Flash-back
C'était la veille de Noël.
Il l'avait invité à le passer chez lui, avec sa mère et sa fille.
Au dernier moment, elle lui avait annoncé que le capitaine Gates l'avait mise de permanence.
Mais elle avait menti et il l'avait découvert.
Alors, elle lui avait expliqué qu'à cette époque de l'année, elle retournait dans cette ruelle où sa mère s'était faîte assassinée. Le 9 janvier, les décorations de Noël n'étaient toujours pas retirées chez elle. Et, quand son père et elle les avait remises dans leurs boîtes, c'était comme s'ils avaient rangé Noël pour toujours. Ils n'avaient plus touché à ces boîtes depuis. Et c'était pour ça que chaque année son père allait dans son chalet et, que depuis ses débuts dans la police, elle prenait la garde de Noël. Parce qu'elle savait qu'il y avait des familles qui fêtaient Noël ensemble, et elle assurait la garde. C'était sa tradition. Il avait compris.
Au moment de quitter le commissariat, il lui avait expliqué pourquoi c'était un jour important pour lui.
Quand il était enfant, et même quand ça allait mal, sa mère arrivait toujours à donner de la magie à Noël. Chaque année, elle passait « Casse-Noisette ». Qu'elle puisse faire ça dans le petit appartement qu'ils occupaient, alors qu'ils étaient seuls et fauchés, lui avait laissé espérer des jours meilleurs. Il adorait ce sentiment d'espérance.
Il avait ajouté que ce qui l'impressionnait le plus c'était que le jour le plus court et le plus sombre de l'année, les gens de toutes confessions célébraient la lumière !
Ils s'étaient quittés devant l'ascenseur.
Il y avait une branche de gui au-dessus d'eux, mais il n'avait pas pu l'embrasser. Ils n'étaient pas seuls…
Rentré chez lui, il avait été surpris de trouver sa fille et sa mère qui devaient être absentes. Elles lui avaient expliqué qu'elles avaient modifiés leurs plans. Elles passeraient la soirée avec lui, car elles savaient que c'était important pour lui. Alors qu'ils venaient de se mettre à table, il les avait remerciées. Mais il s'était rendu compte qu'il avait tort, qu'il fallait savoir changer. Sa mère avait compris et lui avait dit qu'il pouvait s'en aller.
Il s'était rendu au commissariat. Il allait assurer la permanence avec elle. Partager sa tradition
- Castle ? Qu'est-ce que vous faîtes là ? Vous ne devriez pas être chez vous ? C'est Noël !
- Karpowski ?... Beckett m'a dit…
- Je la remplace. Elle m'a demandé de la couvrir.
- Où est-elle allée ?
- Je ne sais pas... Elle m'a parlé de nouvelle tradition…
- Vous êtes sûre ? Ça fait combien de temps ?
- Elle est partie il y a deux heures… Mais vous vouliez quelque chose ?
- Heu, non, rien… Je passais juste… Joyeux Noël, Karpowski
- Joyeux Noël, Castle
Il s'était rendu chez elle. Personne.
Il était retourné chez lui. Elle n'était pas venue.
Toute la nuit, il avait tenté de joindre son père. Quand il l'avait enfin eu au téléphone, il lui avait dit qu'elle n'était pas avec lui.
Finalement, il avait appelé les gars et Lanie. Personne ne l'avait vu, ni ne savait où elle pouvait se trouver.
Il était retourné au commissariat. Mais personne ne savait où elle était.
Karpowski était toujours là. Le comportement de Beckett l'avait surprise car elle ne devait la couvrir que quelques heures. Ce n'était pas dans sa nature de ne pas tenir ses engagements.
L'inquiétude les gagna. Elle avait peut-être eu un accident.
Karpowski appela les voitures de patrouille et leur demanda de rechercher Beckett et sa voiture. Avec Castle, ils appelèrent tous les services d'urgences de la ville.
Esposito et Ryan les rejoignirent.
N'ayant toujours pas de nouvelles en fin de journée, ils appelèrent enfin leur capitaine
- Bien, messieurs, j'espère que vous avez une bonne raison pour m'avoir dérangé. Je sais que j'ai sous-entendu que je ne m'entendais avec ma belle-mère, mais je préfère passer les fêtes chez moi, plutôt qu'à mon bureau !
- On n'arrive pas à joindre le lieutenant Beckett, dit Ryan
- Elle doit se reposer. Elle était de permanence…
- Je l'ai remplacé, chef. Elle m'avait demandé si…
- Donc elle a dû s'absenter. Elle avait sûrement une bonne raison. Vous avez contacté son père ?
- Il ne l'a pas vu, et en plus il est dans sa cabane, dit Esposito
- Les urgences, les hôpitaux ?
- Non plus !
- Son petit ami. Même si elle n'en parle pas, elle doit bien avoir une vie privée !
- Elle n'est pas avec lui, dit Ryan… C'est lui qui…
- Ecoutez, rappelez-le et dites-lui de venir ici. Vous savez que lorsqu'il y a une disparition suspecte, il faut toujours suspecter les proches et particulièrement le mari ou le petit ami
- Ben en fait…
- Quoi ? Esposito. Il a disparu lui aussi ?
- Son petit ami n'y est pour rien. On le connaît et…
- Ah, oui ? Vous savez qu'on ne connaît jamais assez…
- C'est moi, dit Castle
- Quoi ? Que…
- Le petit ami de Beckett, c'est moi
- Et depuis quand… Laissez tomber… Bon, monsieur Castle, qu'est-ce qui vous fait croire qu'elle a disparu ?
- On a eu une discussion sur nos traditions de Noël après que vous m'ayez dit que c'était elle qui s'était portée volontaire pour la permanence. Hier soir, j'ai décidé de changer ma tradition et de venir la rejoindre ici
- Je vois !
- Mais quand je suis arrivé, Karpowski était là et m'a annoncé que Beckett était partie depuis deux heures. Elle lui avait parlé de nouvelle tradition…
- Et donc vous en avez déduit qu'elle venait chez vous… Ça paraît logique, vu les circonstances. Donc, vous en êtes où de vos recherches ?
- Rien, dit Esposito. Elle reste introuvable
- Et sa voiture ? Le signal GPS ? Son téléphone ?
- Désactivé ! dit Ryan
- Entendu… Vous laissez tomber toutes les affaires en cours et vous me la retrouvez. C'est notre priorité numéro un. Je rappelle tous ceux qui sont en congés.
Et les recherches avaient commencé.
Les patrouilles en voitures fouillaient toutes les ruelles, les habitations abandonnées.
Les indics avaient été mis à contribution
Dix jours durant, jours et nuits, sans relâche, ils cherchaient. Le capitaine Gates avait demandé des équipes de renfort dans les autres commissariats.
Jusqu'à ce coup de fil anonyme.
Une femme venait d'être trouvée à l'extérieur de la ville, dans un terrain vague.
L'homme au téléphone ne s'était pas identifié. Et il n'avait pas pu le localiser. Il avait utilisé un téléphone à carte prépayée.
Ils se rendirent sur place.
Ils ne voulaient pas que Castle les accompagnent. Mais il aurait été capable de s'y rendre en taxi
Il y avait foule. Pour un coin désert, il était loin de l'être. A croire que les gens s'étaient déplacés exprès. Il est vrai que la mort à toujours attirée les vivants.
Et les journalistes. Toujours connectés sur la fréquence de la police. Ceux-là ne rataient jamais une occasion pour faire la une. Heureusement, ils ne dépassaient pas le cordon jaune de sécurité.
La première chose qu'ils virent, fut sa voiture. Elle avait été entièrement désossée. Les techniciens de la scientifique l'examinaient.
Puis des agents de la circulation. Ils se tenaient les uns près des autres, formant une ligne parfaite. On distinguait à peine le drap derrière eux.
A l'écart Lanie. Ecroulée, dans les bras de son collègue Pelmutter. Il était là quand elle avait reçu l'appel. Il avait décidé de l'accompagner. Il connaissait le lien qui unissait sa collègue et l'inspectrice. Il n'avait pas voulu la laissé seule.
Quand elle les entendit arriver, elle se dégagea des bras de Pelmutter et se dirigea vers eux.
- Non, Castle. N'y va pas.
- Lanie… Dis-moi que ce n'est pas… Elle ne peut pas…
- Je ne peux pas te dire ça.
- Il faut que…
- Il ne faut pas que tu la vois comme ça… Souviens-toi d'elle comme tu l'as connu... Ne garde pas cette image…
- Je dois la voir Lanie… Tout comme elle devait voir Roy…
Personne n'avait osé soulever le drap.
Il s'approcha du corps, s'accroupit.
Il avait peur de soulever ce drap, de ce qu'il allait voir… Lanie s'était éloignée et rapprochée d'Esposito et Ryan. Il ne restait que Gates et Pelmutter près du corps.
Il dégagea le drap et découvrit son visage.
C'était bien elle. Malgré les coups qu'elle avait reçus, il la reconnaissait. Ils la reconnaissaient tous.
Castle tomba à genoux, les poings plantés dans le sol, le visage touchant presque ses cuisses. Son cauchemar était devenu réalité. Ryan détourna le visage. Esposito prit Lanie dans ses bras. Le capitaine ne put retenir une larme.
Castle dégagea une mèche de cheveux qui se trouvait sur son visage, lui caressa la joue et déposa un doux baiser sur ses lèvres.
Il n'avait pas le droit de toucher le corps avant qu'il ait été examiné mais personne ne dit rien.
Gates fit un signe un Pelmutter.
- Monsieur Castle… S'il vous plaît... On ne peut la laisser ici… S'il vous plaît
Lui, d'habitude, sarcastique avec l'écrivain, ne savait plus quoi dire. Il l'aida à se relever et le confia à Lanie.
Il repositionna le drap, appela un de ses aides et ils mirent Beckett sur un brancard.
- Chef, je ne pourrais pas pratiquer…
- Je comprends, docteur Parisch
- Moi, non plus, dit Pelmutter
- Entendu... Je m'arrangerai avec un autre service
Après la macabre découverte, les gars l'avaient reconduit, pensant le déposer chez lui. Mais il leur avait demandé de le déposer chez elle, prétextant qu'il devait prendre quelque chose.
Il n'était plus sorti depuis.
Ce n'est que par hasard que sa mère avait appris la nouvelle. Elle venait de rentrer de son école de théâtre. Il n'y avait personne au loft. Elle savait pourquoi.
Elle s'était servi un verre de vin, puis une fois assise dans le canapé avait appuyé sur une chaîne, au hasard, de la télévision.
C'était un flash spécial d'infos qui annonçait la mort tragique du Lieutenant Kate Beckett.
Elle s'était rendue aussitôt au commissariat. Ce n'était pas la première fois qu'elle y venait. Elle avait déjà fait sortir son fils de prison, la première fois qu'il avait rencontré Beckett. Puis elle était venue le voir quand il avait été accusé de meurtre, meurtre pour lequel il avait été innocenté. Et enfin, récemment, quand lui et Beckett avait disparu en tentant de protéger un « pseudo » témoin. Mais à chaque fois, le lieu était en effervescence.
Mais là, rien. Pas un bruit. La vie semblait avoir quitté l'endroit.
Ryan lui avait confirmé la nouvelle et lui avait dit où était son fils.
Puis elle avait rencontré le capitaine.
- Vous êtes sûre que c'est bien Kate ?
- Il n'y a aucun doute… Je suis désolée madame Rodgers, je ne savais pas pour votre fils et Kate…
- Elle ne voulait pas que vous le sachiez… A cause de votre règlement.
- Je comprends... Mais je m'en doutais…
- Comment… Elle a souffert ?
- Je vous mentirai si je disais le contraire... Comment va votre fils ?
- Je ne sais pas. Je ne l'ai pas vu. Je suppose très mal. Ça faisait quatre ans qu'ils se tournaient autour. Et maintenant qu'ils étaient enfin ensemble… Ça va le tuer. Il ne s'en remettra jamais.
- Si je peux faire…
- Le père de Kate…
- On est allé l'avertir
- Vous ne lui avez pas demandé…
- Non. Nous n'avons pas besoin qu'il se déplace pour l'identifier.
- Pauvre homme. Sa femme. Maintenant, sa fille. Dans les mêmes circonstances…J'irai le voir, et j'essaierai de le faire venir chez nous
Pourriez-vous m'avertir pour…
- Bien entendu.
En partant, elle s'était rendue à la fac. Elle ne voulait pas qu'Alexis apprenne la nouvelle comme elle l'avait appris.
Elle rentrait de cours et fut surprise de trouver sa grand-mère devant sa chambre.
En la voyant, et surtout la tête qu'elle faisait, elle avait tout de suite pensé que son père avait eu un accident ou avait été blessé, voire pire.
Elles avaient rempli un sac, et Alexis était rentrée au loft.
Elles avaient tenté de le joindre, mais il n'avait pas répondu. Elles s'étaient rendues à l'appartement de Kate, mais il n'avait pas ouvert.
Quand il était rentré au loft, le matin de l'enterrement, elles avaient été surprises et avaient eu du mal à le reconnaître. Il avait une barbe d'une semaine, les yeux rouges, les cheveux en bataille, les traits tirés. C'est à peine s'il leur avait dit bonjour.
Puis il avait vu son père et lui avait serré la main
- Je suis désolé Jim. Je n'ai pas tenu ma promesse.
- Richard, vous…
Il n'avait pas attendu la réponse. Il s'était enfermé dans sa chambre.
Ryan avait glissé un papier sous la porte de Beckett pour lui indiquer le jour et l'heure.
Il ne voulait pas y aller. Il ne voulait pas lui dire « adieu ». Mais il lui avait promis. « Always ». Il serait toujours là pour elle, quel que soit le lieu et les circonstances.
Deux heures avant la cérémonie, il s'était préparé.
