En ce dimanche après-midi, les membres de notre quatuor étaient tous chez eux, mais ne perdaient pas de vue leur objectif : préparer une soirée mémorable à l'occasion de Noël.

Alya était donc en grande conversation avec sa mère. En effet cette dernière, chef cuisinier du Palace Hôtel, avait une très bonne réputation dans le milieu de la cuisine. La jeune fille s'était aussitôt tournée vers elle pour lui demander conseils et aide. Elle avait par conséquent passé le début d'après-midi à lui expliquer la situation, finissant par lui demander si elle pouvait compter sur elle pour la préparation du repas. Elle assura au passage qu'ils étaient bien évidemment tous prêts à mettre la main à la pâte. Marlena Césaire, amusée par l'engouement de sa fille pour cet événement encore très flou, répondit par l'affirmative. Alya pouvait compter sur elle, à deux conditions.

— Premièrement, je ne peux pas laisser tomber mon travail pour votre fête. Par conséquent, il faudra s'organiser correctement afin d'être le plus efficace possible. Et dans un second temps, je veux être sûr que si j'ai besoin de votre aide, vous accourrez. Je ne sais pas combien vous êtes, mais faire la cuisine pour beaucoup de gens nécessite du temps et de l'investissement personnel, j'espère que vous en êtes conscients.

— Bien sûr, tu me connais ! répondit la jeune fille avec enthousiasme. Quand je fais quelque chose, je ne le fais jamais à moitié.

Alya jeta un œil sur son portable qui venait de vibrer. Elle sourit. Ça, c'était une bonne nouvelle.

— En plus, continua-t-elle, Marinette vient de me confirmer que ses parents sont d'accord. Vous pourrez vous partager le boulot, toi qui es plus salé alors qu'eux sont spécialistes en sucré. Et puis, tu sais que je ne dis pas non à du sucré-salé, renchérit la jeune fille, une lueur gourmande dans le regard. Vous pourriez vous voir demain ou mardi pour en discuter ?

Sa mère sourit. Sa fille mettait toujours beaucoup de volonté dans ce qu'elle entreprenait, c'était beau à voir. La discussion se conclut donc sur un accord des conditions de travail, et une entrevue avec les parents de Marinette fut fixée au surlendemain.

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Chez Marinette, la conversation avait été dans sa globalité similaire. Tom et Sabine ne voyaient aucun inconvénient à utiliser leur savoir-faire afin de préparer de délicieuses préparations pâtissières. Marinette avait confirmé à Alya, et la réponse rapidement arrivée lui avait permis de confirmer que Marlena Césaire passerait le mardi à la boulangerie pour discuter des détails avec eux.

Les parents de la jeune fille trouvaient le concept très intéressant, et étaient ravis de voir qu'elle s'impliquait dans l'organisation de ce genre d'événements. Ils avaient déjà en tête des tas d'idées, et en professionnels qui se respectent, ils notèrent dans un cahier diverses recettes agrémentées de croquis. Tels parents, telle fille, se dit Marinette en les observant. Elle sourit et, la conversation étant de toute évidence terminée, elle remonta dans sa chambre. Elle avait du travail.

À l'abri des regards des parents de Marinette, Tikki, son kwami, put sortir de sa cachette et voleter autour de la jeune fille sans risque. Elle regarda celle-ci sortir des tas de feuilles pour les poser sur son bureau avec son matériel de dessin. Elle déplaça aussi son mannequin au milieu de la pièce, posant dessus les morceaux de tissu qui lui restaient de précédentes créations. Fébrile, la jeune fille voulait lister les différentes pièces de tissus qu'elle devrait acheter par la suite. Mais pour cela, elle devait savoir quelles tenues elle prévoyait de fabriquer. Elle partait du principe qu'elle aurait sa tenue à fabriquer — en même temps, qui d'autre allait la faire ? — et sans doute celle d'Alya, voire d'Adrien et Nino. Elle avait des doutes pour ces deux-là, étant donné que Gabriel Agreste était un des stylistes les plus renommés de France.

— Tikki ! s'exclama soudain la jeune fille. C'est Noël ! Et qui dit Noël dit cadeaux. J'ai pas d'idééées.

La jeune fille se lamentait déjà sur les cadeaux qu'elle n'avait pas alors que nous n'étions que le trois décembre. Comment réagira-t-elle le vingt-trois si elle se retrouve dans la même situation ? La petite créature préférait ne pas y penser. Elle soupira intérieurement, et prit une voix rassurante.

— Mais ne t'en fais pas, Marinette. Tu sais qu'il te reste encore beaucoup de temps avant les fêtes de Noël. Et puis, tu as toujours plein de bonnes idées pour tes amis !

— Mais tu te rends compte, il ne nous reste plus que vingt-et-un jours, soit cinq-cent-quatre heures ! Si on enlève cinquante-six heures de sommeil, trente de cours et dix-sept trente de repas par semaine, il ne reste plus que cent-quatre-vingt-treize heures et trente minutes.

— Je ne suis pas spécialiste, mais il me semble que ça fait beaucoup, rigola doucement le kwami.

— Peut-être, mais pas assez, il y a trop de choses à faire !

— Tu as conscience que le temps pendant lequel tu te lamentes est autant de temps pendant lequel tu n'es pas productive ?

— Je suis multitâche, voyons. Je n'ai rien fait, depuis tout à l'heure ?

En effet, la bleutée avait, outre son cahier toujours plus recouvert de coups de crayons en tous sens, rempli plusieurs feuilles de tenues qu'elle voulait présenter à Alya rapidement. Elle pourrait ainsi se mettre au travail et, espérons-le, être dans les temps. Néanmoins, la jeune fille jonglait toujours avec mille idées, et se perdait parfois plusieurs secondes pour rassembler le fil de ses pensées. Une idée revenait toutefois régulièrement la sortir de sa concentration : mais qu'allait-elle bien pouvoir offrir à Adrien ? Il fallait un cadeau magnifique, c'était Noël, et surtout, c'était Adrien. Trouver un cadeau. Plus facile à dire qu'à faire ! La jeune fille se promit d'y réfléchir sérieusement, mais elle savait que c'était inutile, une idée comme celle-là risquait d'occuper ses pensées sans relâche jusqu'à ce qu'elle trouve enfin.

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À quelques rues de là, un jeune homme blond était en grande conversation vidéophonique avec son meilleur ami, Nino Lahiffe. Celui-ci, disque-jockey amateur, proposait de mettre ses talents au service de la soirée afin d'instaurer une ambiance musicale sur mesure. Adrien, connaissant son ami, était bien évidemment enthousiaste à cette idée, enthousiasme tout de même en demi-teinte : il n'avait toujours pas parlé à son père.

De l'autre côté de l'écran, son ami tentait bien de lui donner le courage nécessaire à sa périlleuse entreprise, mais peine perdue. Le moral dans les chaussettes, le jeune blondinet ne savait plus quoi faire. Et ce n'était pas son kwami, Plagg, qui pouvait l'aider. Il ne se voyait pas vraiment arriver devant son père avec un petit être noir possédant des oreilles de chat volant à ses côtés. Ce serait sans doute un autre débat qui s'engagerait, probablement pas bénéfique au jeune homme. Mais peu importe. La discussion n'avançait pas, Nino désespérait, et Adrien était fatigué. La conversation fut donc arrêtée à ce niveau, et chacun retourna vaquer à ses occupations de son côté.

Après qu'Adrien a raccroché, Plagg sortit de sa cachette. Le kwami paraissait peiné pour son ami, mais ne pouvait rien faire si ce n'était lui apporter son soutien moral.

— Mais sinon, commença la petite créature. Si nous partons du principe que tu vas à la fête. Comment tu vois ça ?

Adrien haussa les épaules. Peu lui importait, et il n'était absolument pas dans une optique de discussion. Mais la petite créature ne l'entendait pas de cette oreille, et insista.

— Non, non, Adrien. Comment imagines-tu cette fête ? Tu as prévu de porter quelque chose sortant d'une collection de ton père ? Ton amie Marinette peut probablement aussi te créer quelque chose d'intéressant, j'ai cru comprendre qu'elle s'y connaissait beaucoup.

— En effet, elle est très douée, répondit le jeune homme, un demi-sourire commençant à étirer ses lèvres. Mais peu importe, si je ne participe pas à la fête…

— Tut tut tut, l'interrompit Plagg. Tu iras à cette fête. Savais-tu que nous autres Kwamis avions la possibilité de contrôler les pensées des gens ?

Adrien regarda brusquement la petite créature qui lui parlait. Elle possédait un air espiègle, mais comme c'était pratiquement tout le temps le cas, il était impossible de savoir quand elle disait la vérité.

— Vraiment ? hasarda-t-il.

— Non, mais avoue que ça serait cool. Mais mon instinct me dit que tu iras à cette fête alors, fais-moi confiance ! Alors, plutôt Marinette, ou plutôt ton père ?

— Disons que si mon père m'autorise à participer, je pense que c'est la moindre des choses que de porter une de ses créations. Enfin, s'il le désire bien sûr.

— Un point pour toi. Ne contrarions pas ton père. Et niveau cadeau ? J'ai entendu dire que vous vous offriez des choses, à Noël. Le Chat Noir précédent ne connaissait pas cette fête. Ou alors, il ne s'y intéressait pas.

— Noël est censé célébrer la naissance de Jésus, qui serait le fils du dieu chrétien. Mais c'est surtout une fête commerciale. Et oui, nous avons l'habitude de nous offrir des cadeaux. Je pense qu'un nouveau casque ferait plaisir à Nino. Il me parlait l'autre jour de légers parasites dans une oreille.

Tout en explications, le jeune homme commençait à devenir plus optimiste. Plagg pouvait très nettement le lire dans son attitude : regard moins perdu, posture plus droite. C'était encourageant. Il savait pour avoir plusieurs fois entendu son père, et encore plus souvent parlé avec lui de son père, que lui demander la permission allait être compliqué. Dans le pire des cas, Plagg envisageait de l'emmener participer à la fête. Sous forme de Chat Noir s'il le fallait !

— Intéressant… Tu vois, c'est tout de suite beaucoup plus sympa ce genre de conversation que lorsque tu te morfonds sur ton existence ! Et puis, qui sait ? Les bonnes surprises arrivent parfois, peut-être que ton père se montrera compréhensif.

— Peut-être, peut-être…

Son sourire s'estompa légèrement.

— Sinon, tu peux aussi demander de l'aide à tes amis. Lorsque Nino est devenu le Bulleur, c'était à cause de ton anniversaire, il me semble. Je ne sais pas s'il aimerait être de nouveau akumatisé, mais ce qui est sûr, c'est qu'il serait partant pour parler à ton père une nouvelle fois.

— Je ne peux pas toujours me reposer sur mes amis. Il faut que j'arrive à me débrouiller seul. Il est tard aujourd'hui, mais demain, j'irai le voir. Je peux compter sur ton soutien ?

— Moral, bien sûr. Je doute que ton père apprécie ma présence.

Bien qu'il ne le montrât pas, Plagg était heureux. Il appréciait beaucoup Adrien, et trouvait dommage qu'il manque autant de confiance en lui lorsqu'il était en face de son paternel. Il devait admettre que ce dernier n'était pas très loquace, ni très sympathique, mais quand même. Le jeune homme faisait moins de difficultés pour flirter avec Ladybug quand il était transformé. Parfois même en dépit du danger. Alors une conversation avec son père ne le tuerait pas.

— Bon. Merci Plagg, je suis content d'être ton ami.

— Moi aussi Adrien, moi aussi. Et puis, tu me donnes assez de fromage, donc je crois que nous sommes faits pour nous entendre !

Le Kwami plaisantait, mais il aimait réellement Adrien, même s'il ne le montrait que peu. Lui parler et l'aider du mieux qu'il pouvait étaient les seules manières qu'il avait trouvées pour lui témoigner son affection.

— Très drôle, gros malin ! Partant pour une petite ronde nocturne ?

— Si tu me nourris après, bien sûr.

Adrien soupira. Cette créature était incorrigible.

— Très bien. Plagg, transforme-moi !