Quelque part, dans un quartier de la ville
Il la regardait se déplacer tant bien que mal.
C'était le grand jour pour ELLE. C'était le jour de la douche. Mais il n'y avait pas de salle de bain.
Il s'approcha d'elle et l'aida à retirer son pantalon et sa tunique, ne lui laissant que ses sous-vêtements, et la guida sous le jet d'eau froide.
Il lui mit le savon dans une main.
Il l'observait. Il souriait.
Il l'avait admiré, car elle ne s'était pas laisser faire. Pendant près de quatre mois, elle avait lutté. Elle avait supporté les flashes de lumières, les bruits, les coups, les privations d'eau et de nourriture… Mais depuis deux mois, c'était fini. Elle avait abandonné. Elle s'était résignée. Elle ne parlait plus, ne criait plus, ne pleurait plus.
Il jubilait. Il avait gagné. ELLE avait perdu.
Il arrêta le jet d'eau, l'aida à se sécher, lui passa une tenue propre. Il regarda l'attelle qu'il lui avait mise au bras : il sourit. Il lui avait cassé le bras quelques jours auparavant pendant sa correction.
Il l'attrapa par ce bras et la ramena dans sa pièce.
ELLE n'avait pas sorti un son !
Il retourna devant ses écrans.
Il aimait savoir ce que faisait son « ami ». Aussi avait-il installé des micro-caméras dans les deux appartements où il se rendait régulièrement.
Pour son appartement à ELLE, il lui avait suffi d'y pénétrer discrètement de nuit. Elle n'avait pas de système de sécurité.
Pour LUI, il pensait qu'il aurait eu plus de mal. Mais non. Il s'était présenté le jour de l'enterrement, plus précisément au moment de la cérémonie religieuse. Il portait une tenue du 12th et avait dit au portier qu'il devait surveiller l'appartement car suite à la mort du lieutenant on craignait pour la vie de l'écrivain. Connaissant la relation qu'il y avait entre les deux intéressés, le portier lui avait ouvert l'appartement. Pour ressortir, il avait troqué sa tenue contre celle d'un livreur quelconque. Le portier n'y avait vu que du feu. Une fois dehors, il s'était rendu au cimetière.
Il alluma le premier, bien qu'il savait qu'il ne verrait rien. Plus personne n'y était entré depuis des mois. C'était le sien. Il ne restait que les vestiges du dernier séjour de l'écrivain : des bouteilles vides, des vêtements éparpillés un peu partout… Il l'éteignit
Le deuxième. L'appartement était vide. Il n'était pas encore rentré. Il devait être encore au commissariat. A chercher qui avait bien pu la tuer… Tous les soirs, il l'observait. Il le voyait discuter avec sa mère, avec les inspecteurs ou la légiste mais ce qu'il préférait c'est quand il se retrouvait seul, dans son bureau ou dans sa chambre. Là, il laissait libre cours à son chagrin…Il avait gagné. Il l'avait détruit !
Enfin, le troisième écran. Le sien. Elle s'était installée au même endroit que d'habitude, dans le même coin, essayant de se protéger de la lumière. Puis il régla un minuteur et appuya sur un bouton. Il la vit se recroqueviller un peu plus et tenter de cacher ses oreilles. Il sourit.
Flash-back
Il avait réussi à remonter le fleuve malgré la douleur qu'il ressentait dans la cage thoracique. Heureusement qu'il avait mis un gilet pare-balles. Son plan avait fonctionné à merveille. Il retira ses gants, son blouson et son gilet et s'assit sur la berge pour reprendre son souffle. Il observa son torse. Il avait des hématomes au niveau de chaque impact de balles qu'il avait reçu.
Il savait qu'il leur faudrait du temps avant que les équipes de recherches interviennent pour le retrouver. Suffisamment de temps pour qu'il puisse arriver à ce point.
Il les observait. Il les voyait, appuyé contre la voiture, regardant le fleuve.
Oui, une partie de son plan avait fonctionné. On allait le croire mort. Mais il ne pourrait pas reprendre ses activités, car LUI était encore là. Il aurait dû être en prison. Il aurait dû être tué. Finalement, IL avait raison. ELLE l'avait cru. ELLE l'avait aidé quand IL s'était évadé. Mais sans ELLE…
Il sourit.
Il allait en finir une bonne fois pour toute avec LUI. Grâce à ELLE.
Quand les recherches s'arrêtèrent, il se releva et se dirigea vers ce qui allait lui servir de planque pendant qu'il allait s'occuper d'eux.
Une fois dans la pièce qui lui servait de « quartier général », il élabora son plan.
Les jours qui suivirent, il continua à les observer : LUI et ELLE. Travail assez facile, puisque la plupart du temps, ils étaient ensemble.
Dans le même temps, il devait retrouver Donna. Sa chère Donna.
Elle avait déménagé depuis la dernière agression qu'elle avait subie, mais n'avait pas changé de travail. Donc il l'avait suivi et appris ses habitudes journalières.
Puis il trouva un médecin. Un chirurgien rayé de l'ordre. Esthétique, bien sûr !
Ensuite, il avait enlevé Donna. Personne ne signalerait sa disparition, elle n'avait plus de famille. Il avait réglé son loyer pour les mois à venir, histoire d'être tranquille…
Le médecin n'avait pas fait de difficulté : le travail était bien payé.
Un médecin qui avait disparu après son intervention et que personne n'avait recherché puisque personne ne s'était inquiété de sa disparition dans le milieu qu'il fréquentait…
Quand il fut prêt, il passa à la dernière étape de son plan : l'enlever ELLE.
Il avait attendu le bon moment. La veille de Noël. Devant le commissariat.
Elle lui avait facilité la tâche en plus ! Elle était sortie tard. Il faisait nuit noire. Personne n'avait rien vu, pas même ELLE.
Au moment où elle avait ouvert la porte de sa voiture, il s'était approché et lui avait donné un coup de Taser. Il l'avait poussé sur le siège passager, et avait démarré sa voiture.
Ensuite il l'avait ramené dans cette bâtisse qu'il squattait et l'avait enfermé dans la pièce qu'il avait préparée spécialement pour elle.
Pendant les premiers jours de sa détention, il avait entièrement démonté sa voiture.
Une nuit, il se dirigea vers un terrain vague en dehors de la ville, déposa le corps et laissa SA voiture.
Fin du flash-back
Il venait encore de l'enfermer.
Lentement et difficilement, se tenant au mur, elle se dirigea vers le coin de la pièce où elle passait la plupart du temps depuis… Elle ne savait pas depuis combien de temps.
Elle se recroquevilla contre le mur, essayant de trouver une position qui lui permettrait de souffrir moins. Mais comment moins souffrir quand votre corps n'est plus que douleur. Douleur due aux coups reçus, due au manque de nourriture, due au manque d'eau… Et encore, s'il n'y avait que ça.
Mais il y a avait aussi la douleur mentale. Pire que la douleur physique, car rien ne peut la soulager. Pire car il y a cette lumière. Cette lumière qui rend la pièce intenable, tellement il y fait chaud cette lumière qui la prive de sommeil et l'affaiblit de jours en jours. Elle ne supporte plus cette lumière.
Pire car il y a ce bruit. Ce bruit qui lui explose la tête et qui sort du plafond à n'importe quel moment et qui lui fait peur maintenant. Le moindre bruit la fait sursauter maintenant.
Pire car il lui montre la déchéance de l'homme qu'elle aime, la douleur qu'il ressent depuis qu'il la croit morte. Elle le voit sombrer un peu plus à chaque fois… Et tout ça, à cause d'elle…
Elle n'est plus croyante depuis que sa mère a été assassinée, mais depuis quelques temps, elle s'est remise à prier. Prier pour que tout s'arrête. Prier pour que son dernier jour arrive enfin…
Flash-Back (6 mois plus tôt)
Elle se réveilla. Le sol était dur. Sûrement du béton. Il faisait noir et froid. Elle se redressa. En ramenant ses jambes près de son corps, elle se rendit compte qu'elle n'avait plus de chaussure. D'ailleurs elle n'avait plus son manteau et son écharpe, non plus. Elle ne portait que son jean et son pull violet. Elle n'avait plus ni sa montre, ni sa chaîne autour du cou.
Elle ne voyait rien. En tournant la tête, elle ressentie une douleur dans la nuque. Et elle se rappela.
Elle allait rejoindre Castle pour passer le réveillon de Noël. Elle était prête à changer de tradition pour lui, pour eux. Elle avait demandé à Karpowski si elle pouvait la couvrir quelques heures.
Elle venait d'arriver à sa voiture, quand elle avait senti une décharge électrique dans le cou.
Depuis combien de temps était-elle là ?
Qui l'avait enlevé ?
Où était-elle ?
Est-ce qu'on la cherchait ?
Mais pourquoi la rechercherait-on ? Elle était censée assurer la permanence au poste. Si on était bien la veille de Noël, personne ne s'inquiéterait. Pas avant le lendemain, au moment de la relève.
Elle se releva en s'appuyant contre le mur. En le tâtonnant, elle fit le tour de la pièce. Elle n'était pas beaucoup plus grande qu'une cellule de prison. Il n'y avait rien à l'intérieur, à l'exception d'un seau dans lequel elle avait donné un coup de pied. Et une porte métallique.
Elle ne savait pas s'il faisait nuit ou s'il faisait jour.
Elle n'entendait aucun son.
Il ne fallait pas paniquer. Surtout pas.
Elle commença à réfléchir. Elle n'avait pas entendu parler de la libération d'un homme ou d'une femme qu'elle aurait envoyée en prison et qui lui en voudrait. Elle n'avait pas été suivie, ou du moins elle ne le pensait pas. Le sénateur Braken ? Elle lui avait fait croire qu'elle avait un double du dossier. Il devait bien se douter que ce n'était pas en l'enlevant qu'elle allait lui dire où elle l'avait mis… Tout en réfléchissant, elle faisait le tour de la pièce. Elle devait rester prête. Prête à agir quand la porte s'ouvrirait.
Les secondes passèrent, les minutes, peut-être même des heures. Elle ne savait pas, elle ne savait plus.
Soudain une trappe, en bas de la porte, s'ouvrit. Un verre d'eau et un morceau de pain furent glissés dans la pièce. La trappe se referma.
- Non, attendez. Qui êtes-vous ? Que me voulez-vous ? Je suis de la police…
Pas de réponse.
De rage, elle donna un grand coup dans le plateau.
Elle examina la porte. Pas de serrure, pas de gond. Elle examina la trappe. Elle était insérée dans la porte et le système de fermeture se trouvait à l'extérieur. Aucun moyen de sortir.
Elle recommença à marcher. Combien de temps ? Elle ne savait pas.
Elle s'assit contre le mur et attendit.
Elle sentait la fatigue arrivée. Elle s'autorisa à fermer les paupières.
C'est à ce moment, que les néons du plafond s'allumèrent. Une lumière violente éclaira la pièce. Une lumière aveuglante. Elle mit un certain temps pour s'accoutumer à la luminosité. Elle put enfin détailler la pièce. Quatre murs en béton. Il n'y avait aucun moyen de s'échapper. La seule sortie possible, c'était la porte métallique. Elle comprit aussi pourquoi la pièce était autant éclairée : Le plafond était recouvert de néons, et impossible de les atteindre vu la hauteur.
La lumière s'éteignit.
Elle était fatiguée. Elle se rassit contre le mur et ferma les yeux. Elle ne sut pas au bout de combien de temps, mais la lumière se ralluma… Puis s'éteignit… Puis se ralluma… Puis s'éteignit…
Elle tenta de se protéger en s'allongeant le long du mur, le visage caché pas ses bras. Mais la lumière était trop forte et à chaque fois qu'elle s'allumait, elle la réveillait. Finalement, elle se mit à genoux dans un coin de la pièce et se recroquevilla entièrement sur elle-même. A défaut de ne plus voir la lumière, ça l'atténuait. Mais elle ne put s'endormir.
Enfin, le jeu de lumière cessa. Elle resta allumée. Au fil des heures, la chaleur de la pièce devint intenable. Elle avait soif, elle avait chaud.
Elle s'approcha de la porte et la frappa
- Je voudrais de l'eau… S'il vous plaît… Donnez-moi de l'eau…S'il vous plaît… implora-t-elle en se plaquant contre la porte
Au bout d'un moment, un petit gobelet en plastique apparut. Elle se précipita dessus.
- Encore…
- Il faudra le mériter, Kate
La trappe se referma
- Qui êtes-vous ? Comment me connaissez-vous ? Donnez-moi de l'eau…
Puis le petit jeu de lumière reprit.
Combien de temps cela dura, elle ne sut pas. Il y avait la période « allumée-éteinte », puis la séquence « allumée »…
Elle ne savait plus où elle était, elle ne savait pas si c'était le jour ou la nuit, elle n'avait plus aucun repère.
Tout ce qu'elle espérait c'était de voir apparaître le petit gobelet d'eau et le morceau de pain qu'elle recevait. Mais elle ne savait jamais à quel moment elle allait les recevoir. Mais dès qu'ils apparaissaient sous la trappe, elle se jetait dessus. Enfin au début. Car maintenant, elle était à bout de force. Le manque de sommeil y était sûrement pour quelque chose, sans compter les coups de taser, les coups de pieds ou de poings qu'elle recevait à chaque fois que la porte s'ouvrait pour que son geôlier change son seau. Du coup, elle restait recroquevillée sur elle-même près de la porte.
Ce jour-là, la porte s'ouvrit. Mais elle fut incapable de réagir. Elle attendit son coup. Mais rien ne vint.
L'homme s'accroupit à côté d'elle et lui souleva la tête en la maintenant par les cheveux.
Il l'observa. Elle avait les yeux fermés. Elle était en sueur. Un dépôt blanc se dessinait autour de ses lèvres signe de déshydratation. Elle avait maigri.
Il sourit.
- Allez, debout, Kate. Je dois te montrer quelque chose
- Peux pas, souffla-t-elle
- Tu auras droit à de l'eau et à un vrai repas. Et peut-être une douche. Tu commences à sentir mauvais !… Allez, bouge-toi
Elle tenta de se relever, mais ses jambes ne la supportaient pas. Elle commença à avancer à quatre pattes. Il lui attrapa un bras et la souleva de force. Il l'emmena dans une pièce qui ressemblait à un poste de commandement. Il y avait des écrans sur un mur, des claviers sur une table… D'un autre côté, un petit coin cuisine avec une table et deux chaises. Il l'installa sur l'une d'elle. Il s'assit en face d'elle.
- Alors, Kate. Comment te sens-tu ? Est-ce que tu apprécies mon hospitalité ?
- Qui êtes-vous ? murmura-t-elle, la tête penchée en avant. Depuis combien de temps…
- Tu ne me reconnais pas ?... C'est vrai que j'ai un peu modifié mon visage, mais ma voix, tu ne la reconnais pas ? Pourtant nous avons passé beaucoup de temps ensemble quand tu m'as interrogé !
- Je vous ai arrêté ? C'est pour ça…
- Non, tu ne m'as pas mis en prison. Mais on s'y est rencontré ! D'ailleurs, c'est grâce à toi que j'en suis sorti. A toi et ton ami l'écrivain
- Castle ?
- Oui Castle. Tu te souviens de lui ? C'est ton petit ami !
- Qu'est-ce qu'il a à voir là-dedans ?
- Il a tout à voir. Il a gâché ma vie !
- Mais comm…
Elle n'arrivait pas à réfléchir. Elle était fatiguée. Elle avait mal à la tête. Elle avait soif et faim…
- Vous avez dit que je pourrai avoir de l'eau…
- Tu en auras. Mais je veux que tu saches pourquoi tu es là. Tu ne veux pas mourir sans savoir ?
- Qu'est-ce que ça changera ?
- Tu ne veux pas savoir que c'est grâce à toi que je vais le détruire !
- Détruire qui ?
- Castle, Kate ! Essaye de suivre ! Ce n'est quand même pas difficile !... J'ai essayé de le détruire, mais tu étais là. Tu l'as cru et il s'en est sorti !
- …Tyson ?
- Ah, enfin ! Tu en auras mis du temps !
- Mais on vous a…
- Non, j'avais un gilet par balles... Vous auriez dû viser la tête !
- Comment…
- Je ne vais pas tout te révéler Kate !... On ne sait jamais !
- Castle avait raison…
- Il est malin, hein ?... Mais cette fois, c'en est fini pour lui ! Toi morte, il ne s'en remettra pas !
- Il va vous chercher, il va vous retrouver et il vous…
- C'est trop tard !... Viens voir ton écrivain à quoi il ressemble en ce moment !
Il se leva et l'attrapa violemment par un bras et l'emmena devant ses écrans.
- Regarde-le !... Il n'est plus que l'ombre de lui-même.
Et il lui montra son propre enterrement, puis sur les autres écrans elle reconnut le loft et son appartement, où elle voyait Castle en larmes et boire…
- Mais qui ?
- C'est toi, Kate. C'est toi qu'ils enterrent. Alors ! Qu'est-ce que tu en dis ? Mon plan est bien meilleur que la dernière fois… Et tu sais quoi ? Je vais pouvoir reprendre mes activités !
Elle tenta de le frapper mais elle était bien trop faible. Il la stoppa dans son élan et la gifla si violemment qu'elle tomba sur le sol. Puis il la saisit par le pull et la traîna dans sa cellule.
- Finalement, tu n'auras rien !
Elle se recroquevilla sur elle-même et fondit en larmes. Personne ne la rechercherait, puisqu'elle était officiellement morte. Et Castle souffrait à nouveau à cause d'elle.
Fin du flash-back
