Note de l'auteur : Bonjour à tous ! Voici le sixième OS, centré cette fois-ci sur Hadès.
Encore un énorme merci à Guest : Tes reviews me font très plaisir, je suis super contente que les OS te plaisent à chaque fois. N'hésite pas à me donner tes impressions sur celui-ci ! :D
Je précise que les personnages ne m'appartiennent pas et que je ne reçois aucune rémunération pour mes écrits.
Si mes OS vous plaisent (ou pas, d'ailleurs), n'hésitez pas à laisser un commentaire. Si vous trouvez qu'il y a un ou plusieurs points à améliorer, je serais ravie d'y remédier !
Bonne lecture !
Une vie d'Enfer
Hadès s'était toujours considéré comme quelqu'un de malchanceux. Il était un peu le mouton noir des dieux, et il en était parfaitement conscient. Plutôt ironique, sachant qu'il était destiné à devenir le dieu des Enfers. C'était comme ça depuis le début. C'était lui l'aîné des fils de Chronos, ça devait lui porter la poisse.
Quand il avait été régurgité par son père - merci, Zeus - il avait participé à la bataille des dieux contre les titans. C'était une vengeance personnelle: après des siècles de domination, les Titans devaient laisser la place. Il avait cependant eu un avantage non-négligeable avec son célèbre casque qui le rendait invisible, même aux dieux, ce qui était un exploit.
La malchance d'Hadès avait encore frappé lorsqu'il fut temps d'instaurer le nouveau pouvoir. Bien qu'il soit l'aîné, la place de souverain revint naturellement à son plus jeune frère, Zeus. Après tout, c'était lui qui les avait tous libérés, il était normal qu'il prenne la tête de tout ce petit monde. Poséidon avait bien tenté d'asseoir son autorité, mais c'était perdu d'avance. Zeus avait déjà pris le pouvoir des années auparavant, lorsque leur mère Rhéa l'avait protégé de Chronos. C'était un coup monté depuis un moment, inutile de lutter contre ça.
Le mariage de Zeus avec leur sœur Héra marqua le début d'une nouvelle ère. Les dieux et leurs nouvelles fonctions entraient en scène.
Zeus le tout-puissant, le magnifique, le libérateur, se vit attribué ses pouvoirs célestes : il commanderait à la foudre, à l'éclair et au ciel tout entier.
Poséidon, son frère, serait responsable des Mers et des Océans, ainsi que de tous les peuples habitant ces zones.
Enfin, lui, Hadès, l'aîné, serait le maître des lieux souterrains, des lieux habituellement réservés aux morts : les Enfers.
Le fils de Chronos avait parfaitement capté les regards de moquerie des autres divinités. Il n'en avait cure : la seule douleur vive qui le brûlait était celle de la trahison de son frère. Il sentait pertinemment que Zeus voulait humilier ses deux frères pour mieux leur faire comprendre qui était le chef.
Le message était clair.
Hadès songea cependant avec un sourire triste qu'il était celui qui possèderait les mines d'or et de pierres précieuses : il serait le plus riche des dieux.
A quoi bon la richesse… La vie aux Enfers n'était pas ce qu'on pouvait appeler une partie de plaisir. Pourtant, à l'écart des autres dieux, Hadès se sentait serein. Plus de rivalités, plus de disputes… Il se sentait comme libéré d'un poids et les Enfers seraient pour lui un endroit qu'il pourrait appeler « maison ».
L'administration des Enfers n'était pas chose aisée. Hadès dut, pour s'en sortir, appeler Charon, qui accepta de bonne grâce le rôle de passeur. Après tout, le fils des Ténèbres et de la Nuit se sentait dans son élément dans la noirceur des souterrains.
Il se lia d'amitié avec les Moires, ces divinités si étranges qui pouvaient couper le fil de la vie à n'importe quel moment. Il respectait beaucoup ces trois déesses à l'apparence de vieilles femmes. Puis il fallait dire qu'elles l'aidaient bien dans son business.
Pour dissuader quiconque de passer ses portes, Hadès prit la garde de Cerbère, le chien gigantesque à trois têtes. Seuls les plus hardis, ou les plus fous oseraient pénétrer sa demeure avec un tel gardien à sa porte. Hadès ne tolérait aucun visiteur. Sa sœur aînée Hestia avait bien essayé de venir faire cuire des gâteaux chez lui (le dieu en était encore perplexe), mais il l'avait virée sans plus de cérémonie.
Hadès, dans sa malchance, se considérait alors comme un dieu à la situation confortable, à défaut d'être heureux : il n'était importuné par personne, la gestion des morts l'occupait bien assez pendant ses journées, et surtout, il n'avait pas à supporter son petit frère. La vie (presque) rêvée pour un solitaire et un mouton noir comme le dieu chtonien.
Alors pourquoi, pourquoi était-il remonté à la surface pile ce jour-là, pourquoi avait-il fallu qu'il se laisse traîner par Zeus dans une fête champêtre (tout ce qu'il détestait) ?
« C'est pour recréer les liens, mon frère. Je sais bien que tu as beaucoup de travail aux Enfers, mais passer une journée avec nous ne te fera pas de mal. »
Hadès pensait surtout que cette journée bucolique était organisée par Héra et que Zeus n'osait pas la contredire, mais il se garda bien d'en faire la remarque à voix haute. Car les fameux « liens » dont le roi des dieux parlait étaient brisés et déchirés depuis longtemps.
Hadès détestait le fait d'avoir à quitter son domicile. Les labyrinthes souterrains que constituaient les Enfers étaient son élément, pas les champs de fleurs éclairés par un beau soleil de fin d'été. Il ne s'était même pas rendu compte que c'était l'été, puisqu'il n'y avait ni jour, ni nuit dans les demeures infernales.
En soupirant, il contempla ses frères et sœurs qui s'étaient joints à la fête. Héra circulait entre chaque petit groupe, s'assurant que tout se déroulait pour le mieux. Hestia la suivait, une assiette de pâtisseries à la main.
« Elle ne s'arrête donc jamais ?! » pensa Hadès, un peu décontenancé.
Déméter, son autre sœur, était occupée à vanter à qui voulait l'entendre que l'été avait été riche en moissons et qu'elle était tout à fait comblée de ses devoirs de déesse. Grand bien lui fasse.
Hadès, lui, était à l'écart, sirotant du nectar. Son frère Zeus n'arrêtait pas de bavarder à propos des nouvelles divinités qui avaient rejoint l'Olympe. Pendant qu'Hadès s'occupait de ses morts, Zeus avait apparemment pris du bon temps et était désormais père de beaucoup d'enfants. Quatre d'entre eux, lui apprit son frère, siégeaient au Conseil des dieux : Artémis et Apollon, les enfants de Léto, ainsi qu'Arès et Héphaïstos, les enfants d'Héra.
« J'ai aussi eu une fille par moi-même, Athéna. Elle est très intelligente, et ses conseils sont avisés. Mais elle se dispute très souvent avec Poséidon. »
Pour la première fois depuis le début de la fête, Hadès remarqua l'absence de leur frère.
« Où est Poséidon ? » demanda-t-il.
« Occupé avec des histoires de sirènes », répondit Zeus en soupirant. « Héra était assez mécontente qu'il ne puisse pas venir, mais bon, il est le seul à avoir décliné l'invitation. De plus, son absence évitera des disputes avec Athéna, ou même avec l'un de nous deux. »
Hadès leva un regard surpris vers le plus jeune fils de Chronos.
« C'est vrai que tu n'es pas souvent là », rit le roi des dieux, « mais j'ai l'impression que dès qu'il y a trop de dieux réunis dans la même pièce, ça vire en bagarre ou en dispute. C'est notre fatalité, j'imagine ».
Hadès hocha la tête, approuvant ses dires. Déjà du temps des Titans, les disputes étaient fatales à l'équilibre du monde.
Zeus délaissa son grand frère pour aller discuter avec Déméter des vendanges à venir, discussion à laquelle Dionysos vint bientôt se joindre. Hadès se retrouva donc seul, mais il n'en était pas vraiment dérangé. Il profita de ce répit pour se dégourdir les jambes.
« Des fleurs, des arbres, des fleurs, des arbres… On ne doit pas être bien loin de la demeure de Déméter », songea Hadès en contemplant ce qui l'entourait. Il se sentait vraiment étranger à cet environnement.
Ses pas le menèrent vers un autre champ de fleurs, voisin de celui où se déroulait la fête. Il se figea.
Les déesses Athéna et Artémis étaient en train de composer des bouquets de fleurs, accompagnées de Néréides. Mais une autre déesse retint le regard du dieu des Enfers.
« Elle est magnifique », fut la seule pensée d'Hadès en cet instant. Ses yeux se bloquèrent sur sa longue chevelure blond vénitien, qui tirait sur le roux, illuminée par la lumière du Soleil de fin de journée. Ses yeux verts se posaient sur différentes fleurs, qu'elle cueillait de ses mains délicates.
« Ma fille, Coré», l'informa Zeus qui l'avait rejoint.
Le maître du ciel capta aisément le regard de son aîné. Tournant la tête vers lui, Hadès vit que son petit frère lui souriait d'un air entendu. Comme s'il lui donnait une autorisation implicite.
« Tu te sens sûrement trop seul là-bas, aux Enfers, mon frère », dit finalement Zeus.
Hadès écarquilla les yeux. Il n'était quand même pas en train de l'autoriser à aller faire la cour à sa fille ?
« Coré est dorénavant en âge de se marier, n'en déplaise à sa mère. J'ai assez confiance en toi, mon frère, pour savoir que tu prendras soin d'elle ».
Ah ben si. Il l'autorisait vraiment.
Zeus hocha la tête vers lui, appelant Athéna et Artémis à venir vers lui. Hadès ne réfléchit plus. Il se précipita dans le champ de fleurs, prit Coré par la taille. Il n'eut le temps que de capter son regard surpris.
La seconde suivante, ils étaient aux Enfers.
« Zeus, enfin, qu'est-ce que tu as fait ? Où est Coré ? » criait Déméter depuis maintenant quelques heures.
Zeus se massa les tempes. Plus jamais il ne se plaindrait des crises de jalousie d'Héra. Celles de Déméter étaient peut-être moins violentes, mais elles compensaient par le bruit. Cela faisait plusieurs jours que sa sœur le harcelait à propos de Coré, ses propres recherches n'ayant rien donné.
« Déméter, s'il te plaît, calme-toi, je te dis qu'elle est en sécurité… » commença le père de Coré.
« Ce n'est pas une réponse ! » s'exclama, hystérique, la déesse des moissons. « Où est ma fille ? »
« Notre fille », corrigea mentalement Zeus. Il commençait sérieusement à perdre patience et la tentation d'envoyer valdinguer Déméter à coups de tonnerres le titillait. Mais il fut interrompu par Hélios, qui débarqua sans frapper.
« Déméter, je sais où est ta fille. »
Le Soleil sourit à la déesse de l'agriculture, qui le regardait avec un soulagement non-dissimulé.
« Oh misère », pensa Zeus.
« Coré a été enlevée par Hadès. Elle demeure désormais aux Enfers avec lui. »
Alors que Déméter tournait son visage rouge de colère vers lui, Zeus sentit qu'il allait devoir innover dans des bouchons d'oreilles.
Après bien des jérémiades, cris, disputes, et objets lancés, Déméter commença à se calmer un peu. Zeus, pour une fois diplomate, avait consenti à envoyer Hermès aux Enfers pour aller chercher leur fille. Si Déméter continuait à se lamenter et à chercher Coré, soit il deviendrait sourd, soit les moissons ne seraient plus assurées. Une absence prolongée de moissons condamnerait les mortels à la famine, et Zeus ne le tolèrerait pas.
Il pensait donc respirer un peu, jusqu'à ce que le dieu messager revienne. Sans Coré.
« Où est-elle ? » demanda Déméter, la voix rauque à force d'avoir crié.
Hermès se tourna vers elle, puis vers Zeus, embarrassé.
« Elle ne peut revenir vers nous. Coré est obligée de rester auprès d'Hadès. »
« Comment ? » demanda la mère de Coré, des larmes perlant à ses yeux.
« Elle a mangé des pépins de grenade. »
Zeus se tendit malgré lui. Quiconque mangeait des pépins de grenade, nourriture typiquement infernale, était condamné à rester aux Enfers.
Déméter s'effondra sur le sol.
Hadès s'était toujours considéré comme quelqu'un de malchanceux. Premier-né des enfants de Chronos et Rhéa, et pourtant dieu des Enfers. Premier dans la ligne de succession, et pourtant relégué au second plan.
Même son mariage n'avait pas été de tout repos : sa nouvelle belle-mère était, selon lui, complètement hystérique. Tandis que son petit frère Zeus, et désormais son beau-père, qu'il avait tant détesté auparavant, avait pour une fois fait preuve de compréhension.
Sa femme et lui n'auraient pu être plus différents. Il était la mort, elle était la vie ; il était l'obscurité, elle était la lumière. Sa lumière, une graine de vie dans cet immense désert.
Mais en contemplant sa femme Perséphone qui siégeait à ses côtés sur le trône des Enfers, il se dit qu'il était le dieu le plus chanceux du cosmos.
