Note de l'auteur : Voici le quatrième OS, bien plus léger que le troisième, et centré cette fois-ci sur Hestia.
Réponse à la review de Guest : Merci beaucoup pour ton commentaire, je suis ravie que ces OS te plaisent ! J'espère que tu aimeras tout autant les suivants :)
Je précise que les personnages ne m'appartiennent pas et que je ne reçois aucune rémunération pour mes écrits.
N'hésitez pas à laisser un commentaire pour me donner votre avis, ou pour me faire des suggestions sur un mythe ou une divinité en particulier.
Bonne lecture !
On ne badine pas avec les gâteaux
C'est bien connu : pour Hestia, déesse de la maisonnée, rien n'est plus agréable que de se prélasser sur un canapé muni de coussins bien moelleux, une tasse de thé ou un livre à la main, et surtout avec une part de gâteau.
Tout l'Olympe, voire le monde entier connaissait la passion de Hestia pour la cuisine : après tout, c'était son domaine. Les divinités ne pouvaient que s'en réjouir, car ils se régalaient dès que leur camarade préparait quelque chose. Elle avait tout testé : les charlottes, les fondants, les crumbles, les tartes… Elle avait même fait une magnifique pièce montée pour les noces d'Aphrodite et d'Héphaïstos.
Ses expériences culinaires étaient la seule excuse valable pour que cette douce déesse sorte de ses quartiers: une fois, son four étant en panne, elle avait dû aller squatter les forges d'Héphaïstos. Lui qui ne recevait pas beaucoup de visites, il avait été bien surpris de voir un gâteau au chocolat trôner au milieu des épées qu'il devait bichonner, et une déesse gourmande qui repartait avec, en disant : « Merci pour tes fours, je te revaudrai ça ! ».
Elle avait bien essayé d'aller faire cuire ses plats chez Hadès, mais pour une raison obscure et mystérieuse, la déesse finissait toujours par être virée (généralement le feu aux fesses), et ses gâteaux servaient de nourriture à Cerbère, le chien à trois têtes du dieu des Enfers.
Pfff. Si peu de considération pour ses merveilleux gâteaux…
Mais aujourd'hui était un grand jour. Dionysos lui avait rapporté, quelques jours auparavant, une recette, qu'il avait réussi à dérober lors d'une mission dans le monde des mortels. Parce que, c'est bien connu aussi, les mortels savent diablement bien faire la cuisine. Hestia avait d'ailleurs beaucoup de sympathie pour une certaine nation… Une nation composée de gens qui parlaient trop forts et qui étaient bien vaniteux… Les Français, c'est ça. Ils savaient très bien cuisiner.
La recette de Dionysos ne venait, étonnamment, pas de France. Le dieu avait mentionné « une île plutôt isolée, avec des gens qui font de bonnes pâtisseries, à défaut de faire des plats corrects, mais si, tu sais, à côté de l'île de Thylé ». Mais oui, l'Angleterre ! Apparemment, ses habitants avaient charmé le dieu de la fête et du vin : « ils ont de très bonnes manières, mais bon, ils ont un humour un peu… euh… Tu sais. « British », comme disent tes chers Français ». En tout cas, Hestia était très flattée que Dionysos ait pensé à elle pour une recette de gâteau.
Ledit gâteau était en train de cuire dans les forges d'Héphaïstos – rien de plus normal – sous les yeux attentifs de la déesse des foyers.
« Euh, Hestia… J'ai besoin de récupérer mes ép… » commença le dieu forgeron.
« C'est pas encore cuit ! » répondit Hestia sur un ton sévère. Son interlocuteur recula de quelques pas, prudent. Il savait qu'une Hestia en colère valait mille tempêtes d'Héra, et ce n'était pas peu dire… Après tout, les épées pouvaient attendre.
Une demi-heure plus tard, Hestia rentrait chez elle, son précieux gâteau à la main elle comptait le servir aux festivités de ce soir.
Parce que oui, Héra avait encore organisé une fête. Dans ces cas-là, les autres Olympiens ne savaient pas qui craindre le plus : Héra et sa volonté maniaque que tout soit parfait, ou Hestia qui devenait une furie de la cuisine ?
Toujours est-il que, le soir venu, Hestia était toute contente de présenter son nouveau gâteau à tout le monde. Les réactions ne se firent pas attendre.
« C'est délicieux, Hestia, vraiment, j'ai l'impression que tu fais des progrès à chaque fois ! Tu es une vraie chef pâtissière ! » Déméter.
« Oh, c'est facile à faire, je te recopierai la recette ! C'est Dionysos qui l'a rapportée d'Angleterre ! »
« Hestia, je ne suis pas déçue, tu ne fais jamais les choses à moitié. C'est bon de savoir qu'on peut compter sur quelqu'un de fiable ». Héra, qui sur ces paroles ne se gêna pas pour foudroyer tout le monde du regard.
« Hestia, tes gâteaux sont à mes papilles ce que la lumière est aux plantes ». Seul Apollon pouvait faire une remarque aussi mièvre… Euh, poétique.
« Encore une fois Hestia, tu t'affirmes comme une cuisinière tout à fait accompl… »
Athéna ne put finir sa phrase car, sous les yeux horrifiés de Hestia, Poséidon venait tout juste d'écraser l'assiette qui contenait le reste de son précieux gâteau. Sa chute, ainsi l'écrasement complet de la pâtisserie, fut ponctué d'un rire tonitruant :
« Alors, mon frère, qui a la plus grande force physique maintenant ?! »
Hestia releva doucement la tête vers Zeus, l'auteur de ce crime abominable. Ses yeux, d'habitude si doux et rassurants, étaient désormais dignes de ceux d'Héra dans ses plus grandes colères. Elles ne sont pas sœurs pour rien, après tout…
« Zeus. »
Cette simple affirmation de la part de la déesse des gâteaux suffit à glacer le sang du chef des dieux. Il sentit que sa dernière heure était arrivée.
« Hestia, ma chère sœur ! Je suis désolée pour ta… euh… pâtisserie… Je te rembourserai. Promis. Je n'ai juste pas bien visé la piste d'atterrissage de Poséidon… Qu'est-ce que tu fais avec cette pelle à tarte ? »
En effet, la déesse du foyer avait pris la seule arme qu'elle avait sous la main – en l'occurrence, une pelle à tarte.
« Ne t'inquiètes pas, je comptais juste t'arracher les yeux avec. Reste tranquille, et ce sera rapide », dit-elle d'une voix sèche.
Les autres dieux et déesses retenaient leur souffle – à part Poséidon, qui gisait toujours assommé sur le gâteau – jusqu'à ce qu'Artémis vienne, innocemment, remplacer la pelle à tarte par le trident du dieu des Océans. Hochant la tête vers son amie, Hestia s'avança avec un grand calme vers son frère cadet, armée du trident.
« Tu vas voir un peu ce que ça coûte que d'écraser mon cheesecake, pauvre idiot ! » cria-t-elle en s'élançant à sa poursuite.
« Franchement », soupira Athéna, « un si bon gâteau gâché par une bagarre stupide ! »
« Pauvre Zeus », ronronna Artémis, « je ne donne pas cher de sa peau… »
« En même temps, quelle idée de déclencher une bagarre dans une fête organisée par Héra et où c'est Hestia qui cuisine ! » renchérit Déméter.
Héra, elle, souriait. D'un sourire malsain et malveillant.
« Euh… Mère ? Tout va bien ? » Tenta Arès.
Le sourire de la déesse s'élargit encore plus.
« Si j'avais su qu'il suffisait que Zeus écrase un gâteau pour que Hestia m'aide à le maltraiter, j'aurais mis au point un stratagème bien plus tôt… »
Tous les gens présents déglutirent et n'osèrent pas contrarier la femme de Zeus, qui jubilait de voir son mari dépassé par une crise de colère qui, pour une fois, n'était pas de son fait.
Dionysos, sans rien comprendre, se vit offrir des quantités astronomiques d'ambroisie de la part d'Héra, qui le remerciait chaleureusement d'avoir fait découvrir le cheesecake à l'Olympe.
