Bonjour, bonjour ! Je suis sincèrement désolée d'avoir pris autant de temps pour poster ce chapitre. Plusieurs mois sans inspiration pour cette fiction, aucune fanfiction sur laquelle me reposer. J'avais beau écrire en silence, avec un fond musical. Dans toutes les situations possibles et inimaginables. Rien n'y faisait, je restais avec la moitié d'un chapitre inachevé. C'est fini ! J'ai achevé ce chapitre 14 et commencé l'ébauche du 15 !

Rating : T

Disclaimer : Rien à moi !


Chapter 14: Mirage

Le train emporte toute la magie. Il vibre sur les rails enneigés, je dessine des petits ronds sur la vitre. La buée cache la neige, le silence. Nous filons vite, rapide. Je redoute l'implosion, l'arrivée. L'explosion, la gare. Le crissement des roues me fait serrer les dents. L'instantané de notre bulle de notre calme. Ah la belle photo, le beau mirage. Où est notre vie. Meredith, appuyée à la boiserie, Dorcas et son cœur sous scellé. Sirius bouge dans son sommeil. Ses jambes frappent contre les miennes. Emmêlés, désaccordés. Je jette un coup d'œil en arrière, au passé. Il vacille, il disparaît au loin. Petit point. En face, le futur me fixe de façon obscène. Remuant des hanches, un sourire narquois au visage. Le futur m'attend, les bras grands ouverts

Nous, nous sommes l'entre-deux, la légende. Vous savez ces noms cités dans les manuels d'histoire. La guerre vite racontée qui résonne dans les pas des jeunes esprits « ne m'oublie pas, arrête-toi » crie une légende. Une légende meurt sur le champ de bataille, son sang vermeil répandu sur la terre battue. On nettoie et on oublie. On écarte, on s'écarte.

Nos illusions, même les flocons sur l'herbe sombre semblent plus réelles.


« Etre actrice, c'est entrer dans la légende et risquer de devenir un mirage. » Frédéric Strauss.


J'aimerais sourire. Encore, à m'en fendre le cœur. Brisé, brûlant. Je regarde partout pour ne rien voir, je tombe sur Dorcas. Son angoisse comme une ombre sur tout le compartiment. Elle est engoncée dans un col roulé, un jean moldu à la taille. Elle est fine, fragile. Une brindille exposée au vent, elle ne plie pas l'échine. Non, elle frémit. Je ne crois pas aux mensonges. Elle me dit qu'elle va bien, je sais qu'elle ment.

Pourtant l'Homme ne ment pas, l'Homme transforme. Modifie déforme. Dans ce train, A 2 heures de la gare de King Cross, j'aimerais que Dorcas me dise « Je ne vais pas bien mais je vais aller mieux bientôt ». Ellipse, prémonition. Dorcas ne va pas bien, Dorcas ira mieux.

.Silence. Entrecoupée, découpée. Une symphonie. D'abord Sirius qui souffle, le cœur léger car le sommeil est doux pour les tourments. Dorcas soupire, agacée. Elle tire deux fois sur son pull. Meredith ronronne. Sa main se perd sur la banquette. Elle cherche quelque chose, elle se trompe de chemin. Moi, je respire. Saccadée, le souffle m'est vital. Si je m'arrête de respirer, je tombe. Si je tombe, je ne me relève pas.

Mourir sans un souffle. Asphyxiée. Cette mort ne m'irait pas au teint alors je respire par le nez.

La dame aux sucreries est déjà passée. Elle a jeté un regard désolé sur notre compartiment. Nous n'avons rien acheté, nous n'avons pas faim.

Soudainement, Meredith se réveille. Elle frotte ses yeux avec un sourire délicat. Ses cheveux bruns dans tous les sens, elle lisse le pli de sa robe sorcière. Je suis encore en uniforme, Dorcas en moldu. Meredith sorcière. Trois légendes qui divergent.

Sirius s'étire. Ses jambes contre les miennes, je n'ai nullement besoin de plus. Ni de baiser, ni d'amour sauvage comme dans les romans où les héroïnes ont le cœur tambourinant. Juste de sa présence et de son regard qui s'illumine. Je ne sais pas pourquoi il m'aime. Pourquoi je l'aime. Je ne veux pas savoir d'un autre côté. Je redoute d'apprendre parce que… la guerre, le temps, l'instant, les règles. Peut-être nous aimons nous pour tout ça à la fois. Je ne veux pas savoir parce que je le regarde dormir et que c'est mille fois moins douloureux.

Je déteste les prises de conscience. Dans un train, surtout dans un train. Parce que chaque pensée qui me traverse est un peu plus distante à chaque instant. Le train avance et moi, je pense. Je me dis que je trésaille quand on me touche. Quand Sirius me touche, je me souviens de la moiteur du sang. Il ne sait pas comment réagir alors il s'éloigne dans un sourire et il ne me reste que son ombre pour m'excuser.

M'excuser pour la guerre, pour mes peurs qui me paralysent. Je ne sais pas aimer Sirius alors je me contente de l'embrasser tendrement, de chercher son regard là où je vais. Il se suffit de ça et je me surprends à me demander s'il regrette Gemma, son baume à lèvre, parfum fraise, et sa voix duveteuse. Ensuite, je me dis que nous sommes en guerre, je suis une fille de la guerre. Je suis le bon choix, celui qu'il lui sera moins dur de pleurer quand je serais morte. Dans ces moments-là, j'ai envie de le gifler, de me gifler.

Pour compenser, je pose mon front contre la vitre. C'est froid, tonifiant.

Ces vacances, je les accueille comme un temps-mort. Heureuse de retrouver mon passé avec la certitude qu'il n'aura pas changé et la possibilité de poser ma main sur autre chose que ma baguette. Ma baguette et ses sortilèges. Ma baguette et ces sorts assassins.

La nuit, j'ai peur de devenir Bellatrix Black, de devenir une meurtrière.


Je songe au quai, j'ai peur de ne plus savoir m'accouder au comptoir avec ma pauvre fierté de sobre dans un bar rempli d'ivrogne. Je suis terrifié à l'idée de ne pas m'acclimater. De guetter le ciel pour espérer. Croiser les doigts en priant pour que personne ne meure en deux semaines.

Mon esprit est tellement brouillé, gonflé d'idée que la sensation du verre ne me maintient plus assez éveillée. Pour cela, il faudrait que je me frappe la tête. J'échange un sourire avec Dorcas comme si l'idée l'avait, elle aussi, traversé. Désespérée, nous sommes désespérées.

J'aspire au silence et dans ces moments où le silence vient à moi, je suis troublée. Je souffle dans le vide et une chaleur diffuse se propage dans mon corps. Douce folie, le rêve de la paix. Meredith a joint ses mains, est-ce que les sorciers prient Merlin comme les moldus ? La religion existe-t-il ou est-ce simplement réservé pour les cas de grands miracles à venir ? Merlin, il est doué question miracle.

Puis la locomotive arrive en gare. Le sifflement tire Sirius de son état tranquille. Il s'assied dans un sursaut et je me demande de quoi il a rêvé. Ses doigts exercent une douce pression sur les miens. Il sourit. Il ne sait pas, il ne connaît rien à la déchirure entre deux mondes. Je l'embrasse au creux de sa fossette. J'ai besoin d'y croire. Je capte le regard embué de Dorcas. J'ai tellement besoin de ça. Sortir avec ma malle est mon hibou, tout en guidant Dorcas qui titube gentiment, ce n'est pas facile. Gentleman, Sirius m'épargne la valise de mon amie qu'il porte négligemment sur son épaule. La file compacte devant les portes nous empêche de passer. Je distingue les visages heureux mais éreintés des parents. Ceux embarrassés des enfants, ils n'ont que faire des effusions, ils ne pensent pas mourir demain.

Ils ont tort.

Quand la foule se dégage, je prends Dorcas par le bras. Elle sort et projetée brusquement dans la lumière d'un jour d'hiver, elle plisse les yeux. Je lui arrange les cheveux et Sirius me rend sa valise. Je consacre toute mon attention à ne pas le regarder. Je ne veux pas d'une séparation larmoyante ni même d'une séparation émouvante. Je suis suffisamment chargée. Je relâche ma prise sur Dorcas pour me passer les doigts dans les cheveux. Ils sont emmêlés, ils transpirent la fatigue.

La main en visière, je recherche ma famille. Penchée sur le côté, Dorcas imagine comment fuir la sienne, en cas de problèmes. Je ne sais pas où est Meredith. Je vois une fillette habillée aux couleurs du soleil. Une mignonne robe jaune, des tresses dans les cheveux et des bracelets bling-bling. J'imagine avec toute ma conviction que c'est elle « ma » Meredith. Erreur de parcours.

Sirius. Sirius qui s'empare de ma main et c'est l'escalade. Tout mon corps suit, il se dérobe et je me retrouve face à lui. Ses cheveux indisciplinés et ses yeux gris inconscients. Je rougis de honte.

— Sirius…je.

Ma phrase n'a pas de sens. Je l'interromps quand je me rends compte que je n'ai rien à dire. Nous avons passé quelques semaines ensemble. Toujours dans nos ombres. Glissés comme absent mais au premier coup d'œil : vital. Je n'ai besoin que de ça

Il passe un pouce maladroit sur ma joue. Je sens mes genoux qui craquent et ça le fait rire. Je souris parce que j'aime bien lui faire plaisir. C'est une belle chose, le plaisir des autres.

— Bonnes vacances, Grace.

J'hoche la tête. Bonnes vacances. Crois-y. Accroche-toi. Je titube ou bien mon corps fragile cherche le sien. Ses bras se referment autour de moi. Je déglutis.

— Bonnes vacances, bonnes vacances.

Murmure à mes oreilles. Ses lèvres contre le haut de ma joue. J'imagine son teint joyeux sur la Une d'un journal sorcier, un portrait en noir et blanc. Je me détache délicatement.

— Envoie-moi un hibou.

Il pétille tout entier, il est solaire. Nous, nous sommes en hiver.

— Envoie-moi un hibou, pour les choses importantes. Je continue.

Sa joie se recroqueville. Il doit se poser la question « Qu'est-ce qui est important ? ». Je ne réponds pas, je dépose furtivement mon odeur sur sa bouche. Je m'éclipse. Eclipse, au revoir soleil.


J'entraîne Dorcas qui bat des pieds. Son pull rose lui donne un air maladif. Je souris pour deux quand la masse brune de ma mère se découvre. A distance raisonnable, elle m'inonde de sa joie. Mon père, plus distant, m'accorde un sourire fin. Dorcas reste bras ballants au milieu de la scène. Enfin, ma mère la serre dans ses bras. Tendue, Dorcas est squelettique, tout en angle, l'étreindre c'est comme serrer un sac d'os. Pourtant cela ne semble pas déranger ma mère qui lui pose question sur question. Les réponses n'ont même pas le temps de fuser que déjà nous sommes dans la voiture. Mon amie caresse la carrosserie avec un air affligé. Ce monde n'est pas le sien, un instant je me demande si j'ai bien fait. Elle cherche ma main, guettant derrière elle comme si ses parents pouvaient venir la récupérer. Me l'enlever. Ne t'inquiètes plus princesse, tu es en sécurité. Je passe un doigt dans le cuir du siège, abimé par toutes ces années. Je croise le regard attendri de ma mère.

— Alors, les filles, quoi de nouveau à Poudlard ?

Avec un frêle sourire, mon père nous encourage.

— Rien.

Une réponse brève avec un grand sourire, voilà ce qui est sorti de ma bouche. Je prie pour que cela suffise. Je jette un coup d'œil vers Dorcas et je me rends compte que ça ne sera jamais suffisant. Parce que Dorcas, même désavantagée, reste Dorcas. En plus dangereuse, je me fais la réflexion. Je vois ses dents, ses lèvres rouges et décharnées, son visage maigre. Sa beauté aiguisée. Je ferme les yeux, autant savourer la bombe qui va exploser.

— Votre fille a un petit-ami, Mrs Rosenbach.

Explosion, détonation. Je souris malgré moi et sans doute, que je rougis. Dans le rétroviseur, les yeux clairs de ma mère se posent sur moi. Puis sur Dorcas. Encore. Enfin, elle éclate de rire. Ainsi, la bombe fait vibrer les vitres de la petite automobile. Douce et fragile comme une fleur.

— Merci Dorcas mais tu peux m'appeler Adelyn. C'est vrai, Grace ?

Je hoche la tête sous l'éclat de rire de Dorcas et le murmure étranglé de mon père. Il se tord les mains, ma mère caresse sa joue. Comme une promesse, oui, tu regagneras ton bureau. Oui, tu retrouveras ta tranquillité. Ton silence où les mots ne sont faits que de tes pensées et les chiffres ne sont que des chiffres. Je pince les lèvres, consciente de la tension qui habite mon paternel mais ma mère n'en a pas fini. Elle s'amuse, un trajet normal. Une discussion, distraction, banale.

— Quel est son nom ?

Sirius Black. Deux mots, simple. Si simple. Une pression dans le creux de ma main et Dorcas se mord les lèvres. Elle ne s'attendait pas à ça, peut-être ? Elle n'est pas idiote, non, amère. Je redresse le menton pendant qu'elle s'enfonce dans le dossier mou.

— Sirius Black.

La conductrice fait une vive embardée avant de reprendre la maitrise du véhicule. J'espère qu'elle ne va rien dire, continuer sa route. Stopper le calvaire et reprendre le crissement des pneus comme une bande-son répétitive. Elle s'arrête, coupe le contact et met le frein à main. Je me crispe sur la poignée. Mon père est angoissé.

— Pourquoi t'es-tu…, commence le mathématicien.

Arrêter ? Stopper en pleine course ? Pourquoi et pourquoi ? Toujours des questions auxquelles il faut donner des réponses.

— Black ? Comme Walburga et Orion Black ? demande ma mère, une lueur colérique dans les yeux.

Je ne peux qu'acquiescer. Que pourrais-je faire de plus ? Elle s'apprête à me torpiller de nouveau mais je prends les devants :

— Je ne veux plus en parler.

Elle redémarre et le silence se fait dans l'habitacle. Je sais ce qu'elle doit se dire : que je suis à Serpentard et que mes fréquentations ne peuvent que suivre. Puis, elle remarque Dorcas, plus blanche qu'il n'est possible de l'être comme si les couleurs avaient déserté son visage, elle doit se dire qu'ils ne sont pas tous comme ça. Elle se détend imperceptiblement.

L'arrivée à la maison est comme une délivrance. J'aide mon amie à sortir de la voiture. Elle dépose un baiser sur le sommet de mon crâne de ses pauvres lèvres carmin. Nous habitons dans une maison très simple et je songe que Dorcas doit être dépaysé. Elle a quitté son château pour un petit quartier où les maisons sont toutes semblables. Où aucune n'est au-dessus d'une autre. Elle me suit jusque dans l'entrée et là mes parents, dans une brise, s'échappent. Comme si une trappe s'était dérobée sous ses pieds, mon père disparaît dans son bureau. Quant à ma mère, elle a soudainement une montagne de choses à faire. Une colline de sujets à éviter. C'est un drôle de mélange que la déception et la colère. Cela fait quatre mois que je n'ai pas vu mes parents et voilà comment se fête mon retour. Je remercie l'étiquette de Dorcas qui se manifeste en silence. Nous montons l'escalier qui craque. La première marche, la septième et la quinzième. Une chose que je n'ai pas oubliée. La porte de ma chambre grince affreusement. Personne ne l'a huilée, personne n'y est entré. Bonne ou mauvaise chose, je ne saurais dire. Tout est comme quand je suis parti. Le miroir sur lequel est accrochée une photo prise plusieurs années auparavant. Trois filles, trois uniformes verts. La photo est légèrement abimée, fixée par un vulgaire morceau de scotch. Il y a mon lit, les draps frais et les oreillers gonflés. J'aimerais faire, comme dans les films, passer mon doigt sur le bureau pour accrocher la poussière. Des milliers de molécules grises, symbole accusateur de mon absence. De mon vide et de cette chambre fantôme.

Je me mords la lèvre inférieure et le sang envahit tous mes sens. Je respire fort.

— C'est sympa chez toi, déclare Dorcas avec un enthousiasme forcée en se balançant d'un pied sur l'autre.

Chez moi ? Mais ce n'est pas chez moi. Regarde, Dorcas, où me retrouves-tu ? Où suis-je ? Dans ces rideaux tirés ou dans ce bureau inutilisé ? Je n'ai pas de maison, ma chérie. Juste un château comme toi. Le mien s'appelle Poudlard.

Je me retourne, bascule ma tête en arrière, les bras grands ouverts autour de moi. J'imagine le ciel blanc d'hiver et les nuages cotonneux. J'aimerais qu'il me recouvre, qu'il me fasse m'oublier. Pas aux yeux des autres mais aux miens. Qui suis-je ? Ce n'est pas grave. Rien n'a d'importance.

Je ne connais qu'une chose qui soit semblable au froid d'hiver. L'alcool.

— Tu veux découvrir le côté Moldu de la ville ?

Elle ne répond pas, parce qu'elle ne sait pas. On ne lui a pas appris à dire oui ou non, juste à suivre. Alors, ainsi soit-il, elle me suivra.

J'écrase du talon ma mauvaise conscience. Je ne suis pas meilleur que les autres. J'ai juste un peu plus peur, un peu plus froid au cœur.


La nuit vient vite, une respiration saccadée et le soir a enfilé son manteau. Comme nous. Je ne regarde pas ma mère, elle ne réagit pas. Je m'esquive. Dehors, la neige est épaisse. Nous courons à travers les rues pour débarquer devant un bar dont les néons projettent des ombres sur nos silhouettes de pauvres mortelles.

Sous les éclairages violents qui colorent les pavés de blanc, nous sommes des mirages. Personne ne sait, ne voit, n'entend. Sensation éphémère, douce lumière. Nous entrons. Une grande bouffée de sentiments me tire en arrière. Les pistes de danse, les verres offerts par de purs inconnus, la peur et l'enthousiasme. Je passe une main dans mes cheveux et découvre, dans un coin, une rouquine qui tire sur une légère robe en soie. Puis je me rappelle, la beauté. Le sublime que dégage un monde où tu n'as pas d'histoire. Un univers où tu n'es que regard, où l'on ne voit que ta silhouette, ton rouge qui s'agrippe au bord du verre et tes hanches qui se balancent. Je m'installe sur un tabouret comme s'il avait été fait pour moi. Dorcas, elle s'assoit au bord. Elle a peur de chuter de ce monde qui la happe. Doucement Dorcas, écoute. Apprends à entendre ces gémissements, ces larmoiements. Tous ces cris, ce sont âmes. Des lames. Elle me jette un coup d'œil incertain. Je commande à boire, un barman qui rayonne mélange des liqueurs. Littéralement, il brille. Comme le soleil, il a des dents blanches et des cheveux lumineux. Je ris, parce que ce drôle de garçon-soleil enfermé dans un bar, c'est risible. Je tends mon verre à Dorcas, elle n'y pose que deux doigts, c'est un peu poisseux et mon amie n'est pas vraiment poisson dans l'eau. Elle renverse la tête en arrière comme pour voir les étoiles avant de rendre son dernier souffle. Mais il y a le plafond, la boisson coule dans sa gorge, mais elle n'en meurt pas. Elle disparaît soudainement, sagement assise sur son trône branlant, son regard se fait plus vif, plus fumé. L'alcool moldu est plus fort que celui des sorciers. Enfin, elle daigne se retourner vers moi. Ce n'est pas un sourire sur ses lèvres, une corole de plaisirs.

— Qu'est-ce que c'est ?

D'un geste circulaire du poignet, elle désigne l'ensemble de la salle. De ce garçon dont les bras portent des hématomes à cette fille qui électrise la pièce dans sa jupe de cuir en passant par cette ombre de femme mûre. Sure d'elle qui sirote un verre avec, se dessinant sur son visage, une impression de juvénilité.

— Cela, Dorcas, ce sont des mirages.

— J'aurais plutôt dit des miracles, ils ont tous le même sang. Ils se ressemblent tous.

— Ce sont des miracles, à petite dose comme quand tu es avec Marlène : du bonheur par à-coup.

Elle fronce les sourcils et plonge dans son verre qu'elle vient de remplir. Elle cherche le visage de la jolie Gryffondor dans son Whisky. Je ricane.

— Ce n'est qu'une joie éphémère, Dorcas, arrête de fouiller le fond de ton verre. J'ai cessé de croire aux illusions de bonheur.

Parce que ces gens sont plus joyeux ici qu'ils ne le sont dehors. Les faux-semblants se fissurent. La demoiselle qui embrasse ce jeune homme à pleine bouche essuiera son mascara. Cet homme au rire gras, celui-là ne rentrera pas.

Il y a un moment où Dorcas fait l'amazone sur son tabouret, au moment où le nombre de verre m'a dépassé, elle se campe bien sur ses deux pieds, pour ne pas s'envoler.

Je la saisis par l'épaule à la façon de sa bonne vieille amie que je n'ai jamais arrêté d'être. Je ris, je l'entraîne, je joue. Parce qu'après tout…

— Il est temps de rentrer.

Ma voix dans son oreille, c'est un peu de feu liquide. Quand nous passons les portes en sens inverse, j'adresse un clin d'œil au garçon-soleil. Merci mon ami. Le pauvre, il n'a pas dû comprendre grand-chose.

Nous slalomons dans les vieilles rues, nous faisons silence à grands cris. Nous ne sommes que nous et j'ai l'impression d'avoir dans la poche, un petit bout de ce monde où nous ne sommes personne. Sans les actrices, les artifices. La lumière factice.


Voilà, c'est fini. Je vous promets un chapitre avant 3 mois, promis ! Laissez moi une review et encore désolé pour l'attente !

Merci beaucoup, bisous, à bientôt.

By Lges