Elle s'approcha d'elle, prit son pouls. Rien au poignet, ni à la carotide.

- Elle est en arrêt. Il faut appeler les secours.

- Le temps qu'ils arrivent…

- Tu cours vite ?

Il se baissa et prit sa chef dans ses bras. Il sortit de la cellule et courut aussi vite qu'il put jusqu'à l'extérieur.

- On a besoin d'un médecin, hurlait un gars dans sa radio. Un officier ramène la victime. Arrêt cardiaque. Dépêchez-vous….

Il courait, courait… Lanie sur ses talons.

Le véhicule des urgences se gara le plus près possible. Le médecin fit sortir le brancard, le défibrillateur.

Esposito arriva et déposa Beckett sur le brancard.

Le médecin l'examina. Lanie se plaça de l'autre côté.

- Ah, ils l'ont trouvé ! Dommage pour toi, c'est trop tard apparemment ! Tu imagines : à quelques minutes près…

- Elle s'en sortira

- J'en doute. J'ai fait ce qu'il faut…

Ils entendaient tout ce qu'il se passait par la radio de Castle. Ils n'arrivaient pas à la réanimer. Castle avait l'impression de revivre les évènements de deux ans plus tôt. Il entendait Lanie supplier son amie de ne pas mourir, de rester avec elle. Elle lui disait qu'il fallait qu'elle se batte… Il serrait la radio tellement fort que les articulations de ses doigts étaient devenues blanches.

Tyson jubilait.

- Qu'est-ce que je te disais !... Maintenant, je n'ai plus qu'à en finir avec toi !

- Vas-y !

- Résigné l'écrivain ?

- Arrête de parler et tire. Ou alors tu as peur. C'est vrai que tu préfères étrangler les femmes. C'est plus facile avec des victimes qui ne peuvent pas se défendre ou qui ne sont pas assez fortes. Car tu ne les étrangles que par derrière. Tu n'es même pas capable de les regarder en face

- La ferme l'écrivain !

- Oh, blessé dans ta dignité ! Mais est-ce que tu en as une ?

Il l'énervait. Il le savait. Mais il s'en fichait.

Il le vit lever son arme dans sa direction. Il ferma les yeux.

Un coup de feu. Un seul.

Il ne comprit pas. Il était toujours debout. Pourtant il avait entendu un corps tombé.

Il ouvrit les yeux.

Tyson était étendu devant lui. Une balle dans le front.

Il se retourna.

Gates se tenait derrière lui, bras tendu, l'arme encore fumante.

Elle s'approcha de Castle

- On ne devrait plus entendre parler de lui maintenant !... Allez, Castle. Allons voir comment va Beckett

- Elle est morte !

- Ne dites pas de bêtise. Tant qu'il lui reste un souffle, elle est vivante. Alors venez !

Elle dut le tirer par le bras pour qu'il réagisse enfin et la suive.

- Où est Beckett ? demanda Gates en arrivant devant l'entrée

- En direction de l'hôpital avec Lanie. Ils essayent de la réanimer… Chef… La femme que j'ai trouvée… Ce n'est plus Beckett… Elle est…

- Calmez-vous Esposito. On va s'occuper d'elle. On va…

- Capitaine, vous et vos hommes rejoignez votre lieutenant. Mes hommes et moi allons nous occuper de terminer ici

- Vous êtes sûr, commandant ?

- Allez-y, et donnez-moi des nouvelles.

- Merci, commandant.

- Et Tyson ? demanda Ryan

- Mort, répondit Gates, sans plus de détail

Le trajet jusqu'à l'hôpital se fit dans le silence.

Mac Lane conduisait la voiture d'Esposito.

Esposito avait raconté à son coéquipier ce qu'il avait découvert dans cette cellule. L'odeur nauséabonde, la saleté… Et la femme qu'il avait trouvée et qui ne ressemblait plus à Beckett…

Dans la voiture de tête, celle du capitaine, le silence régnait. Gates s'inquiétait pour Beckett. Elle aurait aimé la voir avant qu'elle ne soit évacuée. Mais elle comprenait les médecins. Castle avait l'air de subir les évènements.

Ils se garèrent devant les urgences.

- Capitaine Gates, je voudrais avoir des nouvelles du lieutenant Beckett

- Oui, elle se trouve dans un de nos box. Ils sont en train de la stabiliser, dit l'infirmière de l'accueil

- Son cœur est reparti ?

- Non sans mal, mais oui. Mais vu son état, ça tient du miracle.

- Qu'est-ce que vous pouvez me dire sur son état ?

- Je préfèrerai que ce soit le médecin qui vous en parle. Il ne devrait pas tarder. Vous pouvez l'attendre dans la salle d'attente.

Et encore de l'attente. Ils en avaient assez d'attendre. Ça devenait infernal. L'infirmière avait dit que le médecin n'allait pas tarder…

2H. Il avait attendu 2H avant que le médecin vienne à leur rencontre.

- Capitaine Gates ?

- C'est moi. Alors ?

- Mademoiselle Beckett est enfin stable. Pour le moment. A-t-elle de la famille ?

- Son père

- Je ne saurai vous conseiller de l'appeler pour qu'il vienne au plus vite

- Vous voulez dire…

- C'est une éventualité. Elle est extrêmement faible. Et apparemment, elle n'a plus la force de se battre… Nous l'avons installé dans une chambre dans le service de réanimation… Vous ne pouvez pas y entrer, mais il y a une paroi vitrée, si vous voulez la voir… Son amie est avec elle. Et quand son père sera là, il pourra y entrer aussi.

- Docteur ?

- Oui

- Ce monsieur là-bas est son petit-ami. Est-ce qu'il…

- Bien entendu… Je vous laisse. Je dois retourner la voir.

Gates passa le plus difficile coup de téléphone de sa carrière. Il avait enterré sa fille six mois auparavant, et elle l'appelait pour lui dire qu'ils l'avaient retrouvé mais qu'il fallait qu'il vienne au plus vite car il risquait de la perdre encore une fois.

Puis ils se dirigèrent tous vers sa chambre et se placèrent devant la vitre.

Lanie était près d'elle, lui tenant la main, lui parlant. Le médecin l'auscultait. Une infirmière vérifiait les appareils et relevait les constantes. Au bip qu'ils entendaient, ils pouvaient se rendre compte qu'elle était vraiment très faible. Elle était perfusée.

Son père arriva. Gates lui fit signe qu'il pouvait entrer.

Quand il vit sa fille, ses jambes le lâchèrent. L'infirmière le rattrapa avant qu'il ne s'écroule sur le sol. Lanie approcha un fauteuil du lit de Beckett et l'infirmière y fit asseoir Jim. Il prit la main de sa fille et la posa contre sa joue. Il pleurait.

Castle regardait à travers la vitre. Il avait les yeux fixés sur elle. Il ne voyait rien d'autre. Il ne voyait que ce qu'elle était devenue, il ne pouvait qu'imaginer tout ce qu'elle avait subi durant ces six mois pour en arriver là, tout ça parce qu'il avait laissé échapper Tyson. Tout doucement, il s'écarta de la vitre et s'éloigna du service, puis quitta l'hôpital. Il remonta le col de son veston, mit ses mains dans ses poches et s'éloigna lentement.

Les heures passaient. Beckett était toujours inconsciente.

Ils étaient toujours devant la vitre.

Le médecin était toujours dans la chambre, surveillant le moindre signe pouvant lui indiquer qu'elle allait reprendre connaissance.

La matinée était passée. Et toujours rien.

- Capitaine ?

- Oui ? fit –elle en se retournant. Commandant ?

- Je suis passé au commissariat pour vous faire mon rapport, mais on m'a dit que vous n'étiez pas encore arrivée. J'en ai donc déduis…

- Qu'elle heure est-il ?

- Presque 13H

- Quoi ? Je devrais…

- Ne vous inquiétez pas, capitaine. Je leur ai expliqué la situation… Comment va-t-elle ?

- Pas d'amélioration pour le moment. On ne sait pas si…

- Espérons, capitaine. Si elle a tenu jusqu'à maintenant, il n'y a pas de raison…

- Dieu vous entende

Une équipe de soignante arrivèrent et entrèrent dans la chambre. Le médecin et Jim sortirent. Les femmes fermèrent les rideaux de la chambre

- Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda le capitaine. Elle est…

- Non. Mademoiselle Beckett a une mauvaise fracture au bras. Nous allons nous en occuper tant qu'elle est stable. Mais vu son état, nous devons la laver pour éviter tout risque d'infection. Ne vous inquiétez pas, ça ne va pas être long.

- Où est Richard ? demanda le père de Beckett

- Il est… Où est-il ? demanda Gates

Personne ne savait. Personne ne l'avait vu partir. Ils étaient tellement préoccupés par l'état de Beckett, qu'ils n'avaient pas fait attention à lui.

Une demi-heure plus tard, les rideaux s'ouvrirent. Beckett était à nouveau dans son lit.

Un brancardier entra. Il la prit dans ses bras et la déposa délicatement sur le brancard. Puis il sortit de la chambre.

C'était la première fois qu'il pouvait la voir de si près. Elle faisait peur à voir. Elle avait maigri, beaucoup maigri. Elle avait des contusions sur le visage. Une infirmière leur expliqua qu'elle en avait sur tout le corps. Des anciens et des récents. Elle avait aussi des traces de morsures au niveau des jambes et des pieds… Et elle ne parlait que de ce qui était visible. Les radios allaient révéler le reste.

Le brancardier s'excusa mais il devait l'emmener. Ils le laissèrent partirent.

- Où est Castle ?

- Désolée, Lanie, mais on ne s'est pas rendu compte qu'il était parti

- Il ne va pas lui faire ça. Pas maintenant… Je vais chez lui.

- Je t'accompagne ?

- Si tu veux, Javi… Vous m'appelez si…

- Pas de problème.

Esposito conduisit Lanie à l'appartement de Castle. Elle était tellement énervée qu'elle tambourina sur la porte jusqu'à ce qu'elle s'ouvre.

- Mais qu'est-ce qui vous prend… Lanie ?

- Désolée, Martha. Je peux voir Castle ?

- Il n'est pas là !

- Où est-il ?

- Il n'a pas quitté le commissariat depuis…

- Non, Martha. On est à l'hôpital depuis… Je ne sais plus depuis quand. Il faisait encore nuit. On a retrouvé Kate.

- Oh, mon Dieu ! Comment va-t-elle ?

- En vérité, pas très bien

- Richard doit être là-bas alors ?

- Justement, non. Il s'est éclipsé sans que personne ne le voie

- Pourquoi ?

- C'est une longue histoire Martha. Pour résumer, il se sent responsable de tout ce qui est arrivé à Kate. Il a décidé de tout quitté, le commissariat et Kate… Vous savez où il pourrait être ?

- Aucune idée… L'appartement de Kate ?

- Peut-être. Il s'y était réfugié la dernière fois. On va aller voir. Merci Martha et désolée pour…

- Ce n'est rien Lanie… Je peux aller la voir ?

- Elle est en réanimation. Vous y verrez les autres, dit-elle en sortant de l'appartement.

L'appartement de Beckett était vide. Enfin façon de parler. Il y avait toujours les cadavres de bouteilles et les vêtements éparpillés un peu partout. Lanie se fraya un chemin jusqu' à la chambre, et mit quelques affaires de rechange dans un sac. Ils quittèrent l'appartement et retournèrent à l'hôpital.

Martha était déjà arrivée et attendait avec les autres. Elle avait tenté de joindre son fils mais sans succès.

Ayant compris que les collègues, amis et parents de leur patiente allaient rester dans le service encore un certain temps, les infirmières de l'accueil leur firent installer dans le couloir deux canapés et quelques fauteuils pour qu'ils puissent se reposer sans avoir à aller dans la salle d'attente. Elles demandèrent à la cuisine de préparer du café et déposèrent tout le nécessaire près des sièges.

Elles furent remerciées par tout le monde.

Le brancardier et le médecin réapparurent, ainsi qu'une infirmière. Ils entrèrent dans la chambre et réinstallèrent Beckett dans son lit.

Ils eurent juste le temps de voir qu'elle avait un bras plâtré et l'autre bandé avant que l'infirmière ne plonge la pièce dans le noir total. Volets fermés, lumières éteintes, y compris la veilleuse. Après avoir rebranché les appareils de contrôle, elle s'installa près de sa patiente. Elle fut rejointe par Jim qui s'installa de l'autre côté du lit. Le médecin quitta la chambre.

- Comme vous pouvez le constater, nous avons dû plâtrer son bras. Il était fracturé à plusieurs endroits mais nous avons réussi à le remettre en place

- Et l'autre bras ? demanda Gates

- Fracturé aussi. Ainsi que les deux jambes.

- Mais son bras n'est pas plâtré ?

- Non. Ni ses jambes. Ce sont des fractures de fatigue. Généralement ce sont les sportifs qui en souffrent. Je pense qu'on la contrainte à rester debout, suspendu par les poignets, pendant de très longues périodes. Ça se guérit avec du repos. Beaucoup de repos.

- Pourquoi vous avez plongé…

- Sa chambre dans le noir. Photophobie.

- Quoi ?

- Sensibilité à la lumière

- Je sais ce que sais docteur. Mais comment…

- Elle a repris connaissance un petit moment pendant qu'on la plâtrait. Et c'est là qu'on s'en est rendu compte. Elle ne supporte pas du tout la lumière, même faible. Ni le bruit d'ailleurs. Le moindre petit son la fait sursauter.

- Vous avez d'autres bonnes nouvelles ?

- Je suis désolé

- Vous n'y êtes pour rien docteur. C'est moi qui m'excuse.

- Je comprends. Vous êtes fatiguée et vos hommes aussi

- Tout comme vous docteur, puisque vous étiez avec nous

- Elle a aussi des morsures sur les jambes. Sûrement les rats… Elle souffre aussi de déshydratation. Et elle est aussi sous-alimentée. Si on compare son dossier d'il y a un an et celui d'aujourd'hui, il y a une différence de 15kg… On en saura plus quand on pourra pratiquer d'autres examens.

- C'est-à-dire ?

- Il faut attendre qu'elle reprenne connaissance

- Merci docteur

- Vous devriez vous reposer. Elle risque de rester dans cet état encore un moment.

- Ne vous inquiétez pas pour nous. Ça ira.

- Bien. A plus tard

Il n'y avait plus personne sur place. Son corps avait été enlevé. Il devait se trouver à la morgue. Ça aurait dû être lui. Ça aurait été tellement plus simple. Il ne l'aurait pas vu. Il n'aurait pas vu l'état dans lequel elle se trouvait.

Il avait visité la salle avec les écrans. Il les avait allumés. Il voyait son bureau, son appartement à elle, la pièce où elle avait vécu, plutôt survécu pendant tous ces longs mois.

En observant les boutons, il vit une touche volume. Il appuya dessus. Puis il appuya sur un autre bouton et il entendit les bruits qu'elle avait dû entendre régulièrement, c'était assourdissant. Puis il découvrit le minuteur. Il le mit en route et vit le jeu de lumière. Rien qu'à l'écran, elle était aveuglante, alors en direct dans la pièce, ça devait être l'horreur.

Il était assis depuis des heures dans cette pièce, cette cellule. Qu'est-ce que c'était quelques heures comparées aux mois qu'elle y avait passé à cause de lui.

Plus jamais une chose pareille ne lui arrivera. Et surtout pas à cause de lui. Il ne fallait plus qu'elle souffre comme elle venait de souffrir à cause de lui.

Il craqua. Il s'effondra. Il se recroquevilla sur le sol, se prit la tête dans les mains et pleura.

Il s'en voulait. Il s'en voulait tellement. Mais quelle idée avait-il eu de vouloir la suivre ? De lui imposer sa présence ?

Avant de le connaître, elle avait sa vie. Certes elle s'était construit un mur autour du cœur, l'empêchant de s'engager à plein temps dans une relation. Mais finalement, elle vivait bien, elle semblait heureuse, ça semblait lui convenir. Et surtout, ça ne pouvait pas la faire souffrir.

Et lui était arrivé, avec ses gros sabots. Il avait fait tomber son mur. Et voilà où ça l'avait mené.

Il allait en souffrir, mais il ne fallait plus qu'il l'approche.