Bonjour ! J'espère que vous vous portez toujours aussi bien depuis la publication du dernier chapitre. Voici le nouveau, je suis fière de dire qu'il est le plus long que j'ai produit jusqu'ici avec plus de 4000 mots, wahoouu ! Je remercie également les gens qui continuent à reviewver et surtout à lire ! Grâce à vous, j'ai le sourire pour la journée. Maintenant, il suffit de mon blablatage, bonne lecture à vous.
Sacrifice
Tout allait s'arranger désormais. Voilà ce dont j'essaye de me persuader depuis que j'ai quitté King Cross. Mon regard alterne entre Sirius qui s'esclaffe en compagnie des autres Maraudeurs, et de Meredith qui, mi-figue mi-raisin, ne sait pas comment se comporter en notre présence, à Dorcas et à moi.
Cependant, je sens que quelque chose est en train de se passer. Il plane une certaine lourdeur dans la Grande Salle, comme si on avait enfoncé Poudlard dans un nid de cotons ouaté. Je suis moi-même sourde à la détresse qui ronge les tapisseries aux couleurs des quatre fondateurs. La guerre est pire que les mites, assurément.
Et pourtant, partout je l'entends. Le regard de Dumbledore est plus sombre. L'orage dehors est plus bruyant, il étouffe les murmures dans les couloirs, ceux qui répandent mauvaises nouvelles et autres mouvements de terreurs.
Nous avons un pied dans l'horreur, un pied dans l'enfer. Je ne peux m'empêcher de dévisager avec insistance Meredith. Elle-même jette des coups d'œil appuyés sur Croupton et au final, j'ai ce soupçon de fureur qui grandit entre mes omoplates.
J'ai peur d'ouvrir la bouche en grand, que la colère se déverse comme un torrent. Alors à la place, je pince les lèvres et je siffle à la manière des serpents.
Seulement, arrivera un jour, où il me faudra fermer les yeux car la lueur de rébellion qui s'y cache, brillera beaucoup trop fort dans la lumière verdâtre de nos dortoirs.
Ce sera trop fluoresçant pour tous ses insectes qui rampent jusque dans leurs trous.
« Ce n'est pas la révolte en elle-même qui est noble, mais ce qu'elle exige. » Albert Camus.
C'est bizarre, presque dérangeant, ce besoin qu'ont les professeurs de nous parler des ASPICS alors qu'une guerre se prépare et que tout le monde en est conscient.
Il ne peut pas y avoir plus consciente que McGonagall, de ce qui se prépare, et pourtant.
— […] Indispensables ! Si vous voulez avoir une place épanouissante dans la société magique. C'est…
Je ne suis plus le cours, ne fais plus partie de ces rangs d'élèves qui, penchés sur leurs pupitres se tâchent consciencieusement les doigts. Le journal est déplié devant moi et je suis captivé par la Une.
Lily, mon binôme pour ce cours, claque des doigts. Abasourdie, je la regarde. Comment peut-elle rester si stoïque face aux monstres qui commettent des meurtres aux noms d'un homme qui veut sa peau.
Et la mienne, dit en passant. Je lui explique ma théorie.
— Ce n'est pas un homme, Grace. Ou du moins, rajoute-t-elle avec un sourire d'excuse, ce ne l'est plus.
J'hoche les épaules et prends quelques notes au passage de ce que raconte la vieille femme. Le discours est clos et je suis fatigué de devoir prendre position avec tout le monde pour toute chose. Je préfère la lancer sur un sujet qui saura très bien nous distraire.
— Et alors, James ?
C'est merveilleux comment en trois mots sous-entendus, je peux emmener la préfète-en-chef dans une tirade sur combien ce Gryffondor est un paradoxe ambulant.
J'ai vraiment du mal à comprendre l'amour. Enfin, pas réellement l'amour, non. Plutôt cette balance qui fait que certaines personnes sont plus aimées que d'autres. Meredith occupe une place au rang le plus proche de la porte, elle joue avec sa plume.
De dos, on dirait une fille normale. Une fille chic, avec des oiseaux dans la tête. De dos, on dirait une élève facilement distraite. Pourquoi pas une amoureuse ?
Elle n'est pas tout ça, elle est beaucoup plus que ça. Elle est la catin de Croupton et, même si j'ai honte de dire ça, je connais déjà l'issue de cette histoire. Un instant, je me demande si c'est l'intensité de mon regard qui l'a fait se retourner.
Tranquillement, elle m'adresse un signe de la main. Elle me sourit, c'est paisible ces lèvres rouge cerise.
Gênée, je me détourne et embrasse la salle entière de mes yeux. Le temps est long, je me demande pourquoi tout va moins vite, maintenant que les choses sont engagées.
Que je suis engagée. Ma propre pensée me retourne l'estomac.
Enfin, je me rends compte que Lily s'est tu. Dans ce cas, d'où proviennent les babillages incessants qui parasitent mon esprit.
La réponse est instantanée. De ma peur, de ma langueur. Tout mon corps fourmille.
./
Le cours est terminé. Chacun regagne son « clan », sa place. Lily marche en sautillant afin de rejoindre Marlène, McDonald les rejoint. Je m'éclipse, je ne veux pas gêner, déranger.
La rousse intercepte mon regard, je lui rends un sourire ironique. Allez princesse, je sais ce que tu penses ! Tu dois te dire que je regagne mon antre, mon nid de vipères !
Le chemin pour regagner les cachots est tendu. Entre les billets d'inscription pour les cours de défense et l'attitude de Meredith, elle marche droit devant, rapidement, j'ai hâte que nous arrivions. Cependant, mauvaise surprise. Croupton surgit d'un angle si rapidement que je me questionne sur le hasard de cette rencontre.
Il s'arrête brusquement, je manque de rentrer dans Dorcas. Malheureusement, je suis sûre que ce n'est pas une raison suffisante pour l'éviscérer.
— Il faut qu'on parle, dit-il à Meredith.
Par Merlin, je sens le vent tourner. Je me dresse en avant et je sais d'avance, que c'est une stupide habitude. On dirait une Gryffondor, toujours prête à se jeter sur l'ennemi, je meurs littéralement d'en découdre avec ce pauvre cafard.
Au nom de tous ceux que les siens ont fait souffrir. Aux noms de tous ceux que la guerre va mettre à genoux.
Donc, pour l'avenir qui s'annonce bien gris, je pourrais lui mettre mon poing dans la figure.
A la place, je me jette sur son bras maigrichon comme la mort et je me débats avec sa manche beaucoup trop serrée autour de son poignet.
Résultat, il m'agrippe les cheveux. Meredith et Dorcas se mettent à hurler de concert. La conséquence ? Je déchire sa manche.
Le monde s'arrête de tourner. Il me lâche. Etrangement, il n'y a qu'une personne qui continue de crier. Meredith.
Si Dorcas se précipite vers moi et m'aide à me relever, ma seconde amie n'en fait pas autant. Elle ressemble à un tableau d'Edvard Munch. Meredith ouvre grand la bouche, ses mains crispées sur son visage émacié.
Dans le reflet de ses yeux, je pourrais voir ce cauchemar. Le cauchemar.
La Marque des Ténèbres.
Et soudain, sa voix s'éteint et le silence m'abasourdit. Elle s'avance jusqu'à moi, et j'ouvre mes bras afin de l'y encercler, de la protéger.
Pas une seconde je ne pense à me protéger moi-même. La claque qu'elle me met retentit dans le couloir vide. Ma joue me brûle et hébétée, je ne bouge pas, je la regarde partir dissimulant le symbole avec son propre bras.
— Par Morgane toute puissante. commente Dorcas
Dans un moment de lucidité, je me dis que même les grandes puissances de ce monde ne pourront nous venir en aide. Nous nageons dans la folie simple et pure, on se prélasse dedans, et j'ai comme l'impression qu'on ne touche pas encore le fond. Ça, je ne me fais pas de soucis, ça va venir.
Mon amie, la restante, me raccompagne silencieuse. Elle marche tout doucement, juste à côté mais en évitant de m'effleurer. A-t-elle peur que je me brise ? Je me demande si la marque est encore visible sur ma joue.
Je m'arrête devant une armure de travers et je me regarde dans le reflet d'acier. Tout est déformé, la trace rouge qui s'étale sur mon visage, mes lèvres roses qui s'entrouvrent dans une grimace. En arrière-plan, le corps longiligne de Dorcas ne cesse de grandir.
Je remarque alors, la foule qui ne cesse d'augmenter et je me rappelle. Les cours. L'idée d'aller m'assoupir sur mon pupitre me paraît soudain des plus stupides. Je sais ce que je vais faire. Je sais exactement où aller.
— Prends des notes pour moi, je reviens.
— Où vas…
Je n'attends pas la fin de sa phrase. Je compte bien demander vengeance et cette dernière, elle n'attend personne. Devant la porte de la salle commune, je feule à peine le mot de passe.
Je ne reviendrais pas en arrière.
Ils sont là, j'entends leurs voix étouffées de loin, ce n'est pas des rires ni des mots doux mais cette vague de chuchotements déferlent sur moi. Elle attise ma colère, j'entends mon cœur crépiter dans ma poitrine, j'entends mon sang se carboniser dans mes veines.
Je profite de l'instant, celui qui semble durer une éternité, l'instant où je marche droit devant afin d'atteindre ma cible et où ils ne me voient pas, pour graver dans ma mémoire l'ambiance aux alentours.
J'ai toujours préféré la salle commune de Serpentards, le halo vert qui crée des reflets sur les murs en pierre. Les sirènes qui ondulent contre la vitre, leurs queues irisées produisant une douce berceuse en clapotant contre la vitre. Les bibliothèques en chênes massifs et le vitrail en forme de serpent au-dessus de la cheminée. Cette dernière vibre d'un feu glacial, émeraude. Tout est parfaitement esthétique et frissonnant, si délicatement conservé à la façon des pages en papier glacés des magazines moldus.
Une fraction de seconde, je me plais à imaginer un brin de décennies plus tard, d'autres élèves fouler le sol de cette pièce et s'imprégner de cette beauté sculpturale, là où Gryffondor est imposant et voyeur.
Le bruit de mes pas est absorbés par le tapis persan, j'ai l'impression de flotter sur un nuage, de m'élever au-dessus des braises. Je me sens plus légère en ce jour que depuis bien longtemps, comme si cette gifle m'avait libéré de ce quelque chose qui me ternissait la vue.
Alors que, théâtralement, je me racle la gorge, je comprends enfin que j'ai acquis l'ambition qui caractérise chaque membre de la maison de Salazar Serpentard. L'ambition d'appartenir à quelque chose de plus grand que soi-même. J'ai l'ambition, désormais, de cracher la vérité avec autant de venin qu'un Basilic.
J'ai tant d'ambition en moi que celle de détruire Bartemius Croupton et son engeance de monstres me paraît presque superflu. Je me promets que c'est, négligemment, que je lancerais le sort qui abattra chaque Mangemort sur ma route.
Je suis la première à dégainer ma baguette.
J'aimerais être encore au stade où je voudrais de toutes mes forces croire au premier mensonge qu'elle aura à me proposer. Je voudrais toujours être cette amie pour qui toute chose est excusable.
Alors que le sortilège fusant de ma baguette semble m'arracher une partie de moi-même, je prie pour que ce ne soit pas la place qu'elle occupait dans mon cœur.
Une fois que tout sera fini, je m'astreindrais à chérir chaque souvenir que j'ai de la Meredith que j'ai aimée à la façon d'une sœur pendant sept années.
Cependant, il y a plusieurs facteurs que je ne prends pas en compte. Qu'elle se jette devant son Mangemort dans une maigre tentative de le protéger. Qu'elle tombe à terre en hurlant.
Je sens ma baguette vibrer dans ma main, je songe à la laisser choir au sol en compagnie de la table branlante que mon ancienne amie à fait tomber avec elle.
Je ne peux pas détacher mon regard de mes pieds et pourtant je capte un mouvement. Instinctivement, je relève les yeux et le spectacle qui s'offre à moi me brûle la rétine.
Je préfèrerais devenir aveugle que de voir ceci.
Croupton maintient Meredith par l'épaule, il se cache juste derrière, collée à son corps. L'image me révulse. Puis soudain, plusieurs détails me sautent à la figure.
Tels des lions, ils me labourent le visage de leurs griffes acérées, ils tentent de me crever les yeux, font des nœuds avec mon estomac. D'un seul coup, la bénédiction pleine d'assurance que je m'étais offerte s'évapore.
Parce que je remarque que Meredith n'a plus rien d'une reine, son prestige s'est coagulé comme le sang sur sa jambe. Parce que je remarque la baguette qui caresse sa jugulaire, les doigts de ce tricheur qui effleure la peau délicate, si blanche.
De la même couleur que sa paume. Tellement lumineuse que ma joue en garde encore des traces.
D'un coup de poignet sur ses hanches, il la fait avancer. C'est une bien drôle de danse, un tango malhabile, une valse qu'ils ne maitrisent pas tout à fait. Pour des bourgeois, c'est étonnant. Meredith ne doit pas avoir l'habitude de danser avec des fils qui font bouger ses pieds, sa tête et ses mains.
Elle ne doit pas avoir l'habitude de camper le rôle du bouclier humain.
Et moi, je reste là. Et moi, je ne me soucie plus de rien. Je pourrais me mettre à pleurer, comme quand enfant tu t'écorches le genou. Mes larmes ruissèleraient sur mes joues, détrempant mon visage, ruinant mon maquillage.
Meredith, je t'aimais la première fois que je t'ai vu, je t'aimerais la dernière.
Je pourrais pleurer. Laisser mes dents s'entrechoquer, gémir, supplier. Je pourrais me jeter à ses pieds et demander ta vie en échange de la mienne. Pourtant, tu sais bien que ce n'est pas possible, n'est-ce pas ?
J'ai fait un choix, tu en as fait un autre. A présent, nous en payons le prix toutes les deux. Tu m'adresses ce que j'interprète comme un petit signe de tête, symbole de ton accord à ce que je fasse ce que je dois faire.
Je n'ai jamais excellé dans les sortilèges informulés. Apparemment, pour réussir, il faudrait visualiser dans son esprit le sort, la cible, et les conséquences. Il est partit tout seul, il a jaillit de ma baguette à la vitesse où tu t'es éloigné de moi.
Très vite et terriblement lentement à la fois.
Il touche Croupton à la poitrine et ce dernier s'écroule dans un cri qui ferait presque se relever les commissures de mes lèvres en un sourire sadique. Presque car la situation ne s'y prête vraiment pas. Le Serpentard riposte rapidement. Il doit au moins avoir quelques bases en magie noire car le sortilège qu'il me lance paraît tout sauf inoffensif.
Derrière moi, une tapisserie prend feu.
Toutes les couleurs fusent autour de nous, répandant destruction et une douçâtre odeur de brûlé. J'essaye de me contenir contrairement au Mangemort, je ne sais pas pourquoi. Ou du moins, je ne le sais que trop bien.
Parce que Meredith nous regarde, les jambes tremblantes, pliée vers l'avant comme un oiseau prêt à s'envoler. Ou comme quelqu'un qui se prépare à vomir. Parce que je sais ce que je suis et ce que je ne suis pas. Aucun combat contre Croupton et aucune altercation avec Regulus Black ne feront changer ma nature.
Je ne suis pas une meurtrière. Pas encore, du moins. Un jour, peut-être, quand la guerre aura imbibé mes chaussures comme le fait la pluie. Un soir quand tout ce que je pourrais inhaler sera la mort et l'odeur rance du sang sur mes mains, en cet instant, je serais une guerrière.
Mais pas aujourd'hui. Encore moins demain. J'ai trop de respect pour Poudlard qui m'a vu grandir pendant sept ans.
Quand on est dans une situation où sa vie est en danger, on se demande quelle sera l'issue du combat. Je tente de repousser cette question loin de moi, blottie au fond de mon esprit. Puis je vois le lustre qui tangue entre nous, paresseusement, et je tire.
Il s'écroule alors que Croupton projette dans ma direction une gerbe d'étincelles noires qui se répercutent sur les cristaux verts avant de finir s'écraser contre une bibliothèque garnie avec fracas.
Comme une machine rouillée, Meredith fait quelques mouvements désordonnés avant de prendre la fuite. Ses pieds glissent sur le sol sans même le toucher. Rapidement, je lui emboîte le pas. Je sais que si je me retourne, je verrais Croupton, à genoux et blessé, tentant de récupérer sa baguette.
Je préfère m'enfuir avant. Je préfèrerai ne jamais le revoir, malheureusement, je le reverrais baguette au poing. En sortant, quand mes yeux retrouvent enfin autre chose que la clarté nauséabonde de ma Salle Commune, je me dis que beaucoup trop de gens – de futurs Mangemorts, notamment – veulent ma peau.
J'ai comme l'impression que mon dernier sacrifice sera le don de ma propre vie. Cette pensée m'empêche d'avancer. Brusquement, je percute quelqu'un.
— Tout va bien, miss Rosenbach ?
La voix et douce, bien que maitrisée. Légèrement sceptique aussi, comme si la personne savait d'avance le mensonge que j'allais dire.
— Bien sûr madame.
Je relève la tête et mes yeux se posent sur la joue déchiquetée de ma professeur de Défense. Cette dernière me fixe, me détaillant, et j'en profite pour repasser en revue mon apparence.
Une large tache de sang colore mon uniforme au niveau de l'épaule. Machinalement, je le lisse, maigre tentative afin de paraître moins coupable.
Coupable ? Les mots ont dépassé ma pensée. Je ne suis coupable de rien. Ce n'est pas moi, la Mangemort. Je regarde encore une fois cette femme. Pas dans les yeux parce que j'ai peur de ce que je pourrais voir à l'intérieur. Non, j'observe ses cheveux, si fous et collants de neige. Ils sont bruns désordonnés et piqués de flocons d'innocences.
Heureusement qu'il y a les flocons et la beauté. Je sors d'un terrier, du sang, et de la poigne infernale que Croupton a sur le monde qui l'entoure.
Je ne me suis même pas rendu compte qu'il neigeait.
— Grace, reprend Hepburn, en inclinant la tête sur le côté, faisant ressortir ses crevasses.
— Pardon, vous disiez ?
J'avoue, je n'ai pas écouté, ma blessure me lance. A chaque fois que je ferme les paupières, j'ai peur de ne pas être capable de les rouvrir.
— Les cours de défenses avancés ? Tu saisis ? J'ai vu que tu t'étais inscrite. C'est une bonne initiative de ta part.
Suis-je paranoïaque ou louche-t-elle sur mon épaule en disant ses mots ? J'éclate de rire, c'est diablement faux, mais elle ne le remarque pas.
Meredith l'aurait remarqué, mais elle doit être terrée dans quelques coins de ce maudit château, à attendre de ce réveiller d'un cauchemar ou sa meilleure amie et son petit-copain Mangemort se battent en duel.
Cela doit lui rester sur l'estomac, tant de malheurs qui s'accrochent à sa peau de poupée. Une voix pernicieuse me souffle un « je te l'avais dit » mal placé, cependant, je suis trop fidèle aux miens pour me rabaisser à ça.
Ne me reste plus qu'à esquiver cette étrange femme qui me détaille de ces yeux pointus. Sans aucun doute qu'elle aurait fini à Serpentard, si elle n'avait pas passé des années à survivre.
Ou peut-être qu'à l'inverse, c'est cet évènement, celui qui lui a grossièrement dévoré son enfance, qui fait d'elle la parfaite petite Serpentard.
Déjà, elle songe à partir en direction des cachots. Je ne sais pas si les professeurs peuvent rentrer comme bon leur semble dans les Salles Communes mais en tout cas, je sais d'avance ce qu'elle y trouvera. Un feu brûlant dans la cheminée, des coussins parfaitement alignés et Croupon assis, lisant un livre, afin qu'on ne le voie pas boiter. Ce n'est que quand elle partira, qu'il s'intéressera à cette tâche de sang sur le fauteuil émeraude ou sur ce chandelier brisé auquel Jane Hepburn n'aura même pas fait attention. Je suppose que les Serpentards devront faire le deuil d'un peu de lumière supplémentaire.
Etonnement, elle ne s'attarde pas davantage comme je l'escomptais et elle tourne les talons en direction de ce que je suppose être son bureau. J'en profite pour, haletante, rejoindre la tour des Gryffondors. Dans le tumulte, personne ne fait attention à moi. Même la Grosse dame, ivre, ne relève qu'un léger « tu es sublime chérie, il faut que tu en sois consciente » avant de m'ouvrir le passage.
Tout est festif. Une bande de jeunes joue aux échecs avec fougue, comme si leurs vies en dépendaient. Je trouve les Maraudeurs et Lily assis en rond à même le sol, je distingue brièvement le sommet d'une tour de cartes. Un pincement au cœur me saisit : je m'en veux réellement de les interrompre.
Je déleste de ma besace, mon manuel de Métamorphose et rejoins le groupe de joyeux lurons avec enthousiasme. Gaiement, je m'installe à leurs côtés. C'est avec une grande précision que je masque ma plaie sanglante avec mon bouquin.
— Salut ! je déclare
— Que fais-tu là ?
— Je n'ai plus le droit de venir m'amuser avec vous maintenant ?
Je ponctue ma phrase d'un rire qui sonne affreusement niais et, distraitement comme le ferait toute fille amoureuse, je parcoure du bout des doigts le visage de Sirius. Sa peau est fraîche sous mes ongles. Je caresse sa joue, acte de bonne foi censé me délester du sang sur ma peau et de la douleur qui me retourne l'estomac.
— Qu'est-ce que tu lis, Grace ? demande Remus, en se penchant vers mon manuel
Je jette un coup d'œil à la page en question. « La métamorphose humaine : Dangereuse Polémique ? ». Il semble intéressé et tente de me le prendre des mains, je le retiens par la couverture.
— Non Remus, je murmure en serrant les dents…j'ai besoin…de ce…livre.
Soudain, la couverture usée par des années de maltraitance et d'apprentissage se déchire dans un craquement sonore. Elle me reste dans les mains, tandis que les pages encore collés les unes aux autres tombent à terre comme un seul bloc.
Instinctivement, je pense que tous les regards convergent vers moi. Mes propres yeux ne peuvent que tomber sur le sang qui humidifie ma chemise, ils le verront, c'est sûr. La tête me tourne, rien qu'à l'idée de devoir donner des explications et rendre des comptes à chacun.
Devant moi, la tour de cartes vacille.
— A mon tour ! s'écrit Lily, d'une voix forte et audible pour tous les élèves occupant la Salle Commune.
— A moi ! poursuit James, en plaçant une dame de cœur au sommet de la dangereuse construction.
C'est le tour de Sirius, il me détaille. Son regard semble chercher quelque chose en moi. Enfin, il porte mes doigts à ses yeux. Il regarde avec attention les traces de sang qui orne mes jointures, mes ongles, et qui incruste ma peau à l'image du rouge Gryffondor.
Il s'incline vers moi, si près de mes oreilles, que les mots qui me parviennent atteignent directement mon cerveau embrumé.
— Nous sommes là.
Il éclate d'un rire sonore si semblable à un jappement et qui fait fuir plusieurs premières années à la recherche de calme. Je ne peux que leur souhaiter du courage dans leur quête.
Le calme, je l'ai sacrifié au profit du bruit qui m'empêche de réfléchir.
./
Il est tard, nous occupons une salle de classe abandonnée. Dans un vieux chaudron, Lily prépare une mixture qui me soulève le cœur. Une aiguille transperce ma peau et je mords ma langue afin de m'empêcher de gémir. D'un côté comme de l'autre, le sang coule.
— Ne fais pas ton enfant, me sermonne Dorcas en refermant les bords de ma blessure.
— Quelqu'un a retrouvé Meredith ? je demande.
Personne ne relève ma question qui tombe dans l'oubli. Les sourcils de Lily se froncent au-dessus des vapeurs de sa potion énergisante. Qu'est-ce qu'elle peut bien se dire ? Que Meredith n'en vaut pas la peine ? Ce n'est pas elle qui m'a tiré dessus que je sache ? J'attends une intervention de la part de Dorcas qui ne vient pas.
Frustrée, je me lève. Le fil pend lamentablement de mon épaule.
Je sors et au loin, elles crient mon prénom.
Je n'ai pas fait deux pas qu'elle est là. Attendant qu'on la retrouve alors que nous ne nous donnons même pas la peine de la chercher. Dans l'ombre, je devine qu'elle me fait dos. Dans l'obscurité, ses jambes et ses bras semblent empruntés à une figurine de papier sans consistance. Dans le noir, ses cheveux ressemblent à mille serpents qui lui sifflent sagement mille secrets que je suis indigne de comprendre.
— Nous sommes fiancés.
Elle aurait pu me dire « c'est la fin du monde ». Elle aurait pu me déclarer n'importe quoi, j'aurais pu faire l'impasse sur la vérité qui, à présent, se glisse insidieusement dans mon esprit.
C'est étonnant : chaque chose, chaque fait que vous avez surpris par erreur, vous pouvez tenter de l'oublier. Vous n'y arriverez jamais.
Je me dis que c'est arriver à un point culminant, que de préférer le mensonge à la vérité. Incapable de lui dire que tout ira bien pour elle, désormais, que le plus dur est passé. Devant moi, sa silhouette se dessine à la façon des actrices, femmes fatales nuancées de noirs et de blanc. Sacrifiée. Sacrifiée pour un amour d'adolescente naïve qui n'aurait dû la conduire qu'à un cœur brisé. J'en aurais ramassé les morceaux, de cet amour encore chaud. Sacrifiée, fiancée, un avenir s'ouvre à elle, porteur de sombres promesses. Sacrifiée pour une guerre auquel elle ne participe même pas.
Meredith mériterait l'autel de la paix, or, je ne suis pas certaine qu'on soit capable de le lui donner.
Fin. Qu'avez vous pensé de ce chapitre et de la révélation de Meredith ? Croyez-vous que la jeune fille pourra réintégrer le camp des "gentils" ? Quels sont vos prévisions pour les prochains chapitres ? En tout cas, laissez-moi un retour, n'hésitez pas car cela me fait très plaisir.
Merci à vous, je vous aime.
Lges
