Une semaine s'était déjà écoulée depuis le début du mois de décembre et, par extension, l'annonce de la proposition d'Alya.
Marinette, dont monsieur D'Argencourt avait validé l'intégration, participait aujourd'hui à son premier cours d'escrime. Elle était donc alignée, grelotant avec les autres élèves dans la cour du collège. Malgré les protestations des jeunes apprentis, leur enseignant n'avait pas jugé bon de trouver un lieu plus réchauffé. Il les encouragea par conséquent à ne pas attendre avant de commencer pendant que lui supervisait le tout.
La jeune fille commença à s'échauffer, puis enchaîna quelques passes d'armes avec divers autres étudiants, jusqu'à se retrouver en face d'Adrien. Malheureusement, sa joie fut de courte durée, car l'arrivée impromptue d'une nouvelle élève interrompit la leçon.
Kagami, puisque c'était elle, était habillée de son habituelle tenue d'escrimeuse rouge, et s'avançait tranquillement en direction de l'enseignant, qui ne cachait pas sa surprise de la voir ici. Elle jeta un coup d'œil à Adrien, qui lui répondit par un sourire encourageant.
Marinette poussa un léger soupir, fort heureusement non remarqué par Adrien malgré le nuage de buée formé. Elle ne se souvenait que trop bien de la dernière fois où elle avait vu cette fille — lors de son akumatisation. Et si l'événement en lui-même n'avait, à l'exception d'une cheville foulée pour Adrien et pour Chat Noir — manque de chance pour les blonds ce jour-là —, pas posé de problèmes, elle se souvenait très nettement du jeune homme la qualifiant de « très bonne amie ».
Tout à ses pensées, elle ne remarqua pas que la Japonaise avait fini sa conversation, et sursauta quand elle arriva devant eux.
— Bonjour, Adrien, bonjour, Marinette. Je suis heureuse de vous revoir.
Cette dernière fut impressionnée par la voix posée de la jeune fille, bien loin de la véhémence dont elle avait fait preuve akumatisée, et intriguée. Heureuse de la revoir ? Mais elle ne l'avait vue qu'une fois, et à peine !
Adrien n'avait pas l'air particulièrement étonné, ou alors, il le cachait bien, et c'est celui-ci qui répondit :
— Plaisir partagé ! Content que tu aies finalement décidé de reprendre l'entrainement.
La jeune Japonaise sourit, puis se tourna vers sa camarade féminine.
— Ça te dérange si je te l'emprunte quelques minutes ? J'ai besoin de me reprendre en main, et j'ai cru comprendre que c'était le meilleur.
— Nooon, pas de problème, tu peux me l'emprunter ! Enfin, je veux dire, il n'est pas à moi, haha. Allez-y, allez-y !
Kagami haussa un sourcil étonné, mais remercia simplement Marinette, avant de s'éloigner, suivie d'Adrien.
— Elle a des problèmes de communication ? demanda la jeune Japonaise une fois à l'abri des oreilles de la concernée.
— Marinette ? Non, c'est... euh, bizarre ? En temps normal, elle s'exprime très bien, mais à certains moments, je sais pas, elle bafouille. Je n'ai jamais compris pourquoi !
— Je vois, murmura Kagami. En garde !
Essayer de rester concentrée sur son adversaire n'était pas une mince affaire pour Marinette. En effet, la jeune fille suivait du regard tous les mouvements qu'effectuaient Kagami et Adrien. Elle fut donc sans surprise réprimandée par son professeur après une touche de son adversaire, et décida de se reconcentrer. Adrien pouvait bien faire ce qu'il voulait et fréquenter qui il voulait, il n'avait pas à lui rendre de comptes. Et puis, il fallait admettre que Kagami avait tout pour plaire. Elle était riche, intelligente, douée, et très jolie pour ne rien gâcher. Il était évident qu'elle était parfaite pour Adrien. Elle était... raah !
Passant ses nerfs sur le pauvre garçon en face d'elle, Marinette l'accula contre le mur de la cour, et reçut par la même occasion les félicitations de monsieur D'Argencourt.
— Bien, très bien jeune fille, c'est ça que je veux voir !
— — —
Le soleil se couchant, le manque de luminosité força l'enseignant à terminer la leçon. Kagami proposa alors à Adrien et Marinette d'aller boire quelque chose avant que la nuit ne tombe complètement. Adrien accepta avec plaisir, et dut insister pour convaincre une Marinette voulant les laisser entre eux. La demande expresse de l'escrimeuse, voulant faire plus ample connaissance, eut néanmoins raison de sa réticence.
Kagami se révéla être une fille tout à fait charmante, dotée d'une conversation intéressante et de beaucoup de culture.
Elle était née en France, mais avait vécu au Japon presque toute sa vie, avant de revenir à Paris avec sa mère, son père restant là-bas après leur séparation. Elle parlait donc couramment français et japonais, mais aussi anglais et espagnol. Elle pratiquait l'escrime depuis son plus jeune âge, mais également le violoncelle, et la natation à ses heures perdues.
Perfectionniste dans l'âme, elle cherchait toujours à affronter les meilleurs, et c'est dans ce but qu'elle souhaitait intégrer la prestigieuse École d'Argencourt. Être tombée sur Adrien était une chance, car son niveau était très bon. Elle complimenta également Marinette pour ses mouvements pendant la leçon, malgré son inexpérience, fluides et précis.
La conversation dura ainsi plusieurs dizaines de minutes, jusqu'à ce que les portables d'Adrien et Kagami sonnent à l'unisson, annonçant la fin de la discussion. Il était temps pour chacun de rentrer chez lui.
Les trois nouveaux amis se séparèrent, Kagami montant aussitôt dans la voiture venue la chercher. Adrien, quant à lui, remonta à pied la rue qui le ramènerait au collège, où la voiture de son père l'attendait. Marinette l'accompagna, son domicile se situant de toute façon presque dans la même direction.
— Chouette fille, hein, commenta Adrien, de la buée s'échappant de son écharpe.
— Oui, elle est très sympathique. Et puis, elle a fait tellement de choses, pendant que nous, on reste ici. Oh Paris est très bien, bien sûr, mais c'est toujours la même chose.
— Je vois ce que tu veux dire. Les cours, les devoirs, le sport, une attaque du Papillon de temps en temps, et la semaine est finie. À peine le temps de se reposer le dimanche qu'une nouvelle commence.
Marinette sourit. C'était exactement ça. Et pendant ce temps, Kagami vivait au Japon, parlait quatre langues alors qu'elle-même peinait avec deux, et jouait d'un instrument de musique probablement parfaitement, en plus de deux sports. La fille parfaite, en somme. Pas étonnant qu'Adrien la préfère à elle. Pas de comparaison possible, excepté le fait que Kagami n'était pas Ladybug. Mais impossible d'en parler au jeune homme, bien sûr.
— Marinette ?
— Oh pardon, je… j'étais perdue dans mes pensées. Je suis confuse, tu m'as dit quelque chose ?
La jeune fille avait rougi instantanément. Le blondinet s'en amusa. C'était impressionnant. Il ne savait pas pourquoi, alors qu'elle était capable de discours à faire pâlir d'envie un homme politique, elle arrivait encore à rougir et à bafouiller en lui parlant. Il ne savait pas si elle était intimidée d'une quelconque manière, ou si elle n'arrivait pas à lui parler parce qu'elle ne le considérait pas comme un ami, ou encore… Non, il ne savait pas.
— Eh bien, nous sommes devant le collège, et ma voiture est là, donc c'est ici que je t'abandonne. À moins que tu ne veuilles que je te raccompagne, ce n'est pas un problème.
— Oh non, non non non ! Ne t'embête pas pour moi, voyons ! Je vais marcher, ça va m'aérer les idées !
— Comme tu le souhaites. Passe un bon week-end, Marinette.
— Toi aussi, Adrien !
Et la voiture emporta le beau blond. La jeune fille la suivit du regard jusqu'au coin de la rue, et prit le chemin de la boulangerie familiale.
— — —
Il était vingt-deux heures passé quand Ladybug atterrit sur sa terrasse. La jeune fille se faufila discrètement par la trappe, et se détransforma en arrivant dans sa chambre. Son kwami s'extirpa de ses boucles d'oreilles, qui reprirent leur teinte noire habituelle, et attrapa le cookie que lui tendait la jeune fille.
— Rien à signaler ce soir, Paris est calme.
— Et c'est grâce à toi, Marinette, la félicita Tikki. La criminalité a baissé depuis que Ladybug et Chat Noir sont apparus.
— Si tu le dis ! Mais ça n'arrête pas le Papillon pour autant.
— Nous l'arrêterons, ne t'en fais pas, Marinette, ce n'est qu'une question de temps. Un jour, vous découvrirez son identité, et ce sera terminé.
— Espérons juste que l'inverse n'arrive pas avant, répondit-elle dans un frisson. Bon, allez, il est tard, au lit ! Nous avons encore des tas de choses à faire demain.
Mais une demi-heure plus tard, la jeune fille avait toujours les yeux grands ouverts.
— Tikki, tu dors ?
— Jamais si tu as un problème, que se passe-t-il ?
— Je pensais à Kagami. Qu'est-ce que tu as pensé d'elle ?
— Elle a l'air très gentille !
— Oui, soupira Marinette. Très gentille. Et intelligente. Et jolie. Et douée…
— Oh, je vois. Tu as peur qu'Adrien s'intéresse à elle ?
Elle se redressa, s'assit sur son lit, et balança les bras en avant comme pour jeter ses problèmes.
— Et comment je pourrais lui en vouloir ? N'importe qui de sensé s'intéresserait à elle !
— Mais Adrien n'est pas n'importe qui, fit remarquer Tikki.
— Justement ! Il est tellement parfait ! Tellement beau, intelligent, doué en tout ! Tellement adoraaable ! Kagami est tellement mieux pour lui que moi, qui enchaîne bêtise sur bêtise.
— Je ne suis pas d'accord. Tu es Ladybug !
— Et Adrien ne le saura jamais ! Super ! Ma seule qualité doit rester inconnue du monde entier.
Marinette était fatiguée, mais cela faisait du bien d'extérioriser. Elle s'étendit de nouveau sur son lit, un léger sourire flottant sur ses lèvres.
Une minute s'écoula dans le silence, et Tikki crut que Marinette s'était endormie. Mais cette dernière n'avait pas fini.
— Tikki ?
— Oui, Marinette ?
— J'ai pris une décision. Je vais aller parler à Adrien.
