Chapitre 4

Après des au-revoir qui n'avaient pas eu grand-chose de viriles et qu'ils avaient choisi de se faire dans l'intimité de leur chambre, Vasquez abandonna non sans regret Josh derrière lui, chevauchant vers la sortie de la ville en compagnie de Sam et Red. Ce n'était pas une mission différente de celles qu'il avait déjà menées jusque-là, pourtant cette fois, il se sentait le cœur tout particulièrement gros. Josh l'aurait probablement abattu sur le champ s'il lui avait dit ce qu'il pensait, mais c'était ainsi, il s'inquiétait de le laisser seul. Il saurait se débrouiller, il en était sûr mais cela le travaillait tout de même de le savoir livré à lui-même. Certains jours, certaines nuits, Josh n'était pas bien et le savoir affronter cela sans lui n'était pas pour lui plaire.

Et puis, en étant tout à fait honnête avec lui-même, Vasquez devait admettre que la réciproque était vraie. A quelques rares exceptions près, depuis qu'ils avaient quitté Rose Creek, il avait passé tout son temps auprès de Faraday et il s'était habitué à cette présence rassurante à ses côtés. C'était parfois effrayant quand il y pensait, mais cet Irlandais de malheur avait pris une sacrée place dans sa vie. Malgré tous ses défauts, la distance qu'il mettait entre eux dès lors qu'il se sentait trop vulnérable, Josh comptait terriblement pour lui, probablement trop. Mais c'était ainsi. Et que pouvait-il bien y faire ? Ce n'était d'ailleurs pas désagréable la plupart du temps.

Aujourd'hui pourtant, cette proximité posait problème, rendant la séparation, pourtant provisoire, tellement compliquée. Il s'acquitterait pourtant de sa tâche avec sérieux, parce que les gens qui comptaient sur eux le méritaient, parce qu'il ne voulait pas décevoir Sam. Ensuite, quand tout serait réglé, il reprendrait sa vie auprès de son compagnon et laisserait cela derrière lui avec grand plaisir.

Pour l'instant pourtant, cette perspective semblait terriblement lointaine et cela lui minait le moral. Alors il ruminait, se contentant de répondre par monosyllabes, qui ressemblaient plus à des grognements à chaque tentative de la part de Chisolm d'engager la conversation dans le but de détendre l'atmosphère.

Ils s'arrêtèrent finalement au bout d'un moment.

- C'est là que je fais demi-tour, dit Sam, il ne faut pas qu'on prenne le risque de se montrer ensemble.

- Et moi, je vais chercher le meilleur endroit pour me cacher avant de m'infiltrer sur place discrètement, indiqua Red. Je ne serai pas loin pour assurer tes arrières.

Vasquez hocha la tête. Il avait confiance, ce n'était pas un problème. D'autant que pendant bien longtemps, il n'y avait personne pour assurer ses arrières, ce qui ne l'avait pas empêché de toujours s'en sortir. Malgré tout, il aurait préféré que ses deux amis restent à ses côtés. C'était bon d'être ainsi entouré, il en avait pris l'habitude, malgré tout le mal que cela pouvait causer parfois, comme à cet instant qu'il ne pouvait agir que seul.

- Ça ne sera de toute façon histoire que de quelques jours, rappela-t-il, se demandant si ce n'était pas lui plutôt que ses amis qu'il essayait de convaincre. Et j'ai déjà fait pire. Sam, j'ai juste une requête.

- Tout ce que tu veux.

- Veille sur Faraday. Il va faire croire que tout va bien, mais il a la fâcheuse tendance à être un peu autodestructeur.

- Bien sûr. On sera tous là pour lui. C'est comme ça qu'on fonctionne.

C'était totalement vrai, c'était bon cependant de se l'entendre rappeler. Et Vasquez apprécia d'autant plus que Sam ne semble pas le juger, même si sa demande avait tendance à contredire cette relation simplement amicale qu'ils essayaient de prétendre en permanence. C'était là aussi l'avantage d'une équipe soudée comme la leur, personne ne jugeait, ne posait de question. Normal que le Mexicain ne désire rien de moins que reprendre sa vie de cow-boy solitaire.

ooOoo

Quand Vasquez arriva en vue du camp des travailleurs, il fut immédiatement intercepté par deux hommes armés et il constata qu'il y en avait bien d'autres qui patrouillaient autour du périmètre investi, à se demander comment Red ne serait pas repéré.

Les gardes lui confisquèrent ses colts, lui confirmant qu'il avait bien fait de dissimuler le troisième dans son maigre paquetage, et l'informèrent qu'il lui fallait une autorisation pour entrer sur ce qui était une propriété privée. Il savait ce détail totalement faux, mais il avait entendu plus d'une fois que le chemin de fer s'arrogeait le droit de s'approprier des terrains à sa guise sous le prétexte de contribuer à amener le progrès dans une région. Il ne prit donc pas la peine de discuter et se contenta de ressortir le petit discours préparé à l'avance avec ses acolytes. De par son statut d'étranger, il peinait à trouver un travail régulier et en ville, où on n'avait pas voulu de lui, on l'avait informé qu'ici on recrutait régulièrement. Ses interlocuteurs n'eurent pas l'air surpris de sa demande et Vasquez put rapidement rencontrer l'un des contremaîtres.

Se faire embaucher fut une formalité, en même temps, le salaire proposé était si misérable que les candidats ne devaient pas être si nombreux. On lui présenta le responsable de sa toute nouvelle équipe et il passa la journée à transporter des rails, qu'il n'aurait jamais pu imaginer aussi lourds. C'était un travail de forçat, même s'il avait connu cela avant d'être un fugitif. Il s'en acquitta cependant au mieux, sans se plaindre, convaincu qu'à s'être pointé comme ça sorti de nulle part, on l'aurait très certainement à l'œil, se contentant d'écouter ce qui se disait autour de lui. Les hommes semblaient étonnamment plutôt contents de leur sort, tandis que lui ne pouvait s'empêcher de se réjouir que sa présence ici ne soit que provisoire. Il se remémora alors les paroles de Sam, que le chemin de fer devait leur offrir des divertissements dignes de ce nom pour leur faire accepter leur sort. Il ne réalisait qu'à présent combien c'était vrai. Et quelque chose lui disait que la clé de ce mystère qu'il était chargé de résoudre avait très certainement à voir avec ces divertissements. Restait à comprendre ce qui se tramait sans éveiller les soupçons, ce qui risquait de prendre plus de temps que prévu.

Après cette longue journée de travail, il se vit installer sous une tente, dans laquelle il n'y avait que le strict minimum, à savoir deux lits de camp, qu'il devait partager avec l'un des hommes de son équipe. Blond, un peu plus âgé que lui et ne se départissant jamais de son sourire, Nicholas Brooks semblait heureux de son sort. Tandis que les deux hommes profitaient d'un repos bien mérité en fumant tranquillement, il parla de lui. Vasquez l'écouta de bon cœur, car se faire un ami, et potentiellement un allié en cas de besoin, pourrait s'avérer utile.

Brooks était un fermier à la base. Il exploitait ses quelques terres avec femme et enfants, mais quelques saisons d'une météo défavorable les avaient plongés dans la pauvreté. Il était donc parti sur la route des mois plus tôt dans l'espoir de trouver un travail et envoyait chez lui quasiment tout son salaire depuis qu'il était ici. Vasquez était admiratif, mais cela ne faisait que lui confirmer qu'il avait fait le bon choix en ne fondant pas de famille. Encore que, son attirance pour les hommes avait vite enlevé de sa vie toute notion de choix de toute façon.

- Tu verras, on n'est pas si mal ici, lui dit-il après lui avoir longuement parlé de sa famille. Les journées sont longues mais les soirées plutôt agréables. Le saloon est bien fourni et les filles plus qu'agréables.

- Je suis là pour gagner de l'argent, pas le dépenser avec quelques professionnelles, aussi douées soient-elles.

- Ne t'inquiète pas à ce sujet. Les patrons savent ce qu'ils doivent faire pour maintenir la motivation malgré la pénibilité du travail. C'est la compagnie qui paye les filles. Tu n'as qu'à choisir celle que tu veux et passez la soirée, même la nuit, avec elle.

Merde, songea Vasquez. L'argent était une bonne excuse pour refuser de toucher à ces filles, à présent il allait devoir trouver autre chose, car il était hors de question qu'il se prête à ce jeu-là, autant par respect pour Josh que choix personnel. Les femmes n'étaient décidément pas son truc, ne l'avaient jamais été, ce qu'il vivait bien en général, n'ayant guère de mal à se cacher, sauf dans ces quelques moments où il évoluait dans des milieux tellement macho.

Son interlocuteur en était à vanter les mérites de la compagnie tout en se trouvant toutes les excuses à ses infidélités à son épouse, car après tout, ce qu'elle ignorait ne pouvait pas lui faire de mal. Voilà donc ces hommes virils et fiers de l'être. Bons pères et maris aimants, ils n'hésitaient pas cependant à aller voir ailleurs dès que l'opportunité se présentait. Vasquez était peut-être perçu comme une erreur de la nature pour beaucoup, mais lui était heureux d'être ainsi, à plus forte raison qu'il était suffisamment comblé pour n'avoir le besoin d'être infidèle. Et c'était lui le monstre… Ce monde de fou n'était définitivement pas pour lui.

- Tu pourras les voir ce soir et te faire une idée claire, reprit son compagnon, quand tu m'accompagneras au saloon, que je te présente les gars. Tu joues au poker ?

Il se défendait, grâce aux diverses leçons d'un Josh qui avait fait du bluff un art de vivre, aussi put-il acquiescer avec sincérité. Au moins une activité qui ne l'éloignerait pas des autres hommes.

- Tu vas te plaire ici, conclu Brooks.

Le Mexicain n'en était pas aussi sûr, mais il se contenta d'un sourire. C'était aussi cela se fondre dans la masse. Et tel était son rôle pour les jours à venir.

ooOoo

Faraday de son côté avait plus de mal à préserver les apparences. Il n'avait jamais pensé qu'il n'était pas homme à s'attacher, il avait tout fait pour que cela ne lui arrive pas, mais il devait se rendre à l'évidence, il avait laissé Vasquez prendre une place inédite dans sa vie. Au fil des mois, il avait eu l'habitude de l'avoir à ses côtés et surtout il avait aimé cela. Il n'avait simplement pas soupçonné à ce moment-là les effets négatifs de ce rapprochement tels qu'il les vivait aujourd'hui.

Le voilà occupé à tourner en rond parce que Vasquez n'était pas près de lui. Pour quelqu'un qui avait vécu si longtemps seul, y prenant même du plaisir, c'était quand même sacrément con. Pour un peu, il en aurait regretté d'être tombé amoureux.

Il se sentait horriblement vulnérable par moment depuis qu'il avait été blessé à Rose Creek, mais c'était sans commune mesure avec ce qu'il ressentait à présent. S'il avait perdu une partie de sa confiance en lui, s'il était incapable désormais d'utiliser sa main droite pour tirer, bref, s'il se considérait comme un boulet dans son domaine, auprès de Vasquez au moins se sentait-il utile. Parce que Vasquez l'aimait, croyait en lui, le respectait. Et parce que c'était réciproque et que justement c'était important aussi pour Vasquez. Son compagnon comptait pour lui, n'y avait-il pas mission plus importante sur terre ? Alors à présent que Vasquez se débrouillait sans lui, même si c'était provisoire, Faraday se sentait cruellement démuni. C'était une sensation qu'il avait en horreur. A plus forte raison qu'il se faisait l'impression d'inspirer la pitié.

En effet, il aurait fallu être aveugle pour ignorer les tentatives pitoyables de Sam pour l'occuper, de Jack pour faire la conversation… Il aurait pu apprécier l'intention, elle ne le faisait pourtant se sentir que plus minable. Alors il avait saisi la première occasion pour leur fausser compagnie et était venu se réfugier dans les écuries.

Son cheval avait longtemps été son seul compagnon, passer du temps avec lui l'apaisait, comme à cet instant. Et à ses yeux c'était un attachement foutrement plus sain que ce qu'il éprouvait pour le Mexicain. Jack lui serait toujours fidèle, ne le trahirait jamais. Bien sûr, Vasquez avait promis plus d'une fois la même chose et Faraday aimait à le croire, mais l'homme était ainsi fait que sa parole était toujours remise en question. En cela, Vasquez, aussi digne de confiance qu'il semblait l'être pour l'instant, n'était guère différent de ses congénères. Faraday vivait avec la peur insidieuse et constante qu'un jour il ne finisse par se lasser de lui et s'en aille sans un regard en arrière. C'était pour cela qu'il n'aimait pas s'être attaché de cette façon, parce qu'il n'était pas sûr à ce stade de pouvoir gérer un tel abandon.

Avec l'animal, les choses étaient claires, sans surprise, et c'était reposant de ne pas avoir à se poser questions, de ne pas avoir besoin de ramer pour faire en sorte que tout se passe toujours bien.

Avec un sourire, le cow-boy flatta l'encolure du cheval avant de lui tendre la carotte qu'il avait chipé en passant devant l'épicerie. Il lui murmura quelques paroles douces, constatant là encore combien c'était plus facile avec lui plutôt qu'avec Vasquez. Jack ne se moquerait jamais de ses excès de tendresse ou d'un romantisme éhonté. Encore une fois, Vasquez ne lui avait pourtant jamais rien reproché et n'était pas le dernier pour dévoiler parfois ses sentiments, mais l'insupportable petite voix dans sa tête n'avait de cesse de lui rappeler que ce n'était qu'une question de temps. Que Vasquez, tôt ou tard, ne voudrait plus du monstre qu'il était devenu. Que le si séduisant Vasquez, qui aurait pu avoir n'importe qui à des miles à la ronde, préférerait un homme sans cicatrice, autant sur la peau que dans le cœur, sans cauchemars, sans blessures, aussi bien physiques que mentales. Parce que Vasquez méritait tellement mieux que lui et cela terrifiait Faraday qu'il l'ait pourtant justement choisi lui. Mais peut-être se rendrait-il compte de son erreur un jour. Et alors là, cela ferait mal, très mal. Aussi, peut-être bien qu'y songer quotidiennement lui permettrait d'être prêt et de limiter ainsi les pots cassés. Peut-être bien. Ou peut-être pas.

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Après un repas sommaire sous la tente qui servait de cantine, où Vasquez put faire connaissance avec quelques gars auprès desquels il n'eut guère d'efforts à faire pour les trouver sympathiques, il était à présent dans le saloon du camp. Comme tout le reste ici, c'était une tente, celle-ci de taille plus que conséquente, mais le reste faisait parfaitement illusion entre le mobilier, le piano, qui aurait eu besoin d'être accordé et peut-être d'un musicien capable de sortir plus de deux notes correctes d'affilées, et bien sûr les femmes. Ici, l'ambiance était différente des autres parties communes. Entre les voix rendues pâteuses par l'alcool, les rires gras et surtout les réflexions salaces à tout bout de champ, les hommes rencontrés plus tôt apparaissaient tout à coup bien moins agréables. Ici, aucune pitié pour ces femmes, trop fardées, pas assez habillées, qui comme tout le monde tentaient au mieux de simplement gagner leur vie. Elles étaient considérées comme des bouts de viande, que chaque homme présent regardait avec intérêt en se demandant quel outrage lui faire subir. Vasquez avait horreur de cette ambiance. Il pensait à ses sœurs restées au pays et aurait été capable de mettre le feu à la terre entière si on avait eu des pensées pareilles à leur égard. Et il pensait à Josh bien sûr. Quand ils faisaient l'amour, le Mexicain lui faisait bien souvent des choses que la morale réprouvait, touchant son corps là où il n'aurait pas dû avoir accès. Mais c'était bien évidemment chaque fois fait avec l'approbation, les suppliques même bien souvent, du principal intéressé, et surtout dans le plus grand respect. Il désirait Josh autant qu'il l'aimait et c'était ce qui faisait toute la différence avec ce à quoi il assistait ce soir. Ici, les femmes n'étaient vues que comme des accessoires destinés au confort. Dans ces conditions, et même s'il s'était agi d'hommes offrant leurs charmes, Vasquez n'était même pas sûr qu'il aurait seulement été capable de bander. Il avait découvert auprès de Josh, dans les bras de Josh, que sans une bonne dose de sentiments, le sexe ne révélait pas le moindre intérêt.

Alors sans se mêler à la moindre conversation, sans jeter un coup d'œil aux femmes qui tentaient régulièrement d'attirer son attention, car après tout elles étaient payées pour cela, il se contentait de jouer aux cartes tout en vidant des verres avec la régularité de l'habitué qu'il était, savourant en même temps un cigare offert tantôt par Brooks.

Celui-ci justement, un bras autour des épaules d'une rousse pulpeuse, souriant plus que nécessaire, et qui n'était probablement pas majeure, vint se planter près de lui, le regard rendu brillant par trop de whisky et l'excitation de la compagnie.

- Que penses-tu de ma nouvelle amie ? lança-t-il d'une voix trop enjouée. Si tu la veux, elle est à toi pour la soirée. On dit qu'elle n'a pas d'égales ici pour faire les pipes. Tu as vu ses lèvres, elles sont faites pour sucer.

Vasquez aurait voulu dire que dans ce domaine, il préférait être celui à genoux, mais se contenta-t-il plus prudemment de secouer poliment la tête.

- Je te laisse ta championne, je préfère passer mon tour. Je m'abstiens généralement de toucher celles qui sont passées entre les bras de tout le monde.

L'autre éclata de rire avant de s'éloigner, tenant toujours serrée sa rousse, qui à défaut de parler avait commencé à le tripoter. C'était une excuse qui était venue à Vasquez au moment où il avait ouvert la bouche et il estimait s'en être plutôt bien tiré. C'était suffisamment crédible pour ne pas être remis en question. Et avec un peu de chance, cela se propagerait suffisamment rapidement pour qu'on ne l'embête plus avec ce genre de propositions. Il savait que c'était ce que Josh aurait préféré s'il avait eu son mot à dire. Et pour lui-même, cela faciliterait son immersion s'il voulait découvrir rapidement ce qui se tramait ici.

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Le lendemain, à la pause de midi, alors qu'il mâchonnait sans guère de plaisir le sandwich qu'on venait de lui distribuer, assis sous un soleil de plomb, comme une redite de la veille, Vasquez vit revenir Brooks vers lui. Le père de famille n'avait mis pas mis les pieds sous leur tente de la nuit, ce qui confirmait certainement les talents de la rousse pour l'occuper ainsi bien des heures. Il semblait cependant en forme à présent, ce que le Mexicain n'aurait pas cru possible.

- J'ai repensé à ce que tu m'as dit hier soir, lança-t-il sans préambule en s'asseyant à ses côtés.

Cette fois encore, Vasquez fit surpris qu'il se souvienne seulement de leur échange.

- Du coup, j'ai parlé de toi au contremaître tout à l'heure. Puisque tu préfères les filles qui n'ont pas encore été touchée, il devrait pouvoir faire quelque chose pour toi. Tu n'es pas le seul dans ce cas, alors il a trouvé un moyen de nous ramener régulièrement des filles, toutes nouvelles dans le milieu. Je ne sais pas comment il s'y prend et je préfère l'ignorer, mais il organise de temps en temps des soirées "spéciales" comme il dit. Il te contactera pour la prochaine. D'après lui, au vu de la demande, ça ne devrait pas tarder.

Vasquez le remercia avant de se plonger dans ses pensées. Voilà qui pouvait bien concerner son affaire et qui n'avait rien de rassurant. Des filles en âge d'être toujours innocentes disparaissaient de la ville d'à côté et un type ici se vantait de fournir de la chair fraîche à ces porcs, pas besoin d'être foutrement doué pour faire le lien. Et c'était une perspective pour le moins effrayante. Il fallait qu'il en apprenne plus rapidement et qu'il fasse passer le mot s'il voulait éviter une victime de plus.

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Les quelques jours qui suivirent furent parfaitement sans intérêt, faisant du même coup craindre à Vasquez qu'il serait peut-être coincé là plus longtemps que prévu. Il travaillait la journée, passait ses soirée au saloon, sympathisant avec tout le monde autant pour ne pas éveiller les soupçons que mettre suffisamment en confiance les autres travailleurs afin de provoquer des confidences intéressantes Celles-ci pourtant se faisaient désirer. L'allusion de son colocataire à cette soirée spéciale à venir avait été la seule, à croire que cela n'avait été que des paroles en l'air.

Il avait tout de même réussi à croiser Red, qui parvenait à aller et venir entre le camp et le point de rendez-vous défini avec Sam sans jamais se faire remarquer. Cet homme était une ombre, à un point que c'en était parfois inquiétant. Le message était donc bien passé et Sam avait prévu de mettre le reste de l'équipe sur le qui-vive dans le village pour prévenir toute tentative d'enlèvement.

Vasquez aimait cette mission, même s'il se sentait seul sans Joshua, même s'il préférait quand il y avait plus d'action. De la même façon, il aimait d'une manière générale cette façon qu'il avait de gagner sa vie, même si bien souvent cela payait à peine et que les talents de son compagnon au poker rapportaient nettement plus, leur permettant de vivre correctement entre deux missions. Aider des gens dans le besoin, empêcher aux mauvaises personnes de continuer à nuire… Il estimait que c'était une occupation saine dont il pouvait être fier. Au point qu'il en oubliait parfois qu'il risquait bien souvent sa vie, au point même d'oublier qu'aux yeux de beaucoup, il était un criminel de la même espère que ceux qu'il traquait.

Lui savait ce qu'il en était, comme seulement les deux personnes qu'il estimait le plus, Josh et Sam. Ses autres camarades ne posaient pas de questions, appréciant suffisamment l'homme pour ne pas remuer le passé. Il était donc en paix avec cette partie de sa vie et ne voyait guère de prétention dans le fait de se croire digne du pardon divin. Il ne pouvait cependant nier avoir commis ce meurtre dont on l'accusait et même s'il l'avait fait pour de bonnes raisons, il devait rester discret, conscient que son statut de héros, au même titre que ses compagnons, dans bien des villages des quelques états environnants ne l'empêcherait pas de devoir faire face à la justice des hommes s'il était pris. Et alors, il ne donnait pas cher de sa peau.

Tout cela était cependant quelque chose auquel il songeait de moins en moins souvent, peut-être à tort. Avoir des amis, un compagnon aimant, lui offrait le luxe parfois de baisser sa garde car justement il n'était pas seul pour faire face. C'était une sensation enivrante après bien des années de solitude forcée.

Pourtant, ces jours-ci, loin de Josh et ses quelques proches, à côtoyer des hommes à la morale pour le moins douteuse, l'inquiétude, tenace, était revenu, tel un mauvais pressentiment dont il ne parvenait à se débarrasser. Il savait qu'il n'y aurait qu'une façon de le faire, en finir ici au plus vite et ensuite fuir pour rester loin de toute civilisation le temps de retrouver la paix. Nul doute que Josh le suivrait sans hésiter, il pouvait s'estimer chanceux sur ce dernier point, bien qu'il se pense la plupart du temps ne pas être digne de ce vote de confiance. C'était l'une des raisons qui faisaient tenir leur couple tellement atypique. Chacun suivait l'autre les yeux fermés, sans jamais poser la moindre question.

A ce titre, ce n'était que très récemment qu'il avait parlé des raisons de sa condition de hors-la-loi à son amant. Celui-ci, bien qu'intéressé, n'avait jamais rien demandé, se contentant de patienter jusqu'à ce qu'il soit prêt, accueillant ensuite chaque mot avec compréhension et bienveillance. Josh ne l'avait jamais jugé, se contentant de l'aimer et d'être là pour lui, chaque fois que le besoin s'en faisait sentir. Et la réciproque n'en était que trop vraie, tout était toujours limpide entre eux. Ne rendant la séparions présente, quoi que ponctuelle, que plus douloureuse. Vasquez se sentait désespérément seul, avec la certitude angoissante qu'en cas de pépin il ne pourrait compter que sur lui-même.

ooOoo

Ce fut après une nouvelle journée harassante, près d'une semaine après son arrivée ici, alors que Vasquez venait de passer des heures à transporter du matériel terriblement lourd sous un soleil de plomb, que Faris, le contremaître et apparemment instigateur de ce qui se tramait là, vint le trouver.

- Brooks m'a parlé de toi Vasquez. J'ai fait ma petite enquête, il semblerait que tu sois digne de confiance et intéressé par mon petit business. Alors ramène-toi à la cantine ce soir, à vingt-et-une heure. Ça devrait te plaire. Et d'ici là, pas un mot à quiconque. Pas grand monde n'est réellement au courant de notre petit arrangement et c'est aussi bien ainsi.

Et sur ces paroles nébuleuses, Faris, toujours suivi des deux gros bras qui ne le lâchaient jamais d'une semelle, repartit comme il était venu. Avec un mélange de satisfaction et de curiosité, comme il n'en ressentait que lorsque les choses sérieuses commençaient, Vasquez oublia son projet initial d'aller dîner pour se lancer plutôt à la recherche de Red. Il fallait que l'équipe se tienne prête à agir au plus vite.

Comme d'un fait exprès, après près d'une heure de recherches infructueuses, le Mexicain dut se rendre à l'évidence, il ne trouverait pas son ami. Celui-ci était peut-être retourné en ville, profitant de sa capacité à aller et venir sans être inquiété, pour faire un quelconque rapport à Sam. Restait à espérer qu'il serait vite de retour, parce qu'à cet instant, sans contact aucun avec l'extérieur, Vasquez se sentait terriblement démuni. Il n'empêche, il ne se dégonflerait pas et agirait comme on l'attendait de lui, comme il le faisait toujours.

A l'heure dite, il fut donc au rendez-vous, constatant que l'assistance était pour le moins réduite et composée principalement d'hommes dont Vasquez avait senti en les rencontrant qu'il fallait s'en méfier. Cela n'aida pas à le mettre à l'aise. Il posa la main sur la crosse de son colt caché sous son gilet, rassuré comme toujours par la sensation du métal froid. Au moins avec son arme, n'était-il pas totalement livré à lui-même.

Il trouva une place libre parmi les chaises qui avaient été disposées en rond au milieu de la tente, alors que les tables avaient été repoussées dans un coin. Faris fit rapidement son apparition au beau milieu de l'assistance, un sourire cruel sur les lèvres, tel un monsieur Loyal macabre.

- Bonsoir à tous, lança-t-il avec un plaisir évident. Vous êtes ici ce soir parce que j'ai senti ces derniers jours l'impatience gonfler dans vos rangs. Alors la nuit dernière j'ai envoyé Walter et Tony à la chasse spécialement pour vous. Je peux vous assurer qu'une fois de plus, ils sont revenus avec un morceau de choix.

Confirmant que tout ceci était préparé minutieusement, Walter et Tony, les deux brutes qui servaient de gardes du corps et d'hommes de main à Faris selon ce que Vasquez avait pu apprendre jusque-là, firent leur apparition près de leur patron. Ces deux-là formaient un duo pour le moins comique. Ni l'un ni l'autre ne semblait avoir inventé l'eau tiède, ce qui en faisaient des candidats parfaits pour se mettre au service de quelque malandrin ambitieux qui croiserait leur route, rôle que remplissait Faris à la perfection. Walter était trapu, tout en muscles, avec un nez de travers témoignant qu'il avait dû être pris à partie dans des bagarres plus souvent qu'à son tour. Tony était plus grand, plus mince, mais solide comme un roc, avec un petit air sournois et qui fixait en permanence Faris avec un air de dévotion absolue. Cette paire était bien du genre à ne pas hésiter à faire la sale besogne de la compagnie.

Vasquez avait entendu parler de plusieurs employés qui avaient disparu du jour au lendemain, nul doute que les deux hommes n'y étaient pas étrangers. Et seul, le Mexicain n'avait guère envie de se frotter à eux.

A cet instant pourtant, ce n'était pas eux qui retenaient son attention. Parce qu'ils n'étaient pas seuls. Ils tenaient en effet fermement par les épaules une toute jeune fille, qui semblait avoir toutes les peines du monde à rester debout. Vêtue d'une fine robe blanche, qui ne cachait pas grand-chose de son jeune corps, elle fixait l'assistance d'un œil hagard, qui fit soupçonner à Vasquez qu'elle avait dû être droguée. Alors qu'il la fixait avec consternation, il constata qu'il la connaissait pour l'avoir déjà croisé. Pendant que près de lui les hommes y allaient de leurs commentaires appréciateurs, pour certains franchement déplacés, Vasquez fouilla rapidement dans sa mémoire jusqu'à mettre le doigt sur ce qu'il cherchait. Si son nom continuait à lui échapper, il était certain en revanche qu'il s'agissait de la fille de l'épicier de Blue Spring, qu'il avait rencontré le jour de leur arrivée. Il en éprouva une vague de colère qu'il ne put que maîtriser en se rappelant qu'il lui fallait un plan avant de pouvoir agir.

Ainsi donc, ses amis n'étaient parvenus à empêcher un nouvel enlèvement et lui avait mis les pieds dans un trafic des plus sordides. Car cette demoiselle – quel âge avait-elle ? Quatorze ans tout au plus – n'avait certainement pas été amenée ici pour prêcher la bonne parole.

Faris avait tranquillement attendu que tous dans l'assistance aient pu se faire une idée de leur invitée spéciale avant de reprendre la parole.

- Pour la plupart d'entre vous, c'est loin d'être votre première fois. Plusieurs d'entre vous sont même ressortis d'ici en galante compagnie. Je vais cependant rappeler rapidement les règles pour Vasquez, qui s'est joint à nous ce soir.

Le Mexicain sentit toutes les paires d'yeux présentes se tourner vers lui et cela le mit profondément mal à l'aise. Il se força pourtant à sourire, il fallait à tout prix que tous ici pensent qu'il était ravi d'être parmi eux. Une façon de ne pas éveiller les soupçons en attendant quoi faire.

- Chacun de vous ici a une préférence pour les filles que personne n'a encore touchées, reprit Faris. Je vous comprends. Les professionnelles qui sont là pour nous divertir chaque soir savent faire montre de talents, mais les voir se montrer si dociles n'est pas un grand challenge, c'est leur métier. Alors qu'une jeune vierge terrorisée…

Il s'interrompit en secouant doucement la tête, les yeux mi-clos, semblant fantasmer lui-même sur ses propres paroles.

- Parvenir à la mâter et à la rendre folle de vous, malgré sa peur, malgré la douleur… Voilà un défi intéressant pour de vrais hommes tels que vous. Sans compter le plaisir éprouvé à être le premier.

Plusieurs hommes rirent en hochant la tête alors que Vasquez, le cœur au bord des lèvres, devait faire montre d'un grand sang-froid pour ne pas passer à l'action immédiatement. Seul contre une vingtaine d'hommes dont plusieurs armés, il n'avait aucune chance, alors même qu'il était certainement le dernier espoir de cette gamine. Mieux valait attendre meilleur moment pour agir et voir ce qui allait se tramer.

Continuant à parler, cette fois Faris le fixait, car après tout, les règles énoncées n'étaient nouvelle que pour lui.

- Il s'agit simplement d'enchères et le plus grand enchérisseur gagne la fille. Pour une nuit ou plus, peu importe. Quand il se lasse, elle va rejoindre les autres putes, pour divertir les hommes moins exigeants que chacun de vous. Nous lui avons donné un petit cocktail pour s'assurer qu'elle ne perturbe pas la soirée, mais celui qui part avec elle est libre ensuite d'attendre qu'elle soit clean pour s'amuse. Personnellement, je les préfère quand elles se débattent, jusqu'à comprendre qu'elles ne m'échapperont pas.

Ce détraqué semblait ne pas en être à son coup d'essai et Vasquez craignait ce qu'il risquait de découvrir en grattant un peu quand il serait sorti d'ici. Il allait falloir agir, et vite !

- Je ne puis que conseiller ceci dit de continuer à utiliser la drogue en dehors du lit. C'est crucial les premiers jours pour leur enlever tout désir de fuite. En ensuite, elles vous demandent elles-mêmes leur dose, ne remettant plus un seul instant en question cette nouvelle vie qui s'offre à elles. Comme si elles-mêmes finissaient par admettre que c'est là leur vraie place, servir les hommes en ouvrant les cuisses, ou la bouche, et pas pour parler bien évidemment. On ne leur demande rien d'autre.

L'assistance rit à cette remarque et Vasquez se força à faire de même. Ce soir, pour la première fois de sa vie, il eut honte. Honte d'être un homme, de ce genre qui estimait que l'autre n'était bon qu'à assouvir ses fantasmes les plus primaires. Au moins était-il satisfait de son statut de sodomite, qui l'empêchait d'être mis dans le même panier que ces monstres, lui qui ne voyait dans les femmes que des créatures qui méritaient respect et compassion.

- Les règles sont simples, reprit Faris sur un ton plus sérieux. On enchérit que si on en a les moyens, la maison ne fait pas crédit. Et le gagnant repart immédiatement avec son lot.

Voilà la solution, réalisa Vasquez. Il devait remporter cette enchère pour le salut de cette fille. Elle serait en sécurité avec lui, puis au matin il s'arrangeait pour avoir les renforts donc il avait besoin pour mettre fin à ce trafic abject.

C'était un bon plan, mais qui s'avéra bien vite impossible. Si Vasquez avait bien quelques économies sur lui, dont il était tout à fait prêt à faire usage, il ne s'attendait pas à ce que les enchères montent autant. Quand elles dépassèrent les dix dollars, il dut se résigner à n'être plus qu'un simple spectateur. Alors il chercha un autre plan, sans rien trouver qui le satisfasse vraiment. Sa situation n'avait pas changé, il était toujours seul face à bien trop d'hommes. Et ceux-ci, entre l'alcool qui circulait et l'impatience qui montait de toute part, attisée par Faris, qui semblait se délecter de la situation, semblaient plus dangereux que jamais.

L'enchère fut finalement remportée par un certain Stillson. C'était un type violent, que Vasquez avait vu la veille mettre au tapis un tout jeune ouvrier pour un regard soi-disant de travers. Il ne pouvait y avoir pire résultat. Avec un bonhomme pareil, la gamine allait passer un sale quart d'heure et cela Vasquez ne pouvait le tolérer. Alors, sans l'ombre d'une hésitation, pas plus que ne sachant quoi faire ensuite, il passa à l'action.

Tandis que Stillson s'était levé sous les applaudissements et autres regard envieux, Vasquez, arme à la main, bondit sur Faris, qu'il tint en joue avant que ses deux hommes ne puissent réagit.

- Personne ne la touchera, dit-il d'une voix assurée.

- Oh, apparemment notre jeune demoiselle a tapé dans l'œil de quelqu'un, s'amusa Faris, pas effrayé pour un sou malgré le canon de l'arme à quelques centimètres de son cœur – en avait-il seulement un de toute façon ? Mais il n'est pas question de sentiments ici. Si tu ne peux pas payer, alors tu ne touches pas.

Stillson, certainement pas prêt à renoncer à ce qu'il considérait comme son dû malgré la situation, se saisit brutalement de la jeune fille, lui tordant le bras en lui arrachant un cri de douleur. Vasquez eut alors la confirmation qu'il n'avait aucun moyen de faire tourner la situation à son avantage. Toujours pouvait-il espérer avoir le temps de tuer ces deux porcs avant de se prendre une balle à son tour, ce qui serait tout de même une consolation. Il n'eut cependant pas le loisir de seulement passer à l'action.

Profitant qu'il l'avait brièvement lâché des yeux pour regarder Stillson, Faris sortit sa propre arme à son tour et fit feu, l'atteignant, volontairement à n'en pas douter car il était bien du genre à faire traîner les choses, au bras. Sifflant de douleur alors que sa chemise blanche se teintait déjà d'un rouge inquiétant, Vasquez perdit sa concentration. Il n'en fallut pas plus à Walter et Tony pour le désarmer, le tenant en respect.

Stillson profita de ce remue-ménage pour filer en galante compagnie, ignorant les cris de terreur de sa victime, et Vasquez ne put qu'y assister, impuissant. Autour d'eux pendant ce temps, c'était l'agitation la plus complète. Les hommes présents, maintenant que les enchères étaient finies, se délectaient de pouvoir assister à un nouveau spectacle où le sang promettait de couler. Ce n'était définitivement pas auprès d'eux que Vasquez pourrait trouver la moindre assistance. Il avait été dans des situations dramatiques plus d'une fois dans sa vie, mais franchement, c'était la première fois qu'il ne voyait aucune issue. A moins d'un miracle, il était foutu, or il ne croyait pas aux miracles.

Dans cet enfer de bruit, avec ces trois paires d'yeux brillants de colère qui ne le lâchaient pas du regard, il eut une pensée pour Josh. C'était cruel qu'il parte à la rencontre de son créateur alors qu'il était heureux depuis si peu de temps. Ils avaient encore tellement de choses à partager, à vivre… Et puis, il lui avait promis de revenir. Il s'en voulut par-dessus tout de devoir manquer à sa parole. Josh ne le lui pardonnerait sans doute jamais. D'ailleurs, comment affronterait-il cette perte ? Vasquez, plus que pour son propre sort, était inquiet de l'abandonner. Josh, même s'il s'en défendait la plupart du temps, était encore terriblement fragile. Vasquez s'était donné pour mission de lui rendre son assurance, sa joie de vivre, en un mot comme en cent de retrouver le Joshua Faraday dont il était tombé amoureux à la base. Il s'en voulait d'échouer si près du but. Juste à cause de quelques hommes qui n'avaient aucune idée du mal qu'ils allaient causer.

- Tu as voulu t'en prendre à mon business, grogna Faris, qui écumait à présent de rage. J'en ai fait disparaître pour bien moins que ça. Tu n'es qu'un cloporte sur le chemin des affaires. Et les cloportes, je les écrase sans un regard en arrière.

Le sort en était jeté, voici donc la fin. Vasquez pouvait au moins se réjouir de partir en beauté, abattu pour avoir défendu une cause juste, se sacrifiant comme Josh l'avait fait un jour à Rose Creek. Ils avaient bénéficié d'un sursit ce jour-là, en espérer un autre était probablement trop demandé. C'était moche mais c'était ainsi. Vasquez n'était de toute façon pas du genre à supplier. Il affronterait son destin la tête haute.

Il ferma cependant les yeux quand son adversaire arma le chien de son arme avec un petit rire cruel. Le coup de feu le fit sursauter et il sentit la désagréable odeur, malheureusement tellement bien connue, mélange de poudre et de sang…

A suivre…