Il entra dans la chambre et sourit en voyant la scène qui se déroulait devant lui. Il avait entendu dire que la police était une grande famille, mais là, il pouvait s'en rendre compte. Ryan lui tendit un café qu'il accepta, puis il s'avança vers sa patiente.
- Mademoiselle Beckett ?
Elle ne connaissait pas cette voix. La sentant se raidir, Castle lui caressa le dos. Elle comprit qu'elle ne risquait rien.
- Oh, ingénieux les lunettes de soleil… D'ici quelques jours, vos yeux devraient se réhabituer à la lumière. Il faudra juste faire attention à toutes lumières violentes, comme des flashs, expliqua-t-il en ne parlant pas trop fort
Sinon, on vous a examiné hier, mais avez-vous quelque part, désirez-vous…
- La tête
- Vous avez reçu des coups ?
- Mal à la tête. Depuis longtemps
- Entendu, je vais vous faire amener quelque chose… Autre chose : dans la matinée, je vais vous emmener faire des examens, donc une infirmière va venir vous aider à vous préparer…Ah, la voici… Mesdames, messieurs, si vous pouviez…
- Bien sûr, dit Gates… De toute façon, il va falloir qu'on retourne au bureau
- Jim?
- Castle ?
- Vous pourriez rester ici, le temps que j'aille me changer ?
- Bien sûr
Il se leva et déposa Beckett dans le fauteuil. Jim vint se mettre à côté de sa fille et lui prit la main.
Un à un, ils s'éclipsèrent, laissant le père et la fille en compagnie de l'infirmière. Castle fut le dernier à sortir. Avant de fermer la porte, il jeta un dernier vers Beckett.
- Bonjour monsieur Castle
- Bonjour… Docteur Burke, c'est ça ?
- Tout à fait. Je venais voir le lieutenant Beckett
- Oh, une infirmière va la préparer pour des examens
- Et comment va-t-elle ?
- Je ne sais pas. Elle a l'air d'aller bien comme ça…
- Mais ?
- Elle ne se plaint pas malgré tout ce qu'elle a subi. Elle ne parle pas. Si le médecin ne lui avait pas demandé, il n'aurait jamais su qu'elle avait mal à tête.
- C'est une réaction normale, monsieur Castle. Pendant six mois, elle a dû faire face seule à ce criminel. Connaissant sa force de caractère, elle n'a pas voulu lui montrer ses faiblesses et s'est sûrement fabriquée une carapace intérieure ne laissant rien paraître
- Ce n'est pas la première fois qu'elle le fait
- Je sais
- Quoi ? Com… C'est avec vous qu'elle a fait sa thérapie ? Elle m'a dit qu'elle se faisait suivre, il y a un an
- Si elle vous l'a dit. Kate était bien ma patiente. Mais je ne pouvais pas le dire au commissariat. C'est dans le cadre du privé
- Je ne dirais rien…
- Et vous monsieur Castle ? Comment allez-vous ?
- Bien
- Vous vous reprochez toujours…
- Qui vous a dit…
- Votre capitaine. Elle s'inquiète pour vous et pour Kate.
- Gates ?
- Oui, le capitaine Gates. Elle n'est pas aussi intransigeante qu'il y paraît.
- Je… Je voulais… Je ne peux la quitter… Je tiens trop à elle… Pendant quatre ans, j'ai attendu qu'elle…
- Je sais monsieur Castle
- Com…
- Kate est ma patiente, je vous le rappelle
- Elle vous a parlé de moi ?
- Peut-être bien…
Tout en parlant, ils s'étaient retrouvés devant l'hôpital
- Monsieur Castle ?
- Docteur ?
- Cet après-midi, je vais avoir besoin de vous. Le capitaine Gates sera là ainsi que le docteur Parish.
- Pour quoi faire ?
- Il faut que Kate s'exprime. Sur ce qu'elle a vécu, sur ces douleurs… Et vous l'avez dit vous-même, elle ne parle pas. Je vais lui provoquer un électrochoc
- Vous n'allez pas…
- Si. Je compte la ramener sur place. Je vais la confronter à ce qu'elle a vécu ces derniers mois
- Vous êtes sûr de vous ?
- Il faut battre le fer tant qu'il est encore chaud… Mais si vous ne voulez pas nous accompagner, je comprendrais… Mais ça pourrait vous aider aussi
- Et vous savez aussi que je ne la laisserai jamais y aller seule !
- Disons que je m'en doutais
- Vous êtes doué dans votre domaine
- J'aime assez le penser ! A plus tard monsieur Castle. Je dois en discuter avec son médecin
- A plus tard
La matinée de Beckett passa assez vite. Elle se laissa faire pour les divers examens, bien que des mains étrangères la touchaient. Mais Castle n'était pas loin, gardant un œil attentionné sur elle. Elle se raccrochait à son regard et subissait tout sans rien dire.
Le seul moment où elle faillit s'écrouler, c'était devant Lanie. Elle venait de prendre sa douche et elle l'aidait à s'habiller. Et c'est là qu'elle se rendit compte combien elle avait maigri. Autant un t-shirt paraissant un peu trop large pouvait faire « mode », autant son pantalon de jogging…
- Hey, Kate, ce n'est rien… Tu verras, tu vas reprendre du poids. D'ici quelques mois, il n'y paraîtra plus
- Ouais !
Vers midi, Martha arriva dans la chambre pour amener le déjeuner.
- Alors Richard, comment elle va ?
- Ils lui ont fait passés des examens ce matin. On aura les résultats dans la journée. Et depuis, elle s'est endormie.
- Au moins elle est dans son lit. Et toi, ça va ?
- Ça va, mère
- Tu ne vas pas…
- Non, mère. Décidément tout le monde est courant !
- On s'inquiétait pour vous deux. C'est tout
- C'est gentil, mère. Et Alexis ?
- Elle vous embrasse tous les deux, et essaiera de passer un peu plus tard.
- Entendu.
Martha commença à ouvrir les sachets pour en sortir les plats préparés. Le bruit réveilla Beckett. Elle les regarda sans rien dire. Tous les deux essayaient de faire le moins de bruit possible soit pour ne pas l'effrayer, soit pour ne pas la réveiller. Mais dans tous les cas, son sommeil était devenu très léger.
- Hey, on t'a éveillé ? Je suis désolé
- Hm
- Tu veux manger avec nous
Elle secoua la tête négativement. Rien que l'odeur lui donna la nausée.
- Hé, qu'est-ce que vous faîtes ? demanda une infirmière qui entrait un plateau à la main
- On comptait manger, répondit Martha
- Vous ne comptiez pas en donnez à mademoiselle Beckett
- Il se trouve qu'elle n'en veut pas, mais sinon…
- Pas de solide pour le moment et pendant quelques jours encore
- Pourquoi ? demanda Castle
- A cause de son estomac
- Il y a un problème ?
- Apparemment, mademoiselle Beckett a très peu mangé pendant… Enfin, vous savez. Il faut qu'elle se réhabitue lentement. Les portions augmenteront au fur et à mesure. Je pense qu'elle ne mangera même pas tout ce que je lui apporte. Et pourtant c'est très peu…
Elle déposa devant elle un plateau sur lequel se trouvaient un potage chaud, une compote et un yaourt. Le tout servi avec de l'eau
- Tenez, mademoiselle. Et surtout, buvez. Même si vous n'avez pas soif, essayez de boire. Et mangez ce que vous voulez, ou vous fait envie. D'accord ?
- Hm
- Vous voulez que je vous aide ? Un verre d'eau ?
- De l'eau
Elle lui servit un verre et lui tendit. Elle l'avala d'un trait et le retendit
- Encore
L'infirmière lui en redonna un, qu'elle avala encore d'un trait
- J'ai bien fait de venir… Alors, maintenant, bouillon ou dessert ?
Beckett ne savait pas quoi prendre. L'infirmière décida pour elle. Le bouillon chaud. Il était servi dans un bol ce qui permet à Beckett de le boire seule. L'infirmière tenta de lui proposer autre chose, mais elle refusa.
- Kate, t'es sûre ? demanda Castle
- Plus faim
- Vous savez, monsieur Castle, avec le café de ce matin et ce qu'elle vient d'ingérer, elle a déjà dû dépasser sa ration journalière
Ce que venait de lui dire l'infirmière, lui fit monter les larmes aux yeux. Il détourna la tête pour que Beckett ne le voie pas. Mais elle le sentit et lui prit la main. Il se retourna et se pencha pour la prendre dans ses bras.
- C'est rien, dit-elle
- Oh, Kate !
- C'est rien. Ça va
Elle ne resta pas longtemps dans ses bras. Elle voulait descendre du lit. L'infirmière l'aida et la conduisit jusqu'au toilettes. Elle la laissa seule à l'intérieur.
- Trop plein, dit-elle en voyant leurs regards
- Quoi ? demanda Martha
- Elle a trop mangé
- Vous plaisantez
- J'en ai l'air. Ecoutez, c'est ce que j'ai essayé de vous expliquer tout à l'heure mais avec mademoiselle Beckett dans la chambre je n'ai pas pu entrer dans les détails. Quand je parlais de ces rations journalières, en fait c'était des rations épisodiques plutôt. Mais elle n'a pas dû manger tous les jours. Apparemment, on lui donnait juste de quoi la garder en vie
- Comment vous savez ça ? demanda Castle
- Avec l'échographie. Son estomac est tout rétracté… Mais rassurez-vous. En recommencer à manger chaque jour, il va reprendre sa forme normale. C'est pour ça qu'on commence à la nourrir avec des liquides ou des laitages.
- Mais si elle va aux toilettes à chaque fois…
- C'est juste le début… Tout va rentrer dans l'ordre… Petite précision encore. Si nous lui donnons des liquides, le solide ne lui est pas interdit. Mais vous avez vu sa réaction. La nausée. Par contre si à un moment elle souhaite manger autre chose que ce qu'on lui donne, laissez-la faire. Même si elle ne le digère pas. Il faut qu'elle retrouve l'envie de manger et de boire aussi
- Vous êtes sûre ?
- Oui. Dans ce service, on a des patients qui sortent du coma après plusieurs jours, voire plusieurs mois. Vous croyez que dès les premiers jours, on leur donne un steak-frites ?
- Je n'y avais pas pensé
- Il ne faut pas vous inquiétez. Les examens de ce matin sont bons. Il faut juste laisser du temps à son organisme. Avec de la patience…
- Combien de temps d'après vous…
- Au moins autant que sa détention…
Beckett sortit des toilettes et l'infirmière l'aida à se réinstaller sur son lit. Elle s'allongea.
- Bien. Je vais vous laissez vous reposez… Pour vous déplacer, le moins possible je vous rappelle, je vous ai ramené une béquille.
- Merci
- Mais vous devez vous reposer. D'accord ?
- D'accord
Elle commençait à somnoler quand la porte de la chambre s'ouvrit.
- Docteur Burke, chef. Déjà ?
- Ça risque d'être long, monsieur Castle, répondit le médecin
- Bonjour, Beckett
- Chef
- Bonjour, Kate
- Docteur Burke ?
- Vous ne m'avez pas oublié, c'est déjà ça… Kate, je vais vous emmener faire un petit tour. Vous voulez bien ?
- Où ?
- Vous me faîtes confiance ?
- Oui
- Bien, on va y aller…. J'ai pris la liberté d'emprunter un fauteuil roulant. Mais on aura aussi besoin de votre béquille
Il l'aida à sortir du lit. Elle passa un pull et s'installa dans le fauteuil. Castle s'installa derrière elle et poussa la chaise. Martha les abandonna.
Arrivée devant l'hôpital, Beckett fit signe à Castle de s'arrêter
- Qu'est-ce qu'il y a Kate ?
- J'ai froid
- Je vais voir si Lanie vous a pris une veste, dit Gates
- Kate, il fait…
Il faisait bien trente degrés en plein soleil, mais elle était tellement amaigrie… Gates réapparue et l'aida à passer sa veste.
Le trajet en voiture se fit en silence. Gates conduisait, Burke était à côté d'elle et à l'arrière Beckett s'était endormie contre le torse de Castle.
- Docteur ? Vous êtes vraiment sûr de ce que vous faîtes ?
- Rien n'est jamais sûr à 100%, monsieur Castle
- Mais…
- Faîtes-moi confiance. On ira à son rythme. C'est elle qui va nous guider et non le contraire… Capitaine, vous avez pu faire ce que je vous ai demandé ?
- Les gars de la scientifique n'ont pas été ravi, mais…
- J'ai juste besoin des écrans. Je n'ai pas besoin qu'ils fonctionnent
- C'est ce que je leur ai dit.
- Parfait.
- Au fait Castle, j'ai demandé aux techniciens de la scientifique de passer chez vous et Beckett pour retirer les caméras
- Merci chef
- De rien Castle… Bon, on y est. Et maintenant ?
- On va entrer et voir ce que Kate va faire, dit le docteur Burke
Ils quittèrent le véhicule. Pendant que le docteur Burke préparait le fauteuil, Castle réveillait doucement Beckett. Elle se redressa et regarda autour d'elle. Elle ne savait pas où elle était. Elle regarda Castle, qui ne pouvait pas voir son air interrogatif vu qu'elle portait ses lunettes.
- Je ne peux rien te dire Kate.
