Coucou tout le monde, vous passez un bon Week-end ? Voici le chapitre 10, j'espère qu'il vous plaira car il n'ya pas beaucoup d'action. Un portrait psychologique de Grace et un récit un peu épistolaire. Je vais refaire le résumé de la fic donc ne vous étonnez pas. Merci à EmilyBlack1293 à qui je n'ai malheureusement pas eu le temps de répondre : merci à toi ! Pour les autres, les inconnus ou les oubliés, Buttercup-61 et les nombreux guests : Merci beaucoup, je vous aime.


Chapter 10 : Peril

Je n'ai jamais connu le danger. Pas de peur, jamais je ne suis tombé dans l'escalier et quand j'ai chuté de mon balai, ma mère m'a rattrapé. Je n'ai jamais eu ce pressentiment qui enserre le ventre et qui noue la gorge. L'impression de ne plus pouvoir parler sans mourir foudroyé. La peur latente qui guette dans la douce obscurité que comme dans la forte lumière. Le danger appelle le sang, la mort comme un cadavre s'entoure de mouches.

Dumbledore est la seule personne à m'éviter ce sentiment d'insécurité permanent. Il s'assoit en face de moi, me propose un bonbon au citron. Je décline, je déteste l'acidité de cet agrume. Il me raconte des anecdotes, me donne mon courrier puisque les hiboux ne sont pas autorisés à rentrer dans l'infirmerie.

La plupart du temps, il passe une demi-heure à mes côtés. Enfin, à la fin, il me parle de Regulus. Ou de Sirius. La guerre, la mort. Il me parle du sujet qui l'intéresse réellement. Je ferme les yeux et me concentre sur le timbre de sa voix. Je n'essaye pas de comprendre le sens de ses paroles, je les laisse sombrer en moi. Discours naufragés. Je respire calmement et je me redresse seulement quand il a achevé sa tirade. Il ne me pose pas de questions, ne demande pas mon intervention. Il sourit et s'en va.

Cela fait une semaine. Le pressentiment de danger ne s'efface pas. Il s'accrue.


« La vie dangereuse est là, au milieu des miracles. » Maurice Blanchard.


J'ai des paniers de confiserie sur ma table de chevet. Des petits mots aussi, des lettres qui s'empilent comme une tour sans fin. Aujourd'hui la récolte est de deux. Mes parents et Benjamin. Le premier jour de ma convalescence, j'ai demandé au directeur ce qu'il avait dit à mes parents. Il m'a répondu les avoir informés d'une grosse crise de stress post-examen doublée d'une grippe carabiné. « Votre père est moldu » s'est-il justifié. Mon père ne fait pas partie du monde magique alors il lui est interdit de savoir que sa fille vit en plein milieu d'une guerre. Ce mensonge me permet d'étayer mon style. D'imaginer, d'inventer ma vie si la guerre n'était pas là. Si Regulus n'avait pas tenté de me tuer.

« Quelle belle journée, si tu voyais le lac ! J'ai proposé à Meredith d'aller faire du shopping lors de la prochaine sortie. En plus j'ai besoin d'un nouveau set de parchemin. Avec tout mon amour ta fille. PS : dis à maman que je l'aime et que je partagerais volontiers mes friandises aux prochaines vacances »

Mensonge, brillant et maculée. Mensonge blanc. Mensonge, mensonge et j'ai besoin de me masser les tempes. Ma plume tombe sur les draps et je mets la lettre dans une enveloppe. Expédiée. Je passe de Benjamin, ce drôle de garçon solaire qui ne sait rien de la guerre. Un peu grand, un peu maladroit.

Dans sa première lettre, il m'appelle par mon prénom « Grace ». Il me décrit le contexte dans lequel il écrit : sa patronne du nom d'Indiana qui siffle en attendant les clients. Lui, nettoie les machines à élixir magiques. Il est assis sur le comptoir et j'ai presque l'illusion d'y être.

Sa lettre est à son image. Lumineuse, un moment en dehors de mon monde. Il n'y parle ni de sang, ni de larmes. L'attaque de « La tête de Sanglier » est rapidement évoquée. « Un pub a été mis sans dessus-dessous, nous aurons plus de clients ces prochains jours ». Il a embrayé sur cette petite sorcière qui boit quotidiennement son lait à la paille. Je me souviens avoir fait une rechute. Me rappelle avoir pali, avoir demandé à Pomfresh une potion d'apaisement. Une fois l'esprit clair, j'ai fini ma lecture par « j'espère que tu pourras venir un de ces jours, je te préparerais un thé à la citrouille extraordinaire. Benjamin. »

J'ai répondu. Court. Lui ait annoncé mon accident comme une « bagarre qui a dérapé ». Je n'ai ni prononcé de nom, ni de Maison. Je me suis inspiré de sa joyeuse missive. J'en ai aspiré l'essentiel pour le recracher dans ma lettre. J'ai signé « La fille du café ».

Je ne comprends toujours pas, une semaine après, comment ce garçon peut-il tout ignorer de la guerre ? Par quels subterfuges peut-il faire l'impasse ? 168 heures plus tard, je ne sais toujours pas. Je laisse tomber, se noyer les mystères.

A l'instant, j'ai à peine décacheté l'enveloppe que je perçois les effluves de crèmes. Je passe mes doigts sur le parchemin lisse. L'écriture est lisible, d'une encre noire de bonne qualité.

« A la fille du café, la seule qui s'appelle Grace.

Comment vas-tu ? Tu sors bientôt non ? Une semaine c'est long, je pense que tu en dis moins que réellement. En tout cas, j'aime te croire en pleine forme sur tes deux jambes à courir après les escaliers mobiles du château. Je t'annonce officiellement que le prix de la tartelette à la Patacitrouille a baissé de deux mornilles. Sortons le champagne ! Plus sérieusement, Indiana est dépassé. Si tu veux te faire un peu d'argent le week-end, tu sais à quelle porte sonner. Je serais ravi de te voir dans l'uniforme. La toque à plumes doit te donner un charme fou. Entre le pivert et la colombe. Tu as quelqu'un pour te prendre les cours ? Meredith ou Dorcas, tes deux amies ? D'autre inconnues ? Il faudra que tu m'expliques pourquoi ton amie se cachait sous la table, c'est suspect. Comment va cette charmante Mcgonagall ? J'ai entendu dire qu'une certaine Jane Hepburn enseignait à Poudlard, c'est vrai ? Il faut que je te laisse, des tasses enchantées lévitent partout dans le salon. Je vais devoir m'activer pour toutes les récupérer.

Benjamin, serveur désespéré, t'envoie tous ses sourires épuisés.

PS : Pense à moi quand tu verras une tasse.

PPS : Pas trop quand même. Juste un peu. Reposes-toi. »

Je souris en l'imaginant dépassé par les évènements. Son costume tout chiffonné et son rire qui sonne de travers. Je repose la missive. La tête calée sur l'oreiller quand la porte s'ouvre. Dans l'encadrement s'annoncent Dorcas et Marlène, Lily et Meredith. Elles ont toutes le sourire et se rapprochent comme des petits soleils gravitant autour d'une même planète.


Je ne supporte pas de les voir. Je ne supporte plus le monde. La peur revient me gonfler le ventre comme si l'anxiété avait remplacé mon oxygène. Mes poings sont crispés sur le matelas. Seul le regard de Dorcas qui me chauffe la peau me maintient à la surface. Elle a les bras croisés, ses yeux plissés. La mine mauvaise qui annonce des problèmes. Je jette un regard à mes deux autres amies. Leurs visages sont compatissants.

— Grace, tu vas sortir de ce repaire à mourant.

Je hausse un sourcil face à sa colère froide. Elle ne laisse rien paraître mais je la pratique suffisamment longtemps pour savoir que mon état l'agace. L'irrite. Elle arpente la petite pièce, ses cheveux courts battants dans son cou.

— Il est hors de question que tu te laisses abrutir plus longtemps par quelconques potions et somnifères ! Hors de question que tu te terres plus longtemps coupé du monde ! Il y a une fête chez les Gryffondors, ce soir. Tu vas nous accompagner ! Tu vas oublier ces derniers jours et réapprendre à vivre, compris ?

Son ton est catégorique. Elle ressemble à une militaire. Une soldate envoyée au front avec la même vigueur dans ses propos. Je souris mais je frissonne, simultanément.

— Non.

Je n'ai pas été brusque. Ma réponse s'échappe comme un filet de voix. Douce comme un refus délicat. Lily décroise les jambes, passe une main dans ses boucles rousses et replie les jambes. Meredith se mord la lèvre inférieure, elle retient de peu un rictus. J'ai dit la mauvaise réponse, la tempête se prépare.

— Non ? Non ! tonne la voix de mon amie. Si, si. J'ai organisé ta sortie avec Dumbledore. L'entrainement commence maintenant et il va être dur et périlleux. Ton endurance va être mise à l'épreuve ma petite. Depuis combien de temps n'a tu pas senti le soleil sur ta peau ? Porter autre chose que cette immonde blouse ? Danser, rire ? Sortir ? Retourner voir ce petit serveur, celui de l'autre jour à qui tu plais ?

— On s'écrit, je l'interromps.

Elle s'arrête, figée de surprise mais se reprend vite et balaie mon argument d'un mouvement dédaigneux du poignet.

— Correspondance enflammée ? Je te parle du vrai, du Real in-life ! Ne m'interromps plus et ne me réponds plus par un odieux non ! Compris ? Par Salazar, nous avons du travail !

Lily rit et je me rends compte que ce son m'a manqué. Meredith m'extirpe de mes draps pendant que ses acolytes débarrassent ma table de mes réserves. Marlène jette un coup d'œil à mes échanges avec le jeune serveur et m'adresse un clin d'œil. Elle les relie ensemble d'un sortilège et les fait voler à sa suite. Je traverse les couloirs glacés, uniquement vêtue de ma robe en papier. Je découvre que je déborde d'énergie et que mes pensées, sorties de mon brouillard léthargique, sont étonnamment légères.


Nous rentrons dans la Salle Commune des rouge et or. Je vois les Maraudeurs qui décorent la salle pour la soirée. Remus et James font surgir des cotillons de leurs baguettes, Pettigrow installe le buffet et Sirius, le plus grand, accroche une banderole. Quand je passe le portrait, le temps s'arrête. Il faut un passage à vide. Je resserre les pans de mon habit que je suspecte d'être légèrement transparent. Je maudis l'infirmerie.

Soudain James se jette sur moi, m'embrasse sur les deux joues. Confuse je questionne Lily du regard et elle hausse les épaules du regard. Apparemment mon jugement a été révisé. Mon absence remarquée. Remus, plus réservé, me tend une main amicale que j'accepte. Sirius se retourne. Un peu trop vite car la bannière s'écroule. Par réflexe, je sors ma baguette et elle s'envole pour se fixer au plafond. Le Maraudeur me remercie d'un sourire et je me concentre pour refouler les pensées qui me viennent. Je me sens faiblir mais dans mon dos, la main de la jolie Gryffondor rousse me soutient. Sirius descend de son escabeau et vient me prendre dans ses bras. Je ferme les yeux et réprime un début de rire. Je me sens si transparente, si visible. Exposée. Il me serre avec maladresse comme si mon corps avait rétréci, maigri. Je n'ai que très peu mangé pendant mon séjour chez Pomfresh. Nourri à la potion et au sérum. Il dépose un léger baiser sur ma tempe et son étreinte me fait l'effet d'une thérapie douce. Je passe mes bras autour de son cou. Je crois que je pleure, les larmes viennent couler sur la robe de mon ami. Je pleure parce que je réalise que son absence m'avait amputée d'une personne sur qui compter. Je voulais m'éloigner de lui mais ce fut une erreur. Pourquoi délaisser les personnes qui peuvent vous sauver ? De vous-même comme des autres. Ici réside le véritable danger. Sans me vanter, je crois l'avoir affronté.

La robe que me présente Marlène est jolie. Violette, longue et s'étale en corolle à mes pieds. Je l'enfile et le constat est immédiat : elle est trop grande. Je flotte à la taille et mes bras pâles font songer à ceux d'un cadavre. En dépliant les doigts, je vois mes veines en relief. Meredith pince les lèvres et s'agite avec sa baguette. Je sens le tissu vibrer contre mes jambes, il vole. Je ferme les yeux quand la soie me chatouille les bras. Je suis dans un ouragan de violet lilas.

Enfin, tout se stoppe. Je vacille sous le manque de mouvement et m'observe dans le miroir. La robe est parfaitement ajustée. Ma taille fine est serrée dans le tissu, les chutes de soies tombent plus bas sur mes épaules. Je serais presque jolie.

Presque. Mon visage est creusé, les cernes crient sous mes yeux. Mes cheveux sont ternes, ils ont perdu l'éclat qu'ils auraient pu avoir. Dorcas surprend mon regard et m'enferme dans la salle de bain. Je reprends l'habitude de frotter mon corps, le savon pénétre dans mon épiderme. L'eau chaude glisse et le shampoing me brûle les yeux. Je m'acharne jusqu'à ce que ma peau soit rougie, mes cheveux brillants et mes muscles détendus. Quand je m'assieds sur le lit de Marlène, je suis nouvelle.

J'ai longtemps regardé mes cendres disparaitre dans le siphon de la douche.


Les filles me maquillent, me mettent des ombres qui n'existent pas, m'inventent des couleurs qu'elles étalent sur mes joues. Je me prête au jeu, je souris. Elles font flotter mes cheveux dans mon dos.

L'inconsistance me guette quand je descends les escaliers. La salle dégage une lumière tamisée. Sont invités, principalement des Gryffondors. Les équipes de Quidditch de Poufssoufle et Serdaigles sont également présentes. Pas de Serpentard, nous somme les seules.

Je vois tous ces gens qui balancent leurs corps doucement. Je suis immobile. Trop loin de cette frivolité, un éclat dans yeux comme un morceau d'obus. Je respire et je me sens détachée. Envolée. Loin du sol, loin de la foule au regard hypnotique. Ectoplasme, fantôme. Absence.

Je me demande ce que j'ai loupé pendant une semaine. Lily est penchée contre James Potter. Ces yeux verts sont un phare dans l'obscurité. Meredith danse comme ces princesses orientales qui finissent par vivre la langue coupée. Dorcas et Marlène sont là puis ailleurs. Moi sur mes quelques marches, je cherche Sirius des yeux. Lui, me trouve. Je ne comprends pas comment il fait pour être si concret alors que je m'oublie. Sirius est facétieux.

Je regarde le danger qui ressort encore mieux dans le relief de la douce musique. On s'écarte de la guerre avec violence. Les actes inconscients, c'est pire que le reste. Ces gestes, cette fête dévorent l'insouciance. On danse pour éloigner la mort, pour s'éloigner de la mort. Sirius s'avance à hauteur de mes yeux.

Les siens sont graves et son sourire trop large. Le danger va tous nous faire tomber. Effet domino.


Voili voilou ! On se reverra pour le chapitre 11 ! Les amis merci encore pour votre soutien intersidérale, n'oubliez pas de laisser une review, grande critique ou petit mot. Merci mille fois