Le temps passa rapidement depuis ce jour où ils avaient appris un peu mieux à se connaitre. L'été était finalement partit, laissant place à un temps humide et frais. Les feuilles d'érables étaient rouges dans les arbres, et chaque nouveau jour se levait sur une brume épaisse qui ne se dissipait qu'en milieu de journée.

Pendant deux semaines, les matches se succédèrent pour les Giants. C'était la dernière ligne droite avant les résultats et les joueurs étaient sous pression. Koki ne voyait pas souvent Kazuya. Bien sûr, ils continuaient à manger ensemble le midi et ils faisaient le trajet ensemble sur la moto du technicien, mais sitôt arrivés, ils se séparaient et rentraient chacun de leur côté. Koki aurait aimé passer plus de temps avec lui, mais il voulait aussi le laisser se reposer tranquillement. Alors il ne disait rien. Il se contentait des moments passés en sa compagnie au centre.

Le temps s'étant dégradé, ils avaient dû trouver un endroit pour pouvoir déjeuner au sec et au chaud. Koki avait mis longtemps à trouver le lieu idéal. C'est en cherchant un outil qu'ils n'utilisaient pas souvent qu'il découvrit un réduit qu'il ne connaissait pas, ou du moins dont il avait oublié l'existence. Ils y stockaient tout ce qui servait peu mais qu'il était nécessaire de garder, ou bien du matériel cassé qui nécessitait des réparations.

L'endroit était assez grand et possédait même une fenêtre qui apportait de la clarté. Koki avait vite compris l'intérêt de ce réduit et avait rapidement demandé l'autorisation à Miura-san de pouvoir l'utiliser le midi. Ce dernier s'était empressé d'accepter. Non seulement il faisait confiance à Koki comme son propre fils, mais en plus il semblait avoir un faible pour Kazuya et ainsi vouloir mettre un point d'honneur à rendre sa vie plus agréable. Il avait vu de loin le rapprochement entre les deux hommes et était heureux de les voir si épanouit quand ils étaient ensemble. Koki avait toujours été bougon et un peu trop sérieux et fermé, mais depuis l'arrivée du jeune joueur, il avait changé, petit à petit, et était maintenant bien plus souriant et expressif.

Sitôt l'autorisation donnée, Koki avait commencé à aménager le réduit. Il avait dégagé suffisamment de place au centre de la pièce pour ne pas se sentir oppressé. Il avait même réparé un banc et rafistolé une petite table pour qu'ils puissent déjeuner confortablement. Il avait également acheté un petit chauffage électrique pour les jours où il ferait trop froid.

Quand il y avait conduit Kazuya le premier jour, il avait vu le sourire éclatant sur son visage, et s'était sentit fier de lui et de sa découverte. D'autant plus qu'une fois la porte fermée, ils disposaient de toute l'intimité dont ils pouvaient rêver sans avoir peur d'être dérangés. La fenêtre était bien trop haute pour voir de l'extérieur et la porte suffisamment bruyante pour les prévenir d'une intrusion éventuelle. Et Kazuya l'avait vite compris puisqu'il s'était jeté à son cou aussitôt cette dernière refermée. Sans jamais le lui avoir dit, Koki avait compris que son petit ami redoutait devoir aller manger avec ses coéquipiers, et même si leurs relations s'étaient améliorées, il lui rebutait de passer encore plus de temps avec eux. Kazuya s'en était excusé une fois auprès d'Hayato-kun, mais celui-ci l'avait rassuré en lui disant qu'il avait des amis parmi leurs équipiers et qu'il était heureux que Kazuya puisse passer du temps avec son petit ami en toute discrétion. Il n'avait alors pas insisté et se rendait chaque jour en souriant vers les locaux techniques.

Tout en mangeant, ils avaient pris l'habitude de discuter, d'échanger leurs opinions, leurs goûts. Ils avaient appris à se connaitre et à se comprendre et leur lien ne s'en était que renforcé. Pourtant, ils n'avaient pas reparlés de leurs familles, et Koki n'avait jamais demandé à Kazuya de s'expliquer. Il voulait savoir ce qu'il s'était passé dans la vie de Kazuya pour qu'il soit ainsi forcé à devenir pro, mais il n'osait pas le lui demander. Kazuya lui avait promis qu'il lui en parlerait alors il attendait patiemment qu'il se décide à le faire de lui-même. Plusieurs fois il avait cru que le jeune homme allait se confier, avant qu'il ne change de sujet au dernier moment. Mais il avait décidé qu'il ne le forcerait pas alors il ne disait rien et le suivait dans sa conversation.

Ce jour-là, Kazuya lui avait rappelé qu'il aurait droit à son jour férié lors de l'équinoxe d'automne. Parfois, même les journées fériées ils devaient venir au centre et s'entrainer, mais le coach avait décidé que ce repos ferait du bien à son équipe. Il aurait besoin d'eux pour la fin des sélections et ensuite pour les playoffs alors il voulait les ménager un peu.

Cette année, cela tombait un lundi, leur octroyant deux jours de congés successifs. Et c'était tout ce qu'ils attendaient. Ils commencèrent donc à parler de leur voyage au Mont Fuji avec excitation et empressement. Ils étaient tombés d'accord pour séjourner dans un onsen aussi proche du Mont que possible, ne restait plus qu'à trouver cette perle rare.

Les jours suivant, ils passèrent presque tout leur temps de pause dans les revues touristiques et les catalogues publicitaires. Ils trouvèrent finalement un établissement qui correspondait à tout ce qu'ils recherchaient : une vue sur le Mont Fuji, des chambres traditionnelles, et Koki avait même insisté pour avoir un bain extérieur privatif. Il connaissait la timidité de Kazuya et ne voulait pas qu'il se sente gêné d'avoir à aller dans les bains collectifs. Bien sûr ce choix avait un coût mais ils s'étaient mis d'accord pour partager les frais afin de ne pas avoir à renoncer à quelque chose à cause de son prix.

Une semaine avant le jour tant attendu, Kazuya s'attarda le soir au garage. Ils avaient réussis à rentrer un peu plus tôt que d'habitude, et le jeune joueur semblait moins fatigué.

- J'ai hâte d'y être, s'exclama celui-ci avec animation.

Koki ne prit même pas la peine de demander de quoi il parlait. Leur prochain voyage était presque l'unique sujet de conversation de son petit ami ces derniers jours. Mais Koki était tellement heureux de le voir comme ça qu'il ne disait rien. Il ne voulait pas risquer de lui enlever sa bonne humeur ni son enthousiasme.

- Moi aussi, se contenta-t-il donc de répondre en souriant, pour ce qui lui sembla être la dixième fois de la journée.

- Faudra être sage hein les tourtereaux, s'éleva une voix au-dessus d'eux.

Ils levèrent la tête d'un même geste pour découvrir Eiji qui les regardait depuis l'une des fenêtres de l'étage.

- C'est que ce genre de voyage, c'est propice à l'égarement charnel, insinua-t-il en prenant un malin plaisir à voir Kazuya rougir comme une tomate.

- Ta gueule Eiji ! lança Koki en le regardant avec des yeux noirs.

- Houlà, t'énerve pas, moi je dis ça je dis rien… mais pense à amener ce qu'il faut au cas où, ajouta Eiji en tirant la langue avant de disparaitre.

Il récolta quelques insultes bien colorées, mais tout de même amicales, de la part de Koki avant de les entendre à nouveau parler entre eux.

- Désolé, il est vraiment lourd parfois, disait Koki.

- J'temmerde ! cria-t-il alors pour agacer son meilleur ami.

- Comme je disais il est parfois lourd, continua le technicien. Tu veux venir à la maison ? On pourrait dîner ensemble...

- Bonne idée, s'empressa d'accepter Kazuya.

Il sentait ses joues le brûler et il savait qu'il devait être écarlate. Ils n'avaient jamais abordé le sujet avec Koki. Et même si au fond de lui il voulait aller plus loin, il avait encore peur de cette inconnue.

Il suivit rapidement son ami qui se dirigeait déjà vers la sortie, et il était sur le seuil quand il entendit la voix d'Eiji de l'intérieur.

- Eh les gars ! M'ignorez pas merde, je déconnais ! Revenez…

Mais aucun des deux ne lui répondit et ils prirent la direction de chez Koki. Le temps était frais et ils marchèrent rapidement et en silence. Cependant, sitôt arrivés dans la chaleur de l'appartement de Koki, celui-ci s'excusa.

- Désolé, j'ai dû lui en parler, c'est lui qui gardera Yuki.

- Tu n'as pas à t'excuser, répondit Kazuya. Ce n'est pas un secret.

- Oui mais on aurait évité ce genre de réflexion douteuse, insista Koki.

- Ce n'était pas bien méchant…

- Mais embarrassant oui, s'amusa Koki.

Il en riait à présent mais lui aussi s'était sentit gêné par les insinuations de son ami. Parce qu'il y pensait. Ces derniers jours, chaque fois qu'ils s'embrassaient, et que Kazuya laissait ses mains parcourir son corps, il tremblait presque d'envie et d'excitation. Il avait rapidement contourné le fait qu'ils étaient tous les deux des hommes et il mourrait d'envie d'aller plus loin. Pourtant, l'appréhension et la volonté de ne pas précipiter ni forcer Kazuya l'arrêtait à chaque fois.

Il écarta ces pensées de son esprit et se dirigea vers son frigo en quête de quoi préparer le dîner qu'il avait promis à Kazuya. Il n'avait pas réfléchit en l'invitant et il n'était pas sûr d'avoir de quoi cuisiner. Cela se confirma sitôt qu'il en eut ouvert la porte. Les étagères étaient quasiment vides. Il soupira alors et se retourna vers son ami qui le regardait avec une expression interrogative au visage.

- Ça te dit une pizza ? demanda-t-il alors en faisant une moue coupable.

Kazuya éclata de rire avant d'accepter.

- Tu devrais vérifier le contenu de ton frigo avant d'inviter les gens, taquina-t-il alors qu'ils s'installaient sur le canapé avec une publicité de vendeur de pizza.

- Désolé, s'excusa piteusement Koki.

Mais attendrit devant son attitude fautive et honteuse, Kazuya craqua rapidement.

- Je plaisante ! Une pizza me va très bien, ça fait longtemps que je n'en ai pas mangé.

Et pour se faire pardonner, il déposa un rapide baiser sur la joue de Koki avant de prendre en main le dépliant afin de choisir leur dîner. Il vit du coin de l'œil son ami sourire puis se pencher vers lui pour pouvoir lui aussi lire.

Ils allumèrent la télévision tout en attendant la livraison de leur repas, puis mangèrent dans le canapé. Mais quand il fut l'heure pour Kazuya de rentrer chez lui, il continuait à s'attarder, répugnant à quitter Koki. Comprenant son problème et n'ayant de toute façon pas envie de le laisser partir, ce dernier lui proposa de dormir chez lui. Kazuya retrouva immédiatement le sourire et s'empressa d'accepter sa proposition.

Quelques minutes plus tard, Koki était allongé sur son lit, les yeux fermés, écoutant distraitement les bruits que faisait Kazuya dans la salle de bain juste à côté. Ce n'était pas la première fois qu'ils dormiraient ensemble, mais il se sentait nerveux. Il avait peur que ses envies prennent le dessus sans qu'il ne puisse se contrôler. Il avait peur de faire le geste de trop qui perturberait Kazuya et l'éloignerait de lui.

Mais malgré tout, quand il tentait de s'imaginer ce que cela pourrait être de faire l'amour avec Kazuya, il sentait l'appréhension lui nouer l'estomac. Même s'il le désirait de plus en plus, il n'était pas encore prêt à passer cette étape. Ces deux sentiments contradictoires le laissaient perplexe et indécis. Il ne savait plus comment se comporter et la tension monta de plus en plus en lui. Peut-être était-ce une mauvaise idée de lui avoir proposé de rester cette nuit. Pourtant, quand il se souvint de son visage qui s'était illuminé à son offre, il ne pouvait qu'être heureux de son choix.

Il entendit la porte s'ouvrir et se refermer, et bientôt le pas de velours de Kazuya entra dans la chambre. Il sentit le lit s'affaisser doucement sous le poids de son ange, et bientôt il perçut son souffle chaud sur sa joue avant que ses lèvres ne la frôlent doucement. La main de Kazuya se posa sur ses abdominaux et il le sentit s'allonger contre lui, posant sa tête sur son épaule. Ses doigts vinrent caresser sa mâchoire et il ouvrit enfin les yeux. Il tomba sur son regard noisette qui avait à cet instant un éclat particulier.

Il se laissa faire quand Kazuya se tendit afin de pouvoir poser sa bouche contre la sienne. Le premier baiser fut chaste et innocent, pourtant, Koki pouvait sentir tant d'amour et d'affection dans ce geste que son cœur manqua un battement avant de prendre une course effrénée. Mais il n'eut pas le temps de reprendre ses esprits que Kazuya s'empara une nouvelle fois de ses lèvres. Cette fois-ci, l'échange fut plus passionné et la langue de son ami se glissa bientôt dans sa bouche. Koki répondit alors sans plus réfléchir ni se poser de questions. Peut-être que c'était mieux ainsi après tout, vivre le moment présent et voir où cela les mènerait. Kazuya en tout cas ne semblait pas se poser autant de questions.

Son cœur vacilla à nouveau quand il le sentit s'installer à califourchon sur son corps. Il frissonna quand ses mains se faufilèrent sous son t-shirt et commencèrent à frôler doucement la peau chaude de son torse. Instinctivement, Koki posa ses mains sur les jambes qui prenaient appuis de chaque côté de son corps. Puis il les remonta jusqu'à ce qu'elle trouve leur place sur les hanches fines mais puissantes de Kazuya. Et pendant tout ce temps, leurs bouches continuaient à se dévorer et s'apprivoiser.

Ils perdirent tous deux le compte du temps, mais durent finalement se séparer pour retrouver un peu de souffle. Kazuya posa son front contre le sien, et frotta doucement son nez contre celui de Koki. Il déposa un tendre baiser sur sa joue avant de s'éloigner légèrement pour pouvoir capter son regard.

- Ce que disais Eiji tout à l'heure…, commença-t-il sans vraiment trop savoir comment aborder le sujet.

- N'y fait pas attention, le coupa Koki d'une voix douce. On a tout notre temps.

- Mais…

Comprenant que Koki allait une nouvelle fois l'interrompre, il le fit taire d'un doigt sur ses lèvres.

- J'ai besoin de savoir ce que tu en penses, continua-t-il.

- Ce que j'en pense ?

- Hm, est-ce que… est-ce que tu as envie de le faire ? demanda-t-il d'une petite voix.

Il se sentait soudain bien moins sûr de lui ni d'avoir envie de connaitre la réponse.

- Bien sûr que j'en ai envie, répondit honnêtement Koki. Je te mentirais si je te disais que j'en ai pas envie, mais…

- Mais ? l'encouragea-t-il à continuer.

- Mais je ne suis pas encore prêt pour ça, avoua enfin Koki. Tu sais c'est… nouveau pour moi alors je me pose des questions.

Kazuya baissa le regard sur son torse et Koki se demanda ce qu'il pouvait bien penser.

- C'est nouveau mais tu en as quand même une expérience, remarqua tout bas son ami. Moi je… je n'ai aucune expérience… aucune.

Koki comprit alors ce qui tracassait son ami.

- Tu as peur ?

- Oui ça me terrifie, murmura-t-il presque honteux de ce qu'il pouvait ressentir.

Il sentit le regard de Koki sur lui alors il releva les yeux pour voir son expression.

- Mais… mais j'en ai envie quand même, s'exclama-t-il en voyant de la peine dans ses yeux chocolat.

Il fut rassuré quand son ami esquissa un sourire avant de passer ses bras autour de ses épaules pour le ramener contre lui. Kazuya se laissa alors aller contre son torse et enfouit son visage dans son cou, appréciant les caresses de son homme dans ses cheveux.

- On attendra le temps qu'il faudra, le rassura Koki. Rien ne presse.

- Mais, si tu es prêt avant moi comment tu…

- Shh…, j'attendrais que tu sois prêt tout simplement. Tu sais, ce n'est pas le plus important. Bien sûr c'est important, mais c'est encore plus important de passer du temps ensemble tout simplement, comme ce qu'on a fait jusqu'à maintenant. Je ne veux pas que tu crois que c'est quelque chose de plus gros que ce que ce n'est.

Kazuya acquiesça doucement de la tête. Il se sentait rassuré de savoir que Koki attendrait. Il avait confiance en lui et au fond il savait qu'il allait lui dire ça. Mais il ne pouvait s'empêcher de penser que, malgré toute la bonne volonté de Koki, il ne pourrait pas attendre indéfiniment. Et il ne savait pas quand il serait prêt. Peut-être qu'un jour Koki le quitterait parce qu'il en aurait eu marre d'attendre. Et c'était peut-être ce qui le terrifiait le plus. Alors il se dit qu'il réfléchissait sûrement trop. Qu'il devait se lancer et voir ce que cela donnerait. Après tout, c'était de Koki qu'il s'agissait, et il savait que s'il devait découvrir cela avec quelqu'un, c'était avec lui et personne d'autre. Alors pourquoi hésiter ?

- On devrait se mettre sous la couette, le coupa de ses pensées la voix de Koki. On va finir par attraper froid.

Il acquiesça à nouveau avant de se redresser et de suivre Koki sous les draps. Sitôt de nouveau allongés, il se colla contre son corps et soupira de bien être quand ses bras puissants l'entourèrent et le rapprochèrent encore plus de lui. Il réalisa à peine lorsque son homme éteignit la lumière et lui souhaita une bonne nuit. Il s'entendit murmurer quelque chose qui ne voulait probablement rien dire avant qu'il ne ferme les yeux et que le silence n'envahisse la chambre. Ils s'endormirent tous deux en quelques minutes, apaisés par la chaleur de l'autre.


Et le jour tant attendu arriva enfin. Kazuya se réveilla dans les bras de Koki au son du réveil qu'ils avaient programmés tôt. Il avait passé toutes les nuits de cette dernière semaine dans la chaleur aimante de son homme et il commençait à penser ne plus jamais vouloir se réveiller seul. Mais il n'eut pas le temps de profiter plus longtemps de ces pensées matinales et agréables. Koki se levait déjà. Il bougonna un instant à la perte de chaleur soudaine, mais ne put empêcher un sourire quand il sentit des lèvres contre les siennes. Il ouvrit alors finalement les yeux et fut accueillis par le visage souriant et rayonnant de Koki.

- Allez debout, lança celui-ci joyeusement. Plus vite on partira, plus longtemps on pourra en profiter.

Il disparut ensuite dans le salon et il l'entendit bientôt remuer casseroles et ustensiles de cuisine pour préparer le petit déjeuner. Kazuya s'assit dans le lit et se frotta les yeux pour en chasser le sommeil. Il sentit l'excitation monter en lui quand il réalisa pleinement que le jour qu'il attendait tant était finalement arrivé.

Il se leva à son tour et se dirigea vers la cuisine. Après l'avoir aidé dans les préparations, ils déjeunèrent rapidement avant de se préparer. Un peu plus d'une heure après s'être levés, ils se dirigeaient enfin vers le garage, main dans la main. Les rues étaient désertes à cette heure encore matinale, et le froid saisissant. Pourtant il n'y avait ni brumes ni nuages, promettant une belle journée ensoleillée.

Sitôt arrivés, ils chargèrent la moto avec les quelques bagages qu'ils emmenaient, puis enfilèrent leurs combinaisons et leurs casques et prirent la route. Kazuya s'accrocha fermement à la taille de Koki quand il démarra et se détendit ensuite pour faciliter la conduite de son ami. Ils auraient presque deux heures de route si tout se passait bien et Kazuya était impatient de voir de nouveaux horizons.

Ils sortirent assez rapidement de la capitale, évitant les embouteillages qui encombreraient bientôt les rues de Tokyo et passèrent un péage pour se retrouver sur une voie rapide. Kazuya ne vit pas vraiment le temps passer. Il regardait le paysage défiler à toute vitesse et quand il regardait légèrement sur sa gauche, il voyait le Mont Fuji se rapprocher doucement.

Au bout de quelques temps, Koki ralentit et Kazuya se demanda un instant ce qu'il se passait. Il regarda devant lui par-dessus l'épaule du conducteur pour se rendre compte qu'ils s'arrêtaient sur une aire de repos. Koki se dirigea vers la section réservée aux deux roues puis se gara et coupa le moteur. Il enleva son casque et fit signe à Kazuya de descendre. Ce dernier se redressa alors sur les marchepieds et se rendit soudain compte qu'il avait du mal à lever la jambe pour descendre. Sa jambe droite semblait être rigide et refusait de se plier. En s'appuyant sur l'épaule de Koki, il réussit néanmoins à retrouver le sol ferme. Il sentait ses jambes trembler un peu sous l'effort. Il enleva son casque tandis que son petit ami descendait à son tour de l'engin.

- Ça va ? demanda Koki mi amusé mi inquiet.

- Hm, j'ai l'impression d'avoir des jambes en béton mais à part ça tout va bien, répondit-il en souriant.

- C'est le froid. Je m'en doutais un peu, c'est pour ça que je me suis arrêté. Viens on va allez se réchauffer et boire un café.

Il montrait le magasin de l'aire qui semblait avoir un petit restaurant. Kazuya acquiesça et tenta de suivre Koki comme il put. Il avait l'impression de marcher comme un robot et d'être parfaitement ridicule alors que son homme se déplaçait tout à fait normalement juste devant lui. Au bout de quelques pas cependant, il le vit s'arrêter et se retourner.

- Tu y arrives ?

- Hm hm, marmonna-t-il en continuant d'avancer doucement.

Il vit Koki rire à nouveau en le laissant le rattraper. Une fois à son niveau, il passa un bras derrière lui et posa sa main dans le bas de son dos, l'aidant à avancer. Kazuya en fut reconnaissant et passa lui aussi son bras sur sa taille et s'accrocha à sa combinaison avec sa main.

- Ça va revenir rapidement ne t'inquiète pas, le rassura Koki gentiment.

Kazuya n'en était pas aussi sûr alors il ne répondit rien. Pourtant, arrivé à quelques mètres de l'établissement, il avait déjà l'impression de mieux marcher. Ils pénétrèrent à l'intérieur et ce n'est que lorsqu'il sentit la douce chaleur l'entourer qu'il réalisa à quel point il était frigorifié. Koki conseilla à Kazuya d'aller prendre une table pendant qu'il allait commander les boissons. Le jeune joueur ne se fit pas prier et en choisit une près de la grande baie vitrée. De là, il pouvait apercevoir la cime enneigée du Mont.

Quelques instants plus tard, Koki revint avec leur commande et s'installa à côté de lui. Ils prirent leur temps pour siroter leurs boissons et manger les viennoiseries que Koki avaient également achetées. Le technicien en profita également pour vérifier une nouvelle fois leur trajet sur la carte qu'il avait apportée.

- C'est encore loin ? demanda curieusement Kazuya.

- Encore une quarantaine de kilomètres. On sera arrivés dans moins d'une heure si tout va bien.

- Il est déjà tellement grand, murmura rêveusement Kazuya en regardant par la fenêtre.

- Et il le sera encore plus quand on sera arrivé, s'amusa Koki. Et demain je t'emmènerais au pied.

Kazuya tourna un regard extasié vers lui.

- Vraiment ?

- Oui, on ne va pas restés enfermés dans l'hôtel pendant deux jours quand même, rigola Koki.

Son ami reporta son attention sur le Mont. Il ne s'était jamais sentit aussi heureux qu'à cet instant. Il était avec Koki, loin de Tokyo, loin de ses problèmes, et il se sentait libre comme jamais.

Finalement, après un passage rapide par les toilettes, ils ressortirent et se dirigèrent vers la moto. Cependant, avant de remonter dessus, Kazuya farfouilla quelques minutes dans l'une des sacoches sous le regard interrogatif de Koki. Il en sortit son appareil photo et insista pour qu'ils se prennent en photo avec le Mont derrière eux. Kazuya voulait garder autant de souvenirs que possible de ce voyage et c'était d'après lui le bon moment pour commencer. Koki se laissa faire de bonne grâce et après être sûr d'avoir au moins un des clichés réussis, Kazuya rangea son appareil et ils purent repartir.

Et comme Koki l'avait dit, moins d'une heure plus tard ils rentraient dans la petite ville de Kawaguchiko, sur les bords du lac Kawaguchi. Ils traversèrent la ville en direction du lac et arrivèrent finalement sur le parking de l'hôtel.

Quelques minutes plus tard, Koki laissa Kazuya entrer le premier dans leur chambre. La pièce principale était vaste, avec devant eux une table basse et des coussins, et un peu plus loin, devant la fenêtre, un espace encore vierge qui accueillerait leurs futons dans la soirée. De la baie vitrée, on pouvait voir leur bain privatif qui fumait doucement dans la fraicheur de cette journée. Kazuya s'y précipita et ouvrit la vitre, puis laissa échapper une exclamation. Des parois en bois les protégeaient des regards indiscrets de chaque côté du bain, mais devant eux, le Mont Fuji se dressait fièrement au-dessus des arbres bas. Ils pourraient profiter des bienfaits de l'eau chaude tout en contemplant le sommet enneigé de la montagne.

Mais bientôt on frappa à leur porte pour venir leur préparer le thé offert lors de leur arrivée. Ils refermèrent alors la fenêtre et s'assirent à table pour le déguster. Aucun des d'eux n'avait vraiment envie de parler. Ils regardaient autour d'eux avec satisfaction et reportaient souvent leur attention sur le paysage extérieur.

Après avoir découvert la salle de bain, dans laquelle avait été déposés deux yukatas à leur intention, ils décidèrent d'aller se promener dans les jardins de l'hôtel jusqu'à l'heure du déjeuner qui ne tarderait plus. Un chemin serpentait parmi les arbres savamment taillés, les forêts de bambou et les petits bassins dans lesquels se languissaient quelques carpes koï. L'endroit était vraiment magnifique et ils en apprécièrent le calme après le bourdonnement du trajet. Ils avaient appris qu'ils étaient les premiers clients arrivés, même si d'autres étaient attendus dans la journée, alors ils s'autorisèrent quelques marques d'affection au cours de leur parcours.

Finalement, ils revinrent à leur chambre où on leur servit leur repas qu'ils dégustèrent avec appétit. Après qu'on les eut débarrassés, Koki installa les futons pendant que Kazuya se trouvaient encore devant la fenêtre. Il se sentait un peu fatigué par la route et avait décidé de se reposer un peu avant qu'ils ne ressortent se promener en ville.

Quand Kazuya se retourna après quelques minutes et qu'il vit que son homme était couché, il s'empressa de le rejoindre. Il n'était pas si fatigué que cela, n'ayant pas eu à subir la concentration de la conduite, mais il ne voulait pas perdre une occasion d'être près de lui.

Ils passèrent l'après-midi à visiter la petite ville et terminèrent leur promenade au bord du lac. La nuit commençait déjà à tomber quand ils prirent le chemin du retour vers l'hôtel. Le temps se rafraichissait aussi alors ils pressèrent le pas, d'autant plus qu'ils avaient décidé d'enfin profiter des bienfaits de leur bain privatif en rentrant. Rien de tel que de l'eau chaude pour détendre les muscles après la longue promenade qu'ils venaient de faire.