redressa enfin, appréciant du regard son travail pendant quelques instants. Puis, satisfait, il s'essuya rapidement les mains sur son chiffon déjà bien noircit de cambouis avant de monter à l'étage. Quelques secondes plus tard, de la musique arriva jusqu'aux oreilles de Koki et lui fit relever la tête. Il aperçut son ami à la fenêtre, agitant une canette de bière. Il abandonna alors sa précieuse machine pour le rejoindre.
Pendant que celui-ci ajustait le volume sur la vieille chaîne hifi, il s'affala dans le canapé.
- Eijiiii, j'ai un problème, se lamenta-t-il, incapable de se retenir plus longtemps.
- Oui c'est ce que j'avais cru remarquer, répliqua celui-ci en se ménageant une place dans le canapé en y virant sans douceur les jambes de son ami.
- Hein ? Comment t'as deviné ?
- Tu étais bien trop calme.
- Ah, oui…, lui accorda-t-il piteusement, une moue sur les lèvres.
- T'as bu ? demanda soudain Eiji, suspicieux.
- Non, répondit Koki catégorique.
- Ok donc t'as bu, en conclut son ami.
- Je te dis que non ! Qu'est-ce qui te fais croire ça ? s'excita-t-il.
- Je ne sais pas, t'es un peu trop expressif à mon goût. D'habitude même quand ça ne va pas tu restes cool, presque stoïque.
- Oui mais là c'est vraiment sérieux.
- Qu'est-ce qu'il t'arrive ? demanda Eiji, soudain anxieux par le ton de ami.
- Je… je crois que je suis amoureux, avoua celui-ci d'une petite voix.
Eiji ne put retenir un soupir de soulagement.
- Ce n'est que ça…
- Non, ce n'est pas que ça, c'est vraiment sérieux !
Un instant surpris par son ton, Eiji lutta ensuite pour ne pas exploser de rire.
- Si tu m'expliquais alors, au lieu de t'exciter pour rien.
- C'est compliqué…, rechigna Koki.
- Déjà première chose : tu crois être amoureux ou tu es amoureux ? Si tu n'es pas sûr de toi ça ne sert à rien de se prendre la tête pour rien.
- Je… je le suis… enfin je crois… c'est vraiment compliqué tu sais, et puis je me pose plein de questions aussi.
- Ok laisse-moi deviner. De un, tu as peur que lui ne t'aime pas. De deux, tu as peur parce que c'est quand même un homme et qu'à la base tu n'as pas vraiment ce genre de penchant. De trois, tu te dis que c'est une personne publique et que si jamais on vous voit ensemble sa carrière en souffrira. De quatre…
- Attends attends, le coupa Koki, effaré. Je n'ai jamais pensé au troisième point.
Eiji sourit face à sa réaction. Son ami n'avait pas l'air d'avoir remarqué qu'il savait qu'il parlait de Kazuya.
- Tu veux que je te dise quelque chose mon vieux ? Personnellement je ne vois pas où est le problème. Si tu l'aimes, ou si tu crois l'aimer, lance-toi et tu verras bien ce qu'il te répondra. Pour la suite, ça viendra tout seul.
Koki resta un instant perplexe, réfléchissant à ce que son ami venait de dire. Il y avait du vrai dans ce qu'il disait, et il savait qu'en temps normal il n'aurait pas hésité ainsi mais…
- C'est quand même un homme, termina-t-il tout haut.
- Où est le problème si tu l'aimes ?
- Tu ne trouves pas ça bizarre toi ? Et puis comment on fait avec un homme ? Je ne vais quand même pas l'inviter dans un restau chic, lui offrir des fleurs et tout le tralala !
- Peut-être qu'il aimerait…, réfléchit Eiji.
- Comment veux-tu qu'il aime ? C'est un mec, j'en connais pas beaucoup qui aimerait ce genre de truc.
- J'avoue. Mais j'ai pas dit que ce serait facile non plus. C'est à toi de trouver quelque chose qu'il aime, un truc tout simple, et avoue tes sentiments tout aussi simplement. Pas besoin d'en faire des tonnes comme avec les nanas. Enfin je suppose hein, j'ai jamais testé, cru-t-il bon de préciser.
- Mais s'il ne m'aime pas…
- Impossible, le coupa Eiji. J'en mettrais ma main à couper au feu.
Koki sourit à cette réplique. Lui n'en était pas si sûr que ça, mais Eiji avait raison, s'il ne se confessait pas, il ne saurait jamais ce que Kazuya pensait.
- Tu te vois coucher avec lui ? demanda soudain Eiji tout à trac.
Koki ne put s'empêcher de grimacer.
- Ça ne va pas non ?! On parle de Kazuya là ! s'exclama-t-il.
- Pourtant si vous sortez ensemble faudra bien que tu y passes, s'amusa Eiji.
Koki en resta sans voix. Il n'avait jamais vraiment pensé à ce genre de choses. Est-ce qu'il était prêt à coucher avec un autre homme ? Et puis comment… comment…
- Fais-moi penser à t'offrir un porno gay, plaisanta Eiji.
- Eiji ! protesta Koki, limite choqué.
- Bah quoi, faut bien que tu apprennes non ? se justifia son ami avec un sourire espiègle.
- Stop, arrête, je ne veux pas parler de ça, s'écria Koki en se relevant.
Il balança sa canette vide dans la poubelle et s'apprêtait à redescendre quand une idée traversa son esprit.
- Et je ne suis pas gay ! s'exclama-t-il avant de passer la porte sous les rires de son ami.
