Quand elle quitta le bureau, Lanie souriait encore. Elle rejoignit Castle et ils quittèrent la morgue pour rentrer au loft.
En arrivant, elle l'aida à s'installer sur le canapé.
- Je vais nous préparer un café
- Non, non… Tu restes là, dit-elle en s'asseyant sur ses jambes, face à lui
- Kate, franchement, je vais bien
- Vraiment ?
- Ok, j'ai un peu mal aux côtes
- Tu t'es conduit comme un…
- Un parfait gentleman ?
- J'allais dire idiot !
- Kate, il…
- Tu as déjà entendu des suspects me dire les mêmes choses, voire pire!
- C'est pas la même chose. Je ne l'accepte pas plus mais je peux le comprendre. Ils essaient de te déstabiliser… Mais lui, c'est un officier de police. Il est dans…
- Ne dis l'équipe ! Il n'en fait pas partie… En attendant, tu as eu de la chance. Si ça avait vraiment mal tourné, on serait intervenu avec les gars.
- Ben, tu vois !
- Et si c'est quelqu'un d'autre ? Dans la rue ? Au resto ?...
- Ce serait pareil
- Je ne veux pas. Tu ne pourras pas empêcher des crétins parlaient… Mais tu risques de tomber sur quelqu'un de beaucoup plus fort que toi… Et je ne veux pas te retrouver à l'hôpital !... Alors, promets-moi de ne plus te battre !
- Mais… Et si tu es en difficulté pendant une enquête ?
- Ça, c'est autre chose. Tu l'as déjà fait, et je ne t'ai jamais rien reproché… Mais laisse les imbéciles parler. Fais comme moi. Je n'y fais plus attention… Tout comme c'est que nous pensons de toi qui compte, c'est ce que tu penses de moi qui compte, ou les gars… Le reste n'a pas d'importance
- Ce ne sera pas facile… Mais j'essaierai
- C'est un début…
Elle se pencha et déposa ses lèvres sur les siennes. Elle les caressa tendrement et demanda l'accès.
Elle el sentit sourire mais la laissa faire. Leurs langues se rencontrèrent et entamèrent une danse qu'ils connaissaient bien. Une danse lente, leur permettant de s'explorer encore et encore. Quand ils se séparèrent, ils restèrent front contre front, les yeux fermés.
L'arrivée de Martha mit un terme à leur connexion. Beckett se releva.
- Bonjour mes chéris.
- Martha
- Mère
- Mon Dieu, Richard ! Qu'est-ce que…
- Il a voulu jouer au héros !
- Eh !... Tu oublies que l'autre n'est pas mieux
- Ah, ça ! Il va lui falloir du temps avant de revenir
- Avec qui t'es-tu battu ?
- Celui qui remplace Kate… Il s'en est pris à elle et …
- Tu ne l'as pas supporté, compléta sa mère
- Ce qu'il a dit sur toi était bien pire ! Tu ne l'aurais pas…
- C'est ça. Je ne t'aurai pas laissé faire, dit-il en la prenant dans ses bras
- Ah, parce que toi tu peux, mais pas moi !
- Exactement ! Pour les mêmes raisons que toi !
Martha mit un terme à leur discussion, car étant aussi têtus l'un que l'autre, elle savait que ça risquait de durer longtemps. Elle leur proposa donc de l'aider pour le déjeuner.
Grâce à Castle, Beckett put se rendre au commissariat pour continuer ses entraînements sans être importuné. La première fois qu'elle était revenue, les gars lui avaient annoncé, avec un grand sourire, que Mac Lane serait absent au moins un mois. Par la suite, elle découvrit que Gates l'avait renvoyé dans son service, au Bronx. S'étant fiée à ce qu'avait dit Castle, elle s'était dit que les gars pouvaient très bien assurés le service seuls pendant les deux ou trois mois durant lesquels Beckett serait encore absente. Elle ne l'avait dit à personne, mais l'initiative de l'écrivain l'avait ravie : cela faisait longtemps qu'elle espérait qu'un de ses inspecteurs lui fasse ce que Castle avait fait. Elle ne le supportait plus…
Un mois s'était écoulé depuis leurs entrevues avec le docteur Burke quand, enfin, il les contacta.
Quand ils arrivèrent sur le lieu du rendez-vous, ils furent surpris. Le panneau devant le bâtiment indiquait « Chem-o-cal ». Au poste de garde, après avoir vérifié leurs identités, l'agent de sécurité leur indiqua où il devait se rendre.
Après avoir longé de nombreux couloirs, ils retrouvèrent enfin le docteur Burke. Il était en grande conversation avec un homme.
- Ah, Kate. Monsieur Castle, dit-il en s'avançant vers eux. Venez que je vous présente… Matt, je te présente le lieutenant Beckett, et son ami, monsieur Castle
- Enchanté ! Castle ? Comme Richard Castle, l'écrivain ?
- Oui
- J'adore vos livres. Ils me permettent de m'évader après les longues journées que je passe ici. Et pour quand est le prochain ? Je m'attendais à une sortie prochainement, mais apparemment…
- J'ai eu des choses plus urgentes à faire. Mais vous n'êtes pas le premier à m'en parler. Il semblerait que ma plus grande fan soit aussi en manque ! Donc je vais tâcher de faire au plus vite !
Le docteur Burke sourit lorsque Castle évoqua sa plus grande fan.
- Mais je m'égare. Nous ne sommes pas là pour parler livre. Si j'ai bien compris, c'est pour vous lieutenant que nous sommes là ?
- Appelez-moi Kate. Je ne suis pas en service actuellement.
- Entendu.
- Excusez-moi, mais qu'est-ce que vous faîtes exactement ici ? demanda Castle
- Des expériences. Dans presque tous les domaines : chimie, physique, mécanique…
- Et en quoi cela peut aider Kate ?
- Comme vous l'a dit Matt, il pratique des expériences. Et pour vérifier si elles fonctionnent, il doit pratiquer des essais, dit Burke. Dans le cas de Kate, il possède une cabine qui sert habituellement à faire des essais sur les voitures : voir comment elles résistent aux différentes variations météorologiques comme le froid, la chaleur, le vent…
- Et vous voulez que Kate…
- Oui. A la place de la voiture, c'est Kate qui va entrer dans la pièce. Seule, monsieur Castle
- Qu'est-ce que je vais devoir faire ?
- D'abord Kate, sachez que l'expérience ne se fera pas sur cette seule soirée. Vous allez choisir si vous voulez commencer par le bruit ou la lumière. Sachez aussi que ce sera beaucoup plus intense que ce que vous avez subi
- Et si ça ne marche pas ?
- On recommencera
- Entendu
- Castle ?
- Je ne sais pas Kate. C'est toi qui vois.
Elle s'éloigna un peu des hommes pour réfléchir. Elle savait que depuis son dernier cauchemar, elle ne sursautait plus au moindre bruit. Mais c'était des bruits de la vie courante. Là, le docteur Burke avait dit que ce serait bien plus fort. Castle sentit qu'elle avait peur. Il s'approcha d'elle et la prit dans ses bras
- Eh !, Ça va aller… Je n'aime pas beaucoup ses méthodes, mais jusqu'à présent ça a bien marché
- C'est pas le problème. Je lui fais confiance. Il m'a déjà beaucoup aidé par le passé… Et si je n'y arrive pas ?
- Il te l'a dit. On reviendra.
- J'ai peur, Castle.
- Je sais. Mais je serai là. Je te promets de te rejoindre si je vois que ça ne va pas.
- Ok
Elle retourna vers le docteur Burke
- Je choisis le bruit
- Entendu.
Ils longèrent à nouveau un couloir et arrivèrent devant une pièce où se tenait une femme en blouse blanche.
- Je vous présente Jane. Elle surveillera votre rythme cardiaque. C'est elle qui prendra la décision d'arrêter le test… Elle va vous placer des électrodes. Comme vous le verrez, il n'y aura pas de fil comme dans les hôpitaux. C'est une invention de Matt. Dans la pièce, il vous a installé des sacs de frappe au cas où vous en auriez besoin. Nous serons dans la pièce d'à côté. Il y a une vitre qui nous permettra de vous observer, mais vous pourrez nous voir aussi.
Avez-vous des questions Kate ?
- Combien de temps ?
- Le plus longtemps possible
- Entendu
Alors que les hommes partaient dans la salle de contrôle, la femme en blanc plaça les électrodes sur la poitrine de Beckett. Puis elle la fit entrer dans la salle d'essai et rejoignit elle aussi la salle. Elle se plaça devant l'électrocardiographe, et l'alluma.
Beckett se promenait dans la pièce. Elle longea les murs, passa ses mains sur les sacs, regarda le plafond, puis tourna la tête vers la vitre. Castle la regardait. Elle lui sourit.
- Jane ?
- Son rythme est rapide. Très rapide… Il faut attendre qu'elle se calme
- Pas de problème
Ils attendaient. Elle s'approcha de la vitre et se plaça devant Castle. Ils se regardaient. Ils se parlaient. Elle posa une main sur la glace. Il superposa la sienne
- Qu'est-ce qu'ils font ? murmura Matt
- Ce que tu vois là, tu ne le verras sûrement plus jamais. Ils parlent.
- Mais on n'entend rien et leurs lèvres ne bougent pas
- Ils n'en n'ont pas besoin
- Tu plaisantes ?
- Pas du tout… Jane ?
- Le rythme est normal. Je ne comprends pas, il est descendu d'un coup
- Alors, Matt ?
- C'est pas croyable
- Comment ils font ?
- Mystère.
Il s'approcha à son tour de la vitre
- Kate ?
- Hm
- On va commencer.
- Entendu, répondit-elle en s'éloignant.
Matt se plaça devant une console et appuya sur un bouton. Des haut-parleurs du plafond sortit un bruit, mais pas très fort. Elle s'adossa à un mur.
Puis tout doucement, il tourna un bouton et le bruit s'intensifia.
Quand le son commença à être vraiment fort, elle se laissa glisser le long du mur, les mains sur les oreilles. Quand elle les retira, Burke fit signe à Matt d'augmenter encore.
Le son qu'elle entendit était celui qu'elle avait subi pendant des mois. A genoux sur le sol, elle se réfugia dans un coin, complètement recroquevillé sur elle-même, tremblante, complètement apeurée, les mains sur les oreilles.
- Jane ?
- C'est bon
- Matt, plus fort
Et il augmenta encore.
Elle se mit à hurler. Castle avait plaqué ses mains sur la vitre. Il l'appelait. Mais elle ne réagissait pas. Ses cris cessèrent. Sur un signe, Matt augmenta encore.
Ses hurlements ressemblaient à ceux d'une bête blessée. La position dans laquelle elle se trouvait n'arrivait pas à la protéger. Elle se releva, se frappa la tête contre les murs recouverts de protection pour qu'elle ne se blesse pas
Burke fit signe à Matt
- Tu es sûr ?
- Je sais ce que je fais. Vas-y, continue
Sa tête allait exploser. Elle avait beau se la taper contre les murs, rien n'y faisait. Elle commença à frapper dans un sac. Elle était trempée. A travers son t-shirt, on pouvait voir les électrodes. Elle frappait, frappait. Castle regardait l'appareil qui surveillait son cœur. Le rythme était rapide. Très rapide. Il regarda Jane. Elle secoua la tête, lui faisant comprendre que pour le moment, ça allait.
Deux heures qu'elle subissait ce calvaire. Castle devenait fou. Plus d'une fois, Burke avait dû l'empêcher de la rejoindre. Il se retourna. Il ne pouvait plus supporter ce spectacle.
Burke poursuivit le test.
- Docteur, on va atteindre le seuil critique. Il va falloir arrêter. Elle ne tiendra plus longtemps
- Elle a raison. Tu devrais stopper. Elle a supporté plus que je ne pourrais le faire
- Elle va y arrivée. Je la connais… Après tout ce qu'elle a subi, elle s'en est sortie…
Elle s'écroula au sol. Tous se précipitèrent vers la vitre.
Lentement, ils la virent se relever et se jeter contre la glace. Elle y plaqua son front et ses deux mains. Castle qui s'était retourné en entendant qu'elle s'était écroulée, s'approcha et à son tour, colla son front contre le sien, ainsi que ses mains. Ses cheveux étaient trempés, lui dégoulinant sur le visage. Ils avaient les yeux fermés.
Burke fit monter le bruit au maximum. Elle ne réagit pas.
- Jane ?
- Heu, je ne comprends ce qu'il se passe…
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- C'est pas normal. Son cœur était en train d'entrer en tachycardie, mais…
- Mais ?
- Le rythme redevient normal… Je n'ai jamais vu ça
- Matt, tu peux arrêter. Vas-y progressivement.
- Entendu
Il fallut une bonne demi-heure pour revenir à un son normal, puis au silence total. C'est à ce moment-là que ses jambes l'abandonnèrent. Elle s'écroula au sol.
Castle sortit de la salle de contrôle et se précipita vers elle.
Burke le rejoignit et examina Beckett
- Elle va bien, monsieur Castle
- Vous êtes sûr ?
- Oui. Elle est épuisée, c'est tout. Elle ne s'est pas évanouie cette fois.
- Vous voulez dire…
- Qu'elle dort ? Oui ! Elle est endormie… Laissez-lui quelques minutes pour qu'elle récupère !... Sachez aussi qu'elle risque d'avoir mal à la tête. Mais vous vous doutez que c'est normal !
Castle s'assit contre le mur. Il la releva délicatement et l'installa contre lui.
Burke quitta la pièce et rejoignit son ami
- Alors ?
- Elle se repose
- Après ce que tu lui as fait subir, tu m'étonnes !
- Je n'avais pas le choix. Dans le métier qu'elle fait, elle est exposée à toutes sortes de dangers. Elle doit être capable de réagir en quelques secondes. Si elle reste bloquée à cause d'une de ses peurs, elle risque sa vie, mais aussi celles de ses hommes !
- Je comprends. Mais je connais peu de personne qui aurait été capable de supporter ça
- Elle l'a subi pendant six mois quotidiennement
- Et ton verdict ?
- Après ça, elle pourra tout supporter.
- Bon. Maintenant, si tu me parlais de leur connexion. Tu ne vas pas me dire que c'est normal ?
- Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Ça fait partie des choses inexplicables de la vie
- Et depuis combien de temps…
- Apparemment depuis qu'ils se connaissent. Cinq ans, environ
- Comment ils se sont rencontrés ?
- Lors d'une enquête… Toi qui lis ses livres, tu connais la saga des Nikki Heat ?
- Oui. Elle est bien meilleure que ses Derek Storm
- Eh, bien, il s'est inspiré d'elle. Il l'a suit dans ses enquêtes depuis qu'ils se sont rencontrés
- Tu veux dire que mademoiselle Beckett…
- Exactement
- Ouah ! Si on m'avait dit qu'un jour je rencontrerai mon écrivain préférée et celle qui l'a inspirée !... Mais que lui est-il arrivé pour que tu lui fasses subir ça ?
- Elle a été séquestrée pendant six mois par un tueur en série
- Mais ses collègues…
- Ils ne le savaient pas… En fait, j'ai moi-même assisté à son enterrement… Ils auraient très bien pu ne jamais la retrouver s'il n'avait pas recommencé à tuer !... Crois-moi, en tant que médecin, j'en ai vu, mais quand je l'ai vu à l'hôpital, elle faisait peur à voir. Je ne sais pas comment elle a fait pour tenir aussi avec ce qu'il lui a infligé… Enfin, si, j'ai quand même mon idée : c'est à lui qu'elle s'est raccrochée ! Et si elle en est là aujourd'hui, c'est grâce à lui. Tu n'imagines même pas tout ce qu'il a mis en place pour qu'elle surmonte ses peurs, pour qu'elle remange normalement, pour qu'elle retrouve un rythme de sommeil normal… J'ai des patients qui souffrent de dépression, qui sont au plus mal, mais jamais je n'ai vu leurs conjoints en faire autant que lui a pu faire pour elle… Et la moindre des choses que je puisse faire pour eux, c'est terminer ce qu'il a commencé pour qu'ils puissent reprendre leur vie là où elle en était !
- Et le prochain test ?
- Pas avant un mois. Elle doit récupérer d'abord, et lui aussi
- Ok. Je vérifierai dans mon agenda, mais il n'y aura pas de problème. Je suppose que pour celui-là aussi tu vas pousser au maximum ?
- Il le faut… Et on terminera par les deux en même temps lors du dernier test.
Dans la salle de test, Castle la tenait toujours dans ses bras. L'infirmière s'approcha d'eux et examina Beckett
- Son rythme cardiaque est correct. Tout va bien. Je vais lui retirer les électrodes
- C'est normal qu'elle…
- Après ce qu'elle vient de subir ?... Je pense qu'elle va dormir jusqu'à demain matin
- Donc, je peux la ramener ?
- Je pense. On va demander au docteur, mais il n'y aura sûrement aucun problème. Vous voulez que je vous aide…
- Non, ça va aller. J'ai l'habitude
Tout doucement, il se releva. Instinctivement, et sans se réveiller, elle s'accrocha au col de sa chemise
- C'est moi, Kate, murmura-t-il. On rentre au loft
Le docteur Burke le raccompagna jusqu'à sa voiture. Il lui ouvrit la porte arrière, et Castle l'installa délicatement sur la banquette. Il sortit la couverture qu'il gardait toujours dans son coffre et la recouvrit
- Alors, docteur ?
- Elle s'en est bien sortie, monsieur Castle. Dans un mois, on testera les lumières… Allez vous reposer maintenant
- Entendu
