Bonjour ! Je suis vraiment irrécupérable concernant les délais de publication de cette fiction. Je ne peux que m'excuser, sincèrement. Enfin, bref, l'essentiel est que cette fiction s'achève et, je vous jure que je n'abandonne pas ! Pour finir, je vous souhaite une bonne et agréable fête des mères et une bonne lecture !

N'hésitez pas à reviewvez, positif, négatif, cela fait toujours plaisir.


Knowledge

Certaines personnes, aux têtes bien pleines de bonnes paroles, pensent que la connaissance apporte automatiquement la paix. Un véritable crédo de Serdaigle, me direz-vous. C'est faux, avoir conscience de certaines choses éclaire votre perception du monde, il ne la rend pas meilleur. Les Mangemorts ne sont pas des ignares et pourtant, ils sèment la destruction où qu'ils aillent. Ils savent où toucher : le cœur plutôt que la tête.

Croupton est à Serdaigle, avec sa lueur d'intelligence malsaine. Croupton m'observe de loin en loin. Savoir qu'il a une tête de mort tatouée sur son avant-bras ne m'aide pas à dormir. Savoir qu'il sait que je sais, n'apporte pas la paix. Le journal fait le compte des cadavres en noir sur blanc et la première page ne fait l'éloge d'aucun acte de paix. C'est étonnant.

Cela me fait penser que notre monde est corrompu. Irrécupérable. La connaissance apporte la création, c'est joli, c'est plaisant. Les bombes nucléaires, adorables, les fusils, formidables.

Nos cours de défenses avancés ? Nécessaire.

Nous allons apprendre à nous protéger du monde qui nous entoure. Nous allons avoir connaissance des sorts qui décident de la vie, de la mort. Oh, ils disent ne pas vouloir faire de nous des soldats, juste des gens informés. Bien sûr qu'on ne met pas une baguette entre les mains d'une fillette, on lui donne juste la connaissance suffisante pour tuer.

Il me reste une question, à éradiquer vite fait, bien fait. Cette gamine, qui lui apprendra à s'arrêter ?


« Le vrai danger de la connaissance est de rendre l'esprit plus grand que sa cage... ». Charles Marsan.


L'excitation se répand dans l'air comme de la poudre. Nous sommes une cinquantaine, réunis devant une grande salle près du bureau d'Hepburn. Cette dernière se fait désirer, par ailleurs. Elle serait bien du genre à nous observer, dissimulée derrière une colonne, évaluant nos aptitudes à la patience.

L'appréhension ronronne dans mon estomac, petit chaton bien paisible. Aussi paisible que ma main qui s'emboite parfaitement dans celle de Sirius. Je dois lever la tête pour l'observer. Ses cheveux en bataille forment une ombre sur son visage qui lui donne un air de personnage tragique. Je préfère le regarder en coin, quand il est encore plongé corps et âme dans son ignorance. Parce qu'il est toujours plus beau quand il est naïf, à rêver de ce qu'il apprendra quand il aura dépassé le pas de la porte.

Un instant, il semble me remarquer. Il est tout étonné, où était-il donc parti ? Il me prend dans ses bras, le monde coule comme de la pluie autour de nous. Nous ne sommes plus que les derniers piliers de ce monde. Sa bouche, comme un parapluie face à la tempête de misère qui s'abat sur nous. Sa bouche et ses lèvres pleines qui se posent sur les miennes. Sa bouche et sa mâchoire dont les lignes dures deviennent floues tandis qu'il se penche contre moi.

Tout doucement. Tout doucement, parce qu'on en a encore le temps et que même si on en avait plus, de temps, ce serait notre ultime rébellion que de le prendre.

Puis, dans mon champ de vision, entre Hepburn. Sa cicatrice déchire l'instant présent, me ramène à un passé que je n'ai jamais connu, le sien. Sirius se tend, à l'aguet, avide de tout ce qu'il pourra retirer.

Cette femme l'intrigue. C'est comme si les secrets du monde s'étaient logés derrière ses lèvres rouges sanguines. Elle nous fait rentrer, à peine la porte ouverte. Le bruit des pas remplit l'espace, tous sont mélangés. Pouffsoufles, Serdaigles, Gryffondor. Je remarque que Dorcas et moi sommes les deux seules Serpentards assistant au cours pratique. Les autres n'ont sans doute pas besoin d'apprendre à se défendre.

Ma cravate se resserre tendrement autour de ma gorge, cobra qui veut étouffer sa proie.

— Bienvenue ! commence Hepburn en nous adressant un de ses sourires pleins d'énergies qui feraient presque s'effacer les balafres sur son visage. Nous sommes ici, tous réunis, afin d'apprendre quelques méthodes de défenses et d'attaques que je…

— Contre quoi ? crie une voix que je ne parviens pas à identifier.

Jane Hepburn perd toute sa superbe en un instant. Ses traits se tirent, se distendent et elle hésite entre plusieurs réponses. Son inquiétude transpire de ses yeux, elle se mord la lèvre quand finalement une bonne âme vient la sauver.

— Boucle là Cooper !

— Ta camarade n'a pas tort, mhh…, ton nom ?

— Victor Cooper, miss, se dénonce le fautif.

— Très bien Victor Cooper, je reprends donc. Où m'étais-je arrêté ? Ah oui ! Ta camarade n'a pas tort. Boucle là. Et maintenant, je te saurais gré de te lever et de venir me rejoindre au centre de la salle.

Le poids des mots me surprendra toujours, je le crois, tout au long de ma vie. Certains transmettent des messages de paix, d'autres de haines. Ceux que Jane Hepburn a prononcés appartiennent à une autre catégorie : le défi. Malheureusement pour lui, Cooper n'est qu'un faible Gryffondor. Un lionceau qui tente de battre des pattes dans le ruisseau. Le courant est trop fort, le monde dans lequel il évolue, trop dangereux.

Il se lève. Brutalement. Il avance et ses pas sont saccadés. Tout dans sa posture relève de l'intimidation. Je vois le sourire de la professeur, satisfaite d'avoir piqué, petite vipère. Je me demande comment elle arrive à lire les esprits des gens aussi aisément. Cela m'étonnerait que ça soit de la magie. Elle est trop digne pour ça.

Trop humaine, elle dispose de connaissances de la vie que seuls ceux qui ont toujours souffert possèdent. La paranoïa, la peur. La parade, contre n'importe qui. Même un gamin de treize ans qui tente d'impressionner ses petits camarades de jeux.

En elle, je ne saurais dire s'il y a trop d'humanité, ou justement, pas assez. De plus, je suis curieuse.

Sirius a le regard brillant des vengeurs, le genre qui sait reconnaître un tour de maitre. Il serre ma main sous la table et je lève les yeux au ciel. Avec un sourire tout de même.

Les deux adversaires se font face et je me surprends à imaginer Cooper dans une situation semblable quelques années plus tard. Face à un Mangemort. Tout en moi se contracte, ma bouche desséchée, mon cœur au battement trop rapide. Je ne ferme pas les yeux, observer est le meilleur moyen de combattre sa douleur, de la comprendre et de la reconnaître dit ma mère. J'espère plus que jamais qu'elle ait raison.

Les sorts fusent, Cooper est un peu lent. Trop lent, il ne tient pas le rythme. Il tente de réaliser un sort de bouclier, échoue lamentablement. L'impact à sa poitrine l'envoie au tapis.

Exclamation commune des spectateurs. Cooper a bien du mal à se relever, ce n'est pas son ossature fragile qui est en danger, plutôt son ego.

— Ce cours pratique est inacceptable ! Pour un professeur, vous nous mettez tous en danger ! s'exclame-t-il, le souffle court.

— Tu as le loisir de partir dès maintenant, Victor Cooper. Je suis certaine que le reste du corps enseignant raffolera de ta petite histoire. Ton insolence, ta défaire, ta chute, tout ça, tout ça…

Elle laisse sa phrase en suspens comme pour laisser les mots s'imprégner dans le jeune homme.

— Quel courageux Gryffondor. Rajoute Hepburn, acide.

Il ne lui en faut pas plus. Il faut croire que l'estime de sa Maison lui est plus nécessaire que son estime de lui-même. Il tourne les talons pour rejoindre sa bande, sous une avalanche de regards réfrigérants.

— Quelqu'un peut-il me renseigner sur les erreurs de notre cher ami ?

A la façon dont Hepburn accentue le « cher », je peux facilement deviner qu'il y en a un parmi nous qui ne s'est pas fait une copine aujourd'hui.

Une des rares Poufsouffle à avoir rejoint le cours lève timidement la main. Elle porte des lunettes à double foyer, ses cheveux roux auréolent son visage poupon.

— Venez, j'aimerais assister à une petite démonstration pratique de votre part, miss, demande Hepburn.

Je suis persuadée qu'elle jubile. Elle va tous nous exterminer, nous endurcir. Je crains l'instant où son regard calculateur se posera sur moi pour disséquer en public mes moindres faiblesses.

Je lâche la main de Sirius et dégage les cheveux sur mon visage.

Comme si cela pouvait m'aider à éclaircir mes pensées. J'ai l'espoir facile, en ce moment.


X/


Le silence se fait. Toute la salle se retient de respirer, tentative futile d'empêcher le temps d'avancer, la destruction de progresser. Je lève ma baguette sur Sirius et il fait de même.

L'œil bienveillant de Jane Hepburn nous frôle sans même s'arrêter. J'aimerais qu'elle s'arrête, qu'elle nous stoppe. Qu'elle hurle, déformant sa cicatrice dans un hurlement. Elle doit être monstrueuse la bouche grande ouverte. Un peu comme un monstre qui veut la rédemption. La concernant, elle est plutôt la rédemption personnifiée qui est enfermée dans un passé et un corps de monstre.

Enfin, j'aimerais simplement qu'elle cesse de creuser obstinément le trou qui nous servira de tombes, à nous, ses oisillons à qui elle apprend à voler.

L'apprentissage du bien, par le mal. La frontière est bien vague. Nous ne sommes que des gosses.

On va tous s'écraser.

Loin de cette préoccupation, Jane Hepburn, assise sur son bureau, annote une copie. S'agit-il de notre dernier devoir sur les sortilèges Informulés ou bien un devoir d'un Serdaigle, particulièrement ardu ? Je m'en moque. Je m'en contrefiche. Elle ne m'intéresse enfin que quand elle relève la tête et nous dit :

— Allez-y !

La salle circulaire, innocente et remplis d'élèves résignés, se transforme. Je tire sur Sirius. L'ami depuis toujours devient un ennemi mortel. Le camarade de classe, un potentiel meurtrier. La fille que vous aimez en cachette, une personne différente. Les gens comme Jane Hepburn, qui en ont trop vu, diront que c'est bénin. Ce n'est qu'un court instant et quelques sortilèges superficiels.

Ce n'est qu'un court instant où nous ouvrons en grand la fenêtre sur les ténèbres qui habitent en chacun d'entre nous. Nous refermons bien vite la porte, de peur d'être entraîné dans les abysses. Cependant, une fois refermé, nous ne pouvons nous empêcher de réfléchir à ce qu'il se cache derrière cette porte close.

Parce que nous savons.

Sirius me dévisage, une légère griffe lui cingle l'arcade sourcilière. Du bout des doigts, il essuie le sang qui perle. Il doit penser que cela le rend plus viril, en tout cas, il semble épanoui.

— Tu n'y es pas allé de main morte.

— Je n'en sais rien. Peut-être.

— Ce n'est pas grave, me répond-il en passant une main dans ses cheveux.

Qu'ont les garçons, avec cette manie de s'ébouriffer les cheveux en permanence ? Ce n'est pas des chiens, aux dernières nouvelles ?

— Je ne me suis pas excusé.

C'est vrai. C'est la pure vérité et cet aveu me dérange. Il m'embrasse tendrement, sa peau est plus chaude que la mienne. Il a toujours été animé par ce feu sacré typiquement Gryffondor. Et pourtant, drapé dans tout son courage et son honneur, je sens sa lèvre inférieure trembler contre mes dents.

Finalement, je me dis que lui aussi, il a peur. Quelque part, cela me rassure.

Nous reprenons, trois sortilèges chacun. Sortilèges de coupures légères et magie défensive. Basique. Quelques égatinures décorent mes épaules, tout comme celles de Sirius. Nous sommes bons, dotés d'un talent inné. Fantastique. Mon seul réconfort se trouve dans le fait que ce sera une des seules fois où je devrais affronter celui qui se présente comme mon tendre amour.

Le geste rentre avec plus de facilité qu'auparavant. C'est un mécanisme. Défense, attaque. Il paraît dingue que je me sente plus préparé à attaquer Sirius que Bartemius Croupton. Sirius doit songer à la même chose car il me déclare, tout en parant mon sort :

— Bartemius et Reg' n'ont qu'à bien se tenir.

J'ai un petit pincement au cœur. Il a le même. Un trémolo dans la voix, « Reg' ». Il laisse échapper un petit rire sarcastique qui s veut détendu. Au contraire, je pense que cela lui permet de relâcher la pression, l'air vicié qui lui compresse les poumons. Ce n'est que son tout petit frère alors il veut faire passer cela en douceur.

Il sait. Je sais. Il se ment à lui-même et ce glapissement caverneux qui résonne en lui bien après qu'il soit mort sur ses lèvres, me donne envie de m'enrouler près de lui pour le réconforter.

Il aurait fait n'importe quoi pour le récupérer et le sauver. Cependant, plus le temps passe et plus cela devient impossible. Alors, il le laisse lui glisser entre les doigts. Même si je ne faisais pas encore attention à Sirius à cette époque, je me rappelle très bien le moment où son frère a rejoint ma Maison.

Tous les parfaits enfants du parfait Serpentard s'étaient relevés pour l'acclamer à grands cris. Parmi eux, Sirius qui à sa table, applaudissait. Son attitude ironique et blessante n'était destinée qu'à lui, son cadet. Fût une époque où Sirius tentait de le garder sous son épaule mais, fatalement, au bout d'un moment, aucun ne savait lequel allait entraîner l'autre au large. Alors, ils étaient passés à cette irritante ignorance étudiée qu'ils conservent avec application en toutes circonstances.

Sauf quand Regulus me menace de mort. Ou tente de m'agresser. Là, Sirius a tendance à perdre son calme. Allez savoir pourquoi.

Je pense qu'il les connaît trop bien pour ne pas en avoir peur. Tandis que moi, je me connais suffisamment pour savoir que dans ce genre de situation, je me fige. Ainsi, il veille sur moi, à sa façon. Ce n'est pas la plus pacifiée mais, à présent, si je suis ce cours, c'est également pour l'empêcher de se confronter à ses anciens démons encore une fois.

Si nous n'étions pas conscients de cela, encore vierge de toute expérience, sans doute que nous ferions d'autres choix. Cette réflexion me rend malade, je suis pétrifiée à l'idée d'avoir pu changer quelque chose mais de ne pas l'avoir fait. Mauvaise ou bonne décision.

Nous continuons à nous entraîner et je tombe par hasard sur le sourire d'Hepburn. Ses yeux sont dangereux, sa peau est pâle, ses entailles suintent le mystère. Tout est trop profond chez cette femme. Je vois chez elle des choses qu'à peine entrevues, je voudrais oublier.


X/


Cela fait quelques jours que j'ai arrêté de dormir dans mon dortoir, lui préférant le canapé de la Salle Commune de Gryffondor. Pourtant, ce soir, je ressens ce besoin de le voir, de me couler entre ces draps. Dorcas y dort bien, elle, elle ne redoute pas d'affronter Meredith, si le besoin s'en fait ressentir. Quand j'arrive, cette dernière est sous la douche. Le bruit de l'eau se répercutant contre le carrelage me donne des frissons pendant que j'imagine Meredith sortir de la salle de bain dans son peignoir de soie chinoise et me taillader le visage avec ses ongles manucurés.

— Tu n'aurais pas dû revenir, me dit Dorcas, d'une voix légère comme si elle parlait de la couleur de ma jupe ou du temps qu'il fait dehors.

— Tant pis.

Ces quelques mots ne tiennent pas debout, ils sont juste les fruits de mon ignorance. Je n'ai rien d'autre à dire, c'est ainsi. Je me glisse dans mon lit, ressassant le cours de la pauvre et intrigante Jane Hepburn. Les yeux vissés sur la poignée de porte. Je ne sais pas si je voudrais que Meredith reste enfermée pour toujours ou alors qu'elle sorte maintenant et rapidement, comme on arrache un pansement.

Parce que le savoir c'est également appréhender sa douleur et savoir la maitriser. En pressant un doigt contre ma pommette tuméfiée, j'espère vraiment que c'est la leçon qu'Hepburn a voulu nous enseigner.

Et pourtant, s'imprime sous mes paupières closes, le feu vivace qui brille dans ses rétines. J'ai quelques doutes sur ses compétences, ou du moins, sur ses réelles motivations. Un instant, je songe à aller en informer Dumbledore, puis je me rappelle que je suis trop lâche, trop Serpentarde.

L'instant d'après, la porte s'ouvre dans un grincement et je souhaiterais plus que tout au monde disparaître.

— Tu n'aurais pas dû revenir, me dit Meredith.

J'ai comme une impression de déjà-vu suivi d'un léger malaise. Parce que l'intonation dans sa voix a tout de la menace et que les « r » qui se cassent contre ses dents m'intimident. Elle défait les rideaux de son baldaquin et ce n'est que jusqu'à ce qu'ils l'aient avalée entièrement, que je reprends ma respiration. J'ai mal dans mes poumons et mon cœur se contracte douloureusement. Plus que tout le mépris, la haine ou bien même le danger qui reposaient dans sa voix, ce fut sa peur et son angoisse qui me brisèrent le plus.

Soudain, une ombre se pose sur moi, avec la même délicatesse que celle d'un papillon se posant sur mon nez. Et je reconnais au froissement du drap, aux pieds gelés qui se collent contre les miens et à l'odeur de vanille qui se répand quand elle dépose un baiser délicat sur mon front, la silhouette de Dorcas.

— Tu n'aurais pas dû revenir mais c'est cependant la décision la plus honnête que tu es jamais prise. Il y a tellement de bonté en toi. Tu crois en ce monde et tu as l'ambition de croire qu'il en est de même pour le reste du monde.

Elle se tait, et un instant, j'ai l'impression d'avoir rêvé ces quelques mots et sa présence fantomatique – toute en robe de soie et paupières closes – pourtant, j'entends sa respiration, petit sifflement et je sais qu'elle est là.

De toute façon, elle est toujours là, ou presque. De toute façon, elle est la personne dont j'ai besoin en ce moment. De toute façon, il n'y a personne d'autre. De toute façon, les autres ne sont personne face à la douleur que je ressens.

Comme un petit bruit de verre pillé qui se répand dans mon estomac. Je me retourne dans mon sommeil et j'entends au loin les morceaux faire du bruit, une pulsation métallique, catastrophique.

Et, en me levant le lendemain, seule dans le dortoir, je me rends compte que c'est mon cœur qui est tombé en morceaux.

Je soupire. C'est maintenant à moi, de les ramasser. J'enfile ma robe, passe ma besace autour de mon cou. On a ouvert la fenêtre, l'air est frais et le ciel gris. Les rideaux verts volent un peu partout, trainant dans leurs sillages quelques moutons de poussières.

Je suis là, prête à partir. Pourtant, je n'ai jamais autant voulu me rendormir que maintenant.

Je descends les escaliers, les yeux fermés, puis la machine se met en branle alors j'accélère le pas. On est Samedi. Les couteaux et les fourchettes font autant de bruit que les jours de tempête. Je m'assieds et Sirius m'embrasse. Comme à chaque fois qu'il m'embrasse, l'odeur de sa peau et celle davantage ténue de dentifrice encore frais sur les dents.

Moi, je ne dois sentir que les draps propres et la vanille éphémère. Par ailleurs, je la cherche, ma vanille. Elle me fait un signe de la main, quelque part.

— Tu as bien dormi ? me demande Lily, en continuant de tartiner une brioche de beurre.

Je fais osciller ma tête de gauche à droite, ce n'est pas vraiment un oui ni même un non. Elle acquiesce comme si j'avais donné la bonne réponse, celle qu'elle attendait. Je m'attarde sur ses grands yeux verts, sur ses taches de rousseur qui constellent son visage. Sur toutes ces petites choses qui lui donnent l'apparence de la fille intelligente par excellence.

La même qui quand elle me sourit comme maintenant, me donne l'impression de moi-même tout savoir, tout comprendre, tout anticiper.

— La séance d'Hepburn était intéressante, n'est-ce pas ? demande Remus.

— Oui. On y retournera.

James a parlé. Le chef s'est prononcé. Cela pourrait être amusant, en d'autres circonstances, de voir à quel point nous lui obéissons tous. Cependant, il ne lâche pas son rire qui dévoile tout de ses dents blanches de petit Gryffondor, et de ses gencives encore brossées par Maman Potter. Il est bien plus grave, comme si pendant le cours il avait appris une vérité qui jusque-là lui était inaccessible.

Je réfléchis à cela, sirotant mon jus de citrouille, quand soudain, la lumière se fait dans mon esprit. Littéralement. Je croise sans le vouloir la joue déchirée de Jane Hepburn dont les entailles se reflètent à la lumière crue du matin. Tout n'est que question de point de vue, d'éclairage. Elle m'adresse encore un de ses fameux sourires et, je ne lui rends pas. Cette femme est une intrigante, une bienveillante sorcière comme celles des contes moldus mais une sorcière quand même. Je dois apprendre à la connaître avec les yeux de quelqu'un d'autre.

Quelqu'un qui sait et qui saura toujours. Je n'en ai aucun doute.

— Je vais à Pré-Au-Lard. J'ai un café à prendre.

Je retiens en moi, la peur que peut-être n'aurait-il pas de réponse à m'apporter. Parce que si lui ne dispose pas des réponses, personne ne les a.

Et encore une fois, je me demande quand j'aurais le courage suffisamment pour poser les questions que je veux, dont j'ai besoin, de poser à la principale concernée. N'est-ce pas ce qu'il m'a dit depuis le début ? « Vous vous ressemblez beaucoup plus que tu ne le crois […] Parle-lui, elle t'apportera ce que tu cherches »

Benjamin, tu es bien trop perspicace pour mon propre bien. Je ne veux pas des réponses trop lancinantes, à découper dans de l'acier. Je ne veux pas des discussions bonnes à m'étourdir, à m'enfermer en cage. Je ne veux pas lui parler.

J'ai toujours préféré connaître les réponses à mes questions avant de les poser. Avoir un coup d'avance sur l'adversaire. Histoire que la cage ne se referme que sur une infime partie de mon esprit, que je puisse avoir assez de champ de manœuvres pour m'échapper.

Je crève mon œuf d'un coup de fourchette et, pendant que le jaune étouffe la porcelaine, je regarde Sirius. Il a une étrange tête, ce matin, avec ses cheveux qui pointent jusqu'aux creux de ses paupières. Il a une étrange gueule d'ange ce matin, le teint pas vraiment frais et les yeux collés par les cauchemars de Mangemorts ou des rêves d'Auror accompli. Il passe une main sur ma cuisse, une main d'oisillon, les ongles coupés à ras qui cherche la couture de ma robe.

— Je viendrais avec toi. Eux aussi.

Il pointe du doigt Remus et Pettigrow, ces derniers ne relèvent même pas les yeux.

— Tu leur as demandé leurs avis, au moins ?

— Non, me dit-il tandis que ses sourcils se haussent sous la stupéfaction.

Ma questionne l'étonne ? Franchement ?

— Les gars ? il reprend.

— On en est, murmurent-ils.

Satisfait, mon amoureux se frotte les mains contre le jean moldu qu'il a enfilé à la va-vite par-dessous sa robe. Débat clos.

De loin en loin, j'observe Meredith dont la silhouette de paille, déjà prête à s'enflammer, est recroquevillée contre le torse de Bartemius, droit comme une allumette. Je plisse les yeux, cherchant du regard l'éclat d'une pierre précieuse ou d'un anneau quelconque.

— Quel merveilleux connard, apostrophe Sirius.

— Merveilleux ?

— La connerie a quelques mystères que seuls les plus cons d'entre eux peuvent découvrir. J'doute pas que Barty en fasse parti.

— De quoi ? Des Mangemorts ou des cons ?

— Des deux, Grace. Des deux.

Je fixe avec une intensité, un brin mauvais, le jeune homme en question. Quelque part, j'aimerais pouvoir me ranger à l'opinion de Sirius. Pourtant, Bartemius est loin d'être un idiot. Il n'en est que plus dangereux, avec cet esprit grand ouvert sur lui-même.

Et l'arrogance de son sourire quand il me remarque. Le même genre de sourire gonflé de prétention et d'une confiance en les évènements futurs. Un peu à la même manière qu'Hepburn, ils construisent dans leurs têtes, un monde de papier mâché où le plan se déroule de A à Z. Sans encombre.


Si je n'ai aucun doute quant à la forteresse que se forge Bartemius entre ses neurones, je fouille derrière les pupilles hermétiquement closes de Jane Hepburn, sans savoir vraiment si je cherche un origami de la forme d'un papillon ou la maquette d'une arme de destruction massive.

Parce qu'au final, tous les esprits sont de papiers. Ne dépendent de nous, que la façon dont on les plie : cage qui se referme comme une muselière, avion qui s'envole pour atterrir un peu plus loin, boulette de papier qui finit directement à la poubelle.


Donc, voilà ! Le chapitre est fini, j'espère qu'il vous aura plu. Je remercie d'avance toutes les personnes qui prennent le temps de laisser un petit mot d'encouragement, c'est merveilleux ! Sur ce, je vous laisse et par m'atteler à la correction du prochain chapitre qui devrait, je dis bien devrait, être en ligne Mercredi.

Merci à vous. Bonne journée.

Lges