- Alors, ça va mieux ?

- Pourquoi tu poses la question, puisque tu connais la réponse ? demanda-t-elle en lui souriant. Et toi ?

Ils venaient de faire l'amour. Ou plutôt, elle lui avait fait l'amour. Elle l'avait empêché de faire quoi que ce soit. Alors, il l'avait laissé faire. Elle l'avait couvert de baisers, de caresses aussi subtiles les unes que les autres. Tout avait été fait avec tendresse, une extrême tendresse. Aucune précipitation dans ses gestes. Jusqu'à l'instant final, le moment crucial. Là, elle les avait fait pivoter, le faisant passer au-dessus d'elle. Tout comme elle, il avait été tendre, enchaînant des mouvements lents du bassin, jusqu'à ce qu'ils atteignent le septième ciel ensemble.

- Oh, Kate ! C'était tout simplement magique

- Donc, tu as aimé ?

- Comme à chaque fois. Malgré notre connexion, comme ils disent, je ne sais jamais à quoi m'attendre avec toi dans ces moments-là. Tu me surprends à chaque fois. Je me souviens du jour où tu m'avais répondu que je n'avais pas idée quand je t'avais dit qu'on se serait bien amusé si on avait passé la soirée ensemble

- Et ?

- Tu avais raison. Je te l'ai déjà dit après notre première nuit, mais à chaque fois tu arrives encore à m'étonner !

- Au moins un domaine dans lequel on arrive à se surprendre ! dit-elle en souriant

Il l'embrassa et, en même temps, pivota sur lui-même.

Quand il se réveilla, il soupira en se rendant compte qu'elle n'était pas dans ses bras. Il savait qu'elle dormait peu, mais après la nuit qu'il venait de passer… Puis au moment de se lever, il se ravisa. Elle était encore là. Il ne s'en rappelait pas, mais ils avaient dû s'endormir, épuisés.

Elle était allongée, sur le ventre, à côté de lui. Ses bras entouraient son visage, la protégeant de la lumière.

Il était content qu'elle soit encore là. Il attrapa le drap et le remonta sur elle. La caresse du tissu la fit légèrement frissonner. Il décida d'aller prendre sa douche pour aller ensuite préparer le petit déjeuner, mais une main le retint

- Reste là

- On est d'humeur câline, ce matin, dit-il en l'embrassant dans le cou après avoir écarté ses cheveux

- Hm… Juste câline ! dit-elle en venant se blottir contre lui

- Les gars repartent ce matin !

- Je sais. Mais on a bien cinq minutes !

- Tout le temps que tu voudras.

Ils restèrent un petit moment, enlacés. Simplement enlacés, l'un contre l'autre, peau contre peau, savourant juste le moment présent.

Puis ils se levèrent ensemble et se douchèrent ensemble, simplement pour garder encore un peu de contact.

Et c'est encore ensemble, qu'ils préparèrent le petit déjeuner pour tout le monde.

Les gars et les filles étaient partis de bonne heure. Ils devaient reprendre le travail en début d'après-midi.

L'après-midi, Castle et Beckett partirent faire des courses et se promenèrent en ville.

Ils passèrent encore quelques jours tous ensembles, puis Alexis et Max rentrèrent. Ils passèrent encore une semaine en famille, puis rentrèrent à leur tour à New York.

En arrivant en ville, Castle fit deux arrêts : il déposa Jim chez lui, puis Beckett à son appartement. Beckett sourit au moment de l'embrasser en voyant son air de chien de battu. Puis il se rendit au loft.

Après deux mois d'absence, son appartement avait bien besoin d'un petit nettoyage. Elle commença par défaire ses bagages et à tout ranger dans ses placards. Puis avant de se lancer, elle se prépara un café.

Depuis qu'il était rentré au loft, il tournait comme un lion en cage. Il s'était occupé des bagages, les avait vidés. Puis sa mère lui avait proposé d'aller des courses. Mais une fois que tout fut fait, il n'arrêtait pas de faire les cent pas. Il passait d'une pièce à l'autre, allumait la télé, puis l'éteignait en soupirant.

Sa mère le regardait. Elle se trouvait dans la cuisine, devant une tasse de thé. Elle souriait en voyait la scène qui se déroulait devant elle. Jamais elle n'avait vu son fils dans un tel état. Ils ne s'étaient séparés que depuis quelques heures, et il était déjà perdu, en manque de la femme qu'il aimait.

Elle se rappelait quand il était marié. Que ce soit l'une comme l'autre, quand elles partaient, il ne le vivait pas plus mal que ça. Il était même soulagé par moment de se retrouver seul. C'est ainsi qu'elle avait su que ses mariages touchaient à leur fin.

Mais là c'était différent. Elle le savait.

- Tu vas finir par tomber chez le voisin !

- Quoi ?

- A force de tourner en rond, tu vas traverser le plancher !

- Je ne…

- Pourquoi tu ne vas pas la chercher ?

- Qui ?

- Richard ? Ne me prends pas pour une idiote. Kate, bien sûr ! Va la chercher

- Tu sais bien qu'elle n'aime pas être brusquée. Si je débarque comme ça chez elle, elle va croire…

- Qu'elle te manque ?

- C'est vrai. Mais après ces deux mois, à l'avoir près de moi, je ne sais comment je vais faire si on recommence comme avant. Je veux l'avoir près de moi, tous les jours, continuer à vivre ce qu'on a vécu…

- Tu lui as dit ?

- Non, mais…

- Je sais ce que tu vas me dire : que c'est compliqué !... Je vous ai observé pendant ces deux mois. On en a même discuté avec Jim…

- Et ?

- Je dirai qu'elle doit être dans le même état que toi à l'instant où nous parlons

- Elle voulait faire un peu de rangement…

- Eh bien, il ne doit pas beaucoup avancer, crois-moi.

- Mais…

- Va la chercher, je te dis… Je m'occupe du repas

Il embrassa sa mère et quitta le loft. Arrivé en bas de son immeuble, il arrêta le premier taxi qui arrivait en se mettant au milieu de la route.

Même dans le véhicule, il trépignait d'impatience.

Arrivé devant son immeuble, il ne vérifia même pas ce qu'il donna au chauffeur. Il se précipita et grimpa les marches quatre à quatre jusqu'à son appartement.

Depuis qu'elle s'était servi sa tasse de café, elle était assise sur son canapé, perdue dans ses pensées. Elle ne l'avait pas remarqué, mais le liquide était froid.

C'est à peine si elle avait entendu frapper à sa porte.

Elle posa sa tasse, se leva en soupirant et ouvrit sa porte

- Castle ?

- Je peux ?

- Bien sûr, mais que…

Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase, ni de fermer sa porte. Elle se referma toute seule quand il la plaqua contre pour l'embrasser. Quand il quitta ses lèvres, ils restèrent front contre front, se regardant

- Tu m'as manqué Kate !

- Toi aussi, tu m'as manqué

Ils se séparèrent et Castle se dirigea vers le salon.

- Alors, tu en es où ?

- Je buvais un café avant de…

- Tu bois du café froid, maintenant, lui demanda-t-il en touchant sa tasse

- Je viens de le faire… Il est quelle heure ?

- Presque l'heure du dîner, pourquoi ?

- Oh, non ! dit-elle en s'écroulant sur le canapé

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Je n'ai rien fait. Je suis restée toute la journée sur ce canapé… je suis vraiment pitoyable !

- Pourquoi ? Ne dis pas ça.

- Mais si, c'est vrai. Je reste une journée seule sans toi, et je n'ai rien fait à part restée sur ce canapé à repenser à …

- A nous ?

- Oui.

- Si ça peut te rassurer, je suis aussi idiot que toi

- Tu n'es pas un idiot !

- Ah, non ! Ça fait des heures que je tourne en rond au loft. Si ma mère ne m'avait pas dire de venir…

- On est pathétique !

- Non, Kate. On vient seulement de vivre tous les jours ensemble pendant deux mois. On n'a plus l'habitude de vivre chacun de notre côté… Et je vais être sincère avec toi. Je ne veux pas te savoir loin de moi. Je veux qu'on continue à vivre ce qu'on a vécu pendant ces deux mois…

Elle le regarda et réfléchit quelques minutes

- Tu veux bien m'aider ?

- Heu, oui. Qu'est-ce que tu veux que je fasse ?

- Je ne vais pas aller chez toi, sans avoir de quoi me changer !

- Quoi ? Kate, tu es sûre ?

- Certaine, dit-elle en l'embrassant tendrement

Quand ils arrivèrent au loft, Martha n'eut pas besoin de voir les bagages de Beckett pour savoir qu'il l'avait ramené. Il suffisait de voir de Castle.

Martha embrassa Kate et lui souhaita la bienvenue chez elle.

Castle prit les bagages et alors qu'il se demandait où la jeune femme allait bien pouvoir ranger ses affaires, il remarqua que sa mère s'en était chargée pendant son absence. Elle avait séparé son dressing en deux, et partagé de la même façon sa commode.

- Mère, comment… commença-t-il en arrivant dans la cuisine

- Tu n'es pas le seul à savoir lire dans les pensées, mon chéri. Ça te convient ?

- Heu, oui…

- Bien… Le repas est bientôt prêt. Si Kate veut se rafraîchir avant…

- Elle est déjà sous la douche

- Bien… Tu veux bien m'aider à mettre la table

- Pas de problème !

Quand elle sortit de la douche, elle trouva un petit mot sur le lit sur lequel Castle lui expliquait où ses affaires étaient rangées. Elle sourit.

Elle passa une tenue décontractée et les rejoignit. Quand elle arriva dans la cuisine, en plus de Martha et Castle qu'elle embrassa, elle trouva Alexis, Max et son père. Martha les avait appelés pour leur dire que Beckett venait s'installer au loft et qu'il fallait fêter ça !

Le dîner qu'avait préparé Martha était de circonstances. Castle ne savait pas comment elle avait fait, mais elle s'était vraiment surpassé. Il ne l'avait jamais vu aussi heureuse, sauf la première fois qu'il lui avait montrée Alexis. Sa fille riait avec Kate. Jim était heureux. Il se sentait chanceux : toutes les personnes qu'il aimait le plus au monde étaient autour de la table.

De son côté, Beckett se demandait comment Martha avait bien pu savoir qu'elle allait emménager au loft. Jamais, elle n'aurait imaginé qu'ils seraient tous si heureux de la voir arriver chez eux. Sans compter son père. Elle se sentait bien : toutes les personnes qu'elle aimait se trouvaient autour d'elle.

Ils terminèrent la soirée en trinquant avec du champagne.

Le lendemain matin, après le petit déjeuner, la première chose que fit Beckett fut d'appeler le docteur Burke. Elle n'avait pas le choix. Si elle voulait reprendre son poste, il lui fallait son aval.

Il lui proposa de venir une heure plus tard. Un patient s'était désisté et il pouvait la recevoir. Elle accepta.

Elle attendait depuis dix minutes. Castle l'avait accompagné.

Quand il ouvrit la porte de son bureau, il sourit en les voyant se lever d'un seul mouvement.

- Je suis désolé, monsieur Castle, mais je verrai Kate seule

- Pas de problème. J'attendrai

- Ça risque d'être long, vous savez ?

- Il a raison. Tu devrais rentrer. Je t'appelle quand j'ai fini

- Mais…

- Ça ne sert à rien que tu restes là à attendre

- Ok. J'attends ton appel

Il se leva et l'embrassa avant de partir. Elle suivit le docteur dans son bureau et s'installa dans le fauteuil qu'elle occupait déjà à ses précédentes séances

- Alors, Kate ?

- Je dois vous avouer que je ne pensais pas me retrouver ici

- Je m'en doute. Et j'en suis désolé

- Vous n'y êtes pour rien. C'est les risques du métier, comme on dit

- Bien. Et sinon, comment allez-vous ?

- Bien.

- Les cauchemars ?

- Le dernier remonte à une quinzaine de jours. Mais je n'en faisais quasiment plus.

- Tant mieux. C'est bon signe

- Et vos maux de tête ?

- Disparus

- Parfait

- Vos yeux ?

- Je supporte assez bien la lumière du jour. Il m'arrive de porter des lunettes de soleil, mais seulement quand le soleil est trop fort

- Comme tout le monde, Kate.

- Et pour le reste ?

- C'est-à-dire ?

- Je ne sais pas si…

- Si c'est au sujet de la visite de Castle, je suis au courant

- En effet. Il m'a parlé de ce qui s'était passé le 4 juillet et m'a expliqué qu'il voulait tenter une expérience.

- Elle n'a pas marché… Jusqu'à ce que je la déclenche par accident. Mais depuis il n'a plus voulu qu'on y touche. Il a tout débranché.

- Pourquoi ?

- Il a eu trop peur. Mon amie Lanie était là. Elle a cru que j'allais avoir une attaque. Et Castle a eu du mal à me faire revenir

- Je comprends. Mais que s'est-il passé ? Vous le savez ?

- Vaguement. Cette nuit-là, j'ai fait un cauchemar. Je me suis levée et je me suis retrouvée face à Tyson

- Et ?

- Tout ce que je sais c'est que j'ai essayé de me défendre, mais…

- Vous avez perdu connaissance ?

- Oui

- Mais vous savez que ce Tyson est mort, Kate ?

- Oui, je le sais. Mais je ne peux pas l'effacer de ma mémoire comme ça !

- Je sais, Kate

- Et quand vous avez déclenché l'installation de monsieur Castle, que s'est-il passé ?

- C'était comme si je retrouvais dans ma cellule : le bruit, la lumière…

- Entendu. Et depuis ?

- Comment ça ?

- Comment supportez-vous la lumière vive ? Ou le bruit ?

- Apparemment, pour le bruit, ça va. Au début, je sursautais au moindre bruit, mais depuis plus rien… Et pour la lumière, je ne sais pas. Castle a préféré que j'attende après…

- Je comprends… On dirait que vous avez fait de gros progrès durant ces deux mois

- J'ai eu la chance d'être bien entourée pendant ces deux mois

- C'est vrai, Kate… Surtout avec monsieur Castle ?

- Ça fait longtemps que je vous en parle

- C'est vrai. Et je suis content que vous ayez surmonté toutes vos peurs, pour qu'enfin vous soyez réunis… vous m'aviez parlé de lui, de votre partenariat, de ce que vous ressentiez… Mais maintenant que je le connais, que je lui ai parlé… Il tient énormément à vous, Kate. Je ne connais personne qui serait capable de faire ce qu'il a fait pour vous aider…

- Je sais docteur

- Bien… Je suppose que vous souhaitez reprendre le travail ?

- J'aimerai bien, oui

- Je suis désolé, Kate. Mais pas maintenant.

- Pourquoi ?

- Deux choses. Tout d'abord, je dois rencontrer monsieur Castle pour savoir ce qu'il s'est passé ce jour-là et surtout ce qu'il a constaté après dans votre comportement.

Ensuite, je dois vous faire passer des tests.

- Quel genre ?

- Résistance au bruit et à la lumière ?

- Ah !... Dans votre clinique ?

- Non… Nous n'avons pas les installations pour ça. Je vous téléphonerai pour vous dire où et quand. Entendu ?

- Entendu

- Kate ?

- Oui

- Si ce que vous m'avez raconté se confirme, vous reprendrez votre place très bientôt

- Merci docteur

Elle quitta le bureau du docteur Burke et appela Castle.