Chapitre 3.
Blue Spring était l'archétype de la petite ville en pleine expansion. Sa mine prospère attirait chaque jour plus de côlons et les premiers travaux lancés par le chemin de fer à proximité feraient rapidement de la région un passage obligé. Plus de monde signifiait bien évidemment plus de problèmes, ne laissant que peu de répit au sheriff vieillissant. En poste depuis toujours, ayant connu la ville petite et calme, il peinait à gérer les débordements. Et ces dernières semaines, la situation avait encore empiré. Alors il avait décidé de faire appel à Sam et ses hommes, dont la réputation n'était plus à faire dans le coin. Il y aurait un peu d'argent à se faire, les familles préoccupées par la situation ayant constitué une petite cagnotte, ils seraient nourris et logés pendant qu'ils seraient là. Ce n'était pas la motivation première des sept hommes, mais c'était là des avantages qu'ils n'allaient cependant pas refuser.
Quand ils entrèrent dans la ville, Josh sentit immédiatement son compagnon mal à l'aise. Trop de monde, trop de gens de passage, trop de possibilités de tomber sur quelqu'un qui aurait vu son avis de recherche. Et puis, Josh lui-même était tendu. Au dernier moment, il avait essayé de se défiler, plaidant comme souvent qu'ils seraient mieux sans lui. Vasquez n'avait pas cédé parce qu'il savait que c'était ce qu'il y avait de mieux pour lui, même si celui-ci s'évertuait à le nier. Tout au fond, Josh savait qu'il n'aurait égoïstement pas voulu être là sans lui, ce qui était flatteur malgré les circonstances.
Comme ils s'y étaient attendus, ils trouvèrent leurs amis au saloon, encore à moitié vide en ce début d'après-midi. Ils avaient étalé devant eux, au milieu des verres encore pleins, une carte de la région et Sam interrompit ce qu'il disait en les voyant approcher.
- Nous commencions à envisager devoir nous résoudre à agir sans vous, dit-il après de chaleureuses salutations.
- Les chevaux ne sont pas toujours aussi bien disposés qu'on le voudrait, plaida Vasquez en s'asseyant à côté de Goodnight.
Faraday lui lança un regard empreint de gratitude, appréciant qu'il ne révèle pas la vraie raison de leur retard. Vasquez avait ralenti leur rythme sans s'exprimer à ce sujet, mais lui n'était pas dupe et savait que la douleur dans sa jambe n'y était pas pour rien. Son compagnon remarquait toujours quand il avait mal, il avait simplement le tact de le couvrir de petites attentions sans en piper mot. Il appréciait ce genre de sollicitude. De même, ces journées à chevaucher écourtée lui avait fait le plus grand bien.
Il détestait ce corps qu'il ne maîtrisait plus tout à fait. Cette main qui avait des difficultés à faire bien des choses, cette jambe qui se manifestait trop souvent, ces oreilles qui bourdonnaient régulièrement, causant d'affreux maux de tête, comme si le fait que l'une d'elle n'entende plus aussi bien qu'avant n'était pas suffisant. Le détail des migraines régulières, il ne l'avait confié à quiconque, mettant plutôt ses indispositions passagères sur le compte de l'alcool. Pour l'instant, Vasque n'y voyait que du feu, se contentant à chaque fois de lui faire la morale quant à ses habitudes éthyliques. C'était préférable, il supportait davantage les remontrances que devoir avouer une faiblesse de plus. Il se sentait bien assez misérable et inutile auprès de ceux qui comptaient pour lui.
Le pire était bien sûr les cauchemars. Il revivait bien des nuits les minutes qui avaient précédé l'explosion, avec cette sensation horrible qu'il allait mourir. Cette sensation qui demeurait palpable dans ces songes, ceux-ci ne pouvant paraître plus réels, lui glaçant le sang, alors même que tout au fond il se savait en sécurité. C'était frustrant de se sentir aussi fragile après plus d'un an. Pourtant, il avait conscience que sa situation aurait pu être pire encore. Car chaque fois que cela n'allait pas, Vasquez veillait sur lui et le soutenait, sans jamais se montrer intrusif. Il était curieux et c'était compréhensible, mais ne posait jamais de questions, se contentant de l'entourer quand le besoin se faisait sentir.
C'était pour lui une présence inestimable. Il avait été seul bien longtemps et ne s'en était jamais plaint, mais il n'était pas sûr qu'il aurait été capable de surmonter les conséquences de ses blessures sans Vasquez à ses côtés. Bien sûr, il ne le lui avait jamais avoué, ne le ferait probablement jamais, mais il savait que c'était inutile. Vasquez n'était pas idiot, il savait qu'il lui était attaché. Il ne voulait d'ailleurs probablement pas en parler davantage que lui. Parfois, les actes avaient plus de poids que les mots. Surtout entre deux hommes si peu habitués à jouer le jeu des sentiments.
Le Mexicain était cependant un peu moins regardant et lui avait dit à plusieurs occasions qu'il l'aimait. Si Faraday ne commentait jamais, il était touché quand ces mots étaient prononcés. Déjà, parce qu'ils étaient, malgré son silence alors, totalement réciproques, ensuite parce que c'était bien la première fois que quelqu'un lui était attaché et cela s'avérait une expérience plus grisante que prévu.
- Alors, que faisons-nous ici ? demanda Vasquez tandis qu'il s'installait près de lui.
- Comme je l'avais déjà expliqué avant votre arrivée, plusieurs jeunes filles du coin ont disparu ces dernières semaines. Les habitants commencent à avoir vraiment peur et exigent des explications. Le sheriff a fait au mieux et soupçonne quelqu'un parmi le camp des ouvriers du chemin de fer.
- Des filles de joie ? s'enquit Faraday.
- Ça aurait fait moins de vagues. Non, des filles de bonnes familles. La plus âgée a à peine seize ans.
- Et qu'est-ce qui fait croire au sheriff que le chemin de fer est impliqué ?
Sam, qui était arrivé sur place avant tout le monde, avait pris les renseignements directement auprès du représentant de la loi. Il présenta ainsi les faits à tous.
Les ouvriers du chemin de fer s'étaient installés dans un camp à quelques kilomètres de la ville voilà plusieurs mois. Au départ, les officiels de la région y voyaient là l'opportunité d'un regain d'activités, notamment en nourrissant et divertissant ces hommes. Mais rapidement, ceux-ci se contentèrent de vivre en autarcie, ne venant en ville que par nécessité. Ils avaient leur endroit où boire, sous une tente qui ne payait pas de mine mais l'alcool était bien là, ils avaient fait venir leurs propres prostituées… Nul besoin donc de s'éloigner pour trouver du divertissement à leur goût.
Alcool, paris, femmes, si cela occupait ces travailleurs sur leur temps libres, c'était également l'occasion de bagarres, de coups fourrés. Le sheriff avait dû intervenir plus d'une fois pour en mettre l'un ou l'autre en cellule. Il avait même arrêté le responsable d'un meurtre, le résultat d'une bagarre d'ivrognes mais un meurtre malgré tout. Cependant, depuis plusieurs semaines, à l'époque justement des premières disparitions, il n'avait plus eu la possibilité de s'approcher du camp, désormais gardé par plusieurs hommes armés. Seul, il n'avait pas osé se frotter à plus nombreux que lui, aussi avait-il jeté l'éponge, avant de lire dans un journal donné par un habitant, un bref résumé des exploits des sept amis, qui s'étaient frottés récemment à un propriétaire terrien avide, aidant du même coup toute une famille menacée.
Sam, pas plus que les six autres, n'avait prévu de faire de ces brèves missions d'utilité publique son gagne-pain principal, mais il était incapable de refuser dès lors qu'on lui demandait son aide, même pour être rémunéré parfois une bouchée de pain. Faraday pouvait en dire tout autant. Lui qui avait longtemps été un arnaqueur, volant l'argent partout où il pouvait le trouver, avant de filer sans attendre que le vent tourne. C'était une vie qui lui avait longtemps convenu. La première fois qu'il avait répondu présent à la demande de Chisolm, alors même qu'il ne le connaissait pas, c'était pour la perspective de quelque aventure palpitante qui faisait le sel de sa vie. Et la possibilité de séduire au passage quelques villageoises naïves éblouies par son tout nouveau statut de héros. Des aventures, il y en avait eu, plus que prévu même, des villageoises peu farouches nettement moins en revanche. Qu'à cela ne tienne, le Mexicain qui partageait désormais son lit avait eu tôt fait de les lui faire oublier. Outre la présence de ce compagnon, il était revenu de Rose Creek blessé, traumatisé et souvent à peine plus que l'ombre de lui-même, pourtant il n'avait jamais regretté. Après une vie passée à fuir la moindre responsabilité, le moindre lien avec autrui, il avait réalisé combien c'était bon de faire quelque chose d'utile pour d'autres que lui.
Par la suite, s'il avait songé à rejeter les propositions de Sam, c'était plus à cause de ses capacités plus que limitées désormais. Mais Vasquez avait beaucoup insisté, continuant à croire toujours en lui. C'était appréciable. C'était flatteur. De compter à ce point pour quelqu'un. De se voir mieux qu'il ne se sentait dans les yeux d'un autre. Alors il suivait fidèlement, aimant ce qu'il faisait, même s'il craignait souvent être plus dangereux qu'utile. Il n'était pourtant pas un mauvais tireur de la main gauche, c'était juste sacrément frustrant de ne plus être aussi rapide.
Il en était donc là plus d'un an après ses premiers faits d'armes. A monter de nouvelles combines pour aider d'autres personnes. En se disant que c'était naturel finalement d'offrir ceci à moins chanceux que lui. Et puis, le regard souvent fier de Vasquez sur lui n'était pas pour lui déplaire. En fait, il ne se l'avouait que rarement, mais il aurait été prêt à aller jusqu'en enfer pour le suivre.
Vasquez, qu'il avait senti se tendre à l'évocation du sheriff. Evidemment, croiser un représentant de la loi autre que Sam, qui était l'un des rares à connaître toute la vérité sur son passé, n'était pas pour rassurer l'homme injustement accusé de meurtre. Il posa une main rassurante sur sa cuisse et lui adressa un petit sourire quand celui-ci sembla surpris de son geste alors qu'ils étaient aussi entourés. Bien sûr, lui aussi s'inquiétait souvent du sort de l'homme qu'il aimait, mais il s'était promis depuis bien longtemps qu'il le défendrait quitte à mettre sa propre liberté dans la balance. Cela envisagé, il était en paix avec ce qui pourrait arriver. Vasquez lui rendit son sourire et sembla un tout petit peu plus calme.
- Qu'attend-il de nous ? demanda Jack et Faraday lui en fut reconnaissant.
Il savait que si son compagnon pouvait se concentrer sur quelque chose de concret, il était moins à s'en faire. Et pour cela, rien de mieux qu'envisager chaque option avant de passer à l'action.
- Qu'on essaye déjà de voir ce qui se trame avec ce camp. Avant d'envisager agir au mieux.
- L'idéal serait un appât. Voir ainsi qui exactement s'en prend à ces filles, proposa Goodnight.
- C'est exclu, plaida Sam. Le seul appât possible serait une enfant.
- Ou Vasquez, affublé d'une perruque, s'amusa Faraday, que la perspective ne déroutait pas tant que cela.
Ses amis rirent de bon cœur, en dehors de son compagnon, pourtant pas le dernier à s'amuser en général, mais qui cette fois se contenta de le fusiller du regard.
- Je pense que j'aurais du mal à faire illusion. Ou alors c'est que je dois vraiment me poser des questions sur certains aspects de ma virilité.
- Rassure-toi, je plaisantais, sourit Faraday. Aucune question à te poser, je peux le confirmer, rajouta-t-il dans un souffle.
Il ne pensait pas avoir été entendu par qui que ce soit en dehors du principal intéressé, mais le regard de Goodnight se posant sur lui avec insistance eut tendance à le détromper. Il avait toute l'estime du monde pour l'ancien soldat confédéré, mais celui-ci avait tendance à le mettre mal à l'aise en semblant toujours savoir ce qu'il avait en tête quand Vasquez était concerné. Pas qu'il se sente jugé d'ailleurs, après tout Robicheaux ne semblait pas entretenir lui-même une relation bien différente de la leur avec Billy. C'était juste frustrant en sa présence de se sentir incapable de garder quelque chose d'aussi intime juste pour lui. Ou alors Goodnight ne le jugeait que lui, se demandant ce qu'un homme comme Vasquez pouvait bien encore trouver à l'épave qu'il était devenu. Plus mal à l'aise qu'il n'aurait voulu l'admettre à cette dernière hypothèse – mais après tout, ne pensait-il pas lui-même la même chose bien souvent ? – il détourna le regard, ne trouvant même plus de réconfort à sa main sous la table, que son homme serrait désormais dans la sienne.
- Infiltrer le camp semble être la meilleure idée, dit Jack. L'un d'entre nous pourrait récolter des informations sur place en toute discrétion. Et même nous faire entrer lorsqu'il faudra intervenir.
- Il y a juste un problème, intervint Sam. L'homme qui dirige le camp, Walter Gilchrist, est passé en ville tantôt et nous a vus tous les cinq en grande discussion avec le sheriff. Si l'un de nous y va, ça lui mettra la puce à l'oreille immédiatement.
Faraday se raidit en comprenant ce que cela signifiait. Voilà qui serait amusant, d'infiltrer l'ennemi en se faisant passer pour quelqu'un d'autre. L'occasion rêvée de faire son show, ce qu'il faisait mieux que personne. En prime, l'alcool semblait couler à flot là-bas, ce qui lui permettrait de noyer ses démons sans la culpabilité ensuite en affrontant le regard inquiet, voire déçu, de Vasquez. Il pourrait même en profiter pour montrer à ses amis qu'il était encore opérationnel et digne de confiance en menant à bien cette mission. Encore que, comme Vasquez le lui faisait souvent remarquer, c'était lui seul qui doutait de ses propres capacités. Ni Sam ni aucun autre homme présent autour de cette table ne lui avait jamais retiré sa confiance.
En même temps, puisqu'il en était à songer à sa capacité à faire face à cette mission, que se passerait-il s'il y allait et devait faire face à de nouveaux cauchemars ? Il ne pourrait supporter se découvrir définitivement aussi inutile qu'il le soupçonnait, car alors même les encouragements de son compagnon ne pourraient plus l'aider.
Il se sentait cruellement partagé entre son envie d'agir et cette même peur qui le paralysait depuis des mois.
La main dans la sienne le serra plus fort un bref instant, avant de se retirer tandis que près de lui, Vasquez se redressait vivement.
- Alors c'est moi vais y aller ! lança celui-ci d'une voix qui ne souffrait aucune opposition. Au moins notre retard aura eu cela de bon.
- Vas, tenta Faraday d'un ton qui manquait pourtant cruellement de conviction.
S'il était fier de la réaction de l'homme qu'il aimait, il ne pouvait s'empêcher d'être terriblement déçu. D'une part il était admiratif de savoir Vasquez prêt à se mettre en danger pour l'empêcher d'en faire autant. Mais en même temps, il lui en voulait de l'empêcher de prendre lui-même cette décision. Comme si, malgré ses belles paroles, il ne lui faisait pas totalement confiance. Pourtant, le sourire que lui adressa Vasquez eut tendance à démonter cette seconde option.
- Tu en serais capable, dit le Mexicain en le fixant sans ciller. Mais c'est plus logique ainsi. En tant qu'étranger, je suis le plus à même de les solliciter pour un boulot.
Ça se tenait, songea Faraday avec un hochement de tête, ravi de voir ses questionnements ainsi balayés.
- Je ne cherche pas à te materner, reprit le Mexicain beaucoup plus bas, c'est simplement que c'est plus logique ainsi.
Faraday savait qu'il était sincère et puis le connaissant, malgré leur attachement mutuel, il avait également à cœur cette mission, derrière laquelle il était prêt à s'effacer, qu'importe les conséquences.
C'est alors qu'un nouveau sentiment, probablement aussi désagréable que le précédent, s'insinua en lui. De même qu'il s'en voulu de ne pas y avoir songé en premier lieu, tout occupé qu'il était à penser à lui. Cette infiltration dans le camp ennemi pouvait être dangereuse. Ce ne serait certainement pas la première fois avec un travail proposé par Sam, bien des cicatrices sur son corps pouvaient en témoigner. Alors imaginer Vasquez seul là-bas… Ils avaient manqué être séparés une fois, quand c'était lui-même qui avait failli y passer. Depuis lors, ils avaient tout fait pour que cela ne se reproduise plus et c'était assez facile parce qu'ils étaient ensemble, qu'ils veillaient l'un sur l'autre. Or cette fois il ne serait pas avec lui…
- On devrait y aller à deux, ce serait plus sûr, proposa-t-il donc.
- Ça risquerait d'être louche. Deux petits nouveaux en même temps, contra Vasquez, qui semblait plus sûr de lui que Faraday n'aurait voulu. Mais je serai prudent, il ne m'arrivera rien.
Faraday soupira en secouant la tête. Voilà une promesse qui n'aurait pu être plus absurde tant il n'aurait guère de contrôle là-dessus.
- Il a raison Faraday, intervint Sam, lui seul sera le plus simple. Et Red restera discrètement à proximité de leur camp, prêt à agir en cas de grabuge.
L'Irlandais aurait préféré ne pas être le seul à émettre quelque objection, même s'il savait que ses amis avaient raison. D'autant qu'il avait toute confiance en Red. Mais c'était frustrant de se savoir soi-même impuissant.
- Je pourrai même probablement entrer sur place, proposa le Comanche à son intention. Mais je devrais être discret, ce qui limitera mes investigations.
- Vasquez, reprit Sam, tu copines avec eux et tu essaies de voir ce qui se trame. Et reviens ensuite le plus vite possible, qu'on puisse agir tous ensemble, avec tous les paramètres.
- On fait comme ça, confirma le principal intéressé.
- Bien. Tu commenceras demain, inutile d'arriver là-bas à la nuit tombée.
Ce temps supplémentaire à passer ensemble était une perspective agréable pour Faraday et, s'il n'en dit rien à Sam, celui-ci le fixait désormais.
- On prendra soin de lui, fils.
Il hocha la tête en esquissant un mince sourire. C'était toujours gênant de constater à quel point, chaque fois que l'un d'eux, de lui ou Vasquez, était concerné, les cinq autres s'adressait à l'autre, comme si pour tous leur lien particulier était évident. Ils n'avaient pourtant jamais rien officialisé, mais leur absence de notion de l'espace personnel quand ils étaient ensemble ne jouait probablement pas en faveur de la discrétion. Et mieux, personne dans leur groupe ne semblait enclin à les juger, comme s'il s'agissait là de la chose la plus naturelle qui soit. Venant de Goodnight et Billy, c'était logique, mais qui se serait douté de pareilles réactions de la part des trois autres ? Faraday s'estimait chanceux à ce sujet, cela aurait été difficile de se surveiller en permanence avec eux aussi. Ils devaient le faire bien assez souvent le reste du temps.
Faraday se leva à la suite de ses amis et fut surpris de voir que Vasquez n'avait pas bougé, qu'il se contentait de fixer Sam. Celui-ci l'avait remarqué aussi et l'interrogea du regard.
- Le sheriff ? demanda le Mexicain. C'est une menace pour moi ? Je veux bien aider, tu le sais, mais pas au détriment de ma liberté.
- Je m'en suis assuré. Il a bien ton avis de recherche dans son bureau, mais épinglé sous une pile d'autres plus récents. Il approche de la retraite et ne pense plus qu'à cette dernière affaire pour partir sur un succès. Je doute qu'il soit du genre à faire du zèle.
- Et puis, si nous l'aidons, ça pourra le motiver à "oublier" ton arrestation, tenta Faraday. Echange de bons procédés.
Il savait d'expérience que même le défenseur de la loi le plus sérieux était prêt à s'asseoir sur ses convictions quand l'intérêt du plus grand nombre était en jeu. Sam lui-même l'avait fait en recrutant Vasquez et celui-ci ne pouvait l'ignorer. Il hocha effectivement la tête avant de remettre son chapeau puis se leva en marmonnant quelque chose en Espagnol, où Faraday crut comprendre qu'il citait le bon dieu.
ooOoo
Après leur réunion, les deux hommes allèrent déposer leurs quelques affaires dans la chambre qui leur avait été réservée. La même chambre, avec un seul lit, le message n'aurait pu être plus clair. Tant mieux, cela leur évitait la mascarade d'avoir à prétendre dormir seul avant de se retrouver ensuite.
Une fois seul avec lui, Faraday préféra avouer ses craintes à son compagnon. Et celui-ci, comme à son habitude, ne ménagea pas ses efforts pour le rassurer. Ils ne seraient pas séparés longtemps et il n'avait aucune intention de faire quoi que ce soit de dangereux pendant ce temps, simplement observer. Il tenait à le faire malgré les inquiétudes de son amant, se sentant le devoir comme toujours d'aider ces familles sans défense. Et c'était ce même homme bien était recherché pour meurtre… Incompréhensible…
Josh n'était pas vraiment tranquillisé pour autant, mais il le laisserait agir tant cela semblait lui tenir à cœur. C'était aussi comme cela qu'ils fonctionnaient. Etre là pour l'autre tout en le laissant agir quand c'était important. Faraday garderait donc ses inquiétudes sous silence pour la suite, patientant et gardant confiance. Le destin ne les avait pas séparés à Rose Creek, pourquoi le ferait-il davantage cette fois ?
Sam n'était pas du genre à envoyer qui que ce soit volontairement au casse-pipe, s'il mettait Vasquez en première ligne c'est qu'il pensait sincèrement que tout se passerait bien. Certes, le risque zéro n'existait pas, mais c'était une notion valable en permanence.
Vasquez le prit dans ses bras un long moment, lui promettant qu'ils ne resteraient pas loin l'un de l'autre longtemps. Ce n'était pas une promesse plus crédible que la précédente, mais Faraday trouva agréable de le croire. Puis, comme c'était plus facile d'éviter de penser, il proposa qu'ils descendent rejoindre leur groupe. De l'alcool, des cartes, voilà qui pourrait presque lui laisser croire que c'était un soir comme un autre.
Il lutta pour ne pas voir le voile de déception qui passa brièvement dans le regard de son compagnon. Celui-ci aurait certainement préféré qu'ils restent dans cette chambre pour les heures à venir, mais c'était au-dessus de ses forces. Passer du bon temps seuls lui aurait trop cruellement rappelé ce qu'il risquait de perdre ensuite. Alors que du divertissement, c'était factice, plus rassurant.
ooOoo
La soirée ne se déroula pas aussi bien que Faraday l'avait espéré. L'alcool était de qualité et cadeau de la maison quand le patron avait compris que ces hommes étaient là pour aider la communauté. Les quelques adversaires qu'il avait pu trouver pour l'affronter au poker étaient suffisamment mauvais pour lui remplir les poches. Et Vasquez était assis près de lui.
En d'autres temps, cela aurait suffi à le contenter, mais ce soir il y avait un détail qui l'agaçait prodigieusement. Détail qui avait les traits d'une serveuse plus que séduisante.
Fine, brune, aux yeux d'un noir profond, à une autre époque c'était le genre de femme que l'Irlandais se serait empressé de conduire dans son lit. A présent que son cœur, autant que son corps, appartenait à un autre, il se fichait d'elle comme de sa première paire de bottes. Et dieu sait si ce soir, il aurait d'autant plus voulu se ficher d'elle, mais c'était impossible. Pas avec la façon dont elle tournait autour de son homme. Plantée à proximité de leur table, elle bondissait chaque fois qu'un verre se vidait, en profitant pour s'approcher du Mexicain avec un sourire trop avenant. Et vas-y que je te touche l'épaule, que je glousse comme une dinde à chaque remarque même pas drôle, que je te lance des œillades… En soit, Faraday ne lui en voulait pas vraiment. Vasquez était bel homme, normal qu'il plaise, normal qu'on essaie de le séduire. Ce qu'il n'appréciait pas en revanche, c'était que son compagnon rentre dans son jeu, ne s'écartant pas quand elle le touchait, riant avec elle, bavardant chaque fois qu'elle le sollicitait. Normal qu'elle persévère.
Et Faraday pendant ce temps n'osait rien dire, car ils n'étaient pas seuls et devaient éviter une crise de jalousie. Désarmé, il se contentait donc de fusiller son compagnon du regard chaque fois que celui-ci posait les yeux sur lui, mais c'était peine perdue, Vasquez ne semblait même pas remarquer qu'il y avait un problème. Cet homme, aussi compréhensif puisse-t-il l'être bien souvent, savait également parfois être incroyablement exaspérant… Alors Faraday n'eut d'autre choix que de sauver les apparences durant les heures qui suivirent, buvant un peu plus qu'il n'était bon pour s'empêcher de gueuler des choses qu'il regretterait.
Vasquez tenta bien un moment de proposer qu'ils aillent se coucher, mais il fit tout son possible pour l'ignorer, désireux de lui rendre un peu la monnaie de sa pièce. Ce fut donc finalement Sam un peu plus tard qui vint donner lui-même le même conseil, qui ressemblait d'ailleurs davantage à un ordre, arguant que la journée du lendemain commencerait tôt.
Avec un soupir de lassitude, Faraday rassembla ses gains, au moins la soirée n'avait pas été totalement perdue, et se rendit vers leur hôtel, sans se donner la peine d'attendre son compagnon. Celui-ci mit quelques instants à le rejoindre mais ne pipa mot. C'était aussi bien. Même s'il était en colère, Faraday ne voulait pas d'une dispute la veille d'une séparation qui pouvait être plus longue que prévue. S'ignorer oui, mais pas s'engueuler. Quand il avait cru sa dernière heure arrivée à Rose Creek, alors qu'il chevauchait à découvert, le corps criblé de balles, il avait aimé pouvoir se dire que les derniers moments passés avec Vasquez avaient été de bons moments. Ainsi, pas de regrets à avoir, de disputes non résolues ou d'excuses en attente. Il fallait que ce soit pareil cette fois au cas où Vasquez fonçait droit dans un piège. Ce serait trop de regrets dans le cas contraire.
Alors l'Irlandais ravala ses remontrances une fois dans leur chambre et entreprit de se déshabiller dans un silence qui avait quelque chose de malsain. Quand il vit du coin de l'œil que Vasquez était planté au milieu de la pièce, bras croisés et le regard dur, qui suivait chacun de ses gestes, il comprit cependant que rester dans son coin allait devenir plus difficile que prévu.
- Tu vas m'ignorer encore longtemps ? grogna effectivement Vasquez. Déjà que tu m'as fait la gueule toute la soirée !
- Je t'ai fait la gueule ? Et tu crois pas que j'avais de bonnes raisons ?
Ok, au diable ses bonnes résolutions ! Comme si tout au fond il n'avait attendu que cela, Faraday avait réagi au quart de tour. En même temps, il ne voulait pas que l'autre se prétende la victime alors qu'il était seul responsable de cette situation de merde. Enfin, avec la fille qui lui avait tapé dans l'œil.
- Arrête coño ! Tu sais parfaitement que je n'ai aucun plaisir à partir demain, mais j'ai pas le choix. Et je préfère égoïstement que ce soit moi, plutôt que de me retrouver à m'inquiéter pour toi comme tu vas le faire.
Faraday eut soupir dépité en secouant la tête. C'était encore pire qu'il ne l'avait cru.
- Mais t'as rien compris en fait ! dit-il avec un rire mauvais. Tu t'es pas rendu compte de ce que tu faisais ou t'es juste un enfoiré ?
- Josh, por favor…
Faraday se laissa tomber sur le lit avec la désagréable impression de ne plus savoir où il en était. Que Vasquez s'amuse ainsi à ses dépens était frustrant. Qu'il soit séduit par quelqu'un d'autre était terriblement douloureux, mais en même temps, il s'était attendu depuis longtemps à ce que cela arrive tôt ou tard. Il l'aurait simplement mieux digéré si l'autre ne s'était pas évertuer à le nier. Il méritait bien ce respect, n'est-ce pas ? Alors il refusait de partir perdant, préférant attaquer pour avoir encore un minimum le contrôle des choses.
- Tu as vu la façon dont elle te regardait ? J'ai bien cru qu'elle allait finir par t'arracher tes vêtements, grogna-t-il.
- Attends, attends, dit Vasquez en sursautant, tu parles de notre serveuse ?
- Tu te fous de moi ? Evidemment ! Si encore tu l'avais remise à sa place. Mais non, monsieur faisait le joli cœur !
- Arrête, elle faisait son travail, rien de plus.
- Oui, si son travail consiste à flirter avec les clients. Et arrête de prendre sa défense. Tu sais ce qui m'énerve ? Moi j'ai eu des femmes dans ma vie, je ne te l'ai pas caché, toi en revanche tu m'as toujours dit que tu ne t'étais jamais intéressé qu'aux hommes. Alors pourquoi elle ? Pourquoi ce soir ?
- Cariño, encore une fois, je ne sais pas de quoi tu parles, dit Vasquez en venant s'asseoir près de lui, calme, tellement calme que, pour la première fois depuis le début de la soirée, Josh se demanda qu'il n'avait pas un peu exagéré. Si je revoyais cette femme à l'instant, je ne serais même pas capable de la reconnaître tant elle m'importe peu. Tu dis qu'elle flirtait avec moi, mais moi je ne voyais qu'une professionnelle dans l'attente d'un pourboire.
- Mais dans ce cas, pourquoi l'avoir encouragée ?
- Je n'étais que poli avec elle, expliqua Vasquez en lui prenant la main. Enfin Josh, comment as-tu pu seulement soupçonner autre chose ? Je t'ai dit la vérité il y a longtemps, je n'ai jamais été attiré par la moindre femme. Et depuis un moment, il n'y a plus le moindre autre homme non plus, rajouta-t-il d'une voix douce. Comment peux-tu seulement t'imaginer que je puisse vouloir aller voir ailleurs, alors que je partage mon lit avec le cow-boy le plus foutrement bandant de ce coin du pays ?
Faraday baissa les yeux pour fixer plutôt les doigts qui caressaient sa main blessée. Il se sentait honteux d'avoir pu douter de son compagnon. Vasquez ne lui avait jamais donné la moindre raison de douter de sa sincérité, de sa… fidélité et pourtant lui ce soir n'avait pu s'empêcher de penser à mal. Juste parce qu'il ne comprenait toujours pas comment le Mexicain pouvait encore vouloir de l'homme qu'il était devenu.
- Je t'aime Josh. Et il n'y a que toi.
- Je sais, souffla celui-ci. Oui je devrais le savoir. Pardonne-moi.
- Il n'y a rien à pardonner, tu es jaloux, c'est flatteur. Et terriblement sexy.
Faraday rit doucement, à présent parfaitement rassuré. Vasquez n'était même pas déçu qu'il ne lui ait pas fait confiance. Il se demandait bien souvent comment il pouvait seulement mériter un tel homme. Réflexion qui ne l'aidait pas à avoir confiance dans ses capacités à le garder à ses côtés.
Tout cela, il aurait voulu le dire à Vasquez, pour qu'il le comprenne tout à fait, même si le Mexicain semblait plutôt fort à ce jeu-là. Mais il ne s'en sentait pas le courage. Déjà parce qu'il ne voulait pas que Vasquez le voit plus fragile encore qu'il ne le savait déjà, parce qu'à force il perdrait son respect, c'était inévitable. Ce n'était qu'un petit mensonge par omission, pour ne pas apparaître totalement différent de l'homme que Vasquez avait aimé à la base. Ensuite, il n'avait sincèrement pas le cœur à se lancer dans une telle conversation. Cela risquait de prendre des proportions qu'il ne soupçonnait même pas et il avait du mal à parler trop longtemps de lui, surtout sur un sujet aussi épineux. C'était trop prise de tête, à plus forte raison à la veille d'une séparation. Et puis, ce n'était tellement pas son genre. Lui était davantage du genre à aborder des sujets légers, tout le monde le voyait ainsi. Jamais sérieux, incapable de se confier… Bien sûr, Vasquez avait souvent vu une autre facette de sa personnalité, plus fragile, plus posée, mais il avait tout de même une réputation à défendre. Vasquez après tout avait aimé en premier lieu le joyeux luron toujours prompt à blaguer, à tout faire passer après son propre plaisir, ce soir il voulait lui offrir de redevenir ce personnage haut en couleurs et parfois futile. Les démons pouvaient bien rester sur le pallier au moins pour quelques heures. Et après sa petite scène, ça n'en serait que plus bénéfique.
Alors il fit ce qu'il savait faire de mieux. Se rapprochant de son amant, il esquissa un sourire coquin, celui-là même qu'il n'utilisait que bien trop rarement ces derniers temps, et utilisa sa voix la plus doucereuse.
- Et tu ne voudrais pas me montrer à quel point tu trouves ça sexy ?
Il obtint en retour un regard interrogateur et si ce n'était certainement pas la réaction qu'il avait espérée, il n'en était pas surpris vu le retournement de situation soudain. A lui de bien jouer ses cartes pour obtenir exactement ce qu'il voulait.
- Ben quoi ? plaida-t-il, taquin. C'est ma façon à moi de m'excuser.
Vasquez sourit tandis que la lumière semblait se faire dans son esprit. A présent qu'il l'avait ferré, il n'aurait aucun mal à faire en sorte qu'il le suivre.
- Alors ? insista l'Irlandais.
- Et après tu as peur que je trouve quelqu'un capable de rivaliser avec toi ? Mais tout le monde serait tellement fade et ennuyeux à côté de toi querido.
L'instant d'après, Faraday se retrouva pris dans une étreinte presque violente, avec deux lèvres avides contre les siennes. Voilà très exactement ce qu'il avait espéré. Il avait pu percevoir comme une menace leur serveuse allumeuse, mais c'était bien entre ses bras à lui que le désir de Vasquez s'allumait. Et celui-ci n'était jamais avare en démonstration d'affection quand l'envie naissait.
Ses mains étaient partout sur son corps, défaisant les vêtements, ses lèvres ne quittant sa bouche, sa peau, que pour murmurer quelques compliments dans un mélange maladroit d'Espagnol et d'un Anglais à l'accent rendu lourd par le désir.
Avant lui, Faraday ne voyait dans le sexe qu'une finalité. Un moyen de faire baisser la tension en se vidant les couilles, répondant à un banal besoin physique qui se faisait parfois sentir. Dans ces moments-là, il fallait que ça aille vite, droit au but. Aucun intérêt dans les longs préliminaires ou les séances tendres de câlins qui n'en finissaient pas ensuite. Il voulait simplement jouir et n'utilisait l'autre que parce qu'à deux c'était sensiblement plus plaisant qu'avec sa seule main droite. Aucun sentiment, aucune démonstration d'affection quelle qu'elle soit, juste un but à atteindre le plus rapidement possible. C'était d'autant plus facile de s'y tenir qu'il n'avait jamais été amoureux.
Avec Vasquez tout était bien différent. Dans leurs étreintes, il y avait de l'amour, la volonté de combler l'autre, l'attente de toujours mieux… Faire l'amour ensemble était une façon de renforcer un peu plus ce lien spécial. Tout comme des soirées passées à simplement s'embrasser en se caressant sagement, tout habillés, et il y en avait eu un paquet pendant sa longue convalescence, leur faisait le même effet. Quand ils étaient ensemble, simplement discuter, simplement se tenir la main, était aussi important que le meilleur des orgasmes. Ce qui était d'autant plus ironique que sur ce dernier point, nul n'était jamais parvenu à le combler autant que ce Mexicain tellement doué de ses dix doigts et de toute autre partie de son anatomie. Vasquez était tendre et à l'écoute quand il le fallait, quel que soit le domaine, et savait être plus dur et intransigeant quand le besoin s'en faisait sentir.
Faraday à ses côtés avait découvert les bienfaits d'une vie quotidienne à la simplicité désarmante, tout comme il avait réalisé qu'avec une bonne dose de sentiments, le sexe n'était qu'extase. Et s'il ne crachait pas encore maintenant sur une bonne baise, bien rapide, il aimait au moins autant quand ils prenaient leur temps. Comme si se redécouvrir encore et encore, alors même qu'ils se connaissaient déjà par cœur, ne pouvait que les rendre plus forts. Parce qu'à deux, c'était comme si rien ne pouvait les atteindre, et surtout pas les doutes ou les faiblesses qui marquaient souvent leur quotidien.
Ce soir cela semblait parti pour durer. Ce qui était une bonne chose s'ils devaient être séparés dans les jours à venir. Ils se montraient entreprenants tour à tour, rivalisant d'inventivité pour arracher un gémissement, faire couler une larme, provoquer une supplique… Et pourtant, comme c'était arrivé plus d'une fois ces derniers temps, tout fini tout de même par déraper. Sans qu'ils ne le sentent arriver, sans pour autant en être réellement surpris. Parce que comme à chaque fois, à l'ultime moment, Josh voulu se retourner, tourner le dos à son amant tandis que celui-ci faisait ce qu'il avait à faire. Et comme souvent, Vasquez tenta de lui refuser cette faveur, voulant le regarder tandis qu'il le faisait sien. Il ne l'obligeait pas bien sûr, mais Josh s'en voulu de lui refuser cette faveur. Alors l'excitation disparue comme elle était venue, tandis l'un comprenait la détresse de l'autre, celui-ci culpabilisant de compliquer même des moments aussi simples. Vasquez n'eut évidemment aucun mot de reproche, ce que Faraday aurait ironiquement trouvé plus efficace, mais il appréciait sa compréhension malgré tout, et ils se contentèrent de se blottir l'un contre l'autre, se tenant par la main en s'endormant lentement. Ce corps que Faraday n'acceptait toujours pas, il ne le considérait pas digne d'être honoré et les compliments, les remarques rassurantes de Vasquez ne suffisaient pas toujours pour le faire changer d'avis. Parfois, souvent, il se sentait si peu désirable qu'il en venait à gâcher de bons moments. Pourtant, à la façon dont son compagnon le serrait contre lui, il sut que cela pas plus que le reste ne les séparerait pas. Ne lui restait qu'à retrouver confiance. Bientôt, se promit-il en sombrant lentement, l'agréable sensation du souffle de son compagnon dans son cou.
A suivre…
