Hey tout le monde ! J'ai posté le chapitre 10 mais n'ayant eu aucun retour j'ai préféré attendre un peu pour poster le 11 qui est pourtant écrit depuis samedi ! J'ai vraiment été inspiré pour une fois donc j'espère qu'il vous plaira ! Merci mille fois à ceux qui me suivent, qui lisent et qui aiment ça !

Disclaimer : J'emprunte et j'essaye de ne pas massacrer l'histoire de J.K Rowling


Chapter 11 : Alone

Souvent je me réveille seule. Pas seule dans mon lit mais dans ma tête. Se réveiller un matin, ne plus savoir pourquoi l'on est là, dans quel but avec un sentiment d'oubli qui vous broie les côtes. Dans ce cas, je me lève. Je prends une douche, je regarde le soleil fondre derrière les nuages et je ris, qu'est-ce que c'est beau d'être seule. Comme un beau tableau ou une vieille bouteille descendue d'une cave française. J'écarte mes doigts devant la main qui s'étend d'ombres dorées. Etre seule, c'est avoir la possibilité de vivre un infini de vie, j'aimerais trouver la mienne dans cette solitude jaunie.


« Il est plus d'un silence, il est plus d'une nuit Car chaque solitude a son propre mystère. » Sully Prudhomme.


Je dévale les marches alertées par les cris. Par le fracas d'une table. Mon pied a à peine effleuré le sol qu'une chaise va s'exploser contre un mur. Je regarde effarée les débris tomber à terre. Doucement comme si toute violence leur avait été retirée.

— Fini Barty ! Terminé ! Va ramper aux pieds de tes amis !

Meredith est furieuse, je vois la rage qui dilate ses pupilles. Elle ne pleure pas mais ses mains s'agitent sans savoir à quoi s'occuper. Elle hurle, ces paroles sont incompréhensibles. Bartemius Croupton lui fait face, les yeux agrandis par la surprise avec son éternel rictus de vainqueur plaqué au visage. Il n'a pas l'air particulièrement amusé, je sens sa colère froide qui tend ses traits. Je me demande lequel des deux à fait de la Salle commune, une pièce rasée par les bombes. Je longe les murs, je ferme les yeux. Mauvais timing. Où est donc Dorcas ? S'est-elle enfuie avant l'apocalypse ? Il faut que je la retrouve mais avant il faut sortir d'ici. Tellement prise dans leurs haines écumantes qu'ils ne me voient pas. Croupton murmure, il n'essaye pas d'obtenir le pardon de mon amie, simplement sa compréhension. Il veut la rallier à sa cause. Je flanche, j'ai atteint la porte. Il ne tient qu'à moi de sortir, de fuir. Pourtant.

— Le seigneur des ténèbres est la clef. La délivrance, je pourrais te couvrir de gloire. Tu diras vouloir aller au théâtre, nous irons. Dans les loges d'honneurs car nous aurons gagné. Te donner des bijoux, dire ton nom juste pour voir la réaction des manants. De cette foule populaire à qui tu pourras donner des pièces parce que tu es douce. Douce et agréable, riche et puissante.

Meredith ne dit rien, je sais qu'elle a le sang qui se glace à la possibilité d'accepter. J'ai les bras qui m'en tombe à la possibilité qu'elle accepte. J'ai une main posée sur la tapisserie, l'autre le long du corps.

— Tu tomberas et je ne te suivrais pas, dit-elle et elle s'éclaircit la voix. Je ne te suivrais pas parce que je m'aime plus que je ne t'aime.

Je baisse les yeux. Mon corps se relâche. Discrètement, je passe le portrait. Il ne s'est pas encore refermé derrière moi que j'entends :

— Tu m'aimes.

Dans cette constatation tranquille, je vois la victoire de Croupton. Une affirmation de tout ce qu'il attendait. Un reste de sentiment éborgné au creux d'une conversation. Une nouvelle faiblesse à exploiter. Il sort et me voit. Son sourire est ténu mais existant. L'enfer a bel et bien déposé ses messagers sur terre.

Le déjeuner passe mal, vite englouti, laisse un poids de plomb dans mon estomac. Meredith arrive. Elle est d'un calme olympien presque surnaturelle. Elle parle avec Dorcas sur ce ton détaché qui n'appartient qu'à elle. Plus léger que l'air, sans fissure.

— Barty et moi avons rompu.

Hochement de tête, mines peu compatissantes. Les « ça s'arrangera » « il ne te méritait pas » ne sont pas de sortis. Ces mots sont réservés aux histoires ordinaires. L'idylle d'un futur Mangemort en pleine guerre n'a rien que l'on qualifierait de banal. C'est comme si cette aventure n'avait pas posé son point final. Je vois le sourire confiant que Croupton adresse à mon amie et mon cœur se serre.

Samedi. Jour de match entre Serdaigle et Gryffondor. Il pleut, beaucoup. James et Sirius sont tendus. Ils ne mangent pas et le capitaine de l'équipe n'a même pas une blague en réserve pour détendre l'atmosphère. Je prévois de sécher le match et de descendre au village. Les éclairs qui crèvent le ciel m'inquiètent un peu mais sans plus. Je regarde mon assiette, elle fait le tiers de ce que je mangeais auparavant. Avant ma confrontation avec Regulus. La nuit j'ai du mal à dormir alors je laisse ma baguette allumée. J'ai peur que les ténèbres ne dévoilent en leur sein un Mangemort. Marlène et Lily lisent le Daily Prophet. La une annonce un « véritable massacre dans un quartier moldu de Londres ». La jolie rousse se mord la lèvre. Du sang perle, je respire profondément. Sang, sang, sang. Rouge bordeaux qui abime le sol, macule mes ongles. Un train, un couloir, un pub. Séance privée d'un film que je suis la seule à voir. Je glisse doucement, Remus, à côté de moi, m'attrape.

— Je ne sais pas si Grace va bien. dit-il

— C'est le sang, déclare Dorcas de sa voix autoritaire, essuie-toi Lily.

Cette dernière rougit furieusement avant de s'exécuter. Je reprends mes esprits, m'excuse. La préfète de Gryffondor m'assure que ce n'est rien. Je lui souris en retour mais mon faible regard s'attarde sur une brochure qui dépasse de son sac. Un prospectus d'information. « Vous voulez sauver des vies ? Arrêter des criminels notoires ? Confronter des mages noirs à la justice ? Devenez Auror ». Je bats des cils plusieurs fois devant le logo du Ministère sur fond orange. Auror.

— Tu veux devenir Auror, Lily ?

Elle se tourne avec agitation vers moi, nullement départie de son sourire. Elle s'éclaircit la gorge et tousse un peu avant de répondre.

— Oui ! elle relève légèrement le menton, fière. Avec la guerre, il faut des gens pour défendre la population.

— Des moldus, qui pourraient très bien être tes parents, ont été assassinés et toi tu ne trouves rien de mieux que d'aggraver ton cas et devenir Auror.

Elle tremble, de ses pointes fourchues, elle tremble. James me regarde, je hausse un sourcil.

— Je veux devenir Auror pour éviter que ce genre de phénomènes ne se reproduise mais toi, Grace que veux-tu faire ?

La deuxième partie de sa réponse est aigre, sa voix légèrement moqueuse. Sirius me regarde, il attend ma réponse. Comme tous les autres. Je ne leur donnerai pas cette chance.

Je me lève.

— Moi, je veux survivre à cette guerre.


Courant d'air, je file. Je monte dans une calèche et débarque au cœur de Pré-Au-Lard. La pluie bat à mes oreilles. Mon uniforme et ma cape ne me protègent pas suffisamment des intempéries. Je ne suis à l'abri de rien. Ni du monde ni de ceux qui le peuplent. « La plume enchantée » en vue, je pénètre dans le café. Il y a peu de clients, quelques grands-mères en ciré imperméables. Des demoiselles aux lèvres pleines. Benjamin est au comptoir, il passe une main dans ses cheveux. Je ricane, on dirait James.

Je m'approche quand il me voit, un sourire illumine son regard. Ses boucles châtains sont dans un terrible état.

— Tu as du sucre dans les cheveux. Je l'informe

— On a eu une mutinerie de la part des sucriers volants, s'excuse-t-il.

— Après les tasses, les sucriers ! C'est la révolte de la vaisselle ! je ris.

Indiana apparaît dans le salon, Benjamin se précipite vers elle, il semble négocier la fin de sa journée. Elle lui jette une moue ennuyée puis me regarde. Elle me sourit et acquiesce. Le jeune serveur revient vers moi, tout content.

— Elle va mettre Franklin à ma place. On peut y aller.

– Aller où ?

— Tu ne veux pas aller faire un tour.

Je regarde par la fenêtre, la tempête s'est intensifiée. Il suit mon regard et grimace.

— On ne va pas rester dans le café où je travaille.

— Tu n'es pas en service.

Le jeune homme me cède et je commande un chocolat à la crème servi par un de ses collègues. Il semble trouver la situation très jubilatoire. Il me parle beaucoup, son visage expressif me mime ses histoires. Comiques, géantes, un brin triste, douce. Je ponctue ses récits de remarques et il s'esclaffe de temps en temps.

Je ne sais pas quel dieu s'amuse à faire de ma vie un parcours d'obstacles. J'enjambe les problèmes, je percute deux ou trois barrières. Je reste sur le parcours, essoufflée et désorientée puis quand je reprends ma route. Je m'oxygène.

Enfin c'est un cycle infini.

— Tu veux faire quoi après Poudlard ?

Je plonge la tête dans ma boisson. Je me brûle quand le liquide passe dans ma gorge. Je bois du feu liquide qui me détruit de l'intérieur.

— Je ne sais pas.

Des aveux désagréables. Pitoyable, la vérité comme une grande claque dans la figure. Je n'y aie jamais vraiment pensé. Quand on passe une semaine entière dans un lit aux draps immaculés à boire potions sur potions, on a vraiment beaucoup de temps pour réfléchir.

Le seul problème c'est que le sang s'alignait sur des images de Bellatrix riant tête renversée. Vous ne pensez pas au futur quand vous pensez être mort ou disparu dans un an tout au mieux.

Benjamin ébouriffe mes cheveux, il me regarde du fond de ses yeux. Pas avec la surface mais dans les profondeurs ? Comment je le sais ? Il y a cette sagesse que l'on entraperçoit chez les moines, celles qui prouvent que l'on a vécu mille vies. Cette petite lumière, je la voie quand il me regarde.

— Ce n'est pas grave.

Je soupire intérieurement, rien n'est jamais grave. Rien n'est jamais important. Aucune chose au-dessus d'une autre.

— Si j'avais pu, je me serais battu.

Je le regarde fixement, ma rétine brulée par ces sornettes. Je l'étude comme s'il s'agissait d'une rune complexe.

— Pardon ? Tu voudrais te battre, toi, contre quoi ?

J'ai conscience d'avoir laissé flotter dans l'air ce relent d'agressivité qui stimule ma peau comme le sang chez le requin.

On en revient toujours à la base. Le sang métaphorique.

— Me battre contre les Mangemorts ! La guerre ça te dit quelque chose ?

Son ton est amusé. Amusant, encore une bonne blague. Je flanche, ma nuque tombe sur la banquette, je ferme les yeux. Je serre ma langue entre mes dents. Pour ne pas hurler d'effroi, ne pas m'indigner. Envenimer le café.

— Pourquoi ? Que te dit la guerre à toi ?

Parce que la guerre elle murmure. Elle glisse des prières chez les gens qui attendent avec angoisse. Elle déclare « mort » devant les tombés au combat. Elle rit hystérique après ça. La guerre. La guerre. Allégorie de Bellatrix Black, Guerre est folle. Guerre veut tuer, veut venger. Guerre enrage. Guerre gagne.

— La guerre, elle ne m'a rien pris. Je n'ai jamais vu un cadavre mais je sais les imaginer. Un mort avec un visage bleu, des yeux encore grands ouverts sur le monde qui ne regardent plus rien. Je veux me battre pour la vie, pour tout ce que la guerre aurait pu me voler.

Je songe à ses paroles étrangères. Ce sont-elles perdues en chemin ? A qui appartiennent-elles ? Je veux les arracher, les serrer si forts jusqu'à ce que chaque lettre explose.

— La guerre ne t'a pas épargnée. Je sais ce que tu ne me dis pas.

Je vais lui arracher ses mots et sa langue avec. Il y aurait un grand trou dans sa bouche, très peu esthétique. Soudain je vois Jane Hepburn et ses cicatrices, sa lèvre boursoufflée. Soucis d'esthétisme inavoué. Irréparable.

— Comment connais-tu Jane Hepburn ?

J'essaye de visualiser Benjamin et mon professeur côte à côte. Risible, image mal imbriquée.

Il sourit.

— Elle a travaillé avec moi


Je m'esclaffe. Jane Hepburn dans un café ? A servir des clients ?

— Dans un café, une succursale. Elle est arrivée, 15 piges à tout casser alors qu'on lui en donnait moins. Elle a demandé un travail. Elle a été embauchée par la simple bénédiction de Merlin. Elle était trop impulsive. Trop nerveuse. Elle a été renvoyée.

J'envisage la jeune femme sous un autre angle, une fillette noueuse à la peau blanche et aux cheveux noirs de jais. Ses yeux obscurs. Une gamine à la lèvre fendue. Oubli. Elle n'a sans doute pas encore des cicatrices.

Une gamine.

— Elle est déjà brisée ? je questionne.

Il me regarde grave, son costume lui colle au corps. Ses yeux sont plus gris que bleus en cet instant. Le voile opaque des souvenirs atténue la couleur.

— Elle est plus vieille que moi. Ma tante possède un café. On était en plein été, elle s'agitait. Elle parlait souvent de guerre, de crimes. Je l'écoutais et je rangeais ses divagations dans le tiroir réservé aux fables.

La guerre avait déjà frappé Jane Hepburn. Une fillette. Le début de ses insomnies. Personne ne la croit. Personne ne l'écoute. Benjamin distraitement mais il oublie vite.

— Quand elle est partie, je lui aie demandé où elle comptait aller, si quelqu'un l'attendait quelque part.

Je me retrouve dans cette esquisse d'enfants. Je l'imagine à un croisement. Déposée par le hasard, solitaire. La peau translucide et les yeux trop grands de ces yeux d'enfants qui cherchent une innocence. Je demande à Benjamin ce qu'elle lui a répondu.

— J'irais là où me porte le vent. Faire prostituée dans la rue, ce n'est pas vraiment mon truc.

Il se souvient des mots de Jane comme d'une poésie apprise par cœur.

— Quand la nuit tombait, poursuis le jeune homme, je lui écrivais des longues lettres pour savoir comment elle allait, si elle survivait à sa nature fougueuse. A 17 ans, elle écrivait une dernière lettre : elle rentrait en formation pour devenir Elite.

Je remarque soudain un détail. Un grain dans le rouage qui me choque, qui m'éblouis.

— Elle n'est jamais allé à Poudlard.

— Elle a dû recevoir sa lettre mais elle n'y est jamais allé, non.

Comment peut-on priver une enfant de Poudlard ? Lui laisser Solitude et Esprit comme seule compagnie ? Et Guerre qui se ramène. Le chaos, la peur. Elle n'a jamais rien eu alors peut-être que si elle résiste si bien aux ténèbres, c'est qu'elle n'a rien à leur opposer. Aucune combativité, c'est cela qui fait sa force.

Je l'imagine blottie dans sa solitude. A moitié nourrie de rêves. Qu'a-t-elle fait avant d'arriver au café ? Surtout qu'a-t-elle fait après ? Ses années d'errance, sa formation. Sa guerre. Toute sa vie semble faire partie de la scène, de la bataille. Actrice imposée.

La pluie s'est tu dehors. Je n'ai pas envie de rentrer, remonter le chemin avec mes deux pauvres pieds fondus au mercure. Savoir qui a gagné le match. Partagés leurs allégresses. Voir Lily, voir Meredith. Regarder toute cette solitude dans les yeux.

J'aimerais danser, valser dans un endroit où personne ne me connaît. Le paradis doit, selon moi, ressembler à ça : une grande piste de danse remplie d'inconnus aux visages charmeurs. Du noir complet pour moins faire ressortir les couleurs.

J'ai la hantise du blanc depuis la première fois que j'ai vu du sang.

– Il est tard. Tu veux rentrer ?

— Je devrais.

Je me lève, j'ai fini ma consommation. Je constate que cela fait une éternité que je n'ai pas bue d'alcool. La veille de la rentrée. Trois mois voire plus.

— Salue Jane de la part de Benjamin si tu veux des réponses. déclara « mon » serveur.

— Qui te dit que je veux des réponses ? Je n'ai posé aucune question.

— Tu lui ressembles.

Il secoue la tête, son petit sourire dévoile ses dents blanches. J'ouvre la porte. L'air est saturé d'humidité. Le sol tremble encore de l'assaut de la tempête. Benjamin m'a révélé des secrets et la terre a recraché ses vices. Silence.

La porte est close derrière moi. L'enseigne brille doucement. Il m'épie derrière la fenêtre.

Je gravis le chemin en compagnie d'une solitude empruntée aux vieilles histoires. Celles qui laissent une empreinte. L'histoire de Jane me fait marcher de travers, me fait tourner à l'envers. Douce solitude qui tangue.

Les histoires solitaires n'ont aucun trou à combler. Juste des passages en filigranes décousus.


Voilà, j'aime beaucoup ce chapitre, il m'est venu naturellement. J'aimerais après cette fic, évidemment, faire une fiction longue retraçant l'enfance et l'adolescence de Jane Hepburn jusqu'à la fin de sa formation en tant qu'Elite. Que pensez-vous de cette idée, cela vous plairait il de lire une fiction de ce genre ? Laissez-moi une review sur votre réaction face à la rupture de Meredith, les révélations de Benjamin ou encore la scène avec une Lily qui s'affirme. Que pensez-vous qu'il va se passer dans les prochains chapitre ? Les paris sont ouverts.

Merci beaucoup à mes lecteurs que j'aime jusqu'aux étoiles.

By Lges