Assis dans le train presque désert à cette heure tardive, Kazuya piaffait d'impatience. Il rentrait enfin chez lui après deux jours d'absence, et tout ce qu'il voulait à ce moment, c'était revoir Koki le plus vite possible. Même si tout s'était plutôt bien passé au cours de ces deux jours, il avait hâte de retrouver son environnement familier.

Leur équipe avait gagné un seul match sur les deux, mais Kazuya s'était surpris à ne pas s'en inquiéter. Après tout ils étaient bien placés et il restait un mois pour conforter leur position. Le coach l'avait fait jouer quelques fois, mais rien de comparable au match précédent, et Kazuya en était plutôt rassuré. Il n'aimait pas qu'on se repose ainsi sur lui, n'estimant pas mériter cette confiance. Du côté de ses coéquipiers, tout s'était bien passé également. Il n'avait eu droit à aucune remarque ni aucun reproche, et Hayato-kun était maintenant là pour lui tenir compagnie.

Enfin arrivé à son arrêt, il descendit du train et prit la direction de chez lui. Tout en marchant, il envoya un message à Koki lui disant qu'il serait bientôt chez lui et qu'il n'avait pas à s'inquiéter. Il rangea son portable dans sa poche avant d'avoir reçu une réponse et commença à monter l'escalier menant à son appartement. Mais à mi-chemin, il découvrit deux hommes attendant devant sa porte. Il soupira, perdant son sourire. Ne pouvaient-ils pas le laisser tranquille ? N'avait-il pas fait tout ce qu'il avait à faire ? Prenant son courage à deux mains, il monta les dernières marches et alla à leur rencontre. Il ne pouvait de toute façon pas les éviter, ils étaient bien trop tenaces pour ça.


De son côté, Koki était tout aussi impatient que son ami. Alors quand il reçut son message, il en sauta presque de joie et d'excitation. Il avait commencé à lui écrire une réponse, mais après réflexion, il effaça les quelques mots. Il avait envie de le voir. Il ne voulait pas attendre le lendemain. Il réfléchit encore quelques instants, se demandant si Kazuya ne lui en voudrait pas trop de le déranger à cette heure-là alors qu'il devait être fatigué. Mais se disant que de toute façon il ne resterait pas longtemps, il craqua et enfila ses chaussures et attrapa ses clés avant de sortir.

Il recommençait à douter de sa décision quand il arriva finalement en vue de son immeuble. Mais soudain, il s'arrêta. Deux hommes à l'apparence louche, qui ressemblaient étrangement à ceux qu'il avait déjà vu tourner autour de Kazuya, descendaient les marches en parlant entre eux. Il ne savait pas s'ils venaient de chez son ami, mais il n'aimait pas ça. Sitôt les hommes hors de vue, il se dépêcha de parcourir les quelques mètres restants et escalada quatre à quatre l'escalier avant de frapper trois coups à la porte de son ami.

Celui-ci ouvrit rapidement et fut surpris en le voyant sur le palier. Koki se rassura légèrement en remarquant qu'il n'y avait aucune trace d'agacement sur son beau visage. Au contraire, un grand sourire illumina ses traits et il l'attira à l'intérieur avant de se jeter dans ses bras.

- Tu m'as tellement manqué, confessa Kazuya en resserrant son étreinte.

- Toi aussi tu m'as manqué, répondit Koki en souriant.

Il n'avait apparemment aucune raison de s'inquiéter. Mais l'image des deux hommes lui revint à l'esprit et il repoussa doucement Kazuya.

- Il y avait deux hommes louches qui partaient quand je suis arrivé, déclara-t-il les sourcils froncés.

- Ah bon ? s'étonna Kazuya.

- Oui, ils descendaient l'escalier.

- Ce n'était pas chez moi, répondit-il. Peut-être des voisins ?

- Hm, peut-être, concéda Koki.

Il avait l'impression que Kazuya lui cachait quelque chose et ses craintes se renouvelèrent. Il se rappela cette fois où il avait vu des hommes comme ceux-là l'accoster dans la rue et lui prendre vraisemblablement de l'argent. Il n'aimait pas ça, mais ne pouvait pas non plus le forcer à se confier.

- Tu es sûr que tout va bien ? demanda-t-il tout de même.

- Bien sûr, répondit Kazuya en souriant. Enlève tes chaussures et rentre, j'ai quelque chose pour toi.

Un peu rassuré, il obéit puis entra dans le salon. Kazuya l'attendait, assis dans son canapé. Il s'installa à côté de lui, mais avant que son ami n'ait pu dire quoi que ce soit, il tourna son visage vers lui de ses doigts et l'embrassa tendrement. Il sentit Kazuya sourire contre sa bouche avant d'approfondir le baiser et d'entourer son cou de ses bras. Encouragé, Koki passa les siens autour de sa taille et le rapprocha encore plus, désireux de plus de contact entre leurs corps. Kazuya fit alors une chose à laquelle il ne s'attendait pas. Sans rompre un seul instant le baiser, il passa une jambe au-dessus des siennes et s'installa à califourchon sur ses genoux. Koki posa alors ses mains sur ses hanches, appréciant cette nouvelle position, tandis que celles de Kazuya se perdirent dans sa tignasse brune.

Ce n'est que de longues minutes plus tard qu'ils reprirent leurs esprits et leurs souffles. Se tenant d'une main à son épaule, Kazuya se retourna et attrapa une petite boîte sur la table basse.

- Désolé, ce n'est pas grand-chose, s'excusa-t-il en la lui tendant.

- Tu n'avais pas le temps, tu n'aurais même pas dû m'acheter quelque chose, remarqua Koki, gêné.

- Mais je voulais te ramener quelque chose, se justifia Kazuya avec une moue adorable dont il avait le secret.

- Merci, ça me touche beaucoup, sourit alors Koki.

Il déposa un baiser sur son front tout en prenant la petite boîte. A l'intérieur, se trouvaient des momiji manju*. Il attrapa un petit gâteau et l'enfourna en entier dans sa bouche, faisant rire Kazuya.

- Ils viennent d'Hiroshima, précisa ce dernier en le regardant manger avec joie.

- Ils sont super bons, apprécia-t-il la bouche pleine.

Il en prit un autre et le présenta devant les lèvres de son ami. Après une légère hésitation, celui-ci les ouvrit et Koki y glissa le manju.

- C'est vrai qu'ils sont bons, reconnu Kazuya après avoir avalé sa bouchée.

Koki rit à son tour puis déposa la boîte et le reste de son contenu sur le canapé à côté de lui.

- C'est toujours bon pour demain ? s'enquit-il alors.

- Bien sûr, j'ai hâte d'y être, s'enthousiasma Kazuya.

- Moi aussi. Ça te va si je passe te prendre à 11h ? Ça te laissera le temps de te reposer.

- C'est parfait, répondit Kazuya, une fois de plus touché par l'attention que Koki lui portait.

- Dans ce cas je vais te laisser, il est déjà tard.

Mais Kazuya refusa de le laisser partir avant d'être rassasié de ses baisers, et Koki le quitta finalement presque une demi-heure plus tard.


A l'heure dite le lendemain matin, Koki frappa une nouvelle fois à la porte de son ami, un volumineux panier à la main. Il avait tout préparé depuis la veille et s'était levé tôt ce matin, impatient qu'il était de retrouver Kazuya. La porte mit quelques instants à s'ouvrir, et il eut tout juste le temps d'apercevoir le visage de son ami avant qu'il ne disparaisse dans l'appartement.

- Entre, j'arrive ! lança la voix de Kazuya en provenance du salon.

Koki obéit mais resta dans l'entrée. Il se sentait encombré et un peu stupide avec son panier dans les mains. Il se balança d'un pied sur l'autre en l'attendant, soudain nerveux. Finalement, Kazuya revint après quelques minutes, un sourire lumineux aux lèvres. Sans descendre la petite marche menant à l'entrée, il se pencha pour entourer ses bras autour du cou de Koki et l'attira à lui pour lui souhaiter la bienvenue comme il se devait. Ce dernier fut un peu frustré de n'avoir qu'une main de libre à poser sur ses hanches mais n'en dit rien. Il aurait sûrement d'autres occasions dans la journée.

Ils sortirent rapidement de l'immeuble et c'est sous un soleil éclatant qu'ils se dirigèrent vers la rivière. Ils marchaient l'un à côté de l'autre, sans toutefois oser se tenir la main de peur du regard des passants. Mais ils ne s'en souciaient pas trop, le plus important étant d'être ensemble, et de parler gaiement de tout et de rien comme ils le faisaient. Ils discutaient des deux derniers matches de Kazuya quand ils arrivèrent en vue du pont. Ils quittèrent alors le chemin et suivirent lentement la berge jusque sous le saule pleureur.

Là, Koki sortit une couverture de son panier et l'étendit dans l'herbe avant d'inviter Kazuya à s'y asseoir. Celui-ci l'avait regardé faire avec un sourire attendrit aux lèvres, et il n'en disparut pas alors qu'ils s'installaient.

Assis côte à côte, ils discutèrent tranquillement en regardant le courant défiler devant leurs yeux. Mais bientôt, l'estomac de Kazuya protesta bruyamment. Et alors que le jeune joueur rougissait de cette manifestation embarrassante, Koki, lui, sortit de son panier ce qu'il avait passé une bonne partie de la veille et de ce matin à préparer.

Il posa la grande boîte à bento sur la couverture et sépara les trois étages pour révéler leurs contenus aux yeux ébahis de Kazuya. Devant lui s'étalait toute sorte de nourriture, des légumes, des onigiri, des petites saucisses en forme de poulpe… Tout était savamment placé et décoré et c'était un régal pour les yeux. Koki avait même mis quelques piques décoratives en forme de petits cœurs. Kazuya n'avait jamais vu un bento aussi beau, et il se sentit incroyablement touché par cette attention.

- C'est magnifique ! réussit-il enfin à dire. Mais il ne fallait pas, tu as du y passer du temps.

- Un peu, avoua Koki. Mais ce n'est pas grave ça.

Il lui offrit son plus beau sourire et Kazuya compris qu'il était inutile d'insister. Il avait l'air tellement heureux de sa réaction qu'il ne voulait pas lui gâcher son plaisir en protestant plus.

- Merci, dit-il alors. C'est le plus beau bento qu'on m'ait jamais fait.

Pour corroborer ses mots, il se pencha vers son beau cuisinier et déposa un rapide baiser sur ses lèvres.

- Vas-y, commence, invita celui-ci d'un geste de la main, son sourire ne semblant pas vouloir s'évanouir de sitôt.

Kazuya attrapa donc une paire de baguette et s'empara d'un peu de kimpira** de carottes qu'il enfourna dans sa bouche. Il sentait le regard de son ami sur lui, mais il n'eut pas à forcer sa réaction. C'était délicieux ! Il le lui dit sans tarder et le sourire sur les lèvres de Koki sembla encore s'élargir. Il le lui rendit aussitôt avant de protester qu'il était le seul à manger. Son ami se joignit alors à lui et ils mangèrent tout en plaisantant et se complimentant.

Une bonne partie de la boite disparut dans leurs estomacs avant qu'ils ne rendent les armes et posent leurs baguettes. Ils rangèrent rapidement ce qu'il restait pour faire un peu de place sur la couverture. Une douce torpeur les envahit. Le temps était tellement agréable que Kazuya décida de s'allonger un moment pour en profiter. Il se positionna devant Koki et se laissa aller contre son torse. Son ami passa immédiatement ses bras autour de ses épaules pour le maintenir contre lui. Kazuya soupira de bonheur et ferma les yeux.

Il laissa tous les bruits environnants l'envahir, mais celui qui l'apaisa le plus fut celui du cœur de Koki qui battait doucement à son oreille. Une main vint caresser tendrement ses mèches châtaines et si Koki n'avait pas parlé, il se serait certainement endormi.

- Tu es fatigué ? Tu veux rentrer ? demanda-t-il doucement.

Kazuya secoua lentement la tête, n'arrivant pas à se décider à parler. Le silence reprit. Kazuya perdit le compte du temps. Il ne dormait pas vraiment, mais était tout de même assoupis, les yeux fermés. Au bout d'un moment cependant, il rouvrit les yeux et tenta de se replacer. Il commençait à avoir mal au dos dans cette posture. Il se redressa alors en position assise. Il voulut s'écarter de Koki, mais celui-ci ne le lui permit pas. Il passa ses bras cette fois-ci autour de sa taille et une nouvelle fois il l'attira contre lui. De nouveau, Kazuya se laissa aller contre son torse.

- Tu ne m'as jamais parlé de ta famille, remarqua-t-il après quelques minutes.

Il savait qu'en lui demandant cela, il aurait sûrement à parler de la sienne. Il n'aimait pas parler de sa famille et se rappeler tous ces souvenirs, mais Koki avait le droit de savoir et il ne voulait pas lui cacher non plus.

- Il n'y a pas grand-chose à dire, répondit Koki après quelques instants de réflexion.

Il fit une pause et Kazuya lui laissa du temps pour continuer.

- Mon père est mort dans un accident de voiture quand j'avais 8 ans. Et ma mère l'a suivi à peine quelques mois après en donnant naissance à mon petit frère.

- Oh, tu as un frère ? demanda Kazuya, étonné.

- Non, il n'a pas survécut.

Kazuya se sentit mal de sa réflexion.

- Désolé.

- Tu n'as pas à t'excuser. Tu ne pouvais pas savoir, reprocha gentiment Koki. Et puis ça fait longtemps maintenant alors ça va.

- Mais tu as quand même perdu toute ta famille en peu de temps, remarqua tristement Kazuya.

- Hm, c'est vrai que pour un enfant c'est dur de perdre ses deux parents presque en même temps.

- Qu'est-ce que tu es devenu après ? Tu es allé dans un foyer ?

- Non, mes grands-parents m'ont recueilli et élevé jusqu'à ce que je puisse me débrouiller seul. J'étais bien traité et j'étais heureux.

- Tu les vois encore ?

- Non, ils sont morts eux aussi.

- Oh, alors tu n'as plus de famille ?

- Non, répondit Koki en souriant. Mais j'ai trouvé une autre famille, mes amis. Il faudra que je te les présente un jour.

- Ce serait super, approuva Kazuya. Tu les connais depuis longtemps ?

- La plupart depuis le collège ou le lycée. On est une sacrée bande qui fait un peu peur, mais ils ne sont pas méchants, s'amusa Koki en pensant à chacun d'entre eux.

- Comme toi…

- Quoi ? Tu insinue que je fais peur ? plaisanta Koki en pinçant la hanche de Kazuya.

Celui-ci glapit de surprise avant de répondre.

- Au début oui, tu me faisais peur, avoua-t-il d'une petite voix. Mais maintenant je te connais alors je n'ai plus peur.

Il crut que son ami allait s'indigner à cette révélation, mais il se surprit à l'entendre rire. Il se détendit alors et sursauta presque quand il déposa doucement ses lèvres sur sa tempe.

- Et toi ? demanda Koki après un instant de silence.

- Moi ?

- Ta famille ?

- Ah, c'est un peu comme toi. Ma mère est morte quand j'avais 5 ans, je ne me souviens quasiment pas d'elle.

- Elle est morte de quoi ? demanda Koki en voyant que Kazuya ne continuait pas.

- On m'a dit que c'était de maladie, mais je ne sais pas laquelle.

- Et ton père ?

- Il est mort il y a deux ans. De maladie aussi on peut dire. C'est la cigarette et l'alcool qui l'ont tué.

Koki ne fit aucune remarque, mais le ton de Kazuya avait changé. Quand il avait parlé de sa mère il avait pu ressentir sa tristesse. Mais maintenant qu'il parlait de son père aucune émotion ne troublait sa voix, comme si peu lui importait qu'il soit mort. Mais jugeant qu'il avait déjà posé suffisamment de questions et que s'il voulait en parler Kazuya le ferait de lui-même, il se contenta de resserrer son étreinte autour de sa taille et de déposer un nouveau baiser sur sa tempe.

Après quelques minutes d'un silence pesant, Koki tenta de détendre l'atmosphère.

- Ça te dit un peu d'exercice ? demanda-t-il.

- D'exercice ?

Il ne répondit pas mais tendit la main vers le panier. Il en sortit une balle et deux gants de baseball.

- On se fait des balles ?

A ces mots, Kazuya se redressa et se retourna vers lui, s'asseyant à genoux. Un grand sourire illuminait son visage.

- Oui, je veux te voir jouer, s'exclama-t-il. Tu m'as dit que tu avais fait du baseball avant, je veux voir ça !

Koki se mit à rire devant son enthousiasme.

- Ne t'attends pas à grand-chose, je ne suis pas aussi doué que toi. Et puis moi j'étais batteur, pas lanceur.

- C'est pas grave ça, balaya Kazuya en souriant.

Il se pencha vers Koki et posa ses lèvres contre les siennes avant de se relever et d'attraper un gant et la balle. Il s'éloigna de quelques pas puis s'arrêta et se retourna.

- Alors ? Tu viens ? s'enquit-il en le voyant toujours assis sur la couverture en le regardant.

Il aimait tellement le voir si heureux et si souriant que Koki avait perdu ses moyens l'espace d'un instant. Mais il reprit ses esprits et se leva à son tour avant de rejoindre Kazuya. Ils se placèrent à quelques mètres de distance l'un de l'autre puis commencèrent à se lancer la balle.

- Tu te débrouilles bien, remarqua le jeune joueur après quelques instants.

Il commença alors à lui lancer des balles un peu plus difficiles ou vicieuses, et Koki arriva à les attraper à chaque fois. Au bout d'une heure cependant, ils commencèrent à fatiguer et firent une pause. Le thé glacé que Koki avait apporté les rafraichit agréablement.

- Quoi ? demanda Kazuya en sentant le regard de son ami fixé sur lui.

- Rien, s'empressa de répondre Koki. Juste que je ne t'ai jamais vu aussi heureux en faisant du baseball.

Le visage de Kazuya sembla se rembrunir à cette remarque et Koki perdit son sourire.

- C'est parce que c'est amusant avec toi. Là-bas il y a tellement de pression.

Koki se rapprocha de Kazuya et posa une main réconfortante sur son épaule.

- Il faut toujours s'améliorer, toujours s'entrainer, être meilleur que les autres, continua le jeune joueur. Je ne pense pas que ce soit fait pour moi.

Il avait murmuré les derniers mots, la tête baissée. Koki se sentit attristé de l'entendre dire ça.

- C'est parce que c'est ta première saison, c'est normal. Il faut que tu t'y fasses. Mais tu verras, ça ira mieux l'année prochaine, tenta-t-il de le réconforter.

- Je ne pense pas, objecta Kazuya. Tu sais, je n'aime plus le baseball comme avant. Avant j'aimais lancer la balle, ça me rendait heureux. Mais maintenant c'est devenu une obligation. Juste une obligation.

Le cœur serré Koki ramena son ami contre lui. Il le laissa blottir son visage dans son cou. Il était secoué. Il n'avait jamais pensé que le baseball puisse être un tel fardeau pour lui. Est-ce qu'il n'était pas assez fort mentalement pour résister à la pression et à l'entrainement intensif que supportaient les joueurs professionnels ? Ou bien est-ce que le comportement passé de ses coéquipiers envers lui y était pour quelque chose ?

- Je crois que je ne renouvellerais pas mon contrat, avoua la voix étouffée de Kazuya.

- Tu abandonnes ? Tu ne veux pas attendre un peu, voir comment ça va se passer si tu continues ?

Son ami se dégagea de son étreinte et il put voir son visage. Ses yeux étaient imbibés de larmes qui refusaient de s'écouler.

- Je ne veux plus jouer au baseball comme ça Koki. Je veux l'apprécier à nouveau. Je veux pouvoir regarder les matches à nouveau en sentant cette flamme en moi. Et je n'y arriverais pas si je reste là.

- C'est dommage d'abandonner maintenant alors que tu as réussi à devenir pro là où tant d'autres échouent. Même si je comprends ce que tu peux ressentir, constata Koki en se rappelant son propre rêve.

- Mais moi je n'ai jamais voulu devenir pro, confia désespérément Kazuya en laissant enfin ses larmes se déverser. Je n'ai jamais voulu…

Koki le regarda un instant bouche bée avant de le prendre une nouvelle fois dans ses bras. Il n'aimait pas le voir pleurer ainsi, cela lui rappelait trop de mauvais souvenirs.

- Pourquoi tu as passé les sélections alors ? demanda-t-il prudemment.

A cette question, Kazuya se dégagea une nouvelle fois de son étreinte et plongea son regard dans le sien. Il semblait tout à coup paniqué, et il ouvrit la bouche pour commencer à parler avant de la refermer rapidement.

- Je… Je ne peux pas t'en parler…

- Kazuya, tu sais que tu peux me faire confiance, l'encouragea Koki.

- Je sais mais je… je ne suis pas prêt à te le dire, désolé.

- Mais tu m'en parleras un jour ?

- Bien sûr ! s'exclama Kazuya comme si c'était évident. C'est juste que… pas maintenant.

- D'accord, soupira Koki. J'attendrais.

Kazuya sembla un instant soulagé qu'il abandonne l'idée de le faire parler.

- Je te le dirais un jour… bientôt, promit-il alors pour remercier sa confiance.

- Bien, n'en parlons plus alors, répondit Koki en forçant un sourire sur ses lèvres.

Il passa la paume de ses mains sur les joues de son ami pour effacer les traces de larmes. Il voulait à nouveau le voir sourire et il s'en voulait d'avoir plombé la bonne humeur de son ami. Mais il était content qu'il ait parlé de lui, de sa famille, de ses doutes. Cela montrait qu'il s'ouvrait à lui, qu'il lui faisait confiance.

- Je t'aime, murmura-t-il soudain avant de lui voler un baiser.

- Je t'aime aussi, répondit Kazuya.

Le cœur de Koki se réchauffa instantanément. C'était la première fois qu'il le lui disait véritablement. Kazuya sembla voir son émotion. Son visage devait le trahir.

- Oui, je t'aime, répéta-t-il en souriant. J'en suis sûr maintenant.

Plus heureux que jamais, Koki exprima sa joie et son amour en couvrant ses lèvres de baisers. Il ne pouvait plus s'arrêter. Il était tellement content qu'il avait envie de crier, de rire et de pleurer tout à la fois. Mais il n'en fit rien et se contenta de continuer à dévorer la bouche de son petit-ami. Celui-ci répondit rapidement à ses effusions, oubliant où ils se trouvaient, oubliant qu'on pouvait les voir et les juger. A cet instant plus rien ne comptait que la présence de l'autre à leur côté.

De longues minutes passèrent avant que Kazuya ne reprenne la parole. Il semblait avoir retrouvé sa bonne humeur et avoir oublié ses soucis.

- Tu ne m'as pas encore montré un vrai lancer, remarqua-t-il, taquin.

- Mais je t'ai dit que je n'étais pas doué au poste de lanceur, protesta Koki en bougonnant.

- Je ne veux pas le savoir, montre-moi ce que tu sais faire ! s'exclama Kazuya avant de se relever rapidement.

Koki le regarda un instant en souriant se placer dans la pelouse un peu plus loin. Finalement heureux de revoir l'homme qu'il aimait sourire et rire, il attrapa son gant et courut le rejoindre.


* momiji manju : petit gâteau en forme de feuille d'érable fourré à l'anko (pâte de haricot rouge sucrée), c'est un souvenir populaire d'Hiroshima.

** voir recette sur a-vos-baguettes(point)com