Les jours passèrent rapidement et la dernière ligne droite était à présent entamée. Les deux premiers matches avaient déjà été joués, accordant une victoire à chacune des deux équipes. Kazuya n'avait pas encore lancé, le coach souhaitant probablement le garder une nouvelle fois en réserve pour les dernières rencontres.

Cet après-midi-là, le troisième des six jeux se déroula sans grand danger pour les Giants. Cette fois-ci, Kazuya eut la possibilité de faire quelques lancers sous le regard de Koki. Ce dernier était heureux car tous les matches se déroulaient au Tokyo Dôme. Cela lui faisait certes du travail en plus et il ne comptait pas ses heures, mais il avait ainsi la possibilité de voir Kazuya jouer en direct, et il n'avait pas non plus à subir de séparation avec lui. Le seul inconvénient était que Kazuya devait attendre qu'il finisse son travail pour pouvoir rentrer. Il lui avait déjà dit de prendre le train, ou même un taxi, pour rentrer plus vite, mais il avait refusé fermement. Koki en était touché, mais aussi inquiété. Kazuya avait besoin de toute son énergie pour les quelques jours de compétition qui restaient, et ce n'était pas en l'attendant parfois des heures qu'il allait se reposer.

Le soir il rentra chez lui épuisé. Après trois matches consécutifs, le terrain commençait à souffrir et ils avaient dû refaire presque entièrement le monticule. Heureusement que toutes les équipes de techniciens étaient mobilisées sinon il y serait certainement encore. D'un geste las, il attrapa un reste dans le frigo et après l'avoir réchauffé au four à micro-ondes, il partit s'affaler dans son canapé. Pour combler le silence et la solitude, il alluma la télévision et tomba sur un programme qu'il aurait qualifié de débile en d'autres circonstances mais qui ce soir-là lui tint compagnie et le fit même rire une ou deux fois.

Lorsqu'il se termina, il se releva, la télécommande à la main pour éteindre la télé et aller se coucher, quand il se figea soudain. Un flash info était diffusé, relatant la chute de la famille Sugiyama. Un journaliste débitait un flot d'informations sur les activités du clan, et on pouvait apercevoir derrière lui ce qui ressemblait à un entrepôt ainsi que de nombreuses voitures de police, tout gyrophare allumé.

Même s'il s'était attendu à cette nouvelle depuis sa rencontre avec Hasegawa-san, Koki ne pouvait s'empêcher d'en être marqué. Cette réussite marquait la chute de la domination des yakuzas, auxquels le gouvernement faisait la chasse depuis maintenant plusieurs années. Bien sûr il en resterait toujours, mais des familles moins importantes et moins puissantes, donc moins dangereuses. Il commençait à réaliser que Kazuya allait maintenant pouvoir être tranquille quand on martela avec force à sa porte. Se demandant qui cela pouvait être à cette heure si tardive, il reposa la télécommande qu'il tenait toujours sur la table basse et se dirigea vers la porte d'entrée.

A peine celle-ci ouverte, il tomba sur le visage affolé de Kazuya. Il ne portait pas de manteau et semblait être partit précipitamment de chez lui.

- Qu'est-ce qu'il t'arrive ? demanda-t-il, inquiet qu'il se soit passé quelque chose.

- Les infos… tu as regardé les infos ? questionna Kazuya en tentant de retrouver son souffle.

Soudain rassuré, Koki acquiesça puis le fit entrer. Il referma la porte à clé derrière lui et le suivit dans le salon, où le journaliste continuait à expliquer en détails les années de traque de la police. Kazuya s'assit lourdement dans le canapé en fixant l'écran. Il paraissait vraiment sonné par cette nouvelle.

- Qu'est-ce qu'il va se passer maintenant ? l'entendit-il murmurer.

Attendri devant sa détresse, Koki vint s'asseoir à côté de lui et passa aussitôt un bras autour de ses épaules. Kazuya se laissa aller contre lui, le regard toujours braqué vers la télé.

- Qu'est-ce qu'il va se passer pour ma dette ? se demanda Kazuya après quelques minutes.

- Je suppose que tu n'auras plus à la payer.

- Plus du tout ? Mais je ne dois pas avoir fini de tout rembourser…

- Tu sais, maintenant ils ne vont plus vraiment avoir besoin d'argent, remarqua Koki. D'habitude ils viennent te voir pour que tu payes c'est ça ?

- Hm, ils devaient venir dans la semaine normalement.

- Donc s'ils ne viennent pas cela veut dire que tu n'auras plus à les payer, en déduisit Koki.

Kazuya ne répondit pas, il semblait encore un peu perdu. Koki le ramena un peu plus contre lui et déposa un baiser rassurant sur sa tempe.

- Mais si je n'ai plus à payer, ça veut dire que…

- Que tu seras libre oui, termina Koki à sa place. Et aussi si tu le souhaites que tu pourras arrêter le baseball.

Kazuya tourna la tête pour croiser son regard. Une lueur d'espoir se voyait à présent dans ses yeux. Un timide sourire étira ses lèvres, puis il reposa sa tête contre son épaule.

Koki lui donna quelques minutes avant de reprendre la parole.

- Mais la vraie question est : qu'est-ce que tu faisais à regarder la télé à cette heure-là ? Tu n'étais pas censé te coucher tôt ce soir ? demanda-t-il sur un ton taquin pour détendre l'atmosphère.

- Je n'arrivais pas à dormir, avoua Kazuya en faisant une moue adorable.

- Je suppose que je n'ai pas le choix alors…, fit semblant de réfléchir Koki.

- De quoi ? s'étonna Kazuya en le regardant se relever.

Mais il n'eut pas le temps de réagir que deux bras entourèrent sa taille et le soulevèrent. Instinctivement, il enroula ses jambes autour de Koki pendant que celui-ci plaçait ses bras sous ses fesses pour le maintenir correctement.

- Qu'est-ce que tu fais ? demanda-t-il mi surpris mi amusé.

- Je t'enlève, répondit Koki en l'emmenant dans la chambre.

Là, il le laissa tomber sur le lit puis disparut quelques secondes. Quand il revint, Kazuya s'était déjà faufilé sous la couette et il ne tarda pas à le rejoindre. Prenant appui sur son coude, il caressa d'une main sa joue, pensif. Il mourrait d'envie de lui proposer d'emménager avec lui. Mais il savait que c'était encore trop tôt. Il devait patienter encore quelques jours. Juste quelques jours de plus. Sentant son regard interrogateur posé sur lui, il se pencha et s'empara de ses lèvres afin d'éviter toute question. Kazuya répondit à son geste après quelques secondes d'hésitation, entrouvrant ses lèvres pour lui permettre d'envahir sa bouche.

Il se perdit dans les sensations qu'il retrouvait chaque fois qu'ils s'embrassaient. D'autant plus que Kazuya devenait de plus en plus entreprenant et imaginatif dans ses gestes, rendant ces moments encore plus intenses et agréables.

Mais il finit tout de même par s'écarter de son ange tentateur. Le prochain match était le lendemain, avant une pause de deux jours dans le programme qui permettrait aux joueurs de reprendre des forces pour les deux dernières rencontres. Il fallait qu'il soit en forme, et Kazuya sembla le comprendre car il ne protesta pas quand Koki se cala confortablement après avoir éteint la lumière. Comme à son habitude, il vint se nicher tout contre lui, posant sa tête sur son épaule. Dans cette position, il ne mit que quelques minutes à s'endormir, trouvant enfin le sommeil qui le fuyait quand il était seul chez lui.


Trois jours et une nouvelle victoire des Giants plus tard, Kazuya se dirigeait à nouveau vers l'appartement de Koki. Ils avaient prévu de déjeuner ensemble puis de passer l'après-midi tranquillement. Il était en avance, mais il fallait qu'il le voie le plus tôt possible. Son cœur battait la chamade et son estomac se tordait douloureusement. Il hâta le pas et combla les quelques mètres restants rapidement.

Lorsqu'il entendit sonner à sa porte, Koki sortait tout juste de la salle de bain. Il s'était levé tard et avait traîné dans le canapé avant de se décider à se préparer. Il n'attendait pas Kazuya avant encore au moins une heure, alors il fut surpris en le trouvant sur le seuil de sa porte. Et quand il vit son teint blanc et son air anxieux, il s'inquiéta immédiatement.

- Tout va bien ? demanda-t-il tout en le faisant entrer.

- La police vient de m'appeler, répondit son petit ami la voix légèrement tremblante.

- La police ?

- Oui, ils ont dit que je devais aller au commissariat général aussitôt que je le pourrais.

- Ils t'ont dit pourquoi ?

- Non, mais c'est sûrement à cause de ma dette, supposa Kazuya. J'ai peur Koki…

A ces mots, il se jeta dans ses bras et Koki le sentit trembler. Il l'entoura de ses bras et le serra contre lui pour le rassurer.

- Ne t'inquiète pas, je suis sûr que c'est simplement pour des renseignements. Tu n'as rien fait de mal Kazuya, tu n'as pas à avoir peur.

- Tu crois ? demanda la voix étouffée de Kazuya.

- Bien sûr. Je vais venir avec toi alors ne t'inquiète pas d'accord, tout se passera bien.

Kazuya ne répondit rien pendant quelques secondes, puis il se recula et regarda Koki dans les yeux.

- Merci, murmura-t-il, reconnaissant.

Il se pencha ensuite vers son beau brun et déposa chastement ses lèvres contre les siennes. Que serait-il devenu s'il ne l'avait pas rencontré ? N'osant chercher à connaître cette réponse, il en détourna ses pensées rapidement. Et puis Koki l'invitait déjà à rentrer dans le salon et à faire comme chez lui pendant qu'il préparerait le repas. Il partit aussitôt s'installer dans le canapé et se contenta d'observer son homme s'affairer dans la cuisine. Il aimait être dans cet appartement, s'y sentant à l'aise bien plus que chez lui. Il laissa son esprit vagabonder en suivant du regard chaque geste que faisait Koki, s'attardant parfois sur son beau visage concentré. Il avait encore du mal à réaliser la chance qu'il avait de partager la vie de cet homme si parfait. Il ne lui avait jamais posé la question, mais il était sûr que Koki devait être populaire et désiré auprès des femmes. Il se demanda vaguement pourquoi il l'avait choisi lui, mais n'y accorda pas plus d'importance que cela. Après tout, peut-être était-ce seulement arrivé ainsi, naturellement, comme cela avait été le cas pour lui. La voix de Koki l'appelant le ramena à la réalité et il se releva rapidement, impatient de goûter ce que son petit ami avait préparé avec tant d'attention et d'amour.


En début d'après-midi, ils se rendirent donc au commissariat général de police. Lorsqu'ils arrivèrent à l'accueil et que Kazuya se présenta, on les dirigea vers un service particulier. Là on les fit attendre quelques minutes dans une minuscule salle d'attente qui donnait directement sur les bureaux. Il y régnait une agitation impressionnante, et plusieurs personnes qui devaient avoir été appelées comme eux se succédaient continuellement. Koki tenait discrètement la main de Kazuya dans la sienne pour le rassurer. Il devait bien avouer que l'endroit était assez intimidant et lui-même se sentait nerveux en dépit du fait qu'il les savait parfaitement innocents. Il y avait longtemps qu'il n'avait plus eu affaire avec la police et cela se ressentait sur ses nerfs.

Finalement, quelqu'un appela le nom de Kazuya et ils se relevèrent rapidement, suivant l'homme qui les mena dans un couloir tout aussi animé. Il ouvrit ensuite une porte et tous deux entrèrent à son invitation.

Un homme était penché sur son bureau à l'autre extrémité de la pièce. L'ambiance générale indiquait qu'il s'agissait d'un supérieur. Mais Koki se détendit immédiatement quand l'homme releva la tête et qu'il le reconnut.

- Tanaka ? s'étonna celui-ci.

- Hasegawa-san, répondit-il.

Le policier se tourna ensuite vers Kazuya.

- Kamenashi-san je présume ?

Kazuya acquiesça rapidement, puis l'homme les invita à s'asseoir d'un geste de la main. Koki lui fut reconnaissant de ne pas faire mention de leur précédente rencontre devant Kazuya. Il ne savait pas vraiment comment pourrait réagir son petit ami en apprenant qu'il en avait parlé à quelqu'un, certainement pas très mal, mais il préférait tout de même que cela lui reste ignoré.

- Bien, vous avez été convoqué comme beaucoup d'autres personnes parce qu'il a été avéré que vous étiez endetté auprès de la famille Sugiyama, est-ce exact ? demanda Hasegawa-san.

- Oui monsieur, répondit timidement Kazuya.

- Rassurez-vous, dans votre cas tout semble légal. Il apparait que votre père avait signé une reconnaissance de dette, et d'après les registres qui ont été trouvés, la somme due au moment de la signature a été rendue dans sa totalité.

Le policier leva les yeux de ses papiers et put voir le soulagement sur le visage du jeune homme.

- En conséquence, vous voilà acquitté de cette dette. Un simple émargement ici et vous pourrez y aller.

Il tendit à Kazuya un formulaire où ce dernier s'empressa d'y apposer sa signature ainsi que son sceau. Sitôt ceci fait, Hasegawa-san se releva et les raccompagna à la porte où il leur serra la main tour à tour avant d'ouvrir le panneau de bois.

- Il est inutile de préciser que rien ne sera révélé au public, vous n'avez donc aucun souci à vous faire, annonça-t-il en guise de salutation.

- Merci beaucoup, répondit Koki en lui serrant une nouvelle fois la main alors que Kazuya s'était déjà éloigné.

Hasegawa-san lui sourit avant de se détourner rapidement et de rentrer dans son bureau. Il avait encore de nombreuses personnes à voir avant la fin de la journée et ne pouvait se permettre de perdre plus de temps.


Le trajet du retour fut rapide et silencieux, aucun des deux ne réalisant encore pleinement la situation. Mais sitôt la moto rangée au garage et de retour dans l'appartement de Koki, Kazuya laissa s'exprimer sa joie. Il était enfin libre. Libre de faire ce qu'il voulait. Il sauta au cou de Koki en riant, pleurant presque de bonheur.


Dans la soirée, tous deux avaient retrouvés leur calme. Allongés dans le lit, ils étaient perdus dans leurs pensées.

- Qu'est-ce que tu vas faire maintenant ? demanda soudain Koki en se tournant vers son petit ami.

Il le vit froncer les sourcils avant de lui faire face à son tour.

- Je ne sais pas trop. J'aimerais bien essayer de refaire de la photographie.

- Donc tu arrêtes le baseball ?

Kazuya avait senti le regret dans le ton de Koki. Mais il n'en pouvait plus, il avait besoin de s'éloigner un peu de ce monde-là. S'il le pouvait, il aurait aimé pouvoir faire du baseball dans un autre contexte que la compétition professionnelle, mais les possibilités semblaient limitées.

- Oui, je ne renouvellerais pas mon contrat.

Koki ne répondit rien mais perdit son regard sur le mur derrière Kazuya. Le moment semblait venu où ils se verraient moins souvent, n'ayant plus à travailler au même endroit. Il se sentait triste, presque même abandonné. Mais il savait qu'il avait encore une carte dans sa manche. Quelque chose qui lui permettrait de le voir tous les jours, de dormir toutes les nuits avec lui, et de se réveiller à ses côtés chaque matin.

- Dis Kazuya ?

- Hm ?

Sans trop savoir pourquoi, maintenant qu'il y était, il se sentait incroyablement nerveux de poser cette question.

- Est-ce que… est-ce que tu aimerais qu'on vive ensemble ?

Ça y est, c'était dit. Il épia la réaction de son petit ami qui se fit immédiate. Il vit ses yeux s'écarquiller et sa bouche s'ouvrir sous la surprise. Mais il se reprit bien vite.

- Tu veux dire, que je vienne habiter ici ?

- Oui, ou que j'aille chez toi. Ou on pourrait aussi trouver un nouvel appartement.

- Non.

Le cœur de Koki s'arrêta.

- Si je dois habiter avec toi, je veux que ce soit ici, continua Kazuya sans voir le trouble de son ami.

Celui-ci soupira intérieurement. Ce n'était pas un rejet… du moins pas encore.

- Alors tu veux bien ? demanda Koki avec hésitation.

Un large sourire étira les lèvres de Kazuya.

- Mais bien sûr ! s'exclama celui-ci avant de se jeter sur lui.

- Vraiment ?

- Oui vraiment, s'amusa Kazuya. Je veux passer le plus de temps possible avec toi.

L'esprit vidé par tout le bonheur qu'il ressentait, Koki posa ses mains sur les joues de Kazuya et l'attira à lui. Il couvrit son visage et ses lèvres de baisers papillon, sous les rires de son petit ami.

- Je t'aime, murmura-t-il après avoir retrouvé un semblant de calme.

- Moi aussi je t'aime Koki, répondit Kazuya en souriant.

Le jeune homme posa sa tête contre son épaule et soupira, appréciant son bonheur. Aujourd'hui, il n'avait pas de mal à dire qu'il n'avait jamais été aussi heureux de sa vie. Il était libre, il était avec celui qu'il aimait, et il n'en demandait pas plus.


Le lendemain, l'avant dernier match de la compétition, mais aussi maintenant de sa carrière, commença sous de mauvais auspices. Les Hawks semblaient avoir retrouvé de la motivation et de la vigueur. A la quatrième manche, ils les menaient déjà 4 à 2. Kazuya n'avait pas encore lancé, mais il connaissait maintenant la stratégie de leur coach. Il savait qu'il rentrerait dans les trois ou quatre dernières manches. Pour l'instant, Hara comptait encore sur l'équipe d'attaque pour marquer des points et réduire l'écart.

Et en effet, quelques instants plus tard, le capitaine Abe frappa une longue balle qui permit à l'un des joueurs de base de revenir au marbre, marquant ainsi un point. Une deuxième base était occupée, malheureusement le dernier batteur n'eut pas d'occasion et la manche se termina sur le score de 4 à 3.

La cinquième manche débuta par l'offensive des Softbanks, qui réussirent à marquer un nouveau point. Par leur rapidité, les joueurs de champs évitèrent qu'un deuxième point ne soit gagné, et ils furent applaudis par le public. Les équipes échangèrent ensuite leurs rôles. Deux batteurs Giants se succédèrent, réussissant à remplir une base. Le coureur se trouvait maintenant en deuxième base. Le batteur suivant était Sakamoto Hayato, et Kazuya l'encouragea intérieurement. Au deuxième lancer, il toucha la balle et l'envoya vers les tribunes. Ce home run marqué leur permit d'égaliser le score. Tout était encore possible et le public encourageait bruyamment les deux équipes.

Hara fit rentrer Sugiuchi au cours de la manche suivante. Et Kazuya devait bien avouer qu'il était très doué. Grâce en partie à son travail, l'équipe adverse ne marqua pas de nouveaux points. Mais ils n'étaient pas les seuls à avoir de bons lanceurs, et les Giants se retrouvèrent avec le même cas de figure au cours de leur demi-manche offensive. Le score restait de 4 à 4.

Kazuya n'avait pas pu voir cette manche entièrement. On lui avait annoncé qu'il serait le lanceur suivant alors il était retourné à l'intérieur dans les bullpens pour s'échauffer. Il se sentait dans la meilleure des formes, et il eut plusieurs compliments de la part du receveur avec qui il s'était entraîné. Du coin de l'œil tandis qu'il sortait du bullpen, il le vit même secouer sa main qui recevait les balles en faisant une grimace de douleur. Légèrement désolé pour l'homme, il sourit néanmoins. Les frappeurs adverses allaient voir aujourd'hui toute l'étendue de ses capacités.

Il fut acclamé quand il monta quelques minutes plus tard sur le monticule. Mais à cet instant même, il oublia toute pensée extérieure et se concentra. L'équipe comptait sur lui pour bloquer le jeu adverse et il devait donner le meilleur de lui.

Koki ouvrit grand les yeux. Son petit ami avait une aura différente de tous les autres matches qu'il avait vus jusqu'à présent. Il semblait encore plus impressionnant, plus déterminé. Il retint son souffle quand il amorça son premier lancer. La balle fut d'une rapidité incroyable et le bruit sourd qu'elle fit en percutant le gant du receveur résonna dans tout le stade. Le public sembla retenir son souffle encore quelques instants avant d'acclamer une nouvelle fois Kazuya. Mais celui-ci ne sembla pas en être affecté, comme s'il ne les entendait pas scander son nom de toute la puissance de leurs poumons. Il préparait déjà sa deuxième balle, qu'il envoya avec la même maîtrise dans le gant de son coéquipier.

Dans un sens, Koki trouvait cela un peu dommage qu'un talent comme le sien disparaisse après seulement une saison. S'il continuait ainsi, il pourrait devenir un joueur remarquable. Mais il respectait son choix. Il savait que cela ne menait à rien quand on se forçait à faire quelque chose. Il continua alors à l'observer, gravant dans sa mémoire chacun de ses lancers.

Finalement, la demi-manche se termina sans qu'aucun frappeur n'ait pu toucher la balle. Les Giants reprirent l'offensive mais la chance ne fut pas de leur côté. Sugiuchi prit la place de Kazuya la manche suivante. Les Hawks réussirent à marquer un point, mais l'équipe d'Hara parvint à ramener le score à égalité rapidement.

La neuvième et dernière manche débuta enfin. La tension dans les tribunes était à son comble. Si les Hawks remportaient le jeu, tout se jouerait le lendemain. Par contre, si les Giants gagnaient, ils étaient sûrs de remporter cette finale.

Kazuya se retrouva à nouveau au poste de lanceur, et fidèle à lui-même, aucun point ne fut marqué. Il regagna le banc content de lui et regarda avec ses coéquipiers le dernière demi-manche se jouer. L'un de leurs batteurs parvint à toucher la balle et à atteindre la première base. Le troisième et dernier frappeur, leur dernière chance de marquer un point et de remporter le match, fut leur capitaine. Au tout dernier instant, il parvint à toucher la balle et à l'envoyer dans les airs. Le stade entier retint son souffle, chacun suivant des yeux la trajectoire de la balle tandis que le coureur avançait de base en base. Finalement, une explosion de cris de joie et de triomphe retentit quand elle atterrit dans les gradins, offrant la victoire aux Giants par 6 points à 4. Ils menaient à présent cette finale par 4 victoires à 1, le dernier match allait donc être une simple formalité à accomplir avant de pouvoir fêter ce succès national.

Ils fêtèrent le titre dès le lendemain soir, après une dernière victoire face aux pauvres Hawks qui avait perdu tout entrain à jouer. Le succès était écrasant et toute l'équipe au comble de la joie d'avoir pu aller si loin depuis deux ans. Ils eurent droit à la traditionnelle bataille de bière, organisée par leur sponsor, qui se déroula sur le parking d'un hôtel que les dirigeants de l'équipe avaient réservé pour l'occasion.

Au côté de Miura-san et de quelques-uns de ses collègues, Koki regardait la scène un sourire aux lèvres. Les joueurs s'amusaient à s'arroser les uns les autres et la pagaille régnait en maître. De nombreux journalistes étaient mêlés aux joueurs, tentant de les interviewer sur leur victoire ainsi que sur leurs projets futurs. Koki apercevait Kazuya par moment. Il était content de le voir si heureux. La plupart du temps, Sakamoto n'était pas bien loin de lui, mais de temps en temps, certains de leurs coéquipiers venaient les arroser et tout conflit semblait maintenant écarté de l'équipe. Il aperçut même Sugiuchi venir serrer la main de Kazuya.

Perdu dans ses pensées, il entendit à peine son chef s'adresser à lui.

- Ça fait plaisir de les voir comme ça hein ?

- Hm, acquiesça Koki d'un hochement de tête.

- Tu comptes rester dans cette équipe ?

- Pardon ? s'étonna le jeune technicien en tournant la tête vers le vieil homme. Pourquoi cette question ?

- Si tu avais une opportunité de faire autre chose, est-ce que tu quitterais l'équipe ?

Ne comprenant pas où Miura-san voulait en venir, Koki ne sut pas vraiment quoi répondre. Devant son hésitation, l'homme décida de s'expliquer.

- Tu connais le club de baseball de ton quartier ? demanda-t-il.

- Oui, j'y suis allé quelques fois quand j'étais jeune, répondit Koki.

- C'est un vieil ami qui le dirige actuellement. Mais il part bientôt à la retraite et n'a personne pour reprendre le club. Il m'a demandé si je ne connaissais pas quelqu'un que ça intéresserait. J'ai pensé à toi.

- Moi ? C'est gentil mais je ne pense pas avoir les capacités pour faire ça…

- Si je te le propose c'est que j'estime que tu les as, remarqua aimablement Miura-san.

Koki fit une moue dubitative.

- Tu es dans une équipe de pro depuis presque trois ans maintenant, tu as l'expérience suffisante à mon avis. Et tu auras simplement à gérer le club, l'équipe qui y est déjà restera en place et t'aidera. Et puis mon ami te formera avant son départ.

L'idée s'insinua doucement dans l'esprit de Koki à chaque mot de son chef. Il était vrai que la proposition était tentante, mais il ne pouvait pas prendre une décision si rapidement. Il voulait avoir le temps d'y réfléchir, de peser le pour et le contre. Mais il devait bien avouer que l'équipe ne serait plus la même sans Kazuya. Peut-être que c'était là une chance pour lui.

- Penses-y simplement d'accord, proposa Miura-san en voyant son visage penseur. Je ne te demande pas une réponse immédiate. Mais sache que tu auras tout mon soutien si tu acceptes.

- Merci, répondit Koki, reconnaissant. Je vais y réfléchir correctement.

Miura-san lui sourit paternellement et Koki s'apprêtait à reporter son attention sur les joueurs quand il sentit un liquide frais et collant se déverser sur sa tête. Quand il se retourna, ses cheveux dégoulinants de bière et se collant devant ses yeux, il tomba sur les visages réjouis et rieurs de Kazuya et Hayato. Tous deux étaient trempés de la tête aux pieds mais semblaient tellement s'amuser que Koki ne leur en tint pas rigueur. Oubliant sa place, il se dirigea vers la table la plus proche et s'empara d'une bouteille de bière dans chaque main avant de revenir vers eux et d'accomplir sa petite vengeance en les attaquant.

Ils s'amusèrent ainsi pendant de longues minutes, les deux autres se liguant parfois contre Kazuya. Koki le tenait par la taille tandis qu'Hayato déversait allègrement une nouvelle bouteille sur lui, Kazuya se tortillant dans les bras de Koki tout en riant aux éclats.

Finalement, la petite fête se termina quand ils furent à court de munitions. Toutes les bouteilles préparées avaient été vidées et les joueurs se dirigeaient maintenant vers l'hôtel pour se laver. Une fois l'euphorie passée, la sensation était assez désagréable, et l'odeur entêtante. Koki suivit Kazuya jusqu'à sa chambre pour profiter lui aussi des bienfaits d'une douche. Sitôt arrivés, Kazuya se dirigea vers la salle de bain. Koki préféra rester dans la chambre en attendant que son petit ami ait terminé. Mais à peine quelques secondes plus tard, la porte se rouvrit, laissant passer la tête de Kazuya.

- Bah alors, tu viens ? s'enquit celui-ci.

Koki hésita encore quelques secondes, mais il ne pouvait résister à ce genre de proposition. Encore moins quand celui qui la faisait semblait entièrement nu. En deux enjambées, il atteignit la porte et la referma aussitôt derrière lui.


Une semaine plus tard, Koki sortit des vestiaires du local technique avec quelques-unes de ses affaires qu'il y avait laissées. Ils avaient droit à deux semaines de congé avant que les entraînements ne reprennent en vue de la prochaine saison. Il ne savait toujours pas qu'elle réponse il allait donner à la proposition de Miura-san, mais plus le temps passait, plus il arrivait facilement à s'imaginer travailler dans ce club.

D'un pas promeneur, il se dirigea vers les bureaux de l'équipe. Kazuya rencontrait aujourd'hui le coach pour lui annoncer son départ. Son petit ami avait été nerveux depuis le matin et il espérait que tout se passerait bien.

Estimant qu'il avait encore du temps, il bifurqua sur le chemin de droite qui conduisait au terrain principal. Il s'arrêta quelques minutes au pied des tribunes, se rappelant chaque instant qu'il avait passé ici avec Kazuya. La première fois qu'ils s'étaient assis l'un à côté de l'autre, sans rien dire. La première fois où ils avaient enfin échangés quelques mots. Et toutes ces fois où ils avaient dégusté leurs bentos en discutant de choses et d'autres.

Soudain d'humeur mélancolique, il grimpa les quelques marches qui menaient à leurs deux places habituelles. Il profita encore une fois de cette vue, et de ce calme qui les avaient attirés ici. Il ne vit pas le temps passer et sursauta presque quand il vit Kazuya apparaitre en contrebas. Celui-ci le repéra rapidement et monta le rejoindre aussitôt. Sans un mot, il s'assit à côté de lui et posa sa main sur la sienne.

- Ça s'est bien passé ? demanda doucement Koki.

- Hm. Je lui ai tout expliqué et il a compris. Même s'il regrette mon départ, il m'a dit qu'il me souhaitait bonne chance pour la suite et que je serais toujours le bienvenu ici. C'est vraiment quelqu'un de formidable.

- Oui. Cette équipe est unique, ajouta Koki en pensant à la gentillesse de Miura-san.

Après quelques minutes de silence, Koki reprit la parole.

- C'est bon tu as pris toutes tes affaires ? demanda-t-il en désignant le sac que Kazuya avait posé à ses pieds.

- Oui c'est bon.

- On y va ?

Kazuya acquiesça de la tête et ils se relevèrent, se dirigeant lentement vers le parking.

Une heure plus tard, ils se tenaient tous deux devant le garage où ils venaient de garer la moto. Songeurs, ils regardaient les quelques passants défiler devant eux tandis que la lumière du jour commençait à décliner lentement. Koki se tourna vers son petit ami et son cœur se gonfla une nouvelle fois d'amour en observant son visage. Il paraissait tellement changé à présent. Il semblait serein, en paix avec lui-même et avec le monde qui l'entourait. Une nouvelle vie allait s'offrir à lui et Koki se promit d'être toujours là pour lui. Dans quelques jours, ils auraient fini de ramener toutes ses affaires dans ce qui était désormais leur appartement. Une page se tournait, et une nouvelle allait bientôt commencer.

Sur cette pensée, il tendit la main vers lui. Kazuya mit quelques secondes à répondre à son geste.

- On rentre à la maison ?

- Hm.

FIN...

xxx

xxx

Tout le monde s'attend toujours à ce que l'avenir aille comme ils l'ont planifié

[…]

Crachant des phrases comme "J'ai jeté mes rêves" et disparaissant dans la ville
[…]

D'hier je regarde par-dessus mon épaule, je vais vers le "demain" que j'attraperais avec ces mains
Se détachant de l'obscurité encore et encore
Avance, avance Je ne laisserais pas mon rêve se terminer

Tout le monde cache les traces rouillées de leurs larmes qu'ils ne peuvent effacer
Tu veux t'enfuir de ces nuits Il n'y a rien que tu puisses faire tout seul
Mais c'est ainsi que vient le matin pour tout le monde

[…]

Allant vers le ciel de l'est au loin, vers les étoiles brillantes éloignées
Vers l'avenir auquel mes battements de cœur me conduisent
A l'endroit où mon souhait se réalisera

Allant vers le ciel de l'est au loin, au-delà de l'horizon dont j'ai langui
D'hier je regarde par-dessus mon épaule, je vais vers le "demain" que j'attraperais avec ces mains
Se détachant de l'obscurité encore et encore
Avance, avance Je ne laisserais pas mon rêve se terminer
Et m'emparer de mon véritable amour

KAT-TUN - Haruka Higashi no Sora e