Bonsoir tout le monde, voici le chapitre 15 de Black Candor. Encore désolé pour les délais qui sont relativement difficiles à tenir. Je m'en excuse et vous remercie d'avance pour la lecture. N'hésitez pas à laisser une review pour donner vos impressions.

Disclaimer : Rien à moi


Black Candor : Cold

Les jours se font longs. Le froid les étouffe, nous étouffe. Dorcas cesse de regarder derrière elle à chaque portion de trottoir. En définitive, non, le démon ne viendra pas nous chercher sur la banquette d'un vieux café moldu. C'est bientôt Noël. Les guirlandes et les publicités sur les devantures des magasins. Les couronnes sur la porte d'entrée et le Père Noël qui déambulent dans les rues en secouant une clochette. Je n'ai pas l'esprit de fêtes. Pas quand des monstres se faufilent dans ma tête. Parce que Dorcas n'est plus la seule à guetter. Je cherche le monstre aux yeux noirs, au cœur noir et au nom Noir. Regulus Black et la délectation de sa voix quand il murmure tout bas « Avada Kedavra ».

Je cherche Sirius partout comme le revers d'une médaille. Je ne le trouve pas.


« . On parle toujours du feu de l'enfer, mais personne ne l'a vu. L'enfer, c'est le froid ». George Bernaos.


La neige forme de gros tas au sol. Je la vois par la fenêtre, tout embuée et incertaine. C'est drôle, ça me fait penser à ma vision du monde. Au pied de mon lit, Dorcas, tente vainement de faire fonctionner mon Walkman. Du bout des doigts sans vraiment y toucher.

Le nez posé sur mon bureau, je lis la lettre qu'une chouette vient de m'apporter, un peu plus tôt dans la journée. Bonne fête, Grace, puisse la mort ne pas sonner à ta porte.

Grace.

Grace, Grace, Grace. Je ne sais pas combien de fois il faudrait que je prononce ton nom pour me faire entendre. Je devrais le murmurer, tu crois ? Le susurrer ? Non, sérieusement, je ne pense pas. Tu sais ce que je pense ? Tu veux le savoir, Grace. Je devrais hurler ton prénom, le cracher la bouche pleine de sang ou le murmurer, le corps couvert de bleu. Je ne pourrais faire que ça, n'est-ce pas ? Et, bien, non, détrompes toi. Je ne le pourrais pas.

Because i love you. Sirius.

PS : James organise une fête prochainement, si tu daignes nous faire l'honneur de ta présence, dis-le dans ta réponse. Te voici obligé de répondre, pauvre chérie.

Second PS : J'ai eu vent de la présence de Dorcas chez toi. Elle vient avec toi.

J'aimerais hurler. Crier et utiliser ma baguette pour brûler lettre par lettre, ce courrier. Je ne fais rien parce que ma main tremble. Ma main, mon cœur, je ne fais plus vraiment de différence.

Main glacée, cœur de pierre. C'est ce qu'ils semblent tous penser. Je sens les larmes mordantes sous mes paupières closes.

J'aimerais qu'un ange me surveille d'en haut. Qu'il me souffle dans une direction ou bien une autre, qu'il m'évite les dangers. J'aimerais qu'un saint referme ses ailes autour de moi. Juste afin que je puisse me sentir mieux, juste pour moi. Juste maintenant, j'ai mal.

J'aimerais que cet ange me prenne la main, m'apporte un parchemin. Qu'il m'aide à tracer de jolis déliés. Mais cet ange n'existe pas, alors je renverse la moitié de mon encrier.

Je commence par écrire son prénom. C'est tremblant et fantastiquement laid.

Sirius Black

Moi, il me faudrait un ange, vois-tu ? Ou un casque pour ne plus entendre ni tes appels au secours ni l'horreur de la guerre. Malheureusement, on n'a pas toujours ce qu'on veut. Tu vois, ma mère ne me parle plus parce que j'ai prononcé ton nom dans la voiture. Elle a peur de ton nom comme elle a peur de ton sang et de ton rang. Tu es un Black, un sang-Pur et tu ne pourras jamais renier cela. C'est une chose importante dans cette guerre, le courage. Moi, je n'ai pas le courage de détromper ma mère, de lui dire que tu es inoffensif. Parce que c'est moi qui ai peur de devenir dangereuse. Dorcas est figée dans la peur, elle s'englue dans la douce peur. Nous nous enfonçons dans la peur. Alors excuse-moi, mon chéri, de ne pas t'envoyer des lettres parfumées que j'aurais scellées avec un baiser.

Pardonne-moi.

Je viendrais à cette soirée. Je viendrais n'importe où, partout, nulle part.

Because i'm so sorry. (And i love you)

Grace.

Je plie le parchemin en quatre à la façon de ceux que nous faisons passer en cours. Cette idée me fait sourire, c'est léger. Je renvoie la chouette avec une caresse et elle s'envole en hululant. Je retire le walkman des mains de Dorcas qui sursaute et me dévisage avec terreur.

Dorcas est livide, Dorcas est fragile. Encore, encore, encore. Un walkman et tous les moldus du monde n'y changeront rien. Un verre d'alcool à la rigueur.

— Je croyais que…, elle déclare avant d'achever sa phrase avec un balayement de la main. Laisse tomber.

Si tu savais le nombre de choses que je laisse tomber. Que je laisse se fracasser contre les parois hermétiques de ma vie.

Je souris, parce qu'il faut sourire. C'est bientôt Noël.

— Nous sommes conviées à une fête chez les Potter. Allons chercher les cadeaux, au lieu de se morfondre ici.

Au lieu de s'enterrer, de s'enfoncer. Nous mourrons et fondons dans cette pièce. Nous nous dilatons sur le parquet et éclaboussons les murs.

— Okay, tu as raison ! J'étouffe. déclare Dorcas en se levant.

Je n'aurais pas dit mieux. Ou alors, je n'aurais rien dit. Parce que tout glisse le long de mes doigts, entre ma langue. Plus rien, ne bouge, plus rien ne se décide à vivre en moi.

Dorcas est sur le pas de ma porte, sa bouche tordue en un sourire malicieux. Ses cheveux noirs sont clairs et doux, doucement clairs. Elle a retrouvé des couleurs, elle revit.

— Tu viens ? elle me demande.

Pourtant, je sens encore les inflexions inquiètes qui coulent dans sa gorge.

— J'arrive, je réponds rapidement en lui emboîtant le pas.

Je suis tétanisé. Parce que quelque part dans le ciel, vole une chouette apportant une lettre à Sirius Black. Parce que l'amour et la guerre me font tourner la tête.

Encore plus que ses lèvres.


Dehors, la rue est verglacée, gelée. Elle a été dégagée, il y a de la neige sur le bas-côté. J'ai enfilé mon écharpe de Serpentard, devant le regard interdit de ma mère. Me déteste-t-elle ? Elle me déteste, elle me déteste en m'embrassant sur le front, me murmurant de faire attention. J'ai filé dans le bureau de mon paternel, que j'ai trouvé enfoui sous une pile de papiers, afin de lui dire que je sortais.

— Ma mère me déteste.

C'est ce que je dis à voix haute, fermement accrochée au bras de Dorcas dont les pans du manteau me fouettent les hanches. Elle inspire, expire. Son souffle forme une petite vapeur blanche qui disparaît aussitôt. Elle tourne sa tête, délicatement.

— Les mères ne peuvent pas détester leurs enfants.

Je m'oblige à fermer les lèvres. Je m'efforce de retenir les mots qui me viennent. Quelque chose comme : « Pourtant, ta mère à toi, Dorcas, elle te déteste. Ta mère, ta sœur et toute ta famille. »

Elle dépose un baiser amical sur ma joue engourdie et me murmure d'une voix frissonnante.

— Pour ton information, ma mère ne me déteste pas, elle me hait.

Je suspecte sérieusement Dorcas de légillimancie. Je suis persuadée qu'ils doivent s'entrainer à tout un tas de sorts et d'enchantements étranges avant même de savoir tenir une baguette, chez les Meadowes. Elle tord son nez et fait une brusque enjambé sur le côté.

— Attention, une plaque de verglas.

Je regarde la surface lisse et froide que nous venons d'esquiver. Je pourrais me voir dedans, m'arrêter et m'observer.

Pour voir la glace se craqueler et les monstres émerger à la surface. Je préfère passer mon chemin, dépasser mon reflet, faire trépasser les monstres.

Les magasins sont surpeuplés. Tout le monde se marche sur les pieds. Dorcas se fait bousculer par une vieille dame à l'allure recroquevillée. Elle est à deux doigts de sortir sa baguette, elle a la main sur sa baguette. Je lui attrape le poignet, je pourrais le lui tordre, lui faire mal pour l'empêcher de faire du mal à cette dame à la face ridée.

Dorcas dégage sa main et me lance un regard colérique et indigné. Pardon, ma pauvre petite, je t'ai empêché d'agresser une pauvre Moldu, je suis navrée. Elle soupire et me souffle quelques mots que j'interprète comme une excuse. J'aimerais que ce soit une excuse.

Nous finissons de faire la queue, nous extirpons du magasin. Dorcas prend une grande inspiration, tend ses bras sur le côté pour en faire des ailes. Elle ne s'envolera pas, elle est clouée au sol.

Au loin, une dame à la silhouette de papier se retourne, je vois ses deux grands yeux bleus. Je ne sais pas si elle me voit ou si elle sourit à la petite fille qui la rejoint en courant. J'aimerais être fière de moi, pouvoir être satisfaite de moi-même. Parce qu'il se trouve, qu'elle ne le sait pas mais je l'ai sauvée. Je l'ai sauvée de ma meilleure amie qui aurait pu la menacer avec une baguette, la tuer avec sa baguette.

En toute honnêteté, je ne sais pas qui j'ai sauvé dans cette histoire : cette femme Dorcas ou moi ?

Mais je ne peux pas sourire, tout comme Dorcas ne peut pas s'envoler.


Nous faisons le tour des magasins, autant Moldus que sorciers. Je ne sais pas comment mes pieds font encore pour me porter, j'ai les bras endoloris par les paquets remplis que nous trainons derrière nous. Je sens mon cœur battre dans ma poitrine, fort et douloureusement.

J'ai le nez rouge et mes lèvres sont couvertes de gel. Je me sens vivante.

Au loin, Dorcas court. Ses pieds glissent sur le sol givré. Un sac en papier kraft tape sur sa hanche. Je lève les yeux devant tant de normalité. Tant de joie tranquille qui se mélange à l'air froid dans mes poumons. Le ciel est blanc, imperméable à la noirceur du monde, au sang rougeâtre qui s'écoule dans les caniveaux.

Le retour est léger. C'est seulement quand nous arrivons devant le seuil de la maison que je me fige. Je ne veux pas rentrer, constater la tendresse et le mutisme de ma mère à qui je ne parle plus. Cette femme à qui je ne me confie plus. Elle a des horreurs à affronter, des blessures à panser, je ne veux pas lui rajouter quelqu'un pour qui s'inquiéter.

Je sens, à chaque fois, que ses yeux se posent sur moi qu'elle a peur. Se demandant si je me rebellerais contre ma famille, contre les Hommes dénudés de pouvoir magique pour assurer ma survie. Se demandant si je me battrais pour la fin de la peur, de la guerre, mourant au combat, ma baguette dans la main et mon regard encore rivé sur mon meurtrier.

Je sais, mes pieds collés à la terrasse en bois maculé de neige, que je vais devoir aller embrasser mon père. Son nombre de cheveux aura encore diminué, ses rides se feront plus nombreuses. Il me posera les questions de rigueurs. Tu vas bien ? C'était une promenade agréable ? Vous n'avez pas trop dépensé ? Mais il ne sera pas là, il sera égaré quelque part entre une série de 1 et de 0.

La seule chose qu'il peut comprendre. L'humanité contient malheureusement, un trop grand nombre de variables.

Parlons des choses que moi-même, je n'ai pas pu prendre en compte plus tôt. Sirius Black et son infini panel de chiffres. Trop de virgules, trop de 0 et de 1, sans compter les 2, les 3 et les 4.

La guerre qui est un hasard et aucun théorème ne pourra jamais démonter qui sera la prochaine victime.

L'amour et la haine qui sautent régulièrement des chiffres. Sans prévenir.

J'en reviens toujours à Sirius Black. Parce que Sirius Black est un 7.

Un nombre magique. Seul problème, le retour du bâton. Quand on casse un miroir, on nous attribue 7 années de malheurs, je ne pense pas que cela soit une coïncidence.

Je ne crois pas aux coïncidences. Je ne crois en rien.

Juste les dents blanches de ma mère qui me pétrifie, les bras croisés à hauteur de sa poitrine et son sourire dégoulinant de bienveillance, d'inquiétude et de ce petit quelque chose qui fait que chaque Homme est mortel. La peur.


J'avance, enlève mes bottes et essuie mes pieds. Ma mère m'embrasse sur la tempe et je l'enserre comme je peux. Je l'aime et pourtant, je voudrais ne pas être sa fille.

Quand je regarde ma famille. Cette étrange famille. Je voudrais être Cracmol.

Je pense à Salazar Serpentard, à cette Maison de Sangs-Purs et de Mangemorts. Je pense à Dorcas qui est assise à table, se servant un chocolat chaud dans une tasse où est inscrit « Love you mum ».

Cracmol.

Je ne sais pas si je veux rire ou pleurer. Cracmol, sérieusement. D'où me viennent ces drôles d'idées ?

Dorcas a une moustache brunâtre au-dessus de ses lèvres. Elle sourit à pleines dents avant de replonger corps et âmes dans la succulente boisson.

Cracmol. Je laisse échapper un léger rire et ma mère se recule, me dévisage. Ses sourcils forment un triangle. Mon fou rire augmente un peu plus même s'il retient plus du gloussement nerveux que d'autre chose.

Je secoue la tête puis gravit les marches menant à ma chambre. Une chouette est nichée dans le renfoncement de la fenêtre, tentant de s'abriter de la neige. Je la fais entrer et c'est une invitation pour le vent de décembre. Il me brûle aussi fort qu'un feu ardent.

Il fait remonter en moi, toute la douleur givrée qui repose comme une chouette dans mon estomac. La lettre tombe sur mon bureau comme la précédente. Un spasme m'agite.

Mon cœur ne veut plus des sentiments. Mon estomac, non plus.

Sirius Black. Je ne veux pas ouvrir. Mais il le faut alors je l'arrache comme un pansement. Son contenu, semblable à une vilaine plaie suturée. L'écriture est penchée, on dirait un vieux brouillon.

Je n'ai même pas envie de la lire. Alors je laisse mes yeux glisser vers la fin. Je ne capte que quelques mots. Il neige dehors, alors tu comprendras Sirius, que la radio grésille.

Le ton est cordial, presque froid. Je retrouve dans ces mots, le Sirius qui aurait pu devenir Serpentards. Un roi à l'instar de Regulus. « Ainsi soit-il, tu es généreusement conviée au Manoir Potter, le 24 décembre à partir de 18 heures ». Il signe « Sirius Black » et je comprends enfin qu'il est blessé.

Est-ce qu'il pense que je n'ai pas suffisamment confiance en lui pour dire à ma mère qu'il est un merveilleux et extraordinaire Gryffondor ? Est-ce qu'il pense que je ne l'aime pas suffisamment pour me battre pour la survie de notre couple ? Est-ce qu'il pense que je suis égoïste ? Que je ne pense qu'à moi, aux retombés de cette guerre peuplée de Bartemius Croupton, de Bellatrix et Regulus Black ?

C'est vrai. Je fixe cette lettre qui a des allures de dernières. Cette lettre ressemblant à celle que l'on trouverait froissé dans la main d'un cadavre.

Je suis égoïste, peureuse, froide. Je suis une Serpentard, bien plus que je n'ai voulu l'admettre jusqu'à maintenant.

Cette révélation me fige d'effroi et m'emporte dans une rage sans nom. C'est paradoxal.

Autour de moi, mon bureau décolle avant de frapper le plafond. Il retombe avec fracas. Les plumes, les lettres, les stylos.

Tout est répandu par terre. Au même niveau que mes rêves et mes espoirs.


Ma mère alertée par le bruit de ma colère se tient devant la porte.

— Que se passe-t-il Grace ? Il y a un problème ?

— Non, je réponds la voix cassante. Je ne serais pas là pour le réveillon. Dorcas non plus, nous sommes invités.

Cela n'implique aucune réponse pourtant ma mère fait preuve d'une certaine témérité, ou idiotie. Elle parle.

— Par Black ? Je t'interdis d'y aller.

Je n'aurais pas d'os dans mon corps que je me serais déjà affaissée. Malheureusement, j'ai assez de force pour me maintenir debout. Quand je réponds, je suis une poupée de chiffon.

— Nous allons chez Potter. J'irais là où il me semble bon d'aller. Je ne vois pas où est le problème, tu seras à Ste-Mangouste. Encore.

— Et ton père ?

— Peut-être profitera-t-il de l'absence de tout sorcier pour sortir, qu'en penses-tu ? Qu'il rejoigne les vivants ? Les Moldus dans un pub fichtrement Moldu ? je crie

— Il est très bien intégré dans cette maison avec sa femme et sa fille ! déclare ma mère en haussant le ton.

— Très bien accueilli ? Il passe ses journées dans son bureau pendant que tu astiques la vaisselle à coup de baguette ! Tu passes tes journées à Slalomer entre les vivants et les morts ! Les victimes d'une guerre dont tu n'oses même pas lui parler !

— C'est…, proteste, stupéfaite, ma mère.

— Tu tentes de le protéger comme tu essayes de me protéger ! Sans discussion, sans effusion !

— Ce n'est pas vrai ! Ton père est quelqu'un de particulier ! Il est délicat, fragile ! Il a besoin de calme ! crie-t-elle à son tour.

— Ce n'est pas un de tes patients ! Tu ne veux rien lui dire car tu penses que cela ne le concerne pas car ce n'est qu'un pauvre Moldu !

Je me suis emporté. Mon cri résonne encore dans la maison. Je prie brièvement pour que mon père ne m'ai pas entendu. Je respire calmement en imaginant le sang redescendre de mon visage rouge. Ma mère est au bord des larmes. Ses mains tremblent et elle ne trouve plus les mots. Je veux m'en aller. Cependant, partir comme ça, sans explication, serait malvenu.

— Maman, je reprends doucement. Il faut que tu arrêtes de vivre dans la peur. Il faut que tu fasses confiance à papa. Informe-le de la guerre qui se prépare. Ne sois pas égoïste. Prends ta soirée, le 24, pour l'accompagner dans un bar Moldu. Tu le dis fragile, alors épaule-le.

Les phrases qui jaillissent de ma bouche me donnent la nausée. Ces conseils sont bien présomptueux. Je ne suis pas capable d'affronter la guerre. Je ne sais pas comment aider Sirius. Comment m'aider moi-même. Pourtant, j'hurle après ma mère et lui apporte des conseils conjugaux. Je me donne envie de vomir.

Une cage m'enserre les épaules. Ma mère referme ses bras gracieux sur mon corps incertain. Ce n'est pas une prison, c'est un bouclier. Le froid laisse place à la chaleur. Je sens des baisers fleurir sur mes joues. Ils grandissent grâce au soleil de mon cœur, arrosés par les larmes de ma mère.

Elle appuie ses lèvres contre mon oreille. La déclaration à venir me chatouille l'esprit.

— J'ai démissionné. Ce matin. J'ai pris un poste à la pharmacie du coin.

Explose les regrets. La déflagration me projette en arrière. Je me rends compte que je l'ai mal jugée. Je me jette, toujours abasourdie, dans ses bras. Je ne veux pas laisser le silence et l'incompréhension reprendre le dessus.

— Je suis désolé pour ce que je t'ai dit. Je t'aime.

— Je t'aime.

Elle prend mon menton entre son pouce et son index. Son regard si grave planté dans le mien.

— Et, ne regrette jamais rien.

Je décide que ce soir, nous mangerons tous ensemble. Après être descendu, enlacé à ma mère, Dorcas et moi installons le couvert. Ma mère part déloger mon père de son antre et ils s'assoient sur un bout de table, partageant ses dernières découvertes en mathématiques et le menu de ce soir.

Dorcas me sourit malicieusement. Je parie qu'elle a tout entendu. Je suis certaine que tout le monde a entendu cette conversation houleuse.

Mon père me sourit et passe ses doigts de papiers et d'encres dans mes cheveux. Il m'aime, il nous aime. Je perçois dans l'air une odeur de renouveau.


L'air est froid. Il peut blesser avec autant d'ardeurs que les lettres sur le parchemin de Sirius ou les chiffres sur les carnets de mon père. Pourtant, il peut s'embraser, imploser. Je sais ça. Rien ne définit qui nous sommes. Froid, chaud. Ce n'est que de l'air.

Invisible et intouchable.


Merci beaucoup d'avoir lu et de votre patience. N'oubliez pas qu'un commentaire est toujours une source de motivation et de plaisir. Qu'avez vous pensé de ce chapitre ?

Bonne soirée.

By Lges