Quelque part…
Il venait de rentrer. Il avait passé toute la nuit dehors. Il avait un rendez-vous.
Il l'a attendu toute la nuit devant son immeuble. Les yeux rivés sur une fenêtre de son appartement.
Puis il avait vu de la lumière. Il l'imaginait prendre son petit déjeuner, puis sa douche. Ensuite elle avait dû se préparer pour aller à son travail.
Quand l'appartement replongea dans l'obscurité, il se dirigea dans la ruelle devant laquelle elle passait tous les matins pour se rendre à son agence. Elle est belle, grande, blonde.
Elle n'a pas le temps de se rendre compte de ce qu'il se passe.
Elle se retrouve plaquée au sol, une corde autour du cou. Elle se débat, essaye de respirer. Mais il est trop fort.
Quand tout est fini, il la dispose comme si elle dormait et il disparaît.
Maintenant à l'abri, buvant un café et savourant son petit déjeuner, il voulut lui faire savoir qu'il était de retour.
Il vérifia ce qu'il se passait chez Castle, mais vu l'heure, il savait qu'il serait déjà parti au commissariat.
Il alluma l'écran sur lequel il pouvait voir sa cellule. La minuterie fonctionnait bien. La lumière s'allumait et s'éteignait à intervalles réguliers. ELLE était toujours tapie dans son coin, comme ELLE l'était quand il était parti la veille. Il voulut vérifier si ELLE était encore en vie. Il savait qu'à ce rythme, ce n'était plus qu'une question de jours. Il appuya sur un bouton. Le cri qu'il entendit le fit sourire, puis rire. ELLE était résistante. Malgré tout ce qu'il lui avait fait subir, ELLE arrivait encore un hurler…
ELLE ne s'y attendait pas. Mais ELLE ne s'y attendait jamais. ELLE ne savait jamais quand ce bruit allait résonner dans la pièce. Ce bruit qui lui déchirait les tympans, qui lui faisait exploser la tête à chaque fois. ELLE avait peur de ce bruit. ELLE avait peur du moindre bruit maintenant. La porte qui s'ouvre, le gobelet qu'on passe sous la trappe, la chaise qu'il tire pour qu'elle s'asseye quand il la sort de sa prison.
ELLE est là, recroquevillée sur elle-même. Elle n'a pratiquement pas dormie. Peut-être somnolée, quand la pièce était plongée dans le noir. Mais si peu de temps, avant que la lumière apparaisse.
ELLE est épuisée. Elle n'en peut plus. ELLE n'aspire qu'à une chose : dormir. Seulement dormir !
Si seulement son corps pouvait lâcher prise, et la laisser sombrer. ELLE ne demande rien de plus. Mais même pour ça, son corps ne répond plus. Son cœur ne veut pas s'arrêter. Et pourtant il bat lentement, très lentement. Ses poumons continuent d'aspirer l'air. Mais si peu…
Combien de temps encore ?... Peu, espère-t-ELLE.
5H du matin, au commissariat
Lanie entre dans la salle de réunion. Les gars sont épuisés, mais sont toujours plongés dans les dossiers. Gates est devant les tableaux, faisant les cent pas.
- Hey, chica ! t'as une sale tête
- Ça fait toujours plaisir ! T'as pas vu la tienne !
- Vous avez du nouveau Lanie ? demande Gates
- Avec Pelmutter, on a vérifié chaque autopsie du Bronx… Il n'y a aucun doute… C'est bien lui. Au début, on a bien remarqué que les traces de cordes laissées sur le cou correspondaient aux précédentes victimes, mais de la corde de 5 mm on en trouve partout. Il a fait attention cette fois. Mais on a réussi à trouver un tout petit morceau de fil vert et blanc. Il a serré le cou de la dernière victime qu'il était resté coincé dans la trachée.
- Donc pas de doute ?
- Aucun… Où est Castle ?
- Il se repose dans la salle de repos.
- C'est bien. Il en a besoin… Surtout qu'on ne sait pas si…
- Hey, chica, ça va aller. Ne craque pas maintenant. On va la retrouver. En vie. Et ce fils de … on va le coincer, dit Esposito en la prenant dans ses bras
- Il commence à y avoir beaucoup de couples dans cette équipe ! fit remarquer leur chef
- Je suis marié à une civile, chef !
- Je sais Ryan ! dit-elle en souriant
- On n'est pas vraiment de la même équipe ! dit Esposito
- Je sais aussi. Lanie travaille à la morgue. Et pas la peine de me rappeler que Castle ne travaille pas pour nous ! Je le sais aussi
- Ça veut dire que vous ne voyez pas d'inconvénient à…
- Qu'ils soient enfin un couple ! Et qu'est-ce que je peux y faire ! Tout ce que je demande c'est que vous soyez professionnels. Et d'après ce que j'ai appris, vous savez l'être !
- Dommage que Kate et Castle ne l'aient pas su plus tôt, maintenant qu'il a décidé…
- Lanie, je vous ai dit qu'on s'en occuperait après
- Qu'est-ce que Castle a décidé ? demanda Ryan
- …
- Lanie, qu'est-ce qu'il y a ? demanda Esposito
- Il m'a dit que…
- Quoi ? Allez, dis-le
- Que ce serait sa dernière enquête. Il s'en va. Il nous quitte et il la quitte aussi
- Quoi ? Après tout ce temps qu'ils ont mis pour être enfin ensemble… Il ne peut pas faire ça
- Il se sent responsable. Il dit que c'est à cause de lui…
- Non, il faut qu'on fasse quelque chose, dit Ryan
- Je l'ai déjà dit à Lanie. On règle cette enquête, et après on s'occupera de l'affaire Beckett/Castle. Entendu ?
- Ok. L'enquête d'abord… Lanie, tu devrais te reposer un peu, dit Esposoto
- Ça va aller, Javier
- Il a raison, Lanie, allez vous détendre dans la salle de repos
- Un peu plus tard…
Gates secoua la tête, mais d'un autre côté cela ne l'étonnait pas. C'était une équipe vraiment soudée et quand l'un des leurs était touché, ils faisaient bloc. Elle s'en était déjà rendu compte quand elle avait débuté. Ils enquêtaient sur le sniper qui avait tiré sur Beckett. Ils étaient restés sur l'affaire des jours et des nuits sans relâche. Elle s'était attiré leur foudre quand elle avait décidé qu'il était temps de clore le dossier, faute de preuve. Mais elle savait qu'ils avaient continué… Et puis il y avait eu Cole Madddox. Beckett avait failli mourir. Une nouvelle affaire qui concernait le meurtre de sa mère et les gars l'avaient soutenu, ne lui disant rien sachant qu'elle leur aurait retiré l'enquête. Sans l'intervention de Ryan, Beckett serait morte. Puis celle sur la mort de ce sniper. Ils étaient suspendus, sauf Ryan, mais elle savait qu'ils étaient encore ensemble sur ce coup… Soudés comme les cinq doigts d'une main… C'était vraiment une bonne équipe… Au long de sa carrière, elle avait déjà vu deux coéquipiers se vouant une confiance mutuelle, mais cinq personnes comme elles…
Elle sortit de ses pensées et proposa aux gars d'aller chercher de quoi petit déjeuner. Ils acquiescèrent. Pendant son départ, ils reprirent là où ils s'étaient arrêtés.
Soudain, une sonnerie de téléphone.
- Mac Lane… Ok… J'arrive !
Ils le regardèrent.
- Un nouveau corps… Une femme blonde dans une ruelle
- Ça va faire six… Il va disparaître, dit Ryan
- Je ne veux pas empiéter sur votre médecin légiste, mais si vous voulez vous pouvez faire transférer le corps chez nous. Comme on a déjà les autres corps…
- C'est une bonne idée. Je lui en parle dès que je suis sur les lieux… Vous me tenez au courant si…
- T'inquiètes mec, tu fais équipe avec nous sur ce coup, dit Esposito
- Merci
Il prit ses affaires puis quitta le commissariat.
- Javier, si c'est la troisième…
- Je sais, Kevin, on va le perdre, répondit Esposito
- Ça va tuer Castle, dit Lanie
- Il reprendra peut-être ses activités dans un mois. Après tout on n'a jamais su s'il avait continué puisqu'il s'était fait bouclé avant, ajouta Esposito
- Tu crois vraiment que Beckett tiendrait encore un mois, après tout ce temps. En plus rien ne dit…
- Les gars vous devez trouver quelque chose. Ça vous est déjà arrivé de résoudre une affaire avec moins que ça
- On va trouver, Lanie. Et tu vas voir, quand Castle sera avec nous…
La sonnerie de l'ascenseur les fit se retourner. Gates revenait avec le petit déjeuner. Elle déposa tout sur la table de la salle de réunion. Elle avait même prit des cafés, ne voulant pas réveiller Castle.
Seulement, il avait le sommeil très léger, et le « ding » caractéristique l'avait fait sursauter. Il regarda autour de lui, et comprit qu'il avait s'assoupir. Il sourit légèrement en pensant que ses amis l'avaient laissé se reposer. Il se leva et se prépara un café puis se dirigea dans la salle.
- Venez avec nous, Castle, on fait une petite pause, dit Gates. Je vous avais pris un café, vous savez
Il la regarda surpris
- Il n'y a pas que vous qui savez observer !
Il s'installa près d'eux mais ne mangea pas, se contentant de ses cafés. Il regardait les tableaux. Rien de nouveau. Les gars lui firent un rapide résumé de la situation
- Où est Mac Lane ? demanda-t-il
- Il a été appelé sur une scène de crime, dit Gates
- Une autre femme ? C'est ça ?
- Oui
- Vous savez ce que ça veut dire ?... On ne va plus le revoir… Il va se terrer tellement profond que…
- On l'aura avant, Castle. On ne devrait plus tarder à avoir des nouvelles de la scientifique… dit Ryan
- Qu'est-ce qu'ils font d'ailleurs ceux-là ? Ça fait des heures qu'ils sont partis…
- Je suis sûre qu'ils font au plus vite, dit Gates
Les heures passaient. Encore et encore. Ils avaient l'impression de faire du surplace.
Mac Lane les avait appelé. La victime correspondait aux autres. Son médecin légiste avait décidé d'emmener le corps chez Lanie et de pratiquer l'autopsie avec elle.
Vers 9H, un scientifique arriva.
- Vous avez trouvé d'où provient le signal ? demanda Ryan
- Pas encore. Le gars qui a installé ces caméras est doué. Il brouille les pistes. Mais on approche
- Combien de temps encore ?
- Je ne peux pas vous dire… Par contre on a fini d'analyser vos chantillons
- Et ?
- C'est assez étrange
- Qu'est-ce qu'il y a d'étrange ? demanda Gates
- Commençons par les poils. Ce sont des follicules pileux. Des poils de rats
- Des rats à New York ! Je ne vois pas ce qu'il y a d'étranges là- dedans…
- Attendez… La terre, maintenant. Il n'y avait pas que de la terre. Nous y avons trouvé de minuscules morceaux d'os et de minuscules morceaux de papiers.
- Dans un si petit échantillon ? demanda Esposito
- Eh, oui. D'après notre spécialiste, le papier daterait de la fin du 19ème siècle, début du 20ème
- Où trouve-t-on ce genre de papier ? demanda Ryan
- Les librairies spécialisées en vieux livres, les musées… dit Castle
- Et il peut y avoir des rats dans les musées, dit Esposito
- Exact. Les livres qui doivent être restaurés sont souvent stockés dans les sous-sols, dans des caisses car ils doivent être à l'abri de la lumière, précisa Castle. Mais je n'ai jamais vu de rats ! Mais je n'ai pas non plus visité tous les sous-sols des musées de New York !
- Je peux continuer ?
- Allez-y, dit Gates
- Les petits fragments d'os, ou plutôt les miettes. Ils proviennent de vaches
- De vaches ? qu'est-ce que des vaches viennent faire dans cette affaire ? demanda Ryan. C'est sûrement un boucher qui emprunte la ruelle où a eu lieu le crime… Et pour la terre ?
- De l'azote
- De l'azote, fit Gates. Comme dans les explosifs au carbone ?
- Tout à fait
- Où peut-on trouver ça ?
- Les carrières de dépôt
- Un stand de tir
- Un ancien fort
- Une armurerie
- Ce sont des idées. Mais il faut le lien avec nos poils de rats et nos vaches, dans le cas où ça ne viendrait pas d'un boucher
Leurs cerveaux étaient en ébullition. Ils avaient enfin des indices. Le technicien les regardait, l'air amusé.
- Vous avez oublié le facteur « merde »
- Pardon ? demanda Gates
- Nous y avons réfléchit avec les autres. Le fumier se transforme en nitrate en vieillissant. Et comme nous avons des os de vaches…
- Vous pendez à de… la bouse de vache ?
- Pourquoi pas ?
- Donc nous avons un bout de papier, des rats, des os de vaches et de la bouse… commença Gates. Pas d'autres idées ? Rien d'autres ?
- Non, dit le technicien. Je vais retourner au labo et dès qu'on a du nouveau pour les caméras…
- Entendu, allez-y
Il les abandonna à leur réflexion.
Ils avaient de nouveaux indices mais ils ne voyaient pas où cela pouvait bien les mener. Rien ne collait avec les anciennes affaires. Ils furent interrompus par le retour de Mac Lane
- Alors ? demanda Esposito
- Comme les autres, sauf que ça ne faisait pas longtemps qu'elle avait été tuée. Son corps était encore chaud. Il a failli se faire repérer.
- Comment ça ?
- C'est un voisin qui a découvert le corps. Il rendait service à un de ses amis en gardant son chien. Il a eu une envie pressante. Et c'est en sortant qu'il a fait sa trouvaille. Si ça se trouve, à quelques minutes près…
La matinée était passée. Lanie avait confirmé que c'était bien la sixième victime du triple tueur d'après les premiers éléments qu'elle avait recueilli.
Vers 13H, la légiste leur ramena de quoi se nourrir. Ils se contentaient de grignoter tout en essayant de faire coller leurs indices à différents lieux de la ville.
Castle faisait les cent pas devant les tableaux. Il avait la tête en ébullition. Il mélangeait les indices, les mots, essayait de les raccrocher les uns aux autres comme un puzzle. Il parlait tout seul.
- Des vaches, du fumier, donc des pâturages…
- Il n'y a pas de pâturages à New York, fit remarquer Ryan
- Je sais… Des vaches, du fumier, des rats… Des os de vaches, un vieux bout de papier, fin du 19ème, début du 20ème… Des os de vaches, donc vaches mortes
- Une boucherie, c'est ce que disait Ryan, dit Esposito
- Non, on leur livre la viande prête à découpée…
- Castle, tu devrais te calmer. Tu vas nous faire une attaque, dit Lanie
- Des os de vaches, vieux bout de papier, des rats… Où trouve-t-on…Des parcs à bestiaux, des abattoirs…
- En ville, les abattoirs… commença Ryan
- Non, il faut tenir compte du papier. On doit trouver de vieux bâtiments. Du côté de Manhattan. Il y avait des parcs à bestiaux. Certains ont été rasés et remplacés par des boutiques, mais pas tous…
- Manhattan ? Mais c'est là qu'on a trouvé sa dernière planque, dit Esposito
- Quelle meilleure planque. Qui irait le chercher là où il était ? demanda Gates. Trouvez un plan détaillé de Manhattan
Ils étalèrent les plans sur la table de la salle de réunion.
- Bien, qu'est-ce que nous avons ?
- On en a un sur l'Hudson River, à la 65ème, dit Ryan
- Il y en a un souterrain à l'angle de Greenwich et de Houston, dit Esposito
- Et dans l'Eastside, au coin de Lexington et du viaduc sur l'Hudson River, ajouta Gates… Ce serait une sacrée coïncidence… Le même coin…
- Et si je vous disais l'Eastside ? demanda le scientifique qui venait d'apparaître
- Vous êtes sûr ?
- On a croisé les signaux qui partaient de chez monsieur Castle avec ceux du lieutenant Beckett. Votre homme a bien brouillé les signaux. On a eu du mal. C'est pour cela qu'on a mis du temps. Mais il n'y a aucun doute. Les signaux arrivent tous dans l'Eastside
- Donc pour vous notre adresse est la bonne ?
- L'adresse exacte, je ne peux pas vous la dire, mais c'est le bon quartier
- On doit y aller, dit Castle
- Une minute, Castle. Il faut que l'on soit absolument sûr.
- Il doit utiliser du courant pour recevoir ses vidéos, dit Mac Lane
- C'est évident, dit le scientifique
- Alors il suffit d'appeler le service qui fournit l'électricité. Il devrait repérer rapidement un bâtiment abandonné qui utilise du courant ?
- Bonne idée. Ryan ? demanda Gates
- C'est comme si c'était fait
Il fallut quand même quelques minutes avant d'obtenir une réponse. Mais ils avaient raison. Du courant avait été détourné vers l'ancien parc à bestiaux de l'Eastside. La compagnie d'électricité avait expliqué qu'elle allait intervenir pour couper le courant, mais le capitaine leur avait fait comprendre qu'il ne fallait pas, que la vie d'un de ses lieutenants était en jeu.
Dès qu'ils eurent la certitude qu'ils avaient localisé la planque de Tyson, Castle voulut qu'ils s'y rendent. Mais le capitaine Gates le freina. Cette fois, il était hors de question qu'il s'en sorte.
