Chapitre 5.
La sensation éprouvée était étrange finalement. Vasquez n'avait pas mal, il n'était même pas étourdi, ne se sentait pas partir, vers où que ce soit… C'était pourtant comme ça que ça se passait quand on se faisait tirer dessus, non ? Surpris, il ouvrit précautionneusement un œil, suivit du deuxième en découvrant un spectacle pour le moins ahurissant.
A quelques pas de lui, Faris, une tâche de sang s'agrandissant sur sa chemise à la hauteur de son cœur, le regard étonné, vacilla un instant avant de finalement s'effondrer. Walter et Tony, toujours inséparables, avaient les bras en l'air et semblaient n'avoir aucune idée de ce qu'ils devaient faire.
Alors Vasquez se tourna et vit le plus beau des spectacles pour un homme qui avait cru sa dernière heure arriver. Ses six amis étaient là et tenaient en joue toute l'assistance. Et Josh, dont la position ne faisait aucun doute, c'était lui qui avait abattu Faris, qui lui avait sauvé la vie, le regardait lui avec tant d'intensité qu'ils auraient aussi bien pu être seuls sous cette tente.
Un sourire illuminant son visage, Vasquez s'autorisa à respirer profondément. Il était en vie, il était amoureux, dieu que la vie pouvait être belle tout à coup.
- Merci, souffla-t-il à l'intention de son compagnon.
Celui-ci ne le lâcha pas du regard, mais demeura étonnement silencieux. Vasquez ne se posa pourtant pas plus de questions que cela, ils étaient tous les deux secoués, voilà tout.
Il ramassa son arme et expliqua brièvement la situation avant de partir à la recherche de Stillson, Billy sur ses talons. S'il fut déçu que ce ne soit pas Josh qui l'accompagne, il préféra ne pas s'appesantir dessus, pas tant qu'il n'en avait pas fini.
Stillson était sous sa tente, déjà à moitié nu, et le sang perlant sur la lèvre fendue d'Abigail, comme l'appela Billy en la voyant, confirma qu'il n'avait pas eu l'intention d'être tendre avec elle. Billy entrava rapidement le pervers pendant que Vasquez déposait une couverture sur les épaules de la jeune fille, essuyant sa lèvre avec la manche de sa chemise déjà souillée, tout en lui murmurant quelques paroles réconfortantes. Elle semblait terrorisée et n'avait manifestement pas encore compris qu'elle était en sécurité. Qu'importe, cela viendrait. Ne lui resterait plus ensuite qu'à surmonter le traumatisme de ce qu'elle avait vécu et, pour vivre lui-même avec un homme qui se battait avec des blessures similaires, Vasquez ne l'enviait pas pour cela. Ce serait dur, mais au moins était-elle sauvée.
Le reste de la nuit ne fut pas de tout repos. Tous les hommes ayant participé à cette débâcle furent mis hors d'état de nuire et il fut décidé que l'armée les prennent en charge, ils étaient trop nombreux pour être conduits dans la petite prison de la ville. Billy et Goodnight partirent donc vers le Fort le plus proche à quelques heures de cheval seulement pour chercher des renforts.
Puis, pendant que Jack et Red surveillaient leurs prisonniers, Sam, Faraday et Vasquez sillonnèrent le camp pour retrouver toutes les filles qui avaient été enlevées au village. Il n'en manquait qu'une à l'appel et ce furent Walter et Tony qui indiquèrent où elle avait été enterrée quand Faris s'était débarrassé d'elle lorsqu'elle avait réussi à blesser l'homme qui l'avait achetée. Cette mort ternît la réussite de leur opération et rendrait le retour des demoiselles à leurs familles amer, même si Sam s'empressa de féliciter ses hommes.
Ce ne fut qu'une fois que les jeune filles furent toute en route pour le village dans un chariot "emprunté" à la compagnie des chemins de fer, conduit par Josh, qui avait insisté pour en être alors que Vasquez avait espéré pouvoir se retrouver enfin avec lui, et Brooks, qui avait été choqué de découvrir de quoi il retournait exactement des soirées spéciales de Faris, que le Mexicain consentit à laisser Jack soigner sa blessure. Elle était superficielle et ne saignait déjà plus, aussi son ami se contenta-t-il de la nettoyer et la bander soigneusement, assurant que dans quelques jours, malgré la douleur qui ne le lâchait pas, le bras serait comme neuf, ce qui ne serait pas le cas de sa chemise en revanche.
Vasquez s'assit ensuite dans un coin, cigarillo aux lèvres, et se plongea dans ses pensées. Il était heureux du devoir accompli, heureux bien sûr d'être sauf alors qu'il s'en était fallu de peu cette fois. En revanche, il était terriblement inquiet de la conduite de Josh. Si celui-ci n'avait pas hésité à lui sauver la vie, il l'avait ensuite totalement ignoré, ne lui adressant la parole à aucun moment, avait de sauter sur la première occasion pour s'éloigner, alors que le Mexicain avait rêvé à de tendres retrouvailles non dénuées d'effusions. A se demander ce qui s'était passé durant ces quelques jours où ils avaient été séparés. Et les hypothèses n'étaient aucunement rassurantes. Josh était par moment un homme tellement compliqué, que comprendre ce qui lui passait par la tête n'avait rien d'une sinécure. Ça n'en était que plus frustrant pour l'homme qui se savait dépendre tellement de lui et qui s'inquiétait chaque fois que l'Irlandais mettait de la distance entre eux, craignant toujours pour la suite de leur relation.
- Il a simplement eu peur de te perdre, dit Sam en s'approchant de lui, le faisant sursauter.
Vasquez haussa les épaules, ne pouvant retenir une grimace de douleur à ce geste.
- C'est pour ça qu'il s'est tiré sans même me dire un mot ? Drôle de façon de le montrer, maugréa le Mexicain.
- On sait tous qu'il a des réactions bien à lui, plaida Sam en s'asseyant à ses côtés. Je pense qu'il essaie de gérer à sa façon. Il a tenté de nous le cacher, mais tu lui as terriblement manqué toute cette semaine. Il a passé son temps à tourner en rond tout en étant odieux avec chacun de nous. Il a même réussi à faire perdre son calme à Jack et j'ai bien failli devoir intervenir pour les séparer.
Vasquez eut un petit rire en imaginant la scène, mais se reprit bien vite.
- Il m'a manqué aussi, murmura-t-il.
- Bien. Ça le rassurera je pense. Il faut simplement que tu le lui dises.
- Ça va être dur s'il continue à me fuir comme il l'a fait ce soir.
- Tu trouveras un moyen. Pour votre bien à tous les deux.
Vasquez hocha la tête devant la sagesse de ces paroles. Puis les deux hommes restèrent silencieux. Vasquez somnola probablement à un moment et quand il fut à nouveau tout à fait conscient, il sut que Sam avait raison et qu'il n'avait aucune intention de s'avouer vaincu. Ce nom de dieu d'Irlandais écouterait ce qu'il avait à dire ou il ne se gênerait pas pour lui botter le cul bien comme il faut.
ooOoo
Au matin, Josh et Brooks furent de retour avec le chariot vide, bien après que les prisonniers aient été évacués. Josh fit un compte-rendu à Sam, indiquant qu'avec l'aide du sheriff chaque fille était rentée chez elle. La rencontre avec la famille de l'unique disparue semblait l'avoir profondément ébranlé et Vasquez, qui se tenait à proximité pour écouter sans se mêler, ressenti l'envie de le prendre dans ses bras pour l'aider à s'apaiser. Mais Josh ne lui ayant toujours pas adressé la parole, il réfréna son désir. Sam avait raison, ils allaient devoir parler, mais il y avait trop de monde autour pour l'instant.
Il en fut de même quand les sept amis retournèrent enfin vers le village après que Sam ait eu une conversation avec les responsables du camp, les mettant en garde et promettant de les avoir à l'œil. Alors Vasquez, chevauchant près de son compagnon, décida de parler de tout et de rien pour tenter de le dérider. Peine perdue, Josh se contentant de grognements indistincts sans même jeter un coup d'œil dans sa direction.
Vasquez, qui avait espéré des retrouvailles dignes de ce nom, se retrouva singulièrement sonné, ne trouvant rapidement plus de sujets de conversation et se mura à son tour dans le silence. Voilà qui était gai.
ooOoo
Enfin arrivés, alors qu'ils étaient aux écuries pour nourrir et installer leurs chevaux, Sam pressa tout le monde pour faire en sorte que Faraday et Vasquez restent seuls. Son intervention fut loin d'être discrète, ce qui irrita profondément l'Irlandais. Cette façon d'être materné, comme s'il était incapable de prendre les bonnes décisions tout seul, lui donnait parfois des envies de meurtre. Pourtant, et c'était la raison pour laquelle lui-même n'avait pas fui immédiatement les écuries alors que Vasquez traînait là, l'air pitoyable, Faraday devait admettre qu'il n'avait pas été très fair-play avec lui durant la nuit. Il avait été heureux de le retrouver sain et sauf, même s'il s'en était fallu d'un cheveu, mais après tout ce dernier détail n'était malheureusement pas un coup d'essai pour eux. Il avait cependant été incapable d'oublier ce qui lui avait pris la tête durant toute cette semaine et faire payer à Vasquez s'était avéré le plus facile. Il s'en voulait pour cela à présent, son amant ne méritant certainement pas ce traitement, mais il avait encore tellement de ressentiment qu'il n'avait aucune idée de la façon de gérer la situation.
Il aurait dû fuir loin d'ici avant le retour de Vasquez. Repartir à zéro, seul. Cela aurait été le plus simple. Mais aussi le plus douloureux, la raison pour laquelle il n'avait pas sauté le pas. La raison pour laquelle il demeurait là, silencieux, à se contenter de caresser connement son cheval en cherchant à se donner bonne figure.
Il ferma les yeux alors que son cœur s'accélérait sensiblement quand il sentit Vasquez tout près de lui.
- Tu vas continuer à faire la gueule encore longtemps ? s'enquit le Mexicain d'une voix douloureuse.
Mais Josh avait justement mal lui aussi, alors c'était un juste retour des choses, n'est-ce pas ? Cela ne l'empêchait pourtant pas de se sentir comme la dernière des merdes.
Il se retourna lentement, la tête basse, avant de se décider à lever les yeux. Le regard sombre de son compagnon contribua à lui faire perdre le peu de confiance qu'il était parvenu tant bien que mal à conserver.
- Tu m'as manqué, dit-il dans un souffle.
- Tu as une drôle de façon de me le prouver, ironisa Vasquez.
- Tu m'as trop manqué et ça m'a fait peur.
- Peur ? Pourquoi ? Je suis là à présent.
- Jusqu'à quand ? Je suis à l'aise avec le fait d'être bien avec toi, j'ai aucun problème avec ça. Mais cette semaine… j'ai constaté que sans toi je n'étais pas grand-chose. Qu'est-ce que je vais faire le jour où tu vas définitivement partir ?
- Cariño, souffla Vasquez en caressant doucement sa joue, je n'ai aucune intention de partir.
- Pour l'instant, grogna Faraday en reculant de quelques pas pour rompre le contact. Et puis un jour, tu trouveras quelqu'un de mieux que moi.
- Parce que tu crois que c'est seulement possible ?
- Arrête ! Tu t'es vu ? Beau brun ténébreux… Tu pourrais avoir tous les hommes que tu veux ! Et moi… Avant j'étais plutôt pas mal, mais maintenant… enfin, je sais à quoi je ressemble. Une main handicapée, des brûlures sur la moitié du corps… Je sursaute au moindre bruit trop fort à cause du souvenir de cette putain d'explosion. Je fais tellement de cauchemars que je t'empêche de dormir… Tu trouverais tellement facilement mieux que moi. Et toi aussi tu t'en rendras compte un jour. Et alors… je ne serai plus rien. Alors qu'avant j'étais quelqu'un, je n'avais besoin de personne pour être bien… C'est pour ça que je t'en veux, que je m'en veux…
- Et moi dans tout ça, j'ai mon mot à dire ? s'écria Vasquez, dont la tristesse semblait avoir été remplacée par la colère. Tu imagines comme c'est vexant pour moi ce que tu racontes ? Je t'ai pourtant prouvé plus d'une fois que je ne voulais personne d'autre à mes côtés ! Qu'est-ce que je dois faire de plus ?
Il était sincère, c'était indéniable. Et Faraday s'en voulu de n'être pas capable de se sentir davantage apaisé.
- Je ne t'ai jamais jugé, jamais critiqué ! Ça ne m'est même jamais venu à l'idée ! Parce que je t'aime, dios mio. Je ne dis pas que je ne préférerais pas te voir plus heureux, plus en paix avec toi-même, mais je t'aime tel que tu es. Et pourtant, tu doutes encore de moi. Comme si je ne t'avais pas donné toutes les raisons du monde de ne pas douter justement.
- C'est pas de toi que je doute, c'est de moi.
C'était difficile à exprimer, à comprendre, même pour Faraday lui-même. Mais c'était bien cela. Il ne doutait pas un instant de la sincérité, ni de l'amour de Vasquez, il ne s'estimait simplement mériter ni l'une, ni l'autre.
Vasquez eut un petit sourire, quoi que triste, et Faraday fut soulagé de ne plus voir trace de colère dans ses yeux. Leur relation n'était pas toujours simple, mais au moins se comprenaient-ils parfaitement, ce qui facilitait bien les choses.
- Arrête tout de suite avec ça querido, dit le Mexicain d'un ton doux en se rapprochant de lui. Je sais très exactement ce qui se passe dans ta petite tête et je ne suis pas d'accord. Arrête de croire que tu ne mérites pas ce qu'on vit, parce que rien n'es plus éloigné de la vérité. Tu mérites tellement d'être heureux.
Vasquez s'interrompit un instant, donnant l'impression de chercher ses mots, parce qu'il savait tout autant que Josh combien cette conversation était importante.
- Tu sembles convaincu la plupart du temps que je ne suis avec toi qu'en attendant de trouver mieux… Il faut que tu arrêtes de penser ça, parce que personne ne pourrait me convenir aussi bien que toi. Tu es ce qui m'est arrivé de mieux dans la vie. Tu as peur d'être accro à ce point ? Eh bien laisse-moi te dire que je te comprends parfaitement, parce que je vis la même chose. Moi aussi je me sens désespérément seul quand je suis loin de toi. Et ça m'angoisse pour n'avoir jusque-là toujours vécu que pour moi-même. Ça m'angoisse mais ça me comble également tellement, que je sais que ça en vaut la peine.
Josh hocha la tête, heureux de ce discours. C'était exactement les mots qu'il avait espéré entendre. Il avait cependant encore besoin de formuler ses inquiétudes, ce qu'il fit cette fois sans se détourner ou s'éloigner de son compagnon, parce que Vasquez méritait qu'il l'affronte les yeux dans les yeux, il avait enfin compris cela.
- C'est simplement que je me demande comment tu peux m'aimer moi.
Le Mexicain haussa négligemment les épaules.
- Je n'ai pas d'explication à te donner. Je t'aime et c'est tout.
- C'est tellement improbable.
- Pourquoi ? Je ne trouve pas moi. Au contraire. Ça me semble évident. Ça m'est tombé dessus comme ça et je sais que je ne passerai jamais à autre chose. Alors arrête de t'en faire. Et ne cherche pas à comprendre le pourquoi du comment, c'est gâcher ton temps.
Tout en parlant, il fouilla dans la poche de son gilet, dont il extirpa une carte, qu'il lui montra. Le roi de cœur. Tâché de sang séché. Josh la fixa sans comprendre.
- Ça te rassurerait d'avoir une preuve ? Cette carte c'est devenu un talisman pour moi. Et chaque fois que je la regarde, que je la touche, je me rappelle combien j'ai de la chance de t'avoir dans ma vie. C'est ton sang.
Faraday sursauta, surpris, mais ne dit rien, curieux d'entendre toute l'histoire.
- Je l'ai trouvée dans le champ où tu as failli y rester. Elle était par terre, à quelques pas de toi. Sur le coup, ça m'a paru important que je ne la laisse pas là-bas. Alors je l'ai ramassée au lieu de devenir fou à ne pas savoir si tu étais vivant ou mort. Puis j'ai découvert que tu respirais encore. Je t'ai hissé tant bien que mal sur mon cheval, je t'ai ramené au village, j'ai fait un scandale jusqu'à ce que quelqu'un s'occupe de toi… Puis je t'ai veillé pendant des jours et cette carte était toujours dans ma main, comme un lien tangible avec toi, que je n'osais pas toucher de peur de te faire mal. Et c'est là, pendant que j'étais à tes côtés, la peur au ventre, en train de jouer machinalement avec cette carte, que j'ai compris que je t'aimais. Depuis, elle m'a plus quitté, me rappelant sans cesse cette évidence qui m'a heurté de plein fouet pour ne plus jamais me lâcher. Avant tout ça, on avait passé de bons moments ensemble. On baisait, on se taquinait, c'était pas prise de tête. J'aimais ça. Mais d'avoir failli te perdre… J'avais jamais aimé quiconque avant toi et pourtant j'ai pas douté un seul instant quand ça m'est tombé dessus. Alors oui, j'ai eu la trouille et je l'ai encore la plupart du temps, parce que ça me fait peur de dépendre de quelqu'un d'autre que moi seul, mais je ne voudrais jamais revenir en arrière. Parce que j'ai compris qu'avant toi, je n'avais jamais été vraiment heureux. On n'est pas faits pour être seuls, je l'ai réalisé à tes côtés, avec toi je ne le suis plus et jamais tu ne pourras seulement savoir à quel point je t'en suis reconnaissant.
Si ça avait été son genre, Faraday aurait eu les larmes aux yeux après pareille déclaration. Son homme n'était pas un romantique et cela lui convenait parfaitement, mais l'entendre mettre son cœur à nu de cette façon l'avait touché comme il n'aurait jamais cru cela possible. Si ses yeux demeuraient secs, il avait une boule dans la gorge alors qu'il esquissait un sourire. Il porta la main au visage de Vasquez et caressa ses lèvres.
- Putain, comme je t'aime, dit-il dans un souffle.
L'instant d'après, il l'avait attiré à lui et pressait ses lèvres contre les siennes dans un baiser intense, presque violent. Parce que c'était toujours ainsi entre eux, sans la moindre concession. Et aucun d'entre eux ne vit l'intérêt de faire remarquer que c'était la première fois que Josh avouait ses sentiments, parce que ceux-ci avaient bien toujours été là, ne demandant que le bon pour être prononcés et que ce moment, après une séparation, des révélations, était plutôt pas mal trouvé.
Quand ils se séparèrent, s'écartant à peine l'un de l'autre, Faraday eut le bon sens de regarder autour d'eux pour s'assurer qu'ils étaient seuls.
- Rassure-toi, connaissant Sam, il est du genre à faire le pied de grue devant la porte pour qu'on ne vienne pas nous déranger tant que tout ne sera pas réglé, dit Vasquez avant de rapporter rapidement la conversation qu'ils avaient eu durant la nuit. Il nous veut ensemble parce qu'il sait que c'est comme ça qu'on fonctionne le mieux.
- Cet homme est un père pour nous, s'amusa Faraday, se sentant plus léger à présent que l'autre homme avait su le rassurer.
Les doutes reviendraient probablement tôt ou tard, mais ce n'était décidément pas le moment d'y penser. D'autant qu'ils avaient été séparés une semaine, une première pour eux, et qu'ils avaient bien des choses à rattraper. Dans cette optique, Josh pris la main de Vasquez.
- Ne prenons pas de risque malgré tout, dit-il sur un ton de conspiration en entraînant son amant dans le box de Jack.
Vasquez le suivit, non sans réticence.
- Tu te rappelles bien sûr que ton cheval est du genre teigneux avec les étrangers, crut-il bon de rappeler.
- Tu n'es plus un étranger pour lui depuis bien longtemps. Si en plus, tu me laisses diriger les choses, il ne s'occupera pas de nous.
- Une façon originale d'obtenir de mener la danse, dit Vasquez avant de heurter brusquement le mur, Josh se pressant immédiatement contre lui.
Leurs lèvres s'unirent à nouveau, avec plus de passion qu'avant, chacun confirmant à travers ce baiser l'impatience qui les habitait, qui ferait qu'ils ne prendraient pas le temps de retourner à leur hôtel. C'était bien inutile, ils l'avaient déjà fait dans des lieux tellement improbables, celui-là ne serait pas pire. Et puis, dans un coin du petit box, Jack les dissimulant à la vue de quiconque passerait à proximité, ils bénéficiaient d'une relative tranquillité.
Josh, qui avait trouvé le moyen d'exprimer son désir de prendre les choses en main, ne perdit pas un instant pour passer aux choses sérieuses. Sept putains de jours sans pouvoir toucher son compagnon, voilà qui avait été bien trop long. Sans compter l'inquiétude, la peur et l'incompréhension, qui s'étaient cruellement mêlées à la frustration. Alors qu'il embrassait durement Vasquez, mordant ses lèvres autant que les caressant, les mains étaient déjà passées sous sa chemise, où il touchait son ventre, il sut que cette étreinte-ci n'aurait rien de tendre. Il avait juste besoin d'évacuer de la façon la plus efficace, alors il n'était pas question de prendre son temps.
Les gémissements de contentement que poussa la Mexicain tandis qu'il défaisait son pantalon ne faisaient que confirmer qu'il pouvait agir à sa guise. Comme souvent, et c'était ce qui rendait leur relation si parfaite, ils désiraient exactement la même chose.
Quand il le prit dans sa main, il fut satisfait de le trouver déjà dur, autre confirmation, si tant est qu'il en ait eu besoin. Il le caressa un moment tandis que ses lèvres descendaient dans son cou et qu'il s'enivrait de son odeur. Faraday aimait boire plus que de raison pour éprouver la sensation d'oubli la plus parfaite, dans les bras de Vasquez, la sensation était la même, la culpabilité en moins.
Et lorsque l'étroitesse de son propre pantalon devint finalement trop inconfortable, il relâcha son amant, appréciant le petit couinement de frustration.
- Tourne-toi, souffla-t-il à son oreille.
Avec un frisson, Vasquez hocha vivement la tête et fit comme demandé. Il était si beau ainsi, pantalon baissé, offert, n'attendant rien d'autre que se donner entièrement. C'était une vision si excitante que Faraday, se mordant la lèvre avec un gémissement d'anticipation, remercia ses années de pratique lui ayant appris la patience, sinon il aurait bien été foutu de venir comme ça. Pourtant, tout ce self contrôle ne pourrait pas retarder éternellement l'échéance. Le temps n'était plus à la réflexion. Alors il passa rapidement à l'action.
Crachant dans sa main à défaut de mieux, il prépara rapidement son amant, faisant ça bien malgré l'envie qui lui brûlait les reins, parce qu'il voulait que ce soit aussi bon pour l'un que pour l'autre. Or justement, Vasquez n'avait que rarement ce rôle quand ils faisaient l'amour, il lui fallait toujours un peu plus de temps pour s'accommoder à sa présence en lui. Ils n'en avaient jamais vraiment parlé, mais dès le début Josh s'était tout naturellement vu échoir le rôle du passif et ne demandait à en changer comme aujourd'hui qu'occasionnellement. Chaque fois, Vasquez s'y prêtait cependant sans hésiter.
Quand il fut enfin en lui, il grogna en luttant pour ne pas se mettre en mouvement à la seconde et laisser un instant de répit à son amant. Il en avait la confirmation à cet instant, alors que la tête lui tournait agréablement – renforçant une nouvelle fois l'analogie entre alcool et sexe – ce n'était pas aujourd'hui qu'ils tiendraient longtemps.
Vasquez, qui s'appuyait tant bien que mal au mur devant lui, marmonna quelques paroles dans sa langue natale.
- Je ne parle toujours pas l'Espagnol mon amour, souffla Faraday avant de mordre sa nuque.
- Qu'est-ce que tu attends ? Bouge ! répéta l'interpellé avec un accent à couper au couteau tel qu'il fut à peine plus compréhensible.
Faraday lâcha un juron avant d'obtempérer. Apparemment, il s'était embêté pour rien à prendre de la sorte des pincettes. Mais ne pas voir le visage de son amant ne facilitait pas les choses. Pourtant, c'était toujours ainsi qu'ils le faisaient, Josh y tenait. Vasquez aurait voulu souvent le regarder dans ces moments-là, mais lui n'était pas prêt à se montrer dans un moment si intime avec… ce corps. Alors ils s'adaptaient. Et ne s'en sortaient généralement pas si mal.
Partout où il touchait Vasquez, celui-ci était délicieusement tendu, il haletait à chaque mouvement en lui, ne dissimulant rien de ses réactions. C'était enivrant de le savoir se donner de la sorte. Alors Josh se perdit dans ses sensations, submergé par l'odeur ô combien familière de son amant, par le plaisir chaque fois intact de pouvoir le prendre de la sorte.
L'une des mains du Mexicain lâcha le mur pour se porter derrière eux, agrippant la fesse de Faraday dans une sorte d'encouragement silencieux. Josh grogna son assentiment, continuant à embrasser le cou de son amant, léchant, mordillant la peau moite et chaude. Il continuait à s'enfoncer profondément, les oreilles emplis du bruit de leurs corps qui claquaient en se rencontrant violemment et celui de leurs gémissements. Il n'y avait rien d'autre, pas un son provenant de la rue si proche ou des chevaux les entourant, comme s'ils étaient seuls au monde. L'impression était délectable.
Se sentant perdre la tête, Faraday s'enfonçant plus fort avant de se retirer presque tout entier pour revenir à nouveau. Mouvements entêtants que Vasquez accompagnait de tout son corps, criant à présent chaque fois qu'il heurtait ce point tellement sensible en lui.
Faraday ferma les yeux et lâcha la hanche de son amant, passant la main devant lui pour saisir son érection. Il ne sut pas très bien s'il la caressait, s'il se contentait de la serrer, il n'avait plus les idées claires, mais quoi qu'il fasse, cela porta ses fruits. Vasquez eut un grognement impudique, dont le son se répercuta il lui sembla jusqu'au tréfonds de son être, et enfin il jouit dans un râle presque douloureux, le corps tendu à se briser. Faraday, étourdit par le martèlement de son cœur, savoura ce plaisir qui éclata, qui n'aurait pas été meilleur si ça avait été le sien. Il parvint à se mouvoir encore en lui, appréciant d'autant plus la sensation d'être dans ce corps délicieusement accueillant qu'il savait la fin proche. Puis il se raidit avec force, se répandant longuement avec un soupir qui ressemblait à un sanglot. Vasquez eut un petit rie satisfait alors qu'ils s'effondraient sur la paille au sol.
- Tu vois à quel point c'est bon d'être épris de quelqu'un ? demanda-t-il quand il fut capable de parler à nouveau.
Il avait raison, réalisa Faraday en hochant doucement la tête. S'il n'était pas novice dans tout ce qui touchait au sexe, s'il y avait toujours pris du plaisir, ça n'avait jamais aussi bon qu'avec Vasquez et leurs sentiments respectifs n'y étaient certainement pas étrangers. Alors oui, ça foutait sacrément la trouille de remettre sa vie entre les mains d'un autre, mais ça avait aussi ses bons côtés, et pas qu'avec la braguette ouverte. Blotti dans les bras de son compagnon comme il l'était à cet instant – ok, la braguette n'était pas encore renfermée mais c'était hors de propos – il se sentait invulnérable et tellement désirable.
- Tu es tellement beau quand tu souris comme ça, cariño, dit Vasquez en caressant doucement ses lèvres.
Josh n'eut pas le temps de savoir seulement quoi répondre qu'il recevait le plus époustouflant des baisers. Oui, vraiment, ça valait le coup en définitive.
A suivre…
