Note de l'auteur:
Le deuxième OS, que j'ai essayé de rendre un peu plus "humain", plus humoristique aussi. Centré sur Artémis, encore une fois.
Je précise que les personnages ne m'appartiennent pas et que je ne reçois aucune rémunération pour mes écrits.
Bonne lecture !
Réception
« Encore un peu de nectar, mademoiselle ? »
Artémis grogna en guise de réponse, avant de se resservir elle-même un verre. Un peu penaud, le serveur qui l'avait abordée partit en vitesse.
Certes, son comportement n'était pas très digne d'une déesse, mais bon sang, Artémis haïssait les réceptions ! Quelle drôle d'idée de la part de Héra que d'en organiser une ! Levant pour la énième fois les yeux au ciel, elle se remémora le jour où la reine de l'Olympe avait annoncé son intention d'inviter des divinités pour une fête.
« C'est une superbe idée ! »
Ça, c'était bien une réponse d'Aphrodite. Dès qu'il s'agissait de réceptions, de bals, de dîners, ou de tout événement public, elle était partante. Surtout si ces événements impliquaient des hommes.
« Pourquoi pas ? Après tout, les réceptions, c'est l'occasion de faire de nouvelles rencontres et de tisser des liens. »
Bien sûr, Déméter n'allait pas contre la volonté d'Héra. Après tout, c'était elle la chef des dieux et déesses, et il n'y avait que Zeus qui était assez têtu (ou stupide ?) pour ne pas respecter les décisions de sa femme.
« Ce n'est pas une mauvaise idée. Rapprocher les peuples permettra peut-être un climat plus... apaisé. »
Une réponse claire, nette et simple de la part d'Athéna, qui voyait bien sûr en premier l'aspect stratégique d'une telle réception.
« Je pourrais aider à l'organisation, si tu veux, Héra ! »
Classique, de la part de Hestia, la déesse du foyer, toujours souriante et volontaire pour aider les autres.
Les regards s'étaient alors tournés vers elle, la déesse lunaire.
« Euh... Je suis obligée de venir ? »
Héra lui avait lancé un regard meurtrier, Athéna avait levé les yeux au ciel, Aphrodite avait poussé une exclamation horrifiée. Déméter et Hestia, elles, lui adressaient un sourire mi- amusé, mi- exaspéré.
« Enfin, Artémis », avait déclaré la reine des dieux, « bien sûr que tu dois venir, tu es une déesse Olympienne après tout ! Ton absence ferait tâche ! »
Ah. Bon. Face à cet argument implacable - et aussi pour éviter une dispute qui mettrait l'Olympe sans dessus-dessous - Artémis avait accepté de faire une apparition à ladite réception.
Mais quand Héra l'avait vue arriver un peu plus tôt dans la soirée, elle l'avait si bien collée puis manipulée que maintenant, la déesse de la chasse était obligée de rester plus longtemps que prévu.
Misère.
« Mademoiselle, m'accorderiez-vous cette dan...
- Non. »
Une réponse implacable et qui n'ouvrait pas à la discussion. Le malheureux éconduit repartit sans demander son reste.
« Dis donc, Artémis, comptes-tu éconduire tous les beaux jeunes hommes ici présents ? »
La chasseresse se retourna vers Déméter.
« Oui, et d'ailleurs je ne vois pas pourquoi toutes les divinités, infernales, olympiennes, secondaires, ont été invitées à cette réception, sauf nos dieux Olympiens », lui dit-elle.
« Tu sais bien pourquoi. Héra ne voulait pas qu'une bagarre soit déclenchée par nos Ô combien délicats camarades masculins », intervint Aphrodite, qui avait momentanément quitté sa petite cour d'admirateurs. « Après tout, quand on les lâche, ils peuvent être vraiment sauvages », ajouta-t-elle.
« Oui enfin, j'ai entendu dire que la sauvagerie d'Arès n'était pas pour te déplaire », sourit Déméter. Son sourire se changea en un rire discret lorsqu'elle vit Aphrodite prendre une belle teinte grenat.
« En tout cas », tenta Aphrodite, « tu ne devrais pas tous les éconduire, Artémis. Je suis sûre qu'il y a des hommes très gentils dans cette foule. Et Héra ne sera pas contente si on ne... Comment a-t-elle dit ? Ah oui, "si on ne fait pas des efforts pour resserrer les liens entre les différentes divinités", c'est ça ».
« Tu veux dire qu'elle veut qu'on raccommode des liens inexistants », répliqua Artémis en levant les yeux au ciel - encore.
« Tu es bien sévère, Artémis », dit Hestia, qui s'était discrètement joint à la discussion. « Depuis toujours toutes les divinités sont en lien plus ou moins direct. Tu devrais le savoir, tu fréquentes en permanence des nymphes et des divinités sylvestres ».
Ne s'attendant pas à une attaque - même douce - de la sage Hestia, Artémis ne sut que répondre et émit de nouveau un grognement qui n'engageait à rien.
« Oui enfin... Regardez Athéna, elle ne danse avec personne non plus, et pourtant vous lui fichez la paix ! » dit Artémis, dans une piètre tentative d'échappatoire.
« Oui, enfin, au moins, elle y met les formes... » Railla Aphrodite.
En effet, la déesse de la stratégie guerrière était bien plus diplomate que celle de la chasse. A chaque demande importune, elle se contentait d'un doux sourire et d'un refus poli. En l'observant, Artémis admit qu'elle avait peut-être exagéré en repoussant chaque demande de manière un peu violente. Ceci dit, elle s'était calmé depuis le début de la soirée, où elle avait failli égorger un homme qui avait trop lorgné sur son décolleté, pourtant pas si plongeant que ça.
« Si au moins on avait les autres avec nous ! Dionysos nous ferait du meilleur nectar, Hermès nous ressortirait les perles des courriers perdus et Apollon nous chanterait un petit air... » Se plaint Artémis.
« Tu sais bien comment ça a fini la dernière fois... » Soupira Déméter.
Oh, ça oui, elle s'en souvenait, ça avait été mémorable. Le nectar était absolument divin (merci, Dionysos !), Apollon chantait accompagné de sa lyre et Hermès faisait le boute-en-train. Bref, tout allait pour le mieux et tout le monde était ravi de sa soirée.
Jusqu'au moment où Arès et Héphaïstos s'étaient battu pour les beaux yeux d'Aphrodite. C'était parti en cacahuète. Arès avait déclenché la bagarre en défiant Héphaïstos. Zeus, pour les calmer, avait voulu utiliser la manière forte avec plein d'éclairs et d'éclats de voix. Ce qui avait, bien sûr, rajouté du bazar. Or, Héra ne pouvait PAS supporter qu'il y ait du bazar dans une réception, fut-elle privée; elle avait voulu calmer son mari qui l'avait plus ou moins remballée. Héra s'était alors fâchée et avait déclenché une tempête dans l'immense salle de réception de l'Olympe. La tempête avait fait s'envoler Hermès, puis Apollon; et Artémis, qui avait peut-être un peu trop bu ce soir-là, avait voulu calmer Arès et Héphaïstos en leur plantant des flèches un peu partout dans le corps. Généralement, ça calme.
Mais elle avait eu le malheur de trébucher sur le gâteau préparé avec amour par Hestia. Ledit gâteau avait fini quelques mètres plus loin, totalement fichu. La douce Hestia s'était mise dans une colère noire - et ce n'était pas beau à voir. Bref, tout ce tintouin s'était terminé uniquement parce qu'Athéna avait eu le bon sens d'assommer tout le monde à coups de boucliers.
Depuis ce jour, les fêtes réunissant les Olympiens étaient rares.
« Mademoiselle, puis-je ? »
Les souvenirs d'Artémis furent interrompus par la demande d'un jeune homme. Encore une invitation à danser. En se forçant à sourire, la déesse Vierge s'apprêta à le congédier poliment lorsqu'Aphrodite la poussa contre le jeune homme:
« Bien sûr, elle accepte ! »
En grommelant, Artémis se promit d'infliger mille tortures à la déesse de l'amour dès que toute cette farce serait terminée.
La danse commença, et la déesse se surprit à découvrir qu'elle ne se débrouillait pas trop mal.
« Vous dansez très b... » Tenta de la complimenter son cavalier.
« Je vous l'empreinte mon brave, veuillez m'excuser », intervint une autre voix masculine.
Et avant d'avoir pu dire "Ouf !", la fille de Zeus se retrouva avec un autre cavalier. Elle s'apprêtait à l'enguirlander (franchement, elle n'était pas une greluche que tout le monde pouvait se partager !), lorsqu'elle reconnut deux yeux bleus ciel.
Elle pouffa de rire.
« Enfin, Apollon, qu'est-ce que tu fais ici ? »
« Je me suis déguisé pour échapper à la surveillance d'Héra », répondit le dieu des oracles, « mais tant que je ne déclenche pas de bagarre, je pense que ça devrait aller. Tu es magnifique », ajouta-t-il en plongeant ses yeux bleus dans ceux, bleus-gris, de sa sœur.
Sa sœur qui sourit au compliment.
« Merci, frangin. »
Finalement, cette réception n'était pas si mal.
