Coucou tout le monde, il est tard donc on va faire court. J'espère que vous allez aimer ce chapitre 9. Donnez moi vos avis, dans une review. Gros bisous à tout ceux qui me suivent. Merci !

Bonne lecture.

Disclaimer : Rien à moi ,je n'ai pas inventé Harry Potter.


Chapter 9 : Heroes

J'aurais aimé inverser le cours des choses. Tout reprendre à l'envers, remettre un par un les grains dans le sablier. Ne pas rentrer dans ce bar, dans ce taudis. Dans ce cauchemar. Je me souviens de la voix aiguë, brûlante de Bellatrix. Le souffle des Avada Kevadra, verts et mortels. Je m'en veux d'avoir cru que je pouvais suivre Regulus sans risque. Sans me battre, sans me faire battre. Pour être honnête, l'idée ne m'avait pas effleurée. Tu voulais changer le cours des choses, hein, Grace Rosenbach ? Avec ta grandeur, ton importance peut-être ? Ton aptitude au combat ? Les héros de légende ça n'existent pas.


« Les véritables héros sont ceux qui meurent pour des causes auxquelles ils ne croient pas. » Murray Kempton.


Quand elle m'a vu Meredith n'a pas fait de remarque sur la fleur de sang séché qui orne mon chemisier. Elle n'a rien dit, rassurée que je puisse marcher, bouger des bras et me servir de ma tête. Et là, je suis assise sur cette chaise pendant que mon amie fait défiler les robes, plus noires les unes que les autres. Mon regard fixé sur une tache qui n'existe même plus. Je l'ai fait disparaître avec un récurvite mais elle s'est imprimée dans ma rétine. Aucun sortilège ne pourra l'y déloger. Ce qui me dérange ce n'est pas le sang en soi. J'ai vu cette teinte bordeaux comme une seconde peau sur ma main, dans le Poudlard Express et elle est revenue vers moi, souvent, comme une vieille amie. Ce qui me dérange, c'est de ne pas savoir à qui il appartient. Sirius, Regulus, Bellatrix ? Je songe qu'ils ont tous le même sang. Pur, préservé de germes. Pourtant l'idée d'avoir le sang de Bellatrix sur mes vêtements, rempli de magie noire qui fourmille comme des centaines de tumeurs malignes, m'horrifie. J'ai l'impression d'avoir été irradiés. Je pense à Benjamin aussi, juste un peu en passant, je me demande comment il peut garder ce sourire qui va d'une oreille à l'autre avec la guerre. Ce garçon est un mystère, il réalise l'exploit d'être heureux.

Gamine, je ne connaissais ni « méchants », ni « gentils ». A 8 ans, je me demandais si le voleur volait pour nourrir sa famille. Regardait d'un œil critique la douce femme de ménage prendre quelques pièces dans le porte-monnaie de ma mère. Je vivais dans un monde gris, comme dans un cercle infini. Je tournais en rond et, déjà, ça m'épuisait.

Meredith me regarde. Ses cheveux flottent sur ses épaules. Sa robe noire à un léger décolleté et elle a piqué une fleur de grenade sur sa poitrine. Ses talons hauts sont surmontés de dentelles comme celui qui compose le voile des mariés. Ou celui des veuves. Elle attend mon approbation ou un truc dans le style. Je fais un signe de la tête à la « Béni soit Merlin, tous les vœux de Salazar et Godric réunis ». Elle éclaire la pièce d'un sourire. Elle pourrait rendre aveugle quelqu'un. Ne plus voir ce monde, le sang, les cheveux noirs ondulés, les yeux fou. Apaisant. Nous regagnons le château, Meredith sautille comme une fée et moi, je traine des pieds. Chaque princesse a besoin de sa marraine. Un croque-mort pour marraine, on peut mieux faire. Elle m'abandonne dans le couloir, pour rejoindre les cachots. Je ne sais pas quoi faire. Je n'y est pas réfléchi. Dans ma tête, cette journée s'arrêtait à l'instant T. Faux. Je ne veux pas rejoindre la Salle Commune des Serpentards. D'eux-mêmes, mes pieds me conduisent face au portrait de la Grosse Dame. Pourquoi ? Je n'ai même pas le mot de passe. Je m'assieds sur les marches conversant avec la peinture de petits fours et de son amie Violette. Soudain une chevelure rousse rentre dans mon périphérique. Le roux, c'est comme du feu liquide. Pas de la cendre ou de l'obscurité dévorante. Lily rit quand elle me voit et c'est clair, dénudé de tout mal. Devrais-je toute ma vie, dès à présent, comparer mon entourage à Bellatrix ?


— Que fais-tu là Grace ?

— Je cherche de la compagnie alors donne-moi le mot de passe.

Je ne souris pas, ma voix est chauffée à blanc. Glacé en fait. Lily n'en tient pas compte et déclare au gardien de son repaire « Omnia vincit amor ». Malgré moi, je ricane. L'inventeur de ce proverbe a dû oublier quelques personnes sur qui se pencher. La salle des Gryffondors est chaleureuse. Les Maraudeurs occupent les deux canapés. Allongés, repliés, étalés. Ils sont partout. Je me retourne et demande à la préfète pourquoi elle n'est pas à la soirée de Slughorm, lui qui l'aime tant. Elle hausse les épaules et me répond qu'elle n'en avait pas envie. Elle s'approche du groupe avec son aisance naturelle et sa bonne humeur contagieuse. Je m'assieds à côté de Lupin, il me propose du chocolat. Je croque avec avidité dans le carré brun. En fermant les yeux car il n'y a qu'ainsi que je peux éviter de voir Sirius.

— Grace ?

Sa voix. Toujours sa voix. Il ne me reste plus que l'alternative de devenir sourde. Je rouvre les yeux. Double supplice. Hoche la tête, de haut en bas, mécanique. James se lève, ébouriffe sa crinière et avec un clin d'œil, nous annonce qu'il va au cuisine. Lily parle beaucoup. Lily meuble la conversation. Elle va jusqu'à parler de Quidditch avec Sirius. Elle sourit et je me rends compte qu'elle une fossette semblable à celle de Meredith. Elle rit et ça me donne envie de pleurer. Parce que je déraille, comme si tout pouvait m'être enlevé. Le fatidique instant T.

Quand James revient, les bras chargés de cookies et de Bierraubeurre, nous avons épuisé tous les sujets possibles. Lily et Peter prédisent la météo. Je trace des ronds sur l'accoudoir avec ma baguette. Sirius fait le vide. Nous mangeons, nous buvons, nous rions. Fort. Comme une bande d'amis. Nous faisons toutes ces choses gorgées d'insouciance comme si Sirius et moi n'avions pas croisé les Mangemorts. Conclusion : ses amis ne savent pas, les miens non plus. Réaction : nous nous taisons, nous sourions. Sirius a une estafilade à la mâchoire et j'ai le glapissement de Bellatrix qui claque dans mon cerveau. Je mange des cookies aux pépites de caramel, ils boivent. L'inverse encore et encore. J'oublie la notion du temps.

Quand les rires de Bellatrix et des Maraudeurs se mélangent, je me sens libre. Heureuse de pouvoir croire que j'ai tout inventé.

Je vois Sirius et mon genou heurte la table, un peu de liquide se répand partout. La jolie rousse s'esclaffe alors je fais pareille. Ce phénomène s'appelle le mimétisme des pairs, il paraît.

Il est tard mais j'ai pas envie de bouger alors on reste là, Lily et James vont chercher des oreillers dans leurs dortoirs. Des couvertures et plus tard, nous dormons. Je fais des rêves étranges. Toujours la même bande-son. Des images de la journée se déroulent comme un film à l'envers. Je vois Regulus et Sirius. Bellatrix qui renversent la sucrière noircie. Le placard à balais qui se renversent. L'Avada Kedavra qui me percutent. Je meurs. Une dernière image apparaît, Benjamin dans les cendres de la « Tête de Sanglier ». Ils sourient et je sens mes lèvres s'étirer dans mon sommeil. Il est en feu et je me réveille. J'ai hurlé mais personne ne s'est réveillé. Lily est avachie sur James, Pettigrow est calé contre l'accoudoir. Sirius et Lupin forment un sac de bras et de jambes mais la tête de Black tangue dangereusement dans le vide. Il y a encore le fond d'une bouteille de pétillant sur la table. Je l'attrape et bois au goulot. La boisson ne pique pas, elle crépite et une douce chaleur envahit mon corps. Je devrais boire plus souvent quand j'ai des problèmes. Ou avoir moins de problèmes.

J'aimerais savoir ce que je veux. Je fixe la cheminée vierge de flamme et me concentre. Je veux être une de ces héroïnes silencieuses qui n'envoient pas les coups mais ne détournent pas le regard. Je fantasme une silhouette encapuchonnée dans l'ombre et baisse les yeux. Bel échec, mon amie.

Je me lève sans déranger Lupin que j'apprendrais à appeler Remus. Passe deux doigts dans les boucles abondantes de Lily comme pour lui porter chance. Pour la protéger.

Il n'y a jamais eu quelqu'un pour me promettre la sécurité. Je crois au hasard et aux malédictions. Cas contraire, je crois aussi aux bénédictions.


Je monte jusqu'à la volière où l'on voit le soleil qui perce par-dessus les collines d'Ecosse. Les oiseaux piaillent, hululent. Je m'adosse au mur et sors de ma besace un parchemin. Une plume pour écrire. Elle est neuve et elle est bleue. J'écris et je rature, je fais des taches rondes et lisses. Je m'excuse car je ne compte pas changer de parchemin. Je dessine des personnages souriants dans la marge. Je m'explique, je signe « la fille du café ». Il sait mon nom mais des filles, il doit en rencontrer beaucoup. J'aime les lettres piégées, c'est beaucoup mieux qu'une bombe. Un parchemin ne tue personne, il raconte juste de jolies choses. Benjamin ne sait pas pour mon escapade dans la crasse, il se souvient de la jolie fille avec ses copines. Il ne sait pas combien je dors mal.

J'aurais pu mourir mais je ne pense pas que ça fasse bien dans un début de correspondance.

Mon hibou part tard dans la nuit ou tôt le matin. Je me demande s'il existe des héros qui ne meurent jamais, sur qui le temps n'a pas d'effets.

La volière est toute en pierre grise, elles sont alignées. Les cages des bestioles sont alignées devant le matin qui rayonne. J'ai une interrogation en Histoire de la magie. Je m'en moque. Quand est-ce que tout le tintamarre scolaire est-il devenu un simple bourdonnement agaçant ? Quand j'ai vu Bellatrix ? Quand elle s'est approchée de Sirius, jubilant de sa puissance ? Quand j'ai vu le sang sur ma robe ? La lueur folle dans les yeux des Mangemorts ? Regulus, un gamin, qui n'avait rien à faire là ? Tant de faille comme des petits cailloux qui font barrage à la rivière. Je pars.

Je me sens en dehors de ce petit corps, mon petit corps. Le sac sur l'épaule, les devoirs à rendre. Meredith qui conte comme une machine enregistreuse sans la voix monotone, sa soirée avec Croupton. Je passe ensuite à Dorcas et sa voix, à elle, me fait penser à celle des haut-parleurs dans les gares. Douce suivi d'un jingle insupportable. Le jingle, c'est Meredith. Moi, je n'ai rien à raconter. Ni ma soirée à Gryffondor ni mon passage à la volière. Elles ont bien vu que je n'étais pas dans mon lit, ce matin, elles ne me demandent pas de détails. Quand je marche, je sens le regard de Meredith à l'endroit où se trouvait la tâche et je me demande si elle l'a dit à Dorcas.

Je croise Sirius et je change de couloir. Je croise Lily et elle me sourit. Je croise Barty et il réfléchit.


Puis je croise Regulus.

Il me saute dessus. Baguette sur ma poitrine. Sur mon cœur, bouillonnant de sang et je me demande si à trop faire affaire avec la magie noire, je n'ai pas attrapé une maladie incurable. Rare et dangereuse car quand le sortilège part, je ne me défends pas. Je n'ai pas mal non plus, mon corps ne doit pas vouloir dépasser un certain seuil de douleur.

J'entends une mâchoire qui rencontre le sol. Violemment. Je parie qu'elle est cassée.

Je ne me relève pas parce que je suis trop bien à terre. Un héros à terre, on le glorifie, on l'idolâtre comme un soldat tombé au combat. Je ne suis pas morte mais comme je veux qu'on me rende hommage, je fais semblant.

Je suis obligé de me relever quand on me remet sur pieds de force. J'ouvre les yeux pour voir le sang bordeaux qui macule le passage. Il s'écoule de la bouche de Regulus. Visqueux et en quantité.

— Il va mourir.

Je ne sais pas pourquoi j'ai dit ça. J'ai eu peur. Terrifiée à l'idée qu'on puisse m'accuser de meurtre. Je m'agrippe à la personne qui me soutient. Je ne sais pas qui c'est mais là n'est pas l'important. Dumbledore arrive, sa barbe argentée et ses yeux tout furieux. Quand il parle sa voix est mesuré, inquisitrice mais pas sèche. Je sens qu'on s'éloigne de moi. Je ne veux pas. Je ne veux pas qu'on me laisse seule avec le cadavre en devenir de Regulus. Je ne veux pas aller à Azkaban. Je ne veux pas, veux pas. Puis Pomfresh arrive, aide le mort à se lever. Il se lève et marche. Je ne crois pas aux revenants alors Regulus vivra.

Je ne desserre pas ma prise autour de l'inconnu. Je découvre qu'on avance. Je ne sais pas comment je marche. Où je vais. Avec qui. Pourquoi. Se succèdent couloir, gargouille, porte, escalier. Puis un bureau et la personne qui m'a aidé s'assoit. J'aimerais bien faire de même mais j'ai peur de disparaitre si je la lâche. Alors je m'assieds sur ses genoux. En équilibre précaire. En face de moi, le directeur m'observe à travers ses lunettes en demi-lunes.

— Mr Black, que s'est-il passé ?

— Il l'a attaqué, je l'ai poussé.

— Ainsi le sort a été dévié et la mâchoire de votre frère, brisé.

J'essaye de me concentrer sur la conversation entre Sirius et Dumbledore. Je plisse les yeux sous l'effort. J'ai mal au crâne.

— Dommage collatéral. réponds Sirius

Je rigole à m'en couper la respiration. « Dommage collatéral », le sang sur le sol. « Dommage collatéral », le rire dément de Bellatrix ? Je ricane, je glousse, je m'essouffle.

Je me penche vers Dumbledore qui me dévisage avec sérieux. Plus près, encore un peu et je lui souffle. Je lui déballe mon secret avec une mine de conspiratrice. Moi aussi, je peux être sérieuse.

— Je crois, très sérieusement monsieur, que Regulus me déteste, qu'en pensez-vous ?

Sirius s'esclaffe et me serre contre lui, je ne comprends pas tout ce qu'il dit. « Quel secret ! […] Regulus a voulu te tuer […] Te reposer, dormir. […] Tu dérailles Grace »

Je pense aux trains qui déraillent, qui tuent tous les passagers. Je fronce les sourcils. Pourquoi Sirius veut-il que je sorte des rails ? Je ne suis pas une locomotive.

Dumbledore me regarde avec ses grands yeux bleus et je m'endors. D'un coup. A bien y réfléchir je crois qu'il m'a jeté un sort.


Finalement pendant mon sommeil artificiel, j'ai beaucoup réfléchi. J'ai pensé à Regulus qui n'était pas mort, juste abimé. A Sirius qui l'a attaqué, à ses mains pleines de sang qui m'ont soulevé. Au rayon vert qui m'a frôlé. Hier je dormais comme une bienheureuse alcoolique nourrie aux cookies. Aujourd'hui, je dors comme une héroïne : j'ai failli mourir deux fois en deux jours, cela raccourcit mon espérance de vie de moitié. Je pense que Regulus n'a pas voulu me tuer, qu'il a voulu obéir aux ordres. Clairement l'ordre était ma mort.

J'ai trouvé ma réponse. Il n'y a pas d'héros immortel. Un héros meurt jeune. Personne ne survit à ses actes. Je ne veux plus être une héroïne alors, demain, je laisserais Sirius faire son Gryffondor. Il pourra sauver des gens, mourir bravement. Moi, je veux vivre alors j'habillerais mon plus beau sourire et j'irais voir Benjamin.

Si les héros sont des légendes, c'est qu'ils sont tous déjà morts.


Voilà, its finish. Le découpage n'est pas très net mais je dois vraiment aller me coucher. Qu'en avez vous pensé ? Les personnages, l'action, l'écriture ? Laissez une review même de 2 mots ! Gros bisous merci d'avoir lu.

Bonne nuit