Chapitre 11.

Vasquez crut bien que son cœur allait éclater au moment où celui désigné comme le responsable des jurés se leva à son tour, prêt à rendre son verdict. Cet instant sembla durer une éternité. Une véritable éternité de torture.

Les oreilles bourdonnantes, il n'entendit rien, ne prenant la mesure de ce qui se passait qu'en voyant Sam se tourner vers lui avec un sourire épanoui comme on ne lui en avait jamais vu.

- On a réussi ! s'écria-t-il en lui serrant la main avec chaleur avant de finalement le prendre dans ses bras.

Vasquez se laissa faire, comprenant à peine ce qui se passait tant le choc de la tension retombant brusquement après avoir été à son comble était intense, perturbant. Et quand son ami le relâcha, il s'effondra sur sa chaise, toujours incapable de prononcer le moindre mot. Il ne songea que quelques instants plus tard à se tourner vers Josh, qui le fixait en souriant, les yeux brillants.

- Je t'aime, murmura celui-ci.

Vasquez dut se faire violence pour ne pas l'étreindre, là, tout de suite, devant tout le monde. Mais même une accolade parfaitement virile entre deux amis eut été malvenue étant donné ce qui avait été dit sur eux la veille. Alors il se contenta de hocher la tête, cherchant la force de sourire à son tour, tout en essayant de trouver ses mots.

Non-coupable ! Il venait d'être déclaré non-coupable, au titre que les charges contre lui ne pouvaient être démontrées clairement. Il était donc libre, il avait la vie sauve et honnêtement, c'était presque douloureux après la peur éprouvée, il se sentait comme totalement vide. C'était le résultat qu'il avait espéré des jours durant, mais il s'était en parallèle tellement préparé au pire qu'il lui fallait un peu de temps pour réaliser qu'il n'y avait plus que le meilleur devant lui désormais. Mais cela allait venir, il n'en doutait pas un instant.

ooOoo

La nuit était tombée depuis un bon moment déjà quand Vasquez avait finalement pu sortir du saloon, qui entre-temps avait retrouvé son activité initiale. Il s'était vu offrir des coups à boire, avaient serré plus de mains qu'il n'aurait pu en compter, souriant à s'en faire mal au visage. Sam lui avait demandé de jouer le jeu, que c'était important pour tous ces gens qui l'avaient soutenu. Alors il l'avait fait. Qu'importe si lui ne voulait rien d'autre que s'isoler et savourer. Au moins un instant. Puis pouvoir être avec Josh, juste eux deux pour n'avoir plus à se cacher, se retenir de se toucher.

Finalement, alors que son compagnon était en pleine conversation avec Emma et Teddy, qui avaient annoncé repartir dès le lendemain – au vu du regard désespéré qu'il lui adressa quand il le vit se diriger vers la porte, ce n'était certainement pas Josh l'instigateur de cet échange et il l'aurait volontiers suivi s'il avait eu le choix, mais lui se contenta de lui adresser un sourire désolé, pas mécontent de la perspective d'être enfin seul – Vasquez pu finalement quitter l'établissement.

A présent, il était assis sur l'une des chaises qui se trouvaient devant le bar, un pied sur la rambarde en bois le séparant de la rue, une bouteille de tequila dans une main, un cigarillo dans l'autre. Entre deux gorgées, il contemplait le ciel, les étoiles, savourait la brise légère sur son visage… C'était parmi les choses qui lui avaient manqué le plus pendant sa détention. Toutes ces nuits où il ne pouvait pas dormir, hanté par les images de son passé, par les morts qui avaient jalonné sa vie – parce que malgré ce que certains pouvaient penser, il n'avait pas tué Abercrombie de gaieté de cœur, pas plus que chaque autre homme ensuite, il ne se réjouissait d'aucune mort, n'agissant toujours que pour sauver sa peau – il avait toujours trouvé du réconfort à observer le ciel, à savourer la fraîcheur de l'obscurité. Il avait détesté qu'on l'en prive justement au moment où il en aurait eu le plus besoin.

Mais c'était fini à présent. Tout comme c'en était fini de la tension qui l'habitait depuis si longtemps. C'était une sensation étrange, un vide auquel il fallait s'habituer. Il en était heureux bien sûr. Contrairement à ce qu'il avait craint, et ce terme n'était probablement pas assez fort, on n'allait pas le pendre dans quelques jours. Josh était là, l'avait soutenu tout du long. Et en prime, et non des moindres, sa tête n'était plus mise à prix. Il était tellement habitué à se cacher, se méfier de tout et tout le monde, que c'était déstabilisant d'être désormais un citoyen comme les autres.

C'était une nouvelle vie qui commençait, une comme il en avait espéré longtemps. Il en était comblé, mais devait encore apprendre. Apprendre à ne plus fuir la foule ou le moindre représentant de l'ordre de peur qu'on le reconnaisse. Apprendre à ne plus regarder par-dessus son épaule en permanence. Il devait encore se cacher en partie à cause de ce qu'il vivait avec Josh, mais pour le reste, il était libre. Et il avait la vie devant lui ! Ne restait plus qu'à savoir comment faire pour ne pas avoir à s'inquiéter en permanence. Mais au moins pouvait-il se réjouir de ne pas être seul pour y faire face, ce serait d'autant plus facile.

Dans la rue, il vit passer un jeune couple qui se tenait par la main, échangeant des regards amoureux. Ils n'avaient pas l'air plus proches que lui ne l'était de Josh, pourtant il éprouva une pointe de jalousie en constatant qu'eux ne pourraient jamais avoir cela. Sa vie s'était sensiblement améliorée ces dernières heures, pourtant il manquerait toujours quelque chose. Bien sûr, il pouvait avoir la satisfaction de partager avec son compagnon une relation que bien peu avaient. C'était une chance dont il espérait se montrer digne et pour cela il ne se plaignait pas. Simplement, il était frustré de savoir qu'ils allaient devoir se cacher en permanence. Il vivait avec cette idée la plupart du temps, y trouvant même son compte le plus souvent. Après tout, cet aspect de secret rendait tout ce qu'ils partageaient tous les deux plus précieux, mais parfois c'était compliqué de devoir mesurer chacune parole, chaque geste, dès lors qu'ils n'étaient pas seuls. Un simple moment d'égarement sur un balcon, au milieu d'une nuit sans étoile, avait failli leur coûter très cher et il y avait fort à parier que ce ne serait pas le dernier incident.

Désormais que c'était la dernière chose qui allait de travers, cela rendait cette situation plus difficilement supportable. Comme si une force supérieure était payée pour frapper régulièrement, les empêchant toujours d'être tout à fait heureux. Ce coup du sort pourtant, Vasquez le supporterait la tête haute. Parce qu'il avait connu bien pire et qu'avec Josh à ses côtés, tout apparaissait plus facile. Alors, comme il l'avait fait souvent toute cette dernière année, il se fit une nouvelle fois la promesse que rien n'importerait plus désormais que faire le bonheur de l'homme qu'il aimait, de lui rendre le sourire et confiance en lui, lui rappelant qu'il était meilleur qu'il ne semblait le croire bien souvent. Que quelques cicatrices et des cauchemars n'étaient pas grand-chose au regard de toutes ses capacités.

C'était un bel objectif à atteindre, une façon pour Vasquez de mettre à profit le temps qu'on venait de lui accorder.

ooOoo

Faraday avait finalement réussi à se débarrasser de Teddy et Emma. Non pas qu'il ne soit pas heureux de les voir, leur étant reconnaissant d'avoir été présents pour témoigner leur soutien à son amant. De même, il s'était réjoui sincèrement quand ils lui avaient annoncé que Rose Creek était prospère désormais, confirmant qu'il n'avait pas failli se sacrifier pour rien. Mais ce soir, même s'il avait essayé de sauver pitoyablement les apparences tandis qu'ils étaient entourés, seul Vasquez importait et il n'attendait plus que l'instant où il pourrait enfin se retrouver seul avec lui.

Dans ce but, il sortit du saloon à son tour, mais au lieu de foncer vers son compagnon, il se contenta de l'observer discrètement. Il comprenait et respectait son besoin de s'isoler et voulait lui laisser encore quelques instants de solitude. Alors il ne fit rien d'autre que simplement le fixer, savourant le plaisir de le voir libre, enfin débarrassé de toute contrainte. Une vie nouvelle s'ouvrait à eux et il lui tardait de découvrir ce qui les attendait. Un nouveau chapitre follement excitant après bien des craintes. Ne lui restait plus qu'à lui-même de se faire un peu plus confiance et cesser de douter d'être digne d'eux.

A bien des égards, il regrettait cette période de sa vie où il n'avait aucune attache, où rien d'autre ne comptait que l'argent dans ses poches et le whisky dans ses maigres bagages. Il faisait alors confiance à sa chance insolente, à sa façon de séduire qui il voulait pour se sortir du pire. Mais sa chance avait tourné à Rose Creek et son capital séduction diminué d'autant que son corps en était sorti marqué. Ne lui restait plus qu'à apprendre à vivre avec ces changements. Il y parvenait tant bien que mal la plupart du temps et commençait surtout à être optimiste pour l'avenir. Si Vasquez l'aimait comme il était, ce qu'il lui répétait bien souvent, alors lui-même devrait y arriver également, n'est-ce pas ? Cela semblait d'autant plus accessible après ce qu'ils venaient de vivre, parce que ce qui avait bien failli arriver avait remis les choses en perspective. Tout ce qui lui avait longtemps semblé insurmontable n'était rien comparé à ce qu'aurait représenté la perte de Vasquez. C'était là-dessus et là-dessus seulement qu'il devait se concentrer et ainsi peut-être cesserait-il du même coup d'avoir honte de ce qu'il était devenu. C'était en tout cas un challenge qu'il se croyait enfin capable de remporter.

Ce qui le motiva davantage encore dans sa décision fut la réaction de Vasquez quand un jeune couple passa à proximité. Son compagnon était comme lui, frustré de ne pouvoir s'assumer au grand jour, même si pas un seul instant ils envisageaient, autant l'un que l'autre, de changer de mode de vie. Cet éclair de tristesse sur le visage du Mexicain, même s'il fut bref, suffit à le convaincre de tout faire pour le combler. S'ils ne pouvaient se tenir par la main dans la rue, s'ils ne pouvaient se murmurer quelques mots d'amour quand ils n'étaient pas seuls, ils avaient bien d'autres façons d'être heureux, juste eux. Il ne tenait justement qu'à eux de faire en sorte de savourer précieusement ce qu'ils avaient, à plus forte raison que cela n'appartenait qu'à eux. Or pour cela, Faraday ne se voilait pas la face, il fallait qu'il retrouve sa joie de vivre, son inconséquence, Vasquez n'ayant jamais caché combien cela lui manquait. Alors il allait lui offrir cela, il en était capable et ils le méritaient tous les deux. Il était grand temps d'arrêter de se cacher.

Serein, il se révéla enfin, faisant quelques pas vers son compagnon, qui tourna vers lui un visage apaisé. C'était quelque chose qu'il ne lui avait que rarement vu quand ils n'étaient pas seuls loin de tout et il constata combien il le trouvait beau ainsi, les traits détendus, un vrai sourire sur les lèvres et les yeux brillants d'une passion qu'il ne réservait qu'à lui.

Sans un mot, il alla s'assoir sur la chaise près de la sienne, laissant un instant discrètement sa main frôler la sienne. Puis il comprit que c'était à lui de briser le silence, car après tout, son monde à lui n'avait pas été totalement bouleversé aujourd'hui. Seulement presque totalement pour sa part, mais pas assez pour qu'il ne soit pas, pour ce soir, l'épaule solide, le roc de leur couple.

- Alors cow-boy, dis-moi ce que ça fait d'être désormais un citoyen libre comme tous les autres ?

Il avait mis toute la légèreté qu'il éprouvait dans sa voix et n'était certainement pas peu fier du résultat.

- J'essaie encore de m'habituer. Mais c'est pas désagréable.

- Je n'en espérais pas moins.

Vasquez eut un profond soupir, puis il planta son regard dans le sien.

- Merci d'avoir été là jusqu'au bout mi amor. Je sais que ça t'en a énormément coûté, mais c'était important pour moi.

- Et je serais resté davantage encore s'il l'avait fallu. Mais n'en parlons plus. Je n'ai rien fait que tu n'aurais pas fait pour moi et je l'ai fait tout autant pour moi, alors ne perdons pas de temps en remerciements. On est au-dessus de ça.

- Ok. Alors laisse-moi juste te dire…

Vasquez s'interrompit un instant, le temps de s'assurer qu'ils étaient toujours seuls, avant de reprendre sur le ton de la confidence.

- … que je t'aime.

Faraday rit doucement, ne pouvant que s'avouer qu'il préférait ces mots à mille remerciements, aussi sincères ceux-ci soient-ils.

- Pour me le prouver, dit-il, ne t'attire plus jamais de pareilles emmerdes.

- On va essayer.

- Bien. Je m'en contenterais. Et pour ce que ça vaut, moi aussi je t'aime.

Ils eurent le même soupir heureux puis se plongèrent tous deux dans la contemplation du ciel, de la rue, de tout ce qui les entourait, profitant du monde. Ils ne dirent plus un mot, se contentant de se partager une cigarette et la bouteille d'alcool, laissant, chaque fois qu'elles passaient d'une main à l'autre, leurs doigts se caresser un instant. Vu du dehors, ils n'étaient rien d'autre que deux amis savourant un bon moment et ils étaient forts pour maintenir cette illusion. Mais pour eux deux, c'était un instant de complicité aussi utile que l'aurait été la plus longue des conversations. Josh aimait qu'ils se comprennent de la sorte, c'était ce qui lui faisait dire que leur route à deux seraient encore sacrément longue et rien que cette idée le comblait de bonheur.

ooOoo

Quand les premiers soûlards commencèrent à quitter le saloon, faisant un bruit de tous les diables, gâchant la quiétude de cette belle soirée, Josh comprit qu'il était temps de changer d'air. Mais il allait le proposer à sa manière, histoire de montrer que l'amant joueur, aguicheur, n'avait finalement pas totalement disparu, qu'il ne demandait au contraire qu'à faire son retour. Alors il se pencha vers Vasquez, le regard pétillant de malice.

- Vas, tu réagirais comment si je te disais que là tout de suite, j'ai follement envie que tu me déshabilles et que tu me baises bien comme il faut ?

L'effet fut à la hauteur de ses espérances. Son amant ouvrit la bouche, incapable pour autant de parler, le fixant avec ce qui était peut-être de la surprise, peut-être de l'excitation, en tout cas les deux convenaient parfaitement à Faraday. A la décharge de son compagnon, il y avait effectivement bien longtemps qu'il ne s'était montré aussi entreprenant. Il ne l'avait jamais repoussé quand il s'agissait de faire l'amour, bien au contraire, mais la plupart du temps c'était Vasquez qui faisait le premier pas et, lorsque Faraday en avait envie, il demandait vaguement, comme si tout au fond de lui il avait peur d'être rejeté, que l'autre homme ne veuille plus toucher son corps meurtri. En fait, en y réfléchissant, leur relation depuis l'explosion était devenue merdique là où tout était si simple avant, et c'était tout à l'honneur de Vasquez de s'être accroché aussi longtemps, alors même qu'il avait connu le reste si peu de temps. Dix jours de légèreté contre un an de prise de tête, mais il était encore là, plus amoureux et tendre que jamais. En prime, c'était lui qui venait de le remercier pour être resté durant le procès…

Faraday ne pouvait que mesurer sa chance et cela le confortait dans sa décision. Cette légèreté du début, ils allaient la retrouver. Cela ne se ferait pas en un jour, mais ça commençait ce soir et il n'y aurait pas de retour en arrière. Plus jamais.

- Je t'ai perdu ? taquina-t-il son compagnon, qui visiblement cherchait toujours ses mots.

- Los siento, j'ai été surpris. Mais allons dans notre chambre et je te promets que je saurai me montrer digne de ta demande.

- T'excuse pas, dit Faraday en se levant. C'est plutôt à moi de le faire pour avoir été si compliqué depuis tellement longtemps.

- Ça n'a jamais été un problème. Tu parles espagnol maintenant ? Il va falloir que je pense à surveiller ce que je dirai à l'avenir.

- J'ai travaillé les bases. Mais étrangement, ce sont les jurons que j'ai retenu le plus facilement.

Ils rirent ensemble tout en se dirigeant vers l'hôtel.

ooOoo

Une fois dans l'intimité de leur chambre, après que Vasquez eut allumé l'unique lampe à pétrole, qui les éclairait cependant suffisamment assez pour ce qu'ils avaient à faire, il y eut un bref moment de flottement. Non pas que la situation soit nouvelle pour eux, mais leur désir réciproque à cet instant, après des jours passés à seulement en rêver, était si palpable qu'il en avait quelque chose d'intimidant.

Cela fut pourtant de courte durée et quand leurs lèvres se retrouvèrent, elles n'avaient rien perdu de leur passion. Ils se contentèrent de cela un moment, juste s'embrasser, fermement blottis dans les bras l'un de l'autre, parce qu'après avoir bien failli être définitivement séparés de la pire des façons, quelque chose d'aussi basique qu'un baiser apparaissait étonnamment précieux. Et puis, cela rappelait de bons souvenirs.

Le premier soir en effet, après leur petite séance de tripotage au bord de l'eau, qui avait été une excellente mise en bouche, à la lueur d'un feu de camp, près de leurs compagnons endormis alors qu'ils étaient sur la route de Rose Creek, quand il était devenu clair que l'attirance, désormais clairement réciproque, avait en prime besoin d'être soulagée, ils n'avaient pourtant fait que s'embrasser. Cela avait été un moment terriblement émoustillant, que Josh chérissait jalousement. Oh bien sûr, ils seraient certainement allés plus loin ce soir-là si Sam ne s'était pas réveillé, les forçant à se séparer et à feindre le sommeil. La frustration n'avait cependant pas été bien longue puisqu'au matin, prétextant aller chercher du bois pour réanimer le feu en vue du petit-déjeuner, ils avaient trouvé un coin tranquille où cette fois ils ne s'étaient pas contenté de s'embrasser. Le retour au campement ensuite, sans bois parce que quelque chose d'aussi terre à terre après le bon moment partagé leur était évidemment sorti de la tête, avait été humiliant, gâchant presque l'échange précédent. Heureusement, Goodnight s'était empressé de changer de sujet avec la discrétion toute relative de celui à qui on ne la faisait pas.

C'était cela qui faisait la force de leur relation, des bons moments tellement nombreux qu'ils en devenaient parfois indistincts les uns des autres pour se rappeler ensuite à eux dans les moments bien souvent les plus inopportuns. C'était l'une des raisons pour lesquelles Josh n'aurait pas échangé ce qu'ils avaient pour tous les mariages en règle du monde.

Tout à coup, Vasquez sembla se souvenir de sa demande initiale et relâcha suffisamment son étreinte, sans délaisser ses lèvres pour autant, pour pouvoir ouvrir ses vêtements. D'abord le gilet, puis la chemise, prenant son temps ensuite pour caresser son ventre, son torse, avec une lenteur qui frisait l'adoration. Puis ses mains défirent le ceinturon avant de s'attaquer au pantalon. Chaque geste était lent et terriblement doux, témoignant autant de la passion que de la tendresse qui les unissaient, rendant chaque étreinte unique.

Quand il fut entièrement nu, Josh se laissa allonger sur le lit, ne lâchant pas du regard son amant, qui quitta à son tour ses vêtements, un spectacle qui n'aurait pu davantage l'exciter.

Puis Vasquez fut sur lui, l'embrassant tandis que ses mains étaient partout, redécouvrant son corps avec adoration. Josh ferma les yeux, savourant chaque caresse, arquant les hanches tandis qu'il en voulait plus. Il voulait se donner tout entier, oublier son corps meurtri et abîmé, qui n'aurait pas dû être fait désormais pour l'amour. Mais quand il sentit l'autre homme lui écarter davantage les jambes et qu'il comprit où il voulait en venir, Josh s'agita brusquement.

- Qu'est-ce que tu fiches ? maugréa Vasquez, surpris de la voir se débattre dans un moment pareil.

- Pas comme ça, souffla Josh en guise d'excuse. Je vais plutôt me retourner.

- Non ! Arrête, c'est très bien comme ça. Je veux te voir.

C'était effectivement un refus de la part de son amant qui allait dans le sens de ses nouvelles résolutions, d'autant que Josh était le premier à admettre que lui tourner le dos à chaque fois était frustrant. Mais c'était encore trop lui en demander. Il voulait que tout redevienne comme avant, qu'il retrouve son assurance et surtout un plaisir complet une fois débarrassé de la moindre hésitation, mais il n'était pas encore prêt contrairement à ce qu'il avait sincèrement espéré, pas cette fois.

Et pour confirmer ce détail, il constata avec déception qu'il n'y avait plus chez lui la moindre trace d'excitation, alors même qu'il n'aurait pu être plus dur quelques instants auparavant. C'était aussi bien, mieux valait que ce soit lui maintenant, plutôt que Vasquez dans le feu de l'action quand ses yeux se poserait sur ses cicatrices. Parce que c'était forcément ainsi que ça devrait finir. Vasquez n'avait jamais eu le moindre regard de dégoût pour sa peau brûlée, mais dans un moment pareil ce serait forcément différent. Josh ne pouvait tout simplement pas s'imaginer se laisser aller à l'extase en assumant ces marques. Il n'en comprenait pas la logique, d'autant que son compagnon n'avait au contraire jamais donné de raison de douter de lui, mais c'était ainsi.

Il fut peiné d'entendre le soupir de déception de Vasquez, qui s'écarta finalement, s'allongeant à ses côtés. Josh lui fut au moins reconnaissant qu'il ne le force à rien, mais il ne se sentait pas mieux pour autant, tant son compagnon ne méritait pas autant de complications.

- Je suis désolé, dit-il tout bas.

- Laisse tomber. Je sais que tu n'y es pour rien, mais j'aimerais que ce soit plus simple. On n'a plus qu'à dormir si c'est ce que tu préfères güero.

Le ton n'avait rien d'accusateur, Josh devait au moins lui laisser cela, mais il eut mal de s'entendre appeler de la sorte et il entendit bien le lui faire comprendre.

- Ne m'appelle pas güero, tu sais que je n'aime pas. Surtout depuis qu'on est devenus aussi proches.

- Parce qu'on est vraiment si proches ?

C'était une question douloureuse, mais Josh comprit que plus que pour faire mal, Vasquez ne faisait rien d'autre que se protéger lui-même. C'était légitime. Même si cela risquait de rendre la confrontation inévitable plus désagréable encore.

- Tu en doutes ? s'enquit-il douloureusement.

- Ben je me demande, soupira Vasquez en tirant le drap sur lui, le lissant inutilement juste pour occuper ses mains. Si on était aussi proches que je l'espérais, tu me laisserais te regarder pendant qu'on…

- Vas…

- Laisse-moi finir. Je suis patient, mais là j'ai besoin que ça sorte. Je t'aime et j'accepte tes réserves. Mais tu dois aussi accepter mes désirs. Quand on fait l'amour, ça fait partie de mon plaisir de pouvoir te regarder. J'aime voir tes yeux voilés, les lèvres gonflées par mes baisers, tes joues rougies… Putain, ces derniers temps je dois me contenter de ton dos et je ne suis même pas sûr que je fasse ce qu'il faut. Comment je le saurais sans voir ton visage ? Arrête de me priver de ça ! Et pourquoi ? Je me fous de tes cicatrices, je les vois même plus.

- Pourtant elles sont bien là !

- Et alors ? s'écria Vasquez, s'interrompant le temps de désigner la cicatrice sur son propre bras, cadeau de la balle reçue à Rose Creek. Est-ce que je cache celle-là ?

Puis il désigna la longue marque sur son bas-ventre, témoin boursoufflé d'un coup de couteau qu'il n'avait su esquiver pendant une bagarre dans sa jeunesse et qui avait bien failli lui coûter la vie.

- Et celle-là ?

Puis il repoussa le drap pour montrer la cicatrice blanche sur sa cuisse. Autre balle, autre combat.

- Ou celle-là ? Non, je les assume parce qu'elles font partie de ce que je suis, de ce que j'ai vécu. C'est pareil pour toi. Ces cicatrices, c'est toi ! Et moi je ne les vois plus, parce que je t'aime, tout entier, comme tu es.

Josh sourit en passant tendrement un doigt sur la marque blanchâtre sur la cuisse de son compagnon. Il les aimait ces cicatrices, sachant d'expérience qu'il y en avait quelques autres encore, et avait passé bien des heures à les répertorier, interrogeant Vasquez sur leur provenance, parce que c'était une façon comme une autre d'en apprendre plus sur lui. Jamais elles ne l'avaient gêné, dégoûté. Mais dans son cas c'était différent, parce que lui en avait tellement plus… Pourtant, si lui acceptait Vasquez comme il était, avec ses petites imperfections, ses marques de son passé, ne pouvait-il pas espérer que ce soit réciproque ? Alors il hocha doucement la tête, indiquant qu'il saisissait l'idée.

- N'en parlons plus pour l'instant, proposa Vasquez avant de l'embrasser doucement. On a bien le temps de réessayer.

Josh était reconnaissant une nouvelle fois qu'il ne lui mette pas la pression. Mais quand il comprit que ce soir il n'y aurait pas de sexe parce qu'il s'était défilé, il se sentit triste. Il avait envisagé autrement leurs retrouvailles.

- Je suis désolé, dit-il inutilement. Tu mérites mieux que ça.

- Mais je ne veux pas mieux, je ne veux que toi. Et arrête de t'excuser, c'est pas grave.

Avec un soupir, Josh vint s'allonger sur son compagnon, cachant son visage dans son cou. Au moins ne les priverait-il pas de sa tendresse et les deux bras qui l'étreignirent lui confirmèrent qu'il agissait au mieux.

Quelques instants après, il retrouva au moins un détail de sa personnalité qui le caractérisait tout particulièrement, son incapacité à se taire quand pourtant il l'aurait mieux valu, au détour d'une réflexion qui n'aurait pu être plus absurde.

- Ça aurait peut-être été plus simple pour toi si tu étais resté avec Erik.

Cela avait été dit de façon totalement anodine, juste parce qu'il ne réfléchissait que rarement avant de l'ouvrir quand il était mal à l'aise. L'effet pourtant n'aurait pu être plus immédiat. Vasquez saisit brusquement son menton pour lever son visage à sa hauteur et le foudroya du regard.

- Ne redis jamais ça ! C'était peut-être effectivement simple avec Erik, mais ça n'a jamais eu la saveur que j'ai trouvée avec toi. Je n'échangerais ce que nous avons pour rien au monde. C'est clair ?

- Limpide, sourit Josh.

Il n'aurait effectivement pu espérer meilleure réaction à sa bêtise.

- Je t'aime idiota, alors arrête de te juger indigne de moi. J'aime chaque balafre, j'aime cette main avec ses trois doigts, j'aime devoir me répéter quand je murmure du côté de ta mauvaise oreille et si en revanche je n'aime pas te savoir faire des cauchemars parce qu'alors tu n'es pas bien, j'aime en tout cas être celui seul qui est capable de t'apaiser ensuite. Et j'ai besoin que tu arrêtes de douter de ma loyauté, de ma sincérité, parce que ce n'est pas juste pour moi. J'aimerais que tu sois assez à l'aise pour arrêter d'avoir besoin de te dissimuler à moi dans un moment aussi intime que lorsque je suis en toi. Ironiquement, tu arrives à te donner à moi, mais en me privant tout de même de ce détail, tu n'imagines pas combien c'est frustrant pour moi. Qu'est-ce que tu veux de plus de moi ? Comment pourrais-je te donner plus de preuves de mon amour, de mon dévouement ? Là je coince et j'en suis désolé.

- Non, Vas… ce n'est pas toi le problème, c'est moi. Définitivement moi. Laisse-moi juste encore un peu de temps, ok ?

- Ok.

- Cela étant dit, on peut tout de même faire l'amour, mais à mes conditions.

- Excuse-moi, dit Vasquez avec un bref haussement d'épaules, mais à ta façon c'est moi qui ne suis pas prêt. J'insiste, je ne veux t'obliger à rien, alors passons juste un bon moment, la bagatelle est superflue pour ça.

Josh sourit, se faisant la réflexion que leur relation avait tout de même sacrément évolué avec le temps. Parce qu'il n'y avait pas si longtemps, se priver de la bagatelle, quelques soit la position, aurait été inenvisageable. C'était bon de savoir qu'ils partageaient désormais bien plus que cela. Alors il reprit sa place tout contre son compagnon, sa bouche caressant tranquillement son épaule, alors que les mains de Vasquez étaient de retour sur son flanc. Le silence avait quelque chose de rassurant et cette fois Josh se fit la promesse de ne pas le troubler avec ses réflexions absurdes. Parce qu'il n'en avait pas pensé un traître mot bien sûr. Vasquez n'avait rien à faire avec cet Erik… Rien qu'à imaginer les mains de celui-ci sur son compagnon le remplissait d'effroi. Evidemment, lui n'était pas toujours facile à vivre, mais il était fait pour Vasquez, de cela il en avait enfin la certitude malgré quelques réminiscences de doutes.

Après un baiser dans ses cheveux, Vasquez eut un petit rire qui eut le mérite de ramener Josh à la réalité, sans savoir combien de temps il avait laissé son esprit divaguer.

- Qu'est-ce qui te fait rire ? demanda-t-il sans esquisser le moindre geste.

- J'étais en train de penser que si je te disais ce que j'ai à l'esprit à cet instant, tu risques bien de me faire la peau.

- Je tâcherais de me retenir.

- Tu es sûr ? insista Vasquez.

- Certain. Et puis, on sait tous les deux que tu es assez grand pour te défendre.

- Soit. Eh bien, puisque c'est toi qui as amené le sujet en revenant sur le sujet Erik, je me disais que j'aimerais beaucoup en savoir plus sur ton passé.

- Je t'ai déjà tout raconté, tenta Josh, même s'il doutait être crédible et encore moins avoir gain de cause aussi facilement.

Connaissant Vasquez, celui-ci avait autre chose derrière la tête et n'allait pas se décourager pour si peu. Ce qu'il confirma effectivement la seconde suivante.

- Je parle de tes ex, cariño. Ceux qui ont compté pour toi avant moi. Je t'avais déjà parlé d'Erik avant tout ça, il serait donc temps que tu fasses de même.

- Arrête, je t'ai déjà parlé de la première.

- La pute qui travaillait avec ta mère et qui t'as déniaisé le soir de tes quatorze ans alors que tu venais de prendre ta première cuite, ça ne compte pas. Intéressant d'ailleurs comme sexe et alcool reviennent souvent ensemble dans ta vie.

- Parce qu'il n'y a que ça de vrai, s'amusa Josh, posant son menton sur la poitrine de son compagnon pour pouvoir le regarder. Alors baiser bourré, je te dis pas…

- Ouais, j'avais remarqué que tu aimais ça, sourit Vasquez en passant une main dans les cheveux clairs, mais là je suis sérieux.

- Eh bien, moi aussi en parlant d'elle. Anna, prononça-t-il lentement, laissant du même coup les souvenirs remonter, rendant la confession, encore imprévue quelques instants avant, facile. Contrairement à ce que je t'ai dit, on n'a pas eu que cette nuit-là elle et moi. Elle s'était mise en tête de tout m'apprendre, de faire de moi un amant généreux pour compenser les dizaines de salauds qui passaient chaque nuit dans le bordel. Et elle s'y est employée avec zèle et patience. Pour elle, je n'étais rien d'autre qu'un sujet d'expérience en quelque sorte, qu'elle traitait avec bienveillance. Mais moi, je suis tombé amoureux. Enfin, je crois. J'avais quatorze ans et aucune idée de ce qu'était l'amour. Mais j'aimais bien être avec elle, y comprit juste pour parler ou la regarder dormir. Je m'occupais d'elle aussi quand un type y était allé trop durement avec elle. Je soignais ses plaies puis j'allais casser la gueule du type en question. Tu vois, elle ne m'a pas enseigné que les choses de l'amour, c'est également grâce à elle que je n'ai jamais pu accepter les injustices et que j'ai appris à en découdre avec des types parfois de deux fois mon poids. Elle est morte quelques années après que j'aie quitté le bordel. Ma mère ne m'a jamais dit dans quelles circonstances, mais ça n'a pas dû être un départ serein… Ça m'a fait mal au cœur, mais j'étais passé à autre chose depuis longtemps.

Il avait dit tout cela d'une voix égale, pourtant cela l'avait remué de s'en souvenir. Parce qu'à une période, Anna, la si belle Anna au teint de porcelaine et aux longs cheveux blonds – elle n'aurait pu être plus différente de la personne qu'il avait choisi aujourd'hui, constat-t-il avec tendresse – avait été tout son univers. Il aurait tué pour elle, lui aurait donné tout ce qu'elle demandait. C'était étrange de se dire qu'il n'y avait plus rien d'elle dans sa vie. A part ses talents dans un lit, mais là encore, il avait dû s'adapter cependant à mesure que les hommes avaient remplacé les femmes de plus en plus systématiquement.

Et pour être tout à fait honnête, il n'avait pas prévu d'en dire autant, s'était simplement laissé entraîner par le moment. C'était la première fois qu'il parlait d'elle et il était content que ce soit justement à Vasquez. Car après tout, celui-ci était désormais le seul et il entendait bien faire en sorte que cela demeure toujours ainsi, alors clore ces chapitres précédents de sa vie en les confiant semblait logique. Surtout que de chapitres il y en avait bien peu, même si chacun avait compté à sa manière, avait contribué à faire de lui l'homme qu'il était désormais.

- Je suis désolé, dit Vasquez en caressant amoureusement sa joue.

- C'était il y a tellement longtemps. J'ai parfois l'impression, quand je m'autorise à y penser, que c'était dans une autre vie, que ce n'est pas réellement moi qui l'aie vécu. Il y a eu tant de choses depuis.

- Je dois m'inquiéter ? Je ne suis qu'un nom sur une longue liste ?

- Idiot, tu ne seras jamais qu'un nom pour moi. Des amants, des maîtresses, il y en a eu beaucoup, je ne dirais pas le contraire. Mais seulement deux qui ont réellement compté avant toi.

- Qui était la deuxième ? Le ?

- Le. Samuel. Le seul juif de mon tableau de chasse.

- Tu dis ça comme si tu avais l'habitude de collectionner un melting-pot.

- J'ai pas cherché à le faire, mais il y eu quelques hommes de tous horizons. Deux nègres et un Chinois, que Billy me rappelle. Mais comme pour moi ils se ressemblent tous, je ne suis pas tellement bon juge.

- C'est vachement raciste ce que tu viens de dire.

- Oh, ne joue pas les politiquement corrects avec moi alors que tu penses certainement la même chose.

- Non, car moi j'observe les gens, sourit Vasquez. Et sinon, reprit-il après un instant d'hésitation, combien de Mexicains ?

- Tu veux la vérité ou un mensonge qui flattera ton égo, du genre "tes autres compatriotes ne t'arrivaient pas la cheville" ? mima-t-il d'une voix mielleuse.

- La vérité… je suppose.

Josh eut un éclat de rire joyeux, aimant comme toujours torturer son compagnon tout en ayant le pouvoir de tout arrêter ensuite.

- Un seul, se décida-t-il donc à avouer. Toi. Et même si j'ai pas matière à comparer du coup, je crois que je suis effectivement tombé sur le meilleur spécimen.

- Oui, tu es sale flatteur.

- Mais tu apprécies.

Avec un hochement de tête, Vasquez prit sa main dans la sienne et la porta à ses lèvres.

- Et donc, Samuel ? l'encouragea-t-il ensuite.

Cette fois, Faraday ne vit aucun intérêt à se faire croire qu'il se contenterait d'évoquer le sujet en surface. Qui convaincrait-il franchement ? Et puis, Vasquez et lui avaient désormais la vie devant eux, se lancer dans cette grande aventure avec ce genre de discrétion n'avait aucun intérêt. C'était de toute façon sans incidence, peu importe combien avaient compté ces deux personnes dans sa vie, Vasquez était plus important et il le savait parfaitement. Tout comme Josh n'avait aucun doute quant à son importance par rapport à Erik. Alors parler d'eux n'était rien de plus que parler de la pluie et du beau temps. Aussi, ce fut sereinement qu'il se lança.

- C'était il y a un peu plus de cinq ans. J'avais été embauché avec plusieurs autres hommes pour escorter un convoi de pionniers vers l'Ouest. Un boulot facile, qui payait bien et j'étais bien placer pour savoir que deux colts et une bonne dose d'assurance, ça faisait des miracles sur quelques jeunes filles en fleur. Elles n'ont pas tenu la comparaison bien longtemps.

Il s'interrompit un instant pour esquisser un sourire alors qu'il se remémorait cette période de sa vie. L'une des meilleures. Quand il reprit la parole, il avait les yeux dans le vague.

- Samuel avait été embauché tout comme moi parce qu'il était doué avec un fusil et qu'il avait un sacré sens de la loyauté. Plus que moi sur ce dernier point, surtout à l'époque, ce qui m'a permis de le dévergondé comme je l'ai fait. Il venait de se marier et il avait accepté ce travail le temps d'un été pour avoir les moyens de bâtir une maison à son retour. Je me fichais bien de ce genre de détails, parce que cet homme était tellement séduisant qu'il me le fallait et comme toujours quand je suis motivé, je n'ai pas mis longtemps à l'avoir. J'étais son premier, même si l'envie avait déjà été là par le passé, et il était curieux. Moi je voulais juste passer du bon temps, comme avec tous les autres avant lui. Mais très vite ça a changé des deux côtés. On ne pouvait plus se passer l'une de l'autre. Sur le coup, j'arrivais pas à mettre le doigt dessus, mais j'ai compris plus tard que j'étais amoureux. Il a retrouvé sa femme ensuite, mais on a continué à se voir. Je me suis installé dans la même ville qu'eux et il prenait tous les prétextes pour venir me voir… Ça a duré près d'un an. Et puis, j'ai commencé à en vouloir plus. Rétrospectivement, je pense que je voulais ce que toi et moi on partage à présent. Il avait les mêmes désirs, mais il n'osait pas les assumer. Ça a été long, mais j'ai fini par réaliser que je serais toujours l'éternel second, l'amant caché qu'on voit une heure entre deux obligations familiales. Et ça ne me suffisait plus. Alors je suis parti. Et crois-moi, je l'ai pas fait de gaieté de cœur. Mais c'était la seule chose à faire.

Il en avait eu le cœur brisé et avait mis bien longtemps à s'en remettre, se promettant au passage de ne plus jamais s'attacher à qui que ce soit. Il s'y était tenu, jusqu'à ce que sa route ne croise celle de Vasquez.

Remuer ses souvenirs lui fut douloureux, mais le regard sincèrement désolé de son compagnon lui réchauffa le cœur.

A revenir dessus, cette histoire prenait enfin tout son sens. Au lieu de n'avoir été qu'une douloureuse perte de temps comme il l'avait déploré, celle-ci avait permis de comprendre ce qu'il désirait vraiment. Avant, peut-être n'aurait-il pas été capable de s'investir comme il l'avait fait avec Vasquez. Tout comme la confiance gagnée auprès d'Anna lui avait très certainement permis d'attirer dans ses bras son compagnon. Comme si finalement chaque étape de son passé n'avait contribué qu'à le conduire très exactement là où il était ce soir. Dans ce lit chaud, entre ces bras accueillants…

Pourtant, il se prenait la tête pour un physique plus tout à fait à son avantage, vexait son compagnon avec ses doutes à son égard. Ça n'aurait pu être plus absurde. Vasquez était son tout, alors il ne pouvait que tout lui offrir en retour, naturellement. Parce qu'il n'y avait plus rien d'autre à faire.

Et c'est alors que cela le frappa comme une évidence. Jamais il n'aurait meilleur homme que Vasquez dans sa vie. Si avec ses compagnons précédents il pouvait hésiter, douter, avec Vasquez tout était simple, tout tournait rond. A ses côtés, il pouvait être lui-même, s'assumer, tout entier. Avec cet homme, il n'y aurait jamais moquerie, incompréhension ou hésitation, Vasquez l'aimait, qu'y aurait-il pu avoir de plus important ?

Mieux, Vasquez lui avait tout donné, lui confiant jusqu'à sa vie, ses secrets. Il était peut-être temps pour Josh de lui rendre la politesse, lui donnant ce qu'il s'était toujours retenu de faire, sa confiance, pleine et entière, car nul n'en serait davantage digne.

Se redressant avec un sourire insaisissable, il remonta jusqu'à son visage et lui donna le plus époustouflant des baisers, appréciant le petit gémissement comblé qu'il parvint à lui arracher du même coup. Quand il le relâcha ensuite, il quitta le lit sans un mot, toujours ce même sourire mystérieux sur les lèvres.

ooOoo

Vasquez le regarda faire avec curiosité, brûlant de savoir à quoi il jouait, mais s'interdisant de poser la moindre question. Quelque chose venait de changer, c'était à la fois presque imperceptible et en même temps totalement flagrant. Il ne savait pas encore ce que cela signifiait, mais il aimait l'air malicieux qu'il avait vu chez Josh, quelque chose qui était tout à la fois machiavélique et totalement innocent – personne ne parvenait à mélanger aussi bien ces deux états tellement opposés comme Josh – qu'il ne voyait décidément que trop rarement depuis leur dernière nuit avant l'attaque de Bogue, avant que tout ne change.

Cette nuit-là, alors qu'ils savaient tous deux que c'était peut-être bien leur dernière, Josh, tellement arrogant et sûr de lui, convaincu qu'on ne pouvait rien lui refuser, à juste titre d'ailleurs, n'avait pas hésité à lui demander exactement ce qu'il voulait. Ce qui avait consisté pour Vasquez à le goûter de sa langue absolument partout, avec une attention toute particulière entre ses cuisses, y mettant ardeur et motivation alors que les cris de l'Irlandais, frémissant sur le matelas, raisonnaient dans la pièce.

Il n'avait plus jamais ensuite vu Josh aussi à l'aise avec ses désirs, il ne lui avait plus revu ce sourire annonciateur d'un moment unique… Ce soir, il lui semblait renouer avec cela et bon dieu il aimait ça !

Glissant un bras derrière sa tête, Vasquez observa son compagnon lui tourner le dos, occupé à fouiller dans son sac, détailla le dessin de ses muscles qui jouait sous sa peau, n'ayant aucun effort pour s'imaginer le goût unique de cette même peau tant il l'avait goûtée souvent. Oh, comme il aimait ce dos qu'il avait embrassé avec tant de passion, ces fesses maintes fois caressées avec dévotion, entre lesquelles il prenait plaisir à s'enfoncer vigoureusement… A cette pensée, il se sentit durcir, son corps n'hésitant pas à lui rappeler qu'il n'avait pas obtenu sa libération un peu plus tôt, espérant que cette fois cela ne serait pas pour rien, tout en se promettant une nouvelle fois que, fidèle à sa promesse, il n'obligerait malgré tout Josh à rien. Plutôt être frustré cent fois que forcer cet homme qui n'avait rien besoin davantage que la compréhension. Nul n'était mieux placé que Vasquez pour la lui offrir.

Josh avait un regard triomphant quand il se retourna finalement vers lui et tandis qu'il revenait vers le lit, Vasquez vit ce qu'il avait en main. Il ne put retenir un petit rire au souvenir que cela fit remonter.

- Quoi ? interrogea Josh en levant un sourcil.

- Il y a un truc que je n'ai jamais confié, expliqua Vasquez, satisfait de partager enfin un souvenir léger après les confessions de la soirée. Le premier soir quand on s'est rencontrés, on venait tous de s'installer pour la nuit et j'étais près de toi alors que tu fouillais dans ce même sac. J'ai vu une boîte de vaseline similaire à celle-là, en tout cas j'espère que c'est pas la même où je devrais remettre mes performance en question. Et je me suis surpris à penser qu'entre deux missions de ce type, tu étais du genre propret, à t'habiller soigneusement, à lisser tes cheveux avec ceci. Ça ne collait pourtant tellement pas à l'homme que j'avais sous les yeux. Ce n'est qu'ensuite, après ta petite démonstration du lendemain quand on était censé chercher du bois, que j'ai compris l'usage que tu faisais réellement de ça.

- Déçu ? s'amusa Josh. Tu n'aimes pas le genre couvert de poussière, avec les cheveux collés par la sueur sous un chapeau sale ?

- Un vrai cow-boy virile et fier, avec en prime un petit cul étroit fait pour la baise, confirma Vasquez en se mordant la lèvre d'un geste appréciateur. Crois-moi, nul n'a jamais fait meilleur usage de la vaseline que toi.

- Personne ne s'en est jamais plaint en tout cas.

Vasquez ne fut même pas jaloux devant l'allusion à peine voilée aux précédents amants. Peu importe combien il y en avait eu, ni ce qu'ils avaient bien pu faire, aucun autre que lui n'était là ce soir. Et il veillerait à ce qu'aucun autre que lui n'ait plus jamais sa place entre les bras de Josh.

Celui-ci, toujours aussi décontracté, à un point que c'en était presque déconcertant après les doutes exprimés un peu plus tôt, revint sur le lit, s'installant sur le bassin de Vasquez, un genou de chaque côté de lui. Le Mexicain se redressa autant que leur position le lui permettait, s'appuya sur ses coudes et tendit le cou pour quémander un baiser. Josh le lui accorda bien vite, sa langue caressant un instant ses lèvres avant de plonger dans la bouche offerte. Ils s'étaient embrassés si souvent qu'à chaque fois Vasquez était surpris que cela continue à lui faire toujours autant d'effet, accélérant son cœur et lui serrant les tripes. Ils avaient beau se connaître par cœur, avec Josh tout était un feu d'artifice permanent.

Tout dans ce baiser signifiait que Josh entendait bien mener la danse et après des mois à se faire l'impression d'être le seul à agir pour maintenir la flamme, l'autre ne semblant qu'accomplir ni plus ni moins son devoir conjugal que par habitude, Vasquez fut satisfait de passer la main de cette belle façon.

Depuis si longtemps, Josh semblait en permanence tellement se demander ce qu'il pouvait encore lui trouver, s'étonnant presque quand il le sollicitait pour ne serait-ce qu'un baiser, que Vasquez n'avait jamais osé rajouter un poids sur ses épaules en exprimant ce que lui-même ressentait. Pourtant, il avait beaucoup souffert de cette impression de ne plus être désiré, craignant même parfois que Josh ne soit en train de se forcer à se donner à lui par simple gratitude pour sa présence quotidienne à ses côté. Ce soir, il avait enfin l'impression qu'ils en avaient autant envie l'un que l'autre et il comprit combien cela lui avait manqué.

Josh joua des hanches, les faisant gémir de concert aux sensations que cela provoquait. Puis il se pencha pour l'embrasser. D'abord une simple caresse sur ses lèvres, avant que le baiser ne s'approfondisse, jusqu'à devenir sans concession, intense. Vasquez s'en délecta, passant ses mains dans les cheveux de son compagnon. Et c'est alors qu'il comprit le message sous-jacent à ce baiser. Amour, respect, attachement, et bien plus passaient dans cet échange. Si Josh était capable à l'occasion de lui dire qu'il l'aimait, il n'était malgré tout pas à l'aise avec les mots dès lors qu'ils concernaient les sentiments. Ce n'était que dans des actes comme celui-ci qu'il se lâchait de la sorte et Vasquez savait heureusement décrypter le message à chaque fois.

Sans un mot, mais avec un regard qui en disait long, Josh se redressa ensuite, ouvrant rapidement le pot de vaseline. Il y trempa les doigts puis porta la main derrière lui, se tendant tandis qu'il s'agitait sans lâcher son compagnon du regard. Vasquez se sentit plus excité que jamais quand il comprit que son amant était en train de se préparer lui-même. Dans un lit, ils avaient eu l'occasion de faire bien des choses satisfaisantes, mais nulle vision ne lui avait jamais fait d'effets à ce point. Et Josh non seulement faisait cela, mais surtout agissait en lui faisant face. Et Vasquez ne prenait pas garde un instant à ses cicatrices tant il y avait mieux à regarder. Ce qu'il aurait tant aimé que Josh comprenne. A cet instant pourtant, cela n'avait plus d'importance. Plus rien en fait n'avait d'importance quand Josh souriait de la sorte, semblait aussi épanoui.

- Tu me rends fou cariño, marmonna-t-il entre ses dents serrées.

Le sourire qu'il obtint en retour fut plus intense encore et c'était bon de le voir enfin serein, à ce qu'il faisait, sans ce regard fuyant et ces gestes retenus chaque fois qu'ils s'apprêtaient à partager un moment intime. C'était agréable pour Vasquez lui-même. Mais c'était surtout plaisant de savoir que Josh était bien, il le méritait tellement.

- C'est le but, s'amusa celui-ci. Pardonne-moi pour… pour tout en fait.

- Ne t'excuse pas.

- Profite. Parce que quand je suis désolé, je fais tout ce qu'il faut pour m'excuser. Absolument tout ce qu'il faut et ce que je sens appuyer contre ma cuisse a tendance à m'affirmer que je sais y faire.

- Je confirme.

La fin du mot se perdit dans un juron lorsque la main de Josh, parfaitement enduite de crème, se posa sur son érection, la caressant lentement.

- Je ne suis pas sûr d'avoir besoin de plus de sollicitation, grogna Vasquez en se mordant la lèvre. Surtout si tu as prévu un truc précis pour la suite, continua-t-il avec difficulté.

Malgré lui, il doutait encore de ce dernier point. Retrouver Josh aussi ouvert ce soir semblait tellement improbable qu'il craignait encore que tout ne s'arrête d'un coup.

Cependant, le regard qui ne lâchait pas le sien, malicieux, pétillant, avait plutôt tendance à être rassurant.

- Tu sais que tu n'es pas obligé, se sentit-il malgré tout obligé de rappeler.

- Pourquoi ? J'ai l'air de me forcer ?

- Je veux être sûr. Pas que tu m'offres ça comme une espèce de réparation à cause de ce que je viens de vivre.

- Ce qu'on vient de vivre, rectifia Josh. Bien sûr que non. Je veux juste faire un effort, parce que même si c'est pas forcément encore facile, je me sens prêt à… je ne sais pas, me laisser aller… Cette dernière année, j'ai l'impression d'avoir laissé passer plein de choses et de ne plus me reconnaître moi-même. Mais s'il y a bien une chose dont je suis sûr, c'est toi. Alors si tu m'acceptes avec cette main, ces brûlures et cette oreille qui sert plus à grand-chose, ben je me dis que je peux aussi bien arrêter de me cacher.

- Evidemment que je t'accepte avec ça. C'est que des détails à la con qui t'obnubilent toi, mais auxquels moi je ne prête aucun attention. En revanche, j'accepte aussi tout autant que tu aies encore parfois des doutes. Je veux juste que tu sois heureux.

Il avait dit cela en caressant doucement la joue de son compagnon avant que ses doigts ne s'attardent plus longtemps sur ses lèvres.

- Je suis heureux, assura Josh. Et après la peur que j'ai eue ces derniers jours, j'aurais pas cru ça possible.

- Faut croire qu'on a une bonne étoile quelque part.

Josh ne répondit rien, se contentant d'embrasser les doigts qui ne l'avaient pas quitté. Vasquez ne put retenir un gémissement de contentement et ne vit plus l'intérêt de continuer cette conversation. Si Josh n'avait pas son pareil pour parler et parler sans cesse, au point d'en être parfois épuisant, il était également le meilleur quand il s'agissait de les faire taire tous les deux.

Il reprit effectivement son déhanchement entêtant et son amant retrouva la vigueur qu'il avait pu perdre pendant leur échange. Vasquez eut un soupir lascif. Il en avait envie depuis tellement longtemps… Faire l'amour bien sûr, il ne disait jamais non. Mais surtout faire l'amour avec un Josh entreprenant, désireux, parce que ça le rendait plus excitant que jamais.

Et entreprenant pour le coup, c'était bien ce qui qualifiait Josh tout à coup. Continuant à aller et venir sur le bassin de son amant, mimant un acte qui ne tarderait pas, le torturant tout autant qu'il faisait monter le plaisir, Josh caressait lentement la peau hâlée. D'autant qu'il était très fort pour s'attarder là où il fallait. Le creux des reins, les tétons, les flancs et bien sûr le sexe tendu, déjà humide d'anticipation. Quelques mots d'espagnol échappèrent à Vasquez, qui n'avait déjà plus les idées très claires. Et c'était visiblement exactement ce que recherchait Josh. Alors il cessa ses caresses, changea légèrement de position, reprit un peu de vaseline et enfin s'empala sur le membre avec lenteur, gémissant en même temps que l'autre homme. Même s'il prenait plaisir comme à chaque fois à entrer dans ce corps désirable, ce qui plaisait surtout à Vasquez fut qu'à aucun moment Josh ne le quitta du regard. Et voir ses yeux se voiler à mesure que le plaisir le prenait, ça c'était plus intense que tout.

- Putain Josh, tu es tellement bon, grogna-t-il.

- Il paraît, s'amusa celui-ci.

Profitant que c'était bien lui qui menait la danse, Josh se mit en mouvement presque immédiatement, allant et venant à un rythme de plus en plus soutenu alors que ses gémissements allaient crescendo.

Un instant, Vasquez fut tenté de le laisser faire, de se contenter de l'admirer en appréciant les sensations… Mais c'était frustrant, même s'il prenait clairement son pied. Alors il se redressa au mieux, passant ses bras autour du cou de son compagnon, approchant son visage du sien.

Ils s'embrassèrent longtemps tandis que la jouissance approchait et quand Vasquez s'écarta très légèrement, ce fut pour voir Josh fermer les yeux.

- Ouvre-les ! dit-il en prenant son visage en coupe. Je veux que tu me regardes quand tu jouiras, c'est tellement beau. Ça m'a tellement manqué.

Josh obtempéra sans hésiter et ils se regardèrent amoureusement. Ce n'était plus juste du sexe à cet instant, c'était une forme de communication, deux êtres en osmose qui ne cachaient plus leurs sentiments, leurs désirs, comme ils savaient si peu le faire le reste du temps.

Et comme il se l'était promis, son visage si près du sien qu'il pouvait sentir son souffle contre ses lèvres, Vasquez ne manqua rien de l'orgasme qui secoua Josh dans un cri. Parce que le voir perdre le contrôle sans en avoir honte, sans vouloir s'en cacher, était la plus belle preuve d'amour qu'il pouvait lui offrir. C'était tellement parfait comme moment, que lorsqu'il perdit pied à son tour, il eut l'impression que jamais jouissance ne l'avait comblé à ce point.

L'étreinte qui suivie, quand ils furent allongés l'un contre l'autre, la respiration encore un peu haletante, sembla définitivement effacer tout ce qui avait pu ne pas aller pendant un temps. La main blessée de Josh avait naturellement trouvé celle de Vasquez tandis que les lèvres de celui-ci s'étaient posées sans être repoussées sur la peau abimée du cou. Complémentaires et inséparables désormais qu'ils s'étaient acceptés sans restriction.

Josh somnola un moment contre lui et Vasquez fut content de le voir calme, semblant apaisé. Il avait fait bien des erreurs dans sa vie, causé bien des souffrances, mais s'il offrait à Josh l'opportunité d'être heureux, alors il n'était pas là pour rien et méritait chaque minute de vie qu'il lui était accordée désormais qu'il était libre.

ooOoo

La nuit était bien avancée, même si Vasquez n'avait pu fermer l'œil, quand Josh émergea. Ils n'échangèrent pas un mot, ce n'était pas nécessaire pour l'instant, tout avait été dit ou montré ce soir. Les baisers suffisaient. Ce fut alors au beau milieu de ces échanges que Josh surprit son compagnon.

- Partons, dit-il simplement.

- Quoi ? Maintenant ? s'étonna le Mexicain.

- Pourquoi pas ? On est restés assez longtemps ici, pour ce que ça nous a apporté…

- Sans rien dire à personne ?

- Ils comprendront.

C'était vrai, constata Vasquez avec un haussement d'épaules, tout comme il était certain que Sam saurait les trouver la prochaine fois qu'il aurait besoin d'eux, il y arrivait à chaque fois. Et puis, c'était après tout définitivement seuls qu'ils étaient le mieux, même s'il n'y avait désormais plus de mandat d'arrêt contre lui. Alors il se contenta d'acquiescer.

Et pendant qu'ils s'habillaient, Josh parla des projets à venir, brossant un tableau de ce qu'il voulait désormais. Il avait mis le temps, désirant l'oubli de la foule, à présent il ne voulait plus que Vasquez et il ne s'en cacha pas. Il avait gagné bien de l'argent toutes ces années, quoi que pas toujours de façon très légale, assez en tout cas pour acheter un terrain, sur lequel ils construiraient une maison et une grange, creuseraient un puis, rien de luxueux, une vie simple, juste à deux. Lui s'occuperait de quelques chevaux, de vaches et de poules même, pendant que Vasquez serait au champ, travaillant de concert pour répondre à leurs maigres besoins. Ce serait une bonne vie à n'en pas douter, et franchement ils l'avaient bien méritée. Vasquez écouta en souriant, heureux, rajoutant quelques détails à l'occasion. Emportés par leurs idées, ils en parlaient encore en se dirigeant vers l'étable.

Peu après, Sam, debout devant la fenêtre de sa chambre, une cigarette à la bouche, vit dans la rue deux silhouettes s'éloigner furtivement. Nul besoin de chercher de qui il s'agissait, il s'était attendu à un tel dénouement. Il leur souhaita silencieusement bon vent et retourna se coucher, le cœur léger du devoir accompli.

THE END.