Chapitre 9.

Quand Erik vint se présenter à la barre, Vasquez, qui s'était promis de ne pas le regarder, ne put s'empêcher de lever les yeux sur lui. Leurs regards se croisèrent er Erik lui sourit. Nulle rancœur dans son attitude, comme s'il avait pardonné voilà longtemps d'avoir été lâchement abandonné. Son sourire n'était que chaleur et Vasquez ne put qu'y répondre, se maudissant du même coup pour cette faiblesse.

Ces six années lui avaient plutôt réussi, constata du même coup Vasquez, qui ne fut plus capable de détourner le regard. S'il avait toujours l'œil rieur et un air adorablement abordable, ainsi que cette tignasse blonde parfaitement indomptable qui l'avait toujours rajeuni, les rigueurs du grand air avaient marqué son visage, lui donnant une maturité qui lui allait parfaitement. En étant tout à fait honnête avec lui, et même si c'était terriblement injuste pour Josh, Vasquez devait admettre qu'Erik lui plaisait encore terriblement. Il lui avait fait perdre la tête six ans plus tôt lorsqu'ils avaient travaillé ensemble, quand l'attirance s'était avérée réciproque, et il ne faudrait pas grand-chose pour qu'il y parvienne à nouveau.

C'était pour cela également qu'il n'avait pas voulu que Sam le fasse venir, pour cela qu'il avait d'abord essayé de ne pas le regarder. Ça rappelait de trop nombreux souvenirs. De bons souvenirs, si ce n'était la séparation brutale, mais qui n'avaient plus leur place dans sa vie, pas alors qu'il y avait Josh.

Il n'y avait jamais réfléchi, pas plus à l'époque que par la suite, mais Vasquez avait peut-être bien eu des sentiments pour Erik. Oh, pas l'amour serein qu'il éprouvait désormais pour son compagnon. Leur relation n'avait jamais ressemblé à celle empreinte de confiance, de petites habitudes agréables qu'il connaissait aujourd'hui. Et il n'aurait échangé ce qu'il avait avec Josh pour rien au monde. Avec Erik, ça n'avait été que passion et précipitation, mais peut-être que si on leur avait laissé le temps de se découvrir davantage, de partager un quotidien simple à deux… C'était ce qui l'effrayait.

Et si Erik et lui avaient pu construire quelque chose, et s'ils étaient restés ensemble… Il n'y aurait pas eu Josh ? C'était quelque chose que Vasquez ne pouvait concevoir, pas avec ce qu'ils partageaient, ce qu'ils éprouvaient. Pourtant, simplement imaginer un autre possible lui était insupportable. Il se faisait l'impression de trahir Josh rien qu'en y pensant.

Sous la table, la main de son compagnon serra justement la sienne avec douceur et tout son corps se détendit d'un coup comme par magie. Josh avait cet effet sur lui et c'était rassurant. Ce qu'ils partageaient, nul ne pouvait le concurrencer ou même risquer de le briser. Erik avait eu une place à part dans sa vie, resterait toujours une belle parenthèse, cela s'arrêtait là. Une étape avant de le conduire vers ce qu'il avait à présent, comme il y en avait eu tant d'autres, toutes différentes et chacune avait contribué à faire de lui l'homme qu'il était, le rendant prêt pour tout partager enfin avec la bonne personne. Cela, on ne le leur enlèverait jamais.

Se sentant plus serein, Vasquez fut enfin capable de regarder Erik sans sentir son cœur s'emballer. Bien sûr qu'il y avait toujours un peu de place pour lui dans son cœur, mais rien qui ne fasse de l'ombre à ce qui comptait le plus.

- Bien, monsieur Hammer, commença Sam avec un sourire engageant, quand et à quelle occasion avec-vous rencontré monsieur Vasquez ?

- J'ai rencontré… monsieur Vasquez – Erik tiqua et retint difficilement un petit rire en l'appelant ainsi, ce qui amusa Vasquez – peu après qu'il ait quitté Subburgatorie, comme il me l'a lui-même indiqué par la suite. En revanche, je ne savais pas pour la mort du garçon… De cela il n'a jamais parlé…

Pour quelqu'un qui ne le connaissait pas, son trouble passa probablement inaperçu, mais Vasquez ne manqua pas sa mine blessée. Réaction compréhensible. Erik venait ni plus ni moins de découvrir que l'homme avec lequel il avait partagé bien des choses ne s'était jamais confié sur le sujet le plus important. Il devait se sentir trahi et Vasquez le comprenait. Pourtant, à la décharge de celui-ci, c'était alors bien trop récent, il était encore bien trop traumatisé pour pouvoir seulement mettre des mots sur ce qui s'était passé. Même par la suite, cela n'avait jamais été facile et il n'en avait parlé que rarement. A l'écrit quelques jours plus tôt pour cette déposition que Sam avait demandé puis lu devant le juge. A Sam lui-même peu après leur rencontre, mais la bienveillance de celui-ci avait aidé et surtout il avait de toute façon déjà compris la plupart de l'incident en enquêtant sur son passé lorsqu'il le traquait, de moins en moins convaincu de sa culpabilité.

Et il y avait eu Josh bien sûr. Avec lui, cela avait semblé naturel au vu de ce qu'ils partageaient, même si les mots avaient été bien difficiles à sortir, quoi que l'apaisant ensuite plus que jamais.

Peut-être Erik était-il blessé de découvrir qu'ils n'avaient pas été aussi proches que ce qu'il avait cru alors. C'est quelque chose que Vasquez lui-même avait compris en voyant son degré d'intimité avec Josh. Toutes les autres relations passées avaient été bien futiles en comparaison, même celle avec Erik malgré son caractère à part.

Vasquez s'en voulu, c'était une souffrance de plus qu'il infligeait à cet homme pourtant si bien, après l'avoir lâchement abandonné sans un mot. Erik à l'époque aurait mérité des explications, c'était moche qu'il les ait à présent devant tout le monde, obligé en prime de continuer à faire bonne figure.

- Continuez, l'encouragea doucement Sam.

Celui-ci parvenait à agir sans se démonter, alors qu'il devait lui-même comprendre bien des choses sur le passé de son ami. Mais comme toujours, il ne jugeait pas. Il avait accepté cette relation qu'il avait deviné sans mal aucune entre Vasquez et Faraday, alors pourquoi traité différemment une relation passée ? Sam avec cette capacité à accepter ce que faisait autrui, du moment que c'était pour son bien.

- Il est venu réclamer du travail à mon père dans le ranch familial, reprit Erik. Il nous a plu tout de suite de façon inexplicable, autant à moi qu'à mon père, alors il l'a pris à l'essai.

- Et vous êtes devenus amis.

- Oui, on peut dire ça comme ça. On avait le même âge, ça a aidé. Du coup on se voyait même en dehors des heures de travail. C'est un homme bien, vraiment. Là où les autres me traitaient avec un respect souvent teinté de condescendance parce que j'étais le fils du patron, lui se fichait de ce détail. On sortait au village, il m'a appris à tirer…

Erik restait vague évidemment, mais Vasquez avait des souvenirs précis des occupations citées. Les entraînements au tir, s'ils avaient bien eu lieu, avaient été avant tout des prétextes pour se retrouver seuls loin de tout. Vasquez se rappelait de biens des étreintes, dissimulés par les hautes herbes sur une simple couverture au beau milieu de la prairie, après avoir tiré sur quelques boîtes de conserve volées dans le cellier de la maison principale. Si Erik était novice dans l'activité officielle et à peine plus expérimenté dans la seconde, il avait rapidement excellé dans les deux.

- Mon père était content de lui et ne s'est pas caché vouloir le garder. Très vite, il a ainsi commencé à seconder notre régisseur, et c'était la première fois que Shaw acceptait de l'aide.

Entendant cela, Vasquez cette fois se laissa gagner par d'autres souvenirs, pas coquins le moins du monde ceux-ci. Cela avait été une belle période et bien que cela n'ait duré que quelques mois, c'était là des moments qu'il avait longtemps chéris tandis qu'il fuyait encore et encore en regardant sans cesse derrière lui. S'occuper des chevaux, travailler de ses mains, au grand air, c'était suffisamment intéressant pour compenser les réveils avant l'aube et les soirées loin du saloon. Il s'était fait quelques amis, il avait rencontré Erik… Mais surtout, on lui avait fait confiance, lui donnant des responsabilités, écoutant son avis… C'était la première fois et il avait adoré. Cela lui avait terriblement manqué ensuite durant toutes ces années en solitaire.

A la vérité, ce qu'il avait connu ensuite avec Sam et les autres avait terriblement ressemblé à cette époque bénie. Des amis, un compagnon, des responsabilités, la confiance d'autrui… Il avait retrouvé tout ce qui venait de tant lui faire défaut. Et il risquait à présent à nouveau de tout perdre… Seul avantage à sa situation, cette fois au moins ce serait de façon définitive, ainsi n'aurait-il pas à en souffrir longtemps.

Il s'en voulait bien sûr d'être aussi pessimiste, à plus forte raison que ses amis justement remuaient ciel et terre pour lui, mais c'était plus facile ainsi. Au moins serait-il prêt, en tout cas l'espérait-il, quand l'inévitable se produirait.

- Et il se plaisait chez vous ? demandait Sam, avec une motivation que Vasquez lui enviait le plus souvent.

- Il en donnait l'impression en tout cas. Il avait l'air sinistre en arrivant, mais ensuite il souriait, il s'intégrait… Oui, je pense qu'il était bien.

- Qu'est-ce qui a changé ensuite ?

- Au début je n'ai pas compris. Subitement il est devenu nerveux, distant… Je me suis inquiété, alors j'ai cherché à comprendre. Et c'est là que j'ai vu ce type… Il fouinait partout, posait des questions et Vas le fuyait comme la peste.

- Vous avez su de qui il s'agissait ?

- En effet. C'était le Ranger Abercrombie. Il est allé se présenter à mon père pour lui dire de se méfier de Vas. Mon père ne l'a pas écouté. Pas plus que moi. Je veux dire, ce type avait l'air… inquiétant, comme s'il était en train de monter un coup pas très net. J'ai voulu en parler à Vas, mais… enfin il a juste… disparu. Un matin, il n'était plus là, ses affaires non plus. Et on n'a plus revu Abercrombie dès qu'il l'a appris. Je ne sais pas ce que ce type lui a fait, s'il l'a menacé ou quoi, mais je sais que c'est à cause de lui que Vas est parti. Et quelque part, j'ai compris sa démarche, et pourtant j'aurais préféré avoir droit à des adieux en règle.

Erik s'interrompit, l'air vraiment éprouvé. C'était ce que Vasquez avait craint, qu'il craque et commette une erreur sur cette partie de leur histoire qui ne devait pas être dévoilée. Mais pouvait-il seulement lui en vouloir ? Erik avait dû souffrir autant que lui, il avait mérité le droit de s'épancher.

Seul bon côté, le Mexicain, s'il en avait été surpris – encore que pas tant que ça, son ancien compagnon avait toujours été un malin – il était soulagé de découvrir qu'Erik avait compris, au moins en partie, les raisons de son départ. Vasquez avait toujours eu peur que son ex se sente responsable, qu'il s'en veuille. Cette mise au point était agréable.

- Vous avez su ce qu'il s'est passé ensuite ?

- La mort d'Abercrombie ? s'enquit Erik en hochant la tête. Oui. Ça a fait du bruit par chez nous. Tout le monde aimait bien Vas, alors le savoir accusé d'une telle chose… On est nombreux a pas y avoir cru. Quand j'ai su qu'il était recherché, j'ai espéré qu'il ne soit jamais attrapé.

- Vous le croyez innocent ?

- Bien sûr ! C'est un homme bien, honnête.

- Et si je vous disais qu'il a avoué le meurtre au sheriff qui l'a arrêté ?

Erik resta un moment silencieux, la bouche ouverte, digérant tant bien que mal.

- Eh bien, reprit-il avec une assurance imprévue, s'il l'a effectivement fait c'est qu'il n'avait pas le choix. Abercrombie était tellement malfaisant. Il a dû faire quelque chose pour que Vas n'ait d'autre choix que l'abattre. Ce n'est pas le genre d'homme à tirer le premier sans raison.

Voilà encore une preuve de confiance qui réchauffait le cœur de Vasquez. Dans ces circonstances, il pouvait au moins se vanter d'être soutenu par tous ceux qui comptaient.

Le contre-interrogatoire fut navrant de banalités, Grant bousculant Erik un peu plus que de raison et s'attirant du même coup l'incrédulité des membres du jury. Lorsque le juge leva finalement l'audience jusqu'au lendemain, pour la première fois Sam semblait véritablement confiant alors que jusque-là Vasquez avait toujours trouvé son enthousiasme un peu forcé. C'était rassurant, même si le Mexicain refusait d'être aussi positif. Se préparer au pire lui avait toujours plutôt réussi, ne lui faisant que davantage savourer les réussites.

Quand il regagna sa cellule, qu'il supportait de plus en plus difficilement, mais quel que soit l'issue de tout ceci ce n'était plus qu'une question de jours, alors il tenait bon en silence, Josh semblait ne pas vouloir le quitter, même après que Sam fut parti. Vasquez voyait bien que quelque chose travaillait son amant, mais il préféra garder le silence tant que le sheriff était dans le coin. Adams était bien du genre à écouter aux portes et il ne laisserait certainement pas passer la moindre information qu'il pourrait glaner. Cependant, bien que zélé, l'homme de loi ne renonçait pas à ses soirées de plaisir, aussi ne fut-il guère long à filer vers le saloon une fois l'adjoint O'Creedy arrivé pour son service de nuit.

Immédiatement, avant même qu'il n'ait à l'interroger, Faraday prit la parole à voix basse.

- Je suis content d'avoir vu ce fameux Erik. Tu ne parlais pas de lui comme de tous tes autres amants, je voyais bien qu'il était spécial, je comprends pourquoi à présent.

Vasquez tendit la main à travers les barreaux pour saisir celle de son compagnon.

- Querido, je te l'ai déjà dit, je ne voudrais pas que tu sois jaloux. Je suis passé à autre chose.

Ce n'était pas l'exacte vérité, comme il en avait pris conscience en revoyant Erik pour la première fois depuis toutes ces années, mais il n'avait aucune intention de raviver le passé. Il aurait voulu lui dire au revoir comme ils l'auraient mérité tous deux, que leur relation se finisse autrement que par un coup du sort, mais Vasquez avait trop à perdre désormais pour remuer ce passé qui restait douloureux.

- Je ne suis pas jaloux, je te fais toute confiance, tu as su me prouver assez souvent que tu en étais digne.

C'était nouveau. Il n'y avait qu'à voir la scène que Josh lui avait faite à peine la semaine précédente à cause d'une serveuse un peu trop empressée. En fait, c'était trop de changements pour que Vasquez ne le soupçonne pas d'édulcorer la vérité et s'en sentit responsable. Aussi devait-il insister sur le fait que Josh n'avait rien à craindre.

- C'était étrange de le revoir, ça a fait remonter certains souvenirs, admit-il tout de même, mais ça m'a surtout confirmé ce que je savais déjà. C'est toi et toi seul qui compte.

Josh hocha la tête sans rien répondre cependant, se contentant de serrer davantage sa main. Comme l'homme sûr de lui et de son charme lui manquait, songea Vasquez avec un pincement au cœur.

Après quelques instants d'un silence inconfortable, Josh esquissa un sourire quoi que mélancolique.

- En tout cas, lui il en pince toujours pour toi.

- Ne dis pas n'importe quoi ! Après tout ce temps ? C'est absurde.

- Attends, je ne le lui reproche pas. Je parle en connaissance de cause en disant que tu n'es pas le genre d'homme qu'on peut oublier facilement. Il te dévorait du regard. Alors si tu me jures que tu n'as aucune intention de retourner auprès de lui…

- Josh ! s'écria Vasquez, outré. Je dois vraiment répondre à ça ?

- Si tu me jures que tu n'as aucune intention de retourner auprès de lui, répéta Josh en ignorant l'interruption, je peux m'estimer sacrément fier d'être celui qui partage ton lit, malgré… – il eut un geste vague vers son cou tout en s'interrompant. Lui il a une peau de bébé, pourtant tu es avec moi.

Il semblait effectivement fier de lui et Vasquez aima ce réveil de son égo. Ne restait qu'à lui de l'encourager dans cette voie.

- Je me fous de sa peau de bébé, dit-il dans ce sens. Et je t'assure que je n'ai aucune intention de retourner vers lui. J'ai aimé ce que nous avons partagé, probablement que lui aussi je l'ai aimé, mais c'est bien du passé. Et je suis heureux si tu n'en doutes pas.

Une fois de plus, Josh se contenta d'une pression supplémentaire sur sa main, mais Vasquez avait la conviction que le message était bien passé, c'était là l'essentiel.

Après lui avoir promis de revenir durant la nuit, quand ils seraient sûrs qu'O'Creedy ne risquait pas de revenir traîner par ici, comme il le faisait la plupart du temps en début de soirée, parce que "Putain chingado, j'ai besoin à en crever de pouvoir te toucher", Josh partit finalement, le laissant seul avec ses pensées et la perspective d'une heure ou deux agréables à venir.

Mais le répit fut de courte durée et il terminait à peine le repas apporté par O'Creedy, que celui-ci reparu.

- Tu as de la visite Vasquez. Décidément, même un coyote comme toi arrive à être populaire.

Surpris, Vasquez le fut encore davantage en découvrant l'identité de son visiteur.

- Erik, dit-il dans un souffle tandis que celui-ci s'approchait en souriant.

- Eh oui. Tu ne croyais quand même pas que je n'allais pas me fendre d'un petit détour par ici ? C'était assez frustrant de te voir sans pouvoir te parler tout à l'heure.

Les promesses faites à Josh, et à lui-même par la même occasion, n'auraient pu être davantage sincères, pourtant la proximité avec son ancien amant troubla Vasquez plus qu'il ne l'aurait voulu.

- C'est bon de te revoir, dit-il d'un ton qu'il aurait souhaité plus assuré.

- Pareil pour moi. J'aurais simplement préféré que ça se passe dans d'autres circonstances. Quand tes amis sont venus me chercher, je n'ai pas voulu les croire. Alors tu penses que j'ai accepté d'apporter mon aide. Mais si je ne suis pas sûr d'avoir fait grand-chose.

- Sam pense que si au contraire.

- Tant mieux. Mais, entre nous, outre ma volonté de t'aider, je suis aussi venu parce que je n'allais pas louper une occasion de te revoir enfin. Tu n'imagines pas comme tu m'as manqué.

- Oh Erik…

- Ose dire le contraire de ton côté, que tu n'as pas pensé à moi… après tout ce qu'on a partagé.

- Très bien, je ne le dirais pas, sourit Vasquez.

Ils savaient autant l'un que l'autre à quoi s'en tenir et pour le compagnon fidèle qu'était Vasquez, c'était une perspective tout à fait malsaine. Entre eux, ce n'était pas tout à fait fini, parce qu'ils n'avaient pas eu une fin dans les règles. Vasquez s'était enfui alors que les sentiments étaient au plus fort. Peut-être que dans un monde parfait, ils se seraient quittés malgré tout, mais plus tard, quand la passion aurait reflué, quand les sentiments se seraient éteints. Cela n'aurait pas empêché Vasquez ensuite d'être avec Josh, mais avec cette partie de son passé bien résolue. Là, pour ce même résultat, il y avait une sensation d'inachevée qui rendait cette rencontre frustrante et délicieusement interdite. Le Mexicain ne put que bénir les barreaux qui les séparaient et qui lui éviteraient peut-être – ou peut-être pas, c'était là tout l'inconfort de cette situation, cette incertitude – de faire une connerie qu'il aurait ensuite à regretter toute sa vie.

- Longtemps, je te suis resté fidèle, reprit Erik, ses doigts se promenant lentement sur un des barreaux à défaut de pouvoir toucher autre chose. J'espérais qu'une fois tes problèmes réglés, tu reviendrais. J'ai fini par passer à autre chose, encore que pas totalement, mais rien n'a jamais été aussi bon qu'avec toi. Alors peut-être… une fois que tout ça sera terminé… quand ils t'auront relâché parce qu'il est envisageable qu'il en soit autrement, toi et moi on pourrait…

- C'est impossible !

- Pourquoi ? Papa est mort il y a quelques années, c'est mon ranch à présent et je ne serais pas contre de la main d'œuvre supplémentaire et quelqu'un qui me tiendrait chaud la nuit.

- Je te l'ai dit, c'est impossible. J'ai quelqu'un dans ma vie.

- Et alors ? Moi aussi. Mon nouveau régisseur, une montagne de muscles d'une tendresse imprévue une fois les lumières éteintes. Et qui sait faire bon usage de l'organe plus que généreux dont le grand là-haut a jugé bon de le doter. Mais un mot de ta part et j'arrête les frais avec lui. Dans notre milieu, on sait bien que c'est rarement pour la vie. Je ne lui ai fait aucune promesse, lui non plus, on passe juste du bon temps ensemble, comme avec tous les autres avant lui, après toi. Il n'y a qu'avec toi que j'ai envisagé la fidélité et tout le tralala, les autres n'en ont jamais valu la peine.

- C'est triste pour toi, mais moi j'ai trouvé celui pour lequel je veux me donner la peine de me ranger.

- Plus qu'avec moi ?

- Toi et moi, on était des gamins ! Je ne dis pas que je ne regrette pas cette époque, mais je ne suis pas sûr qu'on aurait évité d'aller droit dans le mur. Alors qu'avec Josh, je sais que c'est sain et que je ne veux rien d'autre.

- Josh ? C'est comme ça qu'il s'appelle ? Celui qui était assis à côté de toi pendant l'audience ?

Vasquez se contenta d'un bref hochement de tête, il en avait déjà dit bien plus que prévu.

- Oui, j'ai bien vu comment il te regardait. Mais toi en revanche, tu n'avais d'yeux que pour moi, alors ne viens pas me faire croire que tu es amoureux.

- C'était juste la surprise de te revoir. Je suis amoureux de lui.

Erik eut un petit rire sans joie.

- Vasquez amoureux d'un autre que moi ? Qui l'eut cru ? Tu sais que ton monsieur parfait est en ce moment au saloon en train de se saouler ?

Voilà qui n'était pas une surprise. Faraday avait toujours été porté sur la bouteille et y revenait sans guère besoin d'encouragements à la moindre contrariété.

- Il se sent seul, justifia Vasquez, davantage pour lui-même. Je ferais probablement pareil si j'en avais la possibilité.

- Josh, répéta Erik avec un air de dépit. Il a au moins conscience de sa chance de t'avoir ?

- Je coirs. Tout comme moi de l'avoir.

- Et tu lui as promis d'être fidèle ?

- Pas explicitement, mais cela va de soi pour nous deux.

- Alors je perds mon temps. En venant, j'ai pensé… Laisse tombe, ça n'a plus d'importance. Peut-être dans une autre vie…

Vasquez se contenta de hocher la tête, ne voyant pas vraiment ce qu'il pouvait répondre. Parce qu'il était d'accord, mais ne voulait pas le reconnaître. Tout comme il se refusait à se poser trop de questions. Il n'avait dit que la vérité en parlant de Josh, il était heureux ainsi. Penser à ce qui aurait pu se passer, ce qu'il aurait pu avoir dans une autre vie n'avait pas le moindre intérêt à part faire souffrir toutes les parties impliquées.

Quand Josh revint le voir un peu plus tard dans la soirée, effectivement bien imbibé, mais à son air un peu désespéré – il était grand temps que tout ceci finisse pour leur bien à tous – Vasquez n'eut plus de doutes. Quel que soit leur passé commun, Erik ne tenait pas la comparaison. Ce qu'ils avaient partagé était bien révolu et c'était parfait ainsi. Quant à Josh, il ne devait pas savoir pour cette brève introspection et tout serait pour le mieux.

ooOoo

Le lendemain, il y avait foule dans le tribunal provisoire. Surpris, Vasquez reconnut nombre d'habitants de Rose Creek, dont Emma et Teddy, qui lui sourirent avec bienveillance. Il n'eut même pas la présence d'esprit de leur répondre tant il ne s'était pas attendu à les trouver là. Sam, ayant suivi son regard et compris ce qu'il avait en tête, se sentit obligé de lui fournir une explication.

- Ils sont arrivés hier soir, ils voulaient témoigner leur soutien, montrer au juge un visage de ses communautés que tu as aidées.

- Et comment ont-ils su ?

- Le journaliste du coin a écrit quelques articles depuis ton arrestation. Certains ont été relayés dans le reste de la région.

- Exactement ce que je ne voulais pas.

- Je sais. Je n'y suis pour rien. J'ai même refusé un entretien à ce journaliste. Après, je n'ai aucun contrôle sur ses publications…

- Tu aurais dû l'en empêcher !

- On voit que tu ne l'as pas rencontré. Il est coriace quand il a une idée dans la tête. Même Faraday a tenté de s'y frotter en vain.

- J'ai ensuite proposé de l'abattre, confirma ce dernier avec un sérieux inattendu pour une telle conversation, mais étonnamment personne n'était d'accord.

- Je pense que tu t'en fais pour rien, reprit Sam en ignorant la remarque de Josh. Quelques amis sont venus te soutenir, voilà tout.

- J'aurais préféré qu'ils ne sachent rien de ce passé, marmonna Vasquez en baissant la tête.

- Eh bien, le bon côté c'est justement qu'ils sont là même en sachant.

Vasquez se contenta de hausser les épaules. Il aurait dû apprécier effectivement cette preuve d'amitié, mais quelque chose l'en empêchait. Il ne pouvait expliquer pourquoi, mais il avait un mauvais pressentiment. Et sa défense, pourtant bien pensée, aurait bien du mal à résister à une nouvelle attaque craignit-il, malgré tous ses efforts pour rester positif comme il l'avait pourtant promis à Josh.

Plus que tous les habitants de Rose Creek, ce qui le secoua vraiment fut de voir entrer Horne en compagnie de Sarah Dwight. Si Sam l'avait bien prévenu de son intention de la faire venir, Vasquez avait douté jusqu'au bout de la réussite de ce projet. Du fait de leur passif, il ne voyait pas ce qu'il pouvait espérer d'elle. Pourtant, elle était là et qu'elle ne le regarde pas directement n'y changeait rien.

Près de lui, Sam et Josh semblaient se réjouir de sa présence, comme si eux aussi en avaient douté jusqu'à la dernière minute. L'aîné avait à présent la parfaite tête du comploteur tout à fait fier de lui et le Mexicain s'autorisa, au moins un peu, à en être rassuré.

ooOoo

Comme elle avait demandé, de façon tout à fait compréhensible, à ne pas revenir sur la mort de son fils, lorsque la jeune femme fut appelée, Sam se contenta de la présenter en rappelant sobrement les faits.

- Madame Dwight, j'aimerais avoir votre opinion sur monsieur Abercrombie durant la période où vous l'avez fréquenté, lui dit ensuite Sam.

- Que les choses soient claires, nous ne nous sommes jamais fréquentés à proprement parlé, le reprit-elle d'une voix douce quoi que ferme. Il me faisait simplement la cour et il est devenu de plus en plus empressé. Je l'appréciais, mais je n'avais pas envie de refaire ma vie aussi rapidement après avoir perdu mon époux. Et puis… mes enfants ne l'ont jamais aimé. Je ne l'ai su que plus tard, après plusieurs mois à le recevoir parfois, mais Charles avait peur de lui. Alors j'ai commencé à mettre de la distance entre nous… quelques semaines à peine avant… l'accident qui m'a pris mon fils.

- Toutes mes condoléances pour la perte de votre fils, madame Dwight. Et suite à ce drame, que s'est-t-il passé justement ? Si cela ne vous fait rien d'en parler…

- Je suis venu pour cela. Monsieur Horne m'a exposé la situation quand il m'a retrouvée.

- Sans indiscrétion justement, vous êtes donc venue en sachant pertinemment que c'était pour aider monsieur Vasquez, je me permets donc d'en déduire que vous ne le détestez pas, contrairement à ce que la situation pourrait le laisser penser.

La jeune femme eut un soupir douloureux et pour la première fois, son regard croisa celui de Vasquez, qui en éprouva la plus grande douleur, malgré la bienveillance qu'il put y trouver.

- Je l'ai détesté bien sûr. Tout le monde l'aurait fait à ma place. Et puis… eh bien j'ai écouté les enseignements de notre seigneur, qui nous apprend à pardonner à notre prochain.

Vasquez eut un sourire lointain. Croyant lui-même, il comprenait parfaitement ces propos, mais continuait à avoir le plus grand respect pour cette femme et la force dont elle avait su faire preuve. Il en aurait été bien incapable à sa place.

- Donc, vous lui avez pardonné, insista Sam.

- Bien évidemment. D'autant que je sais bien que tout cela était un horrible concours de circonstance.

- Avez-vous été en contact avec lui ensuite ?

Si Sam à la base avait voulu parler d'Abercrombie, il avait finalement choisi de s'adapter à son interlocutrice et la suivre. C'était une belle preuve de respect au regard de ce qu'elle avait perdu et Vasquez espérait que cela ne laisserait pas les jurés indifférents.

- Il est venu me voir, quelques jours après l'enterrement de Charles. Pour me présenter ses condoléances. Ainsi que ses excuses. Vous imaginez le degré de courage qu'il lui a fallu pour se présenter devant moi au lieu de se contenter de fuir la ville, comme plus d'un l'aurait fait ? Il a gagné mon respect ce jour-là. Il semblait presque aussi affecté que je ne l'étais moi-même, il avait du mal à s'exprimer. Il a fini par pleurer. Ce qui m'a touchée au plus haut point. Alors oui, ce jour-là j'ai su que je ne pouvais pas m'enfermer dans ma haine, qu'il n'y avait personne à blâmer à part le destin. Et j'ai pardonné.

- Etes-vous restée en contact ensuite ?

- Je ne l'avais jamais revu avant aujourd'hui. Mais il m'a écrit parfois. Et il m'envoie de l'argent à l'occasion. Son façon maladroite de m'aider dans ma nouvelle vie, comme il dit.

- On se demande si c'est là l'attitude d'un homme mauvais et vicieux comme aime à le présenter monsieur Grant…

- C'est un homme bon ! s'écria madame Dwight. Je suis là pour en témoigner. Nous avons été réunis de la pire des façons et pourtant il s'est montré digne de cette épreuve.

- Je n'en ai aucun doute. Cette visite qu'il vous a faites, qui semble vous avoir apaisée malgré les circonstances, comment s'est-elle terminée ?

La jeune femme resta un moment silencieuse, jouant nerveusement avec le médaillon autour de son cou. Et Vasquez, qui imaginait sans mal la scène qui lui revenait à l'esprit, admira la malice de Sam. Il l'avait laissée exprimer ce qu'elle avait sur le cœur, prenant un chemin détourné par rapport à son objectif initial, pour finalement y revenir en beauté. Nul doute que si lui n'avait rien su de sa présence avant de la voir entrer ici, son ami l'avait vu et s'était entretenu avec elle suffisamment pour avoir toutes les cartes en main et n'être à aucun moment pris au dépourvu. Voilà qui était terriblement rassurant pour la suite.

- Karl… Monsieur Abercrombie, est arrivé sur les entrefaites. Il l'a insulté pour son audace, lui a rappelé qu'il était seul responsable de cette situation et l'a mis à la porte sans lui laisser l'occasion de s'expliquer. Ce jour-là, j'ai découvert combien Karl pouvait être violent, sortir de ses gonds… Et je me suis rappelé de certaines paroles de Charles quand il m'avouait le craindre.

- Pourtant, il a été là pour vous pendant cette période de deuil.

- C'est ce qu'il essayait de faire croire à tout le monde, à moi la première. Pourtant, je lui avais fait part de mon désir de ne plus le voir peu auparavant à cause de la réaction de mes enfants. Mais j'étais vulnérable et ai cru avoir besoin de lui. Très vite j'ai compris pourtant, il était plus empressé que réellement respectueux à mon égard. Et il recevait avec un plaisir malsain chaque marque d'attention qu'on me témoignait. En prime, il répétait sans cesse qu'un tel drame devait me pousser enfin à l'épouser. Qu'avec lui, ce genre de choses n'arriveraient plus. Bref, j'ai fini par comprendre qu'il utilisait la mort de Charles pour servir ses intérêts. Alors… lorsqu'il a dû s'absenter pour quelques jours pour son travail, j'ai préparé mes deux filles, rassemblé nos affaires et nous avons quitté la ville. J'avais besoin de recommencer une nouvelle vie. Et surtout, je devais le faire sans lui.

- Avez-vous entendu ensuite ce qu'il s'est passé entre lui et monsieur Vasquez ?

- Beaucoup plus tard, tout à fait par hasard, lors d'une conversation avec des voyageurs venus dans les chambres d'hôtes que je tiens aujourd'hui. Je me suis sentie soulagée, jusque-là j'avais toujours peur que Karl ne nous retrouve… Puis j'ai eu de la peine pour monsieur Vasquez.

- Pour quelle raison ?

- Parce que je le savais désormais obligé de fuir, se cacher… S'il dit avoir tué Karl en état de légitime défense, pour protéger sa vie, alors je n'en ai pas le moindre doute. Et aucun de vous ici ne devrait en avoir.

- C'est effectivement des propos que vous n'êtes pas la première à tenir. Vous avez dit que vos enfants avaient peur de lui. Mais vous, avez-vous eu l'occasion de le voir devenir violent, de craindre pour votre vie ?

- Il lui est arrivé de s'emporter, plus d'une fois. En fait, de plus en plus souvent vers la fin. Je n'avais pas peur car j'étais toujours parvenu à le calmer, mais je savais déjà que tôt ou tard je n'y parviendrais plus.

- Vous dites qu'il s'emportait de plus en plus. Une raison à cela ?

Sachant que Sam ne posait que des questions dont il connaissait déjà parfaitement la réponse, Vasquez eut une bonne idée de ce qui allait rassortir de la réponse. Et ça ne manqua pas.

- Bien sûr. Selon lui, monsieur Vasquez était responsable de notre malheur. Déjà, j'étais troublé qu'il parle de cela comme notre malheur, alors qu'il n'avait jamais été proche de Charles. Et puis, il ne comprenait pas comment moi j'avais pu lui pardonner aussi rapidement. Souvent, il me répétait que nous devions lui faire payer.

- Et vous n'avez jamais craint qu'il ne passe à l'acte ?

- Je vous l'ai dit, j'arrivais à le calmer. Mais c'est vrai que je n'ai pas eu la présence d'esprit d'y penser quand j'ai quitté la ville…

- Vous n'êtes pour rien dans ce qui est arrivé ensuite et je suis certain que monsieur Vasquez pense la même chose.

Celui-ci s'empressa de hocher la tête en lui adressant un sourire rassurant. Abercrombie avait suffisamment pourri leur vie sans qu'en plus elle ne commence à culpabiliser.

- Il faut croire qu'il a finalement décidé de lui faire payer, dit-elle presque pour elle seule. Heureusement qu'il est tombé sur plus coriace que lui, ainsi il y a une justice finalement.

- Merci madame Dwight, sourit Sam tout en retournant à sa place.

Cette fois encore, Grant ne prit pas la peine de se fendre d'un contre-interrogatoire. Vu sa position, il risquait trop facilement de passer pour un goujat aux yeux des jurés en se montrant trop empressé avec une femme qui avait déjà bien trop souffert. De tout façon, à quoi bon ? Elle n'avait rien fait d'autre que donner son point de vue sur la mort d'Abercrombie, ce qui avait bien peu de poids légalement parlant, comme ne manquerait certainement pas de la rappeler Grant lors de sa plaidoirie finale.

Et puis, celui-ci semblait bien trop impatient d'en venir à autre chose. Un peu plus tôt en effet, personne n'avait raté l'empressement avec lequel son assistant l'avait rejoint pour lui murmurer quelque chose. Depuis, il semblait plus réjoui que jamais et Sam, s'il ne s'en était nullement laissé démonter et avait poursuivi son interrogatoire, semblait à présent inquiet, ce qui n'était pas pour rassurer Vasquez.

Après une courte pause, Grant passa immédiatement à l'offensive en appelant son nouveau témoin.

- Miss Loretta Perkins, annonça-t-il à la cour sans préambule.

Celle-ci, dont l'excès de maquillage et le décolleté plus que suggestif laissaient peu de doute quant à sa profession, plongea Vasquez dans l'expectative. Il était certain de ne jamais l'avoir vu. Et s'interrogeait donc sur la raison de sa présence ici.

- Miss Perkins, continua Grant, travaille comme hôtesse dans un établissement tout à fait légal à Oatsville. Elle a contacté mon bureau d'elle-même en ayant vent de ce procès.

A l'évocation du nom de la ville, Vasquez sursauta et échangea un regard avec Faraday, qui semblait aussi inquiet que lui. S'ils n'avaient fréquenté nulle prostituée durant leur bref séjour à Oatsville, l'un d'elle avait pourtant eu bien des choses à dire à leur sujet. Il y avait peu de chance pour que cela ne soit pas lié.

- Sam, appela Vasquez aussi bas que possible malgré son malaise, ça ne va pas du tout !

- Vous savez de qui il s'agit ? s'enquit celui-ci en regardant les deux hommes, et leur réaction répondit pour eux.

- Il faut qu'on parle, reprit le Mexicain. Tout de suite.

- Votre honneur, s'empressa d'appeler Sam en se levant, n'ayant pas été informé de la présence de ce témoin, je demande à pouvoir m'entretenir avec l'accusé pour connaître son passif avec mademoiselle.

- Vous avez cinq minutes.

Cinq minutes qui ne furent pas de trop pour que Vasquez, aidé ponctuellement par Josh, n'expose ce qui les avait fait fuir Oatsville sur les chapeaux de roue. Sam ne put s'empêcher de leur faire la morale pour leur manque de discrétion, avant de poser quelques questions supplémentaires avant de leur assurer finalement qu'il contrôlait la situation. Vasquez ne le trouvait guère convaincant, mais préféra n'en rien dire.

Et effectivement, lorsqu'il reprit sa place avec un soupir affecté, Sam avait les mains qui tremblaient légèrement et aucun des trois hommes ne rata ce détail, même s'ils ne le commentèrent pas.

- Nous sommes prêts, votre honneur, indiqua ensuite Sam en prenant soin de poser ses mains bien à plat sur la table devant lui.

A suivre…