En arrivant devant la salle des fêtes aux alentours de neuf heures, Alya fut surprise d'y trouver déjà Marinette et Adrien en grande conversation. Le jeune homme avait apparemment — si elle jugeait correctement la dizaine de cartons entassés devant la porte — apporté l'intégralité de ses décorations, et revoyait avec sa petite-amie les contenus et utilisations qu'ils pourraient en faire.

— Salut vous deux ! Vous avez dormi ici cette nuit ? demanda la métisse, sourire aux lèvres comme à son habitude.

— Bonjour Alya, répondit Marinette. Et non, on a dormi chez nous, mais comment on a du boulot, mieux vaut commencer tôt !

— Nathalie est toujours levée très tôt, renchérit Adrien. Je me suis toujours demandé si elle dormait, d'ailleurs. Donc j'ai pu en profiter, et apporter tout ça. Là, elle est repartie, il parait qu'elle a « beaucoup de travail ».

— Je vois, je vois. Alors, vous faites quoi depuis si tôt ? Parce qu'il n'y a rien de très visible dans cette salle, pour le moment.

En effet, la pièce était pratiquement vide. Outre les cartons posés devant l'entrée et la scène à l'opposé, toutes les tables utilisées pour les différents événements se déroulant dans cette salle étaient repliées et entassées contre les murs. De même que les chaises, empilées à côté.

— On est en train d'organiser un plan de la salle, pour voir comment on s'arrange, répliqua la bleutée en tendant le papier qu'elle tenait dans les mains. On pensait donc, comme la pièce est quand même très grande, à mettre le sapin au milieu, mais plus près de la porte que de la scène. Ensuite, on dispose les tables en U tout autour de façon à, entre autres, pouvoir voir l'estrade — et le sapin — de partout. Tout ça en laissant bien évidemment un espace suffisant devant la scène pour les danses et ce genre de choses.

— Bien bien bien. Eh bah, au travail ! Ça va pas se faire tout seul ! s'exclama Alya.

Elle se dirigea vers une table, et essaya de la soulever.

— Houch, ça pèse une tonne ce truc.

— C'est bien le problème. Donc je pense qu'à quatre, on devrait s'en sortir, mais on perdrait du temps. En attendant, on va plutôt récupérer l'échelle qui se trouve derrière, et commencer à installer les décos. Tu as bien dit en début d'après-midi, pour le sapin, Adrien ?

— C'est bien ça, confirma celui-ci. Ils nous le livrent devant la porte, donc ça devrait aller. Et je pense qu'ils ne devraient pas poser de problème si on leur demande de le rentrer.

Alya n'avait pas attendu la réponse du jeune homme, et revint très vite avec l'échelle sous le bras. Nino arriva à cet instant, portant dans ses bras une caisse remplie de son matériel de disc-jockey.

— — —

C'est sur les coups de dix heures et demie que Marinette eut la surprise de voir débarquer leurs camarades de classe. Rose, Juleka, Mylène, Alix, Kim, Ivan, Max et Nathaniel étaient tous arrivés ensemble, apportant un renfort non négligeable de bras.

Les deux garçons les plus musclés du groupe se firent ainsi enrôler par Alya afin de disposer les tables. Ils n'avaient en effet aucun mal à soulever, même seuls, les lourdes planches de bois.

La bleutée observa ses amis. Évidemment, Chloé manquait à l'appel et, de fait, Sabrina aussi. Mais elle n'attendait pas grand-chose d'autre de la blonde. En revanche, voir tous ses camarades de classe l'aider ainsi lui donnait chaud au cœur. Elle — ainsi que Nino, Alya et Adrien — n'avait donc pas travaillé pour rien.

L'ensemble prenait forme de manière tout à fait plaisante. Les tables étaient disposées, attendant un couvert et des convives qui arriveraient le lendemain. Au plafond, ses amis commençaient à suspendre quantité de décorations en tout genre : flocons, boules, banderoles, cotillons… Adrien avait vraiment fourni beaucoup de choses, c'était bien.

À midi, les adolescents décidèrent d'un commun accord de commander des pizzas, qu'ils purent ainsi manger sur place, les tables ayant été disposées.

Une quinzaine de pizzas plus tard, les estomacs étaient bien remplis, et le sapin arriva.

Adrien sortit accueillir les livreurs, et reconnut le vendeur du marché. Bonnet enfoncé sur la tête, il s'approcha de lui avec un grand sourire.

— Bonjour, mon garçon ! Comme promis, voici votre sapin, tout beau, tout propre, livré à domicile, sur un plateau d'argent.

— Merci monsieur ! Vous avez besoin d'aide pour le transporter à l'intérieur ? proposa Adrien.

— Si t'as des gars costauds avec toi, je dis pas non !

Le blondinet appela Kim et Ivan à la rescousse, et le sapin fut déplacé et dressé dans la salle en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire.

Adrien remercia le vendeur-livreur, qui repartit au volant de son camion.

— Bon bah, voilà l'arbre. Plus qu'à le décorer, maintenant ! annonça-t-il.

Les adolescents se mirent en branle, farfouillant dans les cartons, montant à l'échelle et accrochant leurs trouvailles. Une longue guirlande électrique s'illuminant de toutes les couleurs fut entrelacée entre les branches de l'arbre, faisant plusieurs fois le tour entre la cime et la base.

Adrien, observant la salle dans sa globalité, fut ému. Voir une décoration comme celle-ci lui rappelait les Noëls passés avec sa mère. Marinette lui prit la main.

— C'est beau, hein ? Je t'avais prévenu que ta mère serait fière de toi, tu te souviens ?

— Comment pourrais-je l'oublier ? Tout ça, c'est grâce à toi. Alors merci, Marinette, merci énormément.

Et il embrassa la jeune fille.

Quand ils se séparèrent, ils s'aperçurent avec embarras que tous leurs amis avaient cessé leur occupation et les regardaient. Ils s'écartèrent, gênés, rougissant de la tête aux pieds.

— Eh bien, on prévient même plus les potes ? ironisa Nino.

— Euh… On allait vous le dire, c'est juste que… euh…

— Te fatigue pas, Alya et moi étions déjà au courant. N'est-ce pas ?

Il regarda la jeune métisse, qui lui rendit son sourire.

— Oh oui princesse, je suis d'accord ! s'exclama-t-il.

— Merci, chaton ! renchérit sa petite amie.

Ils étaient hilares, et très fiers de leur imitation. Les deux concernés, quant à eux, avaient plutôt viré au cramoisi, et échangeaient un regard partagé entre gêne et renoncement. Le reste de leurs amis étaient également partagés, mais il était clairement visible qu'ils étaient — dans l'ensemble — contents pour eux. Marinette remarqua même Alix qui levait un pouce dans sa direction en lui faisant un clin d'œil.

Puis Adrien leva les mains.

— Ok, ok, on a compris, merci. Bon bah du coup, si vous savez, parfait, on n'a plus besoin de parler. Marinette, tu viens ?

— Je te suis, mon cœur.

— — —

En fin d'après-midi, le plus gros du travail était fait. La salle était prête pour le lendemain.

Au milieu de la pièce, le sapin croulait sous toute sorte de décorations, boules, guirlandes et autres figurines accrochées avec goût tout autour. Entourant celui-ci, les tables avaient été disposées comme prévu, et les nappes avaient été installées en attendant la vaisselle. Aux murs, de nombreuses banderoles affichaient joyeusement divers messages plus ou moins en rapport avec Noël, et Nino réglait les derniers détails acoustiques après avoir installé son matériel sur l'estrade.

— Un deux, un deux, vous m'entendez ? Parfait, ça, ça fonctionne ! Donc si quelqu'un veut faire une annonce pendant la soirée, faites-vous plaisir. Si tu veux demander Marinette en mariage devant tout le monde Adrien, par exemple !

Contre toute attente et alors qu'Alya avait déjà commencé à rigoler, les concernés ne rougirent pas. À la place, Adrien rétorqua :

— Tu veux dire, comme t'as prévu de faire avec Alya ?

— T'as tout compris, bro.

Alya s'était rapprochée de Marinette, et lui chuchota à l'oreille :

— Bon, on va les laisser entre eux, et quand ils galéreront avec les préparatifs des mariages, ils viendront nous chercher hein.

— Ouais, je pense que ça vaut mieux. Bon, reprit-elle en se tournant vers la salle. On a oublié quoi, d'après toi ?

— Je vois pas comment on aurait pu oublier quoi que ce soit. Entre les innombrables listes que tu as faites et l'apport de tout le monde, on n'a pas dû oublier grand-chose. Invitations, c'est bon, menu, c'est bon, repas, c'est plus ou moins en cours, et fini demain, décorations, ça m'a l'air on ne peut plus bon. Nan, vraiment, je pense qu'on est bon là. Bon boulot, Mari, comme d'hab !

— Merci Alya ! Mais tu sais très bien que j'aurais pas pu réussir sans vous.

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Tout le monde était parti. Il ne restait que Nino, Alya, Adrien et Marinette. Après avoir refermé la salle, ils s'étaient assis sur les marches devant l'entrée, le croissant de lune formant un berceau de lumière dans la nuit étoilée.

Dans un peu plus de vingt-quatre heures, c'était Noël. Le mois était passé extrêmement vite pour tout le monde. L'idée d'Alya, les préparations, l'escrime, Kagami, les tenues, le Papillon, leurs identités dévoilées, Adrien, Chat Noir, Adrien, le garçon parfait, son petit ami.

La tête posée sur l'épaule dudit garçon, Marinette souriait à la nuit. Soudain, elle fut prise d'un doute affreux. Leurs identités, le Papillon. Était-il possible qu'il les ait découvertes ? Est-il au courant ? Elle devait en parler avec son partenaire. Mais hors de question de lui gâcher la fête. Cette soirée comptait énormément pour lui, elle attendrait qu'elle soit finie.

Une voiture se gara devant eux. Nathalie était venue chercher Adrien pour le ramener au manoir. Il embrassa donc Marinette, fit un check à Nino et Alya, et rentra dans le véhicule le ramenant chez lui.

Les trois amis restants décidèrent d'un commun accord de rentrer également chez eux. La soirée était déjà bien entamée, et ils avaient tous une famille qui les attendait. Ils prirent donc tous le chemin du retour, respirant à pleins poumons l'air frais et pur de l'hiver.

Néanmoins, un affreux doute subsistait dans l'esprit de Marinette.