CH3-Piégées

Et voilà une livraison express du chapitre trois !

Les choses vont devenir un peu plus sérieuses mais je vous laisse découvrir :p

Bonne lecture !


Il était encore tôt lorsque Lexa bailla aux corneilles tout en préparant deux cafés dans la petite salle de pause du commissariat. Elle lança la cafetière et s'appuya contre le comptoir en se frottant les yeux pour terminer de se réveiller. Après l'interrogatoire de Murphy, elle avait travaillé une grande partie de la nuit à son bureau avant de littéralement s'endormir sur ses dossiers, alors autant dire qu'elle était épuisée et des courbatures malmenaient son corps. Un café était donc de rigueur pour entamer cette nouvelle journée qui s'annonçait tout aussi mouvementé avec la transaction d'A.L.I.E qu'elles devaient intercepter. Le café prêt, elle se servit deux tasses et retourna d'un pas plus éveillé vers les bureaux. Cafés en mains, elle remarqua les regards étranges que posèrent sur elle les agents déjà présents mais elle ne releva pas plus que d'habitude, si ce n'était la légère nervosité ambiante. Quoi qu'il en soit, elle traça son chemin parmi les bureaux pour rejoindre celui de Griffin. Cette dernière avait également passé la nuit au poste et dormait le visage écrasé sur ses dossiers. C'est dans un sourire machiavélique que la brune donna un coup de pied dans le bureau, réveillant Griffin dans un sursaut.

- Hein ?! Nan ! J'ai pas volé les bonbons ! s'exclama la blonde en se redressant, un papier collé sur la joue.

Elle regarda autour d'elle, la brume des songes se dissipant et réalisant enfin la présence de Woods qui la toisait de toute sa hauteur.

- Bonjour Griffin, la salua-t-elle d'un sourire moqueur.

La concernée grogna tout en retirant vivement la feuille qui lui collait au visage avant de se figer lorsque Woods lui tendit un café.

- J'ai pensé que tu en aurais besoin, expliqua presque timidement la brune.

- Il est empoisonné ? demanda Clarke en acceptant avec scepticisme la tasse tendue.

- Non… répondit-elle platement avant de reprendre plus hésitante… j'ai simplement pensé qu'on devrait reprendre sur de bonnes bases.

Clarke se laissa tomber dans le fond de sa chaise, jaugeant clairement la sincérité de la brune. Quelque part, elle n'en doutait pas mais elle était tout de même surprise par son geste… Elle ouvrit la bouche pour répondre lorsque :

- Woods ! Griffin ! Dans mon bureau ! Tonna la voix imposante de leur Capitaine.

Elles se regardèrent avec surprise mais avec la même conviction qu'elles ne devaient pas le faire attendre. Ainsi elles abandonnèrent leurs cafés et coururent presque jusqu'au bureau.

- Asseyez-vous, ordonna un Gustus visiblement très énervé, même s'il tentait de se contenir.

Elles refermèrent la porte derrière elles et obtempérèrent, s'asseyant telles des enfants prises en faute et attendant les remontrances de leur père.

- Ce matin, commença-t-il en serrant les dents, j'ai dû me démener pour que John Murphy ne porte pas plainte à votre encontre pour abus de pouvoir et coups et blessures…

- Je peux vous expliquer…

- Un bottin ! Et la roulette Russe pour méthode d'interrogatoire ! C'est inadmissible Griffin ! La coupa-t-il en sortant de ses gons. Je devrais vous retirer votre plaque sur le champs pour avoir pointer une arme sur un détenu retenu sans aucune raison valable et sur votre équipière qui plus est !

Apparemment Murphy n'avait pas été avare de détail. Ainsi Clarke prenait entièrement le blâme pendant que Woods était écartée de toute complicité et mise sur le banc des victimes de sa folie, ce qui en soit était sa juste place. Une fois n'est pas coutume, la blonde en resta sans voix, sentant que cette fois elle était allée trop loin et elle ne voyait pas comment s'en sortir.

- Griffin ne m'a pas menacé et encore moins mise en danger, intervint calmement Lexa.

Gustus cessa de fusiller du regard Clarke et se tourna sur elle, tout comme la blonde.

- C'était une mise en scène, l'arme n'était pas chargée, continua-t-elle.

- Vous étiez d'accord avec ça ? S'enquit avec étonnement le Capitaine.

- On savait que Murphy n'allait pas parler alors on s'est mise d'accord sur ce stratagème pour le faire craquer, répondit-elle avant d'asséner avec aplomb, alors si vous devez lui retirer sa plaque, il faudra aussi prendre la mienne.

Clarke la regarda complètement estomaquée, ne s'attendant absolument pas à ce qu'elle prenne sa défense et encore moins risquer sa plaque pour elle.

- Une journée ! Une journée et vous me la détraquez ! s'exclama avec horreur Gustus à l'attention de Clarke mais pointant Lexa.

La blonde remise du choc, leva les mains en signe d'innocence tandis qu'il retournait son attention sur la brune.

- Woods, je vous ai demandé de l'empêcher de faire ce genre de folie ! Pas de devenir complice et l'encourager ! Cracha-t-il furieux.

- Capitaine…

- Non, je ne veux plus rien entendre, coupa-t-il Lexa. Je devrais vous suspendre toutes les deux…

Un silence se fit, un silence où elles attendirent la lourde sentence tandis qu'il les observait tour à tour. Gustus soupira lourdement en songeant qu'il ne devait pas être surpris de la tournure des choses étant donné le pédigrée des deux jeunes femmes. Déjà un cataclysme seules alors ensembles… et il était le seul à blâmer pour leur terrible association.

- Est-ce qu'au moins vous avez eu des informations utiles ? Souffla-t-il avec résignation.

- Oui, répondit sobrement Lexa.

- Et des bonnes, s'enthousiasma Clarke.

- Besoin de renforts ? S'enquit Gustus.

- Non, ça ira, refusèrent-elles de concert.

- Alors dégagez de ma vu avant que je ne change d'avis.

Elles se levèrent sans attendre, sortant presque en courant mais il les arrêta :

- Je ne veux plus de connerie de ce genre, c'est clair ?!

- Très clair Capitaine, répondirent-elles en s'éclipsant définitivement.

- Je sens que je vais le regretter… grommela Gustus la porte à peine refermée.

A l'extérieur, Griffin et Woods firent face à tous leurs collègues qui se remirent au travail comme s'ils n'étaient pas en train d'écouter la colère du Capitaine quelques secondes plus tôt. Lexa les ignora et s'apprêtait à partir prendre l'air lorsqu'une main sur son bras l'arrêta.

- Merci de m'avoir soutenu, la remercia Griffin.

Pendant un instant, Lexa se perdit dans l'océan de son regard. Ses émeraudes ne percevant aucune bravade, aucune désinvolture, seulement reconnaissance et sincérité, sans aucun détour.

- C'est… c'est rien, déglutit la brune, je suis ton équipière, je couvre tes arrières.

- Il aurait pu te prendre ta plaque, appuya Clarke.

Lexa haussa les épaules, comme si ce fait ne lui faisait rien. Perdre sa plaque l'aurait complètement abattu mais son devoir envers son équipière, et même si c'était Griffin, passait avant tout.

- J'ai une dette envers toi, Woods, attesta-t-elle.

- T'es pas obligée de faire dans le mélo, charia Lexa tout en roulant des yeux d'amusement.

- Je suis sérieuse, lui reprocha-t-elle en la poussant à l'épaule.

Elles échangèrent un sourire amusé tout en réalisant silencieusement que c'était la première fois qu'elles avaient une conversation à peu près normale.


- Allez Griffin, on a du boulot qui nous attends, lança Lexa en lui faisant signe de la suivre en direction de son bureau.

- Avec Murphy libéré tu crois que ce rendez-vous aura encore lieu ? S'enquit Clarke alors qu'elles sortaient.

- Tu crois vraiment qu'il va aller leur dire qu'il a cafté ? Retourna-t-elle.

- T'as raison, il est débile mais pas suicidaire.

- Est-ce que j'ai bien entendu ? Tu as dis que j'ai…

Lexa ne termina pas sa phrase, se figeant sur place alors qu'elles étaient arrivées à la Camaro. En arrivant la veille, occupée avec Murphy et prise dans le feu de l'action, elle n'avait pas fait attention à l'état de sa voiture. Un état déplorable dont elle réalisait seulement l'ampleur avec la portière passagère complètement défoncée, la vitre éclatée et le rétro manquant.

- Qu'est-ce qu'il y a ? Ne comprit pas Clarke.

- Je… je n'avais pas réalisé les dégâts, répondit douloureusement la brune qui ne lâchait pas sa Camaro des yeux.

Clarke se tourna vers la voiture et observa à son tour les dégâts qu'elle avait bien remarqué la veille, notamment parce que c'est elle qui avait presque fini écrasé par la voiture de Murphy, mais elle se fichait des dommages car après tout ce n'était que de la tôle.

- A quoi tu t'attendais ? Je te rappel que tu as coupé la route à une bagnole,… attends ? Tu pleures ?

- Non... serra-t-elle les dents en fixant toujours sa voiture. Voiture qu'elle avait récupérée il y a plusieurs années et qu'elle avait entièrement retapée avec amour. Certes, elle connaissait les risques en la conduisant en service mais tout comme Zorro avait Tornado, Lexa avait sa Camaro…

- Mais si. C'est une larme, insista la blonde en portant un doigt à sa joue.

- Bien sûr que non ! La chassa-t-elle d'une main tout en essuyant la dite larme avec l'autre.

- Si c'en était une ! Persista-t-elle en riant. Je ne te savais pas sentimentale, la charia-t-elle ensuite.

- La ferme Griffin, pesta Lexa en rejoignant sa voiture.

Clarke rit à cœur joie mais s'arrêta presque subitement lorsqu'elle vit la brune ouvrir la portière conductrice.

- Attends ? Tu n'espères pas la conduire dans cet état ?

- Comment tu veux qu'on aille au rendez-vous sinon ?

- Avec la mienne, retourna-t-elle l'évidence.

- Hors de question que je monte dans ton vieux taco, contra-t-elle.

- Mon vieux taco est actuellement plus fiable que ta poubelle en devenir.

- Répète un peu ça ?! S'offusqua Lexa en claquant si fort sa portière qu'un gond endommagé sauta et la porte passagère lâcha, se mettant à pendre dans un claquement ferrailleux contre le béton.

Le visage de Lexa se crispa entre colère et affliction avant de définitivement virer au rouge lorsqu'elle fit le tour pour faire face à la portière démontée.

- Ok, Woods, on respire, ça va aller, vint la chercher Clarke en lui massant brièvement les épaules tout en la tournant en direction de sa propre voiture. On va appeler un gentil garagiste qui va te réparer ça…

- Personne, je dis bien personne, ne touche ma voiture, se défit-elle de sa prise en se tournant vers elle.

- Très bien alors on va la faire remorquer chez toi ou tu pourras la bichonner avec amour, se moqua-t-elle doucement.

Lexa lui jeta un regard assassin puis elle dégaina son téléphone pour appeler un remorqueur. L'appel prit quelques minutes puis elle raccrocha et Clarke l'invita dans une révérence et un sourire narquois à prendre la direction de sa voiture. Lexa souffla de défaite et dans un dernier regard pour sa Camaro, elle rejoignit à contrecœur la voiture de la blonde.

- Je parie que tu lui as donné un nom, la taquina Clarke en venant à sa hauteur.

Pour toute réponse, Lexa allongea le pas, la devançant d'un bon mètre tandis que la blonde riait…


Au coin de la rue, elles ne virent pas Murphy qui les observait de son œil perçant et de son sourire malin. Quelques minutes de chamailleries et il les vit enfin démarrer dans un véhicule différent de la veille et en bon état. Il sortit son téléphone et composa un numéro. Après quelques sonneries, son interlocuteur décrocha enfin :

- Elles sont en route.

Son sourire changea, satisfait d'avoir réussi sa mission et il raccrocha alors que la voiture disparaissait au bout de la rue. Il disparut à son tour dans les rues, n'ayant que faire de la suite des évènements.


- On aurait peut-être dû accepter les renforts, déclara Clarke alors qu'elles attendaient dans leur véhicule à proximité de l'entrepôt indiqué par Murphy.

- On peut gérer, ils font dans la discrétion, il n'y aura que quelques hommes, rétorqua Lexa tout en scannant du regard les alentours du port.

Tout était calme, bien trop calme pour un début d'après-midi si elle devait être honnête. En général, le port débordait de vie et même si elles n'étaient pas du tout du côté touristique de la baie, pêcheurs et ouvriers devraient être en train de s'activer sur les quais pour décharger les bateaux et remplir les entrepôts. Ce qui n'était pas le cas, seules quelques mouettes tournoyaient aux abords de l'océan.

- J'ai un mauvais pressentiment, dirent-elles en même temps.

Elles esquissèrent un sourire.

- Au moins une chose sur laquelle nous sommes d'accord, constata Clarke.

- J'aurais aimé que ce soit sur une autre chose, répondit Lexa.

La blonde acquiesça silencieusement à sa remarque car c'était effectivement de mauvais augures.

- Ca fait plus d'une heure qu'ils devraient être là, qu'est-ce qu'on fait ? demanda-t-elle à la brune.

- On entre… soit Murphy s'est payé nos têtes et il n'y a rien dans cet entrepôt, soit ils sont vraiment en retard et dans ce cas on les attend à l'intérieur pour les cueillir.

- Ca me va… répondit Clarke… et s'il s'avère que Murphy nous a baladé, cette fois je lui explose vraiment les couilles, précisa-t-elle avant de quitter le véhicule.

Lexa rit doucement, bien que certaine qu'elle ne plaisantait pas, puis elle sortit à son tour. Elles marchèrent calmement jusqu'aux portes de l'entrepôt puis elles sortirent leurs armes. Clarke s'appuya contre le mur, prenant position d'un côté de la porte et Lexa en fit de même de l'autre côté. La brune se mit ensuite à faire des signes avec ses mains, elle les agitait en tout sens avec conviction et précision mais Clarke n'y comprenait rien et cela finit par l'agacer.

- Tu ne peux pas parler comme tout le monde ?! L'arrêta-t-elle vigoureusement mais gardant la voix basse.

Exaspérée, Lexa roula des yeux car évidement Clarke n'avait rien compris des ordres qu'elle venait de donner.

- T'as pas non plus suivi de formation sur le terrain ? S'agaça-t-elle.

Clarke grogna d'agacement et entra sans prévenir dans l'entrepôt. Le temps que Lexa réagisse, il n'y avait plus trace de la blonde lorsqu'elle entra. Elle la maudit intérieurement d'être aussi irresponsable en partant seule puis elle s'engagea à son tour dans les méandres du bâtiment. Elles étaient entrées par la partie abritant les bureaux, ainsi elle trouva rapidement plusieurs couloirs devant elle. L'un continuait tout droit, l'autre sur sa droite et un dernier sous forme d'escaliers menait au deuxième étage. Le rendez-vous ayant surement lieu dans le hangar, elle décida de continuer droit devant elle, favorisant le rez-de-chaussée. C'est alors que plusieurs coups de feu retentirent à travers le bâtiment. Son cœur bondit d'inquiétude en songeant au pire pour son équipière et elle se précipita dans sa direction, passant couloirs après couloirs, bureau après bureau et puis soudainement, elle se retrouva nez-à-nez avec quelqu'un. Elle pointa son arme sur le visage de son adversaire tout comme elle se retrouva avec le canon d'une arme dirigée sur elle.

- Putain Woods, reconnut-elle la voix de Clarke.

- Griffin ?! Réalisa-t-elle soulagée avant de continuer avec colère. T'es inconsciente de partir comme ça ! Baissa-t-elle son arme en la sermonnant et s'efforçant de garder une voix basse.

- J'n'allais pas rester dehors à t'écouter me lire le manuel.

Lexa inspira profondément, se recomposant en laissant disparaitre sa peur de trouver son équipière blessée ou pire et reprit :

- Les coups de feu venaient du hangar, dit-elle en indiquant la porte à leur côté.

Elles se placèrent à nouveau de part et d'autre de la porte.

- A trois… indiqua Lexa. Un… deux…

Mais Clarke n'en fit à nouveau qu'à sa tête et disparut par la porte.

- Trois… grogna Lexa en la suivant, furieuse.

La brune entra à son tour et constata que cette fois Clarke l'avait attendu. A travers le silence assourdissant de l'entrepôt, elles entendirent quelques cliquetis sur le sol, sans doute les rats s'enfuyant à travers l'amoncellement de caisses stockées aux quatre coins des lieux. Elles échangèrent un nouveau regard et armes pointées en avant, elles avancèrent ensembles à travers les caisses, attentives aux moindres mouvements, aux moindres bruits. Le barrage de caisses s'amenuisant, elles distinguèrent une camionnette dans le fond ainsi que plusieurs cartons amassés les uns sur les autres. Elles contournèrent les dernières caisses et s'en approchèrent.

- Bon sang, lâcha Clarke en découvrant les premiers corps étendus sur le sol.

Lexa resta silencieuse tandis qu'elle observait la scène devant elle. Plusieurs hommes gisaient dans une marre de sang, tués avec précision d'une balle en plein cœur ou dans la tête. L'un deux s'était écroulés sur des cartons, les renversant et répandant leur cargaison de drogue au sol. Il ne faisait plus aucun doute qu'ils s'agissaient d'hommes travaillant pour A.L.I.E mais qu'est-ce qu'il s'était passé ? Pourquoi un tel carnage et laisser la drogue sur place ?

- Qu'est-ce que ? S'étonna Clarke qui s'était approchée de l'homme gisant sur les cartons.

Griffin s'était comme figée, fixant le sol avec incompréhension. Lexa ne tarda pas à la rejoindre, inquiète par son attitude. C'est ainsi qu'elle vit l'objet de l'attention de la blonde. Au sol, non loin du corps gisait une arme, un 357 magnum, un revolver bien étrange pour des malfrats qui préféraient les calibres 9 mm. Elle ne voyait donc pas pourquoi Griffin réagissait ainsi…

- C'est mon arme, souffla-t-elle alors.

- Quoi ? Comment ça c'est ton arme ? S'alarma Lexa.

- Je… c'était l'arme de mon père, il me l'a offert quand j'ai terminé l'académie de police, il y a ses initiales sur la crosse… Jack Griffin…

Lexa baissa les yeux sur l'arme et effectivement il y avait bien les initiales JG sur la crosse alors elle paniqua à son tour.

- Qu'est-ce qu'elle fait ici ?!

- J'n'en sais rien ! Je la garde chez moi, elle ne sort jamais de mon appartement, pas même de son tiroir.

- Il faut qu'on parte… décida trop tard Lexa.

Les portes de l'entrepôt s'ouvrirent violemment et une équipe d'intervention armée jusqu'aux dents les encercla.

- DEA, Jetez vos armes ! ordonna sans doute le chef de l'équipe.

- Attendez, on est flics ! C'est un malentendu ! Tenta Clarke.

- Jetez vos armes ! S'énerva-t-il, son visage devenant rouge sous la pression.

Elles échangèrent un regard et obtempérèrent. Leurs armes touchèrent à peine le sol qu'elles furent violemment forcées à poser genoux à terre et leurs mains vigoureusement menottées dans le dos.

- Vous faites une terrible erreur ! Les informa Lexa.

- On est de la police d'Arkadia ! ajouta Clarke.

- Prenez au moins nos plaques dans nos poches, continua la brune alors qu'ils les relevaient.

Le chef fit signe à ses hommes et ils fouillèrent leurs poches, récupérant effectivement leurs plaques qu'ils donnèrent à leur supérieur. Ce dernier les observa attentivement.

- Griffin et Woods ? Leur jeta-t-il un regard mauvais.

- Quoi ? Ca ne vous suffit pas ? S'énerva Lexa.

- Appelez notre Capitaine, il vous confirmera qui on est, ajouta Clarke tout aussi énervée.

- Je vous crois mais là n'est pas le problème… retourna-t-il d'un regard froid.

- Comment ça ? demandèrent-elles à l'unisson.

- Je viens de vous trouver sur une scène de crime…

- Et alors ? On faisait notre job, le coupa Clarke.

- Et alors, l'un de ses hommes était sous couverture et son dernier message indiquait… traina-t-il tout en cherchant dans sa poche son téléphone… oh mais vous voulez peut-être le lire par vous-même ? lança-t-il sarcastique avant de s'approcher pour les laisser lire le message.

« Nouveau rendez-vous demain matin avec Griffin et Woods, inconnus jusqu'à présent, recontacte après rendez-vous pour plus d'information »

C'est avec effroi qu'elles quittèrent l'écran des yeux, réalisant qu'elles étaient véritablement dans le pétrin. Prenant leur réaction pour un aveu, il cessa de jouer et ordonna avec virulence :

- Qu'on me les embarque !

- Vous faites erreur ! Se défendit Clarke.

Elles furent entrainées vers la sortie sans douceur et quelques secondes plus tard poussées à l'arrière d'un véhicule. Clarke commença à tirer sur ses menottes, chose bien inutile que lui rappela Woods, alors elle cessa, se résignant en se laissant tomber dans le fond de son siège.

- On est dans la merde… souffla-t-elle alors qu'elles étaient seules dans le véhicule.

- Sans blague, rit faussement Lexa.

- Il y a de forte chance que mon arme ait tué tous ces types, ajouta-t-elle.

- Je sais.

- T'as une idée parce que moi, non ! S'emporta Clarke face au calme de Woods.

- On reste calme et on se tait en attendant notre avocat, répondit-elle sereinement.

Clarke laissa tomber sa tête contre le siège, fermant les yeux dans un souffle résigné.

- J'aurais dû me douter que le fait d'être d'accord sur un mauvais pressentiment était vraiment vraiment mauvais signe… soupira-t-elle.

- Alors on aurait été doublement d'accord, lui rappela Woods.

Elle rouvrit les yeux et se tourna vers elle, les saphirs agités rencontrant brièvement les émeraudes apaisants avant d'ajouter :

- Alors on est doublement foutues…

Pourtant le calme de Woods, l'apaisa et la confiance de son regard la rassura, lui rappelant qu'elle n'était pas seule dans cette galère. Galère qui, elles l'ignoraient encore, allait vite tourner au cauchemar…


Assise face à la petite table carrée de la salle d'interrogatoire, Lexa serrait imperceptiblement les dents alors que les menottes trop serrées irritaient ses poignets. Pour ne rien arranger, elles avaient été fixées à la table, l'obligeant à garder les bras tendus mais appuyée dans le fond de sa chaise elle restait stoïque, sachant parfaitement qu'on l'observait par la vitre sans tain. Ces derniers jouaient avec leurs nerfs avant de venir les interroger, un coup classique qui n'allait pas les désarçonner, du moins elle espérait que Griffin saurait garder son calme dans ce petit jeu. Elles avaient été séparées dès leur arrivée au poste, menottées et trainées devant tous leurs collègues jusqu'aux salles d'interrogatoires. La DEA n'ayant pas d'antenne à Arkadia avait été obligé d'occuper les locaux du commissariat, ce qui en soit était un atout pour elles. Malgré l'ampleur de la situation, elles étaient entourées d'alliés qui allaient vite arranger les choses. Un brouhaha se fit entendre sur sa droite, on aurait dit que quelque chose venait de frapper le mur. Lexa ferma les yeux, laissant brièvement tomber son masque en jurant intérieurement alors qu'elle perçut les cris de colère de Griffin lorsque la porte s'ouvrit pour laisser entrer un agent. Son visage se ferma immédiatement alors qu'elle étudia l'homme, un afro-américain au regard dur, vêtu d'un costume presque trop lisse.

- Je suis l'agent Pike des affaires internes, se présenta-t-il durement tout en jetant un dossier sur la table.

Lexa fixa le dossier venant de claquer devant elle puis elle releva un regard toujours imperturbable sur lui.

- Depuis combien de temps suis-je ici ? demanda-t-elle simplement alors que le temps jouait contre elles.

- Vous venez d'abattre un agent fédéral, vous n'êtes pas en position de demander quoi ce soit, rétorqua-t-il froidement.

Lexa esquissa un sourire effronté alors qu'il voulait la jouer à la dure mais s'il croyait l'intimider ou bien la faire réagir, il se trompait lourdement sur son profil. Elle n'était pas aussi impulsive que Griffin…

- Vous devriez vite effacer ce petit sourire, menaça-t-il.

- Vous n'avez rien de valable, nos noms dans un message ne veulent absolument rien dire, retourna-t-elle avec confidence.

Il lâcha un rire confiant avant de se pencher sur le dossier qu'il ouvrit, révélant tout d'abord une photo de l'arme de Clarke.

- L'arme de votre équipière a tué tous les hommes présent dans cet entrepôt, y compris notre agent, clarifia-t-il durement et une colère visible dans le regard.

- Elle a passé la journée avec moi, c'est un coup monté, défendit-elle.

Il rit à nouveau et elle n'aima vraiment pas l'éclat de confiance, celui de la victoire dans son regard.

- Je ne pense pas que vous soyez un bon alibi pour l'inspecteur Griffin, se moqua-t-il clairement.

Elle ne répondit rien, se contentant de l'observer avec interrogation et crainte, se sentant acculée sans même savoir pourquoi.

- Nous avons fouillé votre appartement, nous avons trouvé la drogue, asséna-t-il.

- Qu… quelle drogue ? S'étonna-t-elle avec crainte.

- Cessez donc ce petit jeu ! S'emporta-t-il en tapant violemment sur la table. Depuis quand Griffin et vous travaillez pour A.L.I.E ?

- Vous vous trompez complètement ! C'est un coup monté ! S'emporta-t-elle à son tour et sans pour autant manquer le sourire victorieux de Pike pour lui avoir fait perdre son calme.

- Un coup monté ? Rit-il de plus belle. Les empruntes de Griffin sont partout sur son arme, uniquement les siennes ! Et chez vous nous trouvons un kilo de drogue !

- Avec Griffin on a mit au trou plus de membre d'A.L.I.E que n'importe qui ici, se défendit-elle.

- Surement pour vous faire la part belle ensuite ! Contra Pike. Quelle meilleure couverture que de combattre A.L.I.E au grand jour pour mieux commercer avec eux dans l'ombre ?

- Vous vous plantez complètement, secoua-t-elle la tête en sentant qu'elle était royalement fichue.

- On vous a ni plus ni moins prises en flagrant délit sur une transaction qui a mal tourné. Vous saviez qu'il y avait un agent infiltré et vous l'avez descendu ! Asséna-t-il furieux.

- Non ! On ne savait rien ! Se leva-t-elle brusquement mais brutalement retenue par ses menottes lorsqu'elle voulut avancer sur lui. On était là sur les renseignements d'un indic, on…

La porte s'ouvrit violemment, les surprenant tous les deux alors qu'une femme élancée, respirant la classe et la confiance dans son tailleur fit son entrée.

- Anya Lowell, avocate de l'inspecteur Woods, se présenta-t-elle incisive. Maintenant, si vous voulez bien nous laisser seules.

- Hors de question, c'est un interrogatoire, protesta Pike furieux d'avoir été interrompu.

- Et ma cliente ne dira plus rien avant que nous ayons pu nous entretenir et encore moins sans ma présence, trancha-t-elle sévèrement, son regard amande transperçant l'homme.

Pike vociféra dans sa barbe et quitta la salle d'un pas furieux tout en lançant qu'il n'en avait pas terminé avec elles. L'avocate ferma la porte tandis que Lexa se laissa tomber sur sa chaise avant d'enfouir son visage dans ses mains.

- Je suis dans la merde An'… souffla-t-elle alors que ses nerfs lâchaient finalement.

- Je te le fais pas dire… répondit-elle tout en s'asseyant devant elle.


Griffin faisait les cents pas dans sa cellule. Toujours furieuse suite à son entrevue avec Pike. Il ne lui avait pas fallu longtemps pour qu'elle perde toute notion de calme. Il avait suffit qu'il confirme que son arme était bien l'arme du crime et osé dire qu'elle avait bafoué le souvenir et l'honneur de son père qui avait été un brillant flic avant de se faire tuer en service. Depuis, elle ne décolérait pas, tournant comme une lionne en cage alors qu'elle n'avait aucune nouvelle, que se soit sur son cas ou celui de Woods dont elle avait été séparée. Même si elle se doutait que Pike devait être en train de l'interroger... Elle faisait un énième aller-retour lorsqu'elle entendit la porte du couloir s'ouvrir puis des pas se rapprocher. Clarke se colla aux barreaux dans l'espoir de voir qui approchait et c'est avec soulagement qu'elle vit arriver la brune. Woods était toujours menottée et flanquée d'un officier de police à sa droite tandis qu'à sa gauche se tenait une grande blonde en tailleur. Une femme qu'elle reconnut immédiatement pour avoir régulièrement échangé avec elle sur des affaires. Anya Lowell était une brillante avocate dont la réputation n'était plus à faire. L'officier ouvrit la cellule voisine dans laquelle Lexa entra avant de lui tendre ses poignets. Il les lui prit et retira les menottes.

- Merci, Miller, le remercia-t-elle tout en frottant ses poignets rougis.

L'officier sourit tristement, souhaitant pouvoir faire plus pour aider ses deux collègues, avant de se reculer et refermer la porte. Il leur fit un signe de tête et s'en alla, laissant Anya seule face à la cellule de Lexa.

- Je vais faire ce qu'il faut pour te sortir de là, indiqua cette dernière à sa cliente et amie.

- Je vois que tu as les moyens de t'offrir le meilleur du meilleur, ironisa Clarke depuis sa cellule, bien que tu n'ais pas besoin de te défendre, ce n'est pas ton arme qui a été retrouvée.

- Non mais c'est chez moi qu'il y a un kilo de drogue, retourna durement Lexa tout en allant s'assoir sur le lit de béton de la cellule.

- Quoi ? S'étonna-t-elle face à la nouvelle et se rapprochant des barreaux les séparant.

- Vous êtes toutes les deux dans une sale affaire, reprit Anya, mais je n'ai encore jamais perdu un procès alors je ne vais pas commencer avec vous.

- Comment ça un procès ? Paniqua Clarke. Et comment ça vous ?

- Lexa a insisté pour que je vous défende également…

- Je n'ai pas les moyens de vous payer… la coupa-t-elle.

- T'en fais pas pour ça Griffin, on est ensemble dans ce merdier, on se défendra ensemble.

Clarke acquiesça doucement en remerciement tandis qu'Anya reprit :

- Quant au procès, il est inévitable. Les preuves sont accablantes…

- Accablantes ? Ironisa Clarke. S'il-vous-plait, je suis sûre que vous pouvez faire tomber les preuves. Mon arme m'a été volée et placée là, idem pour la drogue, n'importe qui peut entrer dans un appartement et la cacher à notre insu.

L'avocate détourna brièvement le regard. Griffin avait raison, elle pouvait faire tomber ces preuves mais pas la plus problématique…

- Qu'est-ce que tu nous caches ? demanda Lexa en se relevant et la transperçant du regard.

- Je ne voulais pas vous inquiéter plus que nécessaire, la journée a été suffisamment difficile pour vous…

- On est plus à ça près, l'encouragea Clarke.

- Très bien… souffla l'avocate. Ils ont un enregistrement audio.

- C'est-à-dire ? Poussa Lexa.

- L'agent qui a été tué avait un micro et dessus on vous entend parler durant l'échange puis le menacer avant les coups de feu…

- C'est impossible ! Réfuta Clarke.

- Elle a raison, on a jamais été présente, An'.

- Je sais, je vous crois mais c'est impossible à réfuter. Notre seule chance est de convaincre un jury de votre version.

- On est foutu, souffla Clarke tandis que Lexa ne disait rien, se contentant de fixer son amie qui malgré sa conviction affichée, ne pouvait lui cacher qu'au fond elle non plus n'y croyait pas.

- Je dois y aller, s'excusa Anya.

- Merci pour ce que tu fais, lui dit Lexa avant d'échanger un sourire et qu'elle ne s'éloigne.

Lorsque la porte du couloir claqua à nouveau, Lexa et Clarke se retrouvèrent avec pour seule compagnie le silence. La brune retourna s'assoir sur son lit et la blonde en fit de même, s'allongeant sur le béton froid.

- Tu crois qu'on a une chance ? demanda Clarke après quelques minutes d'un lourd silence.

- Anya est la meilleure, souffla Lexa mais bien que convaincue des compétences de son amie, elle avait peu de foi en ce qui concernait leur victoire.

Et ça, Clarke le discerna parfaitement dans sa voix…

- Hey Woods ? L'appela-t-elle après un long silence.

- Quoi ? S'exaspérait-elle déjà.

- Rappel-moi d'exploser les couilles de Murphy la prochaine fois qu'on le voit.

Seul un rire léger lui répondit et elle sourit bêtement de son petit effet, profitant d'un peu de légèreté avant la tempête …


Le lendemain matin, la porte du couloir grinça à nouveau puis des pas les sortirent de leur nuit sans sommeil. L'inquiétude, l'inconfort du béton et l'humidité de leurs cellules les avaient tenu éveillé, ainsi la fatigue était visible sur leur visage, des cernes se dessinant déjà sous leurs yeux. Lexa se redressa, le dos douloureux d'avoir souffert contre le béton, elle se massa la nuque et s'étira quelque peu tandis que la clé dans la serrure de sa cellule cliqueta. Elle se leva sans faire d'histoire et tendit ses poignets à Miller qui entra et qui lui passa les menottes, pinçant tristement ses lèvres.

- Debout là-dedans ! Cogna avec sa matraque un second officier contre les barreaux de la cellule voisine.

Lexa ne l'avait pas remarqué alors qu'il attendait en retrait de Miller, couvrant les arrières de ce dernier tandis qu'il la « neutralisait ». Griffin qui était toujours allongée sur son lit de béton ne bougea pas, feignant de dormir alors que Woods savait pertinemment qu'elle n'avait pas trouvé le sommeil de la nuit. La blonde n'ayant cessé de faire les cents pas, de se tourner et retourner sur le béton et tenter de discuter alors que Lexa n'aspirait qu'au calme. Si elles n'étaient pas séparées par des barreaux, elle aurait sans doute terminée par l'étrangler dans la nuit. Au moins, elle serait enfermée pour une bonne raison.

- J'ai dit debout ! Gronda-t-il à nouveau tout en ouvrant la porte de la cellule.

- Griffin ne fais pas d'histoire, ordonna sévèrement Lexa.

- Ca va, ça va, se redressa finalement la blonde, j'aspirais seulement à quelques secondes de plus.

Elle s'avança ensuite tout sourire en lui tendant ses poignets, sourire faussement innocent qui termina d'enflammer l'officier. Il l'attrapa par le col de sa veste et la poussa fortement contre les barreaux, lui arrachant un hoquet de surprise sous le choc avant de plaquer sa main autour de sa gorge mais ne serrant pas.

- Tu feras moins la maline une fois en taule ! grogna-t-il, bavant presque de rage.

- Hey ! S'avança Lexa prête à la défendre malgré la présence des barreaux.

- Emerson, lâche-la tout de suite ! Intervint Miller en passant devant la brune et l'éloignant des barreaux.

- Tu défends cette raclure de ripou, Miller ? Personne ne va nous reprocher de leur avoir mis une bonne correction, cracha-t-il en commençant à serrer la gorge de sa captive.

- Le procès n'a pas encore eu lieu alors jusqu'à preuve du contraire elles sont innocentes.

- Arrg sale garce ! cria Emerson alors que Clarke venait de lui planter son genou dans les parties.

Il se recula en portant ses mains à son entre-jambe et la blonde en profita pour sortir de la cellule en refermant la porte sur lui. Réagissant immédiatement, Miller bondit hors de la cellule voisine pour lui bloquer le passage dans le couloir, portant machinalement une main sur son arme de service.

- Du calme Miller, l'arrêta Clarke en lui tendant ses poignets.

L'officier se relaxa, ignorant les appels de son équipier, puis fit signe à la brune de se rapprocher. N'ayant pas de second jeu, il libéra l'un des poignets de Lexa pour entraver celui de la blonde, les liants ensembles.

- J'espère que t'es contente, grogna Lexa.

- Comme si être littéralement attachée à toi était mon but, se plaignit Clarke.

Pendant qu'elles se chamaillaient, Miller ferma à clé la cellule contenant Emerson.

- Qu'est-ce que tu fous ?!

- Je te laisse le temps de te calmer, lui répondit-il avant de se détourner de la cellule. S'il-vous-plaît, avancées sans faire d'histoire, demanda-t-il ensuite aux deux prisonnières.

Elles acquiescèrent silencieusement puis il leur fit signe d'ouvrir la marche. Lexa se lança d'un pas ferme, surprenant Clarke en la tirant en avant. Cette dernière grogna une injure tandis que la brune demandait leur destination.

- Salle d'interrogatoire trois, votre avocate vous attend.

Connaissant le chemin, ils se faufilèrent facilement à travers les couloirs du commissariat. Pendant leur marche, elles prirent consciences d'une chose. Emerson n'était pas le seul à les avoir déjà condamnées. Sur leur passage, nombreux furent les regards haineux. Les plus blessants venant de ceux qu'elles côtoyaient depuis plusieurs années. Ils se connaissaient, s'étaient épaulés et protégés plus d'une fois à travers leurs enquêtes et pourtant ils les condamnaient sans détours, sans une once d'hésitation. Cependant, à travers les visages de haine, elles aperçurent tout de même quelques lueurs. D'abord Miller qui les accompagnait et veillait que personne n'essaye de suivre l'exemple d'Emerson mais également Bellamy qui affichait son soutien dans un regard déterminé et se voulant rassurant. Malgré tout, elles avaient l'amer sentiment que les alliés de la veille étaient maintenant les ennemis d'aujourd'hui… et s'il y avait bien une personne dont elle redoutait le jugement dans ce commissariat, c'était celui de leur Capitaine qui les attendait à l'entrée du couloir menant à la salle d'interrogatoire.

- On est innocente, lui dit Lexa alors qu'elles s'arrêtèrent brièvement à sa hauteur, Miller leur accordant cette bref pause.

- Je sais, répondit-il sobrement, le visage impassible mais plein d'assurance.

Après cette simple réponse qui les rassura, heureuse de ne pas l'avoir déçu, de ne pas avoir perdu sa confiance, elles entrèrent sans complaintes dans la salle d'interrogatoire où Anya les accueillit…


Gustus les regarda disparaitre d'un air songeur dans la salle d'interrogatoire puis il se tourna sur ses hommes qui observaient toujours la scène et comme un signal, ils se remirent au travail. Satisfait par son autorité, il prit le chemin de son bureau pour être brusquement arrêté par Bellamy.

- Capitaine, on doit les aider, on ne peut pas les laisser les accuser comme ça, s'interposa-t-il avec véhémence.

Son intervention ramena plusieurs regards sur eux dont celui de Miller et Echo, cette dernière observant la situation appuyée sans inquiétude contre un mur. Il faut dire qu'elle ne connaissait pas particulièrement les deux femmes, elle n'avait que les rumeurs et leurs réputations pour se faire une idée, de fait elle n'avait pas d'avis tranché sur leur innocence ou non. En revanche, elle faisait confiance à son partenaire qui clamait haut et fort que tout cela était un coup monté, soutenant ainsi la version de Griffin et Woods.

- Il n'y a rien à faire, le coupa Gustus.

- Capitaine…

- Blake ! L'arrêta-t-il. La justice fera son travail.

- Vous savez comment ça va finir ! S'emporta Bellamy. On doit prouver que ces preuves sont bidons, qu'il s'agit d'un coup monté !

- Et comment voulez-vous faire ça ? Retourna-t-il calmement. C'est bien l'arme de Griffin, la drogue était chez Woods et c'est un moindre problème comparé au reste.

- Laissez-nous enquêter, on…

- Non ! Vous allez laisser tomber cette histoire, il n'y aura aucune enquête, vous m'entendez.

- Les croyez-vous réellement innocentes ?! Accusa soudainement Bellamy.

Gustus posa un regard sombre sur son inspecteur, n'aimant guère son reproche mais il ne rétorqua rien, se contentant de le dépasser en le bousculant avant d'aller s'enfermer dans son bureau. Quant à Bellamy, il retourna d'un pas rageur vers son équipière qui n'avait rien manqué de la scène.

- Tu es sûr de toi ? lui demanda-t-elle platement mais scrutant son visage.

Il releva un regard brûlant de conviction sur elle.

- Clarke a bien des défauts en tant que flic mais une ripou ? Jamais, dit-il catégorique.

- Même les meilleurs se laissent corrompre… le poussa-t-elle.

- Elle ne trahirait jamais la mémoire de son père, Jack a donné sa vie à ce boulot, c'est un héros, jamais elle ne le bafouerait. Et utiliser son arme pour tuer des flics ? Connerie ! S'emporta-t-il tout en gardant leur conversation privée.

- Très bien… et Woods ?

Personne n'ignorait qu'il ne la portait pas dans son cœur mais Woods était une excellente flic au sens du devoir exacerbé, alors Woods une ripou ? C'était une blague que ses collègues faisaient autour d'un verre.

- C'est Woods qui arrête les ripoux, pas l'inverse… admit-il avec respect. Et cette fille a littéralement manger le manuel du flic parfait alors enfreindre les règles pour de la drogue ? Bien trop coincée pour ça, rit-il acerbe.

- Ok alors allons prouver leur innocence, le soutint Echo.

Bellamy acquiesça dans un fin sourire reconnaissant puis ils quittèrent leur commissariat à la recherche de réponses…


- Quels sont les nouvelles ? demanda Clarke la porte aussitôt refermée.

Miller les avait laissées seules en compagnie de l'Avocate mais il n'avait pas oublié de les attacher à la table avant de sortir. Leurs mouvements déjà limités par le fait d'être menottées ensembles, l'étaient maintenant d'avantage.

- Mauvaises, asséna Anya sans détour.

- A quel point ? demanda Lexa.

Anya ne répondit pas, fouillant dans ses dossiers avant d'en sortir un en particulier et de l'ouvrir face à ses clientes et plus particulièrement vers Clarke.

- Que pouvez-vous me dire sur elle ?

La blonde fronça des sourcils alors qu'elle observait une photo de Raven.

- C'est ma colocataire… traina-t-elle avec confusion.

- Vous voulez dire ancienne junkie travaillant pour A.L.I.E que vous hébergez, clarifia Anya.

- En quoi est-ce important ? Retourna-t-elle.

- C'est important depuis qu'elle a disparu, aucune trace d'elle chez vous depuis votre arrestation. Ce qui fait d'elle notre première suspecte en ce qui concerne le vol de votre arme et sans doute l'enregistrement au vu de ses capacités en informatique.

- Ou bien elle était présente lors du vol et on l'a enlevé ou pire, contra-t-elle.

- Aucune trace d'effraction ou même de bagarre, trancha Anya.

- Je vous dis qu'elle n'a rien fait, s'emporta-t-elle vivement.

Dans son emportement, elle fit un mouvement brusque qui emporta le bras de Lexa avec elle, cette dernière s'écrasant presque contre la table.

- Griffin… grogna la brune.

- Désolée…

Lexa se recula de la table alors que Clarke lui donnait du mou puis elle se tourna légèrement vers la blonde.

- Tu es certaine qu'elle n'a rien à voir là-dedans ? demanda Lexa.

- Certaine… Raven nous a aidés par le passé et elle n'est pas sortie de cette merde pour replonger dedans. Elle cherche vraiment à reprendre sa vie en main. Je lui fais confiance.

- Ok alors au lieu de chercher à l'incriminer, on devrait la chercher pour s'assurer qu'elle va bien, se tourna-t-elle vers l'avocate.

Cette dernière acquiesça à contre cœur, soufflant de frustration en rangeant le dossier de Raven Reyes. Cette junkie étant leur meilleure piste, pour ne pas dire la seule, et était sans doute sa chance de discriminer ses clientes. Mais si aucune d'elles ne la suivait sur ce plan, il ne tiendrait pas la route donc autant l'abandonner avant de faire naufrage.

- Passons au problème suivant, annonça-t-elle en allumant la télévision qu'elle avait fait installer un peu plus tôt dans la pièce.

Sur l'écran s'afficha le journal télévisé, du moins un enregistrement du journal de la veille, et dont le sujet principal n'était autre qu'elles-mêmes. Apparut ensuite le présentateur vedette, Finn Collins et ex-petit ami de Clarke. Cette dernière se crispa immédiatement de colère en l'apercevant mais ce ne fut rien en comparaison de sa fureur lorsqu'elle comprit qu'il n'était pas présentateur mais interviewé à son sujet.

« Oui, j'ai été choqué d'apprendre que Clarke était corrompue… je n'aurais jamais pensé qu'elle pourrait tuer un homme pour de l'argent… » Dit-il faussement chamboulé.

- Je vais le tuer… grogna Griffin.

- Ca ne nous aidera pas, tenta de la calmer Lexa.

« Mais maintenant je comprends mieux toutes ses heures supplémentaires et ses allées-retours en pleine nuit, j'aurais dû me douter qu'il y avait quelque chose de pas nette chez elle… »

- Espèce d'enfoiré ! Se leva brusquement Clarke.

- Arg ! Griffin putain ! cria Lexa.

La blonde se retourna pour trouver la brune face contre la table. Elle se rassit immédiatement et Lexa se redressa en lui jetant un regard noir.

- Il vous enfonce depuis hier soir, ses interviews passent en boucle, expliqua Anya, j'ignore ce que vous lui avez fait mais il vous déteste.

- Ce que je lui ai fait ? S'énerva Clarke. Ce connard m'a trompé et maintenant il se venge parce que je l'ai largué et refuse de le reprendre, claqua-t-elle.

- Je vais utiliser ça pour le discréditer, répondit Anya avec détachement. Mais en attendant ce n'est pas la seule chose que les médias étalent pour vous descendre en flèche.

Elle fit une pause, rendant les choses soudainement bien plus dramatique, et le regard attristé qu'elle tourna sur Lexa n'arrangea rien.

- Ils utilisent la mort de Costia contre toi, reprit-elle avec plus d'égard qu'elle n'en avait eu pour Clarke.

Lexa inspira profondément, déstabilisée uniquement par ce douloureux rappel.

- Que disent-ils ? Réussit-elle à demander.

- Tu n'as pas besoin des détails, tenta-t-elle d'esquiver.

- Que disent-ils ? Claqua-t-elle presque dangereusement.

- Que Costia avait découvert ton double jeu et que tu aurais facilité sa mort…

Clarke vit Lexa serrer les poings contenant une colère et une douleur sourde en elle.

- Mais ce n'est pas tout, reprit Anya, ils ont aussi interrogé John Murphy au sujet d'un interrogatoire musclé…

- Oh c'est pas vrai… grogna Clarke.

- C'est donc vrai ? demanda l'avocate.

- Malheureusement oui, répondit Lexa, Griffin lui a bien balancé un bottin et joué à la roulette russe avec ses bijoux de famille.

- Je pouvais pas savoir ce qui allait se passer, se défendit la blonde.

- C'est justement pour éviter ce genre de conséquence que les règles et les protocoles existent, argua la brune.

- Tu peux pas t'en empêcher, soupira-t-elle.

- J'énonce un fait…

- Non, tu te pavanes fièrement avec ta foutu droiture en faisant un sermon, s'agaça-t-elle avant de volontairement tirer sur les menottes, attirant en avant la brune mais cette fois Lexa lui rendit la pareille, tirant fortement son bras vers elle en représailles.

- Et sinon le mariage est pour quand ? Se moqua ouvertement Anya tandis que Clarke se rattrapait à la table.

Contrariées par sa boutade, elles voulurent croiser leurs bras sur leur poitrine mais les menottes les retinrent, arrachant un léger sourire à l'avocate lorsqu'elles bougonnèrent en harmonie.

- Quoi qu'il en soit… reprit-elle très sérieuse… tout ceci fait beaucoup de bruit, beaucoup trop du point de vu des politiques. Le Maire Jaha veut que l'affaire se termine au plus vite. A vrai dire s'il pouvait l'enterrer il le ferait dans l'instant mais au lieu de ça, il ne peut que faire accélérer les choses. Le procès a donc été avancé à demain.

- Demain ?! S'étonnèrent-elles.

- Comment est-ce possible ? demanda Lexa.

- Peu importe quelles ficelles à dû tirer le Maire pour faire accélérer la justice, répondit-elle gravement. Le fait est que je n'ai pas assez de temps pour préparer votre défense. Tout est contre vous, je n'ai aucun élément pour démonter leurs arguments…

- Je crains de comprendre, s'inquiéta Clarke.

- Je ne vois pas comment vous sortir de là, avoua-t-elle presque honteusement alors qu'elle évita de croiser le regard de son amie. Tout ce que je vais pouvoir faire, c'est réduire au maximum la peine encourue… Je suis désolée mais l'unique conclusion de ce procès, c'est…

- La prison… termina avec acceptation Lexa.

A suivre…


Alors ? Les choses se gâtent pour notre duo :p

J'espère que le chapitre vous a plu et je vous remercie encore et toujours pour vos retours :D

Dans le prochain chapitre, et les prochains d'ailleurs, le ton deviendra plus sérieux alors qu'on retrouvera nos deux héroïnes directement en prison...

Je vous souhaite une bonne semaine :)