En arrivant au collège ce mardi, Alya eut la désagréable surprise de voir que son amie Marinette avait une nouvelle fois décidé d'ignorer Adrien. Sans perdre une seconde, elle se précipita sur elle et l'apostropha.
— Bon, Marinette, cette fois, ça suffit ! Qu'est-ce qu'il s'est encore passé ? Je te laisse trente secondes pour tout me raconter, ou tu vas lui parler. Parce qu'il arrive un moment où ma patience atteint ses limites. J'ai fait tous les efforts possibles avec toi pour que ta relation avec Adrien évolue, et ça fait déjà la deuxième fois que tu décides de ne plus le voir, alors que tu ne peux pas t'en passer. Donc stop ! Trop, c'est trop ! Alors maintenant tu te bouges les fesses, ou c'est moi qui le fais à ta place, et crois-moi, t'en as pas envie !
Marinette était restée figée devant la colère de sa meilleure amie. Elle savait qu'elle avait raison, bien sûr, mais cela ne suffisait pas. Elle ne pouvait pas lui raconter sans parler de leurs identités secrètes, et c'était bien évidemment hors de question. Restait qu'une solution. Surtout que la jeune métisse avait apparemment très sérieusement décidé de compter les secondes, et les trente accordées arrivaient à leur terme.
— Ok, ok, t'as gagné, je vais lui parler ! assura-t-elle en levant les mains, signe de reddition.
— À la bonne heure ! Il te mangera pas, tu sais. Bon courage !
La bleutée se massa les temps, réfléchissant à une solution. Bon, elle devait parler à Adrien, soit. Mais pour lui dire quoi ?
« Coucou, Adrien ! Ouais, je sais qu'hier j'ai un peu fui, parce que je dois admettre que je suis morte de trouille à l'idée que tu sois déçu que Ladybug, ce soit moi, mais bon. On doit en discuter, sinon je vais me faire trucider par Alya. Haha ! »
Ouais, super idée, ça marchera du tonnerre…
Heureusement — ou malheureusement —, alors que Marinette y réfléchissait encore, la cloche choisit cet instant pour sonner, marquant le début des cours. La jeune fille poussa un soupir de soulagement. Cela lui laissait quelques heures pour réfléchir. Quelques heures pendant lesquelles Adrien serait assis juste devant elle. Quelques heures pendant lesquelles elle passera son temps à le regarder, comme d'habitude. Quelques heures pendant lesquelles…
— Toi, tu ne perds rien pour attendre, je t'assure ! maugréa Alya en s'asseyant à côté d'elle.
La jeune métisse ne semblait plus fâchée, mais Marinette savait que si elle ne faisait pas d'efforts, c'était un risque qu'elle prenait. Surtout que si elle allait elle-même parler à Adrien, la bleutée n'aurait plus aucun contrôle — déjà beaucoup trop mince à son goût — sur la situation.
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Les cours passèrent sans heurt, Marinette réfléchissant à un possible abord du sujet épineux, sujet toujours assis devant elle et dont il était difficile de détacher le regard. La sonnerie de midi retentit alors, coupant court à ses réflexions.
Adrien et Nino sortis de la salle de classe, Alya lança un dernier avertissement encourageant à son amie, lui rappelant qu'elle allait elle-même bouger si elle ne faisait rien. Marinette lui assura qu'elle y allait, et les jeunes filles sortirent à leur tour.
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Chance ou malchance, Marinette ne savait pas. Ce qui était sûr, c'est que l'univers ne voulait pas qu'elle parle à Adrien. Quand elle remarqua que le garçon était sur le point de sortir du bâtiment, elle courut pour le rattraper. Mais une fois dehors, un autre problème se profila à l'horizon. En effet, la rue était assaillie par de nombreuses personnes courant et hurlant, toutes tenant un discours incohérent avec ses voisins.
Marinette partit dans la direction opposée. Peu importait Adrien, si Paris était en danger, c'était à Ladybug de s'en occuper.
Quelques centaines de mètres plus loin, elle trouva la source des maux des Parisiens. Un homme, tout de blanc vêtu, se tenait immobile devant les fontaines des jardins du Trocadéro. Le reste de la zone était déserte, comme si toute vie avait déserté l'endroit.
— Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ? l'interpela la jeune fille.
— Je suis Pierrot. Et vous avez peur !
L'homme portait un masque. Un masque lisse, simplement percé de deux fentes horizontales au niveau des yeux. Un éclat brillant en jaillit soudainement, et Marinette ressentit un effroi profond.
Ce n'était pas une peur tangible. Juste une sensation, un vide.
Chat Noir avait disparu…
Le Papillon avait gagné…
Elle avait perdu son Miraculous…
Tous ses pires cauchemars prenaient vie devant ses yeux. Elle s'éloigna en titubant, et s'arrêta dans une ruelle voisine. Se tenant au mur, elle reprit ses esprits alors que son kwami sortait de son sac.
— Tout va bien, Marinette ? demanda Tikki, inquiète.
— Ça va aller. Son pouvoir est très puissant, ressentir ça est vraiment horrible. Nous devons l'arrêter ! Tikki, transforme-moi !
Chat Noir profita de la transformation pour apparaître.
— Alors, tout d'abord, ma Lady, je tiens à ce que nous parlions après avoir résolu ce problème. Nous ne pouvons pas continuer sinon. Tu vas bien ?
Il voyait que sa coéquipière tremblait. Oui, c'était l'hiver, mais leurs combinaisons leur tenaient chaud, et ça ne ressemblait pas à un tremblement de froid.
— Ça va… C'est… L'akumatisé… Ne croise pas son regard, c'est psychologiquement compliqué, il arrive à te montrer des choses… horribles.
— Entendu, je ferai attention.
Ils sortirent tous les deux de la ruelle, et rejoignirent la place. L'homme n'avait pas bougé. Il se tenait toujours immobile, figé comme une statue de marbre blanc. Nul mouvement, nul tremblement, nul éclat de vie ne venait troubler cette quiétude.
— Euh… C'est normal, ça ? questionna Chat Noir.
— Fais attention, c'est probablement un piège.
Ils s'approchèrent précautionneusement. Arrivés à moins d'un mètre de l'akumatisé, la statue reprit vie. Pierrot pivota en direction du héros au costume de chat, et un éclat perça à travers son masque. Le souffle coupé, il tomba à genoux.
— Chat ! Non ! Mais c'est pas vrai, mais c'est pas vrai !
Lui faire ressentir de la tristesse, de la peur, du désespoir, c'est une chose. Le faire à son partenaire en était une autre. Ladybug attaqua l'akumatisé, et un violent combat s'engagea.
Pierrot bougeait souplement, évitant la plupart des coups et parant avec nonchalance les autres. Il se tenait droit, presque immobile, comme s'il glissait sur le sol. La jeune fille n'arrivait à porter aucun coup. Elle avait besoin de Chat Noir.
— Chat, réveille-toi ! Ce que tu vois n'est pas réel ! Écoute ma voix, j'ai besoin de toi ! Adrien !
• • •
Chat Noir était perdu.
À genoux sur le bitume, il avait les mains tachées de sang, et tenait dans ses bras une Ladybug dont le costume rouge vif avait viré au rouge sang.
Une Ladybug dont l'abdomen était percé d'un trou béant.
Il hurlait sa rage au ciel, alors que le Papillon, quelques mètres devant lui, riait à gorge déployée. Il avait gagné, c'était terminé.
Dans ses bras, l'héroïne de Paris se détransforma. Il ne restait plus que la jeune Marinette, le t-shirt et la veste maculés, le trou toujours présent.
Son kwami tomba sur le côté, assommé. Ou mort.
C'était fini. Ladybug n'était plus.
Il sanglotait, serrant l'amour de sa vie contre son corps, quand une voix retentit dans son esprit.
« Chat, réveille-toi ! »
La voix de Ladybug. Elle était toujours vivante !
Il rouvrit les yeux, regardant sa partenaire gisant dans ses bras. Elle n'avait pas bougé, et ne semblait pas plus vivante qu'une minute auparavant.
« Ce que tu vois n'est pas réel ! Écoute ma voix, j'ai besoin de toi ! »
Pas réel ? La scène était pourtant criante de vérité. Il tenait Ladybug dans ses bras, elle était morte, et le Papillon s'approchait de lui. Il leva haut sa canne, voulant de toute évidence en finir.
Chat Noir ferma les yeux. Il était prêt, il accompagnerait Ladybug dans la tombe.
• • •
« Adrien ! »
Chat Noir ouvrit les yeux.
Dans ses bras, plus de Ladybug ensanglantée. Devant lui, plus de Papillon meurtrier. Juste son amie qui se battait comme une forcenée contre le Pierrot. Il cligna des yeux, une fois, deux fois, espérant que le monde réel qui s'offrait à son regard à présent était bien réel. Puis il prit conscience de la situation. Il se releva et déplia son bâton. Sa Lady avait besoin d'aide. Il répondait présent !
— Désolé du retard ! Mais je suis là, je m'occupe de lui.
Trois coups de bâton plus tard, l'akumatisé était par terre. Chat Noir le toisa de haut, avec mépris.
— Jouer sur les émotions des gens. Le Papillon est de moins en moins honnête. On dirait Volpina, mais en plus insidieux. Plus sournois. Plus nous avançons, moins le Papillon essaie d'employer la force.
— C'est marrant, c'est pas l'impression que j'ai eue avec Riposte et Robostus ! sourit la jeune fille. En tout cas, bien joué. Tu peux lui enlever son masque. C'est terminé.
En prenant soin de ne pas croiser le regard de l'homme toujours à terre, Chat Noir attrapa le masque, et le brisa. Un petit papillon violet en sortit, rapidement attrapé par le yo-yo magique de Ladybug. Les visions étaient temporaires, nul besoin de Lucky Charm. Chat Noir tenait à présent un masque brisé, mais tout à fait banal et facile à remplacer. Il le tendit à l'homme qu'il aida à se relever en s'excusant.
Puis il se tourna vers sa partenaire.
— Je t'interdis de fuir, cette fois, j'ai quelque chose à te dire, asséna-t-il.
— Promis. J'ai décidé d'arrêter de fuir, et de faire face à mes problèmes. Je ne peux en tirer que du bon. Et de toute façon, Alya me tuerait.
— Sans aucun doute. Viens, trouvons un endroit à l'abri du vent.
Ils retournèrent au collège. C'était le plus simple pour eux, entre l'abri, la discrétion, et la praticité. Ils n'oubliaient pas qu'ils avaient cours l'après-midi même. Ils trouvèrent une salle vide, et refermèrent la porte derrière eux, assurance de discrétion et de tranquillité. Peu probable que l'on vienne les déranger pendant la pause repas.
Adrien s'assit sur une table, tandis que Marinette restait debout devant lui. Elle se tenait le coude en mordillant sa lèvre, visiblement gênée.
— Bon… commença le jeune homme. Je sais que la situation est un peu… étrange, ces derniers temps. Alors je voulais clarifier un point important. Marinette, est-ce que tu es déçue que je sois Chat Noir ? Je veux dire… Si tu amoureuse d'Adrien, il est évident que tu ne l'es pas de Chat Noir. Et euh…
Il se passa une main dans les cheveux nerveusement. La jeune fille ne pipait mot, et il ne savait pas si c'était bon signe. Ou tout le contraire.
— Donc, je voulais savoir. Je sais que Chat Noir n'est pas à la hauteur de tes attentes, mais c'est moi. Beaucoup plus moi que le garçon parfait qui vient au collège tous les jours. Alors euh… Je suis désolé…
Il baissa la tête. Puis la releva en apercevant un mouvement du coin de l'œil. La jeune fille, les larmes aux yeux, se jeta dans ses bras. Il manqua tomber à la renverse.
— Idiot ! Comme pourrais-je être déçue ? Tu es tellement parfait en Adrien, et tellement adorable en Chat Noir !
Elle rougit et s'écarta légèrement. Ramenant ses mains sur sa poitrine, le jeune homme vit qu'elle tremblait.
— Tout le contraire de moi, en fait. Ladybug, que tout le monde admire, n'est en fait que la pauvre maladroite tête en l'air Marinette. Ce n'est pas à moi, d'être déçue, c'est à toi…
Il la serra de nouveau contre lui.
— Mais comment pourrais-je être déçu de mon côté ? Tu es tellement inspirante, pour tout le monde. Gentille, loyale, généreuse, intelligente. Et magnifique. J'ai eu tellement peur de te perdre, tout à l'heure. J'ai vu des choses, tu m'as encore sauvé la vie. Je te suis redevable à vie, Marinette. Jamais je ne pourrais être déçu de toi. Jamais.
Elle rougit de plus belle et s'écarta de nouveau pour admirer le jeune homme. Celui-ci aperçut des larmes de joie s'écouler du coin de ses yeux, rouler sur ses joues. Il les arrêta d'une caresse.
— J'aime Ladybug, mais j'aime aussi Marinette. Je t'aime toi, entièrement toi, complètement toi. Plus que tout au monde.
Elle sourit. Il y avait tant de conviction dans sa voix qu'elle ne pouvait qu'y croire. Elle posa ses mains sur les joues de son partenaire, et l'embrassa. D'abord étonné, Adrien lui rendit son baiser avec fougue. Il passa ses bras et ses jambes dans le dos de la jeune fille, l'enlaçant complètement et l'attirant à lui.
Quelques secondes plus tard, alors que leurs lèvres se séparèrent, les deux adolescents arboraient un sourire éclatant.
— Moi aussi je t'aime, Chaton !
— — —
Alors qu'une demi-heure plus tard, la sonnerie indiquant la reprise des cours retentit, Adrien et Marinette rentrèrent ensemble dans la salle de classe, en prenant bien garde d'éviter tout contact physique. Ils avaient en effet décidé d'un commun accord de garder leur relation secrète pour le moment, attendant qu'elle s'épanouisse pleinement avant de l'annoncer à leurs amis.
Néanmoins, quand Marinette s'assit à sa place et annonça à sa meilleure amie que le problème était réglé, elle ne put s'empêcher de sourire, se surprenant à envisager la vie sous un jour nouveau, beaucoup plus optimiste que ces derniers temps.
